JONAS. C
Noos ècrÎTODS pour les amis des saintes Ecritures, et non pour les sceptiques et les incrédules, avec lesqneb nous d'cqtrons poiot en lice ; et si parmi nos lecteurs il s'en trouvait qui vinssent à nous arec des doutes et des objections , nous leur dirions amplement : t Essayez de vous placer à notre point de vue; laissez à la Bible l'honneor et l'autorité qu'elle a depuis nombre de siècles , et qu'elle conservera jusqu'à ce que le ciel et la terre passeront , et voyei si tout
(') H. Preiswerk place dan» son tableau chronologique Jonas après Joël , et daos ses articles particuliers sur cea deux prophètes Joël après Jonas. La différence est de peu d'importance, puisque tout annonce qu'ils ont été contemporains , et que la question est simplement de savoir on plutôt de conjecturer lequel des deux a prophétisé et est né avant l'autre. Nons n'avons pas voulu modifier le tableau sjnchronistique, et nous avons placé Jonas en tète des douze petits prophètes, tant pour ne pas nous écarter des traces de H. Preiswerk , que parce qne son livre, tout historique, nons a para former une bonne transition entre les premiers prophètes qui n'ont rien écrit , tels qu'Elie et Elisée , et tes prophètes sulrâéqueas dont nous avons les prédictions rédigées par écrit.
Nous rappellerons à nos lecteurs l'explication pratique dn livre de Jonas qui a paru dans la FiutUe rdigiw*» an canton ds VandenlSW. (Trad.)
zecbvGooglc
ne TOUS apparaîtra pas pins simple, plus clair, plus rationnel, que ce n'est le cas quand tous tous liTrei à des doutes qui ne peuvent que détruire. Cette preuTC intime , qui se; formera comme d'eU&-méme dans Totre propre esprit , est la seule que nous voulons tous présenter, i
Hais le livre de Jonas renferme nn fait qui a para à plusieurs fidèles eux-mêmes dépasser les limites possibles de la fol : nous voulons parler des trois jours que le prophète a passé» dans le venta'e d'an grand poisson. Et nous croyons devwr, par exception, présenter quelques réflexions justificatiTcs, que nous adressons moins au sceptique qu'au croyant dont on cherohe à ébranler la foi. Nous partons ainsi de la croyance aux miracles, et examinerons simplement si le miracle en question est tel qu'il faille y voir une allégorie ou une TÏsion.
Et d'abord remarquons que le reste du livre ne présente rien qui puisse faire naltrequelque doute sur son inspiration. On n'y voit nulle doctrine opposée aux révélations de Dieu ; bien au contraire, les pensées principales de cet écrit sont tellement supérieures à la manière de voir des Hébreux ; qu'elles supposent nécessairement une illumination divine. El tous les détails du récit , la conduite des matelots , l'état de Ninive, ce qui se passe dans cette ville, portent un tel cachet de Térité et de simpliiàté historique, que l'incrédule même n'y trouverait aucune prise. C'est donc ce qui estdk du poisson, qui seul, dans cet écrit, donne lieu à des objections.
Mais les objections se réfutent sans grande pane à un examen attentif. C'est un fait bien coonn , qu'il existe dant la mer, dans la Méditerranée, des poissons ou des cétacés dont le gosier est assez large pour donner passage à un homme entier. Plusieurs exemples l'ont prouvé du requin, et ]'«n a trouvé dans le ventre de cacèalols des chiens de mer, des dauphins, des requins, dont un, entre autres , de
plus de quinze pieds, et de jeunes baleines. Personne ne niera qu'un de ces animaux ne puisse rejeter intact le corps qu'il a avalé entier. Le miracle est donc possible.
Mais est-il possiUe que Jonas ait vécu dans le ventre de ce grand poisson , qu'il n'j ait pas été étouFTé, et que même il j ait conservé la conscience de ce qui lui arrivait, au point de pouvoir invoquer Dieu? Le miracle consiste précisémeni en ce que Jonas a été conservé vivant dans des circonstances qui sont d'ordinaire mortelles. Mais il porte le même caractère que la plupart des antres miracles bibliques , où l'on voit Dieu opérer, par l'entremise d'une force divine, en un temps très coort et dans de grandes proportions , ce qoi , d'ordinaire , ne se fait que lentement et en petit. Chacun sait que la vie ne se retire pas du corps au moment où l'homme cesse de respirer : la preuve en est les nombreux exemples de personnes rappelées à la vie après avoir resté quelque temps sons l'eau. Mais si l'on peut ne pas respirer pradant une demi— heure et plus, et cependant vivre encore , il n'est pwnl imposable que ce temps, par un acte spécial de la volonté divine, soit prolongé considérablement, et c'est dans cette prolongation que consiste uniquement le miracle de Jouas.
Ne. connall-on même pas un grand nombre de cas de léthargie où les fonctions mdinaires et nécessaires de la vie, la re^iration , la circulation da sang cessent pendant plusieurs jours, durant lesquels cependant la vie est encore là? Si ce fait n'était pas connu, et que la Bible nous parlât d'un bomme qui serait revenu à la vie après que le pouls et la respiration avaient cessé depuis plusieurs jours , ne se ré— erieraît'-on pas snr l'impossibilité d'un tel ùifi £t cependant ce ne serait pas même un miraole; ou, si voa» voulez, ce miracle œsserût-U d'en élre un parce qu'il se répète smivent, et qu'à a été «laminé scienlifiquemeat, conêtaté juridiquement? Sans parler des neuf mois que chaeuB de nous
a passés sans air ni lumière avant sa naissaoce. Le miracle, qui est bien réel , n'a donc rien de plm extraordinaire , de plus iurraisemblable que tous les autres.
Jonas, fils d'Amittaï, TÎTaît sous Jéroboam II, roi d'Epbraïm, à qui il avait annoncé ses succès contre les Syriens [2 Bois siT, âSJ. Son époque est ainsi Traisemblablement peu antérieure à l'an 800. Or, c'est à peu prés dans ce temps que le roi de Hédie , Arbace, a renversé l'ancien empire d'Assyrie , et la mission de Jonas à NinÎTC a donc dû précéder de peu de temps la destruction de cette TÏIIe , qui n'a été que suspendue et retardée par la repentance de ses babïtaus. Le roj qui régnait à l'arrivée du propbète, et qui a été ébranlé et touché par sa prédication , peut avoir été ce même Sardanapale sous qui la ville a été prise , et qui est célèbre par ses mœurs efféminées et par sa fin malheureuse.
Jonas était de Gath-Hepber, ville de la tribu de Zabulon (Josuéxix, 15). Il était donc du royaume d'Epbraïm.
Sa prophétie contre les Syriens ne nous est pas parvenue. Noos ne savons rien de lui que ce que nous apprennent son livre et le passage cité du second livre des Bois. Le nom de Jonas s'est conservé jusqu'à aujourd'hui dans celui d"un village peu distant de Mossul (Ninive) , qui se nomme Nebbi Junes, prophète Jonas , et la tradition y place son tombeau. Mais une autre tradition le fait retourner dans sa patrie et y >:
Le livre de Jonas se divise en quatre sections : 1° La mission de Jonas et sa fuite (ch. i, ï-3) ; 2* ce qui lui arriva sur mer (cb. i, 4 et suiv. , et ii] ; 3° sa prédication à Ninive, qui se repent [ch. m) ; A" sa conduite à la vue de Ninive épargnée [ch. iv).
La mission du prophète h^iren looas vers la ville païenne de NiniTe n'est point an fait isolé dans l'histoire sacrée. Qnand une Dation païenne est en confiit arec le peuple élu dont elle triomphe ou qu'elle opprime, le Dieu d'Iwael se jAéit à se faire connaître à ^e pour le seul vrai Dieu , qui peal bien laisser son peuple dans l'opprobre, mais qui n'en est pas moins le roi des rois et le seigneur de tontes les nations. Ainsi, quand les Israêlîles étaient en Egypte, dans \a^ maison de servitude. Dieu , qui aurait pu les en faire sortir par on seul miracle de sa toute^puissance , frappa les Egyptiens de coups redoublés pour les conTaincre avec force de sa sapréme divinité. Ainsi , à Babylone , où les Hébreux avaient été emmenés en captivité, l'orgueilleux Nébucadaézar, et, après lui, Belsatzar, furent forcés, par des signes et des miracles, de rendre gloire au Dieu de Daniel. Ainsi encore , Cyrtis confessa que c'était Jébova qui lui avait livré les royaumes de son vaste empire , et que Jéhova lui avait ordonné de relever le temple de Jérusalem. Ainsi Ninive, d'où devait bientôt sortir le destructeur d'Ephraïm, vit arriver dans ses mura nn Hébreu qui venait lui annoncer sa chute prochaine.
Mission difficile, et semblable à celle de Moïse à la cour de Pharaon (Exode m). Jonas recevait l'ordre de se rendre dans la capitale d'un puissant empire , dans une ville corrompue par la richesse, le luxe et la prospérité, et de s'y rendre pour en annoncer la ruine. Il se faisait en outre de fausses idées de la grâce divine {vr, 2) ; il pressentait que le Dieu qoi est miséricordieni et lent à k colère, se repentirait du mal dont il aurait menacé les Ninivites , et il ne comprenait pas que si Dieu veut faire grâce, il doit, avant tout, manifester sa sainteté et sa baine du mal, afin de relever le prix de sa miséricorde. Et Jonas ne pouvait sup-
8 wnAs.
porter l'idée d'apporter le stlut à des païens. Abraham , sans doute, arait déjà reçu la promesse qae toutes les famées de la (erre seraient bénies en loi (tien, xii, 5) , et la destination toute tbèocratiqae d'Israël était précisément d'être la lumière des gentils et le sd de Qa terre. Mm de tous les décrets de Dien , il n'en était pas qui fût plus méconnu que celui-là par le sens charnel des Hébrenx. Dans leur égoïsme , ib Tonlaieat bien être la nation privilégiée > mais à condition de ne l'être que pour eux seuls. Ils aimaient à se représenter les gentils exterminés, ou du moins Taincos; mais ils rejetaient avec force la pensée que le salut ne leur avait été confié que pour qu'ils le coEomuniquassent aux autres. De là les souffrances de tout genre des prophètes qui aTaicnt charge d'annoncer aux jni& ce que ceux-ci ne voulaient pas comprendre , ni ne pouvaient supporter, savcHr : les justes chàtimens des Israélites rebelles contre Dieu, et les desseins de la miséricorde divine envers les gentils. Ici le prophète partage les préjugés charnels de son peuple ; il ne veut pas que Dieu s'intére^e au salut des Ni— niviles , il ne veut pas être l'instrument de sa grâce. Aussi ce même homme , qui avait sans doute accepté avec plaisir la mission d'annoncer h Jéroboam 11 ses victoires sur les Syriens, résiste-t-il à Dieu qui l'envoie vers l'Orient , et il s'enfuit vers l'Occident, de devant la lace de l'Eternel, dans la pensée que hors de la Terre-Sainte il n'est plus prophète, et que le Dieu d'Isra^ ne le poursuivra pas jusques aux extrémités du monde, à Tarsis.
Cette conduite de Jooas nous présente un singnliw mélange de bien et de mal. Le don de prophétie laissait subsista en effet le caractère personnel, qui pouvait être fourbe ot faux comme chez Balaam, roide et volontaire comme chci Jwias. Le sens naturel et charnd de ce dernier n'est point encore entièrement brisé et changé. Ainù le chrétien peut, à cété d'une grande connaissance de la vérité , de nom-
breuses expériences ^HritaieHes, de continoeb av^tissanem de l'Esprk de Dieu, conserver encore an coeur peu sincère, ou l&die devant la souffrance, on présomptueux et rebelle. Japbo, Joppé, Jafia est le port de Jérusalem (voy. Description de la Terre Sainte , par Braem. Neudiàtel, 1837, p. 389). Tarsis, c'est l'Espagne méridionale, et , en parllcnlîer, une place importante de commerce des Phéniciens , au delà du délrmt de Gibraltar, non loin de l'emboudiure du Guadalqoivir.
Une tempête assaille le vaisseau qui portait Jonas , et qui est sur le point de se briser. Dans un danger de mort aussi imminent , les matelots païens crient chacun à son dieu , et jettent le sort pour saToîr qui est la cause de cette tempête par laquelle les dieux, d'après U croyance générale (Ciceron, de nat. deor. 3, 36; Horace, odes 3, 2, 35] , les punissaient de leur mépris pour eux et de leur irreligion. Le sort tombe sur Jonas, qui avoue sa faute à l'équipage avec une noble sincérité et une entière franchise ; il se soumet sans murmure à la mort à laquelle il est voué, et engage luir-méme les matelots à le jeter à la mer. Ce qu'Us firent aussi , après avoir différé le plus long-temps possible et avcùr invoqué Jèhova. — La conduite de Jonas réconcilie le lecteur avec lui ; on reconnaît en lui un de ces hommes sans fraude, mais vib et prompts, qui ne se laissent pas facilement persuader de faire qu^que chose contre leur toloDlé , sans toutefois se complaire secrètement dans le péché.
Dieu se montra, envers Jonas , sévère et miséricordieux. Et tel est aussi le caractère de ses voies , surtout avec ses serviteurs. Plus on homme lui tient de près, et plus est prompte et décisive la punition qui le frappe, s'il a désobéi. Il est beaucoup redemandé de ceux à qui il a été beaucoup
iO JONAS.
doDoé , et la âésobéÎMaDce d'an prophète est dix fois plus coupable que celle d'un autre homme. Ainsi (1 Rois xui) le prophète qui s'était rendu de Juda à BétheL pour crier contre l'autel de Jéroboam , et qui ne devait ni manger ni boire dans ce lieu, paya, par une mort violente, la faute qu'il avait commise en ce laissant entraîner, par un prétendu contre-ordre de IKea , à transgresser l'ordre exprès qu'il avait reçu. Un lion le rencontra à son retour et le tna ; et dans nne circonstance semblable, Jonas fut englouti par un grand poisson qae Dieu avait préparé. Mais le juste Juge est aussi un sauveur miséricordieux , et ce ne fut pas en vain que Jonas avait confessé sa faute devant l'équipage païen. Il passa par la porte de la mort, mais elle se rouvrit pour lui ; enseveli vivant dans une étrange prison, il y conserva la vie par la protection spéciale de Dieu, el put invoquer l'Etemel avec la pleine conscience de ce qui lui arrivait. Au trobième jour il revit la lumière , et il s'éloigna du rivage où le poisson l'avait vomi, avec le double sentiment que < c'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant , > et que < le secours vient de l'Eternel. > 11 emportait , d'ailleurs , avec lui l'intime conviction que la volonte du Seigneur était bien réellement de ne pas restreindre sa gr&ce agx Hébreux, et que Dieu était même prêt  taire les plus grands miracles pour faire parvenir aux gentils la connaissance de son nom.
Cette miraculense délivrance de Jonas a été connue des païens qui en ont mêlé le souvenir à leurs fables. Japho était sur l'extrême frontière des Philistins et de la tribu de Dan, et les habitans de celte c6te avaient une foule de contes et de légendes telles qu'on peut en trouver chez un peuple navigateur. Ainsi , il y avait parmi eux une très ancienne fable d'une princesse troyenne, Hésione, qui fut délivrée par Hercule , d'un monstre qui ravageait la contrée : celte fable est mentionnée dans Homère, qui est antérieur à Jo-