‹ Expériences publiques sur le magnétisme animal faites à l'Hôtel-Dieu de ParisChapitre 14 sur 22 · DES · texte numérisé non relu

DES

AUXQUELLES ONT DONNE LIEU , DANS DIFFERENS HOSPICES DE PARIS , LES EXPERIENCES FAITES A l’hÔTEL - DIEU y PAR M. DUPOTET.

XiES expériences que je venais de faire à l’Hôtel-Dieu excitèrent, surtout parmi les jeunes médecins, un intérêt général, et furent le signal de recherches semblables dans différens hospices de Paris. Dans tous on obtint des phénomènes non moins remarquables que tout ce qui avait été observé jusqu’à ce jour.

Je rendrai compte sommairement de ceux des principaux résultats que j’y ai vu obtenir ou qui m’ont été communiqués.

Hôtel-Dieu . On a vu qu’à l’Hôtel - Dieu , M. Robouam, imitant mes procédés, avait réussi à me suppléer auprès de M1Ie Samson, lorsque je fus obligé d’interrompre son traite-

SUR LE MAGNÉTISME. Ül

ment, et qu’il avait obtenu les mêmes résultats que moi. 11 fit bientôt de nouveaux essais sur d’autres malades, et réussit également.

Il magnétisa d’abord une femme qui vomissait depuis plus long-temps que notre malade , et qui de plus était atteinte d’une hydropisie ascite. Depuis ce moment', les vomissemens furent entièrement suspendus ; le sommeil magnétique fut le même que celui qu’on avait observé chez la première.

11 est encore parvenu à faire un autre somnambule d’un malade affecté de coxalgie, et qui lui présenta , dès la première séance , l’isolement observé chez les deux autres.

11 eut principalement pour but, dans ses expériences, de rechercher jusqu’à quel point pouvait aller l’insensibilité externe pendant le somnambulisme. 11 avait déjà été à même de vérifier, dans le traitement de la DUe Samson, que des douleurs très cuisantes ne détruisaient pas l’isolement et l’impassibilité absolue du somnambule ; voici comment :

La Dle Samson lui dit un jour, très éveillée , vous prétendez que je dors et qu’aucun effort pour me réveiller ne réussit; mettez-moi donc les jambes dans un bain de moutarde , et vous verrez si je ne suis pas réveillée aussitôt. Le

sinapisme fut en effet administre durant le sommeil magnétique, et beaucoup plus fort qu’il n’ést d’usage de l’employer communément; toutefois, sans que la malade eût été prévenue à l’avance que l’on exécuterait son conseil.

On la tint dans ce bain plus long-temps que de coutume; la peau fut entièrement rubéfiée, mais la patiente ne témoigna nul désir d’en sortir et n’éprouva aucune douleur apparente. Au réveil, elle fit des cris percans, dit qu’on l’avait brûlée , et s’indigna qu’on l’eût traitée ainsi, dans le dessein, sans doute, de la faire souffrir davantage.

Cette suite d’essais inutiles pour vaincre l’état d’insensibilité extérieure reconnu chez les divers malades qui avaient été magnétisés dans l 'hôpital. , conduisit M. Récanner, clans les premiers jours du mois de janvier 1821, à porter les expériences jusqu’au dernier période d’attaque. 11 invita M. Robouara à faire passer en somnanibulisrné les deux malades affectés d’ascite et de coxalgie dont nous venons de parler ; il eut la précaution de prévenir les individus que , s’ils s’endormaient aussi complaisamment sous les passes de son interne, il leur ferait appliquer de suite un moxa.

Les deux malades, successivement magnétises, furent plongés chacun, en très peu de temps, dans l’état de somnambulisme parfaitement isolé , comme on va ie voir.

Alors, M. Récamier fit-, en effet, appliquer le moxa sur l’épigastre de la femme et sur l’articulation coxo-fémorale de l’homme, et le souffla lui-même. Aucun des deux malades ne donna , ni dans le cours du sommeil magnétique, ni pendant que l’opération dura , de signe quelconque de sensibilité; mais au moment où M. Robouam fut obligé de les réveiller, Fini et l’autre ressentirent toutes les douleurs attachées au genre d’opération qu’on leur avait fait supporter.

Ces dernières expériences étant tout-à-fait décisiyes, et ayant d’ailleurs été faites par un homme dont le défaut n’est ni une confiance aveugle ni une bienveillance extrême pour le magnétisme , nous ne croy ons pouvoir trop y insister; et, pour enlever tout doute à cet égard, nous insérons ici textuellement le certificat qui nous en fut délivré par M. Robouam lui -même.

ce Je soussigné , certifie que , le 6 janvier 182 l, M. Récamier, à sa visite , m’a prié de

mettre dans le sommeil magnétique le nommé Starin, couché alors au n° 8 de la salle Sainte- Madeleine, et maintenant au n° 5g de la même salle ; il l’a menacé auparavant de l’application d’un moxa, s’il se laissait endormir. Contre la volonté du malade , moi Robouam, l’ai fait passer dans le sommeil magnétique pendant lequel M. Récamier a lui-même appliqué un moxa sur la partie antérieure un peu externe et supérieure de la cuisse droite , lequel a produit une escarre de 17 lignes de longueur et de 11 de largeur; que Starin n’a pas donné la plus légère marque de sensibilité , soit par cris, mouvemens ou variations du pouls; qu’il n’a ressenti les douleurs résultant de l’application du moxa que lorsque je l’ai eu fait sortir du sommeil magnétique.

cc Etaient présens à cette séance , Mme Sainte- Monique, mère de la salle, MM. Gibert,Lapeyre, Bergeret, Carquet, Truche, etc.

cc Je certifie encore que, le 8 janvier, a la prière de M. Récamier, j’ai mis dans le sommeil magnétique la nommée Le Roy (Lise) couchée au n° 22 de la salle Sainte-Agnès : il l’avait auparavant menacée également de l’application d’un moxa, si elle se laissait endormir. Contre la volonté de la malade , moi Robouam,

l’ai fait passer dans le sommeil magnétique , pendant lequel M. Gibert a brûlé, à l’ouverture des fosses nasales de l’agaric , dont la fumée désagréable n’a rien produit de remarquable ; qu’ensuite M. Récamier a appliqué lui-même , sur la région épigastrique , un moxa qui a produit une escarre de i5 lignes de longueur sur 9 de largeur; que , pendant son application , la malade n’a pas témoigné la plus légère souffrance, soit par cris, mouvemens ou variations du pouls; qu’elle est restée dans un état d’insensibilité parfaite; que, sortie du sommeil magnétique , elle a témoigné beaucoup de douleurs; qu’ayant dès ce moment cessé delà magnétiser, les vomissemens qui existaient depuis onze mois, et qui depuis six semaines avaient été suspendus par le magnétisme , ont reparu et continué, malgré tous les moyens mis en usage par M.Récamier, qui, le i g février, m a lui-même prié de recommencer à la magnétiser.

« Etaient présens à cette séance Mraes Saint- Sauveur et Saint-Eloi, MM. Gibert, Créqui, etc.

(c Paris, le 26 février 1821 .

cc Signé, ROBOUAM, D. M. P. »

{Nota. Ce certificat est, ainsi que les procès-verbaux f déposé chez M. Dubois, notaire. )

gf> expériences

Comment se fait-il qu’après avoir vu et produit lui-même des phénomènes si étonnans, après avoir rendu , dans le certificat qu’on vient de lire , un témoignage si loyal et si éclatant à la vérité, M. liobouam soit resté depuis étranger au magnétisme , et vse soit arrêté dès les premiers pas dans une carrière où il était entré d’une manière si brillante ?

Comment se fait-il aussi que M, Iléeamier, après m’avoir de son propre mouvement donné l’assurance de sa croyance au magnétisme, devant un grand nombre de témoins (i) , après avoir fait d’ailleurs la meme déclaration à plusieurs autres personnes; après avoir fait, comme on vient de le voir, les expériences les plus hardies et les plus concluantes, dont la cruauté même ne peut se justifier que par le désir le plus ardent de découvrir la vérité ; comment se fait-il, dis je, que ce même M. iléeamier paraisse aujourd’hui se ranger parmi les ennemis les plus acharnés de cette belle découverte?

Pitié. M. Husson, quittant l’Hôtel -Dieu, comme nous l’avons dit, à l’expiration de son quartier, fut appelé à l’hospice de la Pitié.

(t) Voyez ci-dessus, page 36, au î>ns.

M. Bertrand, qui n’avait été que simple spectateur des expériences faites à l’Hôtel-Dieu , desirait ardemment trouver l’occasion d’agir par lui-même • il me pria en conséquence de demander pour lui. à M. Husson l’autorisation d’appliquer le magnétisme à quelques-uns des nouveaux malades qu’il avait à traiter. Je m’empressai de le faire, et M. Husson , ne voulant négliger aucune occasion de s’éclairer et d’éclairer les autres, y consentit volontiers.

Ap rès qu’il eut essayé pendant une dixaine de jours de traiter parle magnétisme une malade atteinte de plusieurs affections graves, et spécialement de vomissemens, sans produire aucun effet sensible , M. Husson, découragé, me pria de faire de nouveaux essais sur la même malade. Malgré la crainte que j’avais d’indisposer M. Bertrand, je me trouvai dans l’impossibilité de me refuser à cette proposition.

En arrivant, je trouvai M. Bertrand magnétisant la malade. Après qu’il eut terminé sa séance, sans obtenir plus de succès, je m’approchai à mon tour, et la magnétisai. Elle ne tarda pas à manifester les effets les plus marqués de Faction magnétique, tels que convulsions, strabisme et syncope : effets dont la violence ne venait que de l’excès de force que j’avais mise

q8 EXPÉRIENCES

h agir sur elle, la croyant rebelle à l’action du magnétisme ; pour nous en assurer, nous laissâmes calmer cette crise, et, au moment où je recommençais de nouveau à opérer sur elle, les mêmes effets se reproduisirent (1).

INotre intention était de poursuivre nos recherches avec persévérance; mais M, Husserl, n’ayant plus le temps d’assister aux expériences, les ajourna indéfiniment.

Cependant le magnétisme ne fut point entièrement oublié àlaPitié. Plusieurs mois après, en août 1822, Mlle Samson ayant été obligée

(1) Le fait que nous venons de citer, ainsi que deux autres cas dans lesquels je réussis à produire des effets sur des personnes restées insensibles à l’action de M. Bertrand, sont de nouvelles preuves de la différence de forces que l’on a déjà remarquée entre les divers magnétiseurs, et que l’on ne sait pas bien encore à quelles causes rapporter ; cependant on né peut douter qu’elle ne dépende beaucoup de la conviction plus ou moins forte qu’a de son pouvoir lé magnétiseur. Ces faits nous apprennent en même temps quelle imprudence il y a à ne juger que d’après soi-même des bornes de la possibilité, et à croire que le magnétisme 11’existe pas ou n’existe que dans l’imagination, parceque l’on n’a pas réussi à magnétiser ou que l’on n’a produit que des effets insignifiants.

SUR Iiïï MAGNÉTISME. qq

d’entrer dans cet hospice, M. Geoffroy, médecin de service à cette époque , fut curieux de magnétiser lui-même la personne qu’il m’avait déjà vu traiter à l’Hôtel-Dieu, et ayant obtenu un plein succès, il put se convaincre pleinement par lui-même de faits dont ses premières observations ne lui avaient donné sans doute que des notions superficielles.

Salpêtrière. C’est à la Salpêtrière surtout que l’étude du magnétisme reçut de grands développemens. M. Margue, qui avait puisé une conviction profonde dans un examen attentif tant des expériences faites à l’Hôtel- Dieu que de celles que je fis en particulier, devant lui, sur des individus de son choix, ayant été appelé comme interne à la Salpêtrière , saisit les premières occasions d’exercer les facultés dont je lui avais révélé l’existence. Ses premiers succès surpassèrent ses espérances. Onze somnambules qu’il obtint dès le début lui révélèrent bientôt tous les secrets du magnétisme, et lui montrèrent les phénomènes les plus intéressans.

Dès ce moment, devenu l’un des plus aidens apôtres de la nouvelle doctrine , il voulut faire partager sa croyance a ses collègues et à

ses amis. Il en rendit un grand nombre témoin de ses expériences , et bientôt le cabinet de l’interne suffit à peine pour contenir tous les curieux qui y affluaient. Je pourrais en citer plus de quarante, qui, après y être entrés incrédules, en sortaient convaincus.

Parmi les expériences qui y parurent décisives, je n’en citerai qu’une seule , parcequ’elle se distingue de celles que nous avons déjà racontées.

On avait remarqué que les somnambules de M.'Margue, comme celles de FHôtel-Dieu , présentaient au plus haut degré l’isolement et l’insensibilité extérieure. Après avoir mis en usage toutes sortes de moyens pour vaincre leur impassibilité, plusieurs des assistans, afin de s’enlever à eux-mêmes tout prétexte de doute , imaginèrent de leur faire respirer de l’ammoniaque concentrée, substance dont tout le monde connaît les effets terribles (1). On

(i) Cet alcali, concentré, agit à la manière des poisons irritons les plus énergiques. Ce caustique , laissé sous le nez pendant un temps très court , enflamme les membranes muqueuses du pharinx , de la trachéeartère , des bronches , etc. , et détermine promptement la mort, comme on en a des exemples.

SUR IÆ MAGNÉTISME.

plaça donc successivement sous le nez de chacune des sept somnambules qui étaient réunies à cette séance , un bocal d’ammoniaque , et on IV laissa 12 ou 1 5 minutes. Toutes restèrent également impassibles et n’éprouvèrent aucun effet d’une substance, qui, dans i’état naturel, n’eût pas manqué de leur donner la mort instantanément. Un des médecins , ne pouvant concevoir cet effet qui renversait toutes les lois de sa physique, et doutant que le bocal contînt réellement de l’ammoniaque , s’en approcha afin de s’en assurer • mais il fut frappé subitement, et faillit tomber asphyxié.

Parmi les nombreux et zélés disciples de cette nouvelle école, nous devons remarquer MM. Georget et Piostan , qui tous deux frappés des merveilles qu’ils avaient vues, se livrèrent dans le silence et dans le recueillement à une étude réfléchie et vraiment méthodique de ces nouvelles propriétés de l’homme , dont la plupart des autres se contentaient d’admirer quelques effets désordonnés. Tous deux ont eu le courage de publier Te fruit de leurs observations et de rétracter publiquement dans leurs écrits les critiques injustes et hasardées qu’ils s’étaient précédemment permises , sur parole ? contre le magnétisme.

Page 1