CH. III, 14-21. POUR LES ÉPHÉSIBNS
Les siècles sont alors les périodes dans lesquelles l'éternité est censée divisée, et les siècles des siècles sont ces périodes se succédant et formant l'éternité par leur réunion indéfinie. Dans Texpression de notre texte, qui répond à une expression hébraïque de Daniel VII, 18, et qu'on retrouve en cet endroit dans la version des Septante, le siècle paraît désigner l'éternité ellemême, et le siècle des siècles, c'est l'éternité renfermant dans son sein les périodes successifs dont nous venons de parler*.
Quant au mot générations, que nos versions rendent par âges, il a parfois le même sens que nous venons de reconnaître au mot siècles (Ps. Cil, 25) auquel on le trouve réuni (Col. I, 26); mais il s'emploie cependant plus spécialement des périodes moins considérables du développement humain et de la vie humaine (Ps. LXXII, 5; Luc I, 50). Peut-être est-ce pour cela que saint Paul s'en est servi dans notre texte, où il traite de la gloire rendue à Dieu < dans l'Église * et par conséquent sur la terre. Les générations seraient alors les périodes du temps, et les siècles les périodes de l'éternité, qui succèdent au temps. Si cette remarque, qui est d'Olshausen, paraît un peu subtile, on peut ne voir ici qu'une de ces accumulations de termes semblables dont saint Paul fait souvent usage pour épuiser une idée.
* On trouve une fois dans les Septante (2 Esdras IV, 38) cette expression : « Jusqu'au siècle du siècle. »
On a coutume de diviser notre épître en deux parties : la première, qu'on appelle la partie dogmatique, qui se compose des trois premiers chapitres ; la seconde, qu'on appelle la partie morale, qui se composé des trois derniers. Nous ne rejetons pas cette division, pourvu qu'on ne l'entende pas à la manière de certains catéchismes, qui traitent le dogme et la morale comme deux branches distinctes et parallèles de la religion chrétienne, et dont on pourrait intervertir l'ordre sans trop d'inconvénient. Rien de semblable chez notre Apôtre. Pour lui, la foi chrétienne donne naissance à la vie chrétienne, comme l'arbre porte son fruit; et comme on ne saurait avoir ni l'arbre sans le fruit ni le fruit sans l'arbre, la première partie de son épître n'est pas sans application morale (II, 10), ni la seconde sans principes de doctrine (IV, 24). De plus, nous l'avons déjà fait remarquer, il s'est moins proposé d'exposer la doctrine du salut dans sa première partie, que de glorifier la grâce toute gratuite et toute puissante par laquelle nous avons été sauvés; et l'on entrerait mieux dans l'esprit qui a présidé à l'arrangement de son épître en disant, avec Harless, « qu'après avoir rappelé à ses lecteurs ce que l'Évangile leur a donnée il leur montre ce que ce même Évangile demande
DE LA DIVISION DE l'ÉPÎTRE. 241
d'eux; * ou, avec Théodoret, t qu'après leur avoir déployé les richesses de la bienfaisance divine, il les excite à accomplir les devoirs de la vertu chrétienne. » On pourrait intituler la première partie : Action de grâcesy et la seconde Exhortation. Cet ordre, admirablement expliqué dans Titell, 11, 12, se retrouve assez généralement dans les écrits de notre Apôtre, et il n'y est nulle part plus marqué que dans Tépître aux Éphésiens, où Ton ne peut méconnaître, en passant du chap. III au chap. IV, un changement de ton et de sujet. Néanmoins, comme ce changement se fait sans interruption ni secousse, que la seconde partie se lie à la première, comme les subdivisions de Tune et de l'autre se lient entre elles, et que l'Apôtre n'a probablement jamais songé à cette division, nous avons cru mieux faire de nous en abstenir et de ne voir dans l'épître entière que le développement d'une seule matière, dont les diverses parties s'engendrent mutuellement, et qui, prenant son ori^ gine dans les hauteurs célestes de l'élection et de la prédestination, descend par degrés jusqu'aux humbles détails de la vie domestique. Pourquoi rompre le cours de cette unité si belle et en même temps si instructive?
Au reste, voici l'ordre que l'Apôtre a suivi dans les trois derniers chapitres. Nous y trouverons d'abord Yunité fraternelle^ qui doit régner dans l'Église chrétienne (IV, 1-16) ; puis la me nouvelle, à laquelle sont
212 l'unité fraternelle. ch. iv, i-6.
appelés les Gentils qui ont cru (IV, 17-V, 20); après cela, les préceptes particuliers de la vie domestique (V, 21-Vl, 9); enfin les moyens de grâce, par lesquels le chrétien peut se maintenir dans la foi et dans l'obéissance (VI, 10-20)- Suit la conclusion de Tépitre (VI, 21-fin).