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é(raim«r <pii venait non flatter Le peuple, comme le faisaient tes devins idol&tres , mais lui annoncer, avec toale la force possiUe et avec un courage désinléressé , sa ruine immi- Benle; enfin el surtout, par la disposition générale des esprits, dans les temps de corruptioD et de décadence, à se laisser prendre par les choses extraordinaires , qui fcmt sur eux une impression d'autant moins durable et moins profonde qu'elle est plus prompte. Un cœnr efféminé est facilement touché ; mais l'émotion s'efface et disparaît bientôt. Un cœur plus dur est moins accessible , mais il conserve ce qu'il a reçu. Le roi , qui est peat-étre ce Sardanapale dont ks mœurs efféminées sont devenues presque proverbiales , jffésenle , dans notre histoire, un caractère qui se retrouve fréquemment chez le dernier roi d'un état qui périt. Tel Louis XVI, qui ne voulait que le bien, mais qui n'eut jamais la force de l'exécuter, et qui offre un grand mélange de bouté et de faiblesse. Le roi de Ninive se laisse entraîner sans résistance par le mouvement g^éral des esprits . et si le sort de l'état n'eût dépendu que de ses bonnes disposi- Uons da moment , Ninive serait long-temps encore restée ddiont. Le châtiment n'eut pas lieu ; car la repentance des Ninivites avait émula miséricorde de Dieu, comme l'avait fait celle de Jonag (uj. Hais nue génération corrompue peut être touchée et non sauvée. L'émotion causée par la prédication de Jonas ne produisit pas les vrais fruits de la repentance , et ne les amena pas à maturité. Toat rentra sans doute dans l'ancienne ornière peu iqirès le départ du prophète hébreu, et bientdt apparut Arbace, rOi de Médie, qui exécuta sur Ninive le jugement qui n'avait été que diffi^. Ainsi la repentance d'Achab fit retarder d'une génération le châtiment qu'Elie lui avait annoncé de la part de l'Etemel (1 Boisxxi).
Le livre de Jonas se tait d'aUleurs sur le sort ultérieur de Ninive , et ne fait pas même soupçonner que sa repentance
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B'ait été qae momeotaBéei C'est que ce Km «Tait pour bot de faire connaître les desseins miséricordieax de l'Etern^ enms les païens, et peat-étre de mettre en opposition leur promptitode à se conrertir à la parole du prophète étranger, et la dureté de cœur des Israélites qui tuaient leurs prophètes.
Ninira est épargnée , et la vieille nature se réreille avec force en Jonas, qui ne peut prendre son parti de ce que des païens , de grands pécheurs, soient quittes à si bon marché des chatimens dont Dieu les avait menacés. Il prévoyait bien peut-être que leur repentaoce durerait peu, et que le jugement de Dieu les atteindrait plus tard ; mais ce ne serait plus à sa parole, sa prophétie ne se sera pas accomplie, ses menaces auront été vaines, et sa mission ne lui rapportera aucun honneur, ni de la part des Niniviles qui seront revenus à leur première sécurité , ni de la part de ses compatriotes qui se moqueront de sa mission sans résultat. Il est difficile à un prophète de s'oublier soi-même , de ne rien annoncer ni vouloir que ce que veut le Seiguenr. Jonas demande la mort : avoir été jeté à la mer et sauvé miraculeusement, pour aller ensuite annoncer à une ville telle que Ninive une ruine prochaine qui ne s'accomplit pas ! c'en est trop ; mieux vaut mourir. Le reproche si vrai et si pénétrant de l'Etemel ; i Fais-tu bien de t'afOiger ainsi? > ne le ramène pas à de meilleurs sentimens. Il sort de la ville, où peut-être il aurait dû rester pour prêcher la miséricorde du Dieu dont il avait annoncé la justice ; mais il ne veut pas retourner chez lui sans avoir rien fait; il se construit une cabane en face de la ville , dans l'espérance qu'il arriverait à celle-ci, selon que lui le souhaite.
Cependant Dieu qui veut lui ouvrir les yeux sur ses torts, et lui faire comprendre ce que c'est que la gr&ce et la mi-
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sèricorde divine , fait croître à cdtè de sa cabane une plante qui loi donnera on ombrage agréable. Jonas se réjouit de ce témoignage miracoleax qne Dieu lui donne de son amour ; mais il n'en conclut point qu'un Dieu si bon ne peat pas fermer l'orbe aux cris de repenlance d*Bn peuple entier qui s'humilie sons sa verge et demande gr&ce. Alors Diea fait sécher pendant la nuit la plante , et sonDIer de jour on vent br^mt. Jonas t«mbe en défaillance, et demande, pour la seconde fois , la mort ; et au reproche plnn de douceur de Keu, il répond avec manvaise humeur, découragement et franchise : < J'ai raison de m'afDiger àinà , même jusqu'à la mort. > Alan Dieu , dont la patientié n'est point lûsée par l'opiniAtre aveOglement de son serviteur, Ini met devant les yeux , d'une part, son absurde chagrin an sujet de la plante qai a péri, et , de l'autre, le plaisir qu'il aurait à voir périr une ville immense qui conqtle 130,000 enfans , innocens des péchés de leurs parens , et en outre beanconp de bêtes. Dieu n£ restreint point sa grâce aux limites de la Jadée, il a compassion et soin non seulement des H^hvux, mais ausâ des gentils, et même des animaux.
Le livre finit ici brusquement. Peut-être cette in subite signifie-t-elle que le prophète n'eut rien à répondre à Dien, et reconnut ses torts. 11 apprit k comprendre , par les événemens de sa rie et par les le^ns directes que Dien lui donna , que la grftce de Dieu embrasse le monde entier, et que sa volonté est que tous les hommes soient appelés an salut. Mais il ne parait pas avoir re<u la mission d'annoncer, comme les autres prophètes, la venue du ïtessie , et la part que les gentils auraient nn jour à son royaume. Son Hvre prouve , au reste , suffisamment', qn'il a bien saisi le dessein de Dieu et compris ses erreurs et ses préjugés; car il y a déposé avec nne entière Irandiise l'avea de ses fautes et de son égaremeiit , ou si ces pages ne sont pas de sa main , elles ont dû être att. moins écrites d'après les récils
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qu'il aurait faite à d'aatres de sa mission à Ninive. Le dleoce qoe le livre garde but le retour dn prophète à de ineilleurs sentiiuetis , est plutôt nne preuve qu'il ea est luimâme l'auteur ; il lui suffit que Dieu ait raison contre lui, et il ne juge pas nécessaire de se justifier lui-même aux joix des lecteurs.
Il y a one parfaite vérité dans le portrait que ce livre nous donne du caractère de ionas: eatier, prompt, roide, mais droit et sincère. Il s'enfuit à Tarsis de devant Diea; mais il avoue franchement sa faute aux mariniers. Il se CUche contre Dieu de ce que Ninive soil épargnée ; mais c'est à Dieu même qu'il adresse ses plaintes dans une requête. Dieu le reproid de sa mauvaise humeur ; et loi , il lui répond comme ferait un enfant qui, dans le fond de son OBor, aime son père, et irait à la mort pour lui, mais qui, dans on moment de dépit et contre son sentiment intime , lui soutiendrait en face qu'il a raison de désob^.
Encore un mot sur la plante dont nos traductions ont conservé le nom hébreu. C'est le licin, qui, en Orient, s'élève en peu de jonrs à la hauteur d'un petit arbre (■). La lige, creuse et épaisse, présente plusieurs nœuds, de chacun d^quels sortent de larges feuilles qui donnent un ombrage agréable. Entre les feuilles et la tige viennent des fleurs jaunes dont les graines contiatuent une huile purgative. Les feuilles et les fleurs détachées de la tige se fanent en peu de minutes, comme c'est le cas pour toutes les plantes dont la croissance est rapide. Dieu fit donc croître en nne nuit , c'est-à-dire avec une promptitude miraculeuse , la plante qui devait protéger Jonas du soleil. Hais remarqu«ns ici encwe le caractère général des miracles : Dieu choisit, pour
(•) Ainsi Preiswerk, D'après la Gaielte èçangéliqut , an coa- Inire , il faut eiDq noîs an ricin pour arriver a nne banteur de 8 pieds.
la faire pousser avec une lelle rapidité, une plaaie dont le développement est nalurdt^nent très prompt.
Avant que de parler do caractère Bjmboliqae du livre de Jonas, qu'on bous p«rmette une r^lesimi sur l'existence, parmi \ës écrits canoniques hébreux , d'une biatoire qui présente un prophète sous un jour aussi peu iavcurable. Les livres prophétiques étaient recueillis, mis en ordre et conservés par les prophé4es qui , en acceptant ei faisant connaître cdxâ de lonas , ont fait preuve , h ua bant degré , d'humilité et d'amour de la vérité ; on les voit ici prêta i publier franchement tout ce qui devait devenir, d'après la volonté de Dieu, la propriété commune de son peuple. Car s'ils avaient eu égard k l'bonneur de leur ordre plus qu'à celui de Dieu , ils aoraîent certainement tena secret et fait disparaître un écrit qui Mettait ainsi au jour les fautes personnelles d'un prophète.
Les prophètes ont également prouvé qu'ils étaient réellement éclairés de Dieu , en reconnaissant pour inspiré un livre qui portait un caractère aussi directement anti-théocralique , et qui sortait entièrement du cerde étroit des croyances et des opinions juives. Israël n'y apparaît paa comme le seul peuple à qui Dieu se manifeste ; la providence spéciale de Dieu , son amonr, sa miséricorde , s'étendent à des païens et à leur capitale impie. Dieu n'est-il donc pas le Dieu des jaih? L'esl-il aussi des païens? Si la réponse affinnative que saint Paul fit, huit siècles plus tard , à cette question (Rom. m, 39) , ne sembla point décisive à tous les chrétiens d'entre les juifs, qui s'étonnaient et se scandalisaient de voir l'évangile prêché aux gentils et accepté par eux , les mêmes doutes et les mêmes objections
là JONAS.
D'ont-Us pas dû ae former, dans les temps anciens, parmi les Hébreux à la lecture du livre de Jonas?
Ce livre est essentiellement tjpique. U est tout messianique, sans contenir une seule prophétie qui parle de Jésns-^ Chris! et des tcms de la Nouvelle Alliance ; mais il prophétise le Messie par son contenu entier, par les faits qu'il raconte.
Les Nnivitea représentent sous urne forme particulière toutes les nations païennes auxquelles Diea doit, plus tard, se faire connaître comme étant le Dieu de tous les peuples, et se révéler comme leur juge et comme leur Sauveur. Si les genlib n'avaient pas dii être appelés, plus tard, à entrer dans le rojàume de Dieu, Jonas n'aurait pas pu se présenter aux Ninivites au nom' du Saint en Israël et en qualité de prophète de léhova. Cette prédication est une prophétie messianique de lait et non de parole, un type de la révélation future de la grJkce divine à toute chair, une annonce de cette époque où < l'on a prêché , au noot de Jésus-Christ , la repentance et ta rimission des péchés parm* toutes les nations i (Luc xsiv, 47).
Ce livre de Jonas rappelait aux Hébreux que lenr destination future était d'apporter le salut aux autres hommes, et il les tenait en garde contre leur é^ïsme national. La conduite coupable de Jouas, qui rappelle celle du fils atné dans la parabole de l'Enfant Prodigue, devait leur ouvrir les yeux sur leurs préjugés charnels, et ils devaient apprendre avec lui quel est le soia que Dieu prend de toutes ses créatures. En même temps, la repentance des païens devait les faire réfléchir à leur propre impénitence , et leur prouver que les gentils pourraient un jour accepter avec joie la boune nouvelle du salut.
Tout ce que les prophètes subséqueos ont dit et écrit touchant les peuples païens, leurs chàtimras et leur destruction, leur conversion et leur entrée dans l'église, se
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trouve conleon dans l'histoire de Jouas , apportant au^ Ninirites comme les premiers ga^ et un avant-goùl des gr&ces spirituelles qae Dieu leur réserre.
Le caractère typique de celle histoire apparaît arec évidence dans une circonstance de détail, danscelh qui étonne le plus le lecteur et qui ne an justifie pleinement à ses yeux que par ses rapports prophétiques avec un fait à venir d'une importance immense : nous voulons parler du séjour de Jonas dans le ventre du poisson, type du séjour d'égale durée que Jésus-Christ fil dans le tombeau. Il 7 a dans Jouas deux hommes : l'homme naturel , charnel , récalcitrant , jidoux des grAces accordée aux païens , tout juif par ses préjugés ; et le messager de Dieu , Je prophète , l'instrument que Dieu emploie et dirige pour l'exéculion de ses décrets. Et sous ce dernier rapport, Jonas reçoit une mission dont aucun autre prophète n'a été honoré. Lui, qui est prophète en Israël et qui annonce i ses frères les desseins de Dieu , est envoyé dans la première ville du monde païen pour y prêcher le vrai Dieu, non comme un Hébreu qui veut engager les gentils à mettre un terme à leurs pereécntions contre Israël , ou à accorder à celui-ci quelque grâce , mais comme an membre anticipé de l'église nouvelle, qui ne connaît plus les différences de juiÈ et de gentils , et qui ne veut qu'une chose , le salut de tous les hommes. En même temps Jonas se présente aux Nînivites avec la puissance de détruire à sa parole non une famille seulemràt, une ville, un petit ro^ume, mais U capitale du plus puissant empire qui existât alors sur la terre : il est prophète dans toute la plénitude des attributs de sa vocation, selon ces paroles de DieuàJérémie (i, 10) : «Regarde, je t'ai établi aujourd'hui sur les nations el les royaumes, afin que lu arraches et que tu démolisses, que tu ruines et que tu détruises, que tu bâtisses et que tu plantes. » Si donc tout prophète hébreu était un type du pro-