L^UNJTÉ FRATERNELLE. CH. IV
prémunir les chrétiens contre les tentations de jalousie ou de gloire propre que cette différence pouvait faire naître, par un abus naturel au pauvre cœur humain, et dont TÉglise primitive n'a pas été exempte. De là les exhortations de notre Apôtre dans notre texte, et encore Rom. XII, 5; 1 Cor. XII, 4-30; ainsi que des autres apôtres, Jacq. III, 1; 1 Pierre IV, 10. Cette diversité, bien entendue, relève l'unité d'esprit loin de la troubler ; et cela principalement par ces deux raisons, que tous les dons spirituels proviennent d'une source commune, Jésus-Christ, et que tous se rapportent à une fin commune, l'édification de son corps, c'est-à-dire de l'Église. La première fait le sujet des trois premiers versets du développement de l'Apôtre (8-10) ; la seconde, des versets qui suivent (11-16). Avant d'appeler notre attention sur la distribution des grâces, il la fixe d'abord un moment sur le distributeur. Ce distributeur, « c'est ici Jésus- Christ, parce qu'il s'agit des fonctions ou des ministères (1 Cor. Xil, 5), tandis que dans 1 Cor. XII, H, où il est question des dons, c'est le Saint- « Esprit > (Gerlach)^
Cest pourquoi il est dit. Littéralement : il dit^ en sous-entendant Dieu ou le Saint-Esprit; ou elle dity
1 Olshausen explique autrement que nous le rapport de MO avec l'ensemble du développement. Au lieu d'appuyer^ comme nous le faisons, sur les mots selon la mesure du don de Christ dans le v. ly et sur les mots tV a donné des dons dans le v. 8^ il appuie sur ceux-ci à chacun de nous, dans le v. 7^ et aux hommes, dans le v. 8; et.
CH. IV, 7-16. l'unité praterneue. 289
en sous-entendant VÉcrUure^ ce qui est plus vraisemblable, d'après Rom. IV, 3; IX, 17; 1 Tim. V, 18, et cet endroit remarquable, Gai. III, 8, où TÉcriture est personnifiée, et comme confondue avec l'Esprit qui l'inspire. L'expression dont saint Paul s'est servi dans notre texte, en sous-entendant le sujet, se retrouve Rom. XV, 10; Gai. III, 16, et 1 Cor. VI, 16; elle correspond à celle-ci : < Il est écrit. > Mais venons au fond de la citation. Les citations de l'Ancien Testament dans le Nouveau sont au rang des problèmes les plus compliqués de l'exégèse ; et parmi ces citations, celle-ci est une des plus difficiles. Deux
selon lui, Tobjet essentiel des v. 7-10^ et la citation qui y est faite de TAncien Testament, est de prouver que les dons de Jésus-Christ sont pour tous les membres de TÉglise, pour les païens aussi bien que pour les Juifs. C'est en se plaçant au même point de vue que le même commentateur entend « Tunité de Tesprit » recommandée dans le y. 8 de Tunité qui doit régner entre les chrétiens sortis du judaïsme et ceux qui Tétaient du paganisme. Ce point de vue nous semble erroné ou tout au moins trop restreint. Quand notre Apôtre a voulu montrer aux Éphésiens la miséricorde que Dieu a fait paraître dans leur vocation, on comprend qu'il ait distingué leur condition d'avec celle des Juifs, pour faire sentir aux premiers que Dieu les a appelés de plus loin encore que les seconds. Mais pourquoi cette distinction serait-elle suivie lorsqu'il s'agit des relations mutuelles des membres de l'Église d'Éphèse^ qui renfermaîf d'anciens Juifs sans doute (Actes XIX, 8-17), mais qui se composait pourtant essentiellement d'anciens païens, comme notre épltre nous l'a si clairement donné à connsdtre. Ajoutons, en ce qui concerne les versets que nous avons sous les yeux (IV, 7-10), que le rapport que nous avons indiqué (Christ, le distributeur suprême des dons) s'offre plus naturellement à l'esprit que celui qui est indiqué par Olshausen (les dons distribués à tous, même païens); et surtout, que la première interprétation explique sans peine la réflexion dont l'Apôtre fait suivre la citation qu'il fait de l'Ancien Testament (v. 9, 10), tandis qu'on ne sait comment en rendre compte avec la seconde. Olshausen a bien senti cette difficulté (p. 230), et ne nous parait pas l'avoir résohie (p. 285).
S30 l'unité FAAT£RNEUE. gh« it^ 7*16*
choses demandent à être expliquées : comment l'Apotre a-t-il pu appliquer à Jépus-Ghrist l'endroit qu'il cite, et qui est tiré du Pçaume LXYIII (v. 18)? et eom^ ment a-t-il pu, en le citant, s'écarter, ainsi qu'il le fait> tant du texte hébreu que de la version des Septante? Quelques commentateurs ont été si embarrassés de la première question qu'ils ont imaginé que l'Apôlre a emprunté sa citation, non au Psaume LXYIII, mais à un vieux cantique chrétien ; et d'autres l'ont été si fort de la seconde» qu'ils ont proposé de retoucher, d'après notre texte^ et le texte hébreu du Psaume LXYIII, et celui de la version de ce Psaume dans les Septante. Évidemment, ce sont là des suppositions forcées, et qui n'ont dû le jour qu'à l'em* barras des interprètes. Mais il n'est pas nécessaire de recourir à des partis si désespérés { et les deux questions que nous venons d'indiquer nous paraissent trouver leur solution dans une étude plus approfondie des rapports de l'Ancien Testament avec le Nouveau, côté important de l'exégèse, sur lequel notre texte jette, par ses difficultés mêmes, une précieuse lumière*
Commençons par nous rendre compte de l'objet du Psaume LXYIII en général, et en particulier du sens du verset cité par notre Apôtre»
Le Psaume LXYIII» l'un des plus beaux comme des plus difficiles de tout le recueil, peut être considéré comme un développement des paroles qui en
CH. IV, 7-16. l'unité fratebnbub, 23i
composent le premier verset, et qui sont empruntées au livre des Nombres. C'est la prière que Moïse avait coutume de prononcer, dans le désert, chaque fois que l'arche était transportée d'un lieu dans un autre : « Or, il arrivait qu'au départ de l'arche. Moïse disait : < Lève-toi, ô Éternel! et tes ennemis seront disper- « sés^ et ceux qui te haïssent s'enfuiront de devant « toi. Et quand on la posait, il disait : Retourne, t ô Éternel! aux dix mille milliers d'Israël > (Nomb. X, 85, 36).
L'arche était le signe visible de la présence invisible de Dieu au milieu de son peuple* Elle ga-* rantissait à la fois la défaite de tous les ennemis de Dieuj et la délivrance de son peuple. C'est de-^ vaut elle que s'arrêtent les eaux du Jourdain (Jos. III, H, 14-17) > et que tombent les murs de Jerico (VI, 6-16). Avec elle, les Israélites se flattent d'être invincibles (1 Sam. IV, 3-5); mais Dieu confond cette fois leur formalisme impie en les livrant, avec l'arche elle-même, entre les mains des Philistins, malgré la peur que ceux-ci avaient d'abord ressentie en entendant dire : « Dieu est venu au camp! » (7). Sans elle, Héli tient la cause d'Israël perdue, et en apprenant qu'elle a été prise, il tombe de son siège et se tue; sa belle-fille meurt aussitôt après en mettant au monde Icabod, par un enfantement prématuré, et en disant : a La gloire est transportée d'Israël, car l'arche de Dieu est prise » (15 -fin). Voyez
232 l'unité fraternelle. ch, iv, 7-16.
encore 1 Sam. V, 3; XIV, 18; 2 Sam. XI, H; XV, 25; Jér. III, 16, etc. Ceci explique Tarche portée devant les Israélites dans le désert (Nomb. X, 33), et la double prière dont Moïse, accompagnait le départ de l'arche et son repos; c'était le gage visible de Dieu conduisant son peuple, et présidant tour à tour à sa marche et à ses stationnements dans le désert.
Plus tard, cette même arche fut transportée sur la colline de Sion, par les soins de David, après qu'il eut pris la cité bâtie sur cette colline et soumis tous ses ennemis (2 Sam. V, 7, 9; VI, 10; VII, 1). Cet événement tient une place très considérable dans l'histoire religieuse de l'Ancien Testament; tout aussi considérable pour le moins, quoique moins éclatante, que la construction du premier temple par Salomon, qui ne fit qu'achever l'ouvrage commencé par son père en faisant porter l'arche de la colline de Sion à celle de Morija, et en lui donnant pour demeure, au lieu d'un simple pavillon, un temple magnifique. L'arche montée au sommet de Sion, c'était le gage visible de Dieu prenant possession de cette montagne (Ps. IX, 12), y établissant son règne (Mich- IV, 7), y sacrant son Fils (Ps. II, 7), et de cette hauteur (Ps. ex, 2), gouvernant son peuple élu (Ésaïe LU, 7), en attendant qu'il soumît à son empire tous. les royaumes du monde (Ésaïe II, 2, 3, etc.). Sion, surmontée de l'arche, c'est le centre de toute la théo-
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cratie, de la prophétie messianique, de Télection dlsraêl et de la vocation des Gentils. Il ne faut, pour s'en convaincre, que remarquer les institutions par lesquelles David marque le transport de l'arche, et les cantiques par lesquels il en célèbre la mémoire (1 Chron. XVI; Ps. CXXXH); surtout le v. 8, qui est répété par Salomon dans la dédicace du temple (2 Chron. VI, 41); car l'arche est l'âme du temple. C'est aussi à ce grand événement que paraît se rapporter le Psaume LXVIII; et comme il y est question d'une procession solennelle (27), il est vraisemblable que David l'a composé à l'occasion de la translation de l'arche, et peut-être pour être chanté dans cette cérémonie même. Ewald, dans son Commentaire sur les Psaumes, adopte sur l'origine de ce psaume une opinion qui est d'accord, pour le fond, avec celle que nous venons d'exposer. Seulement, ce n'est pas la translation de l'arche ni même la dédicace du premier temple qui a fourni le sujet de notre psaume ; mais la.dédicace du second temple (Esdr. VI, 15, 16). Mais c'est s'écarter sans nécessité de la suscription du psaume, qui l'attribue à David, auquel appartient toute la collection des LXXJI premiers psaumes. De plus, l'allusion manifeste qui est faite dans le v. 1 de notre psaume à la prière de Moïse , s'explique moins bien pour la dédicace du second temple, où l'arche manquait, ayant disparu vraisemblablement dans le désastre de la prise de Jérusalem par Nébu-
234 l'unité PftATERNBLLE. GH. tV, 7-16»
cadnetsar. Du moins, il n'en est plus parlé après (2 Chron. XXXV, 3, et Jér. III, 16).
Voici Tordre des pensées du psaume. Après avoir rappelé la prière de Moïse , et représenté la présence de Dieu au milieu dlsraël comme un sujet de terreur pour les ennemis de Dieu, et de consolation pour son peuple (2-4), le Psalmiste nous montre d'abord Dieu conduisant autrefois son peuple dans le désert, et le bénissant plus spécialement au pied du Sinaï (5-11); puis, le mettant en possession du pays de Canaan , par une éclatante victoire remportée sur ses rois (12'-15)^ ensuite, faisant choix de la montagne de Sion pour y fixer à jamais sa demeure, après avoir subjugué tous ses ennemis (10-19); enfin, assurant les siens qu'il les délivrera toujours à l'avenir, et les ramènera des pays les plus éloignés (20-24) ; allusion prophétique à la fin de la captivité, comme dans 2 Chron. VI, 36-39. Suit une courte description de la solennité de la translation de l'arche (25-28); après quoi, le Psalmiste conclut en annonçant que Dieu, qui règne au plus haut des cieux aussi bien que sur la montagne de Sion, donnera la force à son peuple^ et soumettra à sa domination toutes les nations de là terre (29-fin) \
1 Nous voudrions corriger ainsi qu'il suit la traduction de quelques endroits de ce psaume, fort obscure, sinon inintelligible, dans nos versions reçues. — Verset 5 : « Psalmodiez son nom ; dressez le ehemin à «celui qui marche dans les déserts » (voyez Es. XL, 3). 7: « Dieu con- « duit dans la maison ceux qui étaient délaissés (Ps. CVII,7), il met en
CH. IV, 7-16. l'unité fraternelle, 838
Telles étant les pensées du Psaume LXYIII, expli^ quons, par uile paraphrase, les v. 16-19, qui en foW ment Comme le point central et culminant, et surtout le verset cité par l'Apôtre. « D'autres montagnes, celles de Basan, par exemple^ sont bénies de Dieu, isont fertiles et élevées; mais aucune n'égale celle de Sion, que Dieu a choisie pour y habiter. Le Seigneur monte sur cette montagne, au milieu de son innom-** brable armée^ c'est-à-dire du peuple d'Isrâél. La gloire de Sinaï est transportée en Sion. Le Seigneur est monté sur le sommet de Sion en emmenant captifs ses ennemis; et, comme un vainqueur qui reçoit des présents des vaincus, il a pris des dons, fruit de sa victoire, pour les hommes, et même pour ceux qui avaient été d'abord rebelles, afin d'habiter sur Sion
« prospérité ceux qui étaient dans les fers ; même les rebelles qui ha- «bitaient une terre aride. » 14, 15 : « Quand vous reposerez tran- « quiliement dans les parcs (comme des brebis bien gardées)^ vous « brillerez comme les ailes argentées de la colombe, et comme son plu- « mage d'un vert doré. Quand le Tout«Puissant dispersera les rois du « pays, une lumière éclatante (littéralement, l'éclat de la neige) suc^ « cédera aux ténèbres. » 16 : « La montagne de Basan est une mona tagne de Dieu ; la montagne de Basan est une montagne élevée, « Pourquoi ètes-vous jalouses, montagnes élevées, de cette montagne a que Dieu a choisie pour y demeurer? Oui, l'Éternel y habitera à « perpétuité! » 18 : « Le Seigneur est au milieu d'eux; Sinaï est dans « le sanctuaire. » (Sion maintenant la gloire de la loi dans celle de la grâce, comme Tarche garde les tables sous le propitiatoire.] 19 : « Tu as pris des dons, pour les hommes, même pour les rebelles, afm « d'habiter en Jéhovah, en Dieu. » 25 : « Ils ont vu ta marche» ô Dieu ! « la marche de mon Dieu, de mon Roi dans le sanctuaire !» 28 : « Là marchait à leur tête Benjamin le petit ; les princes de Juda, avec « leur cortège; les princes de Zabulon et les princes de Nephtali. » 31 : « Les veaux des peuples (les puissants), qui s'humilient avec des « morceaux d'argent (des présents). »
236 l'unité fraterneub. ch. iv, 7-46.
et au milieu de son peuple en Roi suprême, en Dieu plein de gloire. » Nous voyons dans le v. 18, non l'armée des anges, mais l'armée dlsraél, désignée par des termes semblables dans la seconde prière de Moïse (Nomb. X, 36). La hauteur sur laquelle le Seigneur monte nous paraît être celle de Sion, ou, si l'on veut, sur le premier plan, celle de Sion; et sur le second plan seulement, celle des cieux (v. 34), le règne de Dieu en Sion figurant son empire suprême et éternel.
Au surplus, le mot hébreu rendu ici par hauteur, s'emploie ailleurs, tantôt du ciel, séjour de Dieu (Ps. VII, 7, 8, etc.), tantôt de la montagne du Sanctuaire (Ézéch. XVII, 23; XX, 40; XXIII, 14). Enfin, nous traduisons « tu as pris des dons pour les « hommes, » ainsi que l'ont fait nos versions, et non, comme le font Olshausen et Harless : « Tu as pris des € dons consistant en hommes ; tu as reçu en offrande € des hommes. » Cette traduction nous parait peu naturelle. La nôtre suppose une ellipse assez forte, nous l'avouons, puisque c tu as pris des dons entre les «hommes » (traduction littérale de l'hébreu), signifie, selon nous, « tu as pris des dons pour les distribuer « entre les hommes, i» Mais cette ellipse est-elle plus forte que celle de 1 Chron. 29, 14 : c Toutes ces « choses viennent de toi, et c'est de ta main que nous € te les présentons? » Évidemment, il faut sous-entendre les ayant reçues. Dans l'un et l'autre passage, il
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s'agit de recevoir pour donner ensuite; l'idée de recevoir étant omise dans Tun, pourquoi Tidée de donner ne le serait-elle pas dans l'autre? Que si cette ellipse paraissait inadmissible^ naus traduirions alors, non comme l'ont fait Olshausen et Harless, mais comme Ewald : t entre les hommes, » ou « au milieu des c hommes; > ce qui est le sens naturel de la préposition hébraïque, et le m«me qu'elle a, au verset précédent, dans les mots : < Au milieu d'eux. >
Il faudrait entendre alors par les hommes tous ceux [qui sont représentés comme entourant ici le Sei- Igneur, c'est-à-dire tout à la fois ses ennemis vaincus [desquels il prend ces présents et son peuple auquel il les distribue, comme un prince victorieux qui reçoit |les hommages de l'armée tributaire en présence et )ur l'avantage de ses propres soldats. Ainsi Dieu [répartit entre les Israélites les terres qu'il a conquises curies Cananéens.
Les rebelles seraient alors les ennemis vaincus^ qui kont contraints de rendre hommage, le voulant ou [on, à leur nouveau maître. — Dans l'une et dans iutre interprétation, la pensée d'une répartition des pus reçus des vaincus entre les enfents d'Israël est ifermée, explicitement selon l'une, implicitement fon l'autre, dans notre verset; si Dieu prend des ésents, ce n'est pas pour lui-même* [Venons maintenant à la première des deux ques- Ions que nous nous sommes posées. Comment
238 l'unité fratbrnbue. ch. iv, 7-16.
r Apôtre a-t-il pu appliquer le Psaume LXVIII, 19 à Jésus-Christ?
Nous ne répondrons pas que le Psaume LXVIII renferme une prophétie messianique. Nous ne le pensons pas; il y a bien de la différence entre la manière dont Jésus-Christ est ici et celle dont il est dans le Psaume XVI ou dans le LIIP chapitre d'Ésaïe. Nous ne dirons pas même qu'il y ait ici une parole à double sens et qui, tout en se rapportant aux événements contemporains dans son application prochaine, se rapporte aussi à Jésus-Christ dans une application plus lointaine, mais pourtant directe et intentionnelle, comme ÉsaïQ VII, 14, ou Ésaïe XXXV, 5, 6. Nous ne voyons ici de prophétie proprement dite d'aucun genre. Et pourtant nous sommes persuadé que le rapprochement fait par l'Apôtre entre son sujet et le Psaume LXVIII n'est pas une simple accommodation, mais un rapprochement réel qui entre dans la pensée du Saint-Esprit et qui fournit une argumentation très sohde. C'est qu'indépendamment de la prophétie proprement dite, par laquelle l'Ancien Testament feit de temps en temps invasion expressément et explicitement dans les choses du Nouveau Testament, il y a entre les deux Testaments un rapport plus caché, plus profond et plus permanent, qui fait de l'Ancien Testament tout entier une économie préparatoire et typique. Nous en avons déjà parlé en expliquant Éph. I, 22, où le Psaume VIII est cité, à peu près comme le
CH. nr, 7-16. l'unité fraternelle.
Ps. LXVIII Test ici. Jésus-Christ et son règne c'est le dernier terme vers lequel tendent, de près ou de loin, et auquel vont converger et viennent à la fin aboutir toutes les révélations de l'un et de Tautre Testament. Le Dieu qui s'est manifesté dans l'Ancien Testament, en se mettant en rapport avec les patriarches. Moïse et les prophètes, est le même Dieu qui, dans le Nouveau Testament, s'est manifesté en chair et mis en rapport avec nous dans la personne de Jésus-Christ. Un plan commun, un but identique, un même esprit et une même doctrine unit les deux Testaments; les développements seuls diffèrent, parce qu'ils se proportionnent aux temps et aux besoins. Les prédictions proprement dites sont ce qu'on pourrait appeler les points saillants de ce rapport, seuls capables de fixer l'attention du lecteur superficiel. Mais, une fois averti par elles, Tesprit qui pénètre plus avant découvre dans les prescriptions légales, dans l'histoire, partout, des ressemblances à la fois plus profondes et plus étendues, qui ne font que croître en proportion de l'attention avec laquelle on les contemple. Au reste, entre ces deux choses, la prophétie et le type, il y a cette différence que la première, qui s'annonce clairement pour ce qu'elle est, s'adresse aux contemporains, dont elle porte les regards en avant sui* l'avenir ; tandis que la seconde, qui a besoin d'être découverte, est destinée à la postérité, dont elle ramène les regards en arrière sur le passé. — c Ainsij
240 l'unité fraternelle. ch. iv, 7-16.
dit Harless en expliquant la doctrine du type, le plan de notre propre vie ne se révèle réellement à nous que lorsque, instruits à l'école de la vérité du but et de la signification de la vie humaine, nous jetons les yeux en arrière sur la direction qu'a reçue notre jeunesse. Le ^désordre apparent fait place à un ensemble régulier, et là où l'œil affligé n'avait aperçu longtemps que contradiction et déchirement, il découvre la main paternelle de ce Dieu qui conduisit ses enfants du désert au repos de la terre promise. La lumière de l'âge mûr qui médite sur les années de la jeunesse, c'est la lumière de l'Évangile; la direction de la jeunesse, c'est l'histcrire de la théocratie de l'Ancien Testament; le voile qui a longtemps recouvert le passé tombe de dessus les yeux quand on atteint à l'état d'homme fait en Christ. »
C'est un rapport de ce genre que l'Apôtre fait remarquer entre son sujet et le Psaume LXVUL On voit dans ce Psaume le Dieu de l'Ancien Testament, montant dans le sanctuaire de Sion, tous ses ennemis vaincus, et recevant pour fruit de sa victoire des présents qu'il distribue à son peuple. On voit également dans le Nouveau Testament Jésus-Christ qui, ayant < vaincu par la mort celui qui a l'empire de la mort, > monte au ciel, qui est le vrai sanctuaire (Hébr. IX, 24), et là reçoit, pour prix de son œuvre accomplie (Actes II, 24), le Saint-Esprit, dont il répartit les grâces à son gré entre les membres de l'Église qu'il
CH. IV, 7-16. l'unité fraternelle, 241
s'est acquise. Ce n'est pas l'identité dix fait mentionné dans le Psaume LXVIII et du fait mentionné dans notre épître que TApôtre entend affirmer; mais bien l'identité du Dieu de l'Ancien Testanient avec le Dieu du Nouveau Testament. Cette identité est telle pour lui qu'il donne ailleurs le nom de Christ au Dieu qui a conduit les Israélites dans le désert (1 Cor. X, 9. Voyez aussi le verset 4).
Reste la seconde question : Comment saint Paul a-t-il pu s'écarter à la fois, dans sa citation, et du texte hébreu et de la version des Septante?
Il est incontestable qu'il s'en est écarté pour les mots; et à la première vue on trouve même une sorte d'opposition entre ce qu'ils disent et ce qu'il leur fait dire. L'hébreu, que les Septante suivent exactement, dit, en effet^ ainsi que nous l'avons vu : « Tu « as pris des dons entre les hommes, » ou pour les hommes ; et saint Paul : « Tu as donné des dons aux hommes. » Mais pour qui se rappelle avec quelle liberté les Apôtres, à l'exemple de leur Maître, citent l'Ancien Testament, il suffit, pour justifier la citation de notre Apôtre, de remarquer que, tout en changeant les mots de l'original, qui n'allaient pas au but spécial qu'il se proposait ici ou qui n'auraient pas été compris, il reproduit exactement le fond de la pensée. Il né touche au texte que pour Péclaircir; car si le Seigneur reçoit des dons, ce n'est pas pour lui-même, c'est pour les communiquer aux
^2 l'unité ^PRA.TERI!rBLL£. GH. IV^ 7-46.
hommes; et sa conquête est une conquête de charité.
Cette remarque subsisterait encore alors même que Ton verrait dans ces hommes au milieu desquels le Seigneur reçoit des présents, dans Ps. LXVIII, 19, ses vaincus et ses prisonniers. Seulement, dans Tantitype, les vaincus et prisonniers de Jésus-Christ, ce seraient, non ses ennemis, mais ses disciples (Ésaïe LUI, 12; Ps. n, 8, etc.); et les dons qu'il refait d'eux dans le psaume seraient appelés dans Tépitre des dons qu'il leur donne^ parce que nous ne pouvons ofiPrir au Seigneur que ce qu'il nous dispose lui-même à lui présenter, en sorte que nous ne lui donnons que ce que nous recevons de lui, et que lui ne reçoit de nous que ce qu'il nous donne*.
Mais cette liberté même avec laquelle Jésus-Christ et les apôtres citent l'Ancien Testament demeure un problème difficile, peut-être insoluble pour nous, surtout à ce point de vue de l'inspiration qui insiste avec tant de force et, si je l'ose dire, avec une sorte d'inquiétude, sur la divinité de chaque mot du texte sacré. Il nous semble que les auteurs du Nouveau Testament n'auraient jamais cité les Écritures de l'Ancien comme ils l'ont fait, s'ils n'avaient pas envisagé l'inspiration d'un point de vue plus large et plus élevé. Mais ce n'est pas le lieu d'entrer plus
* Voir la note de Gerlach sur Éph. IV, 8. — A tout prendre, c*esl Texplicatioa que je préférerais. Ëwald aussi traduit « entre les hommes,» et ce qui suit « et môme entre les rebelles » s'explique de la sorte plus facilement que dans aucune antre interprétation.
CH. IV, 7-16. l'unité fraternelle. 243
avant dans cette doctrine. Ajoutons toutefois que celte liberté de citation ne saurait justifier chet nous une liberté semblable, car ici ceux: qui citent sont inspirés aussi bien que ceux qui sont cités. Le Saint- Esprit citant le Saint-Esprit, certain de ne pas se méprendre sur ses propres pensées, peut se permettre des modifications et des éclaircissements qui nous seraient défendus, à peu près comme ïious pourrions user, en citant nos propres écrits, d'une latitude que nous nous interdirions en rapportant les témoignages d'autrui.
Or, quil soit monti, qu'esi*ce si ce nest qu'il était aussi descendu dans les parties les plus basses de la terre? Ce raisonnement est fondé tout entier sur ce mot : il est monté (ou, si Ton complète la pensée de rApôtrêi, sur ces trois mots : il est monté en haut). N'est-il pas bien digne de remarque que, dans le même endroit où l'Apôtre traite la parole inspirée avec tant de liberté, qu'il ne craint pas de changer les mots poUi' ne s'attacher qu'à la pensée, il la traite aussi avec tant de respect qu'il n'hésite pas à presser un mot et à bâtir sur ce mot toute une doctrine? Il est clair qu'il appuierait également, au besoin, sur ce mot même de recevoir, qu'il a cru pouvoir reniplacer dans sa citation par celui de donner. Cette remarque trouve aussi place ailleurs dans les citations que les apôtres et Jésus-Christ lui-même font de l'Ancien Testament : tantôt ils négligent les mots (Matth. IV, 10, etc.),
2U l'unité fraternelle. ch. IV, 7-16.
tantôt ils y insistent beaucoup (Jean X, 34, etc.). Ces deux faits (car ce sont des faits incontestables) sont difficiles, impossibles peut-être à concilier par une théorie exacte de l'inspiration ; mais ils nous instruisent sur l'usage que nous devons faire des Écritures. Il y a telle jalousie des mots et des moindres détails, qui n'est pas dans l'esprit de Jésus-Christ et des apôtres, et avec laquelle on n'aura jamais l'esprit bien en repos, parce qu'une variante, une version, une différence légère suffira pour troubler une foi si inquiète et si minutieuse. Il y a aussi telle négligence des mots et des détails qui n'est pas mieux dans l'esprit de Jésus-Christ et des apôtres, et avec laquelle on s'appuiera faiblement sur ce qui est écrit, sous prétexte de courir après un ensemble qui n'est écrit nulle part et que l'esprit de l'homme est réduit à construire, au risque d'y mettre beaucoup du sien. Liberté, mais respect; respect, mais liberté. Le secret du chrétien, ici comme partout, est dans la parfaite confiance du cesur^ et c'est là aussi ce qui importe le plus dans la pratique. Mais alor^, dira-t-on peutêtre, il demeurera quelque chose d'indéterminé et de personnel dans l'application de la doctrine de l'inspiration ; et la question sera en partie une question de bonne foi et de piété? Oui; et nous sommes persuadé qu'il faut qu'il en soit ainsi. On ne se tirera jamais des difficultés de cette doctrine par des formules dogmatiques, et l'enseignement intérieur du Saint-
eu. IV, 7-16. l/UNITÉ FRATERNBLIE. 245
Esprit, si nécessaire pour tout le reste, Test aussi pour l'étude même de la parole du Saint-Esprit.
Au reste, l'usage que fait l'Apôtre du mot t7 est monté montre assez que le rapprochement qu'il vient d'établir entre le sujet qu'il traite et le Ps. LXVIII est plus pour lui qu'un simple rapprochement ou que ce qu'on appelle une simple accommodation. Ce rapport qu'il découvre entre le Dieu de l'Ancien Testament montant sur la montagne de Sion et le Dieu du Nouveau Testament montant au ciel, est un rapport si réel qu'il ne craint pas de presser les mots employés en parlant du premier pour l'application qu'il en veut faire au second. Pour être plus profond et, si l'on peut ainsi parler, plus souterrain que le rapport prophétique, le rapport typique n'en est pas moins exact ni les arguments qu'il fournit moins solides. Seulement, il est plus facile de s'y tromper; et dans cette étude si mystérieuse, il faut bien s'assurer qu'on prend pour guide, non l'imagination, mais le Saint- Esprit. Le meilleur moyen d'y parvenir est de marcher humblement dans le chemin tracé par les auteurs sacrés; plutôt être timide que téméraire.
Ainsi donc, quand il est dit du Seigneur^ qui habite dans le ciel, qu'il est monté^ cela suppose qu'il est d'abord descendu. Reste à savoir où il est descendu? Dans les parties les plus basses^ ou dans les parties plus basses de la terre. On peut traduire des deux manières; et à cette différence
246 l'unité fraternelle. ce, iv^ 7-16.
en correspond une dans la pensée. En effet, ceci peut être entendu de deux manières, suivant que la comparaison indiquée est faite entre une partie de la terre et une autre partie de la terre, ou qu'elle est Élite entre la terre et le ciel {les parties plus basses de la terre signifiant alors Us lieux plus bas, cest-à^ire la tfirre). Selon cette dernière interprétation, qui est suivie par Harless, l'Apôtre ne rappellerait ici que la desoente du Fils de Dieu sur la terre, en d'autres termes son incarnation. Selon la première, qui est adopté^ par Olshausen, il rappellerait en même temps sa descente dans les lieux souterrains, c'est^à-Klire sa mOrt. Seulement, il faudrait remarquer alors qu'il y a une ellipse dans le langage de l'Apôtre. C'est comme s'il eût dit ; « Qu'il soit monté, qu'est-ce si ce n'est qu'il est descendu? Il est descendu, et même jusqu'aux parties les plus basses de la terre; 3? car le seul fait qu'il est monté prouve bien qu'il est descendu sur la terre ; mais il ne prouve pas qu'il soit descendu au-dessous de la terre.
Les principales raisons qu'on allègue pour ne voir ici que la descente du Fils »ur la terre^ p'est d'abord que ce premier degré d'abaissement pst seul rigoureupçment prouvé par le raisopnement de l'Apôtre, ainsi que nous venons de le dire; ensuite, qiië le Dieu de l'Ancien Testament n'est pas représenté dans le Ps. LXYIII comme desciendant plus bas que la terre ; enfin des passages parallèles tels que ceux-ci :
cH. IV, 7-16. l'unité fraternelle. 247
Jean III, 13; VI, 33, 38, 41, 42, etc., où Jésus- Christ n'est dit être descendu qu'en tant qu'il s'est incarné.
Pour nous, nous nous décidons pour l'autre interprétation, par les raisons suivantes : Premièrement, elle nous semble indiquée plus naturellement par l'expression de l'Apôtre : c les parties les plus basses (ou, si l'on veut, les parties plus basses) de la terre, » surtout quand on la rapproche de certaines expressions correspondantes de l'Ancien Testament que saint Paul a vraisemblablement eues devant les yeux, et qui signifient le plus souvent (je ne dis pas toujours, voyez Ps. CXXXIX, 18) les lieux les plus bas de la terre (ÉsaïeXLÎV, 23), et surtout le séjour des morts (Ps. LXIII, 10; Èz. XXVI, 10; XXXI, 16; XXXII, 18, 24; rapprochez Ps. LXXXVHI; TjL'am. III, 5S). Secondement, cette interprétation rend mieux compte du contraste indiqué dans le v. 10 entre la descente de Jésus-Christ et son ascension avr^essus de tou$ les cieux; à la terre, on oppose le ciel; mais on oppose le plus haut des cieux au plus bas de la terre. Troisièmement enfin, et surtout, cette interprétation justifie mieux, disons plus, justifie seule la conclusidn de l'Apôtre : Afin qu'il remplit toutes cfioêes. Dans le langage de l'Écriture, le ciel et la terre ne sont que deux des degrés de la création ; et il en manque un troisième pour épuiser l'échelle des êtres. Ce troisiènie degré estdésigné par le mot aWme dans
248 l'unité FRATERNELLE. CH. IV, 7H6.
Rom. X, 6, 7, où nous ne trouvons que les deux degrés extrêmes : « Ne dis point en ton cœur : Qui « montera au ciel? Cela est ramener Christ d'en haut; « ou : Qui descendra dans Tabîme? Cela est ramener « Christ des morts. ï> Il Test par les. mots d^ entre Us morts dans Éph. I, 20, où nous trouvons les trois degrés : le premier, dans la mort de Jésus-Christ; le second, dans sa résurrection ; le troisième, dans son ascension, ainsi que nous l'avons fait remarquer dans notre commentaire. Mais le passage le plus remarquable sur cette matière, et qui nous paraît d'autant plus décisif en faveur de l'interprétation que nous avons adoptée que ce passage a d'aiUeurs plus d'une analogie avec le nôtre, c'est Phil. II,5-H, et surtout le V. 10, où les trois degrés de l'échelle des êtres sont expressément indiqués.
Au reste, bien que nous voyions dans les expressions du V. 9 une allusion à l'abaissement de Jésus- Christ jusqu'au séjour des morte, nous ne partageons pas, non plus qu'Olshausen, le sentiment de quelques théologiens, qui ont rapproché ce verset de 1 Pierre III, 19, et qui y ont vu la doctrine connue sous le nom de la descente deJésus^Christ dans les enfers. Nous n'avons pas à nous expliquer ici sur ce passage de saint Pierre, sur lequel nous ne faisons pas difficulté d'avouer que nous n'avons pas une opinion arrêtée. Mais nous sommes bien persuadé que, dans le verset que nous expliquons, il n'est question que de l'abaissement de
GH. IV, 7-i6. l'unité fraternelle. 249
Jésus-Christ jusqu'à la mort, et non d'une œuvre accomplie par lui dans les enfers.
Par-dessus tous les deux. C'est ce que David appelle € les cieux des cieux » (Ps. LXVIII, 34), ainsi que Salomon(1 Rois VIII, 27), et notre Apôtre « le troi- * sième ciel » (2 Cor. XII, 2).
QuilremplU toutes choses. Jésus-Christ, remplissant de sa présence et de sa puissance toutes les parties de l'univers, depuis le degré le plus bas jusqu'au plus élevé, y dispose à son gré de toutes choses. C'est donc à lui aussi qu'il appartient de distribuer à son gré des dons aux siens pour rendre chacun d'eux propre à la part de travail qu'il lui assigne dans l'œuvre générale de l'édification de l'Église. C'est ainsi que la considération présentée dans le v. 10 se lie avec le v. 1 1 , et qu'après avoir rappelé et prouvé, par le Ps. LXVIII, la puissance souveraine de Jésus- Christ, le distributeur de tous les dons, l'Apôtre nous fait remarquer, dans les V. i 1 et suivants, la nature diverse des dons qu'il répartit entre les membres de son Église*
Et lui-même a donné. Ce verset se lie étroitement avec le précédent par la répétition du mot lui-même. Ce même Seigneur qui est monté au plus haut des cieux, après être descendu dans les parties les plus basses de la terre, est aussi celui qui a distribué des dons à son Église et qui y a institué divers ministères. Il suit de là, d'abord qu'il est maître souverain dans
250 l'unité fraternelle. ch. iv, 7-lB.
la répartition de ses grâces, lui qui remplit toutes choses; ensuite, qu'elles tendent toutes fa une fin commune, comme elles procèdent toutes de la même main. Expliquer cette fin commune, c'est l'objet principal des V. 11-16. Dans le v. 11, l'Apôtre énumère les dons les plus importants du Seigneur h l'Église ; dans le V. 12, il en indique sommairement le but gé- ^ néral (l'édification du corps de Christ) ; puis, subdivisant ce but en deux parties, précédées. Tune de la conjonction jusqu'à ce que, l'autre de la conjonction afin que, il nous y fait discerner, au v. 13, tin but final vers lequel on doit tendre (la pleine maturité du corps de Christ), et dans les v. 14, 15, 16, un 6ut prochain qu'il faut réaliser dès à présent (le constant accroissement du corps de Christ). Le Seigneur a institué les ministères (v. 11) pour travailler à l'édification du corps de Christ (v. 12) par l'accroissement de ce corps (v. 14-16), en attendant sa pleine maturité (v. 13).
A donné. On peut traduire également a établi, et c'est l'expression dont notre Apôtre fait usage dans 1 Cor. XII, 28. Mais nous maintenons la traduction, plus littérale, il a donné, parce qu'elle nous paraît destinée à présenter les grâces accordées à l'Église comme des dons de Jésus-Christ (Voyez le v. 7, et surtout le v. 8). Au reste, au lieu d'énumérer, conime on devait s'y attendre d'après ce deriiiér verset, les dons du Seigneur, l'Apôtre énumère tes ministères ou
en. IV, 7-46, l'unité FBATEÏtffïLIJS, 251
charges qu'il a instituées dans son Église. C'est que leg dons de Jésus^Christ sont tous des don$ utiles, qui ont pour objet, non l'avantage personnel de ceux qui en sont honorés, mais le bien commun de l'Église (1 Pierre IV, iO), et qui trouvent leur application dans les divers ministères de la parole. Ailleurs (1 Cor. XII, 28), l'Apôtre fait l'inverse : il commence par rénumération des ministères (apôtres, prophètes, etc.), et il passe sans transition à celle des dons (miracles, guérisons, etc.), d'autant plus qu'il ne paraît pas qu'il y eût toujours des désignations spéciales pour ceux qui les possédaient (Voyez 1 Cor. XII, 30). Ce tour donné au développement de l'Apôtre explique encore comment il n'a pas fait ici une énumération plus complète des dons de Jésus-Christ, telle qu'il l'a feite, par exemple, dans l'endroit que nous venons de rappeler, et telle qu'on devait l'attendre d'après les v. 7 et 8 de notre chapitre. Une fois engagé dans la contemplation des ministères, l'Apôtre s'arrê e à ce sujet essentiel, et ne s'occupe plus de ces dons que le Seigneur distribuait en outre aux fidèles en général, surtout dans les premiers temp3 de l'Église, Il le pouvait d'autant mieux que mfintionner les ministères, c'était mentionner implicitement le§ dons les plus éclatants et les plus wtiJeç du Seigneur; qu'il choisit entre tous les autres, soit à cause de î^ur importance même, soit à cause des instructions qu'il avait à cœur de rat-
252 l'unité fraternelle. ch. iv, 7-16.
tacher à cette doctrine. Il faut rapprocher de notre . texte, Rom. XII, 6 et suivants; et 1 Cor. XII, surtout le V. 28, les uns comme apôtres, d'autres comme prophéleSy d'autres comme évangélisteSy d'autres comme pasteurs et docteurs. Les Apôtres étaient des hommes qui avaient été établis par le Seigneur lui-même, directement et sans intermédiaire humain (sans en excepter saint Paul, Gai. I, 1), et revêtus des grâces les plus rares du Saint-Esprit, pour fonder TÉglise sur la terre. L'office des prophètes est expliqué dans i Cor. XIV ; il avait beaucoup d'analogie avec celui des prophètes de l'Ancien Testament. La prédiction de l'avenir (Actes XI, 27; XXI, 10, etc.), que l'on considère quelquefois comme faisant à elle seule tout le ministère des prophètes, parce qu'elle lui a donné son nom, n'en était pourtant pas l'objet exclusif, ni même l'objet essentiel. Les prophètes, tant de l'Ancien Testament que du Nouveau, étaient avant tout appelés à prêcher la Parole de Dieu (1 Cor. XIV, 3) ; mais ils la prêchaient avec des dons surnaturels, et en obéissant à une impulsion particulière du Saint-Esprit. Les Apôtres eux-mêmes étaient prophètes (Éphés. II, 20; III, 5), ainsi qu'évangélistes, bien que les prophètes et les évangélistes ne fussent pas apôtres. Les évangélistes^ dont l'office est moins nettement déterminé dans le Nouveau Testament, paraissent avoir été des prédicateurs de l'Évangile, qui pouvaient à la vérité être attachés à un poste fixe, comme paraît
CH. IV, 7-16. L'Ui\lTÉ FRATERNELLE. 253
l'avoir été Timothée (2 Tim. IV, 5), mais qui, le plus souvent, allaient de lieu en lieu annoncer le salut à ceux qui ne le connaissaient pas encore (Actes XXI, 8, rapproché de Actes Vill, 4, 5, 26 et suivants; XIV, 7, etc.). Théodoret les définit en ces termes : c Us allaient préchant de lieu en lieu. :» Enfin les mots pasteurs et docteurs sont vraisemblablement, d'après le tour de la phrase tant dans l'original que dans la traduction, deux noms différents d'une même charge, qui correspondrait assez exactement à notre charge de pasteurs. En tant qu'appelés à gouverner l'Église, ils sont bergers (c'est la traduction littérale du mot que nous rendons par pasteurs), ou conducteurs àix troupeau (Héb. XIIL 17 ; 1 Pierre V, 2 etc.); en tant qu'appelés à prêcher la Parole, ils sont docteurs. Cette distinction répond probablement à celle qui est faite dans 1 Cor. XII, 28, 29, entre les docteurs et les gouvernements.
Parmi les quatre ministères que nous venons de nommer, il y a une différence essentielle à faire : les uns ont un caractère extraordinaire et transitoire, les autres un caractère ordinaire et permanent. Il faut ranger dans la première classe les apôtres et les prophètes. Quantaux premiers, en particulier, cela est évident par la nature même de leurs fonctions et de leur institution. Leur ministère a cessé; mais leur œuvre se continue dans l'Éghse et dans le monde par leurs écrits, où le témoignage de leur apostolat a été déposé