‹ Explication de l'epitre de Saint Paul aux EphésiensChapitre 28 sur 64 · CH. 11^ 11-22. FOUR LES ÉPHÉSIENS · texte numérisé non relu

CH. 11^ 11-22. FOUR LES ÉPHÉSIENS

pondant de Tépître aux Colossiens I, 22 : « Nous a « maintenant réconciliés par le corps de sa chair, par « sa mort ; » et encore (II, 14) : « Ayant effacé Fobli- <c gation qui était contre nous, laquelle consistait « dans les ordonnances, et nous était contraire; « et il l'a entièrement annuUée en l'attachant à la « croix. » C'est en mourant, c'est dans sa chair que Jésus-Christ reçoit à notre place le coup que la loi nous destinait, et c'est « par la mort » qu'il « détruit a celui qui a le pouvoir de la mort » (Hébr. II, 14), Merveilleux paradoxe! Rapprochez de notre texte Jean VI, 51; Rom. VIII, 3. N'oublions pas quel est a le chemin nouveau et vivant » que Jésus nous a ouvert pour « entrer dans les lieux saints » (Hébr, X, 19, 20), et a soyons reconnaissants! »

Les mots rinimitié sont placés de telle sorte que l'on peut, avec une égale facilité, ou avec une égale difficulté, les rattacher à ce qui précède, et traduire : t< Ayant renversé le mur mitoyen de la clôture, Tinicc mitié, » ou à ce qui suit, et traduire ainsi que nous l'avons fait ci-dessus. Dans l'un et l'autre cas, rinimitié est une expression abrégée pour la cause de Vinimitié; mais dans le premier, c'est le mur de séparation figurant la loi qui est appelé de ce nom ; dans le second, c'est la loi elle-même. Nous devons avouer que les meilleurs commentateurs modernes se sont décidés pour la première interprétation (Harless, Olshausen, Gerlach, etc.) ; malgré cela,

120 SEGOltPE PRIÉBE DE l'AFÔTRE GH. n^ ii-32)

nous nous rangeons parmi ceux qui préfèrent la seconde, parce que la construction de la phrase, toujours embarraifeée quoi qu'on fasse, nous laisse le choix libre, et qu'il nous paraît dès lors plus naturel de partager la période de telle sorte que la figure se trouve toute d'un côté, et l'explication toute de l'autre. « Ayant renversé le mur mitoyen de la clôture, » voilà la figure; et en voici l'explication : « Ayant «c aboli, dans sa chair, l'inimitié, » etc. Ajoutez que cet ordre d*idées correspond exactement à celui de la fin du v. 16 : « Ayant tué l'inimitié en elle » (c'est-è-dire en sa croix), qui confirme ainsi notre explication. Quoi qu'il en soit, cette différence n'affecte pas le fond de la pensée. Dans la figure ou dans l'explication, c'est toujours la loi qui est, selon l'Apôtre, la cause de l'inimitié qui existe entre le Gentil et le Juif. Cela se conçoit, et l'histoire le confirme. En constituant Israël comme un peuple à part, et en le séparant de tous les autres, non-seulement par une doctrine et une mission toute spéciale, mais encore par des formes extérieures et visibles, qui avaient le double caractère d'un privilège et d'une barrière, telles que le culte réservé à un seul temple, les règles de la pureté légale, l'observation du sabbat, et par-dessus tout la circoncision, la loi mosaïque créait entre le peuple élu et tous les autres une haine naturelle, inévitable, et dont on trouve des preuves constantes dans toute l'histoire des guerres des Israé-

Œ. n5ii-22. POUB LES ÉPHÉSDSNS. 121

lites avec leurs voisins, et enfin avec les Romains. Ces guerres ont un caractère particulier qui tient à ^isolement national et religieux du Juif, source de hauteur et d'éloignement de son côté, de jalousie et de haine du côté de ses adversaires. Comment s'aimer quand les Gentils étaient pour les Juifs des profanes avec lesquels il ne leur était pas permis de manger, et les Juifs pour les Gentils des fanatiques dont l'orgueil n'était égalé que parleur superstition? On voit, en lisant les auteurs païens, que les Gentils méprisaient autant les Juifs pour être circoncis, que les, Juifs méprisaient les Gentils pour ne l'être pas. Point de réconciliation possible, tant que la loi sub sistait telle quelle, et c'est en la détruisant que Jésus- Christ a fait la paix. Mais il faut bien s'entendre sur cette loi qui engendre l'inimitié et que Jésus-Christ a détruite. Ce n'ei^ pas la loi dans toute son étendue, ni dans toutes ses applications. Dans un sens, l'Ëvangile € établit la loi » (Rom. lU, 31), et Jésus-Christ a déclaré qu'il « n'est pas venu l'abolir, mais l'accom- € plir > (Matth. V, 17, 18). Aussi l'Apôtre prénd-ii soin de bien caractériser la loi dont il entend parler. La loi des commandements en ordonnances. Ces deux compléments, des commandements et en ordonnances, servent à marquer avec précision la partie, ou le côté de la loi que Jésus^hrist a détruit par sa mort. D'abord, c'est la loi c des commandements. > Ce n'est pas la loi servant de fondement à l'alliance de Dieu

iS2 SECONDE PRIÈRE DE l'APÔTRE GH. II^ 11-^.

avec son peuple (Ex. XXIV, 7, 8), et préparant l'économie de la grâce par la promesse (Éph. II, 12), par la prophétie (Rom. III, 21), et par les types (Gai. IV, 21 ; Hébr. X, 1, etc.); mais c'est la loi qui impose des obligations, sanctionnées par des récompenses et des peines (Rom. X, 5), et que saint Paul fait contraster si souvent avec la grâce dans ses épîtres (Rom. III, 20-23 etc.). Peut-être le pluriel employé par l'Apôtre (les commandements) doit-il servir en même temps a faire contraster la multiplicité des prescriptions légales avec l'unité de l'esprit évangélique. La loi dit : Fais ceci ou fais cela, évite ceci ou évite cela ; mais l'Évangile réduit tout au seul commandement de l'amour, et ce commandement même il l'impose moins par un précepte qu'il ne l'écrit dans k cœur par le Saint- Esprit. Cette première restriction ne sufiBt pas à notre Apôtre pour éclaircir sa pensée. Le mot commandement a encore un sens trop étendu ; non-seulement il peut s'appliquer au fond même de la loi morale proclamée dans l'Ancien Testament et en particulier sur le mont Sinaï, mais il s'emploie même des obligations de la morale évangélique (1 Jean II, 3), y compris l'obligation de croire ( 1 Jean III, 23^ 24). De là le second complément, qui restreint le mot commandements, comme ce mot restreignait celui de Ipi : « en ordon- < nances. > La plupart des commentateurs entendent par là les prescriptions cérémonielles de la loi; mais ce n'est pas exactement la pensée de l'original. Le mot

Gfi. II; H-29. POUR LES ÉPHÉSIBNS. 123

rendu par ùrdmnances ne se trouve nulle part avec Tacception bien déterminée de prescriptions cérimo' niellesy pas même dans GoL II, 14, où il ne peut être question de la loi cérémonielle seulement, puisqu'il s'agit en cet endroit du pardon des péchés en général, et plus spécialement du pardon accordé aux Gentils, qui n'avaient rien à faire avec la loi cérémonielle. Dans notre texte, il ne peut pas être question non plus de la loi cérémonielle toute seule; car ce n'est pas la seule partie de la loi à la condamnation de laquelle Jésus-Ghrist nous a soustraits, soit Juifs, soit Gentils ; et ce n'est pas la seule non plus qui séparait les deux peuples • La restriction ici indiquée ne porte pas tant sur l'objet des commandements (allemand : Inhait) que sur leur esprit ou leur forme. « Les commandements en ardonnancesy ^ ce sont les commandements dans leur forme la plus impérieuse, la plus menaçante, et tels qu'ils apparaissent à notre Apôtre lorsqu'il les appelle ailleurs « la lettre qui « tue, 5 par opposition à « l'esprit qui vivifie *. »

Ainsi l'Apôtre développe lui-même le mot ordonnances, ou plutôt le verbe qui lui correspond et qui n'a pas d'équivalent exact en français (Gol. II. 20), en ces mots : t Ne prends point, ne goûte point, ne « touche point. » Au reste, ces dernières paroles (voyez

> La lettre signifie la loi qui est écrite^ soit dans le livre^ soit sur la pierre^ et que TApdtre met en contraste ayec la loi d*amour écrite dans le cœur par V Esprit, Ce passage est cité souvent dans un sens qui n'a aucun rapport avec la pensée de Tautenr sacré. Voyez encore Rom. VII, 6.

124 SECOIOIB PBIÈBE DE l'AVÔTBE GH. II, li-âS.

encore le v. 16), font voir que ait les commandements c en ordonnances » ne sont pas exactement les prescriptions cérémoniélles de la loi, c'est pourtant plus spécialement cette partie de la loi que l'Apôtre a en vue, et que les commentateurs que nous venons de combattre* se sont plus mépris sur le sens des mots de l'Apôtre que sur sa pensée. Aussi bien, c'est principalement, bien que ce ne soit pas exclusivement, le côté çérémoniel de la loi qui mettait inimitié entre les Gentils et les Juifs. Jésus-Christ a détruit, par sa mort, cette inimitié, en détruisant la loi mosaïque, en tant qu'elle imposait des obligations multipliées, avec le ton du commandement et sous des sanctions terribles.

Telle nous paraît être l'interprétation véritable de ce passage, l'un des plus diflBciles de notre épître, et l'un de ceux aussi sur le sens desquels les esprits sont le plus partagés. Nous ne croyons pas nécessaire d'indiquer toutes les autres interprétations qu'on en a données. Nous ne pouvons cependant passer entièrement sous silence celle de Hai'less, qui a été autrefois celle de Chrysostome, et d'autres commentateurs considérables \ Selon eux, V inimitié mentionnée par saint Paul n'est pas celle qui existe entre les Gentils et les Juifs, mais celle qui existe entre les hommes, Juife ou Gentils, et Dieu ; le mur mitoyen n'est pas celui qui

^ Elle a été sni^e également par Gerlaeh, avec cette nuance qu'il emtend par inimitié, non rinimitlé des hommes contre Dieu, mais la sainte colère de Dieu contre les hommes (Éphés. II, 3; Rom. Vj 10, ^c).

GH. II; il~S2. POUR LES ÉFHÉSIENS. 125

sépare Tun de l'autre les deux peuples, mais celui qui sépare l'un et l'autre de Dieu; et la loi de$ commandemmts (que Jésus-Christ a abolie quant aux ordonnances^ aiusi traduit Harless), est, par une suite nécessaire, une loi commune aux Juifs et aux Gentils. Mais nous ne saurions admettre ni que Vinimitié nommée au V. 15 puisse être autre chose que l'opposé de la^Miû; nommée au v. 14, et qui, de l'aveu de Harless, est la paix entre le Gentil et le Juif; ni -que ces deux membres de phrase « qui des deux choses en a fait € une, et a renversé le mur mitoyen de la clôture, ^ au lieu de tenir ensemble comme les deux parties d'une même image, doivent être séparés l'un de l'autre, et appliqués à deux objets tout à fait distincts, le premier à la réconciliation des Gentils avec les Juifs, le second à celle des uns et des autres avec Dieu ; ni enfin que la loi des commandements en ordonnances, ou même seulement, la loi des commandements puisse désigner autre chose que la loi donnée à Israël. L'interprétation que nous avons suivie est, avec quelques différences légères celle d'Olshausen, dont le commentaire est postérieur à celui de Harless, et qui pense que le rapprochement opéré par Jésus-Christ entre les Gentils et les Juifs fait l'objet de tout ce passage de notre épître (H-22) même des v. 16-18. Nous sommes d'accord avec lui, ainsi que nous l'avons expliqué plus haut, avec cette restriction que, selon nous, l'Apôtre n'a pu traiter cette matière sans

126 SECONDE PRfÈBE BB L^APÔTRE GH. II, 11-22.

s'occuper en même temps du rapppochemeat opéré par Jésus-Christ entre les Gentils et Dieu, et que ce dernier sujet prédomine même dans les trois versets que nous venons de citer, sans toutefois que le premier y soit abandonné.

Afin quHl créât j etc., et quHl réconciliât^ etc. La destruction de la loi, telle que saint Paul l'a définie, par la mort de Jésus -Christ, a eu un double but et un double résultat : premièrement, de faire du Gentil et du Juif en lui-même un seul homme ; secondement, de réconcilier Vun et Vautre avec Dieu ; deux choses qui devaient concourir également à cette paix qu'il venait établir entre eux. Le même rapport est indiqué entre la mort de Jésus-Christ et la création nouvelle du croyant (Rom. VIII, 4, 6, 1 Pierre, II, 24, etc.); et entre la mort de Jésus-Christ et la réconciliation du croyant avec Dieu, en cent endroits. Au reste, les deux intentions ici marquées paraissent se rapporter plus spécialement, chacune, à l'une des deux choses qui ont été dites ci-dessus de Jésus-Christ, l'une en style figuré (v. 14), l'autre en style propre (première moitié du v. 15), de telle sorte que ces mots : « Afin « qu'il créât les deux eu lui-même pour être un seul « homme nouveau, faisant la paix, > correspondent à ceux-ci : « II est notre paix, qni des deux choses en « a fait une, et a renversé le mur mitoyen de la « clôture ; ^ et les mots : « afin qu'il réconciliât les « uns et les autres en un seul corps avec Dieu, par

GH« 1I> ii'212. POUR LES ÉPHÉSIENS. i9f7

c la croix, ayant tué en elle Tinimitiéy » à ceux-ci : c Ayant détruit l'inimitié en sa chair, la loi des cornc mandements en ordonnances. >

Afin quil créât Us deuxy en lui-même^ pour être un seul homme nouveau, faisant la paix ^ Le peuple juif d'une part, le peuple gentil de l'autre sont personnifiés chacun en un seul homme. Jésus-Christ prend l'un et Vautre de ces deux hommes, et, l'ayant associé d'abord à sa mort, l'associe ensuite à sa résurrection (Rom. VI, 4, 5), et le crée de nouveau, dans sa personne; de telle sorte que de deux qu'ils étaient, ils deviennent en Christ un seul homme nouveau. Que fautil entendre par ce seul homme nouveau? Est-ce V Église, dans laquelle ce Gentil et ce Juif sont désormais unis, et dont tous les membres composent sous Christ qui en est la tête, un seul corps (Éph. IV, 16), qu'on pourrait appeler un seul homme nouveau? Ou bien est-ce la vie nouvelle, qui a été formée dans l'un et dans l'autre, qui est nommée ailleurs l'homme nouveau (Éph. IV, 24; Col. III, 10), et qui serait nommée ici un seul homme nouveau, comme étant dans le Gentil converti et dans le Juif converti une seule et même vie? Ou enfin, est-ce Christ lui-même, vivant dans l'un et dans l'autre, et formant en eux l'homme nouveau, qui dès lors est nécessairement le même dans tous deux ? Le premier de ces trois sentiments

^ Oa : « Afin que des deux il créât en soi-même un seul homme nouveau. »

138 SECONDE PBIÈB£ PB l'ap6tRE GH. II^ li*i2.

est celui de plusieurs commentateurs; le secood celui de Harless, et le troisième celui d'OIshausen, qui s'exprime en ces termes : « Paul représente Christ lui-même comme le type véritable et unique de l'humanité, le représentant de la race, en qui les deux peuples séparés sont ramenés à une parfaite unité. Comme Adam seul est le vieil homme, en qui et par qui le vieil homme se transmet à tous les individus de la famille humaine^ ainsi Christ est seul l'homme nouveau, en qui et par qui tous reçoivent l'homme nouveau, créé selon Dieu en justice et en sainteté. » De ces trois interprétations, la première nous paraît devoir être rejetée, parce qu'elle ne sort pas naturellement du texte et que l'Église ne peut guère être appelée un homme. Nous balançons entre les deux autres; nons penchons cependant pour la dernière. Elle nous paraît seule entrer pleinement dans l'intention de rApôtre, qui veut évidemment tout expliquer par la personnalité vivante de Christ, et par Tunion du croyant avec lui. Seule aussi elle laisse au mot m son sens propre, qu'il doit conserver étant opposé au mot deux : à l'idée d'unité, l'interprétation d'Harless substitue celle de conformité. Christ, créant de nouveau, en soi-même, le Juif et le Gentil, les transforme l'un et l'autre en sa propre personne ; dans le Gentil converti on ne voit plus rien de gentil ; dans le Juif converti on ne voit plus rien de juif, mais on voit dans Tun et dans l'autre Christ seul ; et c'est ainsi que

GH. 11^ 11-^. POUR LES ÉPBÉSIXNS; i%

de deux qu'ils étaient, ils sont devenus un seul homme, en lui. N'est-ce pas la pensée exprimée dans Gai. m, 28, et surtout dans GoU III, 10, 11 : « Ayant € revêtu le nouvel homme? *

Faisant la paix : il est assez facile de voir que ces mots se rapportent à Jésus-Ghrist, pour que nous ayons cru pouvoir nous dispenser d'ajouter, avec Martin et la version de Lausanne, devant le participe faisant la particule en, qui ôte toute équivoque à cet égard, mais qui altère légèrement le sens. Faire la paix, n'est pas un moyen que Jésus-Ghrist emploie, c'est l'œuvre même qu'il accomplit. Le participe présent marque très bien que Jésus-Ghrist accomplit cette œuvre par sa présence personnelle, et il y a dans cette courte phrase incidente, faisatu la paix, quelque chose de plein et de tranquille qui peint à l'esprit la réconciliation qu'il opère entre les deux peuples. Au reste, remarquez bien comment il les réconcilie. Ge n'est pas en faisant passer le Juif à la o^pdition du Gentil, ni même en faisant passer le Gentil à la condition du Juif, mais en les faisant passer l'un et l'autre à une condition nouvelle, en soimême, et en les unissant d'abord à soi pour les unir ensuite entre eux. Voilà le secret de toute union véritable, tant entre les corps qu'entre les individus: il ne s'agit pas pour les autres de venir à nous, ni pour nous d'aller à eux ; mais il s'agit pour eux et pour nous d'aller à Ghrist, dans lequel seul nous pouvons être

130 SEGOIO» PBIJBBE DE L^APÔTRE GH. 11^ ii-SS.

efficacement et réellement unis. Saint Paul dit cela, il est vrai, d'hommes irrégénérés, qui ont à subir un changement radical; mais cette remarque s'applique, en se modifiant suivant les cas, à toute union, même entre chrétiens. Sous ce point de vue, le grand moyen de procurer Tunion entre les frères, c'est de s'attacher au Seigneur ; et chaque progrès dans sa communion est un pas fait, en ce qui nous concerne, vers cette union tant désirée. C'est par là qu'un chrétien, qui soupire après elle, fût-il seul à en sentir le besoin, peut y travailler dan^ son cabinet, seul à seul avec son Dieu.

Et qu'il réconciliât les uns et les autres, en un seul corps af)ec Dieu^ par la croix^ ayant tué en elle finimitH. Nous avgns déjà fait remarquer que cette seconde raison donnée de l'œuvre de Christ répond plus spécialement à la seconde partie de cette œuvre^ telle qu'elle a été décrite dans les v. 14 et 15, comme la première raison correspondait à la première partie de cette même œuvre. Il suit de là que notre verset et le commencement du v. 15, que nous avons expliqué (p. 118 et suivantes) servent à s'éclaircir mutuellement. Nouveau motif pour nous de croire que nous ne nous sommes pas trompés en faisant dépendre V inimitié au v. 15 de ce qui suit et non de ce qui précède; en même temps que cela nous porte à croire que l'inimitié au v. 16 est la même dont il a été parlé au v. 15, savoir celle

GH. II, ii-22. BOUR LES ÂBffiËSIBNft. 1^1

qui existe entre, le Geatil et le Juif, plutôt c^ e^ qui existe entre les hommes et Dieu, rious avouons cependant qu'ici^ et dans les deux vensets^qui suivenit,^ les deu^ réconciliations, celle du Gentil avec le Jm% et celle de tous les deux avec Dieu, se touchent et^sd pénètrent de telle sorte qu'il faut renoncer à en. faire un discernement exact. C'est Tune qu c'est l'autee qiii ressort dans notre verset, suivant que l'on â{^ie sur la pensée de réconcilier avec Dim^ ou sur celle^^ir: Vun et Vautre dans^ itn. même canps. flinimiiiéy xn&ti^ tipnnée. à la fin du v. 16, peut bien étrô au^sitoeUft qui sépare les hommes de Dieu ; la paix^ mentiourt née au v. 17, et évapgélisée tant au Gentil qu'au Juif; (et qon entre le Gentil et le Juif), doit bicua ^tre aa moiQs. autant la paix de l'un eti da Tiaitre avec Dieu que leur paix réciproque; et au v> 18 l'ulie et l'autre pensées tiennent une égale place» Cette espèce de confusion De nous surprend pas* Plus l'Apôtre avançait dans son développement et pénétrait dans l'intérieur de son sujet, plus» les. deux lér' conciliations devaient s'unir et se confondre par lôur racine commune, en DieUé

En un seul corps^. Ce corps, est-ce l'%lise (Ëph« I, S3), dans laquelle le Gentil et le Juif sont désormais réunis par la foi. en Jésus-Christ? Ou bien est^ele corps de Jésus-Christ lui-même, auquel l'un et l'autre) ont été unis par une création nouvelle> et daas leqi»«^ l'un et l'autre sont réconciliés avec Dieu sur la croix,?.

182 SECONDE PEIÉRE DE l'APÔTRE CH. Il, li-22.

L'une et l'autre interprétations peuvent se justifier par le contexte et par des parallèles, notamment par des parallèles de Tépître aux Colossiens qui^'sont ici d'un grand poids, la première par Col. III, 15; 1 Cor. X, 17, etc.; la seconde, par Col. I, 22; Rom. VII, 4, etc. Elles sont d'ailleurs étroitement unies, et Ton pourrait les adopter toutes deux à la fois : le Gentil et le Juif sont réconciliés ensemble avec Dieu, d'abord dans le corps propre de Jésus- Christ, et ensuite dans cet autre corps de Jésus- Christ qui est l'Église; d'autant plus qu'aux parallè* les que nous venons de citer en faveur des deux sens proposés, on en peut ajouter d'autres qui les rassemblent tous les deux, tels que Rom. XII, 5 : « Nous ce sommes un seul corps — en Christ. > Cependant la même raison qui nous a fait pencher pour l'interprétation qui voit Christ dans le « seul homme nou- « veau » du v. 15, nous porte à voir aussi le corps de Christ dans le « seul corps » du v. 16 : la personne même de Christ, et la réconciliation du Gentil et dfli Juif entre eux et avec Dieu par cette personne et dans cette personne, voilà ce que l'Apôtre a constamment ici devant les yeux. Ajoutons que cette interprétation s'accorde mieux avec les mots réconcilier et par la croix dont elle est précédée et suivie, et que le parallèle qu'on cite en sa faveur (Col. I, 22), tire une grande force de l'analogie frappante que présente son contexte avec celui de notre verset.

GH. Uy 11-22. FOUR LES ÉPH£31£NS. 13S

Toutefois, surpris de voir qu'Olshausen se soit décidé pour la première interprétation» et Harless pour la seconde, on aurait attendu le contraire d'après l'opinion de chacun d'eux sur « le seul homme € nouveau » du v. 15; il semble que les rôles soient intervertis.

Ayant tué Vinimitié : expression remarquable, dont on peut rapprocher Osée XIII, 14 : « J'aurais été ta « peste, ô mort ! et ta destruction, ô sépulcre 1 »

Et étant vmUy il a évangélisé la paix à vous qui étiez loin et à ceux qui étaient près; ou, d'après une leçon qui paraît préférable, et la paix à ceux qui étaient prés. Ceux même qui étaient c près » ont eu besoin que Jésus-Christ leur « évangélisât la paix; » l'Évangile est une chose nouvelle, quoique, dans un sens différent, pour le Juif comme pour le Gentil. L'Apôtre, qui nous a montré plus haut Jésus-Christ « étant € la paix, » puis Jésus-Christ « faisant la paix, » nous montre maintenant Jésus -Christ « évangélisant ou € annonçant la paix. > Dans son essence, dans son œuvre, dans sa parole, partout se retrouve ce caractère de c Prince de paix, » par lequel la prophétie l'avait défini, et dont il se plaît lui-même à marquer sa mission, soit avant sa mort (Jean XIV, 27), soit surtout après sa résurrection (Jean XX^ 21, 26); le même esprit distingue la prédication de ses apôtres, comme le fait voir le commencement ou la fin de presque toutes leurs épîtres. 11 faut bien reconnaître

Ià4 SECONDE PRIÈRE DE l'APÔTRE CH. II, li-22,

(Jue la paix dont il est question dans ce verset est essentiellement la paix avec Dieu ; la construction de là .phrase et le mot évangeliser l'indiquent assez clairement ; la paix rétablie entre le Gentil el le Juif n'est pas sortie de la pensée de FApôtre, mais elle y apparaît sur le second plan. On ne s'étonnera pas d'entendre dire à TÂpôtre que JésuS-€hrist a ëvangélisé la paix aux Gentils en même temps qu'aux Juifs, bien qu'il n'ait pas proprement et personnellement porté îa parole chez les Gentils (Matlh. XV, 24, etc.). Mais il suffit qu'il ait annoncé la paix pour le Gentil comme pour le Juif; sans compter que le datif < à vous qui étiez loin, à ceux qui étaient près, » dépend moins du verbe évangeliser que du substantif la paixy surtout avec cette autre leçon qui lit ce substantif deux fois. Le mot étant venu est important à cette place : il marque la présence et l'action personnelle de Jésus-Christ. Il a « évangélisé la paix » par lui-même, comme il « fait la paix » en lui-même, et comme « il est la paix » lui-même. C'est toujours le même point de vue, et ce point de vue est fondamental. Comparez à ceci le sens du mot venir appliqué au Seigneur dans l'Évangile de saint Jean. (I, 9, 11 ; m, 19; YI, 14; IX, 39; XI, 27; XII, 46; XV!, 28. Dans I, 9, venant se rapporte à la lumière et non à Vhomnte.) On a trouvé étrange que l'Apôtre parle ici de Christ venant^ après avoir^ dans les versets qui précèdent, décrit son œuvre de réconciliation

OH, ir, 44-Î2. POUR les éphésiens. 435

qu'il n'a pu faire qu'après être venu. Mais cette difficulté ne nous paraît pas sérieuse : l'Apôtre n'avaft pas de raison pour se tenir à Tordre des temps ; c'es"t Tordre des pensées qui lui importe, et Ton compreïïA qu'il ait voulu attirer notre attention sur la personne et Tœuvre de Christ, avant de la fixer sut sa prédication • Si cette réponse ne paraît pas suffisante, on peut rattacher le commencement du V.* 17, 'pour ïe développement de la pensée, au commencement du V. 14, au lieu de le ï^attacher à ïa fin du v. 16 ; cela est d'autant plus facile que les v. 14-16 ne forment qu'une seule phrase, « Christ est notre paix, qui, etc, c Et étant venu, il a évangélisé la paix. » Olshaùséii, cependant, a vu là une difficulté réelle ; et ne pouvant s'expliquer d'ailleurs qu'il soit question dé fe prédication de l'Évangile par Jésus-Christ et avant sa mort, par laquelle seule il est devenu notre paix, il entend la venue de Jésus-Christ dans notre verset de sa venue en Esprit (Jean XIV, 18), c'est-à-dire de Teffusion du Saint-Esprit, et sa prédication de celle qu'il a faite dans tout le monde par l'organe de ses apôtres. Cette explication nous paraît forcée; et les raisons qui Tont fait adopter à Olshaùsen nous semblent provenir* d'un respect scrupuleux pour Tordre des temps, qui n'était pas dans la pensée de notre Apôtre. Car par lui nous avons accèSy les um et les antres^ m un seul esprity auprès du Père. Ce verset est un de ceux qui présentent, avec le pliis de darté et d'exac-

136 SECONDE fBIÈBE DE l'APÔTRE CH.II^ 41-22.

titude la doctrine de la Trinité. L'œuvre des trois personnes y est exactement marquée. Le Père, est le terme auquel nous devons aboutir; le Fils, la porte par laquelle nous devons passer pour arriver au Père ; TEsprit, le guide qui doit nous faire franchir cette porte.

Suit le tableau de la condition nouvelle des Êphésiens. Le commencement en est la contre-partie du v. 12.

Vous fCétes plus étrangers ni forains. Nous traduisons ainsi un mot grec que nous ne savons comment rendre exactement en français. Il marque un état intermédiaire entre celui d'étranger et celui de citoyen, et s'emploie d'un homme qui a obtenu droit de domicile dans un pays étranger sans y obtenir droit de bourgeoisie. On le trouve dans 1 Pierre II, il, et dans Actes VII, 6, 29, où il est appliqué à Israël séjournant en Egypte, et à Moïse séjournant en Madian\ Les Gentils ne sont plus des étrangers; ils ne sont pas non plus des forains, associés à Israël par une faveur passagère; ils sont citoyens, avec tous les droits des natifs.

Concitoyens des saints. Le nom de saint est donné quelquefois aux croyants de l'ancienne alliance; mais

1 C'est aussi le terme employé par les Septante dans la traduction du mot hébreu^ qui est rendu dans nos versions par forains dans Lévitique XXir^ iO^ 11; et peut-être saint Paul a-t-il eu ce passage en vue en écrivant ce verset. Remarquez que le forain (v. 10) est opposé à celui qui e$t né dam la maison (v. 11).

CH. II, ii-22, POUR LES ÉPHÉSIENS. 137

il l'est plus spécialement, surtout dans saint Paul, à ceux de la nouvelle. En appelant les Gentils convertis < concitoyens des saints , i» ssûnt Paul dit plus encore qu'il ne ferait en les appelant concitoyens d'Israël; sans compter que cette dernière expression ne serait plus à sa place. Les temps ont marché ; les Israélites croyants ont avancé de leur côté, tandis que les Gentils avançaient du leur, et de c vrais Israélites, » ils sont devenus c saints en Jésus-Christ. » Ainsi, les Èphésîens ont trouvé plus a en Jésus-Christ » que ce qui leur manquait autrefois c hors de Christ. » Cette dernière remarque s'applique plus justement encore au trait suivant : Gens de la maison de Dieu^ ou, selon une traduction que nous préférerions si le mot n'eût vieilli dans cette signification, domestiques de Dieu. Non-seulement vous n'êtes plus « sans Dieu, » mais vous avez été admis même dans la maison et dans la famille de Dieu (III, 15); vous êtes devenus «gens de c sa maison; i» que dis-je? ses enfants. Expressions étonnantes et qui seraient vraiment téméraires si nous ne les avions apprises de la Parole de Dieu même ! Que c'est bien le cas de s'écrier avec saint Jean : « Voyez c quel amour le Père nous a témoigné ! » (littéralement donné, 1 Jean III, 1). C'est une chose bien douce que de pouvoir se dire qu'on fait partie de cette famille de Dieu et de cette société des saints sur la terre. On éprouve particulièrement ce sentiment en étudiant l'histoire de l'Église et la prophétie, et nous

13B SEGOimE FRIÈBE DE l'A^TBE GH. Tl, 11-22.

nous «souvenons de l'avoir vivement éprouvé en lisant l'excellent livre de Guers : Histoire cArégée é$ l'ÉgKse de Jésus-ChrisL Souvent le petit nombre des ^fents de Dieu nous cause une impression •péttîble d'isolement. Mais, à la lumière de This- Mve et de la prophétie, on voit derrière soi une longue chaîne de témoins de Jésus-Christ qui remonte jusqu'aux jours de son premier avènement, et devant «oi une autre chaîne de témoins qui doit descendre jusqu'au temps de son retour; et les saints vivants, donnant une main aux saints endormis dans le Seif neui^, "et l'autre aux saints qui sont encore à naître, »ô sentent unis à tout ce qu'il y a, à tout ce qu'il y a eu, et à tout ce qu'il y aura de plus excellent sur la terre. C'est là que l'on comprend toute la portée de l'expression de l'Apôtre : « Concitoyens des saints, « gens de la maison de Dieu, > autant du moins qu'on peut lé tfompt^etidre sur la terre.

Étant édifiés. Après avoir appelé les nouveaux chrétiens « gens de la maison de Dieu, » l'Apôtre les cortipaï^e aux pierres de l'édifice fondé sur Jésus- Christ. Ces deux images, bien que différentes, sont liées l'uîle à l'autre. L'une et l'autre tiennent à la comparaison de l'Église avec une maison ; mais, dans Tùne, c^est la maison intérieure, la famille, qu'on a devant les yeux; et dans l'autre, c'est la maison extérieure, l'édifice. Le substantif français maison est stlsèeptiblé dé Ces deux sens, aussi bieh que le sub-

m. hy il-Sl. TOUR LES ÉPHÉSnSNS. iSD

stantif grec qui lui correspoiïd ; mais il y a oéféi de plœ m grec qae le verbe édifier se rapporte au mot hm»vdH à peu près comme il se rapporte m mot édifiée dans notre langue. Rapprochez de notre verset 1 Pierre II, 4-6, où la même figttï^ ^st suivie av^ec un plus grand développement; là, Christ « la première t pierre de Tangle, uue piwfe vivante, élue, pré- « cieuse, * les chrétiens sont « édifiés (sur Itti) comme « des pierres vivantes, i> et l'édifice qu'ils forment est « une maison spirituelle, d Le temple, ou le tabernacle, construit d'après un type céleste que Dieu a montré à Moïse sur la montagne (Ex. XXV, 9, 10), a servi de base à cette image. On la retrouve dans 1 Tim. m, Î5; mais dans Hébr. IIÏ, 6, le mot maison doit être pris, non dans Tacception d'édifice, mais dans celle de famille, comme dans notre v. 19, avec cette nuance que saint Paul désigne les chrétiens, là, comme étant la maison, et ici, comme étant de la maison; c'est qu'ils sont l'un et l'autre à la fois. Ils appartiennent à la maison de Dieu, et tout ensemble, ce sont eux qui la constituent.

Sur le fondement des apôtres et prophètes. Par les prophètes, il faut entendre, non les prophètes de TAncien Testament, mais ceux du Nouveau, comme dans le chapitre III, 5, où il ne peut y avoir aucun doute à cet égard. On comprendrait difficilement d'ailleurs que les prophètes de l'Ancien Testament fussent appelés le fondement de l'Église chrétienne; on aurait

440 SECONDE PRISllE DE l'A^TRE GH« U, 11-33.

peine à expliquer aussi pourquoi ils ne seraient nommés qu'après les apôtres, et surtout pourquoi leur nom ne serait pas précédé de l'article. Saint Paul aurait dit sans doute c des apôtres et de$ prophètes, » s'il eût voulu parler des prophètes de l'Ancien Testament; nous pensons même qu'il l'aurait dit s'il eût voulu désigner les prophètes du Nouveau Testament comme distincts des apôtres, ainsi qu'il le fait dans 1 Cor. XII, 29; Éph. IV, 11, etc. Il nous paraît qu'ici et dans le v. 5 du chapitre suivant, apôtres et prophètes sont deux noms donnés aux mêmes hommes. Us sont appelés apôtres, en tant que chargés de rendre témoignage de Jésus-Christ (Actes I, 22); et ils sont appelés probablement prophètes pour montrer qu'ils ne sont en rien inférieurs aux ministres inspirés de l'Ancien Testament, et qu'ils apportent les promesses de la nouvelle alliance comme les prophètes d'autrefois apportaient ceux de l'ancienne. Tel est le sentiment de Harless. Si on ne l'adopte pas, il faudra voir ici, avec Olshausen, les prophètes du Nouveau Testament, qui ont travaillé de concert avec les apôtres à la fondation de l'Ëglise.

Sur le fondement des apôtres^ c'est-à-dire sur les apôtres eux-mêmes, qui sont appelés le fondement de l'Église comme ils le sont encore (Apec. XXI, 14), et comme Test saint Pierre en particulier (Matth. XVI, 18), parce que la parole qu'ils ont annoncée, et puis écrite par le Saint-Esprit, sert d'appui à notre foi.

ou. 11^ il-3S* FOUR LES ÉPHÉSIMS. 141

Mais TÉglise ne repose sur eux que parce qu'ils reposent eux-mêmes sur Jésus-Ghrist, qui est la première pierre de l'angle servant de lien aux coins du fonde* ment et portant ainsi, en dernière analyse, l'effort de l'édifice tout entier. Aussi n'est-il plus question que de lui dans les deux versets qui suivent. Ce nom de « pierre de l'angle > lui est encore donné dans Ésaïe XXVIII, 16, cité par 1 Pierre II, 4, et dans Ps. CXVIII, 22, cité par le Seigneur, Matth. XXI, 42. Ainsi expliquée, l'image de l'Apôtre marque avec une égale exactitude les rapports et les différences de la situation des chrétiens, des docteurs inspirés, et du Seigneur dans l'Église; nous sommes les pierres de l'édifice, eux le fondement, et lui, le fondement du fondement.

En qui, c'est-à-dire en Jésus-Christ; et c'est encore à Jésus-Christ et non au temple que ces mots se rapportent au commencement du verset suivant. Au V. 20, l'Apôtre nous a montré le temple spirituel édifié sur Jésus-Christ, ainsi qu'il le fait 1 Cor. III^ 12. Ici, il nous le montre coordonné en Jésus-Christ et croissant en Jésus-Christ. L'Église n'est pas seulement appuyée sur Jésus-Christ; mais c'est en lui qu'elle prend son unité et l'accroissement. En même temps qu'il est le fondement de l'édifice, il en est * aussi le lien. C'est s'écarter quelque peu de l'image pour nous mieux faire entrer dans la réalité des choses. L'Apôtre revient par là à cette grande vérité,

êi3 SEGOMPB VKÈm m ikéiànm gh. is, 41-23.

sur kqi&eUa nous Favotts va tant insister àm& tout» le oommeocem^nt de notre épitre : e'est que o'estm J^m^Gkriêt que nous ayons la vie de l'âme, comaM o'esft efotts le Dieu <»réateur que < noua avona lavi^y % le mouvement et Fêtite «^ (Actes XVII, 28). Voyesj les notes i^ur I, 3, 13; II, 6, eto. Même remarque su^r GoL II, 6, 7 : c Gomme donc; vous ave& reçu le « Seigneur Jésus-Christ, marchez m lui^ étant enraff «^ (pnés et édifiés m 1m%; > littéralement simidifUs «tf ^^i^ de telle sorte que les deux idées qui se rattaohei^ aux deux prépositions sont réunies avec une concision qa^motre langne>ne.paul: reproduire. Ânn^s^e, eii eet endroit,, deux images^ sont rassemblées, dont; cha^^ eune répond à l'une de ces idées: enraqinés en Jjéau&^ Ghrist comme un arbre dans la terre, fondés.&ur Je-* su^Christ comme une maison sur le sol.

Smni au Smjfnmty littéralement dans le Seigneur. Ii9 tQmpl0.de Jérusalem était saint; mais le temple spirituel dont parle ici l'Àpôtre est « sajpt dqns le «.Seigneur, ». parce que les pierres en sont «déspii^rres c> vivantes» » et vivantes. « dans, le Seigneur : » non*» velle invasiondu réel dans le figuré.

ËM qui xxm^ êtes auspi édi^s : vous aussi, GetUtli, édifiés en Jésus-Christ avec les saints, vous entrez dans la structure du temple spirituel. Nous rapportons et», g^î à Jésus-Christ, comme au commencemei^t du V. ^.1 ; bien qu'on pût aussi traduire damUiwl^ et le rapporter au temple.

CH« a^ ii-3S. FOUR Lss BfHssuurs. i43

Pour être um habkalion de Dieu en e^^riL 6'est sans saiaon que nos versions ont traduit tahmach; le mot grec ne renferme pas cette allusion particulière. Si ron veut suivre l'image, il vaut mieux entendre pas le mot traduit par habitation un compartiment du tempte, qui serait à l'ensemble à peu près ce qu'une chapelle est à une église. Mais le temple n'étant pas^ dnsi (i& visé, il estr plus simple de donner au mot qui nom occupe le sens général à'kalntcdion^ san^ figure.

L'Église entière, composée des Israélites et defii Gentils, forme « un temple saint au Seigneur ; » les Gentils, cette portion dd l'Église, forment < une hf^i- « tation de Dieu en esprit; » et ailleurs, chaque fidèle est appelé « un temple du Saint-Esprit » (1 Cor. VI, 19 ; 1 Cor. III, 16). Les derniers mots de notre verset, qui répondent à ces mots du verset précédent : « un temple saint dans le Seigneur, » signifient qu'il s'agit ici d'une habitation spirituelle de Dieu dans cette € maison spirituelle i> (1 Pierre^ II, 5 ; voyez 2 Cor. VI, 16) . C'est par son Esprit que Dieu habite ainsi dans son peuple (Rom. VIII, H ; 1, Cor. III, 16). On peut même traduire : « une habitation de Dieu par l'Es- < prit, » et Harlessse décide pour cette traduction. Mais celle que nous avons suivie nous paraît plus naturelle, et présente au fond la même pensée ; les œuvres spirituelles sont les œuvres du Saint-Esprit. Seulement, l'expression en esprit, moins précise et aussi plus étendue que l'autre, marque à la fois ces deux

144 stcKmta nusiE de l'apAtius ce. iii^ 1-43.

choses que Thabitation de Dieu dans le Gentil converti se fait par VEtprUde Die» et qu'elle se fitit dan$ l'e$prU de Tlwmme; aussi Tune et Tautre sont indiquées dans m, 16 (par son Esprit, dans Thomme intérieur), où ri4>ôtre reprend et développe la dernière pensée de notre verset. Peutrêtre aussi les mots en eeprit doiventils contrasta avec les mots dans la chair (littéralement enehair) du v. 11, pour marquer par ud dernier trait le changement qui s'est accompli dans les Gentils. L'Esprit a succédé à la chair.

2* Ministère de saint Pànl anprès des Gentils. III, 1-13.

1. C^esi pourquoi mai Paul, prisonnier de Jésus- Christ^ pour vous Gentils. % Si toutefois vous avez appris la dispensatian de la grâce de Dieu qui nCa été donnée en votre faveur^ 3. et qu'il m'a fait connaître par révélation le mystère, comme je l'ai écrit précédemment en peu de mots; 4. par où vous pouvez apercevoir en Usant quelle est l'intelligence que j'ai dans le mystère de Christ, 5. qui n'a point été donné à connaître aux fUs des hommes en d'* autres générations, comme il a été révélé maintenant à ses saints apôtres et propliites par l'Esprit; 6. que les Gentils soni cohéritiers et du méms corps, et participants également à sa promesse en Christ par V Évangile, 7. dont j'ai été fait ministre, selon le don de la grâce de Dieu, qui m'a été accordé selon l'efficace de sa puissance; 8. cette grâce m'a été donnée, à moi, le

GH. m^ i-13. POTTR LES ÉPHÉSIENS. 44â

moindre de tous les saints^ d'annoncer chez les Gentils la richesse insondable de Christ, 9. et de mettre en lumière devant tous quelle est la dispensaiion du mystère caché dis les siècles en Dieu, qui a créé toutes choses^ 10. afin que fût donnée à connaître maintenant aux principautés et aux puissances dans les lieux célestes, par l'Église, la sagesse infiniment variée de Dieu, 1 1 . selon le dessein des siècles quil a formé en Jésus-Christ noire Seigneur^ 12. en qui nous avons hardiesse et accès en confiance par la foi en lui : 1 3. aussi je vous prie de ne vous point relâcher dans mes tribulations pour vous, qui sont votre gloire.

Cest pourquoi moi Paul^ prisonnier de Jésus-Christ^ pour vous Gentils... La période demeure suspendue, jusqu'au v. 14, où la répétition des mots c'est pourquoi en indique la continuation. Cette raison seule suffirait pour nous empêcher d'admettre, avec quelques commentateurs, que la pensée interrompue soit reprise au v. 8, ou au v. 13, sans compter que Tordre des idées se comprend mieux avec notre explication ; tous les meilleurs interprètes sont d'accord là-dessus. Il ne fallait pas ajouter avec nos versions reçues les mots je suisy qui, en complétant la phrase que saint Paul a laissée inachevée, en altèrent la liaison avec la fin du chapitre précédent; ce n'est pas: c^est pourquoi je suis prisonnier^ mais c'est : cest pourquoi je prie pour vous.

Les versets 2-13, forment une longue parenthèse ; et tout le chapitre III, au moins jusqu'à la fin

146 SECONDE PEIÈBE DE l'aPÔTRE GH. III^ 1-13.

du V. 19, une seule période. Après avoir écrit les v. 19-22 du chapitre H, sur les Gentils associés avec l'Israél croyant pour former en commun le temple qui s'élève sur Jésus-Christ et en Jésus-Christ, et où Dieu habite en esprit, TApôtre se sent pressé de prier pour qu'ils accomplissent toutes les obligations d'une vocation si sainte et qu'ils en recueillent tous les fruits. C'est dans le même esprit que nous l'avons vu, dans le chapitre I, v, 15 et 16 (voir p. 31, 32), excité par la grâce qu'ils ont déjà reçue à en demander pour eux de nouvelles; ces deux prières se correspondent et Ton peut regarder la seconde comme le développement de la première. Mais ayant voulu préparer les esprits à la prière qui va suivre, par quelques mots sur son ministère, moi Paul, prisonnier de Jésus-Christ^ pour vous Gentils y ce nouveau sujet l'arrête par son importance, sans le détourner de son idée principale; de là le développement, incident mais essentiel, qui forme une parenthèse de douze versets. 11 importe que les Gentils comprennent bien la nature de l'apostolat de saint Paul, l'objet que Dieu s'y est proposé, et l'utihté des souffrances qui l'accompagnent. Ces trois idées, qui expliquent l'intercession de l'Apôtre et la font paraître plus puissante, sont indiquées déjà dans le V. 1 , et puis développées dans les suivants, ifoî, Paul : cet Apôtre des Gentils si connu dans les Églises sous ce nom, qu'il se plaît à prendre dans certaines occasions où cette intervention personnelle doit forti-

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