CH. III, 14-21. POUR LES ÉPHÉSIENS
Christ, on est « rempli jusqu'à toute la plénitude de « Dieu ; » c'est-à-dire on est rempli graduellement de la gloire de Dieu (2 Cor. III, 18), jusqu'à ce qu'à la fin cette plénitude de gloire qui réside en Dieu, et qui fait comme le fond de Dieu, se communique tout entière au croyant. Le croyant est rendu « participant « de la nature divine >^ (2 Pierre I, 4) , « parfait « coinme Dieu est parfait > (Matth. V, 48). Voyez ce que nous avons dit sur la plénitude de Christ, et de Dieu, en expliquant I, 23. Quelle vocation ! Est-il possible que ce soit la nôtre? En lisant de telles choses, le croyant se dit : Suis-je vraiment chrétien ? tant est petit le commencement qu'il trouve en son cœur. Mais il s'écrie le moment d'après : Que je suis heureux d'être chrétien ! car ce commencement lui répond de toute la suite (Phil. I, 6) et contient en germe toute la plénitude de Dieu. Quelles que soient les langueurs et les douleurs des croyants, un jour viendra où « Dieu sera tout en tous! *
Or à celui qui, selon la puissance qui opère en nous, peut faire par-dessus toutes choses; infiniment au delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire dans l* Église en Jésus-Christ, dans toutes les générations du siècle des siècles. Amen 1 Cette doxologie, qui termine à la fois la prière de l'Apôtre et la première partie de son épitre, serait remarquable partout; mais elle l'est doublement à cette place. Après que saint Paul apôtre, parlant par le Saint-Esprit, a
SECONDE PRIÈRE DE L' APÔTRE GH. Ill^ 14-21.
fait effort pour dépeindre ce qu'il appelle ailleurs « la € surabondante grandeur de la puissance de Dieu en- « vers nous qui croyons > (1, 19), le voici qui confesse sa propre insuffisance; et, après les plus magnifiques promesses que le langage humain soit capable d'exprimer, voici le Saint-Esprit finissant par déclarer que tout ce qui se peut exprimer est encore infiniment au-dessous de la réalité qui est en t)ieu. Nous avons beau nous élever, même sur les pas d'un apôtre; nous ne pouvons contempler, après tout, que « les bords des voies de Dieu > (Job XXVI, 14), et il faut toujours finir par « des soupirs qui ne se peu- « vent exprimer » (Rom. VIII, 26). Aussi bien, rien autre ne nous peut sufiire que cette déclaration d'insuffisance; rien de moins ne répondrait au besoin vague et immense de notre cœur. Tout ce que l'esprit parvient à saisir nettement et la bouche à énoncer avec précision, est incapable de nous satisfaire. Ainsi, cette fin étonnante et inattendue est exactement ce qu'il nous fallait. — Rien ne saurait retenir ou limiter la puissance de Dieu envers nous ; ni rien en lui, ni même rien en nous ; ni aucunes bornes mises à sa puissance, car elle n'en connaît point, ni même la faiblesse de nos prières et ^imperfection de notre connaissance, car il peut dépasser toutes nos demandes et toutes nos conceptions.
Mais hélas! Si ce même langage, qui est infiniment au-dessous de la réalité qui est en Dieu, était infini-
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ment au-dessus de la réalité qui est en nous? Imaginez un christianisme pratique conçu d'après le seul texte des Écritures et sans égard à l'expérience personnelle des croyants; imaginez ensuite un christianisme pratique conçu d'après la seule expérience des croyants et sans égard à ce qui est écrit. Ne dirait-on pas de deux religions différentes? En passant de l'Écriture à notre expérience, on se croit tombé du ciel sur la terre, pour ne pas dire, quelquefois, dans l'enfer... Assortissons notre christianisme; et veuille le Seigneur nous apprendre à mettre notre expérience en harmonie avec ses promesses! Véritablement, nous avons besoin d'un nouveau baptême du Saint-Esprit.
Par-dessus toutes choses^ infiniment aurdessus de tout, eltc. Ce pléonasme, omis dans nos versions, et même dans Lausanne 1839, est dans l'original et doit être reproduit dans la traduction. Il y a une intention manifeste dans cette accumulation de termes*.
Selon la puissance : celle du Saint-Esprit (v. 16; I, 19).
A lui la gloire. Si Ton tient à ajouter le verbe sous-entendu, j'aimerais mieux dire « à lui est la € gloire, * que « à lui soit la gloire, j> comme le font
^ YiuepexxepicTdOu. On retrouve ce mot^ ouïes mots analogues composés avec l'adjectif luepicaéç, Marc VI, 51 ; VII, 37; 2 Cor. XI, 2, 3 ; 1 Thess. III, 10 ; V, 13 ; et on les trouve construits avec le génitif, comme ici, Matth. V, 37. Ils répondent à l'hébreu in>, in^-Sv, T«D in>, dont ce rapprochement achève de déterminer le sens dans Esaïe LVI, 12, littéralement: «grand surabondamment beaucoup; » mais non^ comme Tont rendu nos versions, « plus grand. »
208 SECONDE PBIÈBE DE L'APÔTRE GU. lU, ii-^i.
nos versions; d'abord parce que la présence de Tarticle devant le mot gloire favorise cette traduction, ensuite parce que l'Apôtre nous paraît avoir voulu plutôt déclarer que la gloire appartient à Dieu, qu'exhorter à la lui rendre. La même remarque s'applique à presque toutes les doxologies bibliques, le verbe y étant généralement sous-entendu. Au surplus, la nuance que nous indiquons ici est peu sensible.
DansV Église^ en Christ. Il y a une autre leçon : c et « en Christ, » ou c en Christ et dans l'Église. > Mais nous croyons, avec Harless et Olshausen, que le texte reçu doit être préféré. — « Dans l'Église en Christ, » c'est-à-dire, selon Olshausen, dans l'Église qui est en Christ. Mais nous n'hésitons pas à rapporter avec Harless, « en Christ » au mot « gloire. » C'est « en € Christ » que la gloire appartient et doit être reûdue à Dieu € dans l'Église, » parce que ce n'est qu'en tant qu'unie avec Christ que l'Église peut donner gloire à Dieu. Ailleurs il est dit que nous devons glorifier Dieu ou lui rendre grâces « par Christ » (Col. III, 17), parce qu'il est le médiateur par lequel toutes nos prières doivent passer. L'expression « au € nom de Christ» (Éph. V, 20; Jean XIV, 13, 14, etc.) réunit l'une et l'autre de ces deux idées.
Dans toutes les générations du siècle des siècles. L'Apôtre dit ordinairement, pour exprimer la même pensée : « Aux siècles des siècles » (Gai. I, 5; Phil. IV, 20; 1 Tim. I, 17; 2 Tim. IV, 18; Apoc. I, 6).