‹ Explication des articles d'Issy. Publiée pour la première fois avec une introd., des notes et des appendicesChapitre 7 sur 23 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

âpre des mortifications mêmes ». Cet état n'en est pas moins « le comble de la mortification » (p. [6/iJ, [^5], [67], [68j). — Telle est, semble-t-il, la marche subtile et aisée à la fois de fingénieux commentateur. D'abord il s'abrite derrière les Articles à Issy ; mais il les pénètre, il s'y infiltre, il les transperce pour ainsi dire ; à la fin il s'en couvre encore, mais il est de lautre côté.

Sur les autres autorités dont il appuie ses sentiments, je n'insisterai pas. Il se sert ici des passages qu'il avait réunis, et, le plus souvent, — autant que j'en aie pu juger par les cahiers qui en sont conservés par M. Levesque — fait réunir, pour les présenter à Bossuet au cours des Conférences d'Issy. A-t-il lu luimême, dans le traité c/e V Amour de Dieu, les passages, qu'il cite, concernantla sainte indifférence et les suppositions impossibles.'^ On en peut douter; car, pour étendre en fait au salut la sainte indifférence, il s'autorise de la supposition impossible contenue dans la dernière phrase du ctiap. iv du livre IX, alors que la première phrase du chap. v, énumérant les diverses circonstances auxquelles l'indifférence peut s'appliquer, ne nomme aucunement le salut (Cf p. [3/jj, n.). De même c'est sans doute une lecture hâtive qui lui a fait voir dans S' Jean de la Croix la méditation traitée de « moven de boue » (cf p. [3i], n.) — Au fond, il semble bien que ces autorités n'aient guère été que des armes entre les mains de Fénelon. Il avouera lui-même, d'ailleurs, en 1698 (lettre du 3o octobre. Correspondance, t. IX, p. 579), qu'avant 1688 il (( n'avait rien lu des bons mystiques » ; or c'est en 1688 — comme l'a prouvé M. P. -M. Masson — qu'il connut Mme Guyon, et

accepta aussitôt son influence, sa direction spirituelle. C'est donc vraisemblablement Mme Guvon qui lui fit lire les a bons mystiques » ; ou du moins c'est à la lumière de ses conseils, de son esprit, qu'il approfondit ou parcourut ces auteurs jusqu'alors nouveaux pour lui.

■ Aussi lun des intérêts principaux de V Explication est-il fait des tendances guyoniennes qu'elle reflète. Sans doute le mysticisme de Fénelon a d'autres sources. Elève de S' Sulpice, il avait connu de bonne heure les accents de ferveur mystique qui remplissent les Lettres de M. Olier; peut être M. Tronson, son maître vénéré, lui avait-il communiqué quelques pages de cet Esprit de M. Olier, qu'il rédigeait sur les Mémoires de M. de Bretonvilliers, Mais le Pur Amoui de M. Olier n'est point le Pur Amour de Fénelon. Il est (( mâle et généreux..., nous porte avec la môme force et la même fidélité à la pratique des vertus les plus solides et des maximes les plus pures de l'Evangile »'. — Plus tard, en 1679, quand il composa sa Réfutation de Malebranche, Fénelon développa, ou découvrit, un autre élément, une autre tendance mystique de sa propre pensée : tout pénétré de l'idée de l'infinité divine, il combattit chez Malebranche cet « ordre » qui gênait et limitait Dieu, et il jugea présomptueux ces philosophes qui « espéraient découvrir toutes les raisons de Dieu ». — Mais, à partir des discussions d'Issy, son accent est autrement convaincu, sincère, personnel, lorsqu'il traite de 1 infinie liberté de Dieu, lorsqu'il plaide la cause du surnaturel, ou celle de ses

Page 1