‹ Explication des douze derniers livres prophétiques de l'Ancien Testament [microform]Chapitre 30 sur 49 · EACH A HIE · texte numérisé non relu

EACH A HIE

fonde et d'une grande prosperite ; Babylone elle-meme , la grande ennemie de Dieu , semblait insulter aux prophetes de I'Elernel qui avaient annonce sa ruine totale : Cyrus en la prenant ne I'avait point renversee, elle etail aussi riche et florissanle que jamais. Cependant le peuple de Dieu succombait sous le poids de ses souffrances; la Terre sainte etait en majeure partie occupee par des peuples pa'iens devarit lesquels tremblaient les Juifs du retour (Esdr. m, 3; iv, 4) ; le nombre des nouveaux habitans etait peu considerable et la Judee propre elle-me'me etait comme deserte; Jerusalem offrait encore de Tastes ruines , et ses murailles n'etaient point relevees (Neh. i. n); la construction du temple etait sans cesse entravee par les peuples voisins, elle avait me"me ete entierement abandonnee, et il n'avait fallu rien moins que les revelations d'Aggee, qui se succedaient rapidement, pour rendre quelque courage aux Juifs el les decider a remettre la main a rceuvre (Esdr. iv. v; Aggee i. n) . Les impies triomphaient a la vue dc la desolation des justes et de la prosperite insolente et impunie des medians (Mai. ii, 17; HI, 15). Les fideles etaient ebranles dans leur foi en la fidelite ou en la toule-puissance de leur Dieu , dont les magnifiques promesses trouvaient a peine un faible et imparfait accomplissement dans le retablissement d'une partie des Juifs captifs, II etait temps de reveler au peuple de 1'alliance les desseins de Dieu a son egard.

Zacharie a une vision. Un homme s'offre a ses regards : c'est 1' Ange de I'Eternel, le Messie sous une forme humaine tel qu'il s'etait manifeste aux patriarches et aux prophetes, tel qu'il se revelera tin jour sous le nom de Jesus. Get homme-Dieu n'apparait point a Zacharie dans les cieux ; il demeure sur la terre, pres des siens, a Jerusalem, non pas dans le temple qui a ele detruit , et qui n'est pas encore releve , mais dans cette vallee profonde ou coulent les eaux paisibles de Siloah et qui est inaccessible aux regards des

16 ZACHA.RIE.

Gentils. Get homme est monte sur un cheval, sur un animal de guerre (Apoc. xix, 11; comp. Josue v, 15. 14; Deut. xxxm, 26. 27), et a sa suite sont de nombreux chevauoc. II n'a point encore, il est vrai, sa couronne royale (vi, 9-15), mais il n'en est pas moins roi , il est ne pour cela : il est done puissant pour proteger son peuple, puissant pour detruire ses ennemis , et le veritable maitre de la terre n'est point a Babylone, a Suse, a Persepolis, il est ou nul homme ne le chercherait , mais ou le contemple avec joie et amour I'ffiil de la foi (Es.-XLV, 15), il se tient dans une retraite ignoree d'ou il sortira dans sa force au moment convenable, il est comme en embuscade au centre meme des regions oii se joue le drame de 1'histoire. 8.

Mais comment est represente le peuple elu au milieu duquel se tient le Messie? Par des myrtes : non point par le cedre orgueilleux (xi, 2) qui croit sur les cimes des montagnes, ni par le chene qui par sa propre force resiste a 1'ouragan , mais par un arbre ou plut6t un arbrisseau qui n 1 attire point la vue des passans, quise plait dans les lieux bas et y prospere mieux qu'ailleurs , qui est 1'indicc d'uiie terre bonne et fertile (Es. LV, 15), qui repand un parfum agreable, et reste vert toute 1'annee, et dont les branches ornaient les tentes des Hebreux a la joyeuse fete des Tabernacles (Neh. vm, 15), tandis que les pa'iens en faisaient un symbole de i'amour. Humble, paisible, prospere m&ne dans la mauvaise saison , exhaiant les doux parfums de la charite et de la saintele, invisible au monde, telle est bien aussi la veritable Eglise du Messie ; et elle ne prend point les armes et ne monte point a cheval, parce que son Chef combat pour elle et qu'il se nomme le Dieu fort. L'Eglise est parmi les arbres ce qu'est le myrte ou la vigne ; parmi les animaux, ce que sont les brebis ; parmi les eaux courantes, ce qu'est la fontaine de Siloah qui coule doucement (Es. vm).

Son puissant protecteur en qui elie se confie et autour duquel elle se range , est monte sur un cheval roux. Le rouge est la couleur de Hndignation et de la colere , il est aussi celle du sang (2 Rois in, 22) . L'Ange de 1'Eternel est emu d'une grande colere contre les Gentils et d'une grande jalousie pour son peuple ; et bient6t il sortira de sa relraite et ira en Edom teindre ses vetemens dans le sang de ses ennemis (vi, 2; Es. txm; Apoc. xix, 15. 15) 8.

II a pour armee non des cavaliers, qui seraient ses egaux, et 1'Ange de 1'Eternel ne peut en avoir, mais des chevaux , les dociles et rapides instrumens de ses volontes. Ces chevaux sont de couleurs differentes, lesquelles ne peuvent ici designer des affections personnelles, et qui signifient simplement les divers genres de messages qu'ils ont a remplir. Les chevaux blancs sont des chevaux de victoire et de triomphe (Apoc. xix, 11; vi, 2) ; les roux indiquent le sang verse dans les combats , les massacres et en particulier les guerres civiles (Apoc. vi, 4). Le mot hebreu qui designe la troisieme couleur, a un sens conteste : si ces chevaux sont de couleur pale (Apoc. vi, 8), ils indiqueraient toute espece possible de mort par 1'epee, la famine, la peste et les b6tes sauvages; s'ils sont bais ou de deux couleurs, ils signifieraient un etat intermediaire ou melange de biens et de maux. Ces trois especes de serviteurs de l'Homme-Dieu sont prets a executer ses ordres pour le bien de I'Eglise parmi les nations pa'iennes , auxquelles ils apporteront , quand il le leur dira, des succes, des revers, des alternatives de guerre et depaix.-8.10.il. *

Zacharie, s'adressant a son inlerprete (qui n'est point mentionne auparavant, parce qu'il ne fait point partie de la vision prophetique ) , et lui montrant ces chevaux , lui demande : Que sont ceux Id? L'Ange ne les lui explique pas , mais il lui ouvre I'intelligence , et lui dit : G'est moi qui vais te faire voir et comprendre ce qu'ils sont. > Alors

I'homme qui se tenait entre les myrtes , repond a Zacharie : t Ce sont ceux qu'a envoy es I'Eternel pour parcourirla terre. > Et ces messagers , ces anges d'un ordre inferieur, repondent a cet homme que Zacharie recommit maintenant pour I'Ange de I'Eternel, et disent : .Nous avons parcouru la terre, et void, toute la terre est paisible et tranquille, tandis que la Terre de TEternel est desolee. Un tel contraste est en opposition directe avec les desseins de Dieu et la prophetic , et appelle Intercession de I'Ange de I'Eternel en faveur de Jerusalem et des villes de Juda; les soixante et dix annees pendant lesquelles devait durer la colere de Dieu contre son peuple sont ecoulees, le temps de la compassion est venu. Comme cette intercession avait lieu en vision et que la vision s'adressait a Zacharie , I'Eternel repond non pas a I'Ange de I'Eternel, mais a I'ange qui accompagne le prophete, etlui dit des paroles donees , des paroles consolantes , que Zacharie ne peut comprendre parce qu'il est homme , mais dont il pressent le contenu au ton dont elles sont prononcees. L'Ange les lui repete dans le langagc humain : < Crie disant : Ainsi a dit I'Eterdel des armees : Je ressens des longtemps un grand zele, un grand amour pour Jerusalem et pour Sion. Et d'une grande indignation moije suis maintenant indigne contre les peuples pai'ens qui sont presentement tranquilles; car j'etais un peu indigne contre Juda (i, 2), eteux, Us out aide a maL C'est pourquoi, ainsi a dit I'Eternel des armees : Je me suis retourne (i, 3) vers Jerusalem dans mes compassions; ma maison s'y Mtira, declare I'Eternel des armees (et le temple fut acheve quatre annees apres, la sixieme annee de Darius ) , et le niveau sera etendu (soixante et dix ans plus tard!) sur Jerusalem (par Nehemie). Crie encore (et ces mots indiquent qu'un grand intervalle separe la premiere prophetic de celle qui suit) crie encore disant : Ainsi a dit I'Eternel des armees : les villes deborderont encore de biens (sous les rois Asmoneens etldumeensj la Judee s'est insen-

siblement relevee de sa ruine et s'est elevee a un degre extraordinaire de prosperite), et I'Eternel a console encore Sion et elu encore (Agg. 11, 23) Jerusalem, comme le prouvent assez la gloire qu'il lui prepare (n) , et le pardon qu'il lui accorde ( m ) . 9-1 7 .

Cette premiere vision ne fait point connaitre d'uue maniere positive le sort reserve a Babylone et aux autres peuples pa'iens : c'est i'objet de la vision suivante.

- Les quatre cornes et les quatre forgerons.

La come, arme redoutable du taureau et du buffle, est le symbole de la force et de la puissance temporelle. Ge symbole s'applique au peuple elu (Ps. LXXXIX, 17; CXLVHI, 14), comme a ses adversaires (Ps. LXXV, 5), et peut done etre pris indifferemment dans un bon et dans un mauvais sens. Cependant ce dernier sens avait prevalu dans les visions de Daniel qui represenlaient par des cornes les dix royaumes qui devaient sortir de la quatrieme monarchic universelle (vn, 7 et suiv.), les deux qui constituaient 1'empire medoperse (vm, 3), les quatre entre lesquels devait se partager 1'empire d'Alexandre (vm, 5, 8), etc. C'est avec ce meme sens d'une puissance mondaine et ennemie de Dieu que s'offre a nous le symbole de la corne dans Zacharie et, plus lard, dans I'Apocalypse de saint Jean (xii, 5; xm, 1 ; xvn, 3. 12. 16).

L'image du forgeron avait ete employee par Esa'i'e LIT, 16-17.

La vision des quatre cornes se rapporte a ceuoc qui ont disperse Juda, Israel et Jerusalem anlerieurement a 1'epoque de Zacharie, c'est-a-dire a. tons les peuples pa'iens qui ont etc pour quelque chose dans la ruine des deux royaumes d'Ephraim et de Juda , et centre lesquels TEternel est fort indigne (i, 15). Ges quatre cornes ne sont done point les quatre monarchies de Daniel dont deux etaient encore a venir au temps de Zacharie, et dont 1'une, celle des Perses, n'a point concouru a la ruine de Jacob. Et tout aussi peu doit-on restreindre la vision aux Samaritains qui entravaient la reedification du temple. Les quatre cornes , ainsi que le dit Theodoret, indiquent non point quatre peuples particuliers, mais les peuples qui sont situes a 1'orient, a 1'occident, au sud et au nord de la Terre sainte (vers les quatre vents des cieux; n, 10; vi) : ies Babyloniens et les Assyriens, ies Philistins et les Egyptiens , les Idumeens , les Moabites et les Ammonites, les Syriens de Darnas.

Tous ces peuples etaient sans doute incorpores a cette epoque dans le grand empire perse et avaient perdu leur independence politique. Mais ils subsistaient encore et vivaient dans la paix et la prosperite. Les quatre forgerons viendront effrayer, renverser les cornes de ces peuples; des armees des nations semeront 1'epouvante parmi eux et leur Oteront toute leur force, sans toutefois les aneantir. Cette prophetic s'est promptement accomplie pour Babylone dont les habitans furent massacres et les murs renverses a la suite de sa revoke contre Darius Hystaspe. Zacharie, au ch. ix, revient sur la ruine finale de Darnas , des Pheniciens et des Philislins; et les Juifs sous Ies Maccabees et les rois Asmoneens recouvrerent leur independance et s'assujettirent Ies Idumeens et les Moabites. (Gomp. Aggee n, 20-25).

Page 1