SECONDE PRIÈBE DE L^APÔTRE GH. OT
(Matth. Xyniy 10)^ se réjouissant de la conversion du pécheur (Luc XV, 7), contemplant les travaux des apôtres (1 Cor. IV, 9), assistant aux assemblées chrétiennes (1 Cor. XI, 10), servant les héritiers du salut (Hébr. I, 14), et se courbant sur l'Évangile sans pouvoir le sonder jusqu'au fond (1 Pierre I, 12). Le monde est pour saint Paul un théâtre où Dieu déploie ses perfections, aux yeux des esprits célestes: il Ta fait au commencement par la création (Job XXXVIII, 7), et il le fait aujourd'hui, < par l'Église ^ d'une manière nouvelle et plus digne encore de leur admiration. Ce lien établi entre les anges et les hommes, en Jésus-Christ, est merveilleux (Voyez la note sur I, 10); notre monde et celui des esprits gagnent également à être contemplés dans ce rapport. Mais ce passage a de plus ce côté curieux et instructif qu'il nous donne à entendre que les anges sont susceptibles de développement, puisqu'ils peuvent croître en lumière spirituelle par la contemplation de l'Église. € La terre, avec l'homme, nous apparaît ici, dit 01shausen, comme le centre des œuvres de Dieu, comme le Golgotha de l'univers ; et ce qui se passe sur elle intéresse le reste des créatures, non-seulement comme objet de contemplation, mais encore comme moyen d'une action réelle qu'il exerce sur eux.
Par V Église : non par l'Église des Gentils seulement, mais par l'Église universelle, formée de ces tous dont il est parlé au commencement du v. 9, Gentils ou Juife.
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Notre Apôtre, agrandissant peu à peu son sujet, sans Tabandonner, a dépassé l'idée par laquelle il avait commencé, la vocation des Gentils. Ce n'est plus cette vocation seule qui l'occupe, mais la constitution nouvelle de l'Église qui s'y rattache, et où la position du Juif a changé de face aussi bien que celle du Gentil (H, 15); ce n'est plus le mystère seul, mais hdUpensation du mystère et les principes essentiels de l'économie évangélique. De là, dans la prière qui va suivre et qui est la fin de tout ce développement, un caraotère de généralité qui la rend aussi propre à être offerte pour des chrétiens sortis du judaïsme que pour des chrétiens sortis du paganisme, bien que ces derniers en soient l'objet spécial. Les mots dans VÉglise^ du V. 21, correspondent aux mots par V Église^ de notre verset.
La sagesse infir^iment variée de Dieu. Infiniment vor riie forme un seul mot dans l'original, et c'est encore un mot de la composition de saint Paul. La sagesse de Dieu se montre sous ce caractère, dans l'Église universelle, par la variété des moyens que Dieu emploie pour appeler les hommes au salut. Cette variété paraît également, soit que l'on compare entre elles les diverses applications contemporaines de la révélation évangélique : autre est la vocation du Juif en Jésus-Christ, autre est celle du Gentil en ce même Jésus-Christ ; soit que l'on compare la révélation évangélique avec les révélations qui l'ont pré-
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cédée : autre est Téconomie du Nouveau Testament, autre celle de l'Ancien ; autre est aussi, dans les limites de TAncien Testament, la dispensation patriarchale, autre la dispensation lévitique, autre la dispensation prophétique (Hébr, 1, !)• Harless rejette la première de ces deux idées, parce qu'il lui semble que la sagesse de Dieu est parfaitement une, et non variée, dans la révélation évangélique, d'après Éph. IV, 4, 5. Mais on pourrait opposer une raison semblable à la seconde idée, à laquelle Harless s'arrête; car la révélation de Dieu est une aussi pour le fond dans ses di« verses époques, si bien que la foi évangélique est appelée < la foi d'Abraham > (Rom. IV, 10), et la bénédiction évangélique « la bénédiction d'Abraham > (Gai. m, 14). La sagesse de Dieu est une à la fois et diverse; une même en des temps divers, et diverse même dans le même temps. Mais ni cette unité, ni cette variété, sur laquelle seule l'Apôtre attire ici notre attention, n'a jamais paru plus clairement que dans TÉglise universelle, tant dans son développement contemporain que dans sa préparation historique. S'il fallait choisir entre ces deux points de vue, le premier, que rejette Harless, est celui qui nous paraîtrait le plus nettement indiqué; mais rien n'empêche de les réunir, et l'un et l'autre sont présents à la pensée de l'Apôtre. Le premier se montre surtout dans notre verset, en soi, et le second, dans ce verset, rapproché du précédent. Peut-être losanges eux-
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-mêmes qui admirent c cette sagesse infiniment ya* « riée > en fournissent-ils une application nouvelle, par le lien que l'Évangile a formé entre eux et nous, en Christ, leur maître et notre tête (v. 10, 21, 23). Comme manifestation de cette même sagesse, excitant l'admiration de l'Apôtre, comme elle doit exciter ici celle des anges, mé4îtez Rom. XI, 30*33.
Selon le dessein des siècles ; un dessein qui n'est ni d'un jour, ni d'un an, ni d'un siècle, mais de tous les siècles, c'est-à-dire, qui a été conçu dès le commencement. La préposition sehm se rapporte au verbe donner à eonnattre. La sagesse de Dieu est donnée à connaître maintenant, — selon le dessein que Dieu en avait formé de tout temps (I, 9) : c Ayant donné à € connaître le mystère de sa volonté , selon son bon « plaisir qu'il avait arrêté en soi-même. > (Voyez encoreTitel, 2;2Tim. 1,9.)
Qu'il a formé en Jéstàs^ Christ notre Seigneur. Qu'il a formé (littéralement fait), c'est-à-dire, qu'il a conçu. Olshausen veut qu'on traduise : qu'il a exécuté, et l'entend de la réalisation historique du plan divin par la mort et la résurrection de Jésus-Christ, tandis que nous l'entendons de la conception éternelle de ce plan en Christ (I, 4, etc.). Olshausen allègue deux raisons en faveur de son interprétation. La première, c'est que le temps auquel l'auteur sacré a mis le verbe faire la recommande ; nous ne comprenons pas cela; ce temps est exactement celui auquel il a mis le
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verbe iUrè dans le verset que nous venons de rappeler. La seconde, c'est que le Seigneur reçoit ici le nom de Jésus-Christ^ qui ne lui est donné qu'après son incarnation (voyez Texplication du v. 9, p. 167). Ceci est une raison considérable et à laquelle les mots ajoutés à ce nom : notre Seigneur^ donnent encore plus de poids. Aussi nous rangerions-nous volontiers à l'avis d'Olshausen, si le dictionnaire nous le permettait. Mais nous pensons que le verbe faire n'est pas plus susceptible en grec qu'en français du sens qu'Olshausen lui donne en cet endroit, et que lui donnent également Robinson dans son Dictionnaire du Nouveau Testament et d'autres interprètes. Robinson cite à l'appui de cette traduction plusieurs passages dans lesquels le même verbe signifie exécuter (Actes IV, 28; Rom. IX, 28; 2 Cor. VIO, 10, 11; Gai. V, 17). Mais la ressemblance n'est pas parfaite; ce qui le prouve, c'est que dans les quatre endroits qui viennent d'être cités, nos versions ont pu traduire et ont traduit faire, tandis que traduire ici « le des- € sein qu'il a fait en Jésus-Christ, > c'est donner au lecteur la pensée qu'Olshausen repousse. Nous disons, en parlant d'une résolution, faire ^o\xv exécuter, lorsque le régime du verbe est /a cAose qui a. été résolue, mais jamais lorsque c'est Vacte même de la résolution; ainsi nous dirons que les ennemis de Jésus- Christ ont fait les choses que Dieu avait déterminées devoir être faites (Actes IV, 24), mais nous ne dirons
GB. lU^ 1-13. POÏÏR LBS ÉPHÉSUN8. VTh
pas que Dieu a /ait? une déterminatian^ une rësohdâon)
ou un dessein, pour marquer qu'il Fai misa exéo»^
tioQ; U en est exactement de même en. grec. Nèusr
sommes donc obligés de traduise fu'tr ai /brméy tra^r
duction que nous voyons adoptée t par Hadess^ stois)
parler d'autres commentateurs, ancienstetlmodemesi^
Gsdvin^ Baagel, Flatt, ttc. Resté l'objectioai de Ois*
haiusen^^ tirée du nom donné ici au Seigneurs Voici
ncKtoe réponse, qui n'est que: l^xliévelop^psmeiitr d]\xùt^
piensée émise par Harless, si nous avons ;biencoinpriaf
cet auteur. Les derniers mots du v*,il^,piaQés)«[itte
le commencement de ce verset qui traite duf/a«diviiii
et le commencement du verset suivant qui. traite der
saoïréaUmHM^ei servant de passage de Tua à l'autre,,
reçoiil; de cette position un double aspect qui expliquai
ce. qui étonae Olshausen.
Bar(taAtide( l'idée de plan^ l'Apôtre, nous le. moatiner
dSabond «conçu en Christ, > et remarquez^que oe^
nami précèderici celui de Jésus; mais ayant àrprépar*
rer à la réalisation de ce plan qui fait le sujet du verr*
set. suivant, il est naturellement amen^é^ à ajouter les
mots < «lésas, notre Seigneur, > puisque^ ce n!est
qu'en Jésusr^^lhrist venu en chair que^ %^ n^îMis ^avona
ç hardiesse etiaccès. > Il y a ellipse dans l'expressioii,
maia une.elUpae qui ne pouvait guère, être évitée cgtBi
par une phraee loague et pesante,, telle queveelle^er»<4
par exemple :. Qu i7 a conçu m Chmtt et réalisi'mJé^
iM-GhrM mire Seigneur. Au surplus^. saint Saaid:ne{
178 SECONDE PBIÈIUB DE i'aPÔTRE GH. Ul, J-i3.
craint pas les ellipses, alors même qu'elles pourraient être évitées ; c'est le caractère d'un style aussi plein de choses et aussi avare de mots que le sien. U y a une ellipse qui a quelque analogie avec celle-ci (Tite ni, 5). Je conserve à dessein Tordre grec de la phrase : c Non par des œuvres de justice et que nous c eussions faites, mais selon sa miséricorde, il nous a c sauvés. > Le verbe sauvés s'accorde avec les mots qui le précèdent immédiatement selon sa miséricorde, mais il ne s'accorde pas avec le commencement de la phrase : non par der œuvres de justice^ etc. Si ce membre de phrase était séparé du suivant, saint Paul n'eût jamais dit : « U ne nous a pas sauvés par des œuvres de justice; mais il aurait dit, selon l'usage constant du Nouveau Testament, il ne nous a pas justifiés par des œuvres de justice, etc. La première expression renfermerait un pléonasme choquant, puisque le salut ^ supposant la perdition, implique nécessairement qu'on n'a pas fait le& œuvres; je dis le salut dans le sens du Nouveau Testament, et non dans le sens français du mot qui, malheureusement, confond à peu près le salut avec la vie éternelle, et nous fait perdre ainsi un enseignement indirect et perpétuel de l'Évangile sur la gratuité du salut. La phrase de Tite III, 5, sans ellipse, eut été : € Il ne nous a pas justifiés par des œuvres de < jiistice, mais il nous a sauvés selon sa miséricorde. > L'ellipse est bien plus tolérable dans l'ordre grec
CH. m, 1-13, POUR LES ÉPBÉ8IBNS. 179
de la phrase que dans le français, parce qu'en mettant sauvés au commencement de la phrase, nous Téloignons des mots selon sa miséricorde^ et le rapprochons des mots non par des œuvres de justice; c'est le contraire qu'il fallait faire, et que fait l'original.
En qui nous avons hardiesse et accès en confiance par la foi en lui. Ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, ce verset entre pour sa part dans le développement de « la dispensaiion du mystère, > et la pensée qu'il exprime tient essentiellement à tout ce qui précède. Cette économie d'un salut gratuit, qui réside en Jésus-Christ, qui s'obtient par la foi en lui, et qui produit une confiance filiale, n'est que la réalisation de € ce dessein des siècles, > que Dieu « a formé en € Christ; » et c'est elle qui, substituée au régime de la loi pour le Juif, et à l'oubli de Dieu pour le Gentil, réunit c les deux en Christ en un seul homme nou- € veau, » et sert de fondement à la vocation des Gentils, à leur union avec les Juifs, et à la formation de l'Église nouvelle qui les rassemble les uns et les autres.
La hardiesse : l'article devant ce mot, et devant celui d'accé5, indique qu'il s'agit d'une hardiesse et d'un accès bien connus ; cette hardiesse et cet accès que nous avons aujourd'hui, et qui nous manquaient autrefois. Plutôt que de le supprimer, avec nos versions et Lausanne 1839, j'aimerais mieux le traduire par l'adjectif démonstratif : cette hardiesse, cet accès.
180 sEGONM fuAbe ^s l'apôtbe gii, ui, li-lS;
Hardiesse j occis. La première, quant au. Biaade ; le sçcond, quant à Dieu, selon Oldaftusen,. Cette^ distine'r tien ne nous parait nuUenxant fondée. Une s'agîl ki que de nos rapports avec Dieu ; et raccumulatiott d^ trois substantifs, développant la pensée que TApôtre avait exprimée par un seul danall, 1&, a pour objet de marquer la pleine et abondante confiance que la foi en Jésus-Christ doit produire. La hardiesse qt la confiance sont à peu près synonymes ; cela nous Élit penser que le complémeoi < en confiance, > ne qualifie que le mot accès et non le mot hardiesse, c La c hardiesse, — en confiance, > ne se comprendrait guère, tandis que € Taccès en confiance > se corn* prend fort bien. Le mot rendu par hardiesse^ signifie littéralement le franc parler ; mais cette signification étymologique a disparu, ou tout au plus s'est-elle conservée dans les endroits où ce mot s'emploie de la prière (1 Jean ffl, 21, 22). Elle a feit place à l'idée générale de cette espérance que donne au chrétien la persuasion que Dieu Ta reçu en grâce et adopté pour son enfant. La hardiesse ne diffère guère de la confiance que par ces deux nuances : d'abord que laAardiesse suppose que nous sommes en présence d'un £^utre, et cet autre en droit de nous juger, tandis que la confiance a une acception plus étendue; ensuite ed .surtout, que la première, dont le siège est propre» nggi^fdaii^ la bouche^ marque une assurance visible (^pi}^,ré.4re extérieur; tandis que la seconde, doDi^Ié
dà. m, 1-13. vouR les éphésiens. 1)B1
i^ége est pi^oprement dans le cœur, marque une as^ lttM»a»nce intérieure et invisible, (Voyez pour la prelaière Hébr. Ill,«; X, 19; Jean H, 28; IV, 17 ; V, 12. C*ëst un mot particulièrement affectionné par saint leto; — et pour la seconde, 2 Cor. IH, 4 ; VUI, '22 ; Kv'2.) Au lieu de hardiesse^ d'autres traduisent liberté; Liotber traduit Freudigkeit (joie) : chacun de ces termes •éésigwe une face de la pensée de TApôtre, sans qu'aux Wh l'épuisé complètement. Le mot hardiesse me pk^ raît en faire ressortir mieux que les atrtres l'irféfe ffi^i^ntieUe. < L'accès en confiance, > ou avec assul««DCe, est la liberté avec laquelle un fils s'approche ÛJè son père (II, 18). — La foi en lui : littéralement: la foi de lui, comme Rom. III, 22 ; « 'la foi de Jésus, % fwt la foi en Jésus. Nous pensons que dans Col. II, 4^2^ € la foi de l'efficace de -Dieu > (grec) signifie éga*èemenl « la foi en l'efficace de Dieu. > Hsérless et Olshausen l'entenden* 'de « la foi > produite dans le cœur par c l'efficace de Dieu. >
AUÉsije vous prie de ne iDom point relâcher dans mes ipibukuiom pour vous, qui sorU votre ghire. Dansle pr6<- »rer verset xie aotre obapître, l'Apôtre avait touché à Iréfe^idées : sôïi apostolat {* moi «Paul »), l'objet de oet aposÉoktf(c po^r vous, Gentils»), eties'é^preuvesdeoet apostaktt^ir prisonnier de Jésus-Ghrist »). Ayant dé^vëtoppé les deux premières dans fia longue parenthèse^ il est Qàtarel qu'il revienne en finissant à la troisième; mais A y revieût en peu de mots, coâivne s'il avait