GH. V^ 21-33. LA VI£ DOMESTIQUE
Nous n'avons donc pas hésité à ranger le v. 21 à côté du V. 22, ainsi que l'ont fait Knapp, Olshausen, Gerlach, etc. On peut expliquer alors le participe de deux manières : par ce qui suit, ou par ce qui précède. Dans le premier cas, on ne mettra qu'une virgule après Christ et on fera du y* 21 une proposition incidente : vous soumettant les uns aux autres dans la crainte de Christ^ soumettez-vous y vous femmes^ à vos maris^ etc.; et puis, si le développement n'était suspendu : et vouSy enfants^ à vos parents; et vous^ serviteurs, à vos maîtres (Knapp). Dans le second, on supposera que l'Apôtre a été déterminé et comme entraîné à l'emploi du participe par tout le mouvement du développement précédent, où le participe domine^ non-seulement dans les v. 19 et 20, mais déjà à partir du V. 16 [achetant, comprenant). Ce genre de construction, favorable à la rapidité et à l'enchaînement des pensées, devait plaire à l'esprit de saint Paul, assez impatient de la gène grammaticale; et c'est l'un des caractères de son style. Ainsi, dans le douzième chapitre de l'épître aux Romains, depuis le V. 9 jusqu'à la fin, des participes ou des adjectifs^ correspondent dans l'original à la plupart des impératifs de la traduction. Au reste, cette façon de parler n'est pas particulière à notre Apôtre. On la trouve employée ailleurs dans le Nouveau Testament^ pour marquer la dépendance mutuelle des diverses parties d'un même développement, alors même que
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€hacune d'elles est trop étendue pour rien permettre de semblable dans notre langue. Ainsi, saint Pierre, dans sa première épitre, se sert de l'impératif, au ehap. Il, V. 13. € Soyez soumis à tout ordre humain ;> mais lorsqu'il fait ensuite l'application de ce précepte aux diverses relations sociales, il ne se sert que du participe (H, 18) : c Serviteurs, étant soumis {gvec) en «€ toute crainte à vos maîtres ; > (III, 1) : cPareille- •€ ment, femmes, étant soumises k vos propres maris; » et (in, 8) : c Enfin, tous unanimes, compatissants, c fraternels, miséricordieux, humbles, ne rendaM pas s mal pour mal, etc. >
Aussi bien, le sujet que l'Apôtre commence avec le v. 21, bien que distinct de celui quMl vient de traiter, n'y est pourtant pas entièrement étranger. Les obligations de la vie domestique ne sont qu'une branche de cette vie nouvelle à laquelle sont appelés ceux qui ont passé des ténèbres du paganisme à la lumière de l'Évangile (IV, 23, 24); et les devoirs du mariage chrétien, en particulier, se trouvent bien à leur place après les convoitises charnelles que l'Apôtre vient de reprocher aux païens (V, 3-20). Mais il y a cette différence entre les exhortations contenues dans IV, 17 — V, 20, et celles que nous allons trouver dans V, 21 — VI, 9, que celles-là ontsurtout le caractère n^jart/", etcelles*ci le caractère positif; je veux dire que les premières signalent des péchés qui avaient ^ours parmi les païens, et que les chrétiens devaient
t!?. V^ 21-33. LA YI£ DOMESTIQUE. 363
éviter, tandis que les secondes recommandent les vertus nouvelles que l'Évangile a introduites dans le monde. On peut ajouter que les unes se rapportent à des obligations communes à tous les fidèles, et les autres à des obligations qui dépendent de certaines relations particulières. Mais la différence principale nous paraît être celle que nous avons indiquée en premier lieu.
On comprend, d'après ce que nous venons de dire, que le paragraphe de notre épître où nous entrons pénètre encore plus avant que le précédent dans la morale évangélique, et qu'il a quelque chose de plus exclusivement chrétien et de plus inimitable pour quiconque est étranger à la foi. Nous parlons moins, «n nous exprimant de la sorte, des obligations extérieures de la vie domestique que de l'esprit dans lequel elles doivent être accomplies. Les païens ont quelquefois de bonnes maximes sur le mariage et l'éducation ; mais ce qui sépare à jamais la vie domestique chrétienne de toute autre, c'est l'esprit qui l'anime. Jésus-Christ y est le point de départ duquel tout procède, et le terme auquel tout aboutit. Nous allons voir successivement la relation de la femme et du mari, celle des enfants et des parents, celle des serviteurs et des maîtres, toutes dominées et réglées par la pensée de Christ. On peut dire que la vie domestique est le triomphe de la foi chrétienne. L'Apftr tre exprime cette pensée par les mots qui terminent
le V. 21 : dans la crainte de Christ. Le texte reçu, que nos versions ordinaires ont suivi, lit : Dieuy au lieu de Christ. Mais la leçon que nous avons adoptée, d'après Harless, Olshausen, Hahn, Knapp, etc., a pour elle le double témoignage des preuves externes et des preuves internes. C'est dans la crainte de Christ que doit être pratiquée la soumission que l'Apôtre recommande. La femme, l'enfant, le serviteur, doit se soumettre, en vue de Christ, comme le mari, le père, le maître doit exercer son autorité en vue de Christ. Par la crainte de Christ, il ne faut pas entendre une crainte légale et servile ; ni même, ce nous semble, la crainte du jugement de Christ; et 2 Cor. V, 10, H, cité comme parallèle par Harless, ne nous paraît pas se rapporter exactement ici; mais cette crainte de respect, que l'amour accompagne et tempère, et que la femme elle-même doit au mari (v. 33).
La soumission réciproque prescrite dans notre verset pourrait s'entendre, en soi, d'une soumission de tous à tous. Cette soumission universelle est recommandée par 1 Pierre V, 5, qui la distingue de la soumission particulière que quelques-uns doivent à quelques autres, et qui l'explique par l'humilité. Comme Jésus-Christ, tout chef de l'Église qu'il est, en a été aussi le serviteur (Jean XIII, 13, 14; Matth. XX, 28; Phil. II, 7), tout chrétien doit se considérer comme le serviteur de tous ses frères (Matth. XX, 26;
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2 Cor. IV, 5; 1 Pierre V, 5), et même de ceux que Dieu a soumis à son autorité. On peut dire même qu'il doit être plus spécialement le serviteur de ceuxlà, parce que c'est pour eux surtout qu'il est appelé . à se dévouer; le mari pour sa femme, le père pour ses enfants (2 Cor. XII, 14), etc. Cependant, ce point de vue général de la soumission réciproque des chrétiens n'est pas celui de saint Paul; ou du moins, s'il le rappelle en passant, ce que nous ne sommes pas éloignés de croire, ce n'est pas celui sur lequel il s'arrête. IL veut rendre ses lecteurs attentifs à l'ordre que Dieu a établi dans la famille, et par lequel il a soumis quelques-uns de ses membres à quelques autres. Ailleurs, il montre un ordre analogue établi dans l'État (Rom. XIII, 1, etc.) et dans l'Église (Hébr. Xni, 17); ici il s'en tient à la famille, qui, du reste, est la source, et l'école, de l'État et de l'Église. Partant de ridée de soumission^ et tenant avant tout à l'imprimer dans les esprits, il commence par les devoirs de la partie soumise (la femme, l'enfant, le serviteur), et met ensuite en regard ceux de la partie qui commande (le mari, le père, le maître). D'ailleurs le sentiment seul des convenances indique assez que, lorsqu'on adresse une exhortation à des inférieurs et à des supérieurs réunis, c'est aux premiers qu'on doit rappeler d'abord leurs devoirs. .
Femmes^ soyez soumises à vos propres maris. — Pourquoi l'Apôtre dit-il : c Soyez soumises à vos propres
k iftiariSy > tandis qu'en parlant aux maris il dit plus tas : a Aimez vos femmes > ? Il est vrai que Tadjectif 'propre se joint quelquefois au pronom possessif, sans rien ajouter à la pensée, dans le langage des derniers écrivains grecs, et dans celui du Nouveau Testament (Matth.XXII, 5). Mais cette explication ne nous salisfait pas ici, parce que TApôtre a dû avoir une intention en employant cet adjectif pour l'wne des parties sans l'employer pour l'autre. Cette différence peut d'autant moins être considérée comme purement accidentelle qu'elle se reproduit ailleurs (1 Cor. VII, 2, bien que l'ordre soit inverse du nôtre et le mari nommé le premier : « Que chacun ait sa femme, et a que chaque femme ait son propre mari; » Col. III, •18, selon le texte reçu; les éditions plus récentes suppriment le mot propres. 1 Pierre, III, 1, grec: étant soumises à vos propres maris, et Tite II, S. — Voyez encore 1 Cor. XIV, 35, grec : leurs propres maris). Les remarques de Harless et d'Olshausen ne nous paraissent pas résoudre la question, ni même l'éclaircir. Nous donnons le choix au lecteur entre ces deux réponses. On peut dire, d'abord, que l'Apôtre ajoute l'adjectif propre au mot mari, pour bien marquer que le mari seul, par opposition à tout autre homme, a droit à la soumission dont il parle ici, et qui va plus loin que la subordination générale d'un sexe à l'autre (1 Cor. XI, 7; i Tim. II, 12, on peut traduire également sur son mari, ou, comme l'a fait
Lausanne 1839, sur l'homme). La femme doit réserver sa soumission pour son mari. Ainsi l'explique Steiger, sur 1 Pierre III, 1. Mais le mari, répond Harless, est-il moins tenu de réserver son amour à sa femme, et saint Paul ne devrait-il pas alors, par une raison semblable, dire au v. 25 : « Maris, aimez vos propres « femmes ?» A cela Ton pourrait répliquer que TApôtre a pu insister davantage sur le premier point que sur le second, parce que le point de départ et l'objet premier de son développement est la soumission, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus. Mais la remarque de Steiger n'explique pas l'emploi du mot propre dans 1 Cor. VÎI, 2. Nous croyons donc devoir nous décider pour une autre réponse, que voici. Dans les idées de l'antiquité, la femme était la propriété du mari, mais le mari n'était pas la propriété de la femme. Cela est évident pour les pays où régniâit la polygamie; car l'homme qui avait plusieurs fenimes ne partageait avec aucun autre homme la possession de ses femmes, mais chacune d'elles partageait avec ses rivales la possession de son mari. Mais là même où la polygamie n'existait pas, chez les Grecs et les Romains par exemple (bien qu'il y ait toujours de la polygamie chez les païens, sous une forme ou sous une autre), l'homme était si libre et la femme l'était si peu que l'on pouvait dire encore ici que le mari possédait bien plus la femme que la femme ne possér dait le mari. L'Évangile seul â remis les choses en
leur place, et a établi, sur ce point, entre le mari et la femme, une parfaite égalité. Ils se jtossèdent l'un l'autre avec un même droit; et c'est par ce principe, inconciliable avec la polygamie aussi bien qu'avec l'asservissement de la femme, que l'Évangile assurait, sans beaucoup de paroles et sans heurter de front les mœurs anciennes, la monogamie et l'émancipation de la femme, t La femme n'est pas maîtresse de son € propre corps, mais le mari, » le païen accordait cela sans peine ; mais la contre-partie de cette vérité était nouvelle pour lui : « pareillement aussi, le mari n'est « pas maître de son propre corps, mais la femme » (1 Cor. VII, 4). Il nous paraît que c'est ce point de vue nouveau, si consolant pour la femme chrétienne, que l'Apôtre a voulu rappeler par le mot propre; et qu'il le rappelle, pour disposer la femme, par le souvenir de l'heureux changement que le Seigneur a accompli en sa faveur, à rendre la soumission qu'il réclame d'elle à l'égard de son mari. Il place l'égalité nouvelle à côté de la soumission, non moins nouvelle par l'esprit qui la règle. Quant à 1 Cor. XIV, 35, c'est autre chose; là, les maris sont appelés propres maris [mari et homme ne sont qu'un mot en grecr, comme femme dans notre langue), par opposition aux autres hommes qu'elle pourrait interroger dans l'Église, s'il ne lui était interdit d'y parler.
Comme au Seigneur. Ces mots marquent à la fois le principe, l'étendue et le caractère de la soumission
requise de la femme chrétienne. Avant tout, le principe : elle doit être soumise à son mari, parce qu'elle voit en lui un représentant de Christ à son égard; c'est là la pensée dominante de TÀpôtre; en se soumettant à son mari, la femme obéit à Christ; en s'affranchissant de Pautorité du mari, c'est l'autorité de Christ qu'elle secouerait. L'étendue : elle doit lui être soumise « en toutes choses, » sauf la seule restriction indiquée (Actes V, 29) pour les cas de conflit entre un commandement de Dieu, et le commandement d'un homme, quel qu'il soit; restriction que l'Apôtre a pu d'autant mieux sous-entendre qu'elle est implicitement renfermée dans l'expression comme au Seigneur, et qu'il décrit d'ailleurs ici, pour des époux chrétiens, l'idéal du mariage chrétien. Enfin, le caractère : elle doit lui être soumise, dans un esprit de liberté, avec amour et avec joie (Col. III, 18 : c comme € il est séant dans le Seigneur. ») Il est remarquable que l'Apôtre résume toutes les obligations de la femme dans la soumission ; comme il résume toutes celles du mari dans l'amour. La soumission est seule mentionnée ici, comme étant le point capital, etpeut^ être le plus difficile. Mais il y a de l'amour dans cette soumission, comme il y a aussi, dans le sens expli^ que plus haut, de la soumission dans l'amour du mari.
Parce que le mari est la tête de la femme, comme aussi Chrisl est la têie de VÉglise. Ceci justifie les derniers
•70 LA TU SOUSTIVI». Oïl* T^ 31-^.
mots du tersdt précédcot^ et c'est ici proprement le centre et l'appui de toute l'exhortation de TApôtre. Le reste n'en est que le développement (Vé 24, 25, 28» etc.). Pour porter la femme à la soumission et le mari à l'atnour^ saint Paul n'eitiploie aucun argument^ bien que la nature « à défaut de la l'évélation, lui en eussent fourni en aboAdance ; il se bolme à ua simple rapprochement. Mais ce rapprochement ep dit plus à une âme chrétienne que tous les ai^umente du monde ( et chacun fait en lisant cet article la réflexios d'un pieux commentateur» Bugenhagen : < Meltdz ea^ semble tous les raisonnements des Orateurs; vous periyuaderez moins bien aux époux la tendresse qu'ils se doivent l'un à l'autre que ne fait ici saint Paul. > Dans les plans de Dieu, et dans celte harmonie qu'il a établie entre le monde invisible et le monde visible, il y a, dit l'Apitre» une secrète correspondance enfrc l'union de Christ avec TÊglise et celle du mari avec sa femme. Il commence par affirmer cette corteepon*dance; et il en presse ensuite les détails, autant que le permet» d'une part, la diversité des deux unions comparées^ de l'autre^ la délicatesse du sujet.. Il k présente d'ailleurs sous un double point de vue, suivant qu'il va du monde invisible au visible, ou da monde visible à l'invisible. Ici, et dans les v. 24, 2S, 28, il va du monde invisible au visible, et partant de i'uoioû de Christ avec l'Église^ il la préseole coiïinie le modèle de Tunion conjugale, et des caractèras df
Cft. V, il -33. LA VIE bOMfesttQUB. 371
lâprertiiè^e il conclut aux obligâtiôtis de la seconde. Aux V. 30 et 31, il suit un chemin inverse : il va du monde visible à l'invisible, et partant de Tunion conjugale, il la présente comme le type de l'union de Christ avec TÉglise, et conclut de la nature de cellelà à la mystérieuse intimité de celle-ci. Mais, soit qu'il relève Tunion conjugale par l'union dé Christ avec TÉglise, ou qu'il éclaircisse l'union de Christ avec l'Église par l'union conjugale, c'est toujours le même rapport qu'il fiiit ressortir par des côtés divers. Le monde peut Sourire de cette doctrine, ou même s'en scandaliser; le chrétien la contemple avec admiration et dans cette vue du mariage, jetée pour la première fois an milieu de la souillure universelle de l'époque, îl reconnaît une hardiesse divine et une «ainteté divine. Ce sont là de ces vérités qui, indépendamment même de l'inspiration des Écritures, se justifient par leur élévatioik même au-dessus de toutes les conceptions des hommes. Ce rapprochement sublime renouvelle, ipso factOy l'aspect du mariage, et lui prête une grandeur, une sainteté et aussi une félicité, qu'on n'eût jamais soupçonnées autrement. Au reste, cette doctrine est répandue ailleurs dans tes nombreux passages où la relation qui unit le Seigneur à son peuple est dépeinte sous l'emblème d*un ïnafiage, tant dans l'Ancien Testament (voyez par eièmple, Ps. XLV; Es. LÏV, 5; Éz., XVI, 1, etc.; OiSée II, 16 etc.î et le Cantique des cantiques)^
372 LA VIE DOMESTiOUE. GH. V^ 24-33.
que dans le Nouveau (Matth. IX, 15; Marc II, 19; Luc V, 34; Jean ffl, 29; 2 Cor- XI, 2; Apoc. XXH, 17). Mais elle n*est nulle part développée comme elle Test ici. Chaque grand enseignement de la révélation a son passage central; et c'est ici le passage central de la doctrine du mariage.
Le mari est la tête de la femme. La subordination de la femme au mari est enseignée par la nature^ et a été reconnue des païens (voir Steiger sur 1 Pierre III, 1). Elle a été déclarée ailleurs par la Parole de Dieu (1 Cor- XIV, 34), notamment dans son rapport avec l'histoire de la création et avec celle de la chute (1 Cor. XI, 7-9; 1 Tim. II, 11-14; Gen. HI, 16). Elle l'a été même dans un certain rapport mystérieux avec la personne de Christ (1 Cor. XI, 3). Mais ici, elle est présentée sous un point de vue différent, ce qui tient à l'œuvre de la rédemption (voyez 1 Pierre III, 7). Le mari (et non pas rhomme^ comme dans 1 Cor. XI, 3), est pour la femme quelque chose de semblable à ce que Christ est pour l'Église.
Et il est /ut-m^me le Sauveur du corps. Plusieurs lisent : lui-même Sauveur du corps ; il faut sous-entendre alors étant avant lui-même, à moins que l'on ne traduise, comme paraît le faire Olshausen : « Comme € Christ aussi, la tête de l'Église, est lui-même le Sau- « veur du corps. » La leçon nouvelle, quoique adoptée par Harless^ Olshausen, Hahn, etc., ne nous a pas paru assez sûrement établie pour abandonner le texte