‹ Explication des articles d'Issy. Publiée pour la première fois avec une introd., des notes et des appendicesChapitre 15 sur 23 · PROPOSITIONS SUR LESTAT PASSIF I 4 Q · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS SUR LESTAT PASSIF I 4 Q

aussy convoitte contre la chair, le combat est riecessaire et nmesme violent dans Testât passif comme dans l'actif. Le passif ne diminue rien de la résistance douloureuse ferme et efficace, quoy qu'il la rende désintéressée et paisible, au contraire il la perfectionne en luy estant l effort inquiet et empressé. L'attrait du pur amour qui prévient et qui incline lame ne lui épargne donc pas le combat au contraire c'est ce qui la fait combattre jusqu'à la mort totale non seulement de ses passions charnelles mais encore de ses désirs les plus spirituels ou il reste quelque interest propre, j'avoue que je ne puis m'accommoder icy du terme de /«ci7it7e il me paroist trop dangereux. Je sçay bien qu'une ame dans lestât passif peut éprouver souvent que Dieu ne laisse en elle qu'une pente douce pour les choses du pur amour qu'il luy demande ; mais l'ame passive peut estre souvent [p. i53] dans un estât contraire, et c'est ouvrir la porte a d étranges illusions que de supposer un estât d'oraison très fréquente ou lame n'est plus responsable de ce qui se passe dans son oraison, parce qu'elle est purement infuse et ou elle fait avec facilité tout ce que Dieu exige d'elle. J'admettrois donc le terme d'inclination et j'osterois celuy de facihté.

Septième Proposition.

L'ame qui seroit perpétuellement passive c'est a dire perpétuellement prévenue dinspirations efficaces et particulières pour tous les actes de pieté, seroit en mesme temps confirmée en grâce et en estât de ne pécher plus mesme veniellement.

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J'avoue que je ne puis admettre cette septième proposition en aucune de ses parties'. Il ne me paroist pas vrai qu'une ame perpétuellement prévenue d'inspirations fust incapable de pécher mesme veniellement. Les prophètes dans le moment ou ils estoient inspirez n estoient ils pas libres de résister a 1 inspiration actuelle [p. i ôf\] et n'y ont ils pas résisté quelquefois? si on suppose que les inspirations de l'oraison passive sont toujours efficaces je demande ou l'on a pris cette doctrine et sur quel fondement on l'avance. Les spirituels peuvent bien dire quelquefois que l'attrait du pur amour a quelque chose de plus efficace que l'attrait des âmes communes, mais ce plus qui est un terme de comparaison n'exprime rien d'absolu, et n'a aucun rapport avec l'affirmation d'une grâce toujours efficace par elle mesme. pourquoy donc expliquer le terme de passif par une prévention et par une inspiration efficace, c est donner une idée très odieuse de lestât d'oraison passive, après avoir justifié cette oraison avec tant d'autorité. Y a t il rien de plus dangereux que de supposer un estât d'oraison qui revient assez fréquemment et pendant laquelle les âmes sont actuellement prévenues d'inspirations efficaces en sorte qu'elles ne peuvent alors pécher même veniellement.»^ Je sçay bien que celuy qui parle ainsy le fait avec zèle pour nous faire mieux sentir la nécessité de borner l'oraison passive et de luy donner donner des intervalles, mais

I. Cf. Maximes des Saints, art. XXXVII vrai : « Les âmes les plus transformées ont toujours le libre arbitre povir pouvoir pécher... » (éd. critique, p. 283). Et Fénelon a repris pour la condamner la formule de Bossuct dans son art. XXXVIÎ faux : « Les âmes transformées ne sont plus libres pour pécher... » (Ibid., p. a84).

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enfin n'est-il pas dangereux d'admettre pour certains temps entrecoupez un estât d'impeccabilité que l'on rejette pour le cours ordinaire de la vie. Il est vrai qu'une ame qui seroit perpétuellement passive ne se tromperoit ny ne pe^heroit jamais mesme veniellement, alors elle seroit impeccable de fait et non de droit, mais ce ne seroit pas une chose estonnante on en pourroit dire tout autant d'une ame qui seroit perpétuellement active dans la voie la plus commune pourveu qu'elle cooperast sans cesse a la grâce de son estai et suivant sa manière [p. i55^ active elle seroit de fait comme l'autre et infaillible et impeccable. Il n'y auroit de différence entre elles qu'en ce que l'une seroit toujours fidelle a lattrait de l'amour empressé et intéressé, au lieu que l'autre seroit toujours fidèle a l'amour desinteresé et sans empressement, mais l'une et l'autre demeureroient toujours libres de résister a la grâce et de pescher mortellement, ainsy on ne pèche jamais tandis qu'on est actif ou passif, c'est a dire que l'on coopère a la grâce d'une manière tranquille ou empressée suivant son attrait. Mais toute ame ou active ou passive est a chaque moment libre de cesser de coopérer et par conséquent de pécher en résistant a Dieu : par la mesme raison l'ame n'est pas moins libre d'errer et de prendre son imagination et son goust pour l'attrait de la grâce. La question de la liberté par rapport a la grâce efficace ne tombe donc pas plus sur la coopération passive que sur l'active. L'ame en quelque degré qu'elle soit peut toujours résister véritablement a toute grâce intérieure. L'attrait prévenant du pur amour dans Testât qu'on nomme passifnon plus que l'attrait prévenant de l'amour intéressé dans Testât qu'on nomme

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actif n'est point un enthousiasme qui enlève l'iiomnie a sa liberté', c'est seulement une grâce spéciale qui invite qui incline qui attire lame a aimer Dieu. La grâce passive porte a l'aimer lanlost par les actes simples, uniformes et indistincts de la pure contemplation, tantost par les actes distincts des vertus convenables en chaque occasion, mais les âmes qu'on nomme passives sont toujours par le pur amour aussy exemptes d'inquiétude et d'empressement dans les actes distincts que dans les indistincts; [p. i56J que si elles usent de leur liberté ou pour ne coopérer point a la grâce ou pour y coopérer avec empressement d'une manière intéressée, il arrive ou qu'elles déméritent ou du moins qu'elles ne méritent pas autant qu'elles doivent mériter.

Recapitulation .

Il resuite de toutes les choses que nous venons de dire un grand nombre de veritez. Voicy les principales i" touts les actes essentiels au christianisme doivent estre formez distinctement en tout estât par les âmes les plus eminentes ; mais les âmes attirées au pur amour ne sont obligées de les faire que d'une manière entièrement désintéressée c'est a dire indifférente tant pour la peine et pour la recompense que pour la perfection entant que propre ; elles ne regardent que la seule gloire de Dieu et l'accomplissement de sa volonté sur elles comme sur autruy ; l'unique différence est que chacun est responsable de sa propre volonté au lieu qu'il ne

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