GÉNÉRALISATION DU VIRUS
Nous avons vu les conditions nécessaires que doit réaliser le microbe de la syphilis pour passer d’un être humain à un autre être humain.
. Nous savons comment le spirille s’est introduit dans la plaie d’un organisme sain ; ceci constitue le premier temps de l'infection, pendant lequel la syphilis est maladie locale.
Le deuxième temps va être marqué par les passages du virus de la plaie dans l’économie.
L'individu sain va devenir à ce moment un syphilitique et la maladie se généraliser, devenir « constitutionnelle » suivant le terme des anciens syphiligraphes.
L'intérêt de fixer le moment de la généralisation est évident pour nous ; tant que la syphilis est lésion locale cutanée, elle est accessible à notre intervention.
Quand le virus est passé dans le sang, suivant une expression vulgaire mais très réelle, on ne peut plus l’atteindre.
Les syphiligraphes ne sont nullement d'accord pour fixer exactement ce moment,
LA 9e 21)
Les uns déclarent que la syphilis passe tardivement dans le sang, que le chancre lui-même est d’abord lésion locale précédant l'infection générale ; cette opinion, défendue autrefois par Jean de Vigo dès 1514 a été soutenue à nouveau par Auspitz (1), de Venise, vers 1877. Avec Unna, Reiss, Blasckho, il a préconisé comme conclusion logique l’excision précoce du chancre.
La thèse toute différente a été soutenue qui admet que la syphilis se généralise bien avant l'apparition du chancre.
Quand le chancre apparaît, il est trop tard pour arrêter la marche de l'infection même si on enlève le chancre débutant. |
S1 les statistiques de Crivelh et d'Ehlers ont montré 1 succès sur 4 excisions, c’est qu'en. réalité on avait affaire dans ces cas à des chancres simples ou bien les malades n'avaient pas été suivis assez longtemps après l'opération.
D'ailleurs, au Congrès de Copenhague (2), on a rappelé quelques observations des plus probantes en faveur de l’inefficacité de cette méthode.
M. Martineau cite un cas de Rasoir et M. Leloir un cas personnel dans lesquels l’excision avait été pratiquée 12 heures après l'apparition du chancre et la vérole n'avait été nullement influencée.
Le D' Barthélemy cita un cas dans lequel M. le Prof" Fournier avait pu agir d’une façon encore plus précoce sans plus de succès. La méthode partait donc d'un prin-
(1) Ausrrrz. Sur l'existence de la sclérose primitive syph., Voriteljahreschrift fur derm., 1871.
(2) Congrès de Copenhague, de 1884.
LENS cipe faux et peu à peu on n’en parla pour ainsi dire plus.
Récemment toutes ces théories ont été remises en honneur à propos de la réinoculation expérimentale du chancre.
M. Queyrat a fait plusieurs communications sur ce sujet ; il a pu montrer des individus syphilitiques chez lesquels il avait reproduit des syphilomes en leur inoculant du virus de leur propre chancre.
Un élève?du Prof' Gaucher, M. Sabaréanu, dans sa thèse « Sur les chancres syphilitiques successifs » a exposé l’ensemble de la question.
L'inoculation expérimentale sur les singes démontre conformément à la clinique que le chancre apparaît alors que le syphilis. est déjà une infection généralisée ; d'autre part, ce n’est que très peu de temps après l'inoculation que l’on peut encore agir sur le point d'entrée du virus.
Ainsi MM. Metchnikoff et Roux ont arrêté l’évolution de la syphilis 24 heures après l’inoculation dans un cas, en excisant le point où le virus avait été déposé. Par le même procédé employé seulement 8 heures après l’inoculation, Neisser affirme ne pas avoir eu de succès.
Dans une série d'autres expériences que nous relaterons in exlenso tout à l'heure, MM. Metchnikoff et Roux ont réussi en employant un procédé différent à agir efficacement sur la plaie d'introduction du virus de une à dix-huit heures et demie après l’inoculation, Par
contre, un cas dans lequel ils avaient agi 20 heures après, leur a donné un résultat négatif.
| CONCLUSIONS
: ve
Pour agir préventivement sur le point de pénétration
du virus, il faut agir très vite : la syphilis se généraise de facon précoce. PER |