SECONDE PRIÈRE DE L^VPÔTRE CH. UI, U
pas plus que dans notre verset, où TApôtre souhaite l'action du Saint-Esprit à des hommes qui ont été déjà scellés du Saint-Esprit (I, 13; II, 18, etc.). Et comment expliquer autrement Jean II, 11 : « Et ses « disciples crurent en lui; * ou Jean XV, 8 : « C'est
< en cela que le Père sera glorifié, que vous portiez c beaucoup de fruit ; et vous deviendrez nies disciples; i^ ou 1 Jean V, 13 : « Je vous ai écrit ces choses, à
< vous qui croyez au nom du Fils de Dieu, afin que « vous croyiez * ? »
Que Christ habite par la foi dans vos cœuifs. La grâce que TApôtre demande ici pour les Éphésiens est une conséquence de celle qu'il a demandée dans le verset précédent; ou si l'on veut, c'est la même grâce vue par un autre côté. En ajoutant en sorte que, avec nos versions, on rend les choses plus claires qu'elles ne sont dans l'original.
Saint Paul fait allusion à Éph. Il, 22, où il a appelé les Gentils convertis « une habitation de Dieu « en Esprit > (1 Cor. VI, 19). Le Saint-Esprit est dit également « habiter en nous * (Jacq. IV, 5). Christ habite en nous par la foi (Gai. H, 20) : cela ne signifie pas seulement que la foi en Christ est dans notre cœur; Christ lui-même y habite réellement, mais spirituellement, « comme Dieu en Christ » (Col. II, 9), par l'Esprit, qui est appelé également l'Esprit
mots.
D'après la leçoii reçue. De bons critiques suppriment les derniers
eu. III, i4-24. POÏÏR LES ÉPHÉSIENS. 497
de Dieu et TEsprit de Christ. « Nous (le Père et moi) « viendrons vers lui, * dit Jésus-Christ (Jean XIV, 23), en parlant de celui qui l'aime, « et nous ferons « notre demeure chez lui. » Nous Tavons déjà dit : ce n'est pas l'idée de Christ qui nous sauve, nous sanctifie ou nous console, c'est Christ lui-même ; ce ne sont pas s%; dons, c'est lui-même, que nous avons besoin de recevoir. Voilà la vraie présence réelle, à laquelle nous croyons de tout notre cœur; mais elle s'accomplit « par la foi, » non par la communion, qui a seulement cela de particulier qu'elle peint aux yeux, par une vive et touchante image, cette présence de Christ en nous qui est le privilège constant de la foi. 11 faut lire à ce sujet Calvin, dans son Institutim et sur le VP chapitre de saint Jean. Dans ce chapitre, qu'on a coutume de citer de préférence pour établir la doctrine cathohque romaine ou la doctrine luthérienne de la Cène, il n'est pas question de la Cène, mais de la foi; voyez v. 35, à rapprocher du v. 54. Étant enracinés et fondés dans r amour, afin que vous soyez capables de comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur et la longueur, et la profondeur et la hauteur. Nos versions, renversant cet ordre, traduisent : « Afin qu'étant enracinés, etc., vous « soyez capables, etc. » Mais la grammaire ne permet pas cette construction de la phrase grecque, malgré les exemples qu'on en a cru trouver dans Rom. XI, 31 ; l Cor, IX, 15; 2 Cor, II, 4, et Gai,
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II, 10, mais qui n'offrent pas d'analogie réelle avec notre verset. Il est vrai que, selon notre traduction, les participes enracinés et fondés ne s'accordent pas régulièrement avec la fin du verset précédent ; mais il y a intention dans cette irrégularité, qui fait mieux ressortir la pensée des deux participes, et dont nous avons des exemples ailleurs dans saint Paul (Éph. IV, 2, et surtout Col. II, 2). Harless et Olshausen sont d'accord pour traduire ainsi que nous l'avons fait, et il ne nous paraît pas douteux qu'ils n'aient raison. Seulement la difficulté, selon nous imaginaire, que ces deux commentateurs trouvent à la prière du verset précédent, ainsi que nous l'avons dit plus haut, les a jetés l'un et l'autre dans des explications forcées du rapport qui unit le commencement du V. 18 au V. 17. Ce rapport est, selon Harless, une condition^ sans laquelle Christ ne saurait habiter dans le cœur des Éphésiens : « pourvu que « vous soyez enracinés, etc., y> et, selon Olshausen, une explication de la manière dont Christ habite dans leurs cœurs : « comme il habite en ceux qui sont « enracinés, etc. i^ Nous voyons tout simplement ici l'état spirituel que l'Apôtre souhaite aux Éphésiens, dépeint par un nouveau trait, mais par un trait qui se rattache à celui qui a été décrit dans le v. 17. C'est quand Christ habite en nous, que nous habitons en lui, et que nous sommes enracinés dans son amour. Ainsi les premiers mots du v. 18 ne font que com-
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pléter et éclaircir la pensée du v. 17. Il est intéressant de remarquer que les deux mêmes grâces que saint Paul demande ici pour les Éphésiens l'action du Saint-Esprit en eux, et l'habitation du Saint-Esprit dans leurs cœurs, sont aussi promises, et dans le même ordre, par Jésus-Christ à ses disciples, dans Jean XIV et XV, la première tenant la principale place dans le chap. XIV, et la seconde dans le chap. XV; et encore, que la seconde de ces deux grâces est représentée dans le chap. XV de saint Jean, aussi bien que dans Éph. III, 17 et 18 alternativement comme une habitation de Christ en nous et comme une habitation de nous en Christ (Jean XV, 4, 5, 7), ou dans son amçur (9, 10, etc.).
On demande si ces mots dans Vamour doivent s'entendre ici de l'amour du Seigneur pour nous, ou de notre amour pour lui. D'après Harless, qu'a suivi Olshausen, il faut l'entendre du second ; l'amour n'est pas alors le sol dans lequel saint Paul souhaite que les Éphésiens soient enracinés, mais la disposition avec laquelle ils s'y attachent; quan|; au sol, c'est Christ, dont le nom est sous-entendu, à peu près comme s'il y avait : « Étant enracinés et fondés, avec « amour (en Christ). » Il cite Col. I, 23; II, 7, et II, 2. Nous ne saurions adopter ce sentiment. C'est sous-entendre en Christ sans nécessité, et donner aux mots dans l'amour un sens différent de celui qui se présente tout d'abord à l'esprit; et il nous semble
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qu'il entre moins dans l'esprit de TApôtre de décrire la disposition personnelle du croyant que d'exalter la grandeur infinie de Y amour dont le Seigneur Ta aimé . C'est la même raison qui nous a décidés à interpréter les mêmes mots de Tamour du Seigneur, à la fin de 1, 4. Nous pensons que c'est aussi dans l'amour du Seigneur que saint Paul souhaite de voir les Ephésiens enracinés et fondés. Ou, si l'on veut, c'est dans l'amour en général, sans que la distinction soit faite entre l'amour qui unit le Seigneur à nous, et celui qui nous unit à lui; car, au fond, c'est un même amour qui, après être descendu de Dieu à nous, remonte de nous à Dieu, par une nouvelle grâce de Dieu. Cette dernière remarque expliquerait pourquoi l'Apôtre n'a pas ajouté, comme il le fait au verset suivant, le complément de Christ^ ou de Dieu, pour éclaircir sa pensée. Que si l'on prend le mot amour dans cette acception plus large et moins déterminée, le fond de la pensée reste le même, puisque c'est toujours l'amour de Dieu qui est le principe de tout ce qu'il y a d'amour dans l'Évangile, et que l'amour même dont « nous l'aimons, < parce qu'il nous a aimés le premier, » est encore un don de son amour. Toujours est-il que celui qui a Christ habitant dans son cœur par la foi, est c enc racine et fondé dans l'amour, * dans l'amour de Dieu, ou dans l'amour qui « vient de Dieu » (1 Jean IV, 7), ou en Dieu lui-même qui f est amour » (8),