‹ Explication de l'epitre de Saint Paul aux EphésiensChapitre 63 sur 64 · LA FORCE DANS LE SEIGNEUR. CH. VT · texte numérisé non relu

LA FORCE DANS LE SEIGNEUR. CH. VT

vaise ou bonne conscience, etc. Dam rE$prii, ou par l'Esprit : voilà la vie de la prière ; elle est mue par TEsprit de Dieu; lui-même « prie, selon Dieu, pour € les saints. » (Rom. VIII, 26; Gai. IV, 6; et surtout Rom. Vin, 15, où nous trouvons une locution toute semblable à celle de notre texte : « L'Esprit d'adop- « tion, dans lequel (ou par lequel) nous crions Abba, < Père I ») D'autres traduisent : t En esprit, > et l'entendont de l'esprit de Phomme, comme si l'Apôtre eût dit : Priant du cœur. Mais cette traduction a contre elle la pensée, qui en est affaiblie; le contexte, où il a été parlé de l'Esprit de Dieu (v. 17); et la terminologie même de notre Apôtre. Aussi Harless et Olshausen s'accordent-ils pour la repousser ; nous sommes surpris de la voir adoptée par la version de Lausanne 1839.

Veillant à cela en taule persévérance et suppliccUian pour tom les saints. — Veillant à cela : voilà la vigilance mise au service de la prière ; il faut tenir les yeux de l'âme ouverts, tout exprès pour prier. Col. IV, 2 : € Persévérez dans la prière, veillant en elle; > 1 Pierre IV, 7 : € Soyez sobres, veillez pour les € prières. » — Enfin, en toute persévérance : voilà la persévérance dans la prière, tant de fois recommandée (Luc XVin, i, etc.). De la prière pour soimême, l'Apôtre passe à la prière pour autrui, insensiblement et sans user de la transition dont il se sert dans Col. IV, 3 : t Priant en même temps pour

GH. VI^ iO-âO. U. FORGB DANS L£ SBIGNSUR. 41^1

« nouSy » etc. Ce passage a quelque chose de siagulieY, il faut Vâvouer ; iftais il nous semble s'expliquer par Tamour fraternel qui confond en quelque sorte les prières que nous faisons pour nous-mêmes et celles que nous offrons pour nos frères. En tout cas, ce qui peut rester de difficulté dans cette explication n'égale pas, selon nous, celle où Harless et Olshausen s'embarrassent en voulant échapper à celle-ci. Ils pensent qu'il est question de la prière pour autrui dès le commencement de ce membre de phrase, et que les mots, < veillant à cela, > etc., signifient : veillant à ce que tous les saints parviennent à prier de la manière décrite dans la première moitié du verset, et dans ce dessein usant de toute persévérance et supplication pour leur obtenir cette grâce. Nous ne saurions admettre cette explication. D'abord, elle s'écarte de Col. IV, 3, avec lequel notre explication s'accorde exactement. Puis, elle n'est pasnaturelle ; priant pour que tous les saints apprennent à prier, c'est une construction un peu enchevêtrée, et que les mots « veillant à cela » sont loin d'indiquer clairement. De plus, il serait étrange que l'Apôtre eût restreint ainsi l'objet de nos prières pour nos frères; nous devons demander pour eux la faculté de bien prier, sans doute; mais nous devons demander pour eux bien d'autres choses encore. Enfin, si ce n'était que la faculté de prier que l'Apôtre exhorte ici les Éphésiens à demander pour les frères, on

453 LA FORGB DANS LE SBIGNEUR. GH.VI^ iO-20.

devait s'attendre, d'après le coinmencei|^ent du v. i 9, (jui se lie étroitement au v. 18, que c'eàit la même faculté qu'ils seraient exhortés à demander pour lui; mais c'en est une autre, celle de parler librement. Il est intéressant de remarque^ une nuance délicate qui distingue, dans l'original, deux prépositions, dont l'une est placée devant tous les saints et l'autre devant mot. La première signifie proprement au sujet de, la seconde en faveur de (allemand, um et fur.) L'Apôtre suppose que les Éphésiens mettront un intérêt tout spécial à prier pour lui. Lausanne 1839' a maintenu cette nuance en traduisant : < Au sujet de tous les c saints, et pour moi aussi. » Mais au st^et de est traînant et faible; nous avons mieux aimé sacrifier une nuance intéressante que de la sauver à ce prix.

Afin que la parole me soit donnée^ ma bouche étant ouverte j pour faire conncAtre en liberté le mystère de l'Évangile. C'est-à-dire, afin qu'il me soit donné ce que je dois dire, selon la promesse du Seigneur, Matth- X, 19, 20; Marc XIII, 11 ; Luc XXI, 15. La traduction de nos versions reçues, et de Lausanne 1839, € qu'il me soit donné de parler, » présente une idée légèrement différente. Autre chose est de donner à un homme de parler, autre chose de lui donner ce qu'il doit dire. Ma bouche étant ouverte. Ceci peut s'entendre de deux manières, selon que l'Apôtre ouvre la bouche lui-même, ou que c'est un autre qui la lui ouvre. La plupart des commentateurs Tenten-

CH. VI, iO-20. XA FORCE DANS LE SEIGNETIR. 453

dent de la première manière (comme dans Matth. XIII, 35, etc.), tout en se subdivisant pour le sens qu'il y faut attacher. Selon les uns, « quand j'ouvre la bouche, > c'est-à-dire chaque fois que je me dispose à parler (Fritsch) ; selon d'autres, « quand l'occasion m'en est fournie, » d'après une locution proverbiale (Grotius) ; selon d'autres encore, « en parlant à bouche ouverte, » c'est-à-dire librement (Lausanne 1839, et nos versions reçues). La première de ces explications est un froid pléonasme ; la seconde n'est pas suffisamment justifiée; la troisième pourrait mieux se défendre (2 Cor. VI, H), mais les mots ma bouche étant ouverte auraient alors le même sens que les mots qui suivent, en liberté, ce qui est peu vraisemblable. Il nous paraît bien préférable, ainsi qu'à Olshausen et Harless, d'entendre les mots ma bouche étant ouverte de l'autre manière. Les Éphésiens doivent prier Dieu d'ouvrir la bouche à saint Paul pour faire connaître le mystère de l'Évangile. Ce sens est justifié parles parallèles Ps* Ll, 17; Éz. XXIX, 21; et surtout par Col. IV, 3 : « Priez pour nous afin que Dieu « nous ouvre la porte de la parole, pour annoncer € le mystère de Christ. »

Pour faire connaître eh liberté le mystère de V Évangile. Pour le mot liberté^ voyez la note sur III, 12; pour le mot mystère, la note sur III, 3. Il s'agit, non de liberté extérieure, mais de liberté intérieure. Ce que l'Apôtre veut qu'on demande à Dieu pour lui.

454 LA FORGE DANS L£ SEIGNEUR. GH. VI^ iO-20.

ce n'est pas la fin de sa captivité, mais € T esprit c d'affranchissement » (Ps. LI, 14) nécessaire pour annoncer hardiment TÉvangile; et cette disposition, il la souhaite, non pour sa propre satisfaction, mais pour le succès de sa mission. Il est à remarquer que saint Paul ne demande le secours des prières de ses frères que pour Tefificacité de son ministère, non pour le développement de sa piété individuelle. Il en est de même dans tous les endroits où il demande qu'on prie pour lui, Rom. XV, 30; Col. IV, 3; Phil. I, 19; 2 Thess. ffl, 1 ^ Cette observation est d'Olshausen, qui ajoute : « La piété individuelle des apôtres, était suffisamment garantie par l'action spéciale du Saint-Esprit dans leurs coeurs. » J'hésite à accepter cette réflexion; voyez Rom. I, 12,

Pour lequel {pour l'Évangile) je suis ambassadeur dans les chaînes (2 Tim. 1, 16). < Les ambassadeurs du monde sont dans la gloire ; ceux de Christ sont dans les fers » (Bengel). Cette situation de l'Apôtre contraste avec sa liberté intérieure, en même temps qu'elle doit exciter les chrétiens à prier pour son ministère.

Afin que je parle librement en luiy comme il faut que je parle, c En lui, » c'est-à-dire dans l'Évangile. L'Évangile est l'élément dans lequel s'exerce la li-

1 Cette observation confirme Texplication que noas avons donnée de £ph. lil, 13.

CH. VI^ iO-20. LA FORGE DANS LE SElGNEUfi. 455

berté de TApôtre, le principe dont elle émane. Ailleurs, ce principe c'est Dieu, 1 Thess. H, 2 : « Nous < avons parlé librement (ou nous nous sommes enhar- € dis) en notre Dieu pour vous annoncer l'Évangile € de Dieu » (traduction littérale). Cette nuance est perdue dans la traduction de Lausanne 1839 : « afin « que j'en parle. » Autre chose est de parler librement de l'Évangile, autre chose de parler librement dans l'Evangile. Sans cette distinction, les mots ci-dessus seraient une simple répétition de la fin du verset précédent ; et c'est ainsi que les a pris Martin, qui a cru devoir y ajouter le mot dis-je : « Afin, dis-je, que je parle librement, etc. » C'est l'expression m lui qui sert à caractériser la reprise de la pensée de l'Apôtre, et à empêcher le pléonasme. Au reste, Va/inque du v. 20 dépend de Yafin que du V i 19, auquel il est, pour parler avec Harless, t moins coordonné que subordonné. » Demandez pour moi, dit l'Apôtre, la liberté d'esprit nécessaire pour annoncer hardiment l'Evangile, jusque dans ma captivité, afin que je parle librement, dans l'Évangile, comme il convient à un apôtre de parler.

Page 1