‹ Expedition Scientifique De MoreeChapitre 4 sur 23 · DIMENSIONS GÉNÉRALES DD PÉLOPONNÈSE · texte numérisé non relu

DIMENSIONS GÉNÉRALES DD PÉLOPONNÈSE

Les anciens ne nous font pas connaître la superficie de la presqu’île; nous l'évaluons à 210 myriamétres carrés ou, h peu près, à la surface de trois de nos départcmcns moyens. A l’exception des latitudes et longitudes de Ptoléméc si erronées par elles-mêmes et par les fautes des copistes, nous ne possédons d'autres positions mathématiques que celle du cap Tænare, que l’on peut déduire d’une manière approximative de diverses données de Strahon ; sa longitude 4500 stades à l’est du cap Pachynum, est en erreur de 25' environ et la latitude est beaucoup plus fautive, en supposant, comme on doit le faire, l'emploi d’un stade contenu 700 fois dans le degré.

Plusieurs auteurs ont donné le circuit de la Péninsule. Pline,* d’après Isidore de Cliarax, l’évalue h 505 milles, nombre qui doit être considéré comme représentant 4,504 stades; suivant Agathémère,* il serait de

» Géographie île* Grec 'Cl lloroams. tout. VIII, |». â. 1 Lib. IV. cap. 5.

’ Agatbru.. lib. I, cap. â.

■1,000 stades par le chemin le plus court, et de 8,647 en suivant tontes les sinuosités dos golfes,. Le périple de Scylax nous donne tout le développement du littoral évalué soit en stades soit en journéos de navigation, mais plusieurs des nombres sont évidemment altérés. Enfin,

* le circuit du Péloponnèse, dit Strabon, ’ est suivant Polybe de

* 4,000 stades sans suivre les sinuosités des golfes, et de 4,400 stades » suivant Arlémidoro; mais si l’on suit les golfes il est de plus de » 5, 600 stades. >

C*o$i à l’examen des distances de ce dernier auteur que nous allons nous arrêter, dans le but de démontrer l’exactitude de ses nombres et en même temps le mauvais emploi qu’il en fait, ainsi que les fausses interprétations auxquelles, suivant nous, ils ont donné lieu.

11 est à remarquer d’abord que le contour de la Péninsule évalué à 5,600 stades, est donné plus loin en cinq distancés partielles dont la somme fait 5,470 stades, et que la différence 150 stades est assez exactement l’erreur commise dans l’évaluation du contour du golfe de Laconie ; nous pouvons d’après cela regarder les autres nombres comme nous étant parvenus inaltérés.

Le circuit du Péloponnèse en suivant les sinuosités des golfes est d’environ 8* 19', et il est très-remarquable que le nombre 5,000 stades dont Strabon ne cite pas l’auteur, comme il l’a fait pour les précédons, soit précisément 8° de 700 stades au 0*, en sorte que l’on peut penser que ce nombre 5,600 résulte d'une évaluation en degrés, avec omission des minutes comme l’indique cette expression : plus de 5,600 stades.

« Après ces lieux vient l’Araxus, cap de l’Êlide, à 1,000 stades de l’isthme.» *

La distance réelle est de 1* 21' qui, évalué en stades en raison de 700 au 0*, donnent 945 stades ou une erreur de 55 stades qui peut provenir de l’emploi d’un nombre rond.

« Tout le tour des eûtes de l’Élide , sans compter lès sinuosités des

i Slrab, VIII, C 2.

i Stral». VIII. C. 8.

en effet, d’après lui-même, voir dans trois combinaisons différentes qu’il ne donnait que 740 à 800 stades à la côte de l'Elide, du cap Araxtts à la îféda. Ce nombre de t, 200 ne peut donc s’appliquera l’Clide; c’est la longueur de la cAte occidentale comprenant l’Êlide et une partie de la Messénie qu’il nous donne sans le savoir, comme il nous a donné dansle passage précédent la longueur de la côte septentrionale qui comprenait la Corinthie, la Stcyonie et l'Achafe.

On trouve, en effet, que 1° 45r distance du cap Araxus au cap Acritas font f,125 stades, ou à 25 stades près le nombre rond de Strabon. *

« Le tour entier des cAtesde la Messénie est d’environ 800 stades en y » compronanrles enfoncemens des golfes. » *

Pour interpréter ce passage on doit remarquer qu’il ne peut être question des cAtes de la Messénie puisque, d’un cAté , les 1.200 stades nous ont conduit jusqu’au cap Acritas, et que d’jin autre côté l’auteur poursuivant, dans le chapitre cinquième le contour du Péloponnèse ne commence pas à la limite de laAIessénie (près de Leur tnim), mais au cap , Tsenare; c’est donc encore à une division physique et non politique que se rapportait le nombre ISOOllm.l Strabon a détourrté l’application.

Le contour du golfe est, en effet, de 67' environ qui , réduites en stages, donnent 811, résultat d’une grande exactitude.

« i)u capTsenarum, au levant jusqu’au cap Malea, en comprenant les » enfoncemens des golfes, on compte 670 stades. > *

Ici, le nombre dont l’application n’est pas douteuse est trop faible: on

1 Mrab. VIII, C. 3.

«i Gosselin , pour trouver les 1,200 stades de Strabon sur les cotes de l'Elide. emploi» la carie de d'Ànville qui lui donne 1000 stades olympiques et finit par conclure qu'il faudrait se servir du stade de 833 { au 0°. Nous ne relevons cette interprétation forcée du uTint traducteur de Strabon que dans l'intention de montrer qu'il a partagé l'erreur trèsgénérale d'apprécier les distances des anciens d'après des cartes modernes qui u’avaienl souvent pas d'autres bases, en sorte qu'il tournait dans un cercle vicieux.

> Strabon VIII. C. 4, p. 510 4 Strabon VIII. t. 5.p. 208

trouve, en effet, plus de 70' au circuit du golfe ou plus de 816 stades. ' Quoiqu'il en soit de notre interprétation, il est remarquable que celle erreur sur l'étendue du golfe se soit maintenue sur l’autorité de Strabon et malgré celle de Pline dans toutes les cartes de la Grèce jusqu’au retour de l’expédition de Murée.

■ Depuis ce dernier endroit, le port Schœnus, jusqu’au cap Malea, on » compte environ 1,800 stades. >'

Cet intervalle, en prenant la route de la navigation la plus directe, est de 101 r -J, et il est évident que ce n’est pas ainsi que Strabon l’a entendu; mais, en suivant tous les contours du golfe on trouve 2° 55' qui, réduits en stades de 700 au 0°, donnent 1,808 stades, résultat d’une précision admirable.1

On voit, d'après ce qui précède , avec quelle exactitude on peut suivre les contours du Péloponnèse dans Strabon, en ne faisant usage que du stade dont il nous indique hii-mème l’emploi, du moins dans la mesure des grandes distances géographiques.

Le passage suivant, dans lequel ce géographe fait connaître les grandes diuieosions du Péloponnèse d il nord au sud et de l’est à l’ouest, achèvera de démontrer que le stade fictif de 700 au 0° fut employé par Strabon quoiqu’il ne fut sans doute point une mesure itinéraire.

< Le Péloponnèse est à peu près aussi long que large , d’environ

* 1,400 stades de l’oocident à l’orient, depuis le cap Chélonatès, par

• Olympie et le territoire de Mégalopolis, jusqu’à l'isthme, et du midi

• au septentrion depuis le cap Malea jusqu’à Ægium en traversant

* l'Arcadie. » *

1 .Nous avons déjà dit que la somme des distances |»artielles était inférieure au nombre total donné par Strabon de 130 stades, lin ajoutant ce nombre au chiffre 67,0 qu'on lit aujourd'hui, nous avons 800 stades qui ne différent que de 16 à 20 stades de la distance réelle.

* Strabon , V1U, C. 6, p. 22S.

’ Gosselin fait voir l'accord de cette distance avec la carl^de d'Anville. mais pour trouver cet accord, il doit renoncer au stade de 700 au 0n et prendre le stade olympique; ce qui prouve seulement que d'Anville avait construit sa carte d'après Strabon, en croyant son stade de 600 au 0°.

4 Strabon, VIII, C. 2. p. 139.

Le chiffre de 1,406 stades nous indique encore ici 2° de 700 stades, nombre rond auquel l'auteur où puisait Strabon évaluait les deux dimensions du Péloponnèse.

La distance du cap Maléc à Ægium est, en effet, de 2® 1\ et il est à remarquer que c’est en même temps celle du cap Tænare à Drépanum, les deux points extrêmes de la Morée dans le sens des latitudes. Quant à la distance dans la direction de l’est ù l’ouest, Strabon, qui n’avait que les idées les plus imparfaites sur la géographie du Péloponnèse , l’applique d’une manière toute fautive; Gosselin l’a fait remarquer, mais, faute de cartes exactes, il ne put s’apercevoir que ce nombre avait toute l’exactitude du précédent. Les 1,400 stades daus cette direction n’excèdent, en effet, que de 2' ou 23 stades la largeur du Péloponnèse , mais il faut la compter du cap Chélonatès au promontoire Scyllæum et non à l’isthme, altération du texte de Strabon ou de quelque auteur plus ancien. Cette correction du textcgrcc est en outre appuyée par Strabon lui-même qui , en disant , par Olympie et le territoire de Mégalopolii , indique bien la direction du Scyllæum et non celle de l’isthme.

C’est en combinant ces diverses distances , dont la somme s’élève à 8,400 stades formée par plusieurs multiples exacts de 700, et les comparant avec les mesures prises sur notre carte, que nous avons pu reconnaître que l’erreur de Strabon se réduisait au trente-cinquième, en moins, de la distance totale et provenait en grande partie de ce qu’il avait négligé vingt et quelques minutes pour donner des comptes ronds, tandis que si les mêmes distances étaient évaluées en stades olympiques l’erreur serait de près d’un sixième.

L’examen du contour du Péloponnèse par les plus courtes distances nous conduit à un résultat analogue. Le périmètre de cette péninsule est exactement de 5o8r ou d’environ G®, et ce nombre évalué en stades de 700 au degré donne 4,200 stades, valeur moyenne, entre les 4,000 stades de Polybe % les 4,400 d’Artéraidore. L’erreur, en plus ou en moins, n’est alors que de 17'; si, au contraire, on regardait ces stades comme contenus 600 fois dans le degré, l’erreur serait de 40' dans la première évaluation et 1° 20f dans la seconde.

ACHAIA (AàxaIa).

Nous réunissons dans un meme chapitre les faits relatifs à l’Achaie proprement dite, à la Sicyonie, à la Phliasie et à la Gorinthie. Celte division, qui appartient à Pomponius Mêla et à plusieurs géographes anciens et modernes, a le double avantage de concorder avec la géographie physique en embrassant la plus grande partie du versant septentrional de la Morée , et avec l’histoire en groupant toutes les contrées qui se montrent unies dans la grande époque de la ligue achéenne. Nous devons reconnaître, cependant, que les deux divisions politiques connues dans l’antiquité sous le nom d’Achaïe furent : l’une, l’ancienne Ægialée , Actinia propria; l'autre , la province romaine formée de toute la Grèce méridionale.

Nous mettrons la Table théodosienne au premier rang des documens géographiques sur cette partie du Péloponnèse; elle nous indique une voie militaire s'étendant de M égare à Dymé par Corinthus , Sicyon, Ægira, Æyium et Patrœ. Si nous nous bornons li la distance comprise entre Corinthe et Patras , nous trouvons les 85 milles romains que Pline assigne à celte même distance; mais il est à remarquer que la Table n’arrive à ce résultat que par une erreur compensée, observation qui si elle n’avait échappé au savant Manncrt, l’eût empêché d’attribuer à Sicyon une position erronée.

La somme des denx distances de Mégare à l'isthme et de ce point à (Àninthe (VDI M.) répond parfaitement à la distance vraie, qui du centre des ruines de Mégare an centre des ruines de Corinthe est de 45,500 mètres ; l’erreur serait de 500 mètres au plus et on doit l’attribuer à < T incertitude des points de départ et d’arrivée. La Table nous donne ensuite les distances de Corinthe, d’un côté à Cenchrées (Cencris) VU et de l’autre à Lechæum (Lelin) III. La première est parfaitement exacte et si on la compare aux 70 stades de Slrabon, elle semble indiquer l’emploi du stade de 10 au mille.

La distance suivante , Letin à Sicyon XX , est évidemment erronée.

mais la correction est facile, c’est le changement d’un X en II; XII milles conduisent, en effet, de Lechæum, dont le port est encore trèsvisible , au théâtre dans la partie supérieure des ruines de Vasilika ; cependant il faut pour que ce nombre ne soit pas trop fort , suivre non la ligne droite mais la courbure que fait la roule actuelle. Les preuves archéologiques et historiques, le témoignage des ruines si remarquables de Vasilika ne permettent pas de transporter Sicyon sur la seule autorité d’un chiffre de Peulinger »8 milles romains plus à l’ouest, comme a cru devoir le faire le savant géographe allemand que nous avons cité.

La distance suivante Sicyon-Ægira , XXV, ou 36,800 mètres,' nous conduit aux ruines d’une ville considérable, éloignée de 36,500 à 37,000 mètres de Vasilika; accord d’une grande exactitude, qui en confirmant la position de Sicyon, détermine celle d’Ægira.

La Table donne ensuite Ægira-Ægium, XILOr des preuves nombreuses et de diverses natures fixent Ægium à Yostitza dont la distance aux ruines d'Ægira est de 28,500 mètres ou de XX m. romains. Nous trouvons donc ici la compensation exacte de l’erreur précédente, née de la même erreur graphique.

La distance suivante va confirmer de la manière la plus précise l'identité de position d' Ægium et de Vostitza. Noos lisons Patras-Ægium, XXV; la distance en mètres est en effet de 36,900 à 37,000 ou 25 m. romains; de son côté, Pausanias Y estime à 196 stades, valeur qui ne diffère de la précédente que de 4 stades olympiques.

Patras-Dyme, XV. Cette distance nous parait très remarquable, pour l’appréciation de la table dcPeutinger, en ce qu’elle est d’accord avec les 120stades que lui attribuent à la fois Strabon et Pausanias, et qu'elle est néanmoins fautive; en effet, la position de Dymc est déterminée par Strabon * et Pausanias ; le premier la place à 60 stades du cap Araxus et à 40 stades de l'embouchure du Pirus, et Pausanias* répète la seconde distance. Déterminée ainsi par ses distances à deux points non

* Nous adoptons 1472*,5 pour b valeur du mille romain.

Streb. VIII. C. 3. p. 147 et C. 8. p. 274.

Paus. Ach. C. 18.

méconnaissables et en outre par les ruines que Dodwell et M. le capitaine Peytier ont vues, à l’est de Karavosiasi, Dyme était réellement éloignée de Patras de XVIII k XIX milles romains au lieu de XV. Ce dernier nombre résulte très-probablement de quelque périple ou mesure nautique , car il représente la plus courte distanceentre ces deux villes prise à travers le golfe , distance qui aura été attribuée par les géographes postérieurs à la route de terre. Ne pourrait-on pas être porté k croire , d’après ce (ait et la compensation des erreurs remarquée précédemment sur la distance totale de Patras k Corinthe , compensation qui semble avoir pour but de se mettre d’accord avec les 85 milles dePKne. que laTable de Peutinger a été rédigée en partie, ou du moins corrigée postérieurement, k l’aide de compilations? nous en verrons plus tard de nouvelles preuves.

Pausanias et Strabon nous donnent, en outre, beaucoup de distances partielles sur les côtes de l’Àchaie, distances qui vont nous servir k fixer la position de plusieurs villes. Les nombres du premier s’étendent sans interruption depuis Dyme jusqu’au port des Aristonautæ et leur somme fait 612 stades. Si l’ony ajoute, d’aprèsStrabon, 60 stades pour la distance du cap Araxus k Dyme, l’on a 672 stades qui ne different que de 28 stades de la longueur totale de rAchaie , évaluée k 700 stades par Scylax. Nous pouvons même, dès k présent, dire que cette discordance n’est qu'apparente et qu’elle résulte d’une omission de 30 stades faite par Pausanias dans la distance d’Ægium k Ægira, ensorte que les deux auteurs sont d’accord dans toute l’étendue des côtes de l’Acbaie sur une longueur de 700 stades.

ACHAIA.

Limite*. — Les anciens comme les modernes s’attachaient k prendre pour limites les lignes de partage des eaux , mais ilele* abandonnaient lorsque les régions physiques déterminées par les grands accidens du terrain formaient des limites plus naturelles. L Achaïe nous en offrira des preuves dans la position de ses frontières méridionales. Du côté

de l’Elide, les limites de l’Achaïe s'étendirent successivement de lVinbouchure du Pirus, où nous les trouvons dans les temps les plus reculés , jusqu’au Larissus. Avant l’expulsion des Ioniens par les Achéens , le dos peu prononcé qui s’étend du mont Marri , partie du Scollis , au cap Araxus, formait déjà la limite entre l'Élide et l’Achaïe ; plus tard elle fut portée au Larissus où elle est restée jusqu’à nos jours : cette rivière sous le nom de Mana sépare encore aujourd’hui le territoire élécn de Gastoimi de l’éparchie de Patras.

L’Achaie, dès la plus haute antiquité, se forma non pas de la totalité du versant septentrional de la presqu’île, mais principalement, comme son nom primitif Æyialia (ai>j*x**) l'indique, de la partie littorale. La région mon tueuse située vers la naissance des gorges de l’Acliaie appartenait bien plus naturellement aux pasteurs autocthones de l'Arcadie qu'aux navigateurs et cultivateurs de l’Ægialia.

Le Larissus conduisait au sommet du mont Movri , dépendance du Scollis. possédé en partie par les Achéens, en partie par les Eleens. Au-delà , les faites de PErymanthc séparaient les territoire^ achéens de Leuulium et de Jriuea de celui de Psophis ; plus loin, lés limites abandonnaient les lignes de partage des eaux et l’Arcadie s'avançant sur le versant septentrional embrassait le petit bassin de üyatetha , que nous croyons Ivalavryta, aiusi que le territoire de Nouncris, région située vers les sources de Crathis, et nommée aujourd’hui Rloukinès. L’Achaie s’arrêtait là où commençaient les hautes montagnes et où les gorges devenaient à peu près impraticables.

Les limites de l’Acbaïe, entre Ægira et Pli eue os, étaient fixées au temple de Diane Pironia, sur le mont Crathis, et plus à l’est, au col Purina* , 'situé au pied du mont Chelydorea, nommé de nos jours le Mavronoros ; cette montagne n’appartenait même pas en totalité à l'Acbaïe dont la largeur se trouvait ici réduite à moins d’un inyriamèlre. C’est ainsi qn’anjoiird'bni le canton areadicn de kalavryta enlève , en suivant à peaprèi les mêmes limites, une portion du versant septentrional aux cantons littoranx de Yostitza et de Corinthe.

Le territoire de^ellène terminait l’Aehaie proprement dito, et avait pour limites du côté de l’Arcadie le mont Clièlydorea et le mont

Cyliène , dont le versant méridional appartenait h la Stymphalie ; le fleuve Sys séparait Pellène de Sicyon.

L’Àchaie , ainsi limitée , n’avait pour surface que 21 myriamètres dont trois seulement étaient susceptibles d’étre cultivés par la charrue. Cependant elle renferma, dès les temps les plus anciens, douze villes principales avec leurs territoires distincts , et plusieurs autres moins importantes.

* La division de l’Ægialée en douze cités ou cantons remonte à une époque très-reculée ; elle existait lors de la conquête par les Ioniens,1 ou fut établie par eux. Les Achéens, après l’expulsion des Ioniens^ conservèrent la division qu’ils trouvèrent établie. Les diffère lis historiens varient sur les noms de ces douze cités. Suivant Hérodote,* les Achéens s’établirent dans les douze villes de Pellcne, Ægira, Ægæ, Bura, Hélice, Ægium, Rbypes, Patræ, Pharæ, Olénus, Dymc, Tritaea ; on voit que cet écrivain suit l’ordre géographique. Pausanias ne nomme pas Patræ dans les douze villes habitées par les Ioniens, parce que, suivant lui, cette ville n’avait été fondéç que plus lard par Agénor , l’un des conquérans achéens ; il ajoute Ccrynæa pour compléter le nombre douze. Polybo* nous montre également l'existence de la confédération des douze villes , qu’il nomme non dans un ordre géographique , mais dans l’ordre chronologique de leur accession à la ligqe achéenne. Ces villes sont les mêmes que dans Pausania*, à cela près qu’il remplace Khypes par Leontium,cl qu’il note Olénus et Hélice comme détruites par un tremblement de terre peu de temps avant la bataille de Leuctres ; cette erreur relativement à Olénus vient peut-être de ce que cette ville avait refusé de faire partie de la ligue achéenne, comme nous l’apprend Strabon.

Nous allons identifier aux positions modernes les principaux lieux de l’Achaïe cités par les anciens, en nous dirigeant de l'ouest à l'est pour suivre la marche de Pausanias.

Le promontoire Araxus ('Ap*Çct izf*) n’est pas le cap Papa, comme

* Slrab. VIII, c. 8 et Paus.. Ach. c. 6

* lférod. I, $ 145.

* Polyb. II, § 41.

ÎO

on le croit généralement, mais le cap Kalogria , plus occidental et pins proém inant. Non loin de U , vers le sud , est le ch&leau fort désigné par Polybe sous le nom de Tichot ; on le recon-

naît à une enceinte cyclopéenne située sur un rocher escarpé à l'extrémité sud- est du mont Mavro-Vouno; il a été vu par Dodwell et par M. le capitaine Peytier.

Larissus (* a «pu dans Strabon et Pausanias; Larum* dans les anciennes éditions de Tite-Live, 47, 31) est la rivière Mana qui prend sa source au mont Movri.

Dyme (« Cette ville aurait clé sans port, suivant Strabon,

maison voit dans Thucydide*, Tite-Live* et Ptolémée qu’elle était peu éloignée de la nier et qu’elle devait avoir un port que nous plaçons à la douane de Karavostasi. On reconnaît Dyme aux ruines d’ailleurs peu apparentes situées à l’est de la chapelle I (agios Konslantînos. Cette position convient avec une grande précision aux distances données par Strabon, GO stades du cap Araxus et 40 stades de l'embouchure du Pirus, points de départ Sur lesquels on ne peut avoir d’incertitude. La distance à Palras XV milles (Peulinger) ou 120 stades (Pausanias et Strabon) ne convient, comme nous l'avons dit, qu’à la distance rectiligne à travers le golfe : la distance par terre étant réellement de 18 à 19 milles. L’éloignement de cette ville du fleuve Larissus (400 stades suivant Pausanias) doit être remplacé par 40 stades.

Olénus(i ‘nAmc).* Ses ruines se voient à la rive gauche de l’embouchure de la Kamenilsa, l’ancien Pirus, près du village de Kaio-Achaïa; l’Acropole occupait une petite colline arrondie, à 8 minutes au sud du village, et d’après M. Vîrlet, les mines de la ville descendent jusqu'au bord de la rivière. C’est aussi la roche Olema d’Hésiode, située au bord du large Pirus, ainsi que celle d’Homère, quoi qu’en dise Strabon s. M. Pouqueville a lu le nom de Pharæ sur une inscription

' Polyb., IV, 569.

» Lib. n, S

1 Lib. XXVlItC. 31.

* Héroa.. I, p. 14S. Paus. Ach. c. 18.

1 VIII , p.592.

trouvée à kalo-Achaia; ce fait ne peut détruire toutes les preuves géographiques qui y placent Olenus et en écartent Pliant*.

Mêlât, fluv. (• ou Pim» (• n»v* ) , est sans aucun doute la

Kamenitsa, le plus grand des torrens de l’Achaîc; il reçoit un grand nombre d’afllucns, parmi lesquels Strabon nomme le Caucon et le Teutheas. Le nom moderne Kamenitsa est celui d'un village situé sur la rive droite du torrent, à 4,500 mètres d’Olenus, à laquelle, suivant Coronelli , il aurait succédé dans le titre de l’ évêché ; n'estce pas plutôt au village de Kalandritsa que ce dernier fait doit s’appliquer? La distance de 80 stades donnée par Pausanias entre Palras et le Pirus est rapportée par cet auteur à P embouchure , tandis qu’elle nous semble relative au lieu où le fleuve était coupé par la route de Pharæ. Toute cette partie de l'Achaïe, dans une géographie homérique, appartiendrait à l’Élide.

Pharæ (xi ♦«pi). La position de cette ville est déterminée par Pausanias, au moyen de sa distance à la mer, 70 stades1, et de sa situation près du Pirus. Quant aux 150 stades de distance de Pharæ à Patræ, du même auteur , on doit y voir une erreur graphique , ou plutôt l'addition des 80 stades qu’il compte de Patræ à l'embouchure du Pirus aux 70 stades le long de son cours, route qu’il parait avoir suivie. M. Peytier a vu des ruines très-étendues, mais sans rien de monumental , près du village de Prévétos , à 5 ou 600 mètres de la rive gauche de la Kamenitsa, et à 17,000 mètres ou 94 stades seulement de Patras. Ces ruines doivent appartenir à Pharæ, qui se serait ainsi trouvée sur une route indiquée parPolybe*, comme conduisant directement de Patræ à Olympia.

Tritœa (« Tfnxix), h 120 stades de Pharæ*. Deux acropoles avec ruines de villes, vues par M. Peytier et situées l’une et l’autre à 18 kilomètres de Pharæ (Prévétos), conviennent également à cette position; l’une est au lieu dit Hagios Andréas, près Gouzoumistra, sur

‘ Àch. C. 22.

* Polyb. IV, $. 77.

* Pau*., loco Laud.

la route de Patræ à Qitor et à Pheneos ; l'autre nommée Kastritsi , près des sources du Sélinus et du PimB , sur la route de Pharæ aux mêmes villes. Ce n’est que sur de faibles probabilités que nous plaçons Tritæa au premier lieu, et Leontium, qui ne nous est connu que par Polybe , au second. ' Cependant , si l’on admettait que ce Leontium n’est autre chose que le LeUctrnm de Strabon , place dépendante de Rhÿpes, l'inverse serait alors plus probable.

Le mont Panachàicus de Polybe * est le mont Yoïdia , énorme massif de 1,900 mètres de hauteur qui s'avance vers le golfe, s’interposant entre les parties orientales et occidentales de l’Achafe. C'est peut-être aussi le niont Scioëssade Pline, * montagne, suivant lui, la plus renommée de l'Achaïe.

Le Gtaucu* (* rxacwKoc) se reconnaît dans la jolie rivière Lavka, dont l'embouchure est à S kilomètres de Patras.

Patrœ (*' n Àrpsu). On voit encore la trace des longs murs qui unirent Palræ au port situé à l’occident de la ville actuelle et près la chapelle Saint-André. O port était artificiel; il ne reste qurun petit nombre des grands blocs de pierre qui l’entouraient , la plupart ayant été employés récemment dans la construction du mêle. La citadelle était construite sur le versant oriental du Skato- Vouni , dans remplacement de la citadelle moderne construite par Guillaume de Villc-Hardouin. Cest entre ces deux points extrêmes que l'on doit prendre l'origine des mesures itinéraires. M. Blouet n’a vu en général dans cette ville que des mines romaines , ou plus récentes encore.

Milichus Jhtv. (• MifAigec). Nous pensons avec Wheler que c’est le torrent du village de Voundeli à 2 kilom. à l’est de Patras. L’opinion de Dedwell, qui croit reconnaître le Milichus dans les eaux de sources amenées du revers occidental de la montagne par un aqueduc romain et nommées aujourd’hui Melkhoukia, nous parait inadmissible : Pausanias

, Poljrb., II, §. 41, V,p. 94.

1 Poljrb., V,§.30.

* riin. IV, §. 5.

ne se sérail pas servi du mol wor*at. tuais de ceux de ou de Cluf comme il le fait en pareil cas , el d’ailleurs il indique d’une manière évidente que la position du fleuve et celle du temple de Diane Tri claria étaient en dehors de la ville sur la roule d’Ægiuin.'

Charadrus, torrent de Velvitsi. Aryyra («’ petite ville et fon-

taine; 31. le capitaine Yaudriiqpy a vu, à 1,200 mètres au sud du château de 31orée, des ruines, entre autres celles d’un arc de triomphe ou d’une porte monumentale qui conviennent à cette position. Les eaux de la fontaine Argyra , qui sortent au pied des montagnes et se jettent à la mer à l’est de ces ruines, ont été remarquées par Spon et plusieurs autres voyageurs modernes.

Rhium, protn. (xi ‘viev aujourd'hui Castelli ou château de 3Iorée. Strabon et Ptolémée confondent ce promontoire avec Drepauum ; d’après leurs autorités, plusieurs géographes de la renaissance et Mannert parmi les modernescommettenl la même méprise.Nous aurous occasion de signaler quelques erreurs semblables, qui toutes proviennent de ce que l’on a préféré les compilations des géographes anciens au travail original de Pausanias. On a cru pouvoir conclure d’un passage de Tite-Live ' qu’il existait une \illo de Rhium sur le promontoire; il nous parait, au contraire, qu’Argyra était le lieu habité le plus voisin.

Setemnus, fluv. (« x C’est le torrent de Caslrilsa qui débouche dans la plaine près el à l’est des sources d'Argyra.

Panhortnus porius (J u*nffice). ‘ La topographie du rivage ne permet pas de le placer ailleurs qu’au port désigné par 31. Pou que ville sous le nom moderne «le Téké; cependant on «loit observer que la distance au promontoire Rhium excède de 10 stades le nombre donné par le topographe grec.

Drepanum, prom. (r« &pivavm). Pausanias/ dans sa roule par terre

* l’aui.. Aeli. C.t.

» Tit.Liv., XX Vil, 30.

1 Thucyd., VII, S- 80. Polyb. V. $ 102.

• Àcb.,C. 22

de Pair** h Ægium , indique bien la position de ce promontoire; mais dans son trajet par mer il ne le désigne que sous le nom d' Attends- Teichos, sans doute à cause d’un temple de Minerve dont Dodwell croit avoir vu les ruines an Palæo-Psatho Pyrgos, tour de défense construite à l'extrémité du cap. Une pointe de sable qui s’avance dans la mer en forme de faux ou de croissant est l’origine du nom de l)repanum, conserve dans Drapa no, village connu dès le moyen âge.

Erineus Portas (r- ’e fivth). Ce port qui, suivant Thucydide \ se recourbe en demi-lune , était situé à PO stades d'Athenâs-Teichos et à 00 d’Ægium; la première de ces distances est trop forte, mais la seconde, double do celle de ilbypes à Ægium (30 stades), indique d’une manière certaine le port Lambir-ta-Ambelia, où l’on voit en effet quelques ruines.

Rhypen ou al Vu Celte ville est comptée au nombre des

douze villes de l’Achaïe par Hérodote, Pausanias et Strabon, et il est assez étonnant que Polybe n’en ait pas fait quelque mention, puisqu’elle ne fut détruite qu’au temps d'Auguste; elle était située 3» 30 st. du port Erineus et à même distance d’Ægium. On voit ses ruines à droite de la route à 5,900 m. de Vostitza et i» même distance du port Lambir-ta-Ambelia, sur la rive droite du Tholo-Potamos. Strabon parle, en outre, d’un bourg de la fthypide nommé Leuctrum.

Ægium, urbs (ri Ai>»y). Cette ville qui, après la destruction d’ Hélice, devint en quelque sorte la capitaledel'Achaie,n’a cependant laissé que peu de traces de son existence : les preuves historiques et géographiques y suppléent. La correspondance de sa position ù celle de Vostitza est démontrée par la distance à Patras, 25 milles suivant la Table et 190 stades suivant Pausanias. On y arrive avec la même exactitude en partant d’Ægira et en adoptant la correction très-probable que nous avons cru devoir faire aux XII milles de la Table qui doivent être remplacées par XX milles. Ægium et les villes qui lui ont succédé ayant été détruites à plusieurs reprises par des trcmblemens de terre , il est

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