‹ Explication de ésaie xlii, 1-7 et xlix, 1-9Chapitre 7 sur 8 · NET · texte numérisé non relu

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Ainsi a dit Jéhovah le rédempteur et le saint d'Israël à celuiqu'on méprise du fond de l'âme , qui est un objet de dégoût pour la gent paienne, à l'esclave des tyrans : «Les rois verront et ils se lèveront, et quant aux princes, ts se prosterneront à cause de Jéhovah qui est fidèle et du saint d'Israël qui la élu.»

Le prophète n’ajoute jamais au nom de Jéhovah une épithète ou une dénomination pour le seul ornement du discours, mais toujours dans un but marqué et précis qui se laisse deviner à première vue. Mais en notre passage nous aurions la plus grande peine de nous expliquer la présence des dénominations de crédempteur et de saint d'Israël, » si nous admettions que le serviteur de Jéhovah est soit le Messie, soit le prophète. Par contre, si nous entendons sous le serviteur le peuple israélite, tout devient clair et le prophète, non moins ici que partout ailleurs, nous apparait Comme un écrivain sachant parfaitement et fort à propos choisir ses expressions. En voulant faire la peinture de la grandeur future du peuple israélite après son triste état dans le moment présent, il ne pouvait pas désigner avec plus de bonheur Jéhovah qu'en le nommant «le libérateur et le saint d'Israël. » Nous pouvons donc invoquer à juste titre ces deux dénominatons données en notre endroit à Jéhovah comme

une indication non équivoque de l'identité du serviteur avec la nation israélile.

Ce qui importe avant toutes choses à cette dernière,

qui, selon les traits sous lesquels l’auteur la représente, est en butte au mépris le plus prononcé, aux insultes les plus dures, aux coups d’une tyrannie sans merci de la part de ses superbes vainqueurs, c’est que Jéhovah se manifeste efficacement comme son «rédempteur » ou libérateur et comme son «saint,» c’est-à-dire comme le Dieu qui lui appartient en propre et qui prend un soin particulier de ses intérêts et de ses besoins ; en d’autres mots qu'il mette fin à sa captivité. Le livre de notre prophète renferme d’autres descriptions des malheurs du peuple dans lexil, qui ne le cèdent en rien à celle que nous avons sous les yeux : XLI, 14 il est appelé «vermisseau,» XLII, 22 «une nation rançonnée, pillée , liée dans des trous, ensevelie dans des prisons» (comp. notre explication de XLIT, 7); selon XLVIT, 6, Babylone n’a connu aucune pitié à son égard et même le viallard débile par l’âge, elle l’a écrasé sous son joug trop lourd etc.

Mais le jour arrivera où éclatera en faveur de son peuple la puissance de Jéhovah, qui est « fidèle » à son égard et qui ne faiblit point dans laffection qu'il lui a vouée dans les temps anciens, et alors en considération de ce protecteur tout puissant, les rois et les princes même se hâteront de témoigner leur respect et leur soumission à la nation qui a le privilége d’être son serviteur, cf. XLIX , 23: « Les rois et leurs princesses. Ja face contre terre, se prosterneront devant toi (c’està-dire Israël), et ils lècheront la poussière de tes pieds; » EX, 14: Ils viendront vers Loi (Israël) dans une alli-

tude courbée, les fils de tes oppresseurs, et 1ls se prosterneront à la plante de tes pieds, tous ceux qui l’insultaient. » .

Ainsi a dit Jéhovah: «Je l'exauce au temps de ma faveur et je te viens en aide au jour du salut. Je te gardera et je ferai de toi l'alliance du peuple, pour que tu rétablisses le pays, pour que tu partages les héritages abandonnés, que tu dises aux captfs : «Sortez,» à ceux qui sont dans l'obscurité : « Vous êtes libres. »

Israël théocratique avait adressé à Jéhovah d’ardentes et de fréquentes prières pour qu’il mît fin aux souffrances et à l’abaissement de son peuple’. Jéhovah lui promet ici de l’exaucer en son temps. C’est Israël théocratique lui-même qui est appelé à exécuter les desseins de salut et de délivrance que Jéhovah a formés en faveur de sa nation : lui Israël théocratique, après que l’ancienne alliance a été rompue , il en cimentera une nouvelle. A l'exemple de Moïse, il ramènera les tribus hors de la terre de l'exil et, à l'exemple de Josué, il les reconduira dans le pays que Jéhovah leur a donné comme propriété : il leur en distribuera le sol et les y rétablira.

! Ce sont principalement les prophètes qui ont fait monter au trône de Jéhovah d’incessantes supplications pour obtenir le relèvement et le rétablissement du peuple israélite : LXIT, 6-7 : «Sur tes murailles, Jérusalem, j’ordonne (moi le prophète) des gardes: ils ne se tairont point, ni le jour ni Ja nuit: «Vous qui faites ressouvenir Jéhovah, ne vous donnez point de repos. Et ne lui donnez point de repos jusqu’à ce qu'il rétablisse Jérusalem, et qu'il le rende splendide sur la terre. »

Note. Si, après avoir lu notre explication des morceaux Ésaie XLII, 4-7: XLIX, 1-9, nos honorables lecteurs trouvent que nous ne leur avons pas donné une idée nette et claire du serviteur de Jéhovah et que nous n'avons pas évité une certaine obscurité en ce qui le concerne, nous avouons sans peine qu’ils peuvent de droit nous adresser ce reproche. Nous leur faisons simplement remarquer que nous n’avons pas pu leur donner une idée aussi précise et aussi accentuée du serviteur de Jéhovah que nous le souhaitions : nous ne l’aurions pu qu'aux dépens de la pensée véritable et historique du prophète. Cette pensée, autant que nous sommes parvenu à l’approfondir, est elle-même peu précise et jusqu’à un certain point vague et indéterminée ; il nous a semblé que nous devions la donner avec Ce vague, avec ce manque de précision.

[est indubitable que le prophète entende d’un côté sous le serviteur de Jéhovah le peuple israélite, puisqu'il parle de son élection au pied du mont Sinaï, de ses malheurs présents dans son exil, puisqu'il lui donne le nom de «Israël,» et qu'il désigne Jéhovah par les dénominations de c«libérateur d'Israël et de saint d'Israël ;» en outre, le contexte, les discours qui précèdent et qui suivent nos deux morceaux prophétiques induisent le lecteur avant toutes choses à penser au peuple israélite.

D'un autre côté, le serviteur a rempli dans les temps passés et est appelé à remplir maintenant une tâche concernant la nation israélite, en Lant qu'il doit la réconcilier avec Dieu, la convertir, la ramener et rélablir dans son pays : sous ce rapport, il paraît impossible qu'il soit identique avec elle et nécessaire qu'il en soit distinct, en sorte que l’on serait porté à admettre,

d'accord avec la plupart des explications courantes, que le serviteur est une portion restreinte de la nation, soit l’ensemble des prophètes, soit l’ensemble des justes parmi [sraël ou des serviteurs de Jéhovah, soit même le Messie personnel.

Ge sont là les deux considérations qui se présentent à tour de rôle à l'esprit de celui qui examine nos deux morceaux prophétiques : tantôt il croit devoir entendre sous le serviteur de Jéhovah le peuple israélite tel quel, tantôt seulement une portion restreinte de ce peuple.

Nous disons que la pensée du prophète est d’un caractère tout à fait général et qu'il rapporte au tout, c'est-à-dire à la nation entière, ce qui ne revient qu’à une partie minime d’entre ses membres. Ce qui distingue cette partie minime, c’est son activité théocratique ou ses travaux exécutés au service et à la gloire du nom de Jéhovah. Dès que nous rapportons celte activité d’une portion du peuple à tout le peuple, nous arrivons nécessairement, à ce qu'il nous semble, à la définition : «Le serviteur de Jéhovah dans XLII, 4-7 et XLIX, 1-9 est Israël considéré du côté de son activité théocratique, » ou bien selon l'expression, inexacte il est vrai, mais plus commode, dont nous nous sommes constamment servi : «Israël théocratique.» Ce que nous avons développé plus haut se trouve donc confirmé. Mais, afin d’éclaircir davantage la question, « Israël considéré du côté de son activité théocratique » remplit une mission ex faveur de la nation israélite, puisqu'il est appelé à être «l'alliance du peuple,» à convertir et à ramener de l'exil les tribus d'Israël etc. Ya-t-il deux peuples qui portent également le nom d'Israël et dont l’un doit travailler à la conversion mo-

rale et à la délivrance temporelle de l’autre? Nous répondons : QIl n’y a pas deux peuples du nom d'Israël, mais le prophète s’est fait deux idées distinctes du même peuple israélite. D’après l’une, il se le représente comme rebelle à Jéhovah et subissant la peine de sa rébellion; d’après l’autre, il se le représente comme servant Jéhovah de cœur et d’esprit et travaillant de toutes ses forces à établir son culte et son adoration sur la terre entière. Ce sont comme deux puissances en conflit l’une avec l’autre : Israël travaillant pour la gloire de Jéhovah qui tend à ramener à la soumission et à délivrer par ce moyen des maux qu'il souffre, Israël rebelle à Jéhovah, et c’est ce conflit que le prophète nous dépeint dans les morceaux que nous avons étudiés. »

Il y a du vague dans cette peinture; ce serait certes difficile à nier. Mais nous ne nous sommes pas cru en droit de rendre la pensée de notre auteur sacré avec plus de clarté et de précision qu’elle n’a en réalité et de lui faire dire plus qu'il ne dit véritablement.

THÈSES sur Ésaie LIT, 13. — LU

Nous admettons que le serviteur de Jéhovah dans ce morceau est le Messie personnel :

a) Les traits sous lesquels le serviteur est dépeint ont un caractère au plus haut point individuel.

b) Dès LIL, 2, c’est le prophète qui parle au nom et à la place de fout le peuple israélite. Il considère tous les individus qui composent ce peuple, à l’exception du seul serviteur, comme des pécheurs; cf. «nous tous » v. 6 et XLIIT, 27. Le texte s'oppose à ce que les nations païennes aient la parole, soit dès LITE, 4, où c'est le prophète qui parle au nom et à la place de tous les prophètes, soit seulement dès LIIL, 9.

c) Le nom de David dans LV, 3, confirme notre assertion qne c’est du Messie qu'il est question LIT, 13 et Suiv.

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