GH. I^ 20<^. POUR LES ÉPHÉSIËNS
droit où ses ennemis pensaient l'avoir vaincu qu'il a été « plus que vainqueur. > C'est parce qu'il s'est tant abaissé que Dieu l'a tant élevé (Phil. Il, 9); ce$t pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom ; et c'est « par la souffrance de la mort, qu'il a été cou- € ronné de gloire et d'honneur » (Hébr. II, 9).
Comment douter, après cela, de la puissance de Keu envers nous qui croyons? Quel que puisse être et le degré de misère où vous gémissez, et le degré de gloire où vous aspirez, le Dieu de Jésus-Christ peut toujours vous tirer de l'un et vous conduire à l'autre. Ce degré de misère est-il plus bas que la mort? Eh bien ! c'est de la mort que Dieu a tiré Jésus-Christ. Ce degré de gloire est-il plus haut que le trône du Père? Eh bien ! c'est sur ce trône que Dieu a fait asseoir Jésus-Christ, c Toutes choses sont à « vous, et vous à Christ, et Christ à Dieu » (1 Cor. m, 22, 23).
Et il a assujetti toutes choses sous ses pieds. Citation du Ps. VIII, 7. Comment saint Paul applique-t-il à Jésus-Christ un psaume qui ne parait avoir pour objet que de célébrer la gloire de Dieu dans l'homme tel qu'il est sorti des mains de son Créateur, et un verset de ce psaume que le psalmiste a pris soin de rattacher clairement par le développement qu'il en fait lui-même au récit de la Genèse, comme on peut s'en convaincre en rapprochant Ps. VIII, 8, 9 de
58 FREMIEBË PRIÂELB DE L'aPÔTBE Gfi. 1^20-33.
Gen. I, 26? Il ne faut pas répondre que F Apôtre n'a entendu qu'accommoder à son sujet un endroit de l'Ancien Testament qui y est réellement étranger, fio^nme nous ornons nos écrits ou nos discours de citations d'auteurs anoiens ou modernes qui pensaient à tout autre chose. Car, outre qu'une telle accommodation convient peu, en général, au Saint-Esprit, citant le Saint-Esprit, elle est tout à fait inadmissible pour le Psaume VIII, que le Seigneur lui-même s'est appliqué dans une circonstance solennelle (Matth. XXI, 16), et spécialement pour le verset 7, que saint Paul a cité deux autres fois, en l'appliquant toujours k Jésus-Christ, et en raisonnant d'après cette application (1 Cor. XV, 27, et Hébr. II, 6-9). Nous ne pensons pas cependant que l'Apôtre, ni le Seigneur, aient vu dans le Psaume VIII une prophétie propre^ ment dite, dont ils aient entendu marquer l'accomplissement; le Psaume VIII se rapporte trop clairement à la création de l'homme, et vraisemblablement les contemporains de David, peut-être David luimême, n'y ont pas vu autre chose. Mais entre la simple accommodation et la prophétie positive, il y a des nuances intermédiaires, fort importantes à re-» marquer pour l'intelligence de l'Ancien Testament, et qui tiennent au caractère préparatoire et préfiguratif de l'économie lévitique. Du commencement à la fin de l'Ancien Testament, Jésus-Christ est partout présent à la pensée du Saint-Esprit, alors même qu'il
CH. t^ 20-23. POUR tE9 ÉPHÉSIBNS. BO
ne l'est peut-être pas à la pensée du prophète qu'il inspire ; car ce qu'il nous importe de connaître, c'est moins ce que le prophète a pensé dire que ce que le Saint-Esprit a voulu dire par lui. Cet Esprit voit plus loin que ceux dont il emprunte l'organe ; et les pro-^ phètes, qu'un apôtre nous représente faisant effort pour comprendre ce- que révélait par eux « l'Esprit « de Christ qui était en eux » (1 Pierre I, H), se* raient probablement, s'ils revenaient à la vie, des commentateurs très imparfaits de leurs propres écrits. De là, dans l'Ancien Testament, bien des traits qui, sans se rapporter directement ou exclusivement à Jésus-Christ, se rapportent à lui indirectement, et dans ce qu'on pourrait appeler leur sens le plus lointain et tout ensemble le plus profond. Mais ces traits, esquissés d'une main plus légère que la prophétie proprement dite, ne se dessinent nettement aux yeux que dans la vive lumière de la Nouvelle Alliance et du 8aint*Esprit, à peu près comme ces caractères feiblement indiqués sur le papier, et qui ne deviennent visibles que lorsque nous le plaçons entre le jour et nous. Ainsi s'explique Osée XI, 1 , cité par Matth. II, 15; Jér. XXXI, 15, par Matth. II, 17; et bien d'autres citations de l'Ancien Testament dans lé Nouveau, parmi lesquelles le Psaume VIII, cité trois fois par saint Paul et une fois par Jésus-Christ, tient une place intéressante. Le Psalmiste n*y a vu peutêtre que la gloire destinée à l'homme dans la créa-
60 FREHIBRE PRIÈRE JDE L'AFÔTRE GH. I, 20-23.
tion ; mais le Saint-Esprit, et TApôtre qu'il éclaire, y a vu cette gloire, perdue en Adam, et reconquise en Jésus-Christ, qui a réalisé la promesse de Genèse I et de Psaume VIII, dans un sens plus éloigné et plus essentiel, au nom de l'humanité qu'il représente. Empruntons les paroles de Harless : < Théodoret s'est servi d'une expression peu exacte en appelant le Psaume YUI prophétique^ car on ne saurait y voir une prophétie proprement dite de Christ; cependant la pensée de ce psaume se rattache à Christ d'une manière à la fois très simple et très profonde pour qui a bien compris le rapport de l'Ancien Testament au Nouveau; celui-ci était comme esquissé d'avance dans celui-là par certains traits qui devaient demeurer obscurs jusqu'au temps de l'accomplissement, mais qui, vus dans une pleine lumière, devaient nous apprendre à reconnaître dans les soins de Dieu pour l'éducation de l'humanité un plan uniforme, dont les divers degrés se répondent et se pénètrent mutuellement. » L'explication de ces textes et d'autres semblables nous est donnée par saint Paul lui-même dans ces paroles : « Adam « qui était la figure de celui qui devait venir > (Rom. Y, 14). Qu'était-il devenu, cet homme créé à l*îmage de Dieu et dont la puissance faisait concevoir au psalmiste l'espérance d'une élévation future? L'Apôtre dit : « Par le péché d'un seul plusieurs sont « morts » (Rom. V, 18); « par la désobéissance d'un
Gfi. ly 20-23. FOUR LES ÉPHÉSIENS. 6i
€ seul homme, plusieurs ont été rendus pécheurs » (verset 19) ; « la mort a régné par un seul » (verset 17 comparé avec 1 Cor. XV, 47-49),
L'homme fut donc soumis aussi à la mort, mais Tordre établi par Dieu n'était pourtant pas détruit ; l'homme qui possède une puissance souveraine et qui est mort en Adam revit en Christ pour l'éternité ; l'espérance du psalmiste n'a pas été déçue, elle a au contraire été ratifiée en Christ, « le dernier « Adam i> (1 Cor. XV, 45).
/{ Va établi pour tête, au-dessus de toutes choses, pour r Église. De Christ, l'Apôtre revient aux croyants; car c'est eux qu'il avait en vue, et soit qu'il montre, comme il va le faire dans les versets suivants, la puissance de Dieu déjà déployée dans le chrétien, ou, comme il vient de le faire> celte puissance déjà déployée dans le Christ lui-même, c'est toujours pour faire connaître aux Éphésiens « quelle est la sura- « boudante grandeur de sa force envers nous qui « croyons. » Ainsi, les derniers mots du chapitre I (« et il l'a établi, » etc.) servent de transition entre la première manifestation de la puissance de Dieu et la seconde * ; ou , pour parler plus exactement, ils montrent que les deux n'en font qu'une pour notre Apôtre; tant il unit étroitement le croyant au Sei-
1 On ne doit pas oublier que la division de la Bible en chapitres et en versets n'appartient pas aux auteurs sacrés. Elle a été faite il y a peu de siècles^ et souvent avec assez de négligence.
63 PREMIÈRE FRIÈftE DE L^ÂFÔTRE Gfi. I, 20-23.
gneur; les membres à la tête. Aussi décrit-il en cet endRoit la grandeur de Jésus-Christ, par le côté de la nature humaine, dans cette exaltation contingente qui a été le prix de son abaissement, tandis que, dans l'endroit correspondant de Tépître aux Colossiens, il décrit la grandeur de Jésus-Christ, par le côté de là nature divine, et dans cette gloire innée qui a précédé Tincarnation et la création ellemême *.
Bien que Christ pût à la rigueur être appelé Id Ute de toutes les puissances de l'univers, comme il l'a été dans Colossiens II, 10, il paraît assez clairement par le verset 23 qu'ici, comme partout ailleurs excepté dans ce seul passage de l'épltre aux Colossiens, il est représenté comme la tête de l'Église^ non de l'univers, et même comme servant de tête à l'Église à l'exclusion du reste de l'univers. Mais, au contraire,
* Nous empruntons cette réflexion à une note d'Olshausen que nous croyons deVoif reproduire en entier :
« Cet endroit (20-23) tient une place capitale dans la christologle de saint Paul. Réuni à deux autres passages non moins importants (Col. I^ 14-19; Phil. n> 8^ 11)^ il donne à connaître la doctrine de saint Pa»l touchant le Christ, sur laquelle TApôtre s'arrête peu ailleurs, parce qu'il la suppose le plus souvent connue. Mais tandis que, dans Tépltre aux Colossiens, Christ est considéré essentiellement dans son existence éternelle, vue en dehors du temps, comme la parole qui était au commencement^ selon l'expressicm de saint Jeani nous Voyons prédomiaer dans l'épltre aux Ëphésiens la nature humaine du Rédempteur, et cette nature glorifiée en Jésus-Christ montant au ciel et s'asseyant à la droite de Dieu pour régner sur le monde. Sous ce point de vue, notre passage se complète par celui de l'épltre aux Philippiens, qui décrit également l'exaltation de Christ (11, 9-11), mais après avoir, dans ce qm précède immédiatement (6*8), caractérisé son état d'abaissement dans seâ divers degrés. »