GH. I, 15-19. POUR LES ÉPHÉSIENS
OU à son Christ : c le Dieu de gloire » (Act. YII, % € le Roi de gloire » (Ps, XXIV, 7), « le Seigneur de € gloire > (1 Cor. II, 8), t le Père des conapassions et c le Dieu de toute consolation » (2 Cor. 1, 3), c le Père « d'éternité > (Ésaïe IX, 5). Ces titres sont parmi ces i>ombreuses expressions de l'Écriture dont la signification peut mieux se sentir que s'analyser; les pensées divines se trouvent à l'étroit dans le langage de l'homme, et il faut que l'Esprit de Dieu achève de nous les faire comprendre par cette intelligence à la fois plus large et plus déliée qui est réservée au cœur. En nous représentant Dieu comme U Pire de gloire, l'Apôtre nous rappelle à la fois sa miséricorde et sa gloire infinie. Dieu est le Père de Jésus-Christ et de ceux qui croient en Jésus-Christ, et tout ensemble il est celui en qui toute gloire réside et de qui toute gloire procède. Quoi de plus propre à faire comprendre aux Êphésiens combien la grâce de ce Dieu était excellente, et plus spécialement combien était magnifique l'héritage qu'il destinait à ses enfants!
Ainsi l'un des deux noms que saint Paul donne à Dieu devait préparer l'esprit de ses lecteurs à ce qu'il avait à dire sur « la gloire de l'héritage de Dieu dans c ses saints, :» et l'autre à ce qu'il avait à dire sur c la puissance de Dieu envers ceux qui croient, :» qui sont les deux choses sur lesquelles il voulait fixer surtout l'attention des Êphésiens.
Vous donne un esprit de sagesse et de révélation.
36 PBEMIÈRS mÈKÈ DE l'APÔTBE GH. t^ 15-19.
On peut traduire encore : V Esprit de sagesse et de révélation, c'est-à*dire le Saint-Esprit; et c'est ainsi que traduisent Harless et les meilleurs commentateurs. Il n'est pas douteux que l'intelligence que FApôtre demande pour les Éphésiens ne doive être produite dans les cœurs par le Saint-Esprit. Le terme de l'original que nous rendons par tin esprit le donne à entendre ; car il marque, non une disposition quelconque, comme le mot esprit en français, mais une disposition soufflée d'en haut\ De plus, le passage parallèle de l'épître aux Colossiens (I, 9) le dit clairement : « Nous ne cessons de prier pour vous, et dede-
* mander que vous soyez remplis de la connaissance
* de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spîri-
* tuelle^ > c'est-à-dire communiquée à l'esprit de l'homme par l'Esprit de Dieu. Mais, tandis que la traduction adoptée par Harless attire directement l'attention sur l'agent divin, celle que nous avons suivie l'attire sur l'impression qu'il opère dans le cœur ; ou, selon une locution allemande, dont nous demandons la permission de nous servir quelquefois, pour abréger, la première voit ici le côté objectif de la grâce demandée, la seconde son côté subjectif. Ce qui nous
*• Gela est vrai môme dans Rom. XI, 8, où l'esprit d'assoupissement est représenté comme donné de Dieu, par un jugement spirituel. Ce passage offre un contraste complet avec le nôtre : Là^ « un esprit d'as- « soupissement, des yeux pour ne point voir ; » ici, « un esprit de sagesse « et de révélation, des yeux éclairés pour savoir, etc. » Nouvelle présomption^ ce nous semble^ en faveur de la traduction que nous avons suivie.
G^. ly 15-19. POUR LES éPH8SI£NS. 37
décide pour la seconde*, c'est d'abord qu'elle noi»^ paraît plus rigoureusement conforme k l'original, oiK le mot esprit n'est pas précédé de l'article; ensuite, ^t surtout, qu'elle se rapporte plus exactement au commencement du V. 18 : < Les yeux de votre cœur c étant éclairés, » où l'Apôtre explique lui-même cç qu'il entend par « esprit de sagesse et de révélation, t et l'explique subjectivement plutôt q\x^ objectivement.
Cet esprit de sagesse et de révélation que T Apôtre demande pour les Éphésiens, c'est cette intelligence, communiqué^ par le Saint-Esprit, qui les rendra capables, d'abord, de bien comprendre les choses que Dieu leur a déjà fait connaître, voilà la sagesse; ensuite, de pénétrer plus avant et de recevoir constamment des lumières nouvelles, voilà la révélation. Ce dernier mot étonne à cette place : nous aurions dit plutôt un esprit de découverte qu'un esprit de révélation^ parce que T homme découvre^ quand Dieu révèle. Mais il ne faut pas oublier que l'une et l'autre langue originale des Écritures se piquent beaucoup moins que la nôtre d'une exactitude logique, surtout quand aucune équivoque n'est à craindre. Un mot correspondant à découverte n'aurait d'ailleurs pas eu l'avantage de rappeler, comme le fait vivement celui de révélation, que des lumières nouvelles ne peuvent nous arriver que par de nou-
* Elle a été suivie également dans la versioa de Lausanne 1839.
38 PBBMliBE PBIÈEB DE L'àFÔTBB CH. I^ 45-19.
▼elles leçons du Saint-Esprit. Au reste, si saint Paul dit un esprit de révélation, au lieu d'un esprit de découverte par révélation, cette ellipse n'est pas plus forte que celle dont s'est servi Siméon lorsqu'il appelle Jésus-Christ t une lumière pour la révélation c des Gentils » (version littérale, Lausanne i839), c'est-à-dire, évidemment, pour l'illumination des Gentils par révélation (Luc II, 32) *•
Dans sa connaissance: on demande si ces mots signifient par la connaissance de Dieu, ou pour la connaissance de Dieu. Ce serait plutôt le second que le premier, comme l'indiquent ces mots du verset suivant : « pour savoir » etc.; mais ce n'est proprement ni l'un ni l'autre. La pensée de l'Apôtre est indiquée d'une façon générale dans le v. 17, avant de recevoir la précision et le développement avec les-
*■ Si Ton pouvait donner an mot renda par révélation le sens de dé^ couverte (révéler signifie proprement ôter le voile, découvrir), Tesprit de révélation serait cet esprit qai fait qae nous contemplons les choses sans voile, telles qu*elles sont. Il correspondrait alors à cette expression de TApôtre : « Contemplant la gloire du Seigneur à visage découff vert o (9 Cor. m^ 18), et à ces « yeux éclairés ». qu'il souhaite aux Ëphésiens dans le v. 18. Cette explication du mot révélation ne saurait être admise d*après Harless; elle aurait cependant pour elle le langage des Septante, que les apôtres ont tant imité, et qui ont rendu ainsi le psaume GXIX, 18 : « Découvre mes yeux (pour révèle mes a yeux), et je contemplerai les merveilles de ta loi. » C'est ainsi que Robinson, dans son Dictionnaire du Nouveau Testament, explique notre passage : un esprit de révélation, c'est-à-dire, un esprit capable de sonder et de contempler sans voile les choses profondes de Dieu. Au fond, la pensée demeure la même; car, si nous contemplons les choses sans voile, ce n'est pas nous qui avons enlevé le voile, c'est l'Esprit de Dieu. Nous nous rangerions volontiers à cette interprétation, surtout à cause de son rapport étroit avec le commencement du v. 18.
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quels elle reparaît au v. 18. Nos versions reçues l'ont assez bien rendue, pour le sens : c en ce qui c regarde sa connaissance ; » noais c'est moins là traduire que paraphraser. L'intelligence spirituelle et la connaissance de Dieu nous sont présentées ici comme marchant l'une avec l'autre ; aussi l'Apôtre n'a-t-il pas craint de renverser l'ordre des idées dans Col. I, 9, où il souhaite à ses lecteurs la connaissance de Dieu — dam la sagesse, comme il leur souhaite ici la sagesse — dans la connaissance de Dieu. Ici, l'esprit de sagesse s'exerce dans la contemplation de Dieu ; là, la contemplation de Dieu se fait dans un esprit de sagesse. Quoi qu'il en soit, l'idée dominante de l'Apôtre dans notre texte, et l'objet final de sa prière, c'est l'accroissement des Êphésiens dans la connaissance de Dieu. Voilà le but; c l'esprit de sagesse et de révé- € lation » est le moyen. Connaître Dieu, le vrai Dieu, le Dieu de Jésus-Christ, c'est la vie éternelle (Jean XVII, 3). Dieu est si excellent et si aimable, que l'homme naturel n'est c étranger à la vie de Dieu » que « par l'ignorance > où il est de Dieu (Éph. IV, 18), et que nul ne peut le contempler tel qu'il est sans se sentir aimé de lui et sans l'aimer à son tour; deux choses qui constituent la vie spirituelle : c Nous l'ai-- € mons — parce qu'il nous a aimés le premier » (1 Jean IV, 19). La philosophie, prenant nécessairement l'homme pour centre, lui a dit : Connais-toi; mais la parole inspirée, pouvant seule partir de Dieu, a seule
40 PREKliBE FBIÂBX BX l'APÔTBE GH. l, 15-19.
aussi pu dire : Connais Dieu ; et cette connaissance renferme, avec Tunique connaissance salutaire de nous-mêmes et de notre misère, celle de Tunique remède capable de la réparer ^ Par une raison semblable, croître dans la connaissance de Dieu, qui est le principe de la vie spirituelle, c'est croître dans la vie spirituelle elle-même. Voulez-vous avancer en lumière, en amour, en ferveur, en sainteté? entrez plus avant dans la connaissance de Dieu ; pénétrez dans la pensée du Seigneur, et, si Ton peut ainsi parler, dans son cœur et dans son commerce intime. C'est là la récompense réservée à Thomme qui médite jour et nuit les Écritures, et c'est pour cela aussi qu'elles nous ont été données. De là cette belle parole d'Osée : « Nous € connaîtrons TËternel, et nous continuerons de le c connaître ; » littéralement: < Nous connaîtrons, nous c poursuivrons pour connaître, l'Éternel » (Osée VI, 3). La connaissance de Dieu est à la fois le point de départ, le moyen et la fin de tout développement spirituel. Ces trois degrés sont indiqués dans notre texte pour le lecteur réfléchi; mais ils le sont en termes encore plus clairs dans le premier chapitre de Tépître aux Colossiens. Parce que les Colossiens c ont connu € la gr✠de Dieu en vérité (6), > l'Apôtre prie « qu'ils c soient remplis de la connaismncê de sa volonté, en c toute sagesse et intelligence spirituelle » (9), c afin
^ Pascal.
QH. î, 45-19. POUR LES iPHÉSlBNS. 41
< qu'ils marchent d'une manière digne du Seigneur, € portant du fruit en toute bonne œuvre et croissant « dans la connaissance de Dieu > (10).
Les yeux de voire cœur étant illuminis. Le mot étante que nous sommes obligés d'ajouter en français pour être compris, fausse un peu la construction du texte original; mais on s'en écarterait encore plus en traduisant, avec nos versions reçues ou avec Lausanne 1839 : € Qu'il illumine les yeux, etc. » Nous trouvons une construction tout à fait analogue dans Rom. XI, 8 : <ç Dieu leur a donné un esprit d'as- € soupissement, des yeux pour ne point voir, » etc.; et nous regrettons que notre inexorable idiome nous interdise de traduire ici : « Qu'il vous donne un esprit « de sagesse et de révélation, des yeux du cœur il- * € luminés, » etc., pour montrer que les yeux illuminés dépendent, comme régime, du verbe donner, exactement comme V esprit de sagesse et de révélation. Les yeux illuminés sont plus que les yeux ouverts (Actes XXVI, 18). Les Éphésiens avaient déjà eu « les yeux ou- € verts, » lorsqu'ils « s'étaient convertis des ténèbres c à la lumière. » Mais aujourd'hui qu'ils sont dans la lumière, l'Apôtre demande à Dieu que cette lumière qui les environne éclaire si vivement leurs yeux qu'ils puissent contempler sans voile, t à visage dé- € couvert * (2 Cor. III, 18), avec « de&yeux dessillés » (littéralement dépouillés de leur voile, Ps. CXIX, 18), les choses de Dieu, telles qu'elles sont en Dieu*
4S PREMIÈRE PRIÈRE B£ l'APÔTRE GH. I, 15 19.
Les yeux de votre cœur. Nous suivons, avec Harless, OlshauseUy etc., une leçon qui s'écarte légèrement du texte suivi par nos versions reçues, mais qui est décidément préférable. Le choix de cette expression étonne d'abord, et c'est probablement ce qui a déterminé certains manuscrits à y substituer cette autre expression plus facile à comprendre, et d'ailleurs empruntée au chapitre IV, v. 18 : les yeux de votre entendement. Mais ce choix renferme une instruction importante : c'est que l'intelligence que saint Paul demande pour les Éphésiens est une intelligence qui a son siège non dans la pensée, mais dans ce fond intime de notre âme que l'Écriture appelle le cœur. € C'est du cœur que procèdent les sources de la vie » (Prov. IV, 23). C'est par le cœur qu'il faut comprendre pour se convertir (Jean XII, 40). C'est du cœur qu'il faut croire pour être justifié (Rom. X, 10). C'est aussi par le cœur qu'il faut croître dans la connaissance salutaire de Dieu.
Afin que vous sachiez quelle est V espérance de sa vocor îion, etc. Qu'on n'oublie pas que ces mots et ceux qui suivent jusqu'à la fin du v. 19, correspondent à ceux-ci: « la connaissance de Dieu, > comme les mots : € Les yeux de votre cœur étant éclairés > correspondent à ceux-ci : « un esprit de sagesse et de i^ « vélation. » Cette connaissance de Dieu que l'Apôtre a commencé par souhaiter aux Éphésiens en termes généraux, la voici reprise et développée dans les
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parties essentielles dont elle se compose. Saint Paul en indique trois. Mais en les comparant attentivement, et en rapprochant de notre passage 1 Pierre I, 3-5, où la même pensée est exposée avec les mêmes termes essentiels (l'espérance, au v. 3; Yhiritage, au V. 4; et h puissance de Dieu, au v. 5), et vraisemblablement avec l'intention de rappeler notre texte et de Téclaircir (2 Pierre III, 15, 16), on se convaincra, nopsle pensons, de la vérité d'une observation de Harless : c'est que les deux dernières choses mentionnées par l'Apôtre, la gloire de l'héritage de Dieu, et sa puissance envers les croyants ne sont que des subdivisions de l'espérance de sa vocation, qui est indiquée la première, et plus brièvement.
La vocation de Dieuy c'est-à-dire dont Dieu nous appelle, est cet acte de sa grâce, qui suit l'élection, et qui précède la conversion, et par lequel il appelle ses élus, par la parole de la vérité (Éph. I, 13), à la possession du salut qu'il leur a destiné (2 Tim. I, 9; Rom. VIII, 27-29) *. Il est question de l'élection, au temps passé uniquement; de la vocation, au passé et au présent; du salut, au passé, au présent et au futur. Mais ici, le mot vocation se trouve employé dans un sens moins précis, et marque, en général, toute
* Dans le premier de ces deux passages, le développement de l'Apôtre Ta, si Ton ose ainsi parler, en reculant : Dieu nous a sauvés, parce qu'il nous avait appelés, et appelés parce qu'il nous avait élus. Dans le second, le même ordre est indiqué, mais en sens inverse, et avec de nouveaux degrés intermédiaires.
44 PREMIÈRE PRIÈRE DE l'APÔTRE GH. ly 15-19.
Toeuvre de grâce que Dieu accomplit en faveur des élus et que PApôtre a développée dans les v. 3-14 de notre chapitre. Ce mot pouvait d'autant mieu^ servir à résumer ainsi toute Toeuvre de la grâce, que la vocation en forme comme le milieu et le centre. Vespérmce de cette vocation*, c'est l'espérance qui se rattache à cette vocation, et qui est le partage de ceux qui sont ainsi appelés de Dieu. C'est à peu près ce qu'on appellerait, dans le style religieux du jour, les privilèges de la vocation divine. Mais le mot espérance a ce double avantage qu'il indique une bénédiction future (Rom. VIII, 24) qu'on attend par la foi, et la ferme assurance avec laquelle on l'attend (Rom. V, 5).
Cette espérance de la vocation de Dieu est la première chose dont saint Paul souhaite l'intelligence aux Éphésiens; et c'est aussi la première que mentionne saint Pierre (1 Pierre 1, 3). « Béni soit le Dieu « et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon « son abondante miséricorde, nous a régénérés pour « une espérance vivante par la résurrection de Jésus- « Christ d'entre les morts. » Ce que l'Apôtre demande iqi pour ses frères, il l'a reçu lui-même le premier; car comment aurait-il pu écrire la première moitié de notre chapitre, s'il n'avait compris profondément
t Le mot espérance est pris ici dans son acception objective. Il s*agit, non du sentiment, mais de son objet. Il en est de môme dans Col. I, 5; Tite II, 13,etc.
Gfl. I, i5-l9. POVR LES ÉPHÉStENS. 4K
la grandeur de la grâce que Dieu a faite à ses enfants? Nous pourrons nous flatter d'avoir connu comme lui quelle est Tempérance de la vocation de DieUy quand, au lieu de trouver dans les v. 3-14 de notre chapitre une hauteur et une ferveur de sentiment où nous pouvons à peine atteindre assez pour l'expliquer, nous y verrons l'expression spontanée d'un amour et d'une reconnaissance qui débordent dans notre cœur, comme dans celui du saint Apôtre.
Pour que nous puissions jouir ainsi de l'espérance de notre vocation,, deux choses sont nécessaires. La première, que nous connaissions quelle est la richesse de la gloire de Vhéritage de Dieu dans les saints, pour nous réjouir dans l'attente de celte gloire, malgré notre misère présente ; l'autre, que nous connaissions quelle est la surabondante grandeur de la puissance de Dieu envers nous qui croyons, pour ne pas douter que la possession de cette gloire ne nous soit assurée, malgré notre infirmité présente, ou, comme s'exprime saint Pierre, par une antithèse aussi solide qu'ingénieuse, il faut que nous connaissions le prix de l'héritage qui est gardé dans les cieux pour nous, et la force de < la puissance de Dieu » par laquelle nous sommes nous-mêmes gardés par la foi pour le salut.
La richesse de la gloire de son héritage dati^ les saints. L'héritage de Dieu, c'est-à-dire que Dieu réserve à ses élus (Rom. VIII, 17, 18), est appelé un héritage
46 PREMIÈRE PRIÈRE DE l'APAtRE GH. I^ 15-19.
4 dans le$ saints \ pour marquer que le siège en est intérieur et la nature spirituelle (Luc XVII, 21 : « Le t royaume de Dieu est au dedans de vous >) ; ce qui sert en même temps à nous faire entendre que la possession de cet héritage peut commencer dès icibas, au moins en germe, par les arrhes du Saint- Esprit (v. 11 et 14). Au lieu de la gloire de cet héritage, nous aurions dit probablement la félidté. Mais le mot gloire y dont F Écriture se sert presque à Texclusion de l'autre, outre qu'il est plus grand, est surtout moins égoïste : il attire l'attention sur Dieu, au lieu que le mot félicité l'attirerait sur nous-mêmes. Il s'agit d'un héritage à recevoir de Dieu et à partager avec Jésus-Christ : à cette pensée, ce n'est pas de jouir qu'il est question pour l'Apôtre , c'est d'être glorifié, nous dans le Seigneur et le Seigneur en nous (2 Thess. 1, 12). Mais, comme si cette expression de gloire ne lui suffisait pas encore, il ajoute : richesse de cette gloire. L'emploi que le Nouveau Testament fait de ce mot est intéressant à observer : plus il s'élève au-dessus de la richesse convoitée par le monde, plus il retient fermement l'expression de cette convoitise pour le sanctifier en l'appliquant aux biens vraiment désirables (Rom. II, 4; IX, 23; XI, 33; 2 Pierre I, H ; littéralement « vous sera richement
1 Harless l'entend d'une autre manière : parmi les saints, c'està-dire qui doit être distribué parmi les saints. Il rapproche de notre passage Actes XX, 32; XXVI, 18.
GH. îy 15-19. POUR LES ÉPHS8IENS. 47
c accordée, > etc.). De quoi nous rendrait capables l'intelligence réelle, et la contemplation constante, de cette gloire de l'héritage de Dieu dans les saints? Jésus-Christ lui-même nous l'apprend par son exemple, Hébr. XII, 2 (Traduisons, avec Lausanne 1839 : < en échange de la joie qui lui était proposée, > comme le prix réservé au vainqueur, au terme de la course) *.
Et qwlle est la surabondante grandeur de sa puissance efwers nous qui croyons^ selon l'efficace du pouvoir de sa force. Le prix est magnifique. Reste à savoir si nous pouvons l'atteindre. Nous n'en avons pas la force en nous-mêmes ; mais cette force est en Dieu, pleinement suffisante, surabondante comme le langage par lequel l'Apôtre semble s'efforcer vainement de la décrire : cela doit nous suffire. Pour nous qui croyons, et qui avons été rendus par la foi < participants de la € nature divine » (2 Pierre 1, 4), la question n'est pas : Que pouvons-nous? mais, que peut Dieu? c Toutes € choses sont possibles à celui qui croit » (Marc IX,23), parce que « rien n'est impossible à Dieu > (Luc 1,37). Les derniers mots : Selon Vefficace du pouvoir de sa force, se rapportent, non au mot croyons, que nous avons, par cette raison, séparé de ce qui suit par une virgule, mais à l'ensemble de la phrase : « La sur- € abondante grandeur de sa puissance, — selon l'effi-
> Voyez encore Hébr. X, 34.
48 PREMIÈRE PRIÈRB DE i'aPÔTRE CH. I, 15-49.
€ cace, etc. > Dans cette accumulation d'expressions semblables, il faut voir avant tout Tabondance du sentiment qui remplit le cœur de l'Apôtre ; mais il faut discerner aussi les nuances qui les distinguent les unes des autres. Vefficace est la puissance dans son opération ; le pouvoir, la puissance dans son essence; etlaforcey la puissance dans son principe; ou, selon une image aussi juste que belle de Calvin, la première est le fruit, la seconde Tarbre et la troisième la racine.
Des trois choses que TApôtre prie Dieu de révéler aux Éphésiens, celle qu'il a surtout à cœur de leur voir bien connaître, c'est la puissance de Dieu envers ceux qui croient. Car, tandis qu'il ne fait qu'indiquer les deux autres, il s'arrête sur celle-ci, et va montrer comment elle a été déjà déployée, d'abord en Jésus- Christ, et ensuite en ses membres. C'est que rien n'est plus nécessaire à connaître pour nous, ni tout ensemble plus difficile à croire, que cette puissance de Dieu envers nous. Ésaïe résume toute l'œuvre de notre salut en ce seul mot « le bras de l'Éternel, » c'est-à-dire sa puissance, et il explique toute l'incrédulité des hommes par la difficulté qu'ils éprouvent à croire cette puissance : e Qui a cru à notre prédi- <t cation, et à qui le bras de l'Éternel a-t-il été révélé? > (LIII.l.) LePsalmiste dit dans le même esprit: c Dieu « a une fois parlé, et j'ai ouï cela deux fois; que la € force est à Dieu » (Ps. LXII, H). Il est vrai qu'il