‹ Expéditions autour de ma tente [microforme]Chapitre 12 sur 24 · LE SABRE · texte numérisé non relu

LE SABRE

Le sabre est vieux comme Hérode, que dis-je? vieux comme le monde.

Dès les temps les plus jeunes, on se servait du sabre. Füt-il couteau , coutelas ou canif, il n’en était pas moins lame. |

Les espèces de sabres sont aussi nombreuses que

: les étoiles. J'incline à croire qu'il serait oiseux d'en donner ici la nomenclature. Cependant, je vous soumets quelques mots sur le mien, qui date de 1845.

Bonne vieille lame! S’'est-elle enfoncée plusieurs fois dans des chairs inconnues ?

A-t-elle appris à supprimer quantités de pauvres diables qu'elle n'a pas connus et qui ne lui ont pas fait de mal?

Qui peut répondre à ces questions ?

Quant à moi, je me renfrogne, et vous affirme solennellement que mon sabre est accroché à un des montants de ma tente.

Il ne dit rien d'apparence. Vulgaire dans sa forme,

brillant de fourreau, l’ensemble de cette arme est très-utile pour les revues, mais nul dans un combat.

Si jamais l'ennemi ose m'attaquer corps à corps, je vous promets ici de dédaigner mon sabre et de tomber sur un solide flingo.

C'est fort, un fusil armé d’une baïonnette effilée, et, de plus, c'est bien en main.

Les cartouches épuisées, on joue du moulinet, et gare les têtes! Un coup de crosse est d’un effet remarquable, et bien peu de crânes essayent d'y résister.

L'imagination m'aide beaucoup dans ce que j'écris, car le hasard n'a pas encore voulu que je démolisse quelqu'un.

Dans tous les cas, croyez-m'en, le coup de crosse est digne d'intérêt, et doit faire prime dans une mêlée.

Le pointez de la baïonnette est aussi très-estimé, mais ne rencontre pas mes sympathies; je préfère l’assommoir.

Ces sanguinaires paroles me font frissonner, et je me hâte de sortir de ce féroce aperçu.

Je ne pense pas que cela soit dans mes goûts.

Je me disais né pour faire un brillant épicier, heureux possesseur, sinon père, d'une quantité d'enfants, tous gras et joufflus.

Malheureusement, quoique baptisé du folâtre nom de Joseph, le positif m'abandonna dès ma plus tendre enfance, et ma passion pour la pêche à la ligne me lanca dans les hasards de la guerre.

Les destinées souvent sont ainsi tracées, et un gail-

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