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« mercure n’est qu'un effet du temps et de l’évolution « morbide. Les symptômes syphilitiques ne sont pas con- « tinus, permanents, éternels. Ils guérissent sponle sud, « et le mercure ne fait qu assister en témoin à leur guéri- « son, sans y prendre part, sans y jouer un rôle. effectif. »
« Certes, répondrons-nous, il est des accidents syphili- « tiques qui guérissent sans qu'on les traite. Cela ne « fait pas l'ombre d'un doute. Mais tous les accidents de « la syphilis guérissent-ils ainsi? Guérissent-ils ainsi, « par exemple ceux (en si grand nombre) qui se ter- « minent par une sclérose, une mutilation, une destruc- « tion locale ? Guérissent-ils ainsi ceux qui condui- « sent les malades sur nos tables d’amphithéâtres? » (A. Fournier (1). >
On a objecté que le mercure, même administré de très bonne heure, ne prévient pas contre les accidents secondaires ni les accidents tertiaires.
A quoi M. Fournier répond qu'il n'a pas la prétention d’étouffer du coup, de juguler la syphilis de façon à ce qu’elle ne donne plus signe de vie : « Nous croyons, « tout au contraire dit-1l, que si le mercure influence « et atténue la syphilis, il n'arrive à cet immense résul- « tat que peu à peu, lentement, graduellement, progres- « sivement ; nous croyons que, si l'on parvient à mai- « triser finalement la diathèse, ce n’est jamais qu'au « prix d'une médication longtemps, très longtemps « poursuivie et grâce à une série de traitements éche-
« lonnés sur un certain nombre d’années. »
Et pour convaincre ceux qui persistent encore à dou-
(1) Traitement de la syphilis, MAISONNEUVE.
ter, il montre une statistique portant sur 1,703 cas d’accidents tertiaires qui se décomposent ainsi Cinquante-neuf se sont produits à la suite et en dépit de traitements sérieux, de traitements qu'on aurait pu croire suffisants.
Et seize cent quarante-quatre ont succédé, soit à des traitements éeourtés, d'insuffisance notoire, soit à l’expectation pure et simple.
Et M. Fournier ajoute : « Devant de tels chiffres, tout commentaire serait superflu ».
Voilà donc l’action du mercure sur la syphilis, d'après le plus grand syphiligraphe de notre époque.
Si l'on songe aux quantités de mercure admimistrées, quantilés infinilésimales, insignifiantes par rapport au poids du corps (puisque 1 centigramme de mercure représente une dose moyenne quotidienne qui, répétée cinq ou six fois, suffit souvent à faire rétrograder des accidents menaçants), on ne peut s'expliquer les effets produits qu'en se rappelant cette fragilité extrême du virus démontrée par les expériences in vitro.
On s’est demandé comment agirait le mercure ainsi employé, j'entends, employé comme médication générale de la syphiis.
Comment le mercure administré par la voie buccale ou la voie sous-cutanée, agit-il localement contre le chancre, les plaques muqueuses et les divers accidents de la syphilis « spirillose chronique à rechute » comme l'ont appelé MM. Roux et Metchnikoff.
On sest adressé à lhistologie et à la cytologie pour obtenir des renseignements précis.
En enlevant de temps en temps -des syphilides à un
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malade en cours de traitement hydrargyrique, on a pu suivre pas à pas la réaction cellulaire, la leucocytose, et l'on peut diagnostiquer à peu près sûrement, sur une coupe histologique, la cure mercurielle d'une syphilide. Justus, qui à étudié le mécanisme de l'action du mercure dans la syphilis par la réaction de l'hydrogène sulfuré, a retrouvé le mercure, attiré pour ainsi dire par les cellules de linfiltrat syphilitique. L'examen cytologiqüe du sang, au cours de la syphilis, maladie infectieuse et chronique, donne des résultats très variables. Selon certains auteurs, les recherches hématologiques ne seraient nullement en faveur du mercure ; après absorption de l'hydrargyre, on ne constaterait pas d'influence favorable (Oppenheim et Lowenbach) et le mercure n’empêécherait pas l'apparition de l'anémie syphilitique (Colombini et Simonelli).
D’autres histologistes, au contraire, ont constaté une amélioration très notable dans la constitution du sang appauvri par l'infection syphilitique. Ils ont confirmé la réaction de Justus; sous l'influence du traitement, l'hémoglobine du sang baisse brusquement, puis le taux de l'hémoglobine se relève rapidement. Ce phénomène ne se produit pas chez l'homme sain; 1l est spécial au syphilitique.
On a prétendu, et ceci est d'accord avec la réaction de Justus, que le poison mercuriel était mieux supporté par le syphilisé que par l'individu normal.
En tout cas, il semble prouvé que le mercure agit faiblement comme antiparasitaire lorsqu'il est absorbé par la voie générale, mais indirectement par l'intermédiaire des cellules de l'organisme.
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Nous comparons celte action à celle d’une petite dose de sérum antidiphtérique, incapable de neutraliser la toxine ou de détruire le bacille diphtérique.
L’expérimentation sur les singes et la découverte du spirille permettront sans doute de dire quelle est exactement la vérité.
Dès à présent, elles confirment certaines hypothèses faites il y a longtemps sur l’action prophylactique du mercure, par exemple.
Le mercure, toujours employé en vue d’une action générale, n'empêche pas'la syphilis d’éclore, comme le prouvent les chancres des individus travaillant danse les mines de mercure, la syphilis des intoxiqués par accident ou d' « hommes ayant contracté l'infection vénérienne au moment où 1ls venaient de terminer un traitement mercuriel complet » (Diday).
Neisser {1}, en expérimentant sur des singes, est arrivé à des conclusions analogues :
« 1° Le chancre évolue de la même façon dans un « corps mercurialisé que dans un organisme sans mer- «cure. Nous commencions les injections le même jour « où nous faisions l'inoculation, et cependant le chancre «induré se développait sans aucune modification dans « la durée de l’incubation ;
« 2° L'infection se généralise de la même façon chez
les animaux, mercurialisés ou non. En effet, malgré ce traitement précoce, nous pouvions déceler la preuve
« d’un virus virulent par l’inoculation à d’autres singes, de la rate et de la moelle osseuse. »
(1) Communication au Congrès de Lisbonne,
L'expérimentation a montré également que les gommes jeunes sont inoculables aux singes, comme Finger et Neisser l'ont prouvé. Or, nous savons, de l'aveu même de M. Fournier, que si le traitement mercuriel rigoureusement suivi arrive souvent à prévenir les accidents tertiaires, il n’y parvient pas toujours. On est obligé d'en conclure que les spirochoetes ne sont pas détruits, puisque l'organisme contient encore, après des années de traitement, des produits virulents. |
Faudrait-il de tous ces faits déduire que les bienfaits du mercure ont été très exagérés et que son achon est nulle sur le spirille syphilitique.
« Au contraire, dit M. Neisser, je suis convaincu, « pour ma part, que ce sont précisément ces expériences « dont nous nous occupons maintenant qui prouveront « que seule la méthode du traitement mercuriél chro- « nique intermittent permet d'atteindre le but cherché :
« extinction radicale et définitive des spirochoetes sans «reliquat de foyers latents dans un organe quelconque. » Le mercure appliqué localement dans la syphilis a
été recommandé par des syphiligraphes éminents, tels que Diday, pour parler des anciens; puis M. Fournier l'a fréquemment conseillé.
M. Hallopeau surtout, par de nombreux travaux sur ce sujet, s’est appliqué à démontrer l'avantage de cette méthode, et dernièrement encore (Soc. de dermatologie et de syphiligraphie, mai 1906), il s’exprimait ainsi : « J’emploie systématiquement ce traitement local dans «toute syphilide accessible à son influence : cest «ainsi que j'applique sur le chancre induré la pommade « au calomel ou de l’ouate imprégnée de sublimé au
cinq milllème; que je conseille les mêmes moyens contre les plaques muqueuses ou, si elles sont limitées à la langue, la eautérisation par le nitrate acide de mercure avec les précautions nécessaires; contre les syphilides serpigineuses, soit l'emploi de l’'emplâtre de Vigo ou de Vidal, soit les moyens indiqués précédemment, si elles sont ulcérées; contre les syphilis oculaires, un collutoire renfermant un vingt nullième de sublimé ; contre les syphilides généralisées, les bains de sublimé; contre l’ozène spécifique, les pulvérisations avec la solution de sublimé ; contre les manifestations dans le tube digestif ou le foie, le calomel. Dans un seul cas, j'associe au traitement spécifique local des cautérisations avec le mitrate d'argent, c'est lorsqu'il s’agit de plaques muqueuses ou de tubercules ulcérés et végélants au niveau desquels 1l existe une infection associée.
« Si je ne me trompe, cette systématisation du traitement mercuriel local, sur laquelle j'ai insisté déjà à plusieurs reprises, ne doit pas être regardée comme banale et je la considère comme étant d'une grande utilité pratique. »
Cette opinion de l’'éminent syphiligraphe est fondée
sur les résultats d’une grande et longue expérience.
Il est curieux de voir celte opinion confirmée par la
recherche du spirille : « Sur 16 cas de chancre, dit
M. Bodin (Ann. de derm. et syph., 1905, p. 984), la recherche-du spirochæte pallida a été positive 10 fois: elle est restée négative en 6 cas, dont 3 chez des malades ayant fait des applications de pommade au calomel depuis plusieurs jours sur leur chancres et
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« dont 3 relatifs à des chancres non traités, mais datant « de deux mois et en voie de cicatrisation, »:
De l'étude loyale des effets du mercure, on peut tirer les conclusions suivantes :
Si le pouvoir préventif de ce médicament vis-à-vis de la syphilis est très faible, si son action curalive est rarement absolue, il ne faut pas s’en étonner, car les doses employées sont insignifiantes ; et si l’on considère d'autre part l’action curative merveilleuse ou tout au moins son action neutralisante incontestable dans la plupart des cas, on ne peut s'empêcher de penser que dans aucune autre maladie infectieuse, des quantités aussi infimes d'un corps chimique ont pu donner des résultats semblables.
CONCLUSIONS
19 Le mercure à un pouvoir incontestable sur la syphilis et doit, à doses suffisantes, anéantir le spirochoete;
2 Si l’on rapproche cette notion de celles que nous avons acquises précédemment, à savoir que le virus syphilitique très fragile ne pénètre jamais à lravers une
peau ou une muqueuse saines, qu'il lui faut pour infecter l’organisme, étre déposé dans les couches superficielles du derme et pas au-delà, il est permis de se demander pourquoi un agent aussi neltement antisyphilitique que le mercure ne pourrait pas alleindre el anéantir le sptrochoete pâle, tant que celui-ci demeure à la périphérie puisque nous savons qu'il S'y atlarde pendant quelques temps avant de gagner les couches profondes.