‹ Explication des articles d'Issy. Publiée pour la première fois avec une introd., des notes et des appendicesChapitre 18 sur 23 · Cf. Premières explications, § III · texte numérisé non relu

Cf. Premières explications, § III

Le manuscrit autographe du fragment suivant appartient au même fonds que V Explication ; il se trouvait au nombre des essais ou ébauches composées hâtivemont par Fénelon avant la rédaction des Articles d'Issy, pour renseigner ou convaincre Bossuet. 11 m'a paru intéressant de le publier ici, comme échantillon de ce genre d'essais.

Sur l'Oraison d'affection et sur celle de simplicité.

Je ne crois pas que les personnes bien éclairées fassent de difficulté sur l'Oraison d'affection à laquelle il me semble qu'on doit porter de bonne heure les âmes converties. Cette oraison ne doit ni retarder ni diminuer l'attention à s'instruire des mystères et de la pratique des vertus chrétiennes. Mais en méditant et en travaillant, il est bon de nourrir son cœur des sentiments d amour. Faute de cet amour simple et familier la méditation est seiche et pénible, elle rebute les commençants. Ainsi je ne craindrois pas d'inciter tous les chrétiens de bonne volonté à cette oraison qui est plus de l'affection du cœur que de la contention de l'esprit, et qui est un commencement de simplicité. 11 me semble que jusque-là, je marche avec les plus grands docteurs qui traitent la matière sans prévention.

Je crois de plus qu'il y a une oraison simple de pure présence de Dieu, où lame n'est occupée que de lui. Elle sent un attrait intérieur qui l'y porte, et qui la détourne des méditations particulières. Elle ne fait plus ni raisonnements, ni affections distinctes, mais elle est avec Dieu et elle laime puisqu'elle est occupée de lui quoique d'une occupation paisible et confuse; cette occupation est une connoissance ; puisqu'elle l'aime, l'amour est donc dans sa volonté. Voilà donc des actes très véritables et d'autant plus purs qu'ils sont plus directs, moins sensibles, moins réfléchis, moins excités, plus tranquilles et plus continuels. Si l'ame est fidelle à cet attrait de grâce, cette sorte d'oraison va toujours se simplifiant de plus en plus, elle devient plus intime, plus profonde, plus familière, moins excitée, moins appercuë, plus naturelle, si on ose ainsi parler. On ne la sent plus être quelque chose de différent de soi à quoi l'on se porte avec effort. C'est quelque chose de naturalisé en nous qu'on n'observe presque plus que la respiration qui ne laisse pourtant pas d'être réelle et sans interruption. Voilà le cas oîi la mère de Chantai disoitdez ses premières années, environ lan i6o4,à S. Fr. de Sales qu'elle se sentoit reprise si elle vouloit s'unir, parcequ'il falloit sans acte demeurer unie.

Cet état est très actif en lui-même parcequ'il est plein d'un amour très vif, très pur, très libre et très volontaire. Mais l'ame ne voit point son action à cause de son extrême simplicité, continuité et rectitude pourne réfléchir point par lui-même.

Non-seulement cet amour est très actif, mais encore il renferme des actes distincts et excitez, il est vrai qu'ils sont beaucoup moins distincts et moins excitez que ceux de l'état précédent et c'est ce qui persuade à l'ame qu'elle ne fait plus d'actes. Mais les états suivants où elle sera toute éperdue, quand ce reste d'actes achèvera de lui échapper, fera bien voir qu'elle est encore ici dans des actes qui ont encore quelque mouvement excité, et quelques intervalles presque imperceptibles de 1 un à l'autre. 11 est certain que l'activité distincte et réfléchie de l'ame n'achève de se perdre, que quand l'ame est entièrement passive, morte à elle-même, passée, et transformée en Dieu, comme parlent les mystiques.

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