‹ Explication des douze derniers livres prophétiques de l'Ancien Testament [microform]Chapitre 7 sur 49 · Jehojachin · texte numérisé non relu

Jehojachin

( d ) Si le passage 2 Rois xxiv, 15, indique 1'annee ou cela arriva , comme la huitieme du regne de Nebucadnezar, cela provienfc de ce que les livres historiques de 1'Ancien Testament comptent le regne de ce roi depuis Tan 606 , epoque ou il parut pour la premiere fois devant Jerusalem, a la tete des armees <le son pere, tandis que son accession reelle au trone ne tombe qu'en 1'an 604. Lorsque Daniel compte d'apres les annees de Nebucadnezar, il part de 1'an 604, ce qu'il est necessaire de savoir pour lever les contradictions apparentes auxquelles donwent lieu ces divers points de depart dans les calculs.

( 2 ) Ainsi, Mehemet-AIi avait forme le projet de transporter les Grecs de Moree en Egypte ; la bataille de Navarin a p.u seule 1'empecber d'execuler son plan.

Le roi Sedecias suivit, pendant quelques annees, la politique commandee paries circonstances , dese soumettrepatiemment a la dependance de Babylone. Mais la veritable crainte de Dieu lui denieura etrangere , comrae elle 1'avait ete a ses predecesseurs immediats, et il y avait, en outre , dans son caractere , une certaine faiblesse qui fit quii se laissa entrainer a s'allier avec I'Egypte, par le parti aveugle et presomptueux des grands et par quelques faux prophetes et sacrificateurs. Jeremie expia par la prison le temoignage qu'il rendit a la verite, et tandis que les faux docteurs, pleins d'une confiance charnelle , se dannaient 1'apparence d'une foi sans borne au Dieu de leurs peres, il passait pour un homme qui n'avait pas a cceur le bien de la patrie, parce qu'il repetait le seul bon conseil qu'il y eut a donner, celui de remplir fidelement les devoirs une fois contractes a 1'egard de Nebucadnezar. Ce dernier monta , en 590 , centre Jerusalem , pour infliger atix juifs le dernier chatiment. II s'ecoula cependant encore un an et demi jusqu'a la prise de la ville. Les allies egyptiens ayant fait, pour lasecourir, un inouvement , les Ghaldeens quitterent les environs de Jerusalem pour aller a la rencontre de ce nouvel ennemi. Deja Ton se crut delivre pour toujours , on injuria le prophete Jeremie, qui avait predit la chute de la ville, etles esclaves auxquels on avait accorde la liberte dans les jours d'angoisse , furent remis sous le joug. Le secours de TEgypte ne fut encore cette fois que le roseau qui se brise en eclats et transperce la main qui s'y appuie. Les Egyptiens sc retirerent devant les Ghaldeens , qui reparurent sous les murs de Jerusalem, pour tirer une derniere vengeance de la ville coupable, et pour exercer sur elle un jugement que les prophetes de Dieu avaient des long-temps , mais en vain , denoncc a la generation rebelle. En S88 , la ville forte succomba a 1'art mililaire des Babyloniens. Sedecias, qui avait cherche a s'evader par une 4es portes de la ville , tomba

cnlre les mains de Nebucadnezar, qui , apres lui avoir fait crever les yeux, Temmena a Babylone, ou la plus grande partie du peuple fut pareillement transporter. La ville et le temple furent reduits en cendres. Le petit nombre des in fortunes Israelites qui etaient demeures dans leur patrie desolee, s'enfuirent en Egypte apres le meurtre du gouverneur chaldeen, et Jeremie , qui s'etait devoue, avec un cceur brise, mais avec une fidelite inebranlable, aux derniers debris de son peuple , accompagna cette malheureuse troupe d' emigres dans cette terre etrangere. D'apres la tradition, il y recut la mort de la propre main de ses compatriotes idolatres et endurcis, apres une carriere prophetique qui n'avait etc tout entiere qu'un martyre continuel.

Jerusalem etait tombee , et il ne restait plus des deux royaumes dlsrael que quelques debris. Tout ce que les prophetes avaient annonce s'etait accompli. Mais les promesses eurent, aussi bien que les menaces, leur realisation. Au milieu de la ruine politique et de la destruction du sane tuaire exterieur, dont les vases sacres, et meme Tarche de 1'alliance, avaient ele perdus, 1'esprit de revelation resta debout et conserva son sanctuaire dans les coeurs du petit troupeau de ceux qui avaient une veritable crainte de 1'Eternel. Us etaient le germe duquel devait se developper la plante nouvelle apres que le temps d'epreuves serait passe. Us etaient diriges et soutenus par plusieurs vrais prophetes de Dieu , eutre lesquels nous connaissons particulierement , dans les differens lieux de la dispersion, Daniel, Ezechiel et Jeremie. Nous ne connaissons d'Abdias que sa breve prophetic centre la fierte des Edomites , qui voyaient avec une joie maligne la ruine d'Israel. Les vrais Israelites sentaient profondement dans leurs coeurs le chatiment de Dieu , etaient navres des injures qu'ils avaient a endurer de la part de leurs ennemis , et attendaient avec une vive esperance le temps de la remuneration et de la delivrance. Ce sont ces sen-

timens que nous trouvons exprimes avec une ardeur toute particuliere dans le psaume cxxxvn , chante sous les trisles saules des rivages du fleuve de Babylone.

Tous n'eprouvaient pas sans doute ces regrets. La plus grande partie du peuple se trouva bien dans ce pays etranger, il est vrai, mais beau et fertile. Us s'y etablirent, parvinrent meme a une certaine prosperite , et jouirent d'une sorte d'independance.

Mais si Nebucadnezar avait ete entre les mains de Dieu 1'instrument de ses justes jugemens sur le sanctuaire coupable, Babylone dut porter la peine d' avoir audacieusement profane ce sanctuaire qui, tout souille qu'il fiat, etait encore celui de Dieu. De la mort de ce roi puissant (en 562) jusqu'a la destruction de son empire par les Medes et les Perses, il ne s'ecoula que vingt-trois ans, Gette courte periode se passa en yiolentes revolutions interieures , et en guerres avec les pays etrangers. Le fils impie de Nebucadnezar, Evilmerodach , fut tue , apres deux ans de regne , par son beau-frere Neriglissar , lequel perdit la vie , quatre ans apres, dans une bataille contre Cyrus. Son fils, le cruel Laborosoarchod , succomba, aubout de neuf mois, auneconspiralion, el fut rcinplace par le dernier roi babylonien, Bel~ satzar, qui est aussi nomme, dans 1'histoire profane, Naboned. II doit avoir ete fils d'Evilmerodach, et par consequent petit-fils de Nebucadnezar. Sous son regne, 1'empire des Chaldeens s'ecroula, et a sa place s'eleva la nouvelle puissance des Medes et des Perses , qui prit bientot , dans 1'histoire , comme grand empire persique , la place qu'avaient auparavant occupee les Assyriens et les Babyloniens. Avec cette nouvelle epoque de 1'histoire profane comnienca aussi, pour Israel , une nouvelle periode de son histoire, qu'il nous reste a exposer.

Les Medes, venus du nord-est , et les Perses, des montagnes de Test, s'emparerent des belles contrees qui s'etendaient au pied des montagncs , leur patrie. L'bistoire ancienne de ces deux peuples est fort obscure. Apres la chute du premier empire assyrien, a cette meme epoque ou Phul et ses successeurs regnaient dans un nouveau royaume d' Assyrie, et ou Nabonassar etablissait en Babylonie une ere nouvelle , Arbace parut comme fondateur de 1'independance des Medes. Mais on suppose, d'apres 2Rois XVH, 6, ou nous lisons que les Israelites emmenes du royaume d'Ephra'im , en 721 , furent transporter , entre autres , dans les villes des Medes, que les Assyriens avaient, bientdt apres, reconquis la souyerainete sur la Medie. Us en furent definitivement chasses par Dejoces, qui affranchit de nouveau sa palrie de leur joug. Phraorte soumit les Perses aux Medes , et Cambyse , pere de Cyrus (*), n'etaitqu'un roi perse vassal; cependant il avait epouse Mandane , fille d'Astyage , son suzerain. Cyrus, qui etait ainsi petit-fils de ce dernier, recut, apres samort, desonfilset successeur, Cyaxarell ( 2 ), le commandement des armees du royaume medique , pour porter la guerre contre la puissance chancelante des Chaldeens a Babylone.

(*) Cyrus est le nom latinise; celui qu'on trouve dans la Bible

est Cores.

( 2 ) Cyaxare etait oncle de Cyrus. Le tableau genealogique qui suit indique les rapports de famille qui existaient vraisemblablement alors entre les deux maisons regnantes de Perse et de Medie.

Astyage.

Cyaxare II. Mandane. Cambyse.

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Une fille. Cyrus.

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En 559 , Cyrus s'empara de Babylone par surprise. Ayant fait creuser des canaux lateraux , destines a recevoir 1'eau de 1'Euphrate qui passait au milieu de cette immense cite , il 1'y fit entrer tout a coup pendant une nuit de fetes et de debauches (Daniel v). Le lit du fleuye, ainsi mis a sec, fournit aux Medes et aux Perses yictorieux , une voie par laquelle ils se precipiterent dans la ville plongee dans 1'ivresse.

Gyaxare II , ou Darius le Mede , ne regna sur ces pays conquis que pendant deux ans. II mourut en 557, et comme Cyrus avait epouse sa fille , ce nouvel empire echut a ce jeune prince, et passa ainsi a la race des Perses. Alors commenca la monarchic de Cyrus et 1'empire persique.

Daniel veeut a la cour de Babylone pendant tout le temps de la gloire de Nebucadnezar, pendant la periode de decadence de son empire , et jusqu'au commencement de 1'empire medo-perse. Les successeurs de Nebucadnezar 1'oublierent , et dans la nuit ou Babylone fut prise , ii n'y eut que la reine-mere , fille de Nebucadnezar , qui se souvint de Daniel et de sa science prophetique. Sous Darius le Mede, il jouit de nouveau d'une grande consideration, et on peut vraisemblablement attribuer en partie a son influence la permission que Cyrus donna , deja en 556 , aux Israelites de retourner dans leur patrie, et la protection officielle, ainsi que les secours divers qu'il leur accorda. II s'etait ecoule precisement septante ans depuis la premiere attaque de Nebucadnezar contre Jerusalem , en 606 , et la translation de Daniel a Babylone. Ces septante annees d' oppression et d'ignominie se comptent d'apres la vie et le sort de Daniel, et toute 1'histoire de celte epoque , si pleine de douleur pour Israel, montre, du reste, que par ses serviteurs Dieu se tient tout pres de son peuple chatie , dans le temps meme ou il semble s'etre retire de lui, et que ses serviteurs sont appeles les premiers a boire de la coupe du chatiment commun, afin que, sympathisant avcc le peu-

pie ct souffrant avec lui, ils se tiennent, en intercedant pour lui, devant 1'autel des souffrances.

Le nombre de ceux qui profiterent de la permission de retourner dans leur patrie ne fut pas considerable. Ce fu rent principalement des Israelites des tribus de Juda et de Benjamin , qui appartenaient a 1'ancien royaume de Juda ; aussi, des cette epoque, le nom de Juifs fut-il particulierement en usage pour designer les nouveaux habitans de la Terre-Sainte. Cependant plusieurs Israelites de 1'ancien royaume d'Ephraim revinrent sans doute habiter la ville nouvelle , et ceux qui avaient ete laisses dans le pays , surtout dans la partie superieure de la Galilee, servirent a completer la population de Tetat juif qui serelevait. Zorobabel (*), de la famille royale , et Jehosuah , de la famille d'Eleazar et d' Aaron , se mirent , 1'un , comme prince , 1'autre , comme souverain sacrificateur, a la tete des emigrans. La construction se fit dans un temps facheux. > Les agressions jalouses des pai'ens qui habitaient Fancienne province d'Ephraim , connus sous le nom de Samaritains, entraverent considerablement la reedification de la ville et du temple sous les successeurs immediats de C^TUS, et causerentun grand decouragement auxjuifs revenus dans leur patrie, qui s'attendaient a voir s'accomplir immediatement les propheties relatives aux benedictions des derniers temps. Ce fut seulenient sous Darius, fils d'Hystaspe (qui regna depuis 1'an 521), apres qu'il se fut ecoule aussi septante ans environ depuis la destruction du temple, que Ton put relever et enfin consacrer, en 513, le nouveau sanctuaire.

Ce second temple, dans lequel manquaient les vases sacres les plus importans , et qui ne presentait pour lieu tres saint qu'un espace sombre et vide , fut construit au milieu

(*) Aggee i,i; Esdras i, 8. Dans ce dernier passage, Zorobabel porte le nom perse de Scsbaisar.

des encouragemens des prophetes Aggee et Zacharie. Ces deux prophetes , avec Malachie dont nous parlerons plus lard, furent les derniers chainons de celte longue suite de prophetes qui commence a Samuel et s'etend a travers les siecles et toutes les vicissitudes d'Israel. En eux etait une Tie superieure et imperissable , qui sauva de I'aneantissement la nation juive qui devait cesser entierement d'exister comme corps politique , et ce fut encore cet esprit et cetle Tie qui , par Aggee et Zacharie , aida a reconslruire un nou- Teau sanctuaire qui dura jusqu'au temps ou le Seigneur dit : 4 Yoici, TOtre maison Ta devenir deserte (Matth. xxm, 58).

Mais ce ne furent pas seulement les Juifs retablis dans leur patrie qui durent passer par 1'epreuve , ceux qui elaient demeures dans 1'etranger y furent aussi exposes. Sous Xerxes (*) , successeur de Darius , la masse entiere de ceux qui etaient dans I 1 empire des Perses, fut menacee de cette destruction terrible dont le livre d'Esther nous parle , et qui , grace a la rnisericordieuse providence de 1'Eternel , fut detournee par la fille adoptive de Mardochee , devenue reine des Perses.

Les affaires des juifs revenus en Judee etaient dans un triste etat lorsque, en 458 , sous le roi des Perses Artaxerxcs longue-main ( 2 ) , Esdras put amener dans la Terre-Sainte

(*) Ce roi regna de 48o-46S ; il est surtout connu dans 1'histoire profane par sa campagne centre les Grecs, et par son caractere vaniteux et fantasque. II est appele, dans la Bible, Assucrus (Ahasverm) ; mais les decouverles recentes qu'on a faites sur 1'orthographe primitive de ce nom en langue persique, montrent qne c'est au fond le meme nom que Xerxes en grec. En effet, en langage perse, ce nom est Kh sch wersche; en hebreu il est devenu, avec un A initial, Ahasveros ; tandis que les Grecs ont change les deux premieres lettres ( kh el sch ) ainsi qae 1'avant-derniere (sch), en leur X, ce qui a fait le mot Xerxes. Voyez Gesen. Thes. p. 74.

( 2 ) Arlaxcrxes tongue-main est appele, dans la Bible, Arlhasaslha. Le nom perse est Arlachschatra , d'ou les Grecs , par

une nouvelle colonie. II fut muni des pleins-pouvoirs necessaires pour travailler efficacement au retablissement d'un peuple d'Israelites. Son origine saccrdotale , ainsi que sa science et sa piete bien connues , lui acquirent , aupres de ses compatriotes, la consideration necessaire pour etablir les institutions religieuses sans lesquelles on aurait bien pu, sans doute, fonder un nouvel etat juif, mais non une eglise Israelite. Une colonie juive a Jerusalem , sans constitution ecclesiastique et sans organisation religieuse, se serait bientCt dissoute.

Les juifs meltent ordinairement Esdras a cdte de Mo'ise ; celui-ci est pour eux le fondateur, et Esdras le restaurateur du judaisme. Us ont raison jusqu'a un certain point. C'etait des prophetes qu'etait partie la vie qui avait penetre et anime les lois mosa'iques, a dater de Samuel , et leur action approchait de sa fin au temps d'Esdras. Mais pour ce qui regarde les institutions exterieures, Mo'ise et Esdras sont inconlestablement comme les deux piliers de 1'edifice religieux. Le peche national de 1'idolatrie avait amene la ruine nationale , et les institutions mosa'iques , dont un grand nombre n'avait jamais ete mis en pratique, se trouverent ense- Yelies dans les decombres et les cendres de la destruction. Ce fut sur ces ruines qu'Esdras eleva 1'eglise nouvelle, mais il ne put lui communiquer 1' esprit sans lequel les meilleures formes ne produisent que de vaines observances. II se vit bien encore entoure d'hommes dans lesquels etait 1' esprit du Dieu vivant , et meme apres lui Malachie fit entendre la parole de 1'Eternel ; mais c'etait comme la cloche du soir, qui sonnait les funerailles de 1'esprit prophetique. Des lors, moins 1'esprit vivant a marche devant 1'eglise israelite comme

une mutation de consonnes difficiles pour eux, ont fait Arlaxcrxes. On trouve encore aujourd'hui, dans les langues modernes , des changemens plus frappans ; on n'a qu'a comparer London et Londres ; Kjobenhavn et Koppenhugen ; Chlodewig, Ludwig et Louis.

US

une colonne de feu , plus on s'est appuye fortement en arriere sur la lettre de la loi ecrite , et ainsi s'est developpe , dans 1'eglise juive nouvellement organisee par Esdras, le systeme litteral. C'est ce systeme qui se monlre a nous , dans le Nouveau Testament, comme pharisdisme, et d'ou s'est forme , apres la destruction de Jerusalem par les Remains , le rabbinisme ; redige par ecrit dans le Talmud , il a preserve jusqu'a nos jours le judai'sme , qui n'est plus qu'une momie , sinon de la mort spirituelle , au moiiis de la corruption et de 1'aneantissement.

A louvre ecclesiastique d'Esdras yint s'adjoindre , plus tard (depuis 455) , 1'ceuvre politique de Nehemie. Les murs de Jerusalem etaient encore en ruines , et les ennemis des Juifs avaient reussi jusqu'alors , sinon a empecher la reconstruction de la yille et du temple , du moins a arreter celle des murailles qui devaient les fortifier. Nehemie, muni des pouYoirs necessaires, s'appliqua a cette reuvre avecune energique aclivite et une fidelite infatigable , et donna au nouyel etat des bases legales pour la vie civile , comme Esdras Tavait fait pour les choses ecclesiastiques ; et apres un sejour de douze ans a Jerusalem, il retourna (selon la parole qu'il avait donnee, Nehem. n, 6; xm, 6) a la cour de Perse, en 1'an 452. Plus tard (*), Yraisemblablement apres

( d ) Faute de renseignemens suffisans, il est tres-difficile de determiner le moment ou Nehemie revint pour la seconde fois en Judee ; on est reduit, a cet egard, a des suppositions. En fixant pour cela 1'an 412, nous avons suivi les supputations des chronologistes les plus dignes de confiance. Nos versions disent que Nehemie revint en Judee au bout de quelque temps, celle de Luther dit meme apres un certain nomhre de jours ; quelques commentateurs out voulu entendre par la 1'espace d'un an; mais dans un si court espace de temps les Juifs ji'auraient pas pu avoir conclu des manages avec des femmes etrangeres , et avoir deja des enfans parlant asdodien. Nehem. xm, 24. On sail, du reste, que 1'expression hebrai'que lekezjamin, designe un espace de temps tout a fait indetermine.

s'etre libere du service du roi , Nehemie revint une seconde fois dans sa chere patrie , essenliellement pour parer aux desordres et aux abus qui s'etaient introduits parmi les juifs , et probablement aussi pour faire reposer ses cheyeux blancs dans la terre de ses pores.

Ces derniers efforts du fidele Nehemie furent appuyes par les saints avertissemens et par les predictions de Malachie , le dernier des prophetes. Get envoye de Dieu n'indique pas, il est vrai, dans son livre, 1'epoque de son ministere; mais le rapprochement des circonstances dont il parle et de celles que presente le livre de Nehemie , montre que sur le soir de sa vie, ce dernier put jouir, pour metlre la derniere main a son ceuvre, de la lumiere repandue par Malachie.

II fut revele a Malachie que la voix de la prophetic ne se ferait dorenavant plus entendre a Israel. Aussi, a la fin de ses predictions , renvoie-t-il immediatement au Seigneur lui-meme, conime a 1'ange ou au messager de r alliance qui doit venir dans son temple pour exercer son jugement.

Avec Malachie se clot cette succession de prophetes ininterrornpue pendant sept siecles ; ayec lui se closent les livres canoniques de 1'Ancien Testament, avec lui se clot Tancienne alliance. La periode qui s'ecoula entre Malachie et Tincarnation du Messie annonce par lui et par tous les prophetes, fut privee de la parole de 1'Eternel , et elle montre claire ment combien est impuissant 1'attachement le plus consciencieux et le plus entier a la lettre de la loi, quand 1'esprit du Seigneur n'anime pas son peuple et ne lui donne pas la Yeri table yie.

Nous ecrivons pour les amis des saintes Ecritures, et non pour les sceptiques et lesincredules, avec lesquels nous n'entrons point en lice ; et si parmi nos lecteurs il s'en trou- Yait qui vinssent a nous avec des doutes et des objections , nous leur dirions simplement : Essayez de YOUS placer a notre point de YUC; laissez a la Bible 1'honneur et 1'autorite qu'elle a depuis nombre de siecles , et qu'elle conservera jusqu'a ce que le ciel et la terre passeront , et voyez si tout

( d ) M. Preiswerk place dans son tableau chronologique Jonas apres Joel , et dans ses articles particuliers sur ces deux prophetes Joel apres Jonas. La difference est depeu d'importance, puisque tout annonce qu'ils ont etc conlemporains , et que la question est simplement de savoir ou plutot de conjecturer lequel des deux a prophetise et est ne avant 1'autre. Nous n'avons pas voulu modifier le tableau synchronistique, et nous avons place Jonas en tete des douze petits prophetes, tant pourne pas nous ecarter des traces de M. Preiswerk , que parce que son livre, tout historique, nous a paru former une bonne transition entre les premiers prophetes qui n'ont rien ecrit , tels qu'Elie et Elisee , et les prophetes subsequens dont nous avons les predictions redigees par ecrit.

Nous rappellerons a nos lecteurs {'explication, pratique du livre de Jonas qui a paru dans la Feuille religieuse du canton de Vaudenl840. , (Trad.)

nc vous apparaitra pas plus simple, plus clair, plus rationnel, que ce n'est le cas quand vous TOUS liyrez a des doutes qui ne peuyent que detruire. Cette preuye inliine , qui se formera comme d'elle-meme dans yotre propre esprit , est la seule que nous voulons YOUS presenter. >

Mais le livre de Jonas renferme un fait qui a paru a plusieurs fideles eux-memes depasser les limites possibles de la foi : nous voulons parler des trois jours que le prophete a passes dans le yentre d'un grand poisson. Et nous croyons deyoir, par exception, presenter quelques reflexions juslificatiyes, que nous adressons moins au sceptique qu'au croyant dont on cherche a ebranler la foi. Nous partons ainsi de la croyance aux miracles, et examinerons simplement si le miracle en question est tel qu'il faille y yoir une allegoric ou une yision.

Et d'abord remarquons que le reste du livre nepresente rien qui puisse faire naitre quelque doute sur son inspiration. On n'y voit nulle doctrine opposee aux revelations de Dieu ; bien au contraire, les pensees principales de cet ecrit sont tellement superieures a la maniere de yoir des Hebreux , qu'elles supposent necessairement une illumination divine. Et tous les details du recit, la conduite des matelots, 1'etat de Ninive , ce qui se passe dans cette ville , portent un tel cachet de verite et de simplicite historique , que 1'incredule m6me n'y trouverait aucune prise. G'est done ce qui est dit du poisson, qui seul, dans cet ecrit, donne lieu a des objections.

Mais les objections se refutent sans grande peine a un examen attentif. G'est un fait bien connu , qu'il existe dans la mer, dans la Mediterranee , des poissons ou des cetaces dont le gosier est assez large pour donner passage a un homme entier. Plusieurs exeinples 1'ont prouve du requin, et Ton a trouve dans le ventre de cachalots des chiens de mer, des dauphins, des requins, dont un, entre autres , de

plus de quinze pieds, et de jeunes baleines. Personne ne niera qu'un de ces animaux ne puisse rejeter intact le corps qu'il a avale entier. Le miracle est done possible.

Mais est-il possible que Jonas ait vecu dans le ventre de ce grand poisson , qu'il n'y ait pas etc etouffe, et que meme il y ait conserve la conscience de ce qui lui arrivait, au point de pouvoir invoquer Dieu? Le miracle consiste precisement en ce que Jonas a ete conserve vivant dans des circonstances qui sont d' ordinaire mortelles. Maisil porte le meme caractere que la plupart des autres miracles bibliques , ou Ton voit Dieu operer, par 1'entremise d'une force divine, en un temps tres court et dans de grandes proportions , ce qui , d' ordinaire , ne se fait que lentement et en petit. Chacun sait que la vie ne se retire pas du corps au moment ou rhomme cesse de respirer : la preuve en est les nombreux exemples de personnes rappelees a la vie apres avoir reste quelque temps sous I'eau. Mais si Ton peut ne pas respirer pendant une demi-heure et plus , et cependant vivre encore , il n'est point impossible que ce temps , par un acte special de la volonte divine, soit prolonge considerablement, et c'est dans cette prolongation que consiste uniquement le miracle de Jonas.

Ne connait-on meme pas un grand nombre de cas de lethargic ou les fonctions ordinaires et necessaires de la vie, la respiration , la circulation du sang cessent pendant plusieurs jours, durant lesquels cependant la vie est encore la? Si ce fait n'etait pas connu, et que la Bible nous parlat d'un homme qui serait revenu a la vie apres que le pouls et la respiration avaient cesse depuis plusieurs jours , ne se recrierait-on pas sur 1'impossibilite d'un tel fait? Et cependant ce ne serait pas me'me un miracle; ou , si vous voulez , ce miracle cesserait-il d'en etre un parce qu'il se repete souvent, et qu'il a ete examine scienlifiquement, constate juridiquement? Sans parler des neuf mois que chacun de nous

a passes sans air ni lumiere avant sa naissance. Le miracle, qui est Men reel , n'a done rien de plus extraordinaire , de plus invraisemblable que tons les aulres.

Jonas, fils d'Amitta'i, yivait sous Jeroboam II, roi d'E phra'im , a qui il avait annonce ses succes centre les Syriens (2 Rois xiv , 25 ) . Son epoque est ainsi vraisemblablement peu anterieure a 1'an 800. Or, c r est a peu pres dans ce temps que le roi de Medie , Arbace, a renyerse I'ancien empire d'Assyrie , et la mission de Jonas a Ninive a done du preceder de peu de temps la destruction de cette ville , qui n'a etc que suspendue et retardee par la repentance de ses habifans. Le roi qui regnait a 1'arrivee du prophete, et qui a etc ebranle et touche par sa predication , peut avoir ete ce meme Sardanapale sous qui la ville a ete prise , et qui est celebre par ses moeurs effeminees et par sa fin malheureuse.

Jonas etait de Gath-Hepher, ville de la tribu de Zabulon (Josue xix, 15). II etait done du royaume d'Ephrai'm.

Sa prophetic centre les Syriens ne nous est pas parvenue. Nous ne sayons rien de lui que ce que nous apprennent son livre et le passage cite du second livre des Rois. Le nom de Jonas s'est conserve jusqu'a aujourd'hui dans celui d'un village peu distant de Mossul (Ninive) , qui se nomme Nebbi Junes , prophete Jonas , et la tradition y place son tombeau. Mais une autre tradition le fait retourner dans sa patrie et y mourir.

Le livre de Jonas se divise en quatre sections : 1 La mission de Jonas et sa fuite (ch. I, 1-5) ; 2 ce qui lui arriva sur mer (ch. i, 4 et suiv. , et n) ; 5 sa predication a Ninive, qui se repent (ch. in) ; 4 sa conduite a la vue de Ninive epargnee (ch. iv).

La mission du prophete hebreu Jonas vers la ville pai'enne de Ninive n'est point un fait isole dans 1'histoire sacree. Quand une nation pai'enne est en conflit avec le peuple elu dont elle triomphe ou qu'elle opprime , le Dieu dlsrael se plait a se faire connaitre a elle pour le seul vrai Dieu , qui peut bien laisser son peuple dans 1'opprobre, mais qui n'en est pas moins le roi des rois et le seigneur de toutes les nations. Ainsi, quand les Israelites etaient en Egypte, dans la maison de servitude, Dieu , qui aurait pu les en faire sortir par un seul miracle de sa toute-puissance , frappa les Egyptiens de coups redoubles pour les convaincre avec force de sa supreme divinite. Ainsi , a Babylone , ou les Hebreux avaient ete emmenes en captivite, 1'orgueilleux Nebucadnezar, et, apres lui, Belsatzar, furent forces, par des signes et des miracles, de rendre gloire au Dieu de Daniel. Ainsi encore , Cyrus confessa que c'etait Jehova qui lui avait livre les royaurnes de son vaste empire , et que Jehova lui avait ordonne de relever le temple de Jerusalem. Ainsi Ninive, d'ou devait bient6t sortir le destructeur d'Ephraim , vit arriver dans ses murs un Hebreu qui yenait lui annoncer sa chute prochaine.

Mission difficile , et semblable a celle de Mo'ise a la cour de Pharaon (Exode m) . Jonas recevait 1'ordre de se rendre dans la capitale d'un puissant empire , dans une yille eorrompue par la richesse , le luxe et la prosperite , et de s'y rendre pour en annoncer la ruine. II se faisait en outre de fausses idees de la grace divine (iv, 2) ; il pressentait que le Dieu qui est misericordieux et lent a la colere , se repentirait du mat dont il aurait menace les Ninivites , et il ne comprenait pas que si Dieu veut faire grace , il doit , avant tout , manifester sa saintete et sa haine du mal , afin de relever le prix de sa misericorde. Et Jonas ne pouvait sup-

porter 1'idee d'apporter le salut a des paiens. Abraham , sans doute, avail deja recu la promesse que toutes les families de la terre seraient benies en lui (Gen. xii, 5) , et la destination toute theocratique d'Israel etait precisement d'etre la lumiere des gentils et le sel de jla terre. Mais de tous les decrets de Dieu , il n'en etait pas qui fut plus meconnu que celui-la par le sens charnel des Hebreux. Dans leur egoisme , ils voulaient bien etre la nation privilegiee > mais a condition de ne 1'dtre que pour eux seuls. Ils aimaient a se representer les gentils extermines, oudumoins vaincus ; mais ils rejetaient avec force la pensee que le salut ne leur avait ete confie que pour qu'ils le communiquassent aux autres. De la les souffrances de tout genre des prophetes qui ayaient charge d'annoncer aux juifs ce que ceux-ci ne youlaient pas comprendre , ni ne pouyaient supporter, sayoir : les justes chatimens des Israelites rebelles contre Dieu , et les desseins de la misericorde diyine enyers les gentils. Ici le prophete partage les prejuges charnels de son peuple ; il ne yeut pas que Dieu s'interesse au salut des Ninivites , il ne yeut pas etre 1'instrument de sa grace. Aussi ce meme homme , qui ayait sans doute accepte avec plaisir la mission d'annoncer a Jeroboam II ses victoires sur les Syriens, resiste-t-il a Dieu qui 1'envoie vers 1'Orient , et il s'enfuit vers 1'Occident, de devant la face de 1'Eternel, dans la pensee que hors de la Terre-Sainte il n'est plus prophete, et que le Dieu d'Israel ne le poursuiyra pas jusques aux extremites du monde, a Tarsis.

Cette conduite de Jonas nous presente un singulier melange de bien et de mal. Le don de prophetic laissait subsister en eflet le caractere personnel, qui pouvait etre fourbe ct faux comme chez Balaam, roide et yolontaire comme chez Jonas. Le sens naturel et charnel de ce dernier n'est point encore entierement brise et change. Ainsi le chretien peut, a c6te d'une grande connaissancc de la yerite , de nom-

breuses experiences spirituelles, de continuels avertissemens de 1'Esprit de Dieu, conserver encore un coeur peu sincere, ou lache devant la souffrance, ou presomptueux et rebelle. Japho, Joppe, Jaffa est le port de Jerusalem (voy. Description de la Terre Sainte, par Braem. Neuchatel, 1857, p. 289). Tarsis, c'est 1'Espagne meridionale, et, en particulier, une place importante de commerce des Pheniciens , au dela du detroit de Gibraltar, non loin de 1' embouchure du Guadalquivir.

Une tempete assaille le vaisseau qui portait Jonas , et qui est sur le point de se briser. Dans un danger de mort aussi imminent , les matelots pa'iens crient chacun a son dieu , et jettent le sort pour sayoir qui est la cause de cette tempete par laquelle les dieux, d'apres la croyance generale (Cice ron, de nat. deor. 5, 26; Horace, odes 5,2, 25) , les punissaient de leur mepris pour eux et de leur irreligion. Le sort tombe sur Jonas, qui avoue sa faute a F equipage avec une noble sincerite et une entiere franchise ; il se soumet sans murmure a la mort a laquelle il est voue, et engage lui-meme les matelots a le jeter a la mer. Ce qu'ils firent aussi , apres ayoir differe le plus long-temps possible et avoir inyoque Jehova. La conduite de Jonas reconcilie le lee teur avec lui ; on reconnait en lui un de ces homines sans fraude , mais yifs et prompts , qui ne se laissent pas facilement persuader de faire quelque chose centre leur YOlonte , sans toutefois se complaire secretement dans le peche.

Dieu se montra, envers Jonas , severe et misericordieux. Et tel est aussi le caractere de ses voies , surtout avec ses serviteurs. Plus un homme lui tient de pres , et plus est prompte et decisive la punition qui le frappe, s'il a desobei. 11 est beaucoup redemande de ceux a qui il a etc beaueoup

donne , et la desobeissance d'un prophete est dix fois plus coupable que celle d'un autre homme. Ainsi (1 Rois xin) le prophete qui s'etait rendu de Juda a Bethel pour crier centre 1'autel de Jeroboam , et qui ne devait ni manger ni boire dans ce lieu , paya , par une mort yiolente , la faute qu'il avait commise en se laissant entrainer, par un pretendu contre-ordre de Dieu , a transgressor 1'ordre expres qu'il avait recu. Un lion le rencontra a son retour et le tua ; et dans une circonstance semblable, Jonas fut englouti par un grand poisson que Dieu avait prepare. Mais le juste Juge est aussi un sauveur misericordieux , et ce ne fut pas en yam que Jonas avait confesse sa faute devant 1' equipage pa'ien. II passa par la porte de la mort, mais elle se rouvrit pour lui ; enseveli vivant dans une etrange prison, il y conserva la vie par la protection speciale de Dieu, et put invoquer 1'Eternel avec la pleine conscience de ce qui lui arrivait. Au troisieme jour il revit la lumiere , et il s'eloigna du rivage ou le poisson 1'avait vomi, ayec le double sentiment que c'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant, et que le secours vient de TEternel. t II emportait , d'ailleurs , avec lui 1'intime conviction que la volonte du Seigneur etait bien reellement de ne pas restreindre sa grace aux Hebreux, et que Dieu etait meme pret a faire les plus grands miracles pour faire parvenir aux gentils la connaissance de son nom.

Cette miraculeuse delivrance de Jonas a etc connue des pai'ens qui en ont mele le souvenir a leurs fables. Japho etait sur Textr^me frontiere des Philistins et de la tribu de Dan, et les habitans de cette c6te ayaient une foule de contes et de legendes telles qu'on peut en trouyer chez un peuple navigateur. Ainsi , il y avait parmi eux une tres ancienne fable d'une princesse troyenne , Hesione , qui fut delivree par Hercule , d'un monstre qui ravageait la contree : cette fable est mentionnee dans Homere, qui est anterieur a Jo-

nas. Mais dans les ecrivains posterieurs (Lvcophron), on lit qu'Hercule s'elanca dans la gueule du monstre , et y demeura trois jours. Les pa'iens de ces contrees avaient rattaehe a une fable ancienne et attribue a 1'une de leurs premieres divinites ce qu'ils avaient appris de la delivrance du prophete hebreu. Ainsi encore, la fable d' Andromede, delivree , par Persee , d'un monstre marin , avait originairement pour theatre 1'Ethiopie ; mais plus tard elle fat transportee a Joppe , sur la cOte des Hebreux , conformement a la tradition des indigenes , nous dit un geographe grec (Pausanias 4, 55, 6). Les Pheniciens se seront sans doute appropries 1'histoire de Jonas , et auront ainsi attire a eux la fable d' Andromede, qui ne leur appartenait pas.

La priere de Jonas contient plusieurs allusions a divers psaumes. Et en effet , rien ne serait plus invraisemblable qu'une priere originale , poetique , sublime dans une semblable situation. Le prophete se souvient des cris d'angoisse du psalmiste , il les comprend comme il ne 1'a jamais fait, et ces passages fortifient et restaurent son ame. Quel est le chretien qui n'a pas eprouve la consolation qu'apportent dans la detresse une parole de 1'Ecriture , quelques vers d'un cantique?

HI

Ainsi fortifie interieurement par les experiences qu'il YCnait de faire, et comme consacre par un bapteme d'une espece particuliere , Jonas obeit a 1'ordre que Dieu lui adresse pour la seconde fois, et se rend a.Ninive.

< Ninive etait une tres grande ville de trois jours de chemmn in, 5. Elle comptait, en eiffet, 120,000 enfans, iv, 11 ; ce qui suppose une population totale d'enyiron deux millions (') . Celle de Paris est de moins d'un million , et celle

Ce chiffre de deux millions que nous transcrivons de nos sources allemandes, nous parait trop eleve. (Trad.)

de Londres , d'un million et demi. A population egale , les villes d' Orient oceupent, d'ailleurs, paries jardins, un espace beaucoup plus considerable que celles d' Occident. Strabon (16, 1) nous apprend que Ninive surpassait considerablement en etendue Babylone , dont la circonference etait , d'apres Herodote (1, 178), de 480 stades, soit environ vingt lieues.

Jonas s'avanca dans Niniye le chemin d'un jour, et sa parole agit avec une telle puissance , que tous , grands et petits , s'humilierent , et que le roi lui-me'me , deposant la pourpre, descendit de son tr6ne et fit publier un edit ordonnant que les tommes jeunassent ainsi que les animaux domestiques , criassent a Dieu et se convertissent. Les jeunes nationaux, tres rares chez les Grecs et les Remains , etaient, au contraire, tres communs en Orient (Herod. 2, 40; 4, 186), ou les religions avaient certaines fetes annuelles de deuil (Ezech. YIII, 14, Thamnuz ou Adonis). Nous savons meme que ces fetes etaient tout particulierement propres a 1'Assyrie, d'ou elles s' etaient repandues dans 1'Asie occidentale (Macrobe, Saturn. 1, 21). Et quant a la part que les betes elles-memes prennent a ce jeune general, c'est la une coutume asiatique dont les ecriyains profanes font frequemment mention : ainsi Herodote (9 , 24) nous raconte qu'apres la bataille de Platee, ou avait peri le general perse Masistius , non seulement les hommes se raserent la tete , mais ils couperent les crinieres de leurs chevaux, et tondirent toutes les autres betes qui etaient dans le camp ; ainsi les barbares honorerent a leur maniere Masistius frappe a mort.

Cette repentance, si prompte et si generale des Ninivites, s'explique facilement : d'abord , par la baute estime qu'ayaient pour les devins et les oracles les Assyriens, qui etaient consideres comme le plus ancien peuple qui se fut distingue dans 1'art de predire l'ayenir (Ciceron , de divin. 1 , 1) ; puis par tout ce que deyait avoir de saisissant 1'apparition d'un

etranger qui venait non flatter le peuple, comme le faisaient les deyins idolatres , mais lui annoncer, avec toute la force possible et avec un courage desinteresse , sa mine imminente ; enfin et surtout , par la disposition generale des esprits , dans les temps de corruption et de decadence , a se laisser prendre par les choses extraordinaires , qui font sur eux une impression d'autant moins durable et moms profonde qu'elle est plus prompte. Un cceur eflemine est facilement touche ; mais 1' emotion s'efface et disparait bientdt. Un coeur plus dur est moins accessible , mais il conserve ce qu'il a recu. Le roi, qui est peut-etre ce Sardanapale dont les mceurs efieminees sont devenues presque proverbiales , presente, dans notre histoire, un caractere qui se retrouve frequemment chez le dernier roi d'un etat qui pcrit. Tel Louis XVI, qui ne voulait que le bien, mais qui n'eut jamais la force de 1'executer, et qui offre un grand melange de bonte et de faiblesse. Le roi de Ninive se laisse entrainer sans resistance par le mouvement general des esprits , et si le sort de 1'etat n'eut dependu que de ses bonnes dispositions du moment, Niniye serait long-temps encore restee debout. Le chatiment n'eut pas lieu ; car la repentance des Ninivites avait emu la misericorde de Dieu , comme 1'ayait fait celle de Jonas (n). Mais une generation corrompue peut etre touchee et non sauvee. L'emotion causee par la predication de Jonas ne produisit pas les yrais fruits de la repentance , et ne les amena pas a maturite. Tout rentra sans doute dans 1'ancienne orniere peu apres le depart du prophete hebreu, et bient6t apparut Arbace, roi de Medie, qui executa sur Ninive le jugement qui n'avait ete que differe. Ainsi la repentance d'Achab fit retarder d'une generation le chatiment qu'Elie lui ayait annonce de la part de 1'Eternel (IRoisxxi).

Le liyre de Jonas se tait d'ailleurs sur le sort ulterieur de Niniye , et ne fait pas mme soup^onner que sa repentancQ

n'ait ete que momentanee. C'est que ce livre avait pour but de faire connaitre les desseins misericordieux de 1'Eternel enyers les paiens, et peut-etre de mettre en opposition leur promptitude a se convertir a la parole du prophete etranger, et la durete de co3ur des Israelites qui tuaient leurs prophetes.

Ninive est epargnee , et la vieille nature se reveille avec

force en Jonas, qui ne peut prendre son parti de ce que des

paiens , de grands pecheurs, soient quittes a si bon marche

des chatimens dont Dieu les avait menaces. II prevoyait bien

peut-etre que leur repentance durerait peu, et quelejuge-

ment de Dieu les atteindrait plus tard ; mais ce ne serait

plus a sa parole, sa prophetic ne se sera pas accomplie, ses

menaces auront ete vaines , et sa mission ne lui rapportera

aucun honneur, ni de la part des Ninivites qui seront reve-

nus a leur premiere securite , ni de la part de ses compa-

triotes qui se moqueront de sa mission sans resultat. II est

difficile a un prophete de s'oublier soi-meme , de ne rien

annoncer ni vouloir que ce que veut le Seigneur. Jonas de-

mande la mort : avoir ete jete a la mer et sauve miracu-

leusement, pour alter ensuite annoncer a une ville telle que

Ninive une ruine prochaine qui ne s'accomplit pas ! e'en est

trop ; mieux vaut mourir. Le reproche si vrai et si pene-

trant de 1'Eternel : Fais-tu bien de t'affliger ainsi? > ne le

rainene pas a de meilleurs sentimens. 11 sort de la ville, ou

peut-etre il aurait du rester pour precher la misericorde du

Dieu dont il avait annonce la justice ; mais il ne veut pas

retourner chez lui sans avoir rien fait ; il se construit une

cabane en face de la ville , dans 1'esperance qu'il arriverait

a celie-ci, selon que lui le souhaite.

Cependant Dieu qui veut lui ouvrir les yeux sur ses torts, et lui faire comprendre ce que c'est que la grace et la mi-

sericorde divine, fait croitre a c6te desa cabane une plante qui lui donnera un ombrage agreable. Jonas se rejouit de ce temoignage miraculeux que Dieu lui donne de son amour ; mais il n'en conclut point qu'un Dieu si bon ne peut pas fermer 1'oreille aux cris de repentance d'un peuple entier qui s'humilie sous sa yerge et demande grace. Alors Dieu fait secher pendant la nuit la plante , et souffler de jour un yent brulant. Jonas tombe en defaillance, et demande, pour la seconde fois , la mort ; et au reproche plein de douceur de Dieu, il repond ayec mauyaise humeur, decouragement et franchise : J'ai raison de m'affliger ainsi , m&ne jusqu'a la mort. Alors Dieu , dont la patience n'est point lassee par 1'opiniatre ayeuglement de son serviteur, lui met deyant les yeux , d'une part, son absurde chagrin au sujet de la plante qui a peri, et, de 1'autre, le plaisir qu'il aurait a voir perir une yille immense qui compte 120,000 enfans , innocens des peches de leurs parens , et en outre beaucoup de betes. Dieu ne restreint point sa grace aux limites de la Judee , il a compassion et soin non seulement des Hebreux, mais aussi des gentils , et mme des animaux.

Le livre finit ici brusquement. Peut-etre cette fin subite signifie-t-elle que le prophete n'eut rien a repondre a Dieu, et reconnut ses torts. 11 apprit a comprendre , par les eye-* nemens de sa yie et par les lecons directes que Dieu lui donna, que la grace de Dieu embrasse le monde entier, et que sa volonte est que tous les hommes soient appeles au salut. Mais il ne parait pas ayoir recu la mission d'annoncer, comme les autres prbphetes, la yenue du Messie , et la part que les gentils auraient un jour a son royaume. Son b'yre prouve , au reste , suffisammenf, qu'il a bien saisi le dessein de Dieu et compris ses erreurs et ses prejuges; car il y a depose avec une entiere franchise 1'ayeu de ses fautes et de son egarement , ou si ces pages ne sont pas de sa main , elles ont du 6tre au moins ecrites d'apres les recils

qu'il aurait fails a d'autres de sa mission a Ninive. Le silence que le livre garde sur le retour du prophete a de meilleurs sentimens , est plut6t une preuve qu'il en est luimeme 1'auteur ; il lui suffit que Dieu ait raison contre lui , et il ne juge pas necessaire de se justifier lui-meme aux yeux des lecteurs.

II y a une parfaite verite dans le portrait que ce livre nous donne du caractere de Jonas : entier, prompt , roide , mais droit et sincere. II s'enfuit a Tarsis de devant Dieu ; mais il avoue franchement sa faute aux mariniers. II se fache contre Dieu de ce que Ninive soit epargnee ; mais c'est a Dieu m6me qu'il adresse ses plaintes dans une requite. Dieu le reprend de sa mauvaise humeur ; et lui , il lui repond comme ferait un enfant qui, dans le fond de son coeur, aime son pere, et irait a la mort pour lui, mais qui, dans un moment de depit et contre son sentiment intime , lui soutiendrait en face qu'il a raison de desobeir.

Encore un mot sur la plante dont nos traductions ont conserve le nom hebreu. C'est le ricin, qui, en Orient, s'eleve en peu de jours a la hauteur d'un petit arbre (*). La tige, creuse et epaisse, presente plusieurs nceuds, de chacun desquels sortent de larges feuilles qui donnent un ombrage agreable. Entre les feuilies et la tige viennent des fleurs jaunes dont les graines contiennent une huile purgative. Les feuilles et les fleurs detachees de la tige se fanent en peu de minutes, comme c'est le cas pour toutes les plantes dont la croissance est rapide. Dieu fit done croitre en une nuit , c'est-a-dire avec une promptitude miraculeuse , la plante qui devait proteger Jonas du soleil. Mais remarquons ici encore le caractere general des miracles : Dieu cboisit, pour

( d ) Ainsi Preiswerk. B'apres la Gazelle evangelique , au contraire, il faut cinq mois au ricin pour arriver a une hauteur de 8 pieds.

la faire pousser avcc une telle rapidite, une plante dont le developpement est naturellemcnt tres prompt.

Avant que de parler du caractere symbolique du livre de Jonas, qu'on nous permette une reflexion sur 1' existence, parmi les ecrits canoniques hebreux , d'une histoire qui presente Un prophete sous un jour aussi peu favorable. Les livres prophetiques etaient recueillis, mis en ordre et conserves par les prophetes qui , en acceptant et faisant connaitre celui de Jonas , ont fait preuvS , a un haut degre , d'humilite et d'amour de la verite ; on les voit ici prefs a publier franchement tout ce qui devait devenir, d'apres la volonte de Dieu, la propriete commune de sonpeuple. Car s'ils avaient eu egard a 1'honneur de leur ordre plus qu'a celui de Dieu , ils auraient certainement tenu secret et fait disparaitre un ecrit qui mettait ainsi au jour les fautes personnelles d'un prophete.

Les prophetes ont egalement prouve qu'ils etaient reellement eclaires de Dieu , en reconnaissant pour inspire un livre qui portait un caractere aussi directement anti-theocratique, et qui sortait entierement du cercle etroit des croyances et des opinions juives. Israel n'y apparait pas comme le seul peuple a qui Dieu se manifeste ; la providence speciale deDieu, son amour, sa misericorde , s'etendent a des pa'iens et a leur capitale impie. Dieu n'est-il done pas le Dieu des juifs? L'est-il aussi des pa'iens? Si la reponse affirmative que saint Paul fit , huit siecles plus tard , a cette question (Rom. m, 29) , ne sembla point decisive a tous les chretiens d'entre les juifs, qui s'etonnaient et se scandalisaient de voir 1'evangile preche aux gentils et accepte par eux , les me'mes doutes et les m^mes objections

n'ont-ils pas du se former, dans les temps anciens, parmi les Hebrcux a la lecture du livre de Jonas?

Ge livre est essentiellement typique. II est tout messianique , sans contenir une seule prophetic qui parle de Jesus- Christ et des terns de la Nouvelle Alliance ; rnais il prophetise le Messie par son contenu entier, par les faits qu'il raconte.

Les Ninivites representent sous une forme particuliere toutes les nations pa'iennes auxquelles Dieu doit , plus tard , se faire connaitre cornme etant le Dieu de tous les peuples,. et se reveler comme leur juge et cornme leur Sauveur. Si les geniils n'avaient pas du etre appeles, plus tard, a entrer dans le rojaume de Dieu, Jonas n'auraitpas pu se presenter aux Ninivites au nom du Saint en Israel et en qualite de prophete de Jehova. Cette predication est une prophetic messianique de fait et non de parole, un type de la revelation future de la grace divine a toute chair, une annonce de cette epoque ou Ton a preche , au nom de Jesus-Christ , la repentance et la remission des peches parm 1 toutes les nations * (Lucxxiv, 47).

Ce h'vre de Jonas rappelait aux. Hebreux que leur destination future etait d'apporter le salut aux autres hommes, et il les tenait en garde contre leur egoisme national. La conduite coupable de Jonas, qui rappelle celle du fils aine dans la parabole de TEnfant Prodigue , devait leur ouvrir les yeux sur leurs prejuges charnels, efc ils devaient apprendre avec lui quel est le soin que Dieu prend de toutes ses creatures. En memo temps, la repentance des pa'iens devait les faire reflechir a leur propre impenitence , et leur prouver que les gentils pourraient un jour accepter avec joie la bonne nouvelle du salut.

Tout ce que les prophetes subsequens ont dit et ecrit touchant les peuples paiens, leurs chatimens et leur destruction, leur conversion et leur entree dans I'eglisc, se

trouve cdntenu dans 1'histoire de Jonas , apportant aux Ninivites comme les premiers gages et un avant-gout des graces spirituelles que Dieu leur reserve.

Le caractere typique de cette histoire apparait avec evidence dans une circonstance de detail , dans celb qui etonne le plus le lecteur et qui ne se justifie pleinement a ses yeux que par ses rapports prophetiques avec un fait a venir d'une importance immense : nous voulons parler du sejour de Jonas dans le ventre du poisson, type du sejour d'egale duree que Jesus-Christ fit dans le tombeau. II y a dans Jonas deux hommes : 1'homme naturel , charnel , recalci-r trant , jaloux des graces accordees aux paiens , tout juif par ses prejuges ; et le messager de Dieu , le prophete , 1'instrument que Dieu emploie et dirige pour 1'execution de ses decrets. Et sous ce dernier rapport, Jonas recoit une mission dont aucun autre prophete n'a etc honore. Lui, qui est prophete en Israel et qui annonce a ses freres les desseins de Dieu, est envoye dans la premiere ville du monde pa'ien pour y pr6cher le vrai Dieu, non comme un Hebreu qui veut engager les gentils a mettre un terme a leurs persecutions contre Israel , ou a accorder a celui-ci queique grace , mais comme un membre anticipe de 1'eglise nouvelle, qui ne connait plus les differences de juifs et de gentils , et qui ne veut qu'une chose , le salut de tous les hommes. En meine temps Jonas se presente aux Ninivites avec la puissance de delruire a sa parole non une famille seulement, une ville, un petit royaume, mais la capitale du plus puissant empire qui existat alors sur la terre : il est prophete dans toute la plenitude des attributs de sa vocation, selon ces paroles de DieuaJeremie (i, 10) : Regarde, je t'ai etabli aujourd'hui sur les nations et les royaumes , afin que tu arraches et que tu demolisses , que tu ruines et que tu detruises , que tu batisses et que tu plantes. > Si done tout prophete hebreu etait un type du pro-

phete par excellence , Jonas Tetait a des litres plus parliculiers encore, et aussi Dieu a-t-il regie un des eyenemens de sa yie en yue de ce qui deyait arriyer au Messie mourant et ressuscitant. II lui a fait passer trois jours et trois nuits dans le yentre d'un gros poisson , dont il est sorti yivant. Jonas a ete comme mort, et il est comme ressuscite , et cet eyenement extraordinaire et mysterieux etait , pour les Hebreux , un hieroglyphe que les temps futurs deyaient expliquer.

Ces diyers types de 1'histoire de Jonas sont indiques claireinent par le Sauyeur lui-meme (Matlh. xii , 39 et suiy. ; Luc xi, 29 et suiv.). II annonce, en termes obscurs, sa mort et le temps qu'il passera dans le tombeau , en se comparant a Jonas, qui a passe trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine ; et par ces memes paroles il predit indirectement encore sa resurrection , car Jonas n'a ete enseveli sous les flots qu'un temps limite, apres lequel il a reparu parmi les yiyans (*) . Ce n'est point a cela , d'ailleurs, que se borne la comparaison typique que Jesus- Christ etablit entre Thistoire de Jonas et les temps messianiques : alors , comme du yiyant de ce prophete , le yrai Dieu doit etre annonce aux gentils , ear son royaume n'est point une theocratic terrestre , il est ouyert a tous les hommes ; et tandis que les juifs , fiers de leur descendance physique d'Abraham , rejettent 1'evangile et ne yeulent pas se conyertir et naitre de nouyeau , les Niniyites > de tous les siecles accepleront le salut, se detourneront de leurs pcches, et au jour du jugement s'eleyeront contre celte nation et la condamneront. B Jesus-Christ donne un sens ge-

( J ) Un intcrpretc ajoute que Jonas n'a annonce Ic vrai Dieu aux Pai'ens qu'apres son espece de resurrection , et quo de meme 1'Evangile n'a ete apporle aux Pai'ens qu'apres la resurrection de Jesus-Christ.

neral et typique a la repentance des Niniyites, qui nous est racontee dans le livre de Jonas; il a deyantles yeux, en pronon^ant ces paroles , le rejet que les juifs feront de 1'eyangile, et 1'empressement ayec lequel les gentils vont le recevoir ; et les millions de paiens qui sont des lors entres dans 1'eglise et y ont trouye la yie eternelle, accomplissent constamment et dans un sens de plus en plus etendu ce que Jesus-Christ disait aux juifs de son temps : < II ne sera pas accorde a cette race mechante et adultere d'autre signe que celui du prophete Jonas. > La foi des Niniyites condamnait 1'incredulite des Hebreux , et la foi des chretiens (qui sont tous d'entre les paiens) condamne de siecle en siecle le peuple juif qui a rejete le Messie.

Nous ne possedons aucun renseignement positif sur la patrie de Joel , sur le temps ou il a yecu , sur les circonstances au milieu desquelles il a propbetise, II se borne a nous apprendre le nom de son pere, Pethuel (i, 1), qui nous est inconnu; et les autres k'vres de la Bible ne parlent pas de ce propbete. II en est de lui , a cet egard , comme de quatre autres prophetes dont les ecrits nous out ete conserves dans la Bible : Nahum , Habacuc , Abdias et Malachie. Mais en ptudiant les pages que nous a laissees Joel ( l ) , nous pouYons arriver, par des conjectures qui ont un tres haut degre de ressemblance , a connaitre le pays et le temps ou il a vecu.

Joel ne dit pas un mot du royaume d'Ephraim ou d'lsrael, et quand il parle d'Israe'l, il prendce mot, dans son sens ancien , comme designant non les dix tribus qui s'e^

(*) Dans les Bibles allemandes , le second chapitre se lerminc au 27 e verset ; et le troisieme chapitre comprend en consequence 26 versets. Cette division que reclame le sens, devrait etre introduite dans nos Bibles franchises. (Trad.}

taient separees de Juda et de Benjamin , mais 1'enseinble de la posterite de Jacob (ch. n, 27; m, 2, 16, etc.). II mentionne , au contraire , tres souvent la maison de 1'Eternel et ses sacrificateurs a Jerusalem , la montagne de Sion, etc. (i, 14 et suiv. ; n, 1 , 15, 32). On conclut de la qu'il a exerce ses fonctions dans le royaume de Juda , loin des frontieres d'Ephraim , et Yraisemblablement dans le Yoisinage du Saint Lieu.

Yoila pour le lieu, Yoici pour 1'epoque. Selon les plus habiles exegetes , Joel a yecu au temps du prophete Amos, ou peu auparayant. II aurait done ete le predecesseur immediat d' Amos , dont les propheties yiennent apres les siennes dans la serie des ecrits sacres. Les raisons que Ton allegue a ce sujet sont essentiellement les trois suiYantes : 1 lorsque le prophete fait mention des ennemis d'Israel (m, 4, 19), il nomme les Pheniciens, les Philistins, les Idumeens et les Egyptiens , et ne parle nullement des Assyriens et des Babyloniens qui ont ete les principaux adversaires du peuple elu. II Yiyait done Yraisemblablement dans un temps ou ces deux derniers peuples n'etaient pas encore devenus puissans et redoutables ; 2 Amos reproche aux Pheniciens d'aYoir vendu comme esclaYes et traite sans pitie les Israelites pris a la guerre, et Joel les accuse precisement du meme peche (m, 2 etsuiY.); 3 le liYre, dans son ensemble , indique qu'au temps ou le prophete vivait, on n'avait YU encore aucun des riides chatimens dont le royaume de Juda fut frappe dans les temps posterieurs, et qui correspondaient a la depravation croissante des moeurs et aux progres de 1'idolatrie. A 1'exception des devastations assez frequentes causees par les sauterelles , et des guerres qui avaient lieu de temps a autre avec les nations YOIsines (m ,2,6), le livre entier de Joel porte le caractere d'une epoque ou la religion, l'6tat et la societe etaient dans un certain etat d'ordre et de solidite. Nous n'y trouYons

point cette decadence qui existait deja alors dans le royaume d'Epbraim , ainsi que nous 1'apprennent les prophetes contemporains Amos et Osee , et dans laquelle tomba , plus tard, le royaume de Juda (*). II faudrait par consequent placer Joel , au plus tard , au temps du roi de Juda Hozias , qui regna de 1'an 810 a Fan 758 avant Jesus-Christ. Peut-etre mme yecut-il un peu plus t6t encore. En tout cas, Joelest, sinon le plus ancien , du moms 1'un des plus anciens des prophetes dont nous possedons les ecrits dans la Bible.

Examinons le livre meme de Joel, et d'abord la dignite, la purete et la beaute extraordinaircs de son style. II y a dans tout son langage quelque chose de simple et d' antique qui rappelle les premiers livres de la Bible etl'epoque de Moi'se. Lors, par exemple (i, 14, et n, 15), qu'ii proclame une fete generate , ces mots : Sonnez du cor, sanctifiez le jeune , publiez 1'assemblee sblennelle , YOUS transportent au pied de Sinai et dans les campemens du desert, dans ces temps oh le peuple habitait dans un meme camp , et pouvait lre reurii tout entier et promptement en un meme lieu. En me" me temps , le style est extraordinairement clair, soigne dans 1'expression , et la magnifi-

( 4 ) Joel n'a pas besoin de legitimer sa mission, il n'a pas d'adversaires a combattre, de prejuges a dissiper (voyez au conlraJre Amos en Ephrai'm in, 1-8). Chez le peuple pas de culle des faux Dieux, et le culte levitique subsiste dans sa purete; aucune censure adressee aux sacrificaleurs ni au peuple, sauf I'averlissement de celebrer de cceur les fetes religieuses (11 , 13). Ewald place Joel au temps de Joas (2 Rois xn) avant la defaite d'Edom (2 Rois, xiv, 7; Joel m, 19). (Trail) .

cence de l'6locution poetique egale et surpasse m6me les poesies les plus belles et les plus admirees de I'antiquite.

Mais ces beautes n'existent en quelque sorte que pour celui qui lit le prophete dans sa langue. Car si toute traduction reste fort au dessous de 1' original, combien ne doit pas 6tre imparfaite celle par laquelle un homme rend les pensees que dans les temps anciens I'esprit de Dieu a immediatement donnees aux ecriyains inspires. II n'y a done pas lieu de s'etonner que des amis zeles des saintes Ecritures, si ce n'est chez nous, du moins dans d'autres contrees, se soient mis a apprendre , sans y etre forces par leur profession, les langues saintes, dans le desir de puiser a la source meme de toute yerite , et de gouter ainsi la boisson restaurante de la parole divine, dans sa pure fraicheur, dans sa force yiyifiante et dans sa beaute delicate et sublime. Puisse leur nombre s'accroitre d'annee en annee ! L'hebreu surtout, avec sa noble simplicite et sa concision, perd a etre traduit dans les langues occidentales , qui sont fondees sur de tout autres principes, tandis qu'en yertu meme des caracteres qui lui sont propres , I'etude en est si peu penible et si feconde en jouissances. Que de peine on se donne pour apprendre la langue de tei peuple yoisin , soit en yue de quelque ayantage temporel, soit par mode, souyent me'ine dans le but unique de mieux gouter les chefs-d'reuyre de poesie qu'elle possede ! Mais qu'il est rare, au contraire, qu'on attache a 1'intelligence de 1'Ecriture assez de prix pour qu'on se donne, a Tegard des langues saintes, une peine semblable ! Et pourtant n'est-il pas certain que la Bible ne nous donne benediction et edification qu'en proportion de ce que nous la comprenons reellement? Mais nous reyenons a notre prophete , et nous aliens en indiquer le contenu d'une mamere sommaire.

Dans le chapitre premier, le prophete s'adresse au peuple, qui elait reduit alors a une extreme disette par le fleau des

sauterelies, joint a une grande secheresse ( l ) , La misere generale est telle que les sacrifices journaliers ne peuvent plus avoir lieu , et que le sanctuaire me'me se trouye dans un etat de desolation. Joel exhorte le peuple entier a se tour ner de concert, avec desprieres ardentes, versTEternel ( 2 ). Le chapitre second est le deyeloppement du premier. Joel y decrit avec plus de details les sauterelies et leur irruption , et ce tableau saisissant est d'une grande beaute ( 5 ) . II presse ayec plus de force et d'instance le peuple entier , tous sans exception (ii, 16), de chercher 1'Eternel de toute leur arae, et il promet , au nom de ce grand Dieu , qu'a la desolation succedera la grace, que le fleau s'eloignera, et quel'avenir amenera de grandes benedictions. Nous verrons bient6t ce que sont ces sauterelies.

(*) Le fleau dont Joel fait une peinlure si vivante n'est pas un evenement futur ; les sauterelies devastaient le pays lorsqu'il faisait cette prophetic. Les verbes qui sont au terns futur dans nos traductions (ii , 2-10) doivent etre au present : ainsi se rcpand , Us souffrent, Us courent. Comme un temps sec est particulierement favorable aux sauterelies , il arrive souvent que le fleau de ces insectes se joint a une secheresse , ensorte que le reste de la verdure que la secheresse a epargne, devient la proie de ces animaux voraces. Les quatre mots que nos versions rendent a tort par hanneton, sauterelle, vermisseau, grillon, signifient quatre especes differentes de sauterelies.

( 2 ) Annonce generale du fleau (i , 2-4) aux ivrognes , aux homines sensuels (5-7) ; au pays et aux diverses classes d'habitans (8-12); aux sacrificateurs (13-20), qui sont censes prononcer les paroles 45-20. Puis vient la description du fleau (n, 1-11), 1'exhortation a la repentance (12-17), et la promesse que Dieu fera grace (18-27). (Trad.)

( 3 ) L'armee des sauterelies apparait dans le lointain par un jour d'orage (ii, 1-3). Elle est la, on en distingue les soldats (4-6) ; elle marche avec ordre (7-9) ; elle ebranle le monde , car c'est Dieu qui 1'envoie (10-11.) (Trad.)

Au chapitre troisieme, ou plut6t dans la troisieme partie (n , 28-m , 21 ), le prophete sort manifestement des temps presens , et parle de choses a venir d'une grande importance. Le jour de FEternel > n'estplusun de cesjugemens que Dieu enyoie sur un seul peuple, en frappant ses champs d'un grand fleau , ou en le livrant a ses ennemis : c'est un jour d'effroi pour le monde entier. Gette troisieme par lie conlient deux propheties dislinctes : la premiere (n , 28-52) annonce qu'avant le grand et terrible jour du Seigneur , il y aura une epoque de grace et d' effusion du saint Esprit , une epoque de deli vrance pour ceux qui invoquent 1'Eter nel, non seulement pour les Israelites, mais aussi pour ties restes que le Seigneur appellera. La seconde prophetic (in) nous instruit de ce qui arrivera lorsque le jour grand et terrible de 1'Eternel (n, 5) sera venu : ce sera un jugement sur les i nations . Toute puissance terrestre ennemie de 1'Eternel et de son regne sera jugee el detruite , tandis que le royaume du Tres-Haut, du Dieu d'Israel, subsistera en paix et en gloire. Les pays des ennemis seront reduits en deserts, et la terre sainte de Judee sera transformee en un paradis bienheureux. Tous les peches ( J ) , meme les plus grands, et ceux qui etaient restes pendant long-temps sans pardon, seront alors nettoyes, et 1'Eternel, que les peches ne tiendront plus eloigne des hommes, etablira sa demeure permanente au milieu de son peuple sanclifie (Apoc. xxi, 3). La destruction du peche et la sainte communion avec 1'Eternel , tel esl pour les individus, comme pour Tensemble de 1'eglise , le lerme du combat , de 1'esperance et de 1'amour ; et c'est par cette sublime pensee que Joel termine sa prophetic, et saint Jean son Apocalypse.

(*) Quelques interpretes entendent par ce sang (in, 21), tout particulierement ceJui de Jesus-Christ , qui est maintenant sur le peuple d'Israel. (Trad.)

HI

Passons maintenant a quelques remarques relatives a 1'iiiterpretation de notre prophete. Conformement a notre plan, il ne peut pas etre question ici d'une exegese complete de ce livre. Nous nous bornerons done a presenter les principaux points de vue sous lesquels doivent tre considerees les differentes propheties de Joel,

1 II est bien evident que le prophete porte ses regards sur deux epoques distinctes, 1'une prochaine, et 1'autre eloignee; ce qu'il dit de la premiere concerne principalement le sort temporel du peuple de Dieu , tandis que les predictions relatives a la seconde epoque se rapportent plutot aux evenemens spirituels du royaume de Dieu , lesquels ont sans doute aussi leur effet temporel et exterieur. En d'autres termes, dans les chapitres i et n, Joel s'occupe des temps de 1'ancienne alliance , et dans le chapitre m il a en vue ceux de la nouvelle.

2 Que sont les sauterelles dont Joel parle dans sa premiere partie, et qu'il assimile a une armee de cavalerie ennemie? Suivant quelques exegetes, elles ne seraient qu'une image d'armees etrangeres qui devaient, plus tard, devaster la Terre-Sainte. Mais les paroles du prophete indiquent suffisamment que les Hebreux etaient alors reellement visiles par une invasion de sauterelles et par une grande secheresse. D'apres une opinion moms probable encore que la precedente, Joel n'aurait fait que decrire d'une maniere poetique les degats effrayans quo causent en Orient les sauterelles, lorsqu'elles arrivent en essaims innornbrables et avec un bruit terrible , et qu'obscurcissant la lumiere du soleil, elles s'abattent sur les vertes campagnes , et les laissent, a leur depart, entierement broutees et depouillees. D'apres une troisieme opinion , a laquelle nous donnons la preference , une irruption de sauterelles a eu reellement lieu

lorsque Joel prophetisait, et c'est a cc fleau que les deux premiers chapitres se rapportent immediatement. Mais comme V esprit de prophetic rattache souvent dans 1'Ecriture les choses a venir et non encore visibles aux choses presentes et visibles, et emploie ces dernieres comme types pour representer les premieres ( J ) , Joel a , surtout au chapitre n, decrit, sous 1'image d'une invasion de sauterelles, les guerres et les devastations des futurs ennemis d'Israel , les Assyriens, les Chaldeens, les Remains. Et en effet, plusieurs details de la description contenue au chapitre n sont exprimes d'une maniere trop energique pour n'e"tre entendus que de la calamite presente. Nous voyons aussi, au chapitre ix de PApocalypse, dont les images sont evidemment enipruntees a Joel , les legions de sauterelles designant incontestablement des armees devastatrices et conquerantes.

Si done nous admettons un sens immediat et un sens prophetique , nous reconnaitrons dans le deyeloppement de la pensee du prophete une marche ascendante et progressive des choses plus rapprochees et moins importantes aux choses plus eloignees et plus grandes. C'est ce que les reflexions qui suivent feront voir plus clairement.

5 Dans tous les temps, Dieu se revele a la fois comme un Dieu souverainement juste et comme un Dieu plein de mi-

( 4 ) Une invasion de sauterelles , une grele , une tempete , sont des jugemens de Dieu sur les hommes pecheurs ; une guerre devastatrice , la ruine d'un peuple (Sodome) ou d'un monde (le deluge), la destruction de tous les medians (jugement dernier) , ne sont encore que des jugemens de Dieu sur les hommes pecheurs. Tous ces evenemens, en apparence si differens , ne signifient tous qu'une seule et meme chose : Dieu est juste juge ; et les plus petits peuvent servir de symboles des plus grands. Un orage rappelle au psalmiste le deluge (ps. xxix); une invasion de sauterelles est , pour le prophete , une image des jugemens que Dieu exercera sur son peuple par les guerres, et sur le monde en tier a la fin des temps. (Trad.)

sericorde. Son peuple a en lui un Sauveur, ses ennemis uri Juge; et Feglise chretienne confesse que le Seigneur est venu pour le salut du inonde , et qu'il viendra au dernier jour pour juger les vivans et les morts. Aussi , dans tous les temps , la tache des inessagers de Dieu a-t-elle ete , d'une part, d'annoncer ses jugemens, etde Pautre, de publier sa misericorde et ses benedictions ; et Joel , dans tout son livre, ne parle alternativement que de ces deux points : ju gement et salut.

Tous les jugemens de Dieu se resument en un dernier et grand jugement qui n'a pas encore eu lieu , et dont les autres ne sont , pour ainsi dire , que des types. Ce jugement est appele, dans 1'Ecriture, le jour du Seigneur. Mais ce meme nom s'applique aussi a tous les jugemens parliels que Dieu exerce sur un peuple ou sur une generation. Joel, en particulier, fait usage de cette expression, et il 1'emploie dans un sens de plus en plus etendu.

Deja dans le chapitre i , le prophete appelle le fleau des sauterelles un jour de 1'Eternel (i , 15). La description contenue dans le chapitre n nous fait pressentir un jour plus redoutable, oil le Seigneur frappera de sa verge son peuple rebelle, et amenera contre lui les arrnees deyastatrices des Assyriens, des Ghaldeens et des Remains. De ce degre le prophete s'eleve encore plus haut, et nous decouyre, dans le chapitre in, un dernier jour de jugement universel , dont le resultat sera la destruction de toutes les puissances temporelles ennemies du regne de Dieu.

Parallelement a ces trois jugemens denonces d'abord a la generation pecheresse de Joel , puis au peuple rebelle , et enfin aux nations ennemies , se trouvent , seldn la m6me progression , de triples promesses de grace et de salut pour ceux qui, par la foi et une sincere repentance, cherchent le Seigneur et font partie de son eglise. Le prophete predit au peuple repentant la cessation du fleau, des benedictions

nouvelles et de riches recoltes , ensorte qu'ils doivent reconnaifre, dit 1'Eternel, que je suis au milieu d'Israel, et et que je suis 1'Eternel yotre Dieu , et qu'il n'y en a point d'autre ; et mon peuple ne sera point confus a toujours. (u, 19-27). Puis, par la permission de Dieu, les nations etrangeres chatieront Israel, et le chasseront mme de son heritage ; mais II repandra son esprit sur toute chair (n, 28); et si les portes du royaumc terrestre sont fermees au peuple egare, il s'ouvrira pour lui un chemin etroit et une porte etroite par ou il sera conduit , pour 1'eternite , dans le royaume celeste. Bien plus merne, comme le Seigneur promet a ses disciples que ce qu'ils auront perdu pour 1' amour de lui , leur sera rendu au centuple meme dans ce temps-ci (Marcx, 29-50), il promet, par Joel, a son peuple depossede une restauration temporelle , et lui annonce que le temps vient ou il fera retourner ceux qui auront ete emnienes captifs de Juda et de Jerusalem (m, 1). Ge retoar de la captivite dans laquelle gemit maintenant tout Israel, aura lieu a Tepoque du dernier jugement denonce aux puissances ennemies , et a ce jugement correspond enfin le troisieme degre de salut predit, le temps hienheureux ou TEternel fera sa demeure au milieu de son peuple sanctifie (ni, 16-21).

4 Si nous examinons de plus pres cette derniere partie de la prophelie de Joel (n , 28, a m, 21), partie qui, comme nous 1'ayons remarque ci-dessus, se rapporte aux temps evangeliques , nous yerrons qu'elle se subdivise en deux portions , dont la premiere renferme les cinq derniers versets du chapitre n, et la seconde le chapitre in en entier. Dans les cinq derniers versets du chapitre n, le prophete a en vue le temps de 1'eglise du Nouveau Testament, qui a commence ayec la premiere pentec6te et Teffusion du saint Esprit, et qui durera jusqu'a 1'epoque des jugemens dont il est question dans les versets premier et suiyans du chapitre in.

Cette periode acluelle de 1'eglise est depeinte comme destinee au salut de tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur, non seulement d'entre les juifs , mais aussi d'entre les paiens. Ces derniers sont designes par 1' expression : i les residus que I'Eterwl aura appeles (n , 52), et c'est bien aussi de cette maniere que Pierre Pa comprise, lorsque, dans son discours du jour de la pentecOte , il a explique, par ce meme passage, Tevenement miraculeux de Fenvoi du saint Esprit, en disant au peuple que ce salut qu'ils annoncaient , etait pour eux et pour leurs enfans, et aussi pour tous ceux qui sont loin, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera a soi (Act. n, 59). L'epoque actuelle de 1'eglise differe de celle de TAncien Testament , en ce que ce ne sont plus des individus isoles qui sont appeles d'une maniere extraordinaire a recevoir 1'Esprit du Seigneur, mais en ce que 1'eglise entiere (Joel n , 28) doit recevoir avec le pardon des peches le don du saint Esprit comme arrhes de la redemption et de la gloire a venir (Eph. i, 14; 2 Cor. v, 5). D'une autre part, elle differe de 1'economie future, en ce que alors 1'Eternel habitera au milieu de son peuple (Joel m, 21), tandis que maintenant sa presence ne se fait pas en ore sentir d'une maniere immediate.

Apres qu'auront eu lieu des evenemens dont il nous est impossible de determiner a 1'avance la nature speciale, arriyera ce jour grand et terrible de 1'Eternel , qui est annonce au ch. n , yerset 51 ; et avec le jugement des gen tils viendra , pour 1'eglise , la sainte benediction dont il est fait mention dans le chapitre in. Mais ici nous touchons aux bornes de 1'avenir encore voile. II ne nous est pas donne de connaitre les choses qui ne dependent que du Pere. > Cependant il nous semble qu'on peut determiner avec quelque certitude le sens de quelques-unes des paroles du prophete, et c'est a quoi nous allons nous attacher.

Depuis le verset l er jusqu'au milieu du 16 e du chapitre HI, se trouye la denonciation d'un jugement qui doit tomber sur les peuples ennemis du royaume de Dieu. Au chap, xvi de 1'Apocalypse, il est parle aussi d'un grand jour du Dieu Tout-Puissant , pour lequel les rois de la terre se rassemblent , et qui doit avoir lieu immediatement avant la chute de Babylone , et ayant la voix qui crie du ciel : C'en est fait. D Dans ce dernier passage , le lieu ou les rois rebelles s'assemblent est appele Armageddon , ce qui a vraisemblablement trait a ce qu'on lit dans Zacharie xii, 9-11. Or, comme ce nom figuratif d' Armageddon ne designe point un lieu reellement ainsi nomme ,, il est a presumer qu'il en est de meme de la vallee de Josaphat ( J ) , dans laquelle, d'apres le verset 2 , doit avoir lieu le jugement des peuples. Josaphat signifie en eflet : le Seigneur juge , et Joel luimeme donne, plus has (v. 14), un autre nom a cette meme vallee , celui de la vallee du jugement ou de la decision. Lorsque le prophete doit designer les nations ennemies qui subiront ce jugement, il leur donne les noms des peuples qui figurent deja dans 1'histoire d'Israel comme ennemis du regne de Dieu j et de meme que Babylone, Forgueilleuse capitale du plus ancien royaume du monde, est devenue , dans loute la Bible , le type de toute grande puissance temporelle qui s'eleve contre le royaume de Dieu (car ce sont les noms seuls qui changent) , ainsi les Pheniciens avides et les Philistins belliqueux (v. 4) sont places la comme types des nations posterieures qui seront animees d'un meme esprit charnel, et qui seront egalement eloignees de Dieu.

Si Ton demande quand et de quelle maniere ce jugement fondra sur le monde ennemi de Dieu, nous repondrons que

( 4 ) Les juifs ont pris a la lettre ce passage , et ont fait de la vallee du Cedron , qui porte le nom de vallee de Josaphat , le lieu du jugement dernier. (Trad.)

cela est cache derriere le voile sous lequei la divine providence nous a cele 1'avenir. Ne nous suffit-il pas de savoir que le jour vient ou toute la puissance du prince de ce monde sera renversee dans la poussiere , a 1' apparition du Roi des rois et du Seigneur des seigneurs?

Encore moins pouvons-nous determiner quelque chose de precis sur le regne du Seigneur qui commence a cette epoque (voyez du milieu du verset 46 a la fin du chapitre). A cet egard aussi , il faut que nous nous contentions de savoir qu'apres de long siecles de souffrances et d'opprobres, il y aura encore ici-bas un repos pour le peuple de Dieu.

Quant au passage du verset 18 : et il sortira une fontaine de la maison de 1'Eternel , et elle arrosera la vallee de Sittim , > nous nous bornerons a faire observer que, par la vallee de Sittim|, on peut entendre le lieu ou les Israelites ont eu leur derniere station avaut d'entrer dans le pays de Canaan , a 1'orient de la mer Morte , dans le pays de Moab (Nombres xxv, 1 ; xxxm, 49). Le sens serait alors que les benedictions sortant de la maison de 1'Eternel s'etendraient jusqu'aux frontieres les plus eloignees du pays , sur la mer Morte et au-dela, jusque dans le desert.

Le salut a venir, sous 1'image d'un fleuve d'eau vive qui sort du sanctuaire et qui vivifie meme les eaux maudites de la mer Morte, se retrouve aussi dans Zacharie xiv, 8, et dans Ezechiel XLVII, passages auxquels on doit comparer Apoc. xxii , 1 , 2 (') .

(*) Le fleau des sauterelles au temps de Joel : symbole de tous les jugemens futurs de Dieu sur Israel. Ch. i. Les guerres des Assyriens centre les Hebreux , leur captivite a Babylone, leur retour dans leur patrie, efc leur epoque de gloire ou de repos avant, pendant et apres les Macchabees : symboles des afflictions actuelles des juifs , et de leurs temps futurs de prosperite dans leur ancienne patrie, ou ils ne seront plus jaraais confus. Ch. n, 1-27. L'eglisc chrctienne fondee au jour dc

Nous ajouterons enfin quelques remarques sur les rapports et 1'harmonie qui existent entre Joel et les autres liyres soit de 1'Ancien, soit du Nouveau Testament.

4 Ce qui constitue essentiellement la relation entreDieu et son peuple , c'est la remission des peches. Dans 1'ancienne alliance , d'apres la loi de Mo'ise , cette remission etait garantie par les sacrifices typiques. Dans la nouvelle, nous en sommes rendus certains par le sacrifice unique , dont Fefficace est eternelle , par la mort expiatoire de notre Seigneur Jesus. Les prophetes ont paru entre 1'epoque de la loi et celle de la grace ; quant a la remission des peches , ils ne renyoyaient pas en arriere au culte sacerdotal , ils insistaient non sur 1'efficace exterieure des offrandes levitiques , mais sur 1'efficace interieure d'une yraie repentance du coeur, et ils annoncaient en memo temps , en termes plus ou moins clairs , 1'epoque future du Messie et de son salut. Ainsi , lorsque Saul youlait reparer et couyrir sa desobeissance en immolant quelques yictimes , Samuel lui adresse deja ces paroles remarquables : <r Obeissance yaut mieux que sacrifice j (1 Sam. xv, 22). C'est ainsi que David dit a Dieu : Tu

ne prends point plaisir aux sacrifices 1'holocauste ne

t'est point agreable. Les sacrifices de Dieu sont 1' esprit froisse : o Dieu, tu ne meprises point le coaur froisse et brise (Ps. LI, 16, 17). G'est ainsi encore qu'Esai'e s'exprime d'une maniere extremement forte , en disant : Gelui qui egorge un boeuf , c'est comme qui tuerait tin homme ; celui qui sacrifie une brebis , c'est comme qui couperait le cou a un

Ja penlecote, et comprenant juifs et pai'ens. Ch. m, 28-52. A la fin des temps, le retour des juifs, le soulevement des gentils, le grand combat final. Ch. n, 50-32; m, 4-16. La prosperite des fideles en Judee, elc. Ch. in, 17-21. (Trad.)

chien ; celui qui offre un gateau , c'est comme qui offrirait le sang d'un pourceau ; celui qui fait un parfum d'encens , c'est comme qui benirait une idole.... A qui regarderai-je ? a celui qui est afflige et qui a 1' esprit brise et qui tremble a ma parole (Esai'e LXVI, 5, 8). De concert avec ces voix propheiiques , nous entendons Joel crier a ses contemporains : Dechirez vos coeurs , et non pas vos vStemens (n, 13). Et quoique par le style et la forme il se rattache plutot a 1'antiquite mosaique , on ne le voit cependant nulle part placer le salut dans 1' observation du rituel levitique. II insiste sur la repentance du coeur ; et lorsqu'il veut exposer le grand conseil de Dieu pour le bonheur de sonpeuple; il ne renvoie point en arriere a la led de Moi'se , il indique en avant dans 1'avenir les jours du Messie, 1'epoque ou le Seigneur repandra son Esprit sur toute chair (n, 28 et suiv.). Les prophetes annoncent le salut qui est en Jesus-Christ ; mais tous n'annoncent pas Jesus-Christ lui-meme. Ainsi Joel, qui, m^me dans la partie de ses predictions relatives aux temps du Messie , ne dit pas un mot de la personne de ce dernier ( J ), Sa tache, a cet egard, consiste plut6t a depeindre 1'epoque de la nouvelle alliance, dont il montre 1'origine dans 1'effusion du saint Esprit , le developpement dans les jugemens executes sur les nations et raccomplissement dans le regne glorieux du Seigneur. Jeremie enseigne de meme que, lors de la nouvelle alliance , le fondement en reposera non sur la lettre qui tue , mais sur un Esprit vivifiant : TEternel traitera avec la maison d'Israel une nouvelle alliance , non point selon 1'alliance qu'il avait traitee avec leurs peres , mais une alliance telle que sa loi

( 1 ) On a cherche une allusion au Messie, au chap, n, v. 25, ou les mots : la pluie selon le besoin ou selon la justice, peuvent etre Iraduils, comme I'a fait Luther, par ceux-ci : le Docleur de la justice. Mais la premiere traduction est plusi conforme au conlexte.

serait ecrite dans leur coeur et dans leur entendement, et que tous le connaitraient depuis le plus petit jusqu'au plus grand d'entre eux (Jerem. xxxi, 51-54).

Un autre signe de la nouvelle epoque que les prophetes annoncaient plus ou moins clairement , est la vocation des gentils , et la participation qu'ils devaient aussi avoir dans une pleine mesure au salut d'Israel. Joel fait brievement allusion a cette doctrine (n , 52) . Esai'e I'expose de la maniere la plus expresse dans la derniere partie de son livre. Qu'on lise le chapitre LX en entier.

2 Joel n'est pas settlement d' accord avec les autres prophetes en ce qui concerne les temoignages de grace de Dieu, il Test aussi a 1'egard des jugemens qu'il denonce. Daniel , entre autres, predit la chute de toutes les puissances du monde ennemies de Dieu ; et nous trouvons de incline chez d' autres prophetes les assurances les plus positives qu'un jour viendra ou tout pouvoir etranger doit ceder et disparaitre devant 1'eglise glorifiee du Seigneur. ( Voyez Esa'ie Lx,12,14).

II y a un accord remarquable entre notre prophete et les paroles de Jesus dans le xxv e chapitre de saint Matthieu , quant a la regie d'apres laquelle les hommes seront juges. Dans le chapitre cite , notre Seigneur etablit cette loi : Ge que vous avez fait, ou ce que vous n'avez pas fait a Tun de ces plus petits de mes freres, vous me 1'avez fait, ou vous ne me 1'avez pas fait a moi-me'me (40 et 45) ; et la sentence elernelle sera prononcee selon 1'amour ou rindifierence que nous aurons eu ici-bas pour lui dans la personne des plus chetifs d'entre ses freres. La meme regie se trouve indiquee dans Joel pour le jugement des nations (m, i et suiv.). De meme que les individus seront juges d'apres leur conduite envers tel ou tel disciple du Seigneur, ainsi les nations seront jugees d'apres leur conduite a 1'egard du peuple de Dieu. C'cst Lui qu'elles ont meprise en meprisant son eglise;

il chatie ceux qui se rebellent conlre elle , et fait tomber sa reprobation sur les nations qui la rejettent.

3 Un point qui merite encore notre attention, ce sont les nombreuses citations ou allusions que le Nouveau Testament , et surtout 1' Apocalypse de Jean , font de ce liyre de Joel, qui est proportionnellement bien court. Luther a deja fait la remarque frappante que le texte de la premiere predication chretienne (celle de Pierre a la Pentec6te, Actesn, 14-16) etait tire de ce prophete. Dans Y Apocalypse, on trouve employee et developpee , au chapitre ix , 1'image des sauterelles. II en est de meme pour les expressions figurees de la faucille et du pressoir (in, 15) : les memes pensees, seulement plus developpees , se trouvent dans 1' Apocalypse (xrv, 14 et s.) ; et dans Esai'e 1'esprit de prophetie s'est aussi servi dela m&tne image au ch. LXIII, ou le jugement sur les peuples des derniers temps est represente comme une grande vendange qui est foulee dans la cuve en Edom. Enfin, Joel s'accorde avec Esai'e et 1'Apocalypse dans plusieurs traits de la description qu'il fait des derniers temps et de la sainte cite de Dieu : Gomp. Apoc. xxi, 22-27, ayec Esai'e LX, 11, 18-20, etayec Joe'lm, 17 etsuiv.

Le prophete Joel nous presente ainsi dans un livre de peu d'etendue , mais riche d'idees , comme un resume des doctrines essentielles que les prophetes d'Israe'l etaient charges d'annoncer. II se base sur la loi de Mo'ise , et s'appuie sur les temps les plus anciens, sans exiger toutefois les 03Uyres mortes de la loi ; il insiste bien plut6t sur la vraie repentance du coeur, et annonce apres les yisitations divines qui approchent , le temps ou le Sauveur repandra sur son eglise le nouyel Esprit de yie. II yoit sous de yiyes et fortes images les grands eyenemens qui se passeront dans le developpementulterieur du regne duMessie. L' esprit qui le conduit est d'ailleurs absolument le m6me Esprit dont le souffle yiyifiant penetre tous les liyres de la reyelation divine , et

dont le temoignage sacre rayonne a nos yeux a toutes les pages de PEcriture. Ce que Joel a predit, les autres prophetes le confirment, etl'echo deses paroles sepropage, de plus en plus eclatant , jusque dans les dernieres pages du dernier livre de la Bible (').

( 4 ) Joel est le plus ancien prophete qui ait mis par ecrit ses predictions , et aussi semble-t-il avoir vu dans Pavenir les grandes masses et non les details : il donne comme le sommaire de tous les autres livres prophetiques, comme le theme fort court, mais extremement riche de pensees, que les prophetes posterieurs developperont successivement. Son livre se resume en trois grandes pensees : le chatiment d'Israel coupable (i et n, 4-44); le relevement (n, 12-52; in, I, 47, -18, 20, 24) d'Israel repentant (n, 12-i8), transforme par Pesprit de Dieu et agrandi de tous les croyans (H, 28-52) , et le chatiment , sans relevement, des gentils (in, 2-16, 19). Les grands espaces de temps qui doivent separer ces trois fails soat indiques , mais d'une maniere peu precise. Ainsi , la prosperite de la Judee apres sa devastation paries ennemis (n, 4-27), semble, au premier abord, ne point se distinguer de celle dont elle jouira lors du grand jugement des nations (comp. ir, 26-27 a in, 20, 17); et cependant il doit y avoir entre ces deux epoques UQ mysterieux chatiment, qui sera, non une desolation de la Judee par les etrangers, mais une captivite de Juda en pays etranger (ui, 1) , de laquelle le prophele ne parle point en detail, et qu'il suppose connue de ses auditeurs par Deuter. xxix , 28 ; xxx, 5. Ainsi encore , Peffusion du saint Esprit se confond au premier coup d'fflil (n, 28-52) avec cette epoque de prosperite qui doit avoir lieu au temps du grand jugement des nations (in, 13, 18 et suiv.); mais cette epoque suit une captivite de la nation et son retablissement (in, 1), et le don du saint Esprit vient apres un temps de prosperite temporelle (n, 28). On a, dans ce livre, la preuve frappante que les evenemens a venir d'un meme genre se groupaient dans le lointain aux yeux du prophele, de maniere a lui offrir une seule image , et que neanmoins les divers plans de chaque groupe ne se confondaient pas tellement qu'il ne put distinguer les plus rapproches des plus eloignes, et reconnaitre ceux qui devaient etre contemporains. Les lois de la perspective s'appliquent aux visions prophetiques,

dont elles donnent meme la clef; mais celte maniere de considerer soit 1'avenir, soil le passe, est tellement difference de cello de 1'homme naturel, qu'elle n'est pas facile a saisir, et qu'elle forme, par son originalite vraiment inoui'e, une des plus fortes preuves de la divine inspiration des Ecritures. (Voy. Olshausen , de 1'Interpretalion biblique. Neuchalel, 4844, pag. 88 et suiv., 454 et suiv.).

Ce Hvre prophetique forme un tout complet, et tout nous porte a le considerer comme un expose succinct, mais complet, de tout ce que Joel avail annonce et developpe a ses freres pendant la duree de sa mission. (Trad.)

A Joel succede , et dans 1'ordre des livres sacres et dans la suite des temps, Amos, le berger de Thekoa, qui prophetisa , comme il nous 1'apprend lui-meme (i , 1 ) , du temps de Hozias , roi de Juda , et de Jeroboam , fils de Joas, roi d'Israel, deux ans ayant le tremblement de terre. Hozias regna de 809 a 758 ayant Jesus-Christ ; Jeroboam, de 825 a 784 ; ils e talent done contemporains. Quant au tremblement de terre , nous en ignorons la date ; mais nous pouvons juger de sa yiolence et du souvenir qu'en avaient garde les Hebreux, par la maniere dontle propheteZacharie (xrv, 5) en parla trois siecles plus tard. Au reste , ces mots : < deux ans ayant le tremblement de terre , ne se rapporteraient qu'aux premieres propheties d'Amos , et les autres seraient posterieures, si le v l 11 du ch. iv, et le y l 8 du ch. vm faisaient reellement allusion a cette reyolution physique, comme cela semble fort probable. Dieu, ayant de chatier les Hebreux par ce fleau redoutable , aurait enyoye le prophete aupres d'eux pour leur precher la repentance.

C'est contrc le royaume d'Ephraim que sont diriges la plupart des discours d'Amos. II le designe par les noms d'Israe'l (i, 1 , etc.) , de Jacob, quelquefois d'Isaac, parfois menie de Joseph , quand 1'emploi des autres mots auraient pu faire croirc qu'il ayait en yue les douze tribus. Cepen-

dant il ne perd point de vue le royaume de Juda , et s'a-^ drcsse aussi a tous les Hebreux ensemble.

Le royaume d'Epbra'im passait alors de son dernier temps de gloire et de prosperite a un etat de trouble, de dissolution et de ruine. Avec Jeroboam II declina la maison de Jehu , et sous son fils Zacharie , le mal s'accrut avec une grande rapidite ; plusieurs chefs militaires s'emparerent saccessivement du tr6ne dans 1'espace de peu d'annees , et n'y firent point monter ayec eux les yertus qui auraient pu retarder la chute du royaume. Ces conspirations attestent combien etait mauyais 1'etat de la societe , des moeurs et de la religion.

La puissance, le bien-etre, les richesses ayaient engendre, a la fois, de nombreux actes de violence , d'oppression et d'injustice de la part des grands centre les pauvres (n, 6-8 ; v, 11, 12 ; vm, 4-6), et le mepris de Dieu, la licence et le yice (vi, 3-7) , joints a une orgueilleuse securite (vi , 13), dans toutes les classes de la societe. C'etait 1'epoque ou Jeroboam etendait ses conquetes au loin yers le nord et Test (vi , 14 ; cp. 2 Hois xiv, 25), et ou les Assyriens, qui ne s'etaient point encore empare de Calne (vi, 2 ; cp. Esai'e x, 9), n'inspiraient aucune crainte a Israel.

L'etat de la religion etait tout particulierement facheux. La maison d' Achab , qui ayait precede celle de Jehu , avait introduit le culte phenicien de Bahal , et opprime les adorateurs du yrai Dieu. Jehu, en renyersant la maison d' Achab, detruisit aussi 1'idolatrie , et ramena le peuple a la foi de ses peres. Tous les pretres de Bahal avaient ete massacres , toutes ses statues renyersees , par ordre du roi (2 Hois x) ; par son ordre encore, on offrait a Jehoya de brillans sacrifices (Am. v, 21-23) ; mais nous nous tromperions bien , si nous croyions que 1'idolatrie, officiellement interdite et abo- Jie, cut ete en mme temps extirpee du co2ur des Hebreux et du sein des families. Us imitaient, pres de leurs autels,

les peuples pai'ens jusque dans leurs plus infames coutumes (n, 7, 8) , et le levain de 1'idolatrie agissait avec force dans la masse du peuple , qui , exterieurement, y avait renonce. D'ailleurs Jehu et ses successeurs n'avaient point ramene leurs sujets a la vraie foi de leurs ancdtres et a la loi de Moise ; Men moins encore avaient-ils reconnu les nouvelles ordonnances de Dieu , la divine legitimite de la maison de David, et 1'exclusive saintete du culte fonde a Sion et Morija. De la un singulier melange d'obeissance a Dieu et de mepris de sa volonte (iv, 4. 5). On rejetait le Dieu vivant qui, par sa parole et ses prophetes, avait oint David et choisi Sion ; on s'aveuglait sur les manifestations recentes de sa volonte ; on n'admettait pas que le temple qu'il avait fait clever a sa gloire , par Salomon , et le culte qu'il y avait etabli , fussent les seuls vrais : et cependant on ne voulait point abandonner 1'antique foi des Hebreux. Les Ephraimites firent ce qu'on fait d' ordinaire dans des siecles de pauvrete et de sterilite spirituelle , ou Ton se pare de la gloire des anciens , et vante beaucoup leurs hauts faits : comme ils repoussaient les recentes revelations de Dieu , ils se tournerent vers les monumens antiques , et firent de Bethel, Guilgal et Berseba (*), les sieges du culte qu'ils avaient invente. Mais en m6me temps ils se rattacherent aussi aux peches et aux erreurs de leurs ancetres , et renouvelerent , iant a Bethel que dans le nord du pays, a Dan, le culte du

(*) Bethel , consacre par le souvenir du patriarche Jacob , qui y avait bati un autel (Gen. xxvm, 19 e suiv. ; xxxv, 7) , et par le sejour de 1'arche (Jugesxx, 26, 27; 1 Sam. x, 5); Guilgal, par la premiere paque (Jos.v, 10-12), par la presence du tabernacle (Jos. iv, 19, et xviii, 1) et par de frequens sejours de Samuel , d'Elie et d'Eiisee ; Berseba , par le sejour d' Abraham, d'Isaac et de Jacob (Gen. xxn, 19; xxvi, 23; xivi, 1. (Voyezla Description de la Terre Sainte, traduite de Braem.)

veau d'or (*), par lequel les Hebreux avaient, au temps de Moi'se, peche centre 1'Eternel. Gar, apres avoir abandonne le droit chemin et innove en rnatiere de religion de leur propre autorite et au mepris des prophetes yivans, c'etait peu de chose pour les Ephrai'mitcs que de mepriser la parole ecrite, et que d'elever, dans des lieux ou il ne devait point y en avoir, des sanctuaires bien differens de celui que Dieu avaitordonne. Maisils ne s'arreterentpas la; ils avaient falsifie la religion par leurs additions et par leurs retranchemens , et ils allerent jusqu'a faire des einprunts au culte de Bahal. Non point qu'ils entendissent par la abjurer la foi au vrai Dieu ; mais ils pensaient faire preuve de liberte spirituelle et d'independance , en conibinant et employant avec sagesse , pour leurs besoins particuliers , les divers elemens religieux des temps anciens et des temps modernes. Etrange et odieux compose qui empruntait a la yerite son titre et son apparence , mais qui , bien loin d'en avoir la realite , n'offrait que de grandes et fortes erreurs ; religion sans repentance, ni foi, ni serieux, et dont le culte etait tout d'apparat et de formes.

La position des vrais prophetes , en face d'une telle religion, etait extremement difficile ; car le combat est plus facile contre 1'erreur ouverte que contre celle qui se cache sous le manteau dc la verite. Aussi les vrais prophetes n'etaient-ils pas long-temps toleres en Ephrai'm ; on en chassait ceux qui venaient de Juda (vir, 12) ; on imposaif; le silence a ceux que Dieu suscitait en Ephrai'm meme (n, 11. 12).

Amos, que Dieu envoya de Juda dans le royaume d'Ephra'im, pour y temoigner de la verite, n'appartenait pas a

( 4 ) Ce veau d'or etait non 1'image d'un Dieu etranger, mais un symbole de la force creatrice de Dieu. Aussi Aaron , entraine par 1'erreur, pouvait-il inviter le peuple a la fete de cette statue par ces mots : Demain c'est la fete du Seigneur (Exode xxxrr, 5).

la classe des prelres ou des prophetes (vu, 14-); il etait un simple berger. Ea cela, Dieu condescendait aux preventions des Ephraimites, qui, vu la rivalite des deux royaumes, devaient toujours etre tentes de supposer des motifs interesses et blamables a tout homme, appartenant a la classe des prophetes de Juda , qui se presentait a eux comme un envoye de Dieu ; ils ne voyaient en lui qu'un agent de la dynastie et du sacerdoce de Jerusalem , qui cherchaient a recouvrer leur ancienne autorite sur les dix Iribus. Ge sont ccs soupcons qui percent, a ne s'y pas meprendre , dans les paroles hautaines ct dedaigneuses qu'adresse a Amos Amasias , sacrificateur ephraimite de Bethel : Toi, voyant, va-t-en et t'enfuis au pays de Juda ; manges-y ton pain et y prophetise, et ne prophetise plus a Bethel , car c'est le sanctuaire du roi et tine maison Toy ale (vn, 12-15) . Amasias donne a entendre a Amos qu'il ne voit en lui qu'un prophete qui fait son metier, et qui n'a qu'a 1'exercer chez lui, et en appuyant, comme il le fait, sur le sanctuaire royal et la maison royale , il indique assez que , d'apres ses suppositions , ) des mobiles politiques ne sont point etrangers a Tarrivce et au sejour d'Amos a Bethel. Gelui-ci repousse ces insinuations en exposant simplenient les faits : il n'est point de la classe des prophetes, niais un simple paysan dont 1'occupation habituelle est le soin des troupeaux et la culture des sycomores ; on ne peut done lui supposer un zele interesse pour la cause des pretres et du roi, et comment lui, qui est habitue a manger son propre pain et a se contender de figues sauvages , aurait-il feint une mission prophetique en vue de quelque gain temporel?

Amos etait berger (vu, 14). Mais, d'apres levers. l er du i cr chap., il faut entendre ce mot de proprietaire d'un troupeau (au moins le mot hebreu est-ii applique 2 Hois in, 4 , au roi de Moab ) . Thekoa , sa patric , est a deux lieues au sud dc Belhleem , an commencement, des vaslcs deserts ou

paturages de Juda ; cette yille etait situee sur le sommet d'une rnontagne qui produit , aujourd'hui , en abondance des oliyes et du miel.

Le genre de Tie d'Amos se retrouve dans son style , en particulier dans le choix de ses images. II aime a emprun ler les couleurs dont il a besoin pour peindre ses idees, a la Tie des champs, et les figures tirees de cet ordre de faits ne se retrouTent chez aucun autre prophete aussi originales , aussi TITCS, aussi abondantes (Toyez, par exemple, n, 15 ; in, 12; v, 19). Cependant ses regards depassaient de beaucoup le cercle etroit de la Tie de bergers ; il a presens a 1'esprit les eTenemens bistoriques de la plus haute antiquite (ix, 7) , et d'autres plus recens qui ne sont pas consignes dans les liTres sacres (vi, 2). La correction de sonlangage, la clarte de son style , la marche precise et bien rcglee de ses pensees , sa parfaite simplicite s'unissant parfois a la repetition des memes paroles dans le deTeloppement progressif d'une meme idee ou dans des circonstances analogues (I-H; iv, 4-12; vn, 1-9, etvm, 1-5), toutin$qae qu'il possedait le degre de culture et de connaissances que Fepoque pouTait exiger et donner. L'experience de tous les siecles ne prouye-t-elle pas qu'une piete Teritable et eclairee est a elle seule un puissant moyen de deTeloppement intellectuel, et qu'elle elcTe souTent celui qui traTaille aTec serieux a croitrc en connaissance , a une hauteur morale qui surprend quiconque ignore les forces cachees dans une foi Trvante et sereine?

Amos, aTons-nous TU, etait enToye aupres d'Ephra'im, et comme les habitans de ce royaume marchaient , sans le saToir, a la rencontre des justes chatimens de leurs peches, sa mission fut bien moms de consolations que d'aTerlissemens et de menaces. II leur reproche, entre autres, la corruption de leurs moeurs qui marchait de pair aTec la prosperite de 1'etat et des families, et blame chez les grands

leur partialite comme juges , et leurs violences enyers les pauvres. Comme chatiinent de Dieu, il predit la translation des Ephraimites en un pays etranger qu'il ne designe pas (v, 27 ; vii, 17) ; ce qui fut accompli environ 80 ans plus tard, lorsque le roi d'Assyrie, Salmanasar, detruisit leur royaume.

Le livre forme un tout dont les diverses parties sont distribuees d'apres un plan regulier et Yraisemblablement d'apres I'ordre chronologique. Amos ayant ete chasse de Bethel avant d'avoir eu sa derniere vision el prononce ses dernieres propheties , il a , sinon ecrit en entier, au moms termine son livre dans le royaume de Juda , sa patrie , au-. quel , avons-nous dit , il s'adresse en plusieurs endroits.

Le livre commence par 1'annonce du jugement de Dieu sur les deux royaumes hebreux et sur tous les peuples voisins (letn). Piiis le prophete expose en detail aux Ephraimites leurs peches , ce que Dieu a fait pour les ramener a lui, ce qu'ils doivent faire pour retourner a Dieu, et les chatimens qui sont reserves a leur endurcissement (m-vi). Aux paroles prophetiques succedent des visions qui indiquent la certitude et la nature da chatiment ; alors le peuple s'agite et s'inquiete , il ne peut supporter ces paroles et Amos est chasse (vn). Enfin , une derniere vision annonce la proximite de la ruine ; mais au-dela de ceite destruction le prophete decouvre de nouvelles choses , son regard perce plus loin dans 1'avenir, et Dieu lui revele un temps futur de retablissement et de benediction , dont la rejouissante et lumineuse perspective clot ce triste et sombre livre.

II est difficile de partager en sections un ecrit dont les diverses parties sont si intimement liees les unes aux autres. Nous en distinguerons trois : la premiere , comprenant les chap, i et ii ; la seconde, les chap, in a vn ; la troisieme, les deux derniers.

Les Hebreux abusaient des promesses que Dieu avail faites a son peuple elu ; ils y puisaient une aveugle confiance, et oubliaient les conditions auxquelles clles leur avaient etc faites ; ils se livraient a toutes leurs passions , et neanmoins ils se croyaient fort superieurs a leurs voisins et a 1'abri des chatimens dont Dieu frappait ces derniers. Que fait le prophete ? II commence par leur prouver qu'ils se sont mis , par leurs peches , au niveau de tous les autres peuples , qu'ils ne valent ni plus ni moins qu'eux , et qu'ils seront chaties aussi severement qu'eux et de la meme mamere. A cause de trois crimes', et meme de quatre, je ne revoquerai point ceci , dit FEternel , par la bouche d'Amos , a Damas , a Gaza , a Tyr, a Edoni , a Ammon et a Moab (i, 5. 6. 9. 11. 15; n, 1) ; a cause de trois crimes , et meme de qualre, je ne revoquerai point ceci, dit-il de meme a Juda et a Israel (H, 4. 6). Et le feu qu'il envoie contre les royaumes pai'ens (r, 4. 7. 10. 12. 14 ; n, 2), est le meme qui doit devorer Juda (n , 5) . Les peches sont egaux des deux parts , la punition , la mine , doit elre pareille ; mil privilege pour le pecheur, a quelque peuple qu'il appartienne, et quand ce serait au peuple clu, dans quelque ville qu'il demeure, et quand ce serait dans la Ville Sainte. Cependant les promesses de Dieu ne sont point pour cela aneanties , elles subsistent pour ceux a qui elles sont faites , pour les vrais Israelites , pour ceux qui croient du cceur a Jehova ; mais elles ne concernent point la generation rebelle , et Amos ne les rappelle qu'a la fin de son livre ; il les confirme en termes precis , mais il les place a dessein surParriere plan.

Ces deux premiers chapitres ont quelque chose de saisissant et de sublime ; et si la gravitc du sujet permettait des

considerations d'un ordre secondairc , on ne pourrait assez en admirer les beautes poetiques.

Le prophete de Thckoa est parmi les Ephraimites, a Bethel, sans doute, et il entend (ainsi que 1'a fait Joel avant lui, in, 16) Jehoya irrite clever de Sion sa yoix terrible. La Terre Sainte s'emeut tout enliere ; les bergers dont les cabanes couvrent les vastes paturages au sud de Jerusalem , se lamentent ; les fertiles montagnes (') d'Ephra'im et de Galilee , au nord de la Yille Sainte , se changent en desert. Mais pourquoi le peuple elu tremble-t-il ? Ce n'est point centre ltd que Jehova est irrite. Yoyez : le feu (-} qui part du sanctuaire se dirige contre Damas , contre les Philistins, centre Tyr ( 3 ) , contre les ennemis les plus puissans des Hebreux, contre des peuples d'une tout aulre origine. Et pourquoi sont-ils ainsi consumes par le feu sacre? G'est a cause de leurs guerres contre nous, de leurs victoires etdes traitemens barbares qu'ils nous ont fait subir. Et cependant les cabanes des bergers se lamenlent, et le sommet du Garmel se desseche !

Le prophete poursuit ses menaces breves et terribles comme la foudre. L'orage se porte sur Edom, sur Am-

(*) Carmel designe ici tout le pays de monlagnes au nord de Juda, Comp. Jer. iv, 19; ici Ephrai'm designe la Samarie vis-avis de laquelle est, au-dela du Jourdain, Galaad, et Carmel, qui est oppose a Bascan, designe la Galilee.

( 2 ) Cette image du feu , pour designer la destruction par un peuple ennemi , se retrouve dans Joel i, 19; 11, 5. Comp. Gen. xix , Lev. x , d-2 , etc.

( 3 ) Pour Damas : Bikhath-Aven doit ctre la ville du Soleil , Baalbeck; et Kir, d'ou les Syriens sont venus (ix, 7) et ou ils doivent retourner (2 Roisxvi, 9), est, selon les uns, une con- Iree de 1'Assyrie scion les autres , le Kour ou Cyrus en Armem'e. Pour Edom efc Tyr, voy. Joel in , 4-6; 2 Cron. xxviir , 17. 18. Pour 1'alliance fraternclle dc Tyr, voy. d Hois ix , 13.

mon (*). Ce sont, it est vrai, les freres d'Israel, des descendans d' Abraham et de Lot. Mais leur crime n'est-il pas de dechirer sans relache dans leur colere > les Hebreux? et le feu qui doit les consumer, que fait-il autre chose , si ce n'est de venger le peuple elu? L'orage ne yiendra point sur nous; rassurons-nous. Et cependant les cabanes des bergers se lamentent, et le sommet du Carmel se desseche.

Yoici le tour de Moab. ( 2 ) Son sort sera tout pareil a celui d'Ammon et d'Edom , de Tyr, de Gaza et de Damas ; et son crime n'est point le meme! Ce n'est point a cause de ses guerres centre Israel qu'il sera consume ; c'est a cause de ses cruautes centre les Idumeens , centre ce m6me peuple t qui garde a toujours sa fureur contre ses freres > les Hebreux. Peu importe done a quelle race appartiennent les victimes, puisque dans le nombre il en est d'aussi criminelles que leurs bourreaux : Dieu s'irrite et s'eleve non contre les barbares ennemis de son peuple, mais contre les pecheurs, quels que soient et leurs peches et leur nom. Malheur, malheur a nous !

Et en effet, le feu qui ne frappait d'abord que les pays lointains , s'est peu a peu rapproche de nous , et le voila qui eclate sur Sion elle-meme. Le crime de Juda est sa revoke contre 1'Eternel, le mepris de sa yerite revelee, le rejet de sa loi. Mais si Jerusalem n'est pas epargnee, comment Bethel le serait-elle ? Ephra'im echapperait-il a la ruine qui doit frapper Juda?

II n'y echappera point : c'est contre lui que le prophele dirige sa huitieme prediction , c'est a lui qu'il s'adresse tout

( 4 ) L'histoire n'a pas conserve le souvenir de toutes les guerres d'Edom et d'Ammon contre Israel ; ces passages prouvcnt combien elles etaient frequentes et atroces.

( 2 ) Moab avait brule les os du roi d'Edom, comme d'un grand criminel (Josue vn, 2S; comp. 2 Rois m, 27).

speciaiement, c'est sur lui que le feu de Jehova s'arrete pour le remplir, si possible, d'une salutaire frayeur, ou pour le consumer entierement. Et aussi voyons-nous Amos lui mettre, en detail, devant les yeux ses crimes nombreux. En parlant des autres peuples, il s'est borne a citer d'entre leurs (trois) peches , dont le nombre s'accroit avec le temps ( et meme quatre ) , un seul , le plus grand de tous , ou du moins un assez grand pour justifier le chatiment. Mais il enumere tous ceux des Israelites : la vente d'esclaves de leur propre nation (n, 6) , leurs injustices et leur durete envers les pauvrcs (7) , leur profanation du culte par les plus infames debauches (7, 8). Puis il leur rappelle et la protection signalee que Dieu leur ayait jadis accordee contre le peuple amorrheen ( l ), et les prophetes que Dieu a, dans les temps recens, suscites, mais en Tain, au milieu d'eux. Et enfin (15-16) il leur decrit la ruine complete qui les menace. Gette prophetic contre Israel (6-16) est, pour ainsi dire, le theme que reprennent et developpent les chapitres suiyans.

Amos reproche aux pa'iens, qui ne connaissent pas le vrai Dieu , un fait particulier qui est assez criminel pour les forcer a se reconnaitre pecheurs, et en meme temps il les avertit qu'il pourrait facilement multiplier les exemples. A Juda, au contraire, en qui la loi a developpe le sentiment du mal, il reproche non un peche isole , mais son etat general de peche. Ephra'im lient le milieu entre les pa'iens et Juda : pour le convaincre de peche , il faut lui specifier diverses especes de vices , sans qu'il soit cependant necessaire de lui indiquer, comme aux pa'iens, tels ou tels actes particuliers.

( d ) C'est la puissance de la nation , et non la taille des individus qui est comparee (au vers. 9) a la hauteur des cedres; cependant il est possible que-cette image se soit formee dans 1'esprit du berger de Thekoa , a la pensee de ces nombreux geants (Nomb. xm, 54; Deut. in, 11, etc.) qu'il y avail parmi les Cananeens au temps de Moi'se et de Josue.

Le feu qui doit consumer tous ces peuples , c'est Assur. Du moins les Assyriens les ont tous asservis, et ils ont commence 1'oeuvre de destruction que d'autres conquerans ont continuee plus tard.

Amos a fait connaitre le Lut de sa mission : il yient reveler aux Israelites leurs peches , la colere de Dieu et les justes cMtimens qui les attendant. II doit niettre en usage tout ce que 1'Esprit de Dieu lui clonne de force et de douceur pour ouvrir les yeux a ce malheureux peuple sur sa corruption et sur sa mine procliaine, et pour Famener a la repentance ; mais il veut auparavant legilimer aupres d'eux et sa charge de prophete , et les menaces qu'il a ordre de leur faire entendre. C'est ce qu'il fait dans les yersets qui commencent le chap. m.

L'homme ne meconnait pas dans la sphere des choses sensibles 1'intime connexion qui existe entre 1'effet et la cause ; rnais il n'en est point de memo quand il s'agit des choses morales et divines. Si un peuple , si un indiyidu est frappe de quelque fleau, il n'y yerra point la main de Dieu et la consequence de ses peches ; ce sera un facheux hasard. Si un homme extraordinaire apparait ayec 1'ordre divin de censurer la nation , ce n'est point Dieu qui 1'enyoie, ou s'il est reellement un messager d'en haut, sa presence ne se rattache point, pensera-t-on , a 1'etat general des mo3iirs et de la religion. L'homme de tous les temps et de tons les climats fait son possible pour disloquer ou briser la chainc qui unit les evenemens en apparence fortuits a la yolonte de Dieu , et les decrets particuliers de 1'Eternel qui reglent ces evenemens heureux ou malheureux , aux besoins spirituels du peuple.

Les Hebreux, tant ceuxde Juda que ceux dlsrael, concluaicnt des promesses dc Dieu a rimpunilc de leurs cri-

mes ; le resume des premieres propheties d' Amos etait , au contraire , que puisque 1'Eternel n'ayait connu qu'eux d'entre toutes les families de la terre , il punirait sur eux toutes leurs iniquites sans exception (in, 2; comp. Luc xii, 47, 48) . Us s'etonnent de ne pas marcher de concert avec Dieu ; ils croyaient pouvoir compter assez sur lui pour le voir les suivre partout ou ils iraient, meme dans le chemin du mal et de la mort. Ne savent-ils done pas que pour que deux honimes marchent ensemble , ils doivent , avant tout , etre d'accord sur le lieu ou ils veulent aller et sur la route par laquelle ils s'y rendront (5)? Ils s'etonnent de la colere de Dieu , et la croient sans cause legitirne ; mais Dieu s'irriterait-il s'ils n'avaient pas lasse sa patience par leurs peches? Le lion rugira-t-il dans la fore't, si nulle proie ne se presente a lui? (4). Ils s'etonnent des catamites que le prophete leur annonce . comme si elles fondaient sur eux par hasard, et qu'elles ne leur fussent envoyees par personne ; mais si nul n'avait tendu les filets, 1'oiseau s'y serait-il pris? Et Dieu, qui leur envoie ces rnalheurs dans le dessein Men arrete de les en frapper, les eloignera d'eux tout aussi peu quo Toiseleur levera son filet de terre avant que d' avoir rien pris (5) . Ils s'etonnent de leur propre frayeur, et voudraient se persuader qu'clle est sans cause reelle ; mais i sonnera-t-on de la trompette par la ville sans que le peuple tout effraye s 1 assemble ? Tout ne yient-il pas de Dieu, les malheurs qui frappent les nations cornme ceux qui atteignent les indiyidus , et lorsque dans la ville il arrive quelque accident, ne dit-on pas que c'est le Seigneur qui 1'a fait? (6) Ils s'etonnent de 1'apparition d'Amos ; mais ne sayent-ils pas que ir TEternel ne fait rien qu'il n'ait auparavant reyele son secret a ses serviteurs les prophetes? (7)

L'Eternel a rugi : qui ne tremblera? L'Eternel a parle : qui ne prophetisera? Si vous treinblez, ce n'est point sans cause , car Dieu se leye centre vous dans sa colere ; et si je

prophetise, ce n'est point sans cause, car Dieu m'a parle dans rinterieur de mon ame (8).

Ainsi se legitiment la colere de Dieu , la mission du prophete , la frayeur du peuple et les chatimens qui le menacent.

Apres ce preambule remarquable , Amos commence son discours prophetique d'une maniere brusque, inattendueet Yraiment sublime, par ces paroles : Criez-le sur les palais d'Asdod , sur les palais de 1'Egypte , et dites a ces pa'iens : Assemblez-vous sur les montagnes de Samarie, et regardez les grands desordres qui regnent au milieu d'elle, et 1'oppression qu'il y a dans son sein (9) .

Le discours du prophete se divise en deux parlies : la premiere, HI, 9-15 , iv ; la seconde , v et vi.

La premiere partie , dont nous venons de citer le commencement, presente d'abord aux Ephrai'inites , avec une energie toute particuliere , leurs crimes et leurs chatimens (in, 9-12, et iv, 1-5). Les pensees se suivent de pres, a rangs serres; point de developpemens , c'est le premier jet des reproches et des menaces, quialternent plusieurs fois (*). Le prophete les presse-t-il de se convertir (iv, 4, 5) ? Non ; il les connait trop bien pour cela , il les renvoie , dans une sanglante ironie , a Bethel et a Guilgal , a leurs fetes criminelles, a leur culte hypocrite ; car vous le youlez ainsi , 6 enfans d'Israel, dit le Seigneur, 1'Eternel. > Et cependant 1'Eternel a compassion d'eux, comme un pere d'enfans indociles ; d une main il les elevait a un haut degre de prosperite temporelle ; de 1'autre , il cherchait a les ramener a lui en les frappant de fleaux de courle duree ; il leur ayait en-

( J ) iv, I, les vachcs grasses on de Bascan, sont les grands et les riches d'Ephraim, gens enerves et elFemines, soit leurs femmes.S.Pous jellerez la vos palais, [selon d'autres, vos (idolesdc) Rimmona (2 Rois v, 18), ou Vous sercz emmencs aHarmona (1'Armenie).

voye successiyement , et selon une progression croissante , d'abord la secheresse, puis la brulure et la nielle (*), ensuite la mortalite , et enfin un tremblement de terre. Mais ils ne se sont point convertis (6-1 1) . Alors Amos , leur indiquant comme du doigt le chatiment futur qu'il leur a deja predit, continue en ces termes : C'est pourquoi , ainsi te traiterai-je, et puisque je te ferai cela , prepare-toi , 6 Israel , a la rencontre de ton juge , de Dieu , de ce Dieu qui a forme les monts, etc. (12, 13).

La seconde partie du discours est une < complainte (v, 1) ; c'est une exposition detaillee des peches d'Ephraim, entremelee d' exhortations a la repentance, et parlout empreinte du sentiment douloureux que la ruine predite aura lieu reellement a cause de 1'impenitence du peuple.

La ruine est certaine (2) , elle est immense (3) .

Elle peut encore toutefois ne pas avoir lieu : Ghercbez 1'EterneI, et yous vivrez ; fuyez Bethel et Guilgal, qui vont etre detruites ; prenez garde que le feu de Jehova (i, 11) ne saisisse Joseph et ne le consume ; souyenez-yous de la puissance terrible de 1'Eternel (v, 4-9) .

A ces exhortations relatives au culte du vrai Dieu , a ces menaces contre les sieges du faux culte d'Ephraim, succede la censure des mechans , qui haissent le juste et 1'obligent au silence, qui oppriment le pauvre et pervertissent son droit. Le prophete essaie , mais comme en hesitant , d'exhorter ces mechans a chercher le bien , a hair le mal ; alors 1'Eternel sera reellement avec yous, comme vous le pretendez , peut-etre aura-t-il pitie du reste ( 2 ) de Joseph. Mais

O Vy ez peut-etre Joel i et 11.

( 2 ) Ce reste de Joseph ou d'Israel , auquel se rattachent toutes les propheties messianiques , apparait ici et dans Joel n, 52, pour la premiere fois. Nous le retrouverons bientot dans Michee H, 12; v, 3. 7. 8 ; il joue un grand role aussi dans Esai'e

1'esprit da prophete est bientot rappele aux scenes funestes de 1'avcnir, par les lamentations qui s'elevent a ses oreilles spirituelles de toutes les parties du pays (v, 10-17).

II a censure en premier lieu les adorateurs des faux dieux ; il s'adresse maintenant aux faux adorateurs du yrai Dieu , a ces Israelites qui, dans leur coupable aveuglement, osent appeler de leurs souhaits le jour de 1'Eternel (*), comme le pourraientfaire ses vrais et fideles serviteurs, et qui croient lui rendre un culte qui lui soit reellement agreable , tandis qu'ils ne s'approchent de lui que des levres. Peu importe ici Bethel et Jerusalem , et les prophetes de Juda adressent a leurs concitoyens des reproches tout semblables a ceux qu'Amos fait ici aux adorateurs des veaux d'or. II ne fait d'ailleurs aucune tentative de les ainener au yrai Dieu ; ils se croient en parfaite sante , comment iraient-ils au niedecin? Ils sont les saints et les justes de ce peuple perdu ; comment les convaincre de peche ? Toutefois Amos leur declare qu'ils ne valent pas mieux que leurs ancetres qui ont adore Moloch ( 2 ) au desert , et leur annonce qu'ils seront transported au dela de Damas (v, 18-27).

Amos s'adresse, en quatrieme lieu, aux voluptueux qui ne songent qu'aux plaisirs des sens, a ces grands et puissans qui ont toute la confiance d'Israel, le premier ( 3 ) des peu-

i, 9; x, 22; xvn, 6, etc.; puis on le poursuit dans Jeremie xxxi, 7; dans Ezechielvi, 8, et dans Zacharie xin, 8, 9. Comp. Rom. ix, 27; XT, 4-6.

(*) Voyez Joel i, IS ; n, 1. 2. 11; m, 14. Nous rie connaissons pas de livres anterieurs a Joel ou 1'expression de jour de 1'Eternel se retrouve.

( 2 ) Ce vers. 26 est traduit fort diversement : Kijun doit elre le Remphan des Egyptiens, ou Saturne.

( 3 ) Le vers. 2 semble 1'explication de ces mots : le premier des peuples. Calne, Hamath , Gath, sonl-ils plus excellens que vos royaumes, et leurs frontieres plus etendues que les votres?

pies (vi , 1), et qiii ne sont point dans la douleur a cause de la ruine de Joseph. II les connait, et ne leur adresse pas un seul mot d' exhortation ; il ne prend pas meme la peine de leur declarer que leur yie est en abomination a 1'EterneL Us ne le croiraient pas ; quel mal y a-t-il a jouir de ses richesses? le luxe est-il un peche, et le gout de la musique (*) un crime? A cause de cela ils seront transportes des premiers (vr, 1-7).

Amos termine son discours comme il 1'a commence , par une predication de ruine et de desolation ; mais il la deyeloppe et la precise par des details saisissans, en m6me temps qu'il en rappelle les causes (vi, 8-14).

Un coup d'oail sur ces chap, v et vi nous montre le prophcte censurant, en premier lieu (v, 4-9) et en troisieme (v, 18-27), 1'impiete ouyerte et cachee, 1'incredulite et le pharisai'sme ; en second lieu (v, 10-17) et en quatrieme (vi, 1-7) , 1'immoralite ouyerte et cachee, 1'injustice et le sadduceisme.

Les paragraphes 2 , 5 et 4 se terminent de la meme maniere par I'annonce de grands malheurs.

Dans le paragraphe 1 , le verset 7 (v, 7) annonce le sujet du second, qui traite des peches centre la justice ; dans celui-ci, le yerset 14 annonce cette fausse confiance en Dieu , qui est censuree dans le troisieme paragraphe, et le yers. 25, qui fait partie de ce dernier, semble en rapport ayec le yer-

(*) Verset 5 , litter. : ils croient que les inslrumens de musique sont pour cux comme pour David > c'est-a-dire que la musique pent tout aussi bien etre employee a egayer et amuser des mondains qu'a glorifier Dieu. Or, nous voyons Amos reprocher cette profanation de la musique aux riches de son temps avec la meme severite que leurs festins somptueux. Mais il est , d'apres v, 23, un autre abus de la musique que Dieu ne reprouve pas moins , c'est celui dont on se rend coupable dans ces fetes qui n'ont de religieux que le nom et 1'apparence, et dont le culte catholique ne fournit que trop d'exemples.

set 5 du ch. vi , dont le commencement forme le quatrieme paragraphs.

Les chapitres que nous venons d'analyser peuvent etre envisages comme le resume de toute la predication d'Amos en Ephra'im , jusqu'au temps ou des visions lui revelerent le sort du peuple d'une maniere plus saisissante et pour lui-meme et pour ceux a qui il les communiquait.

Amos voit des sauterelles se precipiter sur une prairie et en detruire toute 1'herhe a 1'epoque ou le regain commence a croitre. Cette vision indique une ruine to tale. Le pre a etc depouille de son herbe une premiere fois : une grande destruction a deja frappe le pays precedemment (2 Rois xin, 1-7). Le regain commence a pousser, le pays a se relever (2Rois xiv ). Mais des sauterelles viendront manger toute 1'herbe jusqu'au dernier brin ; le peuple sera aneanti. Toutefois, a la priere d'Amos, TEternel retire sa menace (vir, 1-5).

Amos annonce cette premiere vision au peuple , qui n'y prend point garde , ou du moms qui ne se convertit point ; et le prophele a une seconde vision : un feu (i et n) consume un grand abime , et attaque aussi le champ qui le horde (vii, 4-6). L'abime ou la mer, ce sont les paiens; en particulier, les six peuples mentionnes dans les deux premiers chapitres ; le champ , c'est Israel , dont la ruine devrait etre aussi complete que celle de ces etats voisins. Mais elle ne le sera pas : ou sont , en effet , les descendans d'Edom et d'Ammon, des Philistins et des Syriens? Us ont entierement disparu , tandis qu'il reste encore des debris des dix tribus (*)'.

(*) L'explication que nous donnons ici de 1'abime et du champ, differe de celle de Preiswerck et des autres commentateurs que nous avons sous les yeux. Nous avons Fin time conviction que le langage figure des prophetes a Jbeaucoup plus de fixite qu'on ne le suppose generalement, etque les symboles ont dans

L'intercession du prophete a, pour la seconde fois, ecarte du peuple coupable la destruction et le jugement. Mais le peuple ne s'est point repenti. L'Eternel apparait pour la troisieme fois a Amos ; il tient un fil a plomb a la main , 1'abaisse au milieu de son peuple , et en mesure une muraiile qui est entiere, mais qu'il va renverser. II ne detruira pas Israel en masse ; il determinera avec precision , et selon son exacte justice, ce qui sera renverse et ce qui sera laisse debout (Lam. n, 8 ; Es. xxvm , 7 ; xxxrv, 17) ; mais sa decision est irrevocable (vn, 7-9). A cette vision nouvelle plus detaillee, plus solennelle, plus menacante que les precedentes , Israel s'agite et s'inquiete , mais ne se convertit pas, et le prophete est expulse du pays (10-17).

toutes les visions les memes significations; ce sont des hieroglyphes dont il faut determiner le sens avant que de chercher a les expliquer. Us ne sont d'ailleurs point arbitraires ; bien au contraire, ils reposent sur les analogies reelles et vraies quf existent entre le monde moral et le monde physique. Mais ce analogies sont difficiles a saisir, et elles le sont tout particulierement pour nous , Occidentaux , qui ne sommes point accoutumes a rapprocher et comparer ces deux mondes. II nous faut apprendre a considerer la nature du point de vue d'ou le font les auteurs inspires , et comme le premier chapitre de la Genese contient les principals notions de la revelation sur la nature , c'est dans cette premiere page que nous devons chercher la clef des symboles. II est bien vrai sans doute que 1'on peut connaitre le sens de chaque hieroglyphe, sans savoir pour cela a quels evenemens se rapporte telle vision apocalyptique, ou tel bas-relief egyptien ; mais il n'en est pas moins incontestable que la connaissance de ce sens est la premiere condition d'une interpretation tant soit peu solide. Or, ne peut-on pas reprocher aux theologiens qui se sont occupes de 1'Apocalypse, et en general des propheties , d'etre partis des evenemens historiques pour expliquer les symboles , plutot qu'ils n'ont etudie a fond les symboles avant que de tenter 1'explication des visions ? Mais revenons a notre texte. L'abime remonte au cahos , a ce temps ou la lumiere n'existait point encore (Gen. i, 2); c'est de I'abime , plaine aride , qu'est sortie la terre qu'ornent des plantes

Mais il n'en reste pas moins prophete d'Ephraim , et ses predictions parviennent encore aux habitans de Bethel et de Samarie. Une qualrieme vision, qui se rattache inlimement aux trois precedentes , lui annonce que le chatiment dont il connait la nature et la certitude, ne peut tarder beaucoup ; il en est d'Israel comme de fruits murs, qui ne peuyent rester plus long-temps sur 1'arbre , et qu'on en detache pour les emporter (vm, 1-5 ; comp. le v. 5 a v, 25, et v, 16 a vi, 9,10).

A cette vision se rattachent les dernieres paroles qu'Amos adresse a Ephrai'ni en particulier. II lui reproche encore ses crimes (vm, 4-6), quisont si grands que la terre entrem-

de toute espece (Ibid. 9-12); c'est dans la mer que vivent les monstres informes (Ibid. 21) , les serpens immenses, les leviatans (Es. XXYII, 1), les animaux carnivores des leur origine (comp. Gen. i, 30); la mer s'agite , comme les nations , a tous les vents (Ps. ixv, 8 et suiv. ; LVII; 20). La mer est le symbole des gentils. La terre, dans son sens de terre ferme, a ete tiree du sein de la mer, comme Abraham et le peuple elu du sein des pai'ens ; la terre ferme abonde en plantes , en fleurs, en fruits ; la terre est habitee par des animaux qui etaient herbivores avant la chute , et par 1'homme ; la terre ferme est le symbole du peuple elu, de la Terre Sainte, de 1'eglise. Ainsi les astres qui eclairent la lerre entiere et regnent sur le jour et sur la nuit (Gen. i, 14-19), sont les symboles des hommes qui regnent sur les gentils, ou qui conduisent le peuple des rachetes. Ce n'est pas ici le lieu de passer en revue tous les symboles bibliques empruntes a la nature : la lumiere et les tenebres , la terre et les cieux, le soleil, la lune et les etoiles , les plantes et les animaux, les fleuves (Gen. n, 10-14) , les montagnes, les nuees , la pluie , etc. Nous ajouterons seulement que le sens principal de ces symboles , lequel est donne par 1'etude biblique de la nature, se modifie de diverses manieres selon les miracles et les grands evenemens de 1'histoire des Hebreux (en particulier, de leur sejour dans le desert) , qui se rapportent a lei ou tel de ces objets physiques.

ble, qu'elle sera submergee comme par 1'inondation d'un grand fleuve, enveloppee de tenebres, plongee dans un deuil comme Test celui d'un fils unique (Id. 7-19). Et alors, continue le prophete, dont les yeux s'ouvrent sur des malheurs d'un tout autre genre et bien plus terribles encore , alors Israel, qui maintenant meprise la parole de Dieu, en aura faim et soif et la cherchera partout , mais ne la trouvera pas , malgre la force de ses desirs et de ses souffrances ; car il sera tombe et ne se relevera plus (Id. 11-14). Cette derniere prophetic s'est accomplie d'une maniere effrayante : la vie spirituelle s'est eteinte en Ephraim , la voix du prophete a cesse de se faire entendre parmi les dix tribus qui ont erre de pays en pays , d'une mer a 1'autre et du nord au midi , et se sont perdues parmi les peuples de 1' Asie centrale ; la trace de leur nom s'est effacee, et la parole du prophete s'est accomplie a la lettre , et est inscrite dans les tablettes de 1'histoire. Us sont tombes et ne se sont pas releyes.

S'il nous etait permis de sonder les pensees secretes des anciens prophetes , nous nous transporterions en esprit aupres d'Amos qui, sans doute, est a Jerusalem ; nous le yerrions s'affliger et pleurer sur Ephraim , dont il embrasse d'un coup d'ceil les peches, rimpenitence et le chatiment, et porter des regards inquiets sur Juda, qui doit aussi un jour etre consume par le feu (n, 4-5). Mais que la destruction de Jerusalem est peu yraisemblable : Tetat politique du royaume est florissant, et sur le tr6ne se succedent, de Joas a Jotham, des princes habiles et pieux ; Sion n'a-t-elle pas d'aiUeurs des promesses toutes speciales? Et cependant voici qu'un jour Amos a une vision , ce fut la derniere. Le Seigneur lui apparait debout sur 1'autel des holocaustes ( f ) , qui

(*) On pourrait etre tente de rapporter cette vision au temple de Bethel (in, 14). Mais I'aittel, sans autre designation , ne peut etre que 1'autel des holocaustes dans le temple de Jerusa-

set 5 du ch. vi, dont le commencement forme le quatrieme paragraphe.

Les chapitres que nous venons d'analyser peuvent etre envisages comme le resume de toute la predication d'Amos en Ephra'im , jusqu'au temps ou des visions lui revelerent le sort du peuple d'une maniere plus saisissante et pour lui-meme et pour ceux a qui il les communiquait.

Amos voit des sauterelles se precipiter sur une prairie et en detruire toute 1'herbe a 1'epoque ou le regain commence a croitre. Gette vision indique une ruine totale. Le pre a etc depouille de son herbe une premiere fois : une grande destruction a deja frappe le pays precedemment (2 Rois xin, 1-7]. Le regain commence a pousser, le pays a se relever (2 Rois xrv). Mais des sauterelles viendront manger toute 1'herbe jusqu'au dernier brin ; le peuple sera aneanti. Toutefois, a la priere d'Amos , TEternel retire sa menace (vn , 1-3).

Amos annonce cette premiere vision au peuple , qui n'y prend point garde , ou du moins qui ne se convertit point ; et le prophete a une seconde vision : un feu (i et n) consume un grand abime , et attaque aussi le champ qui le horde (vn, 4-6). L'abime ou la mer, ce sont les pa'iens; en particulier, les six peuples mentionnes dans les deux premiers chapitres; le champ, c'est Israel, dont la ruine devrait etre aussi complete que celle de ces etats voisins. Mais elle ne le sera pas : ou sont , en efiet , les descendans d'Edom et d'Ammon, des Philistins et des Syriens? Us ont entierement disparu , tandis qu'il reste encore des debris des dix tribus ( ).

( A ) L' explication que nousdonnonsici de 1'abime etdu champ, differe de celle de Preiswerck et des autres commentateurs que nous avons sous les yeux. Nous avons l'intime conviction que le langage figure des prophetes a beaucoup plus de fixite qu'on ne le suppose generalement, etque les symboles ont dans

L'inlercession du prophete a, pour la seconde fois, ecarte du peuple coupable la destruction et le jugement. Mais le peuple ne s'est point repenti. L'Eternel apparait pour la troisieme fois a Amos ; il tient un lil a plomb a la main , 1'abaisse au milieu de son peuple , et en mesure une muraille qui est entiere, mais qu'il Ya renverser. II ne detruira pas Israel en masse ; il determinera avec precision , et selon son exacte justice, ce qui sera renyerse et ce qui sera laisse debout (Lam. n, 8 ; Es. xxvm , 7 ; xxxrv, 17) ; mais sa decision est irrevocable (vn, 7-9). A cette vision nouvelle plus detaillee, plus solennelle, plus menacante que les precedentes , Israel s'agite et s'inquiete , mais ne se convertit pas, et le prophete est expulse du pays (10-17).

toutes les visions les memes significations ; ce sont des hieroglyphes dont il faut determiner le sens avant que de chercher a les expliquer. Us ne sont d'ailleurs point arbitraires; bien au contraire, ils reposent sur les analogies reelles et vraies qui existent entre le monde moral et le monde physique. Mais ce analogies sont difficiles a saisir, et elles le sont tout particulierement pour nous , Occidenlaux , qui ne sommes point accoutumes a rapprocher et comparer ces deux mondes. II nous faut apprendre a considerer la nature du point de vue d'ou le font les auteurs inspires , et comme le premier chapitre de la Genese contient les principales notions de la revelation sur la nature , c'est dans cette premiere page que nous devons chercher la clef des symboles. II est bien vrai sans doute que Ton peut connaitre le sens de chaque hieroglyphe, sans savoir pour cela a quels evenemens se rapporte telle vision apocalyptique, ou tel bas-relief egyptien ; mais il n'en est pas moins incontestable que la connaissance de ce sens est la premiere condition d'une interpretation tant soit peu solide. Or, ne peut-on pas reprocher aux theologiens qui se sont occupes de 1' Apocalypse, et en general des propheties, d'etre partis des evenemens historiques pour expliquer les symboles , plutot qu'ils n'ont etudie a fond les symboles avant que de tenter 1'explication des visions? Mais revenons a notre texte. L'abime remonte au cahos , a ce temps ou la lumiere n'existait point encore (Gen. i, 2); c'est de 1'abime, plaine aride, qu'est sortie la terre qu'ornent des plantes

HI

Mais il n'en reste pas moins prophete d'Ephra'iin , et ses predictions paryiennent encore aux habitans de Bethel et de Samarie. Une qualrieme vision, qui se rattache intimement aux trois precedentes , lui annonce que le chatiment dont il connait la nature et la certitude, ne peut tarder beaucoup ; il en est d'Israel comme de fruits murs, qui ne peuvent rester plus long-temps sur 1'arbre, et qu'on en detache pour les emporter (vm, 1-5 ; comp. le v. 5 a v, 25, et v, 16 a vi, 9,10).

A cette vision se rattachent les dernieres paroles qu'Amos adresse a Ephrai'in en particulier. II lui reproche encore ses crimes (vm , 4-6) , qui sont si grands que la terre en trem-

de toute espece (Ibid. 9-12); c'est dans la mer que vivent les monstres informes (Ibid. 21) , les serpens immenses, les leviatans (Es. xxvii, 1) , les animaux carnivores des leur origine (comp. Gen. i, 30); la mer s'agite , comme les nations , a tous les vents (Ps. ixv, 8 efc suiv. ; LVII; 20). La mer est le symbole des gentils. La terre, dans son sens de terre ferme , a etc tiree du sein de la mer, comme Abraham et le peuple elu du sein des pai'ens ; la terre ferme abonde en plantes , en flours, en fruits ; la terre est habitee par des animaux qui etaient herbivores avant la chute , et par Phomme ; la terre ferme est le symbole du peuple elu, de la Terre Sainte, de 1'eglise. Ainsi les astres qui eclairent la lerre entiere et regnent sur le jour et sur la nuit (Gen. i, 14-19) , sont les symboles des hommes qui regnent sur les gentils, ou qui conduisent le peuple des rachetes. Ce n'est pas ici le lieu de passer en revue tous les symboles bibliques empruntes a la nature : la lumiere et les tenebres , la terre et les cieux, le soleil, la lune et les etoiles , les plantes et les animaux, les fleuves (Gen. 11, 10-14) , les montagnes, les nuees , la pluie , etc. Nous ajouterons seulement que le sens principal de ces symboles , lequel est donne par 1'etude biblique de la nature, se modifie de diverses manieres selon les miracles ef. les grands evenemens de 1'histoire des Hebreux (en particulier, de leur sejour dans le desert) , qui se rapporlent a lei ou tel de ces objets physiques.

We, qu'elle sera submergee comme par 1'inondation d'un grand fleuve, enveloppee de tenebres, plongee dans un deuil comme Test celui d'un fils unique (Id. 7-19). Et alors, continue le prophete, dont les yeux s'ouvrent sur des malheurs d'un tout autre genre et bien plus terribles encore , alors Israel, qui maintenant meprise la parole de Dieu, en aura faim et soif et la cherchera partout , mais ne la trouvera pas, malgre la force de ses desirs et de ses souffrances; car il sera tombe et ne se releyera plus (Id. 11-14). Cette derniere prophetic s'est accomplie d'une maniere effrayante : la vie spirituelle s'est eteinte en Ephrai'm , la voix du prophete a cesse de se faire entendre parmi les dix tribus qui ont erre de pays en pays , d'une mer a V autre et du nord au midi , et se sont perdues parmi les peuples de V Asie centrale ; la trace de leur nom s'est effacee, et la parole du prophete s'est accomplie a la lettre , et est inscrite dans les tablettes de 1'histoire. Us sont tombes et ne se sont pas releyes.

S'il nous etait permis de sonder les pensees secretes des anciens prophetes , nous nous transporterions en esprit aupres d' Amos qui, sans doute, est a Jerusalem ; nous le yerrions s'affliger et pleurer sur Ephraim, dont il embrasse d'un coup d'oeil lespeches, Timpenitence et le chatiment, et porter des regards inquiets sur Juda, qui doit aussi un jour etre consume par le feu (n, 4-5). Mais que la destruction de Jerusalem est peu yraisemblable : Tetat politique du royaume est florissant, et sur le tr6ne se succedent, de Joas a Jotham, des princes habiles et pieux ; Sion n'a-t-elle pas d'ailleurs des promesses toutes speciales? Et cependant yoici qu'un jour Amos a une vision , ce fut la derniere. Le Seigneur lui apparait debout sur 1'autel des holocaustes ( f ) , qui

(*) On pourrait etre tente de rapporter cettc vision au temple de Bethel (in, 14). Mais 1'autel, sans autre designation , ne peut etre que I autel des holocaustes dans le temple de Jerusa-

est dans le parvis du temple de Salomon, et lui dit : Frappe les chapiteaux des colonnes Joachin et Boas ( 1 Rois vir , 15-22) , et que la porte en tremble , et fais-les tomber en pieces sur la tete de tous (ix, 1). Quelle a du etre la douleur d'Amos, en voyant que non seulement Juda et Jerusalem seraient delruits , mais que le temple aussi serait renverse , et que le temple de David et de Salomon , dans le sanctuaire duquel la gloire de 1'Eternel apparaissait au dessus du propitiatoire , serait traite comme celui de Dagon , que Samson fit crouler en en brisant les colonnes , et sous les ruines duquel perirent les Phiiistins ! Le culte du vrai Dieu qui faisait la force de Juda, devient 1'instrument de sa ruine, parce qu'il 1'a profane ; car, dans tous les siecles, le Christ , qui est odeur de vie pour les eroyans, se change en odeur de mort pour les rebelles. L'Eternel sait bien combien une telle prediction semblera invraisemblable au prophete d'alors , mais surtout au peuple ; aussi FEsprit saint repete-t-il cette declaration sous plusieurs images diflerentes; Dieu le fera certainement (ix, 1-4), et it est bien assez puissant ( 4 ) pour cela (Id. 5,6). Que Ton n'aille pas se tranquilliser par le souvenir des bienfaits passes ! 1'Eternel en a accorde de tout pareils a d'autres peuples, centre lesquels il va neanmoins envoyer son feu consumant (i, n) ; ses graces ne peuvent Her pour 1'avenir ses mains a sa justice ; que lui

lem ; tout le chapitre ix, d'ailleurs, parle du peuple entier d'lsrae'l , des douze tribus. Les deux colonnes Joachin et Boas supporlaient le portique du temple.

(*) Ces deux versets, 5 et 6, sont semblables au verset 8 du chapitre precedent, et cette correspondauce entre deux chapitres, dont 1'un a trait a Ephrai'm, et 1'autre au peuple hebreu , prouve 1'intime connexion qu'il y a entre toutes les parties de ce livre, qui n'est point forme de pieces rapportees, et qui a etc bien certainement compose d'un seul jet , ou du moms d'apres un meme plan.

fait le nom du royauine pecheur ? tout pecheur sera ehatie, tout royaume pecheur aboli (ix, 7, 8).

Cependant la maison de Jacob ( c'est-a-dire le peuple hebreu, mais tout particulierement Ephraim, que menacent les jugemens les plus severes , vm , 24) , la maison de Jacob ne sera pas entierement abolie ; > car 1'Eternel ne peut retirer aucune des magnifiques promesses qu'il a faites a son peuple, et qui se realiseront toules pour les vrais Israelites. Israel sera agite parmi toutes les nations , mais, comme le ble Test dans le van ; il ne sera que crible ; la poussiere et la paille se separeront des grains, dont aucun ne sera perdu (9) , tandis que ceux qui pechent contre le saint Esprit et sont sourds aux commandemens de Dieu , periront seuls , mais periront tous (10). Ici 1'avenir se decouvre auxyeux du prophete des menaces, comme une brillante aurore au sein d'une mort tenebreuse et apres une violente temp^te. En ce temps-la, dit-il, dans ces temps messianiques qui alors apparaissaient a 1'horizon dans un lointain indetermine , et qui pour nous ont commence avec la venue de la Parole en chair, mais qui ne se termineront qu'avec 1'entier accomplissement de I'ceuYre de Jesus-Christ sur laterre, en ce temps 1'Eternel relevera la cabane renversee de David. Amos ne parle point de la forteresse, du palais de David, car sa maison royale ne sera plus alors qu'une pauvre cabane : c'est ainsi qu'Esaiie a vu 1'arbre magnifique de David coupe jusqu'a la racine, et ne produire qu'un faible rejeton (xi, 1 ). Mais Ephraim ne peut en douter : c'est bien de Juda que viendra le salut dans les temps de gloire que garde i'avenir aux Hebreux; de Juda, contre qui les dix tribus se sont soulevees , et dont elies sont entierement separees. Quand la maison de David sera rebatie comme elle etait anciennement , la terre sera benie extraordinairement (voy. Joel m, 23), les semailles , la moisson , les vendanges se succederont sans interruption dans la patrie du peuple

saint (15); la joie et la paix y regneront a jamais dans les villes et les campagnes (14, 15, par opposition a iv, 6-9 ; v, 11 ; ix, 11, etc.). Cependant Edom , soumis par David , et de nouveau independant lors de la decadence du royaume de Juda , reconnaitra enfin , pour ne plus s'y soustraire , la domination du Roi des rois ; mais il ne sera pas le seul des pa'ien's a le faire ; d'autres nations adoreront le vrai Dieu. Toutefois Amos ne parle que des restes d'Edom et des restes des nations ; car si , d'apres son temoignage , il n'y aura qu'un reste de same de la maison meine dlsrael , combien plus en sera-t-il ainsi des pa'iens? Le jugement passera sur eux et les detruira; rnais ceux qui ne resisleront pas a Dieu jusqu'a leur derniere heure , feront partie du peuple que Dieu nomine le sien (*) .

Amos , avons-nous vu , avait une mission de censures et de menaces aupres d'un peuple orgueilleux et criminel , et les dix tribus, auxquelles il etait tout specialement envoy e, ne devaient avoir, a cause de leur rebellion , qu'une tres faible part aux promesses faites a Abraham et a ses descendans. L' element messianique ne peut done occuper une grande place dans le livre d 1 Amos , et la seule de ses propheties qui ait trait a ces temps de relevement, de gloire et de paix , n'ouvre aucune vue particuliere , ne presente aucun trait qui lui soit propre. Toutefois, malgre sa brievete, elle contient toutes les idees principales qui servent de base a la totalite des propheties messianiques, et qui sont : 1 Le royaume futur de Dieu n'admet que des citoyens regeneres dans leur coaur et sanctifies par Fesprit de Dieu (ix, 8-10) ; 2 les homines saints forment une eglise sacerdotale et pure sous un chef unique, le Fils de David, le Messie (indiquc

Preiswerk semble conelure, du vers. 12, que les pa'iens seront ou detruits ou convertis; mais le passage ne signifie-t-il pas plutofc que le peuple de Dieu possedera tous ceux d'entre les pai'ens qui invoqueront son nom ?

au vers. 11) ; 3 dans ce royaume regne la paix du coeur et la paix sociale ; les maux physiques comme ceux de 1'ame y sont abolis ; toutes les anciennes promesses de Dieu y trouvent leur accomplissement final ; toute lutte , toute inimitie, tout desordre cesse, et la creation entiere celebre la fete de son rajeunissement (15-15) ; 4 les nations etrangeres, paiennes, entrent dans ce royaume en se convertissant a Jesus- Christ; ou 5 sont exposees au jugement du grand jour du Seigneur (12).

Quelque breve et concise que soit la prediction messianique d'Amos , ses paroles ont cependant trouve une place dans le Nouveau Testament , et servi d'appui a I'apdtre Jacques, pour etablir que la porle de Teglise du Seigneur s'ouvrait aussi large aux paiens qu'aux juifs (Actes xv, 14-17). C'etait un moment critique ct decisif pour 1'eglise naissante : quelques-uns de la secte des pharisiens , qui avaient cru , voulaient clever, tout autour du pare des brebis de Christ , 1'ancienne barriere de la loi mosaique, et assembler les fideles sous un joug que nul n'avait su porter ; mais Jacques leur opposa les paroles d'Amos (ix, 11 , 12), et leur prouya , comme il le fait encore a nous , que les prophetes de Fancienne Alliance sont d' accord avec les temoins de la nouvelle, qu'un seul Esprit les anime tous, quoique sous des formes qui varient selon les divers degres de deveioppement du regne de Dieu sur la terre, et qu'il leur presente a tous le menae but , Vaccomplissement de toutes les promesses et de tous les decrets de Dieu en la personne de Jesus-Christ et dans son royaume.

MICHEE.

Michee etait originaire d'une ville de Juda , qui portait le nom soil de Moreseth, soil deMaresa ( J ). Voila toutce qu'il nous apprend et tout ce que nous savons de sa patrie ( 2 ) .

II a recu ses revelations sous les regnes de Jotham, d'Achas et d'Ezechias (ibid.). II etait done contemporain d'Esai'e, et il ne faut pas le confondre avec ce prophete Michee, fils de Jemla , qui vivait , pres de deux siecles auparavant , sous les rois Josaphat de Juda et Achab d'Ephraim , et qui etait un contemporain d'Elie (1 Rois xxii) .

Le temps ou vecut le prophete Michee dont nous avons un liyre , fut un temps de decadence et de danger pour les deux royaumes , de Juda et d'Ephraim , et surtout pour ce dernier. Dans les premieres annees du regne d'Ezechias , le

( 4 ) Michee est d'une petite ville de Juda, situee dans le has pays, et loin de la capitale. Ses regards s'attachent lout particulierement sur les villes de la campagne (i, 40-15), et sur Bethleem , qui doit etre , et non Jerusalem , la patrie du Messie (iv, 8; v, 4). II s'occupe beaucoup de 1'etat moral de son peuple, et fort peu de ses rapports avec les pays voisins. (Trad.)

( 2 J On remarque entre Michee et Esai'e de tres grands rapports dans les expressions, les images et le style. (Trad.)

MICHEE.

puissant roi d'Assyrie , Salmanasar, detruisit le royaume de Samarie; et peu d'annees apres, son fils, Sennacherib, assiegea Jerusalem, devant les murs de laquelle il essuya une defaite miraculeuse , pendant que dans la ville le roi Ezechias priait et le prophete Esaie parlait au nom de 1'Eternel.- Mais quelque menacantes quo fussent les circonstances exterieures , et quelque inquietant que rut 1'etat interieur des deux royaumes, nul, pour ainsi dire, n'y prenait garde, et il regnait chez les grands et le peuple cette securite qui precedent d' ordinaire les grandes calamites.

La mission que Michee avait recue de 1'Eternel etait de reprocher leurs peches a Ephra'im et Samarie , a Juda et Jerusalem , de leur annoncer leur ruine imminente , et en meme temps de leur dire que le salut qu'ils attendaient de leur Dieu etait tres eloigne encore, n'arriverait qu'apres de lerribles jugemens, et serait d'une toute autre nature qu'ils ne s'y attendaient. Des passages tels que n, 11, devoilenta la fois le sens charnel du peuple a qui les jouissances materielles du moment faisaient oublier tous ses soucis, et sa foi illusoire en des prophetes qui Tegaraient. Les versets 9-12 du chap, in designent, en quelques traits pleins d'energie , la corruption des principaux de la nation et la grandeur de leur ruine a venir. Michee avait a lutter contre la depravation generate des moeurs et contre une fausse foi qui ne faisait qu'endormir plus profondement les esprits dans une vaine securite.

La position de Michee a une grande ressemblance avec celle de Jeremie , qui vint un siecle plus tard , et qui vecut a une epoque de plus grande decadence et d'une securite plus aveugle encore. Malgre les declarations les plus positives de Jeremie , le peuple s'obstinait a croire que le secours de Dieu ne lui manquerait pas dans la detresse, et un jour que les pretres, les faux prophetes et le peuple voulaient punir le prophete de ses menaces en le faisant perir,

MICHEE.

quelques-uns des anciens s'eleverent d'entre ceux du peuple qui avaient pris son parti, et dirent que Michee, Morascite, avail, en son temps, annonce sur Jerusalem les memes malheurs que Jeremie, mais qu'on avait alors craint Dieu, et qu'on n'avait fait aucUn mal au prophete (Jer. xxvi).

Le livre de Michee se divise en trois parties principales , dont la premiere comprend les chap, i in; la seconde , les chap, iv et v, et la troisieme, les chap, vi et vn.

La premiere se rapporte aux temps presens, auxquels le prophete revient dans la troisieme, apres avoir annonce dans la seconde le salut reserve, dans les temps futurs, au peuple de Dieu apres ses chatimens et sa repentance.

Dans la premiere partie , Michee annonce la destruction de Samarie et de Jerusalem , juste punition des peches enormes de leurs habitans. Ces menaces sont interrompues a la fin du chap, n, (vers. 42, 15), par une promesse generale et vague d'un retablissement futur, qui contrebalance la frayeur que ces menaces devaient inspirer, et qui soutient 1'esperance des fideles.

Apres les reproches severes et les sinistres predictions du chap, in, le prophete s'arrete et annonce en detail 1'evangile du salut qui doit 6tre revele dans les derniers temps (iv, v). ^

Puis il ramene les regards de ces temps eloignes sur le present (vi et vn) ; car les promesses du salut et de la victoire ne doivent pas endormir les esprits dans la securite , ni faire croire que ces faux prophetes ont raison qui ne parlent que de paix et que de la grace de Dieu. Les peches du peuple et sa corruption profonde lui sont de nouveau mis devant les yeux avec beaucoup d'affection et a la fois de serieux ; et la yraie repentance lui est en meme

O MICHEE.

temps indiquee comme 1' unique cheinin qui conduit au salut et a la joie.

Les propheties messianiques appellent tout particulierement notre attention.

Les chap, iv et v se subdiyisent en plusieurs portions qui presentent de differens cotes la grande oeuyre du salut. Le prophete decrit : 1 les temps messianiques comme un temps de paix (rv, 1-7) ; 2 il indique le chemin du salut, qui ne rnene jamais a la gloire autrement que par la croix et la souffrance (iv, 8-14) ; 5 le regard du yoyant se porte sur la personne du Sauyeur, son origine, son reuyre et sa puissance (v, 1, 5, 4). Enfin, Michee decrit le royaume du Messie d'abord dans ses caracteres exterieurs (v, 4-8), puis selon sa nature interieure et morale (v, 9-14).

1. Chap, iv, 1-7. Le temps du Messie y est depeint comme un temps de paix. Paix sur la terre, > chantaient les cho3urs des anges a la naissance de Jesus- Christ , et leurs paroles ont recu un entier accomplissenient. <r Les gentils eux memes desapprennent la guerre el accourent a Sion ; et tous, reconciles et sanctifies , habitent sans crainte sous leur yigne et leur figuicr (1-5).

Cette paix uniyerselle yient uniqucment de Dieu , qui etend sa grace librement sur tous , meme sur les plus pauvres et les plus delaisses de son peuple (6-7) .

Les 3 premiers yersets de ce chapitre se retrouyent dans Esa'ie, au commencement du chap. H. II est probable que c'est Esa'ie qui a fait cet emprunt a Michee. D'autres ont suppose, sans necessite, que ces yersets faisaient partie d'un ecrit plus ancien, duquel ils auraicnt ele transcrils par Michee comme par Esa'ie.

MICHEE. 7

2. Chap, iv, 8-14. Mais c'est par les souffrances que le chemin de Dieu conduit a la gloire. Les auditeurs, releyes par les brillantes propheties de I'avenir, ne doivent pas oublier qu'il est une porte etroite par laquelle ils doiyent necessairement passer, et que 1'homme pecheur ne pent entrer dans la Cite sainte qu'en traversant robscure yallee de la purification et de la mort a soi-me'ine. Ainsi notre Seigneur, a qui Pierre yenait de dire , au nom des douze , qu'ils le reconnaissaient pour etre le Christ de Dieu , leur parle immediatement de ses souffrances : quoique 1'oint du Seigneur, il doit, en tant que Fils de Phomme, passer, lui aussi, par 1'opprobre et la douleur pour arriver a la gloire , et to us ceux qui veulent le suivre doivent de meme prendre le chemin de la croix (Luc ix , 20-25) . Ainsi encore, le Seigneur qui yient de parler de Paul comme d'un instrument qu'il a choisi pour porter son nom devant les rois et les peuples, ajoute de suite qu'il lui montrera combien il faut qu'il souffre pour son nom (Actes ix , 15, 16). Ainsi 1'esprit de Dieu annonce, par le prophete Michee, les souffrances du temps de transition, en m&me temps qu'il deyoile le but magnifique auquel les hommes doiyent arriyer.

Le yerset 8 est obscur : Et toi , Tour du troupeau ,

> forteresse (ou colline) de la fille de Sion , a toi yiendra et retournera la precedente domination , le royaume de la

> fille de Jerusalem. Cette Tour du troupeau ne peut dtre une des tours de Jerusalem ; nulle part ailleurs il n'est fait mention d'une tour de cette ville qui portat ce nom. Ellc n'est pas non plus synonyme de Sion , dans le sens de la tour qui protege et defend le troupeau du peuple dont le roi est le berger ; cette figure est peu conforme au style biblique. Elle est cette tour dont il est fait mention dans 1'histoire du patriarche Jacob (Gen. xxxv, 21), Migdal Eder, la tour des troupeaux , pres de laquelle il dressa ses ten-

8 MICHEE.

tes apres la mort de Rachel , et qui etait dans le voisinage de Bethleem, de cette ville dont le prophete parle encore plus has en la designant du surnom d'Ephrata , qu'elle porte dans ce m6me passage de la Genese. Peuttre que du temps de Michee il restait encore des debris de cette antique tour, et le prophete rattache aux ruines des siecles recules la promesse de la gloire future : c'est de ce lieu sacre oil Jacob , 1'un des ancetres des Hebreux, a pleure, prie, espere, et d'oii est sortie la race royale de David, que doit partir le retablissement de Sion, c'est la que doit commencer le royaume de Dieu. Cette tour des troupeaux deviendra la forteresse de la fille de Sion , ^ de son peuple sauve : c'est-a-dire , de la race presque eteinte de David sortira le Restaurateur de son peuple.

Les souffrances par lesquelles le peuple doit passer, sont comparees a celles d'une femme qui accouche (10) , et cette image, qui se rencontre souvent dans les prophetes, avait ete si bien comprise par les savans juifs, qu'ils designaient communement par 1'expression : travail d'enfantement du Messie , les rudes combats et les douleurs qui devaient preparer sa venue. Le peuple doit etre emmene captif a Babylone ; mais c'est la qu'il sera delivre et rachete > (10) ; car c'est par Fhumiliation qu'on est eleve, et par la ruine complete qu'on triomphe. Les gentils, au contraire, s'elevent et se rassemblent contre Israel, qu'ils pensent aneantir ; mais ils ne connaissent pas la pensee de Dieu , et ils ne s'assemblent que pour etre foules aux pieds par la fille de Sion , qui vaincra au moment ou elle se croyait menacee d'une destruction inevitable. Gependant Michee se hate de revenir de ces temps eloignes aux temps presens : Mais maintenant prepare-toi au combat , fille de troupes (guerriere), dit-il a la puissance ennemie que Dieu charge pour un temps de 1'execution de ses jugemens sur son peuple. Maintenant Israel doit etre atta-

MICHEE. 9

que et battu , et son juge elre frappe avec la verge sur la joue (v, 1, ou plut6t rv, 14). Cette prediction a recu son entier accomplissement lorsque Celui qui est , dans le temps et 1'eternite, le juge d' Israel et de tous les hommes, s'est abaisse lui-meme, a bu la coupe de la douleur, et a precede son peuple sur le chemin qui conduit par la croix a la gloire.

5. Ch. v, 1-5. Michee passe des outrages qui attendent le roi d'Israel, a la patrie , ro3uyre et la puissance du saint roi, du Messie.

Le verset 1 designe sa patrie, Bethleem Ephrata (Gen. xxxv, 19). D'autres prophetes, d'apres lesquels le Messie devait sortir de la famille de David , ont predit que cette famille serait dechue lorsque le grand rejeton en sortirait; Michee, de son c6le , releve la petitesse de la yille ou le Messie naitra ; tous veulent montrer que Dieu fera provenir sa grande ceuvre de choses petites , meprisees et debiles. Quel contraste ! le dominateur, dont les issues sont de toute eternite, sortira d'un lieu qiii est a peine assez grand pour etre compte parmi les milliers de la tribu de Juda (*) . Millier signifie famille dans soil sens le plus etendu. Yoy. Juges vi, 15.

Verset 2. Gomme le salut ne doit proyenir que d'un rejeton futur de la race de David, (c'est pourquoi) il livrera les Israelites aux nations ennemies, jusqu'au temps ou le Messie sera ne ; alors le reste des freres du Messie retournera avec les enfans d'Israel. Qui sont ces freres du Messie qui ne sont pas les enfans d'Israel, et qui doivent sereunira eux? Ce sont les croyans d'entre les pa'iens,

x ( 4 ) Les traductions allemandes portent : Toi qui es trop petite pour etre au nombre des milliers de Juda. Le texte hebreu autorise cependant aussi nos traductions fran<jaises par quoique. Mathieu, n, 6, a cite ce passage plutot d'apres le sens que litteralement.

* () MICIICI:.

reste. saint qui s'etait eloigne dc la maison patcrnelle o, qm n a relrouve que sous la domination du Messie le c'ho mm vers le grand sanctuaire do riiumanite fen ,y i i <;< Lsaje xux, IS'.Ceversetindiquc done les doubles' fonc' "<ms du Me^sie qui, d'abord, doit dclivrer les Israelites nl.andonnes a leurs ennemis jusqu'a sa venue, et qu i doit cnsuHe rammer vcrs eux les autres freres, les brcliis de

I aulre l)Ti:erie, pour ne former de lous qu'un meme troupoau Jean x, i'i, Ifi).

I.c >rrs<-( 5 parle de la puissance du Mcssic qui < apparailra et qui, en sa qualite de pasteur d'un seul troupc-au. pailra son peuplo en la force de Dieu. Sa puissance sc m.inifi-sU'ra en re qu'ils liahileront en surete (ct non Us rcnenilrnnt , sans eraindre mil ennemi ; son nom sera grand stir foute la surface de la terre, et c'est lui qui sera la pnix > Kphes. n, li).

4. Chap, v, -i-i-t. Du royaume du Mossic. Et d'abord i 8, de la force victorieuse avec laquelle il repoussera lout ennemi qui tentera de I'attaquer. Les evenemcns fu- Uirs sont, d'apres 1'usajrc des prophetes, desijrnes sous dcs imaircs des temps presens : les ennemis des derniers lemps sont nomines Assur, parce (jue les Assvriens etaient, a 1'epocjue de Michee, le grand ennemi d'Israel. < Ouand 1'ennemi \iendra , le berger qui pait son peuple suscitera dc son peuple sept bergers et huit princes d'hommes, > c'osta-dire un nombre sullisant de beros, qui rendront a 1'ennemi les coups dont il voulail frapper 1'eglise.

I.es versets (I et 7 decrivent le role ct la position quc Ic peuple \ictoricux du Seigneur occupera parmi les gcntils.

II sera comme < une rosee du Seigneur, comme une pluic menue stir le gazon. > Celte figure a plusieurs signiiicalioiiMjui se complelenl : 1 La rosee et la pluie design ent une grande multitude; voycz Psaunic ex , 5; 2 clles expriment le raflraichisscmenl et la vie qu'elles rcndent aux

MICIIEE.

campagncs dcssechecs. Lc royaumc de Dieu sera unc benediction pour toutcs Ics nations qui ne s'eleveront pas ouvcrtcmcnt contrc lui. Lcs gentils accourront a Sion pour s'instruire dans la loi de 1'Etcrnel , et ainsi s'accomplira en entier la mission qu'ont recue Abraham ct toute sa posterite, Gen. xn, 2, 5; xvm , 18; xxii, 16 ; 3 cnfin, la rosee et la pluic designent 1'orig-ine celeste da peuple de Dieu qui vit parmi les aulres pcuples de la terre , mais qui n'est pas corame Tun d'eux ; il est issu de Dieu , il est le peuple des cnfans de Dieu. Celte derniere pensee est indiquee posilivement par Ics mots qui suivent : qu'on n'allend point de 1'homme ct qu'on n'espcre point dcs enfans des hommcs, > mais qu'on n'attend quc dc Dieu et qui vient immediatement d'en haut. Le peuple de Dieu est done un peuple tres nombreux , qui est pour les genlils cc quo la rosee du ciel est pour Ics campagnes qu'clle restaure et vivifie.

Mais cellc image ne rend pas la force et la majeste avec laquelle ce peuple babite au milieu des genlils : < il est comme un lion qui, en passant, foule et dechire , ct auquel nul ne peut resistor. La pensec du verse I 7 est exprimee sans %ure au verse t 8.

Lcs versels 9-14 font connaitre la nature morale du royaume de Dieu , qui a pour caractere une sainte paix. Le peuple qui a desappris la guerre (iv, 5), n'a plus besoin de cavalerie ct de chariots , et il habite en siirete dans des villes ouvcrtes ; car le Dominatcur du monde entier est sa paix ct il 1'a pris sous sa protection. La destruction dcs chariots et dcs villes n'indique done pas ici un jugement de Dieu sur Israel.

Mais si le peuple est appelc a vivre dans des relations aussi inlimcs avec son Dieu , il doit ctrc un peuple saint : Ics devins et Ics idolcs , > loute souillurc spiriluclle doivent disparaitre. Pour quc le Seigneur habite au milieu de son peuple, il

12 MICHEE.

faut que 1'ancien commandement : Vous serez saint comme je suis saint, devienne une realite,

Accord entre Michee et les autres prophetes quant a la doctrine du Messie et de son regne.

Tous les prophetes annoncent une epoque future de perfection, oules decrets de Dieu auront leur entier accomplissement, et ou Thumanite arrivera enfin par la longue route des souffrances a son terme glorieux. Us s'accordent a dire que toutes les nations auront part aux bienfaits de ces derniers temps; mais si elles s'elevent contreDieu et son royaume, elles periront infailliblement ; car 1' epoque du salut est en meme temps celle du jugement. Puis ils predisent tous ensemble que, dans ces siecles a yenir, le peuple purifie et reconcilie d'Israel formera le centre du royaume de Dieu , et le chandelier a la lumiere duquel les nations habiteront dans la paix. Enfin , suiyant eux tous , quand le Seigneur sera glorifie , 1'humanite jouira de la paix parfaite , et le lien etroit d'une sainte communion unira Dieu et son peuple. Ainsi s'accomplira dans toute son etendue le chant prophetique des anges : Gloire soit a Dieu dans les lieux tres > hauts , paix sur la terre, et bonne yolonte entre les homi mess (Luc n, 14).

Mais chaque prophete n'a pas recu la mission de faire connaitre en detail le royaume a yenir sous toutes ses faces; chacun, non plus, n'a pas yu aussi ayant et aussi clairement dans les choses futures. Examinons quelle tache particuliere ay ait etc confiee a Michee.

\. Le royaume de Dieu ne peut receyoir que des citoyens qui soient nes de nouveau (Jean in , 3) . Cette nouvelle naissance est un temps de souffrance, et il y a quelque chose d'extraordinaire dans le conseil de Dieu qui conduit

MICHEE. 15

I'homme par la mort a la vie , et qui rattache le salut au point ou semble commencer la ruine ; c'est la ce que Mi chee annonce sous 1'image des douleurs de 1'enfantement , et par la promesse que la deliyrance et le rachat du peuple auront lieu- dans Babylone (iv, 10) , pres de ce fleuye ou le decouragement avait fait suspendre les harpes aux saules du rivage. Comp. vn, 8, 9.

2. Le royaume a venir a un chef mysterieux qui est homme et plus qu'un homme , qui est Dieu et homme , un dominateur qui est a la fois celui qui 1'a fonde et celui qui le gouvernera eternellement. Ce roi celeste est de la race de David. Michee parle moins de lui que ne le font d'autres prophetes ; mais ii fait connaitre le lieu de sa naissance , et c'est par lui qu'Israel savait que le Messie deyait naitre a Bethleem.

5. Le regne de ce fils de David est un regne de paix. C'est ce que Michee expose ayec beaucoup de clarte et de chaleur. iv, 1-5 (copie par Esa'ie) et v, 9-14.

4. Ce regne s'etendra sur toute la terre, et comprendra des membres de toutes les nations paiennes. Michee yoit bien les gentils accourir a Sion (iv, 1 et suiy.) ; mais il ne rattache (v, 2) pas aussi clairement que d'autres prophetes leur conversion a la personne meme du Messie, qui est nomme souyent ailleurs la lumiere des gentils.

5. Cependant, tous les pa'iens ne voudronl pas entrer dans le royaume. Plusieurs nations resisteront et se reyolteront, mais elles periront ; car le salut est en m6me temps jugement. Michee revient a plusieurs reprises sur ce point, iv, 12 ;v, 7, 8, 14.

Toutes ces propheties contenues dans ce livre, nous demandera le lecteur, quand , comment et ou s'accomplirontelles dans 1'histoire , sur la terre ?

MICHEE.

Nous 1'ignorons, et nous ne voulons point soulever d'nne main profane le voile dont Dieu recouvre pour nous 1'avenir, et qui ne se replie qu'a son souffle. Nous ne sommes pas de ceux qui veulent calculer exactement les annees auxquelles doivent arriver certains evenemens dans le royaume de Dieu ; car nous ne savons pas le chemin que prendra pendant le jour la nuee du matin, et nous connaissons bien moins encore les voies du Dieu vivant et les routes de son souffle createur. Nous ne dirons pas non plus avec d'autres : Voici, il est dans le desert, et le voici dans les lieux retires (Matth. xxiv, 26); car nous savons que sa venue sera semblable a 1' eclair qui traverse le ciel du levant au couchant. A quoi servirait de dire a celui qui voit : Yois-tu 1'eclair? et qui voudrait 1'annoncer a 1'aveugle?

Nous voulons parler de ce qui est ecrit, et non de ce qui doit arriver, expliquer non ce qui sera, mais ce qui est, ce qui se trouve dans le livre. Nous nous rejouissons de ce que notre epoque se tourne , avec une foi nouvelle , vers les revelations de Dieu ; et si c'est le devoir de chaque fidele de prendre une part active a I'ceuvre generate selon ses forces, nous croyons que notre tache est de contribuer a faire que le contenu de la parole de Dieu soit connu et cru dans son entier, et sans les alterations de tel ou tel systeme preconcu.

Mais tu paries des propheties de 1'Ancien Testament comme si leur accomplissement n'avait pas encore eu lieu en Jesus-Christ ; ne sont-elles pas toutes realisees spirituellement dans 1'eglise ? Israel n'a plus rien a esperer de 1'avenir.

Cette opinion nous est bien connue , mais nous ne pouvons la partager. Si toutes ces propheties ont trouve leur accomplissement dans Fhistoire actuelle de 1'eglise, il faut les expliquer d'une maniere forcee , et Ton se trouvera conduit soit a douter de la verite des predictions , soit a ad-

MIC1IEE. 15

metlre un meilleur avenir pour Israel. Qu'on explique si spirituellement qu'on voudra les propheties relatives a la paix universelle des derniers temps , elles ne s'appliquent pas a 1'etat spirituel de 1'eglise oii la paix ne regne point. Notre Seigneur n'a nulle part enseigne que toutes les antiques promesses faites a Israel abouliraient a une eglise formee de gentils. Avant sa passion , il a pris conge de Jerusalem pour un temps limite , jusqu'a ce qu'Israel le salue comme celui qui vient au nom du Seigneur (Math, xxin, 59) . Avant son ascension , il ne 'dit point a ses ap6tres que leur esperance de le yoir retablir le royaume d'Israel soit erronee ; il les exhorte seulement a la patience (Actes i, 6) . Et si les propheties de TAncien Testament et les paroles de Jesus-Christ ne suffisaient pas pour dissiper tous les doutes, qui en garderait a la lecture du onzieme chapitre de 1'epitre de I'ap6tre saint Paul aux Remains (vers. 29) ? Enfin , les voies de Dieu relatives aux Juifs sont si extraordinaires ; qu'on ne saurait les croire destines a Yenir se perdre finalement dans les diverses nations au milieu desquelles ils sont disperses. Voila les raisons qui nous obligent a croire que nombre de propheties, surtout celles qui se rapportent a la gloire future d'Israel, n'ont pas encore recu leur accomplissement.

Mais , a supposer qu'il en soit comme tu le dis , a quoi me sert cette opinion, et ou Yeux-tu me mener? t

Ce que nous youlons, c'est, nous le repetons , de ramener nos lecteurs en arriere vers la parole de Dieu qui nous est devoilee , et non de les conduire en avant vers un avenir voile ; c'est de les engager a lire , sans preventions , les declarations des prophetes, de Jesus-Christ et des apotres. Et 1'utilite de cette etude est tres grande. Car les juifs n'ont pas reconnu dans Jesus-Christ le Messie, parce qu'ils s'etaient fait a I'avance des idees fausses de sa personne et de son reuvrc , en comprenant mal ou en ne comprenant pas

16 MICIIEE.

les propheties qui se rapportaient a lui ; et nous voyons , au jour meme de sa resurrection, le Seigneur dire a ses disciples : O gens sans intelligence et d'un coeur tardif a croire tout ce que les prophetes onl dit (LUC xxiv, 25) . Les juifs qui attendaient un Messie triomphant, ontrejete le Messie souffrant ; prenons garde de nous tromper sur I'o3uyre glorieuse que le Seigneur doit faire sur la terre a 1'epoque de sa se conde venue.

Que la parole de TEcriture dans sa totalite et dans sa purete, soit la lumiere qui 'eclaire nos sentiers !

Micbee annonce aux Hebreux rebelles les chatimens dont Dieu va les frapper. II doit les convaincre de la grandeur et de la certitude de ces chatimens ; car ce n'est point impunement qu'on offense un Dieu qui a le mal en abomination , et dont la justice est aussi insondable que son amour. Mais il veut en meme temps leur faire comprendre pourquoi ils seront ainsi chaties; car leDieu qui 1'envoie punit, non pas tant encore pour maintenir la saintete de ses lois que pour aniener le coupable a la repentance; il veut la conversion du pecheur, et non sa mort. Enfin, le prophete est le messager d'un Dieu en qui la misericorde est par dessus toutes ses osuvres; il doit, en predisant la plaie , annoncer aussi la guerison , montrer, apres la cbute, le relevement, et indiquer meme que le malheur est la voie qui doit conduire a une gloire immense. Tache difficile et complexe ; le peuple auquel il parle est trop corrompu pour convenir de sa corruption et croire a l'imminence du chatiment. Si loutefois Israel ouvre les yeux sur ses peches et decouvre la verge terrible qui le menace, il se decouragera et se dira que Dieu ne se souvient plus de ses desseins de misericorde envers son

( r ) Dans les pages suivantes , 1'un des membres de notre societe a expose" le plan de Michee dans son ouvrage , sous un autre point de vue que ne Pa fait M. Preiswerck : ces deux articles nous ont semble' se comple'ter, et les diffe'rences qu'ils prc'sentent ne sont que de details. (Edit.)

i8 MICHEE.

peuple; et si , revenant de son abattement, il cntrevoit dans 1'avenir les heureux temps que la grace de Dieu lui reserve , il imaginera que le chatiment predit lui sera remis. Le prophete done doit , pour produire la conviction de peche et la conversion , effrayer sans decourager , consoler sans amortir la frayeur ; il faut que dans ses paroles la justice de Dieu ne retrecisse nullement son amour, et que son amour surmonte sa justice sans lui faire perdre un seul de ses droits. Qui serait suffisant pour une telle mission , s'il ne parlait sous 1'inspiration de Dieu meme ?

Quel spectacle saisissant et admirable que celui des jugemens que Dieu exerce sur des nations qui sont tombees dans une complete decadence morale et politique, et qui , semblables au figuier maudit , ne produisent plus de fruits a PEternel ! Mais que ce spectacle est plus imposant encore et plus digne de 1'attention de tous les hommes , quand le jugement s'exerce sur le peuple saint, sur le serviteur meme de Dieu, sur les Israelites ou sur 1'eglise du Christ ! Non , ce n'est point une simple figure de rhetorique que ces premieres paroles de Michee : Vous tous, peuples, ecoutez; et toi, terre, sois attentive !

Penetrant par la foi et 1'inspiration au dela du voile du monde materiel, Michee voit Jehova sortir du palais de sa saintete , et descendre vers la terre comme aux jours d' Abraham , parce que le cri des peches des hommes s'est accru, et que leur corruption est tres grande (Gen. xvnr, 20). Jehova vient en juge (Amos iv, 14) ; mais il ne condamne pas sans avoir auparavant expose les raisons qui I'obligent a chatier ; il se presente done d'abord comme un simple temoin ; mais c'est un temoin dont le nom est trois fois saint (Mich. 1,2).

II dirige ses pas non vers Sodome, PEgypte, Babylone, mais vers son peuple elu, a cause de ses peches. II vient, et, a son approche, tout ce qui se croyait, en son absence et par oubli de lui, grand, haut et puissant, sent avec effroi sa petitesse, son neant; les montagnes , les hauteurs terrestres, s'evanouissent devant lui , et fondent ?ous ses pas eomme la cire au feu ; les deux orgueilleuses capitales, Samarie et Jerusalem attirent tout particulierement la vengeance de 1'EterneI (5-7).

MICHEE. 49

Le voici lui-meme qui parie et qui annonce d'abord a Samarie la totale destruction qui I'attend (6, 7).

A cette vue le prophete s'emeut, car quelle que soil sa sainte haine centre le peche, ce n'est point avec joie qu'il annonce les justes jugemens de Dieu sur les pecheurs. II a , comme son Dieu, un cceur plein de compassion. II se lamente et gemit, et ses plaintes sont semblables aux cris lugubres des animaux du desert et des animaux de la nuit (8).

Mais ce qui augmente sa douleur, c'est d'abord que les plaies sont toutes incurables ; car il connait ses freres qui ne s'amenderont point; c'est aussi , c'est surtout que les fleaux ne se sont pas arretes aux frontieres d'Ephrai'm, et ? qu'ils se sont etendus jusqu'a Juda , jusqu'a Jerusalem. Oh! ne 1'annoncez point a Gath , aux Philistins , aux ennemis de mon peuple (9. 10).

La desolation de Juda se presente a 1'esprit du prophete avec tous les details qu'aurait pu recueillir un historien apres I'evenement. II voit quelles villes auront a souffrir de 1'ennemi, qu'il ne nomine pas , mais qui s'avance depuis le nord, depuis la Samarie , et qui ne peut eire que le puissant Assur. II predit meme le sort particulier de cbacune des villes dont il parle, et dont les noms ont, au reste, un sens emblemalique ( 1 ). Le lieu de sa naissance , Maresca , sera devaste , et 1'elite des armees d'Israel s'enfuira jusqu'a Adullam. Jerusalem , d'ailleurs , ne sera pas detruite, ni meme prise (10-16).

La destruction de Samarie et du royaume des dix tribus par Salmanasar, et la prise de toutes les villes fortes de Juda (sauf Jerusalem), par Sennacherib (2 Rois xvm, 15), furent 1'accomplissement de cetle premiere partie des propheties de Michee.

Le jugement que Michee vient de decrire est le premier, mais non le seul de ceux que Jehova exercera sur son peuple. Car les Hebreux ne se repentiront pas, et ne cesseront pas d'of-

(') Beth-haplira , maison de poudre. Scapliir, belle ville. Tsaanan indique faction de sortir, soil avec courage pour combatlre, soil pour fuir. Maroth , amer. Latis , le torrent des chevaux (la premiere ville de Jurla , \ ce qu'il parait, qui ait accucilli le culte c'phrai'mite du veau d'or). Morescelh Galh , possession pres de Gath (lisez ; ta dot's renoncer a Mor. Gath). Akzib , source trompeuse.

20 MICHEE.

fenser la saintete de Dieu; leur persistance dans le mal leur attirera des chatimens de plus en plus severes , qui iront jusqu'a la ruine entiere du royaunae de Juda, et a la desolation de tout le pays. Mais ces jugemens subsequens seront, dans leurs caracteres essentiels , semblables au premier : ils ont la meme cause , les peches des Hebreux ; ils precedent du meme Dieu , et ils sont executes par la meme nation , par Assur. Aussi Michee les reunit tous en un seul, qu'il ne distingue pas d'une maniere precise du premier qu'il vient de decrire (n et in).

II presente de nouveau au peuple ses peches ; mais comme le jugement dont il va leur parler est plus terrible que le precedent, il le legitime en montrant au coupable toute la grandeur de ses crimes. II lui rappelle en quelques mots saisissans 1'enormite de ses injustices , ses violences, ses rapines, ses oppressions, sa fierte , et il lui annonce une destruction complete et le partage du pays entier entre des etrangers. Le temps sera tres mauvais , et les faux prophetes diront aux veritables : Ne prophelisez pas ; mais quand bien meme ceux-ci se tairaient , la confusion n'en arriverait pas moins a (rr, 1-6).

A cette nouvelle accusation et a cette nouvelle menace , le criminel contre lequel s'est eleve, comme temoin, 1'Eternel, ne s'est point encore humilie ; il ne nie pas ses fautes , il ne se moque pas des punitions qui lui seront infligees ; mais, dans le fond de son coeur, il s'en prend a son juge, et se dit (vers. 7) : L'esprit de PElernel s'est retreci. Du temps de nos peres, il etait lent a la colere et abondant en misericorde ; aujourd'hui il n'est plus le meme , son amour est plus mince et plus etroit. Du temps de nos peres <, il s'etait dit notre Dieu et nous avait annonce que nous etions son peuple elu; aujourd'hui ses desseins ont change , nous ne sommes plus son peuple , et son amour pour nous a diminue.

L'Eternel lui repond avec un admirable melange de severite et de bienveillance. Comme ses premiers mots repondent en plein aux pensees d'Israel (7-8) : Mes paroles ne sont-elles pas pleines de bonte pour ceux qui marchent droitement? Celui qui etait ci-devant mon peuple , s'est eleve contre moi comme un ennemi. Quel serieux dans les reproches qui suivent ! et quel est Thornine qui aurait demele d'entre tous les crimes qui

MICHEE. 21

souillaient alors Israel, celui-ci : Vous avez ote ma gloire pour toujours de dessus les petits enfans. Quelle sainte colere dans ces mots : Levez-vous et marchez ; car ce pays n'est plus un lieu de repos pour vous , parce qu'il est souille. L'Eternel vous detruira , meme d'une prompte destruction ! Quelle sauglante ironie dans les paroles qui suivent : Un esprit d'erreur et un prophete de mensonge qui prophetiserait du vin et de la cervoise, serait un prophete au gre de ce peuple (11). Mais aussi quel magnifique avenir Jehova ne devoile-t-il pas a son peuple , afin que celui-ci ne se decourage pas et ne cesse pas de voir en lui, malgre sa colere, son pere et son Dieu, dont les promesses sont inimuables : Jacob sera rassemble , Israel sera retabli , nul ennemi ne les arretera , car a leur tete est un heros puissant , un destructeur de tous les obstacles , un roi a cote duquel se tiendra PEternel (12-13). Voila comment 1'Eternel terrasse et releve , effraye et console , frappe , mais comme a regret et avec mesure.

Le criminel a ecoute la reponse de 1'Eternel , et il se tail ; mais il n'est point encore repentant, et Jehova recommence ses accusations de plus en plus accablantes , qu'il accompagne de nouvelles menaces. II s'eleve, d'abord, contre les conducteurs politiques du peuple hebreu , qui crieront un jour a Lui , et dont il detournera sa face (ni,4) ; puis contre les faux prophetes (*) dont le chandelier sera renverse (5-7) ; et le vrai prophete, qui parle au nom de son Dieu, se pose avec une humble fierte en face de tous ces conducteurs de mensonge , comme etant le vrai messager de Dieu (8). Enfin, s'adressant a la fois aux magistrals, aux sacrificateurs, aux propheles, Jehova leur reproche , en peu de mots , a chacun ses peches , et leur annonce la ruine totale et la destruction du temple de Jerusalem (9-13).

De la cite de David ! du temple de Salomon ! ( 2 ) Oh ! comme Israel , a cette prediction, a du etre saisi de douleur et d'effroi ! Que Samarie soit detruite , elle s'etait revoltee contre la race de David. Que fes villes fortes de Juda soient prises par 1'en-

( z ) Dans Joel, le vrai prophete est respecte da tous; dans Amos, il est cLasse (vir ; n , 1 1 , 12) ; dans Michc'c, il est en face de faux propheles.

( 2 ) Amos IX, i.

nemi, elles ne sont pas Jei duite en monceaux , Sion se une colline deserte ! Toule sont-elles pas liees a Jerusa toutes avec la mine de la vi

Israel desespere , mais le Dieu amene a lui les pecheu par la terreur de sa justice, ment est venu de reveler co ce ravissant avenir, qu'il n' que lui indiquer confusemen

Get avenir embrasse les de; le retour de la captivite de Le temps n'existe pas pour I un jour, et, a ses yeux, ce c en quelque sorte deja arrive venir, ne peut distinguer les tableau complet qu'il decrit s

Michee presente d'abord que sera, dans les derniers tagne de Sion est elevee par loi des Hebreux devient celle monteront a la maison du Di sisleront a Jehova seront jugt et jusques aux dernieres limi selle regnera lant en Israel e chez les gentils epouvantes, < a adorer chacun son Dieu, le ront a son nom a jamais efc gloire et de paix , dont 1'acci pentecole, et ne s'achevera q (Apoc. xix, 15-2i, pour le t paix universelle et 1'existenci monde).

La vision se precise , de n bleau general. Le role d'Isrj exacle : Israel doit etre auj semble, il deviendra une na

MICHEE.

it pas Jerusalem. Mais Jerusalem sera re- , Sion sera un champ laboure, Morija sera ; ! Toutes les promesses faites a David ne '< a Jerusalem? et ne s'evanouissent-elles pas B de la ville sainte?

, mais le desespoir n'est pas la repentance, et es pecheurs plus encore a force d'amour que a justice. Sa colere meme est amour. Le moeveler completement et avee detail a Israel , qu'il n'a fait precedemment (n, 12-13) jnfusement.

isse les destinees entieres desHebreux, depuis

tivite de Babylone jusqu'a la fin du monde.

)as pour Dieu , mille ans sont pour lui comme

feux, ce qui n'est pas encore et doit etre, est

eja arrive. Le prophete qui voit en Dieu 1'a-

inguer les temps ; il a devant ses yeux un

ildecrit sans discerner les divers plans (iv, v).

; d'abord a Israel (iv, 1-S) le tableau de ce

derniers temps, la terre entiere : La mon-

slevee par dessus toutes les montagnes , et la

pient celle de plusieurs nations pai'ennes qui

on du Dieu de Jacob ; les peuples qui re-

sront juges et chaties malgre leur puissance,

ieres limites de la terre ; une paix univer-

n Israel et chez les nations converlies , que

uvantes, et tandis que ceux-ci conlinueront

i Dieu, les serviteurs du vrai Dieu marche-

imais et a perpetuite. Vision sublime de

lont 1'accomplissement a commence avec la

chevera que pendant le sabbat de I'humanite

, pour le jugement des gentils ; xx , pour la

'existence du paganisme jusqu'a la fin du

ise , de nouveaux traits sont ajoutes au laole d'Israel est indique d'une maniere plus t etre auparavant disperse, puis il sera rasa une nation puissante , la nation domina-

Elfsee- Joel

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