‹ Explication des douze derniers livres prophétiques de l'Ancien Testament [microform]Chapitre 17 sur 49 · OS&G · texte numérisé non relu

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Michee vi, 11) , et il est fier et content de ses richesses, et se dit que si en les acquerant il a commis quelques infidelites, ce ne sont pas la de yrais peches , qui puissent attirer sur lui la colere de Dieu (Zach. xi, 5). Mais quelque grands que soient tes peches , je suis encore ton Dieu, je le suis depuis ton sejour en Egypte, je le suis maintenant que je prepare ta mine, et c'est dans mon amour pour toi que je vais te faire sortir de ton pays et te rejeter dans le desert oii tu vivras de nouveau sous des tentes (n, 14), et ce temps de detresse temporelle sera un vrai temps de fete spirituelle. Tu peux reconnaitre mon amour pour toi aux prophetes que je t'ai envoyes, aux visions que je leur donne, aux paroles inspirees que je mets sur leurs levres. Mais tu ne le repens point : au dela du Jourdain, Galaad qui n'etait qu'iniquite et idolatrie (vn, 8) , n'est plus qu'une mine (depuis Tiglat Pileser) ; en deca du Jourdain , Us sacrifient aux faux dieux des taureaux a Guilgal (ix, 15), et aussi leurs autels yont-ils etre renverses et n'elre plus que comme des monceaux de pierre (gal) sur les sillons des champs. Tu vas fuir loin de ton pays : mais dans ton exil ne perds pas courage, ton Dieu t'aime encore ; souvienstoi de Jacob qui lui aussi a du fuir loin de la maison pa- (ernelle , vers les plaines de la Syrie , et c'est la qu'etant serviteur et gardant les troupeaux d'autrui, il a trouve et epouse une femme telle que Rachel. Tu retourneras en captivite : mais souviens-loi de I'Egypte d'ou Dieu t'a fait sortir par un propliete tel que Mo'ise. Mais que fais-je de te parler avec tant de douceur ? Eplira'im a provoque Dieu a une amere indignation; aussi Dieu laissera-t-il peser sur lui le sang qu'il a verse , et lui rendra-t-il I'opprobre qu'il a merite. > XH, 8-15.

e 5. Ephra'im etait la terreur des peuples voisins, qui tremblaient a sa parole, il s'etait eleve en Israel par dessus les autres Iribus ; mais il a peche par Bahal , et voici il est

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mort. Et maintenant que la mine est la et que les jiigemens de Dieu leur sont denonces, Us n'en perse'verent pas moins dans leur idoldtrie , Us fondent de nouvelles statues , ajoutent de nouvelles superstitions ; des hommes, des creatures raisonnables (*) adressent dans leurs sacrifices leurs prieres a ces idoles que des artisans ont fabriquees, et baisent des veaux d'or ! Aussi disparailront-ils de la terre comme la nuee du matin ou la rosee ; ils seront emportes comme Vest la balle ou la fumeepar la tempete. Mais dans ma colere je suis encore ton Dieu comme je I'ai toujours ete depuis ton sejour en Egypte; et dans tes malheurs tu reconnaltras queje suis le seul Dieu et le Sauveur. Alors lu reviendras a moi , alors je me ferai connaitre a toi ; car c'est dans 1'aride desert de Sina'i que j'ai fait alliance avec toi , et c'est dans un aulre desert que je me revelerai a toi (xn , 10) ; tandis qu'une fois etabli dans les gras pdturages de Canaan , ton cceur s'est engraisse et tu m'as oublie , comme Moise te 1'avait predit (Deut. vin, 12) . La prosperite endort et perd 1'ame, que 1'adversite reveille et sauve. Mais le chatiment sera terrible ; la ruine est inevitable ; je leur serai comme un lion. ..,/<? les devorerai. . . (v, 14) . xin ,1-8.

4. Ce qui fa perdu, 6 Israel, c'est que tu as agiscontre moi qui seul etais ton secours, et quel secours (Deut. xxxrn, 26-29) ! Oil est ton roi , qu'il te delivre ? Ou sont tesjuges desquels tu disais (a Samuel , 1 Sam. VHI) : Donne-moi un roi et des princes. J'etais ton roi et tu en as voulu un autre, tu as prefere au Dieu fort l'homme mortel , au Seigneur invisible et tout puissant le seigneur impuissant , mais visible. Insense que tu etais, je t'ai donne dans ma colere le roi (Saul)

(*) Suivant une aulre traduetion, il serait ici question de sacrifices humains. 2 Rois xvn , 16. 51; xvi, 5; xxi, 6; 2 Cron. xxvin, 5; xxxm, 6; Ps. cvi, 57. 58; Jer. vu, 51; x, S; xxxii, 55; Ez. xvi, 20; xxm, 57. 59.

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que tu me demandais , et puisque aujourd'hui comrne jadis tu places la confiance dans Thomme , dans ma colere , je vais t'oter le roi que je t' aval's donne. Les iniquitcs d'Ephra'im sont toutes reunies en un seul faisceau et je n'en oublie pas une (Job xiv, 17). Elles sont toutes mises en reserve dans les tresors de ma colere pour le jour de la ruine. Yoici, le chatiment est la avec loutes ses dechirantes angoisses et ses affreuses souffrances , semblables a celles de la femme qui met au monde un enfant. Mais ces douleurs ne sont du moins pas celles de I'agonie , elles amenent pour Israel un etat tout nouveau , elles sont le travail de sa regeneration. Pourquoi cet enfant qui nait a la vie nouvelle, se refuse-t-il, dans sa folie , de venir a la luiniere ? Pourquoi ce peuple veut-il demeurer (pendant des siecles et des mille ans) dans le creuset de 1'epreuve , et ne pas franchir le lieu d'angoisses et de tenebres par lequel il arriverait a sa nouvelle existence ? Les puissances du sepulcre s'emparent de lui et menacent la nation d'une ruine totale ; la mort tient enchainee son ame qui ne connait plus le vrai Dieu ct ne le recherche plus , qui ne sait plus mme le chemin de la vie et qui nc fait aucun effort pour s'en approcher. Mais je serai plus fort que tous ses ennemis , je le retirerai de son abime de misere, je triompherai de son incredulite et de sa resistance. De la main du sepulcre je le racheterai, je le delivrerai de la mort. mort , ou est tapeste ? sepulcre, ou est ta puissance de destruction? Je n'ai plus de colere contre mon peuple, je ne changerai plus mes desseins de misericorde a son egard. Celte belle et remarquable prophetic se rapporte dans le contexte a la nation juive , a son retablissement futur et a sa conversion au Seigneur. Mais le Seigneur, c'est Jesus-Christ; la condition du rctablissement du peuple hebreu, c'est sa conversion a Jesus-Christ, et Jesus-Christ, en rachetant Israel du sepulcre et en le delivrant de la mort , a sauve Thumanite ehtiere de toutes ses souffrances.

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Ici comme plus haut, vi, 4, Osee ne fait que jeler un regard sur les temps messianiques, qui renlrent immediate ment dans les tenebres de L'avenir, et la menace, un instant suspendue, reprend son cours. Ephraim est, parmi ses freres , un arbre fertile , ainsi que son nom 1'indique ; il a grandi et s'est etendu plus que les autres. Mais sa prosperite ne le sauvera pas de la mine ; du desert va souffler le Samoun qui dessechera ses sources ; ses tresors seront enleves , sa capitale detruite , et ses femmes et ses petits enfans massacres avec cette barbaric dont Assur a deja fait preuve au siege d'Arbel (x, 14). s xin, 9-16.

5. Enfin, le prophete detourneses regards d'un present de deuil et de ruine, pour les porter sur un lointain avenir de gloire et de joie. II enseigne au peuple repentant comment il doit s'approcher dc Dieu : avec des paroles qui partent du cceur et non avec de pompeux et vains sacrifices de victimes; en confessant que le secours ne se trouve point chez les peuples puissans d'entre les genlils, ni la force dans les armees; en n'adorant plus de faux dieux ; en venant, faible et delaisse, vers le Dieu qui a compassion de I'orphelin. xiv, 1-3. Et a ces paroles de repentance, Dieu repond par des promesses de guerison et d' amour et par des benedictions exprimees en des images qui font toutes allusion au nom d' Ephraim (xm, 15). Je serai comme une rose'e d Israel (vi , 5) ; il portera au loin ses racines comme les arbres du Liban, et ses rejetons s'etendront de tous cotes (ix, 15), sa beaute sera celle de I'olivier, et il exlialera des parfums comme le Liban. Ceux qui ont habite sous son ombre reviendront, et Us feront revivre le froment dans leurs champs resles incultes pendant nombre de siecles; Us fleuriront comme une vigne et leur nom sera celebre comme le vin du Liban (x, 1). Ephraim dira : Qu'ai-je plus d faire avec les faux dieux? Alors j'exaucerai (n , 21), alors j'aurai les yeux toujours sur eux pour les garder et les benir. Et moi-m6me, par

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quelque miracle de misericorde , je deviendrai semblable a toi; si tu es une yigne, je serai un cypres toujours vert, je serai grand et puissant, immuable et fidele ; et, par un autre miracle que tu ne peux deviner, ce sera sur moi que croitront et se trouvemnt tes fruits (Apoc. xxi, 5). xiv, 4-8.

Pendant sa longue carriere , le prophete avait vu constamment ses compatrioles ne pas ecouter ou ne pas accepter ses paroles , dont le sens ne se devoilait qu'au petit nombre de ceux qui avaient la vraie connaissance de Dieu; et en terminant son livre , il dit avec une profonde tristesse : < Qui est sage, qu'il comprenne ces choses , et intelligent, qu'il les connaisse? Les votes de Dieu sont droites, mais ce ne sont que lesjustes qui y marchent, seuls ils prennent garde a la yoix des prophetes , seuls ils ne ferment pas les oreilles aux menaces et n'abusent pas des promesses , seuls ils font ce que commando le Seigneur, tandis que les rebelles trebuchent et tombent. xiv, 9.

Nous ne connaissons de Nahura que son lieu de naissance, Elkosch (i, 1). Mais il y a deux endroits de ce nom, entre lesquels on hesite. Jerome (mort a Bethleem, 420 ans apres Jesus-Christ) nous apprend que de son temps il y avait en Galilee un petit village nomme Helkesei , ou quelques ruines indiquaienl a peine 1'emplacement d'anciens monumens, mais qui etait cependant Wen connu des Juifs et que son guide lui avait montre; et d'autres interpretes nous attestent egalement que c'est bien la que la tradition placait la patrie du prophete. Mais a trois lieues au nord de Mosul, sur la rive orientale du Tigre, dans le Kourdistan se voit de nos jours une ville d'Elkosch, ou Ton montre le tornbeau de Nahum , qui est maintenant encore un lieu de pelerinage pour beaucoup de Juifs. Si cette derniere tradition etait la vraie, Nahum serait le descendant d'Israeliles des dix tribus transporters en Assyrie par Tiglat Pileser ou par quelqu'un de ses successeurs, et il aurait vecu et prophelise pendant la captivite dans les contrees traversees par le Tigre. On a allegue en faveur de cette opinion la connaissance detaillee qu'il a de Ninive et de I'Assyrie , mais cela conduirait a faire vivre les prophetes dans toutes les con-

trees etrangeres dont ils parlcnt avec quelques details. On a allegue aussi quelques mots du texte original qu'on pretend n'elre pas hebreux ; mais ce fait , a le supposer prouve, peut s'expliquer de di verses manieres. D'ailleursla tradition eonservee par Jerome est bien plus ancicnne et plus authentique que 1'autre, et le livre meme contient des paroles adressees a Juda (i, 14) , qui s'expliqueraient diflicilement dans la bouche d'un prophete de la captivite assyrienne. Nahum etait done un Galileen appartenant a ces families, sans doute assez nombreuses, qu'on suppose avoir trouve un asile dans les montagnes, lorsque Salmanasar transportait dans les contrees orientates de son empire le gros de la population du royaume ephrai'mite. Nous voyons en effet le pieux roi Josias etendre ses reformes hors de Juda dans 1'ancien territoire des dix tribus, et ce qui etait demeure de reste d' Israel, venir avec Juda celebrer la grande fete de Paques qu'il avait ordonnee (2 Rois xxiu; 2 Chron. xxxv. 18). Cela nous prouve que tous les Ephra'imites n'avaient pas ete transportes, et il est Ires vraiscmblable que la majeure partie des Juifs galileens du siecle de Jesus-Christ ne descendaient point de families qui seraient revenues de la captivite sous Esdras et Nehemie. Ce point est trop important pour l'mterpretation des propheties pour que nous ne nous y arretions pas un instant. Les descendans de ces Ephraimites qui se seront refugies de la Samarie et de Galaad dans les montagnes de la Galilee, et qui auront forme le peuple Galileen, ont YU et entendu le Messie, qui meme avait choisi sa mile parmi eux, et ils peuvent etre envisages comme representant les dix tribus aux temps messianiques, de m6me que les deux tribus du royaume de Juda etaient representees par le petit nombre de leurs families qui etait revenu de Babylone. Les Galileens et les Juifs formaient lors de Jesus-Christ deux peuples distincts, mais les desastres de la guerre contre les

Remains les firent se confondre en une meme nation; et les Juifs qui existent presentement sont les descendans aussi Lien des Galileens ou des Hebreux des dix tribus, que des Juifs ou des Hebreux de Juda; les distinctions de Juda et d'Israel se sont eflacees sans laisser de traces , pour faire place a la descendance d' Abraham. Ajoutons meme, qu'apres la destruction de Jerusalem par les Remains, ce fut en Galilee que fleurirent les plus celebres et les plus influentes des ecoles des Rabbins , et probablement de la yient que la prononciation de 1'hebreu qui domine maintenant parmi les Juifs se rapproche beaucoup de celle des anciens Galileens.

Mais revenons a Nahum. II etait done Galileen. A-t-il vecu dans sa patrie desolee, ainsi que 1'a fait Jeremie qui, apres la translation de son peuple a Babylone, est demeure dans le pays avec les families pauvres et peu nombreuses qu'on y avail laissees? Cela est peu probable (i, 14); il sera yenu vivre en Juda et prophetiser en Jerusalem.

L'epoque ou il a prononce sa prophetic centre Ninive, n'est pas indiquee en tete du livre , et doit done se deduire de son contenu. Les yersets 9-15 du chap, i paraissent contenir des allusions tant au discours de Rabsake devant Jerusalem, lorsque Sennacherib (en 714), deja maitre des yilles fortes de Juda, menacait la capitale d'une ruine imminente, qu'a la prophetic d'Esaie qui preceda la destruction de Tarmee ennemie (2 Rois xvm, xix.) ; et comme on ne peut placer la prophetic de Nahum ayant ce dernier evenement, 1'opinion la plus probable est celle qui la rapporte aux dernieres annees du regne d'Ezechias, lorsque la puissance de Ninive menacait encore Juda de guerres redoutables.

La ruine de No-Ammon ou de Thebes dans la Haute- Egypte, a laquelle le prophete fait allusion comme a un evenement recent, servirait a determiner le temps dc Na-

hum si les historiens sacres ou profanes nous avaient conserve quelque renseignement positif sur cet evenement; On suppose que le chap, xx d'Esaie s'y rapporte ; le roi d'Assur, Sargon, avail envoye son general Tartan centre Asdod; pendant le siege de cette ville, Esa'ie annonce que les Assyriens vont emmener en captivite Mitsraim et Cus. Sargon, dont le nom ne se lit que dans ce passage < doit avoir occupe le tr6ne d'Assyrie, pendant peu d'annees, apres Salmanasar et avant Sennacherib, s'il n'est pas le meme prince que 1'un ou 1'autre de ces deux rois? Si cette prophetie se rapporte reellement a la ruine de No-Ammon , ellc confirmerait la supposition que Nahum a vecu sous Ezechias et vers la fin de son regne.

ii,

I/objet de la seule prophetie de Nahu m qui ait ete con^servee, est la ruine de Ninive et du royaume d'Assyrie. C'est ainsi que Jonas ne nous a laisse que le recit de sa mission speciale aupres de celle meme capitale.

L'histoire de TAssyrie est enveloppee de tenebrcs; les Grecs nous en disent peu de choses , les ecrivains sacres ne nous en parlent qu'accidentellement. Nous savons par Genese x, 40 , que Ninive est avec Babylone 1'une des plus anciennes villes du monde, et qu'elle a ete fondee par Assur venant de Senaar, ou plut6t, suivant une interpretation plus probable de cc verset obscur, par Nemrod etendant son royaume de Senaar en Assyrie (dans ce cas, Nemrod serait le Ninus des Grecs, peut-6lre avait-il deux noms comme Esau ou Edom) . Mais a cet eclair qui nous permet de jeter un regard sur ces temps primitifs, succedent quatorze siecles d'impenelrables tencbres; uri passage de la Genese (xxv, 18) indiquerait pcut-etre qu'Assur etait un etat commercant et florissant a 1'epoque de Mo'ise; et Balaam, le devin venu des rives de 1'Euphrale, annonce aux Keniens,

(peuple a 1'occident du Jourdain) , qu'ils seront menes en captivite par Assur (Nom. xxrv, 22). Ce premier royaume d'Assyrie , succombant sans doute aux causes ordinaires qui amenent la chute des nations opulentes , fut detruit vers 1'an 800 avant Jesus-Christ par Arbaces, roi des Medes, qui s'empara de Ninive apres un siege de trois ans. Le dernier roi doit avoir etc Sardanapale, qui se brula dans son palais avec ses tresors , et sous qui Jonas a peut-cjtre paru a Ninive.

Sur les ruines de 1'ancien empire d'Assyrie se forma rapidement le nouvel empire , dont la Bible nous fait connaitre plusieurs rois a dater de Phul, et dont Nahum prophetise la ruine.

L'Assyrie proprement dite etait situee au sud de 1'Armenie , a Test du Tigre, et comprenait le Kourdistan actuei avec la plaine qui est au pied des montagnes qui forment en cette contree le bord occidental du plateau de 1'Iran. C'est un pays bien arrose et tres fertile , duquel Rabsake disait avec raison qu'il produisait en abondance le froment et le vin, 1'olive et le miel (2 Rois xvm, 52).

Mais les Assyriens n'etaient point restes dans les limites de leur patrie , et pour ne parler que de leur nouvel empire, nous les voyons, trente ans dej& apres sa fondation, attaquer sous Phul le royaume d'Ephra'im (vers 770 avant Jesus-Christ), et environ trente ans plus tard en devaster plusieurs provinces sous Tiglat-Pileser. En 721, Salmanasar s'empare de Samarie. Sargon , si nous ne faisons erreur, ravage 1'Egypte. Sennacherib , sept ans apres la destruction d'Ephraiim, veut s'emparer du royaume de Juda. A cette epoque , 1'empire d'Assyrie comprenait non seulement la Mesopotamie, mais la Babylonie et la Medie, ainsi qu'on peut le conclure des contrees ou les Ephraimites furent transportes, et de celles d'ou vinrent les nouveaux colons de la Samarie. Assur s'etendait done de ses belles et

hautes montagnes et de ses plaines fertiles , vers le nord a la mer Caspienne , vers le smi au golfe Persique et vers 1'ouest a la Mediterranee. Position unique peutretre sous le double rapport de la puissance politique et du commerce.

Le centre et la capitale de cet empire florissant , c'etait Ninive. Elle etait situee sur la rive orientale du Tigre, a 1'opposite de la ville actuelle de Mosul. EUeavait trois jourwees de chemin de circonference et renfermait une population de deux millions. Ses remparts repondaient a sa grandeur et a son importance; les murs etaient hauts de 100 pieds , et d'une epaisseur telle que trois chars pouvaient y rouler de front, et ils etaient flanques de 1500 tours hautes de 200 pieds. II ne reste de cette immense cite que des pierres avec des inscriptions en caracteres cuneiiformes, les noms de quelques villages : Nunia , Nebbi-Junas (prophele Jonas), Nimrod, et des tertres formes de debris qui peutetre meme n'appartiennent pas a la ville assyrienne. Sur Femplacement de Torgueilleuse et opulente capitale de I'antique Orient, le dernier voyageur (M. Grant) n'a trouve que quelques tentes de pauvres Arabes et Turcomans nomades. (*)

Cependant, sous Sennacherib, les Assyriens etaient arrives au faite de leur puissance et de leur prosperite. Leurs conquetes , qui semblent avoir commence avec la fondation du nouvel empire , s'etaient rapidement etendues jusques a la Medilerranee ; ils se trouvaient ainsi en conflit avec 1'E-

( J ) Nous renvoyons pour 1'histoire d'Assyrie et pour Ninive, a la premiere livraison : Pcriode des propheles , p. 27-3S, et Jonas, p. 11; mais surtout au chap. 1" de 1'excellent et precieux ouvrage de Keith sur les Propheties. Ce chapitre contient, sur 1'accomplissement de la prophetic de Nahum, des details pleins d'interet, que nous n'avons trouves jusques ici dans aucun commentaire allemand.

gypte ; la possession de Juda etait le complement necessaire de la prise de Samarie et paraissait n'offrir aucune difficulte. "Sennacherib marcha centre Jerusalem, oil se trouvaient un roi pieux , Ezechias , et le prophete Esa'ie ; et le monarque devant lequel tous les rois voisins etaient tombes de leur tr6ne , et qui deja etait maitre de toutes les villes de Juda, dut s'eloigner en hate des murs de Jerusalem. Du moment ou frappe de la verge de Dieu il s'en retourne et reprend le chemin de Ninive , la fortune de son empire change et le declin commence ; la force d' Assur semble brisee et sa chute est aussi rapide que 1'a ete son elevation. L'empire est detruit par les Medes, dont le roi Cyaxare s'empare de Ninive en 605, ou selon d'autres 625. II n'est pas certain que le roi de Babylone Nabopolasar ait ete dans cette guerre 1'allie de Cyaxare.

A 1'epoque de la prophetic de Nahum , ct sans doute aussi a celle de sa prise et de sa destruction , Ninive etait encore dans toute sa grandeur.

Son commerce etait immense. Elle avait plus de marchands qu'il n'y a d'etoiles au ciel > (in, 16). Elle elait comme un reservoir ou les eaux arrivenl de toules parts (n, 8) ; les peuples (Apoc. xvn, 15) accouraient dans ses murs , et des provinces les plus eloignees de son empire, et des pays etrangers. Placee entrePIran et 1'Asie occidentale, elle recevait les marchandises des contrees les plus reculees de 1'Asie centrale, et celles de la Mediterranee qui lui arrivaient par les villes pheniciennes. Le pont du Tigre , par lequel aujourd'hui la pauvre population de la contree , Kourdes, Arabes, Turcs, Nestoriens, Juifs, apportent au marche de Mosul les produits de leurs champs et de leurs vergers, etait alors ce que deviendrait 1'isthme de Suez entre les mains des Anglais : le point de jonction entre le nord-ouest et le sud-est, entre le riche Orient et 1'industrieux Occident , qui ne comnmniquent entre eux depuis

plus de trois siecles, que par le sud de 1'Afrique et le Cap de Bonne-Esperance. Ninive etait le centre de tout le commerce du monde ; de la cet or, cet argent , ces tresors innombrables, ces vases precieux de toute espece > (n, 10), qui devinrent la proie des vainqueurs.

Toutefois ces richesses ne venaient pas uniquement de son commerce; jusques au temps de sa ruine, < cette ville de sang, toute pleine de mensonge, de violence * n'avait cesse ses rapines (in, 1). > Elle faisait sa proie des peuples voisins ; et quoique elle ne fit plus alors , a ce qu'il parait , de grandes conquetes, elle poursuivait ses devastations. Le prophete la compare a une famille de lions qui sont Teffroi de tous et qui ne redoutent rien, et qui remplissent leur antre de proies sanglantes (n, 11. 12). D'ailleurs ses murailles colossales avec leurs innombrables tours, s'elevaient intactes dans les airs et defiaient tous ses ennemis.

La puissance et la prosperite de Ninive expliquent, d'une part, comment elle etait dans une securite complete au moment de 1'attaque : les princes dormaient et le peuple ressemblait a un troupeau paissant en paix et se disseminant de tous c6tes (m, 18); d'autre part, pourquoi le prophete expose, en commencant, la toute puissance de Jehova, qui s'avance pour renverser cet empire (i, 2-6). Ainsi s'explique aussi la force avec laquelle Nahum appuie sur 1'exemple de No Ammon (in, 8-11); de meme que Ninive, Thebes etait une cite immense, laviile aux cent portes, qu'Homere deja a chantee (II. 9, 582), remontait aux premiers ages de 1'histoire, etait le centre d'un grand commerce, avait un fleuve ( J ) pour rempart et comptait de nombreux allies ;

( 4 ) La mer, au v. 8 , designe les flots du large Nil qui enveloppait la ville par des canaux ou fosses que Sesostrfs avait creuses. En hebreu, il n'y a pas de mot pour lac ; et le Nil dans ses inondations , change chaque annee 1'Egypte en un lac ou en une mer. Aussi rec,oit-il parfois dans les prophetes le nom dc mer.

mais ni les secours des Egyptiens , des Elhiopiens et des Lybiens, ni ses richesses, ni la force de sa position , ni son antiquite , ni sa gloire , ne 1' ay ait preservee de la mine et de la captivite ; et cet exemple etait d'autant plus frappant queselon toute probabilite c'etaient les Assyriens eux-memes qui s'etaient empares de Thebes.

Mais pourquoi Ninive devait-elle tomber? Pourquoi I'Eternel veut-il la detruire?

D'abord, parce qu'elle avail pense le mal contre Dieu et contre le peuple de Dieu. On ne pOrte pas impunement la main sur ceux que I'Eternel aime; on ne rabaisse pas impunement le Dieu vivant au niveau des pretendus dieux qu'invente le cerveau humain, comme 1'avait fait Rabsake au nom de son maftre. Assur avait forme le dessein de detruire Juda et le culte du vrai Dieu. Assur avait emmene en captivite Israel. II doit tomber. C'est la le premier motif de sa ruine qu'indique le prophete (i, 9-15; iij 1.2).

Les autres motifs sont d'une autre nature et sont exposes vers la fin de la prophetic. Ge sont ses rapines , ou dans le langage humain, ses conquetes (in, 1; n, 11-13). Assur croyait rendre un vrai service aux peuples en les incorporant a son empire (2 Rois xvin, 28) ; mais Dieu en jugeait autrement; il ne veut pas qu'une nation porle attcinte a la liberte et a 1'independance d'une autre , et il compare les conquerans aux betes feroces qui emportent dans leurs tanieres leurs proies. La politique humaine devrait apprendre de la Rible quelles sont les bases veritables de la prosperite des nations. C'est ensuite la corruption des moeurs; Ninive est c une prostituee ; 1'opulence en eflet enerve les peuples > et dans le temps du danger, les guerriers ne sont plus que des fernmes i (m, 4. 13). G'est enfin les seductions que cette ville commercante exercait sur les peuples qui Tentouraient (m, 4-7). Le commerce est en soi chose bonne et necessaire; il rapproche les nations, fait

12 NAUUM.

part aux unes des richesses des autres , et fraie par fois le chemin aux messagers de 1'Evangile. Mais les abus sont a la porte ; 1'interet egoi'ste fait recourir a toute espece de ruses et de tromperies, c'est sur la ruine de son prochain qu'on eleve sa fortune , on cache la bassesse de ses desseins sous le masque de 1'amitie ; le peuple commercant ne voit chez les autres peuples que les instrumens de sa prosperite, et au mepris des devoirs sacres que rhomme a devant Dieu envers tous ses freres , il les ruine, les corrompt, les detruit pour s'enrichir. Un tel peuple, au jugement de Dieu, ne vaut pas mieux qu'une vile prostituee, qui elle aussi n'a qu'une chose en vue, son intere't, et qui seduit, trompe et ruine, sans remords et sans compassion. Comp. pour Tyr Esa'ie xxm, 17.

Telle etait la yille puissante , la ville coupable dont Nahum annoncait la ruine , qui devait avoir lieu environ 70 ans plus tard. Assur, le destructeur d'Ephraim, etait la terreur de Juda ; Dieu avait bien force Sennacherib a se retirer, mais 1'empire ennemi n'etait point renverse , et il pouvait, d'un instant al'autre, envoyer de nouvelles armees centre Jerusalem. Alors le prophete venu de la Galilee et dont les regards se portaient comme d'eux-memes sur la nation qui avait desole sa patrie , eleve la voix dans Jerusalem, et annonce que Ninive tombera, et que la ruine qui 1'attend sera complete et definitive, il n'y en aura pas une seconde (i, comp. i Sam. xxvi, 8; Nah. m, 19). Assur ne s'est jamais releve , et deja au second siecle de notre ere il ne restait plus de vestiges de Ninive. Nahum annonce aux Israelites transported en Assyric que leur joug va etre brise (i, 13), et en efiet , la destruction de Ninive a du etre la delivrance de plusieurs d'entre eux qui seront revenus dans leur patrie. II invite Juda a se rejouir de ce que le mechant (Belial) qui le menacait, va etre entierement detruit (i, 15), et Jerusalem a survecu a Ninive. II

fa at, par la pensee, se transporter au temps du prophcte, se figurer la prosperite d'une immense capitale telle qu'est aujourd'hui Londres ou Paris , et la faiblesse d'uh peuple tel que les Hebreux, dont la majeure partie avail deja succombe a Tenneim, pour comprcndre tout ce qu'a d'extraordinaire et de divin la prophetic de Nahum , et pour en Men saisir la portee.

Lc livre de Nahum est d'une grande beaute. LoTVth dit, dans son ouvrage sur la poesie sacree des Hebreux, qu'il n'est aucun des petits prophetes qui egale la sublimite, la chaleur et la hardiesse de Nahum. Mais nos langues modernes ne peuvent rendre Fenergie , la precision , la vivacite, la grandeur du texte hebreu.

Les personnes auxquelles le prophele s'adresse ou dont il parle , changent si brusquement sans etre pour ainsi dire une seule fois nommees, que pour bien comprendrc ces pages , il faut s'identifier avec celui qui les ecrit, et deviner en quelque sorte a 1'avance ses pensees. On croit sentir que cette prophetic nous a etc transmise telle qu'elle a etc prononcee, et qu'il manque au texte ecrit les gestes et les intonations qui en sont le commentaire oblige. Au reste , ces brusques transitions indiquent 1'elan , 1'entrainement de la pensee du poete qui sent que ses auditeurs le comprennent et le suivent. Ainsi nous lisons, i, 8 : Dieu detruira son lieu (son se rapporte en hebreu a un etre feminin), c'est de Ninive dont il est question sans qu'elle ait etc jusques ici nommee. Au v. 9, Nahum s'adresse aux Assyriens; maisa la fin du v. 12 et au v. 15, c'est a Ephra'im qu'il parait dire: Je t'ai afflige, mais je ne t'affligerai plus, etc. Au v. 14, c'est de nouveau aux Assyriens qu'il s'adresse; au v. 15 c'est a Juda (qui est nomme), et 1. 1 , aux Assyriens.

14 EAHUM.

Le v. 5 represente 1'approche dc i'armee ennemie; Ics v. 4 et 5 les preparatifs de defense dans la ville. Le reste de la prophetic a une allure inoins rapide et plus facile a suivre.

Les beautes poetiques abondent ; nous en releverons quelques^unes et nous en prendrons occasion d'expliquer quelques passages obscurs.

La prophetic s'ouvre par la triple repetition de la meme idee , qui se precise dans le dernier membre : Jehova est un Dieu jaloux et vengeur, vengeur est Jehova et plein de courroux, Jehova se venge de ses adversaires et n'oublie pas ses ennemis. > On dirait 1'approche d'un orage qui gronde dans le lointain , monotone et terrible , et qui fond tout-a-coup sur la conlree ou Dieu 1'envoie. ~. Parfois TEternel semble oublier sa vengeance , et la coupable Ninive poursuit en paix, impunie, le cours de ses prosperites. Mais s'il tarde , c'est qu'il ne veut pas la mort du pecheur ; il est lent a la colere parce qu'il est puissant en force , et il ne laisse nul coupable impuni. II marche centre ses ennemis dans la temp&e qui les renverse , il est lui-meme present dans le tourbillon qui les enleve , et la poussiere que dans sa marche il fait lever sous ses pieds invisibles , c'est de sombres nuages d'ou eclatent la foudre , d'ou descend la ruine. Puis vient une breve et magnifique description de la puissance de Dieu dans la nature (4. 5), en preuve qu'il n'est pas de nations si puissantes qui puissent subsister un instant devant sa colere (6).

Quel saisissant tableau que celui du siege et de la prise de Ninive, au ch. n ! Voyez en particulier (v. 7) Ninive sous la figure d'une reine emmenee en captivite au milieu de ses suivantes (lesautres villes de I'empire), qui gemissentcomme des colombes et qui se frappent la poitrine. Et cependant, 4 Ninive regorgeait d'habitans ; mais ils fuient ; arretez, arretez, leur crie-t-elle, -mil ne se retourne. i La ville est tout entiere au pouvoir des ennemis : Pillez 1'ar-

gent, pillez 1'or, leur crie le prophete, ses richesses sont immenses , ses vases precieux sont innombrables. Et Ninive , pour ainsi dire , suit des regards les progres de sa propre ruine : Desastre et devastation ! et desolation ! le coeur se fond et les genoux se heurtent , et les reins chancellent , et la paleur de la mort est sur tons les visages. Ninive n'est plus , et a la pensee de sa grandeur, de sa corruption et de sa ruine, le prophete s'ecrie avec une sainte ironic : Ou est le repaire des lions , etc. ? >

La derniere partie de la prophetic commence par une accusation d'une seule ligne , dont chaque mot accable Ninive d'un poids immense : Malheur a la ville de sang , toute pleine de tromperies , de violences ! elle ne cesse pas ses rapines! Puis immediatement apres, toute la plaine ou est situee Ninive est couverte d'une armee ennemie, qui se precipite avec tumulte contre elle : Voix du fouet et voix des roues bruyantes ! et de chevaux qui s'elancent et de chars qui ressautent ! cavaliers tout armes ! eclat des glaives! eclair des lances! et une multitude de blesses a mort , et des monceaux de cadavres ! et point de fin aux meurtres ! ils trebuchent sur leurs corps morts ! i Est-il possible de peindre en moins de traits, de peindre avec plus de force, 1'attaque, le siege et la prise d'une ville. Et pourquoi une telle ruine ? poursuit le prophete : t A cause de tes prostitutions > (in, 1-4).

La prophetic de Nahum forme un seul tout , dont les di verses parties sont faciles a reconnaitre.

D'abord une introduction generate i , 2-8 , qui annonce la toute-puissance de Dieu , sa redoutable colere contre ses adversaires, et sa bonte pour ceux qui se confient en lui.

Vicnt ensuite le theme de la prophetic qui rappellc le crime d'Assur, predit sa ruine subite , rapide et definitive en depit de sa puissance , et annonce au peuple elu sa delivrance. i, 9-14.

Avec le v. lo commence la description de la ruine de Ninive, qui occupe le ch. H. Aux yeux du prophete, la ruine est deja effectuee, et deja apparaissent sur les montagnes les messagers qui en annoncent la nouvelle a Jerusalem. Le prophete avertit Ninive du danger qui 1'attend,; en 1'encourageant ironiquement a se preparer a se defendre ; et il lui fait connaitre le motif de sa chute : 1'Eternel veut relever la gloire des Hebreux qu'Assur a pilles et devastes (H, 1. 2). L'armee ennemie (les Medes) approche avec ses boucliers resplendissans ; les chefs ont leurs vetcmens de guerre (rouges, Juges Yin, 26), les chars a faux etincellent au soleil , les lances fremissent dans les mains des soldats qui les brandissent (5). Cependant, dans les rues et les places de Ninive surprise et effrayee , les chars se heurtent et s'elancent en desordre; le roi se rassure a la pensee de ses guerriers, qui se precipitent vers les murs. Mais deja les machines de guerre (les tortues ou les terrasses) sont avancees au pied des remparts. Les portes du fleuve sont ouvertes (voyez sur ce point en particulier, Keith, p. 1) ; le palais est renverse. Cela avait ete decrete : Ninive est depouillee , prisonniere. Ses habitans s'enfuient sans la defendre. L'ennemi la pille. Elle est desolee (4-10). Le prophete rappelle a la ville son orgueil et ses cruautes, et confirme sa prediction en la resumant en quelques mots que prononce 1'Eternel.

La derniere parlie de la prophetic expose les causes (m, 1-7), la possibilite et la certitude (8-11), etenfin la promptitude de la ruine de Ninive.

Les causes sont ses violences qui seront vengees par une mort violente (1 . 2) , et ses prostitutions honteuses qui lui

meriteront une ruine ignominieuse et les dernieres humiliations. Quel affront pour la superbe Ninive d'entendre les peuples Yoisins qui etaient ses esclaves , s'ecrier en s'eloignant d'elle : Detruite est Ninive ! Qui aura compassion d'elle? Oil te trouverai-je un consolateur?

L'exemple de Thebes prouve que la ruine de Ninive est possible, et le v. 11 dit qu'elie est certaine.

Et elle ne viendra point apres une longue et glorieuse resistance. Ces remparts immenses, ces tours gigantesques tomberont sous la main de Dieu qui les ebranlera , comme tombent d'un arbre les fruits murs dans la bouche de celui qui les cueille. Tous les preparatifs de defense seront inutiles. t La meme, dans 1' enceinte meme de la ville, le feu te consumera, 1'epee te devorera entierement comme le grillon devore les champs, quand bien meme Assur multiplierait ses enfans comme les grillons , et que tu multiplierais , 6 Ninive , tes citoyens comme des nuees de sauterelles. Sans doute tes marchands , tes peuples allies , tes habitans , sont aussi nombreux que les etoiles des cieux ; mais ils s'enfuiront au temps du danger comme les sauterelles qui ouvrent leurs ailes et s'envolent. Sans doute , maintenant que tu es dans la prosperite , tu comptes dans tes murs une multitude de princes et de chefs qui viennent aupr^s de toi chercher un abri; mais ils seront comme ces essaims de sauterelles qui se refugient sous les haies durant 1'hiver : le soleil brille- .t-il , ils s'envolent et Ton ne sait plus la place qu'ils occupaient. Ils dorment tes pasteurs, 6 roi d' Assur, tes grands reposent dans leurs tentes ; ton peuple , dans sa securite , s'est disperse sur les montagnes, nul n'est la pour le reunir. Point de remede a ta plaie , mortelle est ta blessure ! Tous ceux qui ont appris ta ruine ont frappe des mains , car sur qui ta malice ne s'est-elle pas debordee? > (12-19).

II nous reste a examiner les rapports de la prophetie de Nahum contre Niniye , a 1' ensemble des revelations divines.

L'Ancien Testament tout entier annonce , prefigure et prepare le Messie : dans quel sens cela est-il vrai du livre de Nahum ?

Ce livre se rattache aux nombreuses predictions contre les peuples pa'iens que contiennent les ecrits des autres prophetes , et la question est done de savoir en general quelle place ces predictions occupent dans la revelation.

II y a dans toute la prophetie, tant de Tancienne que de la nouvelle alliance , deux series paralleles qui se supposent 1'une 1'autre et se completent : Tune de promesses, Tautre de menaces. Les promesses concernent ceux qui ont la foi au yrai Dieu , qui regardent a lui et placent en lui seul leur confiance. Elles ont pour objet la delivrance : la deli vrance des maux temporels , des perils de guerre , de la captivite , et la delivrance des maux spirituels , du peche , de sa coulpe, de ses miseres. L'une comme 1'autre precedent de la misericorde deDieu en Jesus-Christ, qui a, des avant le commencement du monde, apaise le Perepar son sacrifice.

La seconde serie est celle des menaces qui sont adressees, et aux pa'iens qui s'elevent contre les croyans ou contre 1'eglise, et aux faux membres de Teglise qui, par leur incredulite, sont de vrais pa'iens.

Si Dieu ne menacait pas les mechans, cela signifierait que leurs peches ne sont pas tels qu'ils ofiensent sa justice, eveillent sa colere, et appellent ses chatimens. Mais s'il en etait ainsi , nous ne serions que peu miserables , il n'y aurait point pour nous de peines apres la mort , de tourmens de la conscience, de vraies et intimes souffrances , nous n'aurions point besoin d'un Dieu sauveur, et Dieu n'aurait

NAHITSVI. 'if)

point Iivr6 a la mort son Fils pom- noire redemption!. Lts promesses de delivrances et Jes menaces He cha'lnioes sent done choses inseparables, qui no pea vent oxisler S'mio sany 1'autre.

Aussi voyons-nous les prophets do i'andonue alliance promettre aulant que menacer, mo.nacer auljmt qac promettre : dans leurs ecrits se refieient la sal-dele de I)!eu autant que son amour, sa grace aulant quo sa justice. Et dans le livre qui resume toiite la prophetic, clans la Revelation de saint Jean, le Seigneur apparaii a Sa fois sons sa double qualite de juge et de sauveur, de sauyeur de-s siens, de juge de ses ennemis.

Nahum est dans son Jivre un propbelo do la jusiicc do Dieu. II annonce a Niniye et par o!3c a Ionics !rs pui:>sancf-.s mondaines qui s'elevent centre realise de Dieu , que knir ruine est certaine, parce que Jel-ova eal nn Dieia jaloux el: vengeur. Son livre a duetre poor les H6i;ren.M, pendant pros d'un siecle, ce que F Apocalypse rsl pour les fhreHens des Torigine de TEglise : la source oil H-I; tldeles vocalcnl puiser une nouvelle assurance que la vic-ioiro ivah-ra aa r f eup(e de Dieu dans le grand combat qu'il fiOtJlieiil conire les (enebres. Et nous qui venons apres ratcos^pl-^i'menl de la prophetic, nous Yoyons dans la ruine do Nlnive le ^ngc do la ruine semblable qui attend toute piiisi-uice lesvf-sfre qui fait, comme Assur, la guerre aux EHHH-G, c-t qui, cuaifi sou orgueil, se dit aussi : C'estmoi el ii n'y en a paiuld'auSr^ que moi (Soph. II, 15). Ninive roril druui la Baln'oiic de, de TApocalypse (comp. ce passage, de S;>ph. ei XYJII, 7; Nah. m, 4. 16, et Ap. xvm, 5; Nahuni m, 7, el Aijor. ibid., 10. 15; Nah. i, 10, m, 15, el A^oc. ibid. H). Mais Jerusalem a survecu a la puissanlc Niiiive, el le pciil Jroi;peau du Seigneur suryivra a cette Babvlone et regiiera- un jour ayec le Seigneur eternellemen!.

Mais tout prophete d'un Dieu qui est a la fois saintete et amour, ne peut annoncer le chatiment sans annoncer aussi la delivrance. Nous avons deja vu comment dans Osee et dans Michee ces deux sentimens de grace et de justice se font equilibre , et nous aussi , nous devons les reunir dans notre pensee et notre foi, et ne point aflaiblir 1'un en exagerant 1'autre ; car si dans d'autres epoques on ne voyait plus en Dieu que sa majeste et sa justice, de nos jours le vif sentiment de son amour et de sa misericorde fait oublier a plusieurs qu'il est aussi le juge de toute chair, et que sous la nouvelle alliance comme sous 1'ancienne , il est un feu devorant qui consume tout ce qui est impur. Nahum , en denoncant les jugemens de Dieu sur Ninive , ne perd point de vue sa clemence pour les siens; il la rappelle d'une maniere generate, immediatement apres cette description de sa toute-puissance par laquelle s'ouvre le livre : L'Eternel est bon, il est une forteresse au jour de la detresse, et il connait ceux qui se retirent a lui (i, 7); et du y. 12 a 11, 2, dans cette partie qui est comme le theme de tout le livre , la misericorde de Dieu enyers Juda alterne trois fois avec ses vengeances centre Ninive. II n'y est point sans doute fait mention du Messie ; mais ces promesses de delivrance , de joie et de gloire n'en sont pas moms indirectement rnessianiques, puisqu'elles ne pouvaient s'accomplir en plein qu'au temps du Sauveur et par son evangile de reconciliation.

Quelles sont done les lecons generates que nous donne le livre de Nahum?

II n'est rien de si haut que Dieu ne puisse abaisser, et tout ce qui est grand aux yeux de la chair est en abomination devant Dieu.

II detruit ses ennemis entierement; il n'afflige les siens que pour les ramener a lui et leur rendre leur gloire.

Le seul royaume permanent est celui des Cieux.

Dieu est Juge el Sauveur.

Ainsi la prophetic de Nahum , qui , au premier abord , semble toute speciale , occupe une place importante dans les revelations faites par Dieu au peuple hebreu, et, prise dans son sens general, elle s'adresse a tous les ennemis de Dieu et a tous ses serviteurs.

8OPHONIE.

Ninive etait au faite de sa grandeur lorsque Nahum lui avait dit de la part de 1'Eternel : Tu viendras jusque la et til n'iras pas plus loin , et Assur qui avail conquis Israel, vint briser sa force contre Jerusalem. Babel n' avail pas encore acquis une assez grande puissance pour e"tre dangereuse a Juda. Le long et heureux regne d'Ezechias avait raffermi 1'etat hebreu ; des prophetes distingues , entre autres Esaie , avaient seme avec benediction la parole immediate de Dieu ; tout annongail au royaume des deux tribus qui survivait a Ephra'im, une nouvelle periode d'independance politique , de prosperite au dedans , de paix au dehors, de gloire et de relevement spirituel. Tout indiquait d'heureux jours, et Dieu, par ses prophetes, les offrait aux Hebreux ; mais ici comme souvent , Thomme , par sa perversite, a rendu la promesse inutile.

Apres la mort d'Ezechias , les forces de ruine et de perdition qui avaient ete contenues sous son regne et longtemps comprimees , 6claterent avec violence : les grands du royaume qui , sous le precedent souverain , avaient garde le silence ou feint la devotion , gagnerent la confiance de I'enfant de douze ans qui portait la couronne , et Manasse (de 696 a 741 avant J.-C.) se plut, avec toute I'ardeur in-

sensee de la jeunesse , a faire en tons points le contraire de ce qu'ayait fait son pere. Sa tardive repentance (2 Cron. xxxm) ne put certainement empecher que le mal dont il avait fayorise 1'irruption ne poursuivit son cours , et que la semence de mort ne produisit ses fruits empoisonnes. D'ailleurs le Men qu'il a pu faire depuis I'epoque oiile nialheur 1'ayait ramene yers Dieu , ne subsista pas au dela de sa yie; Ammon (641-659), son fils et successeur, se conduisit comme ayait fait son pere dans sa jeunesse. Pendant cette epoque , la parole prophetique cessa de se faire entendre , et nul enyoye de Dieu n'eleva la yoix dans ces jours de decadence. (*)

Cette interruption dans la serie des prophetes, comprend 1'espace qui separe Nahum de Sophonie, ( 2 )

L'epoque ou parut Sophonie , presentait un caractere particulier. Souyent apres un jour sombre et mauyais , les vents s'apaisent a 1'approche de la nuit, 1'horizon s'eclaircit et le soleil brille un instant a son coucher; souyent aussi, dans de grayes maladies , la mort est precedee de quelques jours de repit pendant lesquels toutes les douleurs cessent, et 1'ame semble youloir reprendre sa demeure dans le corps soulage, tandis que ce n'est qu'une derniere lueur que jettc ayant de s'eteindre la lampe de la yie. De meme les elats qui perissent ont leurs heures solennelles de repit; 1'espoir de temps meilleurs renait et Ton croit les mauyais temps passes, lorsqu'un eyenement impreyu devoile plus completement que jainais la grandeur de la plaie , et demontre

(*) Ceci n'est vrai que dans un sens resfcreint efc que des prophetes dout les paroles nous ont etc transmises dans des Jivres particuliers. Car au chap, xxi du second livre des Rois, il est question de plusieurs prophetes 'qui annoncjaient a Manasse la ruine de Juda.

( 2 ) Voyez la Periode des Prophetes, p. 50. 55.

qu'elle est incurable. Dans ces heures de repit, d'ordinaire 1'homme se trompe entierement sur la yraie nature des symptomes politiques qui frappent ses regards , il croit que la maladie du peuple ya se guerir, il parle de nouveau des temps glorieux d'autrefois, et sur le borddel'abimeilr6ve d'un eclatant avenir. Telle etait 1'epoque pendant laquelle prophetisa Sophonie.

Le jeune et yicieux Ammon perdit la yie dans une conspiration dirigee contre lui. II eut pour successeur son fils Josias (659-609) age alors de douze ans. Josias marcha sur les traces de son a'ieul David, et pendant son regne de trente ans , il trayailla a extirper I'idolatrie et a ramener le peuple a 1'observation de la loi de 1'Eternel. Comme, a cette epoque, la puissance des Chaldeens ne s'etait pas encore assez agrandie pour rnenacer les etats situes sur la Mediterranee, et qu'Assur allait en s'affaiblissant de plus en plus, Juda jouissait au dehors d'nne paix complete : le regne de Josias etait done un yrai temps de repit , le peuple et 1'etat reprenaient vie ; mais ce n'etait que le calme avant 1'orage, que la brillante lueur du soleil qui se couche derriere de sombres nuages ; le peuple etait plonge dans cette ayeugle securite qui accompagne le bien-etre et la ricbesse , et personne, si ce n'est Sophonie et Jeremie, personne ne soulevait le voile leger qui couvrait F avenir, et ne montrait du doigt la ruine qui etait tout pres. Josias eut le sort de plusieurs autres rois a qui est confiee la belle et critique tache d'etre les derniers bienfaiteurs d'un peuple qui marche a la mort. De tels princes ont une fin tragique, et leur mort violente semble 6tre en une secrete contradiction avec une vie belle et noble conimc la leur ; mais leur mort est coinme le signe typique et 1'avant-coureur des malheurs qui d'abord apres eux fondent sur leur peuple. Josias s'opposa au roi d'Egypte Necho, qui marcBait avec son armee contre Carchemisch sur 1'Euphrate. Necho etait un prince cntre-

prenant; 11 fit creuser le canal qui unissail le Nil a la mer Rouge et la mer Rouge par le Nil a la Mediterranee, et sous son regne , des vaisseaux pheniciens tenterent de faire le tour de 1'Afrique. Son expedition contre FEuphrate avail sans doute pour but d'arrter les progress des Chaldeens, avec lesquels nous voyons des lors 1'Egypte en guerre continuelle, jusqu'a ce qu'enfin le royaume du Nil succomba definitivement sous le royaume plus puissant de 1'Euphrate. Les historiens sacres ne nous indiquent pas les motifs qui purent engager Josias, le roi d'un etat aussi peu considerable que 1'etait Juda , a marcher contre le puissant monarque de I'Egypte, qui ne lui faisait point la guerre et qui m&ne 1'invita a se desister de son projet (2 Gron. xxxv, 51). Peut-etre Josias tenail-il en fief du roi deBabylonele territoire de 1'ancien royaume d'Ephraim, ou nous le voyons etendre ses mesures reformatrices et les metlre a execution avec toute 1'autorite qu'il pouvait avoir en Juda (2 Rois xxra, IS. 19; 2 Cron. xxxiv, 6). La bataille qui couta la vie a Josias, eut lieu dans la plaine de Megiddo, entre le Tabor et le golfe d'Acre. II est possible que Necho eut debarque avec son armee sur ce point de la c6te, pour prendre de la la grande route bien connue , qui conduit de la Mediterranee par la Galilee a TEuphrate. (*) Ainsi le pieux et juste Josias , le dernier bon roi de Juda , dont la mort prefigurait la ruine de son peuple , tomba precisement au commencement de ces guerres entre I'Egypte et Babylone, qui devaient plus tard amener la destruction de Juda. Telle etait , sous le point de vue politique et social , 1'epoque de Sophonie, que caracterisent, a Tegard de la re-

(*) Necho ne pouvait marcher contre 1'Assyrie sans traverser la Galilee, qui etait soumise a Josias. Josias fit ce que tout roi aurait fait a sa place , il voulut arreter sur ses frontieres des etrangers qui arrivaient en armes.

ligion ct de la morale , le relachement et la securite. L'indifference de la multitude forme un penible contraste avec le zele du roi et d'un petit nombre de personnes qui par-^ tagent zon zele et sa piete. Ainsi que dans 1'ancienne Rome, au temps de sa decadence, on se plaisait a accueillir loutes les religions et tous les culles possibles qui subsislaient en paix les uns a c6te des autres , et a considerer cette tolerance comme un progres de 1'esprit philosophique , de meme nous trouvons au temps de Sophonie toute espece de religions reunies pele-mele en Juda , dont la mort spirituelle est ainsi mise dans tout son jour. II y a encore (i, 4. 5) un reste de Bahal , c'est-a-dire d'adorateurs des Bahalins dont Manasse avail relcve les* autels, et des pretres de ces faux dieux. D'aufres se prosternent sur les terrasses des maisons devant les etoiles ; 5 c'est la un culte nouveau introduit par Manasse (2 Rois xxi, 5; xxin, 5. 41 ; Jer. xix, 15; xxxii, 29), et qui doit etre celui de la religion de Zoroastre importee a Jerusalem depuis la Chal dee. '(*) Mais a cCle de ces seclateurs de cultes pa'iens, se trouvent d'autres gens qui adorent et qui jurent par 1'Eternel, et qui en meme temps jurent par Malcom, c'esta-dire par Moloch , 1'idole des Ammonites (2 Rois xxm, 15. 10), ou par leur roi, Bahal; ils pensent que la foi dans un Dieu est compatible avec cello dans un autre Dieu , et que ce ne sont a tout prendre que des formes diverses et

(*) Ezech. xxm, 14-17; voyez surtout vui , l6. 17; au lieu de : ils metlent une echarde a leur n'ez , lisez : Us portent a leur. nez , devant leur Louche, pendant leurs prieres, une branche de 1'arbre horn , selon les prescriptions de la loi de Zoroastre. L'allusion la plus certaine au dualisme persan est sans contredit Esai'e XLV, S-7. Ces passages sont peut-etre le meilleur argument pour decider la question, encore controversee, de la date de la religion de Zoroastre.

accidentelles d'une seule et meme pensee religieuse. line Iroisieme classe de personnes comprend ceux qui se detournent de 1'Elernel j par indifference religieuse; ils ont abandonne la foi de leurs peres et poursuivent chacun pour soi leur route sans religion positive. Enfin, suivent depres ceux qui ne s'enquierent point de 1'Eternel et ne le re cherchent point, i qui pretendent rester fideles dans leurs cosurs et aux yeux de tous a la veritable foi, mais qui au fond ne croient en rien ; ils vont peut-6tre jusqu'a s'imaginer qu'ils sont fermement attaches a la religion , mais leur cosur ne s'est point encore tourne vers Dieu. D'ailleurs , le mal a fait invasion jusque parnii ceux que Dieu et leurs fonctions appelaient a le reprimer. Dcja au Y. 4 du ch. i, Sophonie a menace des memes chatimens les prelres des idoles et ceux de 1'Eternel, et au ch. HI, 4, il complete le triste tableau qu'il a trace de la decadence religieuse de son peuplc, et il dit : Leurs prophetes sont ehontes et trompeurs, leurs pro ires profanent le sanctuaire et font violence a la loi. T> L'institulion des prophetes cut le sort de toutes les choses les meilleures et les plus saintes , des qu'elles passent par des mains d'hommes : elles ne peuvent echapper a la souillure, a Falteraiion, a la degeneration. On ne dcvrait, il cst vrai , pas s'attcndre a voir la prophetic subir cette meme destince , et aussi s'est-il ecoule bien des sieclcs avant qu'aient paru en Israel de faux prophetes qui prelcndissent recevoir de Dieu des revelations, tandis qu'ils ne parlaient que par leur proprc esprit et qu'ils ne prcsentaient au peuple que leurs pensees et leurs reves. Ils deviennent tres nombreux dans les derniers temps du royaumc de Juda, sous Sophonie et Jeremie, et ce dernier surlout a soulenu. de ponihles luttes contre ces faux prophetes qui parlaient au peuple selon son desir. Cependant, le sacerdoce suivait la meme marche que la prophetie et se corrompait parciUement. Les prelres s'acquittaient de leurs

foncdons exterieures et maintenaient avec les anciennes pratiques les privileges de leur charge , et le zele reformateur du roi venait a leur aide ; mais leur coeur n'en etait pour cela pas meilleur, ils sayaient concilier avec leur dignite sacerdotale tant d'actes reprehensibles , et faire servir la loi et la foi a tant de vues et d'intere'ts coupables, que le vrai prophete de 1'Eternel les declare des profanateurs du sanctuaire et de sacrileges yiolaleurs de la loi.

L'etat moral et social du peuple est celui que comporte une telle absence de vie religieuse dans une epoque de prosperite et de paix exterieure : il y a bien-etre , amour des richesses et des choses de la terre , securite cbarnelle , oppression et violence de la part des grands et des puissans, et imitation des inoeurs et usages des peuples pa'iens. Aussi entend-on Sophonie s'adresser au peuple de marcbands (Canaan , Osee xn , 8) et a tous ceux qui sont charges d'argent , leur annoncer le pillage de leurs biens et de leurs maisons , et leur dire que ni leur or ni leur argent ne les delivreront au jour de la colere de Dieu (i, 11. 15. 18). Ceux a qui il parle reposent la dans une insolente securite sur leurs lies, comme un vin qu'on ne transvaserait pas , et ils disent dans leur cceur : 1'Eternel n'envoie ni les biens ni les maux ; i3s batissent des maisons, ilsplantent des vignes , comme si les temps etaient bons et que les prophetes n'annoncassent point une ruine imminente ; mais ils n'y habiteront point, ils n'enboiront pas levin (i, 12. 15). Les seigneurs sont represented comme des lions qui rugissent au milieu meme de la yille , et qui y devorent leurs proies aux yeux de tous ; les juges prevaricateurs , comme des loups qui sortent vers le soir, et qui dechirent leurs victimes dans le secret de la nuit, si bien qu'au matin il ne reste pas de traces visibles de leurs degats (in, 5). A la cour on recherchait les vetemens de prix des peuples etrangers (i, 8), et la coutume des Pbilistins de sauter par

10 S0PHONIE.

dessus le seuil (1 Sam. V), s'etait introduite chez les Israelites , sans doute avec d'autres usages paiens de ce m6me peuple.

Sophonie a prophetise sous Josias et dans la premiere moitie de son regne; car il parle comme d'un evenement futur de la ruinc deNinive qu'on s'accorde a placer en 1'an 625 avant Jesus-Christ; or, cetle annee etait la 15 e du regne de Josias, qui a dure 31 ans. D'autre part, ce livre contient plusieurs details sur 1'etat religieux de la nation, qui ne peuvent s' entendre des quatre premieres annees de ce regne. En effet, les Croniques, xxxiv, distinguent trois epoques dans la Yie de Josias. La premiere, qui commence avec son avenement au tr6ne a 1'age de huit ans , et finit a sa douzieme annee : le roi , malgre sa grande jeunesse , recherchait deja le Dieu de David son pere, > mais 1'idolatrie favorisee par Manasse et par Ammon, regnait en plein dans ses etats, et il ne travaillait point encore a la combattre. II ne pouvait alors etre question t de restes des Bahalins (i, 5), ni des lois de TEternel exposees chaque jour au peuple (m, 5); ces traits ne peuvent s' entendre que d'un temps ou la plupart des autels des faux dieux ont ete deja detruits , et ou le culte regulier est retabh'. Et c'est la ce qui eut lieu depuis la douzieme annee de la vie de Josias a sa dix-huitieme ; le pieux roi renverse idoles et autels , et nettoie le pays et le temple , toutefois il ne peut empecher qu'il n'y ait encore bien des restes des cultes idolatres. Mais en la dix-buitieme annee on trouva le livre de la loi dans le temple , on le lut devant le peuple , et depuis ce temps jusques a la fin du regne de Josias, chacun fut oblige de servir 1'Eternel , toutes les abominations furent otees, et Ton ne se detourna point de 1'Eternel. Alors done les restes des Bahalins dont parle Sophonie, et les pr&res paiens avaient disparu. Ainsi tout concourt a placer la date du livre de Sophonie entre 655 et 62o.

II prophelisait done pendant que Josias extirpait 1'idolatrie , et il prechait la repentance interieure a ce peuple que son roi obligeait a seryir exterieurement le vrai Dieu. Mais combien ses menaces et ses predictions d'une ruine prochaine devaient causer de douleur et a Iui-m6me et au pieux Josias ! Toute cette reforme , en apparence si belle , si pure, si glorieuse, ne sauvera point Juda de la ruine, parce qu'elle n'est pas un vrai retour a Dieu ; toutes les esperances dont se nourrissent sans doute le roi et ceux qui partagent sa piete, ne sont point ratifiees dans les cieux, le peuple ne reprendra point Tie et ne rajeunira pas , ii ne se convertira pas du cceur a Dieu. Le regard prophetique perce sous 1'ecorce brillante et decouvre le noyau qui est ronge des vers , et qiie rien ne veut retablir en son premier etat ; Sophonie ne parle que de chatimens et que d'une ruine prochaine, ainsi que 1'ont fait a la meme cpoque la prophetesse Hulda (2 Cron. xxxiv, 22-26) et Jeremie.

Nous ne connaissons de la personne de Sophonie que^ ce que nous lisons en t^te de son livre. II descendait , par son arriere-grand-pere , d'un Ezechias. On ne peut expliquer pourquoi sa genealogie est indiquee, contre 1'usage, jusques au quatrieme degre, qu'en supposant que cet Ezechias est le roi de Juda.

Nous ne retrouverons plus dans les prophetes de la seconde periode Toriginalite des images, 1'energie de Texpression, la vivacite d'imagination, 1'elan et 1'enthousiasme qui distinguent les livres propheliques de la periode anterieure. Mais d'autres caraclercs , tout aussi remarquables, s'offrent a nous dans les livres qui nous restent a analyser, et ainsi se Yerifie ce que 1'Ecriture sainte nous dit des donsjfdivers que 1'Esprit de Dieu distribue a cbacun selon qu'il lui plait.

Sophonie est plein de forced de precision, et son livrc est , par la clarte et la simplicite m&me de son style , d'une grande beaute litteraire. Mais de nature cet Israelite n'est pas poele, on sent que chez lui 1'imagination est moins forte que I'intelligence , et qu'il examine avec serieux et avec calme 1'etat moral et religieux de son peuple. Aussi le don qu'il a recu d'en haut, c'est la vue d'ensemble, et ce qui le distingue comrne prophete , c'est le regard d'aigle qui embrasse d'un coup d'oeil toutes les nations et tous les siecles. On pourrait appeler son livre, qui ne contient que trois chapitres, un resume de toute la prophetic hebraique.

En efiet, ce livre se divise, aussi bien que ceux d'Esa'ie et d'Ezechiel , en trois parties :

Les menaces et les exhortations adressees au peuple de Dieu, ch. i (Esai'e I-XH; Ezech. i-xxiv).

L'annonce des jugemens de Dieu centre les peuples pa'iens, ch. n et in, 1-7 (Es. xm-xxxix, avec des propheties contre les Hebreux; Ezech. xxv-xxxv).

Les prophelies messianiques , in, 8-20 (Es. XL-LXVI; Ezech. XXXVI-XLVHI) .

Ces trois parlies sont d'ailleurs intimement unies Tune a 1'autre, et il serait tout aussi vrai de dire que le livre ne forme qu'un tout unique, et qu'il s'adresse d'abord a Juda coupable qui doit etre chalie , puis a Juda et aux Genlils , et enfin a tous les vrais Israelites a qui appartiennent les promesses.

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