PREMIÈRE SÉANCE
26 octobre 1820.
J’ai dit que les deux personnes choisies pour les expériences magnétiques étaient arrivées dans la chambre de la Mère. La X)lle Samson était tellement faible , qu’on avait été obligé de la porter sur un brancard. On les fit asseoir en face l’une de l’autre, et l’on m’invita, après qu’elles furent parfaitement tranquillisées, à les magnétiser comme il me semblerait con-
Tenable.
MM. Husson, Breheret, Rossen, Briclieteau,
SUR X.E MAGNÉTISME. i5
Pâtissier, de Lens, Kergaradec, Rougier, Robouam, et plusieurs autres médecins se trouvaient présens à cette première séance. M. Husson s’était muni d’une montre à secondes, et tenait la plume, afin d’écrire au fur et à mesure, comme il l’a fait à toutes les séances subséquentes, le procès-verbal de ce qui allait se passer.
Je magnétisai , pendant 2-5 à 5o minutes , la demoiselle Samson, la première, sans la toucher, et en passant seulement mes mains devant elle; elle n’éprouva d’autre effet que quelques légers picotemens aux paupières.
J’employai le meme temps à magnétiser ensuite la dame Barillière : celle-ci ressentit des effets marqués, tels qu’une violente céphalalgie , une pesanteur très gênante à l’épigastre ; lafacese colora un peu.
Cette première séance ne donna pas d’autres résultats.
Les malades ignoraient absolument ce que c’était que le magnétisme , et ce nom même leur était inconnu ; aussi l’on s’abstint , pendant quatre séances, de le prononcer devant elles, comme aussi de raisonner sur les effets observés.
Elles montrèrent assez d’étonnement de ce
l6 EXPÉRIENCES
qui leur arrivait par suite des nouveaux et simples procédés que j’employais silencieusement à leur égard.
IIe SEANCE.
N 27 octobre.
En arrivant le matin à PEIotel-Dieu , plusieurs des spectateurs de la séance de la veille, vinrent me prévenir que la demoiselle Samson n avait pas vomi depuis V instant où elle aVciii été magnétisée , mais qu’il ne fallait pas crier au miracle pour cela. Je leur répondis que je ne croyais point que le magnétisme pût guérir aussi promptement de telles affections , mais que la suspension était d’un heureux augure pour la suite du traitement.
On introduisit les deux malades dans la même salle de réunion.
La De Barillière n’avait trouvé aucun changement dans son état, quoiqu’elle eût éprouvé, dans la séance précédente , des effets plus marqués.
La Dlle Samson s’applaudit, de son côté, de n’avoir pas vomi , sans qu’elle se doutât que mon action magnétique pût en être la cause.
Les deux malades furent magnétisées de nouveau, chacune environ une, demi -heure. Je ne fis naître cette fois chez la première , qu?une sensation assez faible ; la seconde dut à mon action de la pesanteur à l’épigastre et à la tête, avec un peu de malaise général.
IIIe SÉAJNCE.
28 octobre.
Le vomissement habituel de la Dlle Samson avait encore été suspendu ; je la magnétisai ce jour trois quarts d’heure, et, pendant ce temps, elle tomba en somnambulisme .
Dès lors, comme il s’agissait d’expériences laborieuses à suivre, j’ai cessé de magnétiser l’autre malade. Le mouvement de charité qu’elles avaient si naturellement excité en moi toutes les deux ne s’était cependant éteint pour aucune d’elles ; mais il fallait profiter de l’état favorable qui venait de se développer chez la Dle Samson, et je me vis forcé par cette circonstance, quoique à regret, de concentrer sur celle-ci toute mon action magnétique , à reflet de la pousser rapidement à
lS EXPERIENCES
l’état le plus profond possible de somnambulisme.
Ayant continué de la magnétiser plus énergiquement , je lui adressai quelques paroles qu’elle parut ne pas entendre , puisqu’elle ne fit aucun signe, même du désir de me répondre. Je la laissai pendant trois quarts d’heure dans cet état, et j’eus beaucoup de peine à l’en faire sortir. Le sommeil ne s’étant pas assez prolongé pour que la crise magnétique fût complète , et ayant été interrompu brusquement , la malade resta dans un état de somnolence , et on fut obligé de la porter dans son lit, où elle dormi t du sommeil naturel plusieurs heures de suite. On s’aperçut dès ce moment d’une légère amélioration dans son état ordinaire de souffrance.
lYe SÉANCE.
29 octobre.
La malade, endormie àu bout de trente minutes de magnétisation soutenue , donna les mêmes signes de sommeil magnétique que la veille, et les mêmes conséquences s’ensuivi-
rent j sans qu’il y ait rien de plus remarquable à citer ici.
Ve SÉANCE.
3o octobre.
Le sommeil somnambulique se manifesta en quinze minutes 3 je fis de nouveau quelques questions , et la malade commença à les entendre et à y répondre; mais ce ne fut d’abord que par monosyllabes peu intelligibles ; j’avertis les spectateurs, très empressés de recueillir ses premières paroles, que cet embarras dans la faculté de parler arrivait souvent ; qu’en se hâtant de le vaincre , on s’exposait à faire beaucoup de mal au sujet, et à troubler peut-être tout-à-fait la disposition préparée. J’eus la même peine à la réveiller que les jours précédens ; les suites furent encore semblables.
Y Ie SÉANCE.
3i octobre.
La séance prit plus d’intérêt; la malade, en-
dormie en quinze minutes, répondit, peu de raomens après, à mes questions avec beaucoup de facilité.
Z). Mademoiselle Samson , donnez-vous?
R. Oui, monsieur.
JD. Combien de temps voulez- vous dormir?
R. Trois quarts d’heure.
Interrogée si elle entend quelqu’un parler ou faire du bruit autour d’elle, elle répond que non.
Alors plusieurs des spectateurs essayèrent de s’en faire entendre , en lui criant fortement aux oreilles , collectivement ou séparément. On frappa sur les meubles à coups de poing redoublés ; on n’obtint d’elle absolument aucun signe d’audition.
Les trois quarts d’heure écoulés , je lui de mandai s’il était temps de la réveiller; elle me répliqua que le temps était passé, ce qui , vérifié à la montre, se trouva juste. Je la réveillai, et l’on fut encore obligé, cette fois, de la porter dans son lit , où elle dormit peu.