‹ Explication des articles d'Issy. Publiée pour la première fois avec une introd., des notes et des appendicesChapitre 6 sur 23 · III. — Intérêt de L'Explication · texte numérisé non relu

III. — Intérêt de L'Explication

La précision, la force, une énergie souvent très dure, caractérisent en effet le ton des Maximes des Saints ; dans ï Explication, Fénelon ne se croit pas encore obligé à (( se déclarer » ; il veut seulement montrer, faire admettre, que sa doctrine est conforme aux Articles d'Issy. Il commente, il ne définit pas. Sans doute, lorsque le sens des Articles est bien d'accord avec son sentiment propre, il se laisse emporter jusqu'à l'anatlième (p. [i6J-[i7]) contre l'opinion adverse, qu'il traite alors d' a impiété horrible », (( détestable », (( pleine d'ignorance », de « chimère extravagante », de « fanatisme sans remède » (p. [i], [loo], [i i], [12], [/45], [38]). Mais plus généralement son ton, dans la discussion, est calme, conciliant, insinuant. Il admet la formule de tous les articles — sauf du neuvième — quitte à l'expliquer à sa manière. Et voici comment, à peu près invariablement, l'explication procède : d'abord Fénelon proteste de son adhésion à l'article considéré ; il affirme la vérité de l'article, il en montre l'évidence ; puis, à l'aide d'un « il est vrai que », d'un « sans doute », d'un « mais », il soulève une exception, un cas particulier justement applicable aux Mystiques d'un certain degré. Ce cas n'est d'ailleurs, ajoute-t-il, une exception qu'en apparence à la règle formulée par l'article : au fond, il rentre dans la règle, pour peu qu'on l'examine sans prévention « scolastique ». Ainsi donc ne pressons pas les « bonnes âmes » de « faire les actes distincts » prescrits par l'article II, quand « elles se

CHEREL. EXPLIC. DES ART. d'iSSY. 6

trouveront dans une espèce d'impuissance de faire les actes précis qu'on leur demande » (p. [7]-[8]). Il faut des actes distincts, assurément ; mais « il n'est pas nécessaire que les actes soient toujours aperçus de la personne qui les fait. . . 11 suffit que ces actes soient certainement aperçus par le directeur... » (p. [9]). L'article XVI recommande les réflexions sur soi-même, et déclare erronée la doctrine qui en éloigne les tldèles. Assurément « la réflexion sur les opérations de Dieu en nous et sur notre coopération libre à sa grâce n'a rien en elle-même d imparfait. Il est vrai qu'elle est souvent dangereuse dans la pratique » pour certaines âmes (p. [60]). L'article XX déclare qu'il n'y a point de tradition secrète. « Admettre des traditions secrètes sur les dogmes », proteste aussitôt Fénelon, « ce serait... détruire l'unité de la foi ». — « Il est vrai seulement que les parfaits entendent plus parfaitement et plus profondément les mêmes vérités qui sont annoncées à tous... » — a Je conclus qu'il faut... n'annoncer la parfaite sagesse qu'entre les parfaits. » — « Celte économie secrète loin de favoriser l'illusion servirait beaucoup à en préserver les âmes » (p. [78], [74], [76]). L'article XVIII prescrit l'usage des mortifications : c'est justice, dit Fénelon ; mais nous devons combattre en nous-mêmes « une double concupiscence » , celle de la chair et celle de lesprit ; celle-ci est plus grave que celle-là ; les mystiques la nomment a propriété », et la combattent par l'exercice du pur amour qui « opère la plus rigoureuse et la plus universelle de toutes les morts », et qui « va dans certaines âmes jusqu'à mortifier le goût trop vif et trop sensible de certaines vertus aperçues et jusqu'à réprimer le zèle trop

Page 1