JONAS
pkèlc par eiceliencc , Jonas l'était à des titres plus parlicalîers encore, et auesi Dien a-t-il réglé un des événemeDs de sa vie en vue de ce qui devait arriver an Messie mourant et ressusâtanl. Il lui a fait passer trois jours et trois nuts dans le ventre d'un gros poisson , dont il est sorti viyanl. Jonas a été comme mort, et il est comme ressuscité , et cet événement extraordinaire et mystérieux était , pooT les Hébreux , un hiéroglyphe que les temps futurs devaient exjJiqnw.
Clés divers types de l'histoire de Jonas sont indiqués clairement par lé Sauveur lui-même [Hatth. xii, 59 et suiv- ; Luc XI, 39 et suiv.). Il annmice, en termes obscurs, sa mort et le temps qu'il passera dans le tombeau, en se comparant à Jonas, qui a passé trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine ; et par ces mêmes paroles il prédit indirectement encore sa résurrection , car Jonas n'a été ensevdi sous les flots qu'un temps limité, après lequel il a reparu parmi les vivans ['). Ce n'est point à cela, d'ailleurs, que se borne la comparaison typique que Jésus- Christ étaUit entre l'histoire de Jonas et les temps messianiques: alors, comme du vivant de ce prophète, le vrai Dieu doit être annoncé aux gentils , car son royaume n'est point une théocratie terrestre , il est ouvoi à tous les hommes ; et tandis que les juife , fiers de leur descendance physique d'Abraham , rejettent l'évangfle et ne veulent pas se convertir et naître de nouveau, i les Ninivitcs > de tous les siècles accepto'ont le salut, se détourneront de leurs péchés, et < au jour du jugement s'élèveront contre cette nation et la condamneront. > Jésus-C^irist donne un sens gé-
(') Un mterprclc ajoute que Jonas n'a annoncé le vrai Dieu aux Paîena qu'après son espèce de résurreclion , et que de même l'Evangile n'a été apporté aux Païens qu'après la résurrection de Jésus-Christ.
JOKAS. ai
néral et typique à la repentance des Ninmtes, qui nom est racontée dans le livre de Jonas ; il a devant les jeux, en prononçant ces paroles , le rejet que les juifs feront de l'évangile, et l'empressement avec lequel tes gentils vont le recevoir ; et tes millions de païens qui sont dés lors entrés dans l'église et j ont trouvé la vie étemelle, accomplissent constamment et dans on sens de plus en plus étendu ce que Jésus-Christ disait aux juifs de son temps : < Il ne sera pas accordé à cette race méchante et adultère d'antre sigbe que celui du prophète louas. > La foi des IÇiaivltes condamnait l'incrédulité des Hébreux , et la foi des chrétiens (qui sont tous d'entre les païens] condamne d» siècle en siècle le peuple juif qui a rejeté le Messie.
Nous ne possMons ancon renseignement positif sor la patrie de Joël, sur le temps où il a vécu, sor les circtHW tances au milieu desquelles il a piophétiB^ Il se borne k noua apprendre le nom de son père , Pethoel (i , 1] , qui nous est inconqn; ef-les antres Urres de la ItQ)le ne parlent pas de ce prophète. II en est de lui , k cet égard , comme de quatre autres prophètes dont les écrits nous ont été conserrâs dans la BÛ>le : Nahnm , Habacuc , Abdias et Uatacbie.' Hais en étudiant les pages que nous a laissées JoëI ('), nous pourons arriver, par des conjectures qui ont un très haut degré de ressemblance , à connaître le pajB et le temps où il a récn.
Joël ae dit pas UD mot du royaume d'Ephralm ou d'Israël, et quand il parle d'Israël, il prend ce mot, dans son sens ancien , cwnme désignant non les dix tribus qui s'é-
(*) Daos les Bibles allemandes , le second chapitre se termine au 27* verset ; et le troisième chapitre comprend en conséquence 26 versets. Cette division que réclame le sens, devrait être introduite dans nos Bibles françaises. (Trad.)
laîent séparées de Juda et de Benjamin , mais l'ensemble de la postérité de Jacob (ch. u, 27; m, 2, 16, etc.). D mentionne , au contraire , très souTenf la maison de l'Etemel et ses sacrificateors à îérosalem , U montagne de Sioa, etc. (i, lietsuir.; n, 1, iS, 3â). On conclut de là qu'3 a exercé ses fonctions dans le royaume de Juda, loin des firoutiéres d'Ephraïm, et rraiseniblablement dans le TOisûkage du Saint Lien.
VoiU pour le lieu, Toici pour l'époque. Selon les plus habiles exégétes , Joël a vécu au temps du prophète Amos, ou peu auparavant. Il aurait donc été le prédécesseur immédiat d'Ainos , dont les prophéties viennent après les siennes dans la série des écrits sacrés. Les raisons que l'on allègue à ce sujet sont essentiellement les trois suivantes : 1° lorsque le prophète fait mention des ennemis d'Israël (m, 4, 19], il nomme les Phéniciens, les Philistins, les Iduméens et les Egyptiens , et ne parle nullement des Assyriens et des Babyloniens qui ont été les principaux adversaires du peuple élu. Il vivait donc vraisemblablement dans un temps où ces deux derniers peuples n'étaient pas encore devenus puissans et redoutables ; 3" Amos reproche aux Phéniciens d'avoir vendu comme esclaves et traité sans pitié les Israélites {ffis à la guerre , et Joël les accuse prè> cisément du même péché (m, 2 et sniv.) ; Z" le livre, dans son ensemble, indique qn'au temps où le prophète vivait, on n'avait vu encore ancun des rudes ch&timens dont le royaume de Juda fut frappé dans les temps postérieurs, et qui correspondaient à la dépravation croissante des mœurs et aux progrès de l'idolâtrie. A l'exception des dévastations assez fréquentes causées par les sauterelles , et des guerres qui avaient lieu de temps 4 autre avec les nations voisines {ni, 2, 6), le livre entier de Jofil porte le caractère d'une époque où la religion, l'état'et la sociétéétaient dans un certain état d'ordre et de solidité. Nous n'y trouvons
point cette décadence qui existait déjà alors dans le royaume d'Ephralm , ùngi que nous rapprennent les prophètes contemporains Amos et Osée , et dans laquelle tomba , plus tard, le royaume de Juda ('). Il faudrait par conséquent {dacer Jo£l , au plus tard , au temps du roi de Juda Hozias, qui régna de l'an 810 à l'an 758 arant Jésus-Ghrisl, Peut-être même vécut-il un peu plus tôt encore. En tout cas, Joël est, sinon le plus ancien , du moins l'un des [dus anciens des prO[diètes dont nous possédons les écrits dans la Bible.
Examinons le livre même de Jol^l , et d'âbord la dignité, la pureté et la beauté extraordinaires de son style. D y a dans tout son langage quelque chose de simple et d'antique qui rappelle les premiers titres de la Bible et l'époque de Moïse. Lors, par exemple [i, 14, et ii, 15), qu'il proclame une fêle générale , ces mots : « Sonnez do cor, sanctifiez le jeAne , publiez l'assemblée solennelle , > tous transportent an pied de Sinai et dans les campcmcns du désert; dans ces temps où le peuple habitait dans un même camp , et pourait être réuni tout entier et promplement en un même lieu. En même temps , le style est extraordi— nairement clair, soigné dans l'expression , et la màgnifi-
(*) Joël n'a pas besoin de légitimer sa mission , ïl n'a ptÀ d'adversaires à combattre, de préjugés à dissiper (voyez au contraire Amos en Ephraïm m, 1-8). Chez le peuple pas de cnlie des faux Dieux , et le culte lévitique subsiste dans sa pureté; aucune censure adressée aux sacrificateurs ni au peuple, sauf l'avertissement de célébrer de cccur les fêtes religieuseï (1 1 , 13). Ewald place Joël aa temps de Joas (3 Rois m) avant la dé/aitc d'Edom (2 Rois, xrv, 7; Joël m, 19). (Trail^
cence de l'^ocation poétique égaie et surpasse même les poésies les pins b^cs et les plus admirées de l'antiquité.
Maïs ces beautés n'existast en qaelqne sorte qne pour celai qui lit le prophète dans sa langue. Car à toute traduction reste fort an dessous de Toriginal, ccmdiîen ne doit pas être iniparfoit« celle par laquelle tui hcmune rend les pensées que dans les temps anciens l'esprit de Dieu a immédiatement données anx écrirains inspirés. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que des amis s^és des saintes Ecritures, si ce n'est chez nous, du moins dans d'autres contrées, se soient mis h apprendre , sans j être forcés par leur profesàon, les lances saintes, dans le désir de puiser à la source même de toute vérité , et de goûter ainsi la boisson restaurante de la parole divine, dans sa pure fraîcheur, dans sa force vivifiante et dans sa beauté délicate et sublime. Puisse leur oondire s'accroltrç d'année en année ! L'hébreu surtout, avec sa noble simplicité et sa concision, perd à être traduit dans les langues occidentales, qui sont fondées sur de tout autres principes, tandis qu'en vertu même des caractères qui lui sont propres, l'étude en est si peu pénible et si féconde en jouissances. Que de peine on se donne pour apprendre la langue de tel peuple Toïsin , soit en vue de quelque avantage temporel, soit par mode, souvent'même dans le but unique de mieux go&ter les che&-d'oeurre de poésie qu'elle possède ! Mais qu'il est rare, au contraire, qu'on attache à l'intelligence de l'Ecriture assez de prix pour qu'on se donne, à l'égard des langues saintes, nue pdne semblable ! Et pourtant n'est-il pas certain que la Bible ne nous donne bénédiction et édification qu'en proportion de ce que nous la comprenons réellement? Mais nous revenons à notre prophète , et nous allons en indiquer le contenu d'une manière sommaire.
Dans le chapitre premier, le prophète s'adresse au peuple, qui était réduit alors à une extrême disette par le fléau des
sauterelles, joiat à uae grande sécheresse (<). La misère générale est telle que les sacrifices joaroaliers ne peurent plus avoir lien , et que le saDctnaire mâme se IrouTe dn» nu état de désolation- Joël exhorte le peuple entier k se tourner de coqoert, avec des [«ières ardentes, vers l'Etemel (*). Le chapitre second est le déreloppement du premier. Joël j décrit arec plus de détails les sanlerelles et leur irruption , et ce tableau saîussant est d'une grande beauté (^) . Il presse avec plus de force et d'instance le peuple entier, tous sans exception (u, 16), de chercher t'Eterael de toute leur Ame, et il promet , an n<»n de ce grand Dieu, qu'à la dés(datîoB succédera la grâce, que le fléau s'èltùgnera, et que l'avenir amènera de grandes bénédicliont. Nous verrons bieaUVt ce que sont ces sauterelles,
(*) Le fléau dont Joël fait une peiotnre si vivante n'est pas nn événement fntur; les sauterelles dévastaient le pays lorsqu'il faisait celte prophétie. Les verbes qui sont au tems futur dans nos traductions (ii , 2-tO) doivent être au présent : tânti u répand, lit loujfrent. Us courent. Comme un temps sec est partienlièrement favorable aux sauterelles, il arrive souvent que te fléau de cesitaBeotes se joint à une sécheresse, ensorte que le reste de la verdure que la sécheresse a épargné, devient la proie de ces animaux voraces. Les quatre mots que nos versions rendent à tort par banneton, sauterelle, vermisseau, grillon, signifient quatre espèces différentes de sauterelles.
(*) Annonce générale du fléau (i, S-t) aux ivrognes, aax hommes sensuels (S-7); au pays et aux diverses classes d'habitans (8-13); aux sacrificateurs (15-20), qui sont censés prononcer les paroles iK-20. Pais vient la description du fléau (il , l-H) , l'exhortation à la repeDtance (lS-17), et la promesse que Dieu fera grâce (48-27). (Trad.)
{') L'armée des Sauterelles apparaît dans le lointain par un j<mr d'orage (u, 1-3). Elle est là, on en distingue les soldats (4-6); elle marche avec ordre (7-9) ; elle ébranle le monde, car c'est Dieu qui l'envoie (lO-tl.) (7Vad.)
Ae chapitre troisième, ou phitM dans la troisième partie (n, 38-111, SI), le prophète sort manifestement des temps présens , et parle de choses à venir d'nne grande impor- Unce. Le < jour de l'Etemel > n'est plus on de ces jugemens qae Dieu envoie sur un seul peuple, en frappant ses champs d'un grand fléau, ou en le livrant h ses ennemis : c'est un jour d'effroi pour le monde entier. Cette troisième partie contient deux prophéties distinctes : la première [n , 28-^33] annonce qu'avant le grand et terrible jour du Seigneur, il j aura une époque de grftce et d'effusion du saint Esprit , une époque de délivrance poor ceux qui invoquent l'Eternel, non seulement pour les Israélites, mais ans» pour <Iea restes que le Seigneur appellera. > La seconde prophétie (m) nous instruit de ce qui arrivera lorsque le jour grand et terrible de l'Eternel (ii, 5) sera venu : ce sera un jugement sur lest nations ■. Toute puissance terrestre ennemie de l'Eternel et de son règne sera jugée et détruite, tandis que le royaume du Très-Haut, du Dieu d'Israël, subsistera en pais et en gloire. Les pays des ennemis seront réduits en déserts, et la terre sainte de Judée sera transformée en un paradis bienheureux. Tous les péchés ('j , même les plus grands, et ceux qui étaient restés pendant long-temps sang pardon, seront alors nettoyés, et l'Eternel, que les péchés ne tiendront plus éloigné des hommes, établira sa demeure permanente au milieu de son peuple sanctifié (Apoc. xxi, 3). La des- Iruclion du péché et la sainte communion avec l'Etemel , tel est pour les individus, comme pour l'ensemble de l'église , le terme du combat , de l'espérance et de l'amour ; et c'est par cette sublime pensée que Joél termine sa prophétie, et saint Jean son Apocalypse.
(*} Quelques interprèles entendent par ce sang (ni, SI), tont particulièrement celui de Jésus-Christ , qui est maintenant sur le peuple d'Israël. (Trad.)
Passons maânleuant à quelques remarques relatives à l'iaterprétatioD de notre prophète. Couformémeot à notre plan, il ne peut pas être question ici d'une exégèse complète de ce livre. Nous nous bornerons donc à présenter les principaux points de vue sous lesquels doivent être considérées les différentes prophéties de Joël.
1° U est bien évident que le prophète porte ses regards sur deux époques distinctes, l'une prochaine, et l'autre éloignée ; ce qu'il dit de la première concerne principalement le sort temporel du peuple de Dieu , tandis que les prédictions relatives à la seconde époque se rapportent pLutiït aux événemens spirituels du royaume de Dieu , lesqucb ont sans doute aussi leur cQet temporel et exténcur. En d'autres termes, dans les chapitres i et u, Joël s'occupe des temps de l'ancienne alliance , et dans le chapitre lu il a en vue ceux de la nouvelle.
2° Que sont les sauterelles dont Joël parle dans sa première parUe, et qu'il assimile à une armée de cavalerie ennemie? Suivant quelques exégètes, elles ne seraient qu'une image d'armées étrangères qui devaient, plus tard, dévaster la Terre-Sainte. Mais les paroles du prophète indiquent suffisamment que les Hébreux étaient alors réellement visités par une invasion de sauterelles et par une grande sécheresse. D'après une opinion moins probable encore que la précédente, Jœl n'aurait fait que décrire d'une manière poétique les dégâts effrayans que causent en Orient les sauterelles, lorsqu'elles arrivent en essaims innombrables et arec un bruit terrible , et qu'obscurcissant la lumière du soleil, eliea s'abattent sur les vertes campagnes , et les laissent, à leur départ, entièrement broutées et dépouillées. D'après une troisième opinion, à laquelle nous donnons la préférence , une irruption de sauterelles a eu réellement lieu
bïGoogIc *
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lorsque Joël prophétisait, et c'est à ce fléau qae les deux premiers chapitres se rapportent immédiatetaent. Mais comme l'esprit de prophétie rattache souTent dans l'Ecrilore les choses à venir et non encore visibles aux choses présentes et visibles, et emploie ces dernières comme tjpes pour représenter les premières [') , Joël a , surtout au chapitre n, décrit, sons l'image d'une invasion de sauterelles, les guerres et les dévastations des futurs ennemis d'Israël , les AssjrieDs, les Ghaldèens, les Romains. Et en effet, plusieurs détails de la description contenue au chapitre n sont exprimés d'une manière trop énergique pour n'être entendus que de la calamité présente. Nous voyons aussi, au chapitre ix de l'Apocalypse, dont les images sont évidemment empruntées à Joél, les légions de sauterelles désignant incontestablement des armées dévastatrices et conquérantes.
Si donc nous admettons un sens immédiat et nn sens prophétique, nous reconnaîtrons dans le développement de la pensée da prophète une marche ascendante et progressive des choses plus rapprochées et moins importantes aux choses plus éloignées et plus grandes. C'est ce que les réflexions qui suivent feront voir plus clairement.
3* Dans tous les temps. Dieu se révèle à la fois comme on Dieu souverainement juste et comme un Dieu plein de mi-
(') Une invBsioa de santerellcs , une gréle, une tempête, sont des jugemens de Dien sur les hommes pécheurs ; une gnerre dévastatrice , la ruine d'un peuple (Sodome) ou d'an monde (le déluge), la deslructïoa de tous les raéchans (jugement dernier), ne sont encore que des jugemcns de Diea sur les hommes pécheurs. Tous ces événemens, en apparence si différens, ne signifient tous qu'une seule et même chose: Dieu est juste juge ; et les plus petits peuvent servir de symboles des plas grands. Un orage rappelle au psalmîsle le déluge (ps. xxii); une invasion de sauterelles est , pour le prophète , une image des jugemens que Dieu exercera snr son peuple par les guerres, et sar le monde entier à^ la fin des temps. (Trad.)
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séricorde. Son peuple a en lui un Saureur, ses enaeinis un Juge; et l'église chrétienne confesse que le Seigneur est venu pour le salut du monde, et qu'il viendra an dernier jour pour juger les vivans et les morts. Aussi , dans tous les temps, la t&che des messagers de Dieu a-t-elle été, d'une part, d'annoncer ses jugemens, et de l'autre, de publier sa miséricorde et ses bénédictions ; et 1o& , dans tout son livre, ne parle alternativement que de ces deux points : jugement et salut.
Tons les jugemens de Dieu se résument en un dernier et grand jogement qui n'a pas encore en lieu , et dont les autres ne sont , pour ainsi dire , que des ^pes. Ce jugement est appelé, dans l'Ecriture, le jour du Seigneur. Hais ce même nom s'applique aussi k tous les jugemens partiels que Dieu exerce sur un peuple ou sur une génération. Joël, en ' particulier, fJEdt usage de cette expression, et il l'emploie dans un sens de pins en plus étendu.
Déjà dans le chapitre i, le prophète appelle le fléau des sauterelles an jour de rEtemel (i , iS). La description contenue dans le chapitre u nous fait pressentir on jour plus redoutable, où le Seigneur frappera de sa vei^ son peuple rdielle, et amènera contre lui les armées dévastatrices des Assyriens, des Chaldéens et des Bomains. De ce degré le prophète s'^éve encore plus haut, et nous découvre, dans le chapitre m, un demierjour de jugement universel, dont le résultat sera la destruction de toutes les puissances temporelles ennemies du règne de Dieu.
Parallèlement à ces trois jugemens dénoncés d'abord i la génération pécheresse de lolâ , puis an peuple rebelle , et enfin aux nations ennemies , se trouvent , selon la même progression , de triples promesses de grftce et de salut pour ceux qui, par la foi et une sincère repentance, cherchent le Seigneur et font partie de son église. Le prophète prédît au peuple repentant la cessation du fléau , des bènédiction3
nouvelles et de riches récoltes, ensorle qa'ils doirenl reconnaître, dit l'Eternel, « que je suis an milieu d'Israël, et et que je suis l'Eternel votre Dieu, et qu'il n'y en a point d'autre ; et mon peuple ne sera point confus à toujours. > (n, 19-27). Puis, par la permission de Dieu, les nations étrangères châtieront Israël , et le chasseront même de son héritage ; mais II répandra son t esprit sur toute chair > (il , 28) ; et si les portes du royaume terrestre sont fermées au peuple égaré, il s'ouvrira pour lui un chemia étroit et une porte étroite par où il sera conduit , pour l'éternité , dans le royaume céleste. Bien plus même, comme le Seigneur promet à ses disciples que ce qu'ils auront perdu pour l'amour de lui , leur sera rendu au centuple même dans ce temps-ci (Marc X, 29-30) , il promet, par Joël, à son peuple dépossédé une restauration temporelle , et lui annonce quç le temps vient où il fera retourner ceux qui auront été emmenés captiË de Juda et de Jérusalem (m , 1) . Ce retour de la captivité dans laquelle gémit maintenant tout Israël , aura lieu à l'époque du dernier jugement dénoncé aux puissances ennemies , et à ce jugement correspond enfin le troisième degré de salut prédit , le temps bienheureux où l'Eternel fera sa demeure au milieu de son peuple sanctifié (111,16-21).
. 4° Si nous examinons de plus prés cette dernière partie de la prophéUe.de Joël (n, 28, à m, 21), partie qui, comme nous l'avons remarqué ci-dessus , se rapporte aux temps cvangéliques , nous verrons qu'elle se subdivise en deux portions, dont la première renferme les cinq derniers versets du chapitre il, et la seconde le chapitre m en entier. Dans les cinq derniers versets du chapitre ii , le prophète a en vue le temps de l'église du Nouveau Testament , qui a commencé avec la première pentecôle et refTusioD du saint Esprit, et qui durera jusqu'à l'époque des jugemens dont il est question dans les versets premier et suivans du chapitre iii>
Cette période actuelle de l'église est dépeinte comme destinée aa saint de tous ceux qni invoqueront le nom du Seigneur, non seulement d'entre les juifs , mais aussi d'entre les païens. Ces derniers sont désignés par l'expression : 'les risidut que l'Eternel aura appelés- > (ii , 3Sj , et c'est bien aussi de cette manière que Pierre l'a comprise, lorsque, dans son discours du jour de la pentecdle , il a expliqué, par ce même passage, l'événement miraculeux de l'envoi du saint Esprit, en disant au peuple que ( ce salut qu'ils annonçaient, était pour eux et pour leurs cnfans, et aussi pour tous ceux qui sont loin, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera à soi) (Act. II, 59). L'époque actuelle de l'église diffère de celle de l'Ancien Testament, en ce que ce ùe sont plus des individus isolés qui sont appelés d'une manière extraordinaire à recevoir l'Esprit du Seigneur, mais en ce que l'église entière (Jo4il ii , 28] doit recevoir avec le pardon des péchés le don du saint Esprit comme arrhes de la rédemption et de la gloire à venir (Eph. i, 14; 2 Cor- v, 5). D'une autre part, elle diffère de l'économie future, en ce que alors l'Eternel haHtera au milieu de son peuple (Joël m, 21], tandis que maintenant sa présence ne se fait pas enore sentir d'une manière immédiate.
Après qu'auront eu lieu des évéaemens dont il nous est impossible de déterminer à l'avance la nature spéciale, arrivera ce «jour grand et terrible de PEternel, > qui est annoncé au ch. II , verset 31 ; et avec le jugement des gentils viendra , pour l'église , la sainte bénédictioa dont il est fait mention dans le chapitre lu. Mais ici nous touchons aux bornes de l'avenir encore voilé. Il ne nous est pas donné de connaître les choses • qui ne dépendent que du Père. » Cependant il nous semble qu'on peut déterminer avec quelque certitude le sens de quelques-unes des paroles du prophète, et c'est à quoi nous allons nous. attacher.
ik JOËL.
Depuis le verset 1" jusqu'au milieu du i 6* du diajHire m, se trouve la dénouciatioa d'un jugement qui doit tomber sur les peuples ennemis du royaume de Dieu. Au chap. xvi de l'Apocalypse, il est parlé aussi d'un grand jour du Dieu Tout-Puissant , « poiv lequel les rob de la terre i se rassemblent, et qui doit avoir lieu immédialement avant la chute de Babylone , et avant la voix qui crie du dd : < C'en est fait. > Dans ce dernier passage , le lieu où les rois rebelles s'assemblent est appelé Armageddon , ce qui a vraisemblablement trait à ce qu'on lit dans Zacharie xu , 9-1 i . Or, coDune ce nom figuratif d' Armageddon ne désigne point un lieu réellement ainsi nommé , il est à présumer qu'il eu est de même de la vallée de Josaphat {'], dans laqndle, d'àprés le verset 2, doit avoir lieu le jugement des peiqiles. Josaphat signifie en eOet: < le Seigmur juge, • et Joël luimême donne, pins bas [v. 14], un autre nom à cette même vallée, celui de la < vallée du jugement > ou < de la déci— «on. » — Lorsque le prophète doit désigner les nations ennemies qui subiront ce jugement, il leur donne les noms des peuples qui figurent déjà dans l'histoire d'Israël comme ennemis' du règne de Dieu; et de même que Babylone, l'orgueilleuse capitale du plus ancien royaume du monde, est devenue , dans toute la Bible , le type de tonte grande puissance temporelle qui s'élève contre le royaume de Dieu (car ce sont les noms seuls qui changent), ainsi les Phéniciens avides et les Philistins belliqueux (v. 4] sont placés U comme types des nations postérieures qui seront animées d'un même esprit charnel, et qui seront également éloignées de Dieu.
Si l'on demande quand et de quelle manière ce jugement fondra sur le monde ennemi de IKeu, nous retondrons que
(*) Les juiTs ont pris à la leltre ce passage , et ont fait de la vallée du CédroD, qui porte le nom de vallée de Josaphat, le lieu du jugement dernier. (TVod.J
JOBL. IS
cela «t caché derrière [e voile sons lequel la dîvioe providence nous a célé ravenir. ?Ie nous sufiit-il pas de savoir que le jour vient où tonte la puissance du prince de ce monde sera renversée dans la poussière , à l'apparition du ïoi des rob et du Seigneur des seigneurs?
Encore moins pouTOOs-nons déterminer quelque chose de précis sur Le règne du Seigneur qui commence à cette époque (voyez du milieu du verset 16 à la fin du chapitre). A cet égard aussi, il faut que nous nons contentions de savoir qu'après de long siècles de souOrances et d'opprobres, il y aura encore ici-bas un repos pour le peuple de Dieu.
Quant au passage du verset 18 : f et il sortira une fontaine de la maison de l'Eternel , et elle arrosera la vallée de Sittîm , I nous nous boroerons à faire observer que, par la vallée de Sittim], on peut entendre le lieu où les Israélites ont eu leur dernière station avant d'entrer dans le pajs de Canaan , à l'orient de la mer Morte , dans le pajs de Moab (Nombres xxv, i ; xxxm, 49] . Le sens serait! alors que les bénédictions sortant de la maison de l'Eternel s'étendraient jusqu'aux frontières les pins éloignées du pays , sur la mer Morte et an-delà, jusque dans le désert.
Le salut à venir, sons l'image d'un fleuve d'eau vive qui sort du sanctuaire et qui vivifie même les eaux maudites de la mer Morte, se retrouve aussi dans Zacharie xiv, 8, et dans Ezèchiel xlvii, passages auxquels on doit comparer Apoc. xxu , 1 , 2 (') .
(*) Le fléau des sauterelles an temps de Joël : symbole de tous les jugeniens futurs de Dieu sur Israël. Cb. i. — Les guerres des ÀssyricDs cootre les Hébreux , leur captivité à Babylooe, leur reiour dans leur patrie, et leur époque de gloire ou de repos avant» pendant et après les Macchabées : symboles des afflictions actuelles des juifs, et de leurs temps futurs de prospérité dans leur ancienne patrie, où ils ne seront plus jamais confas. Ch. ii , 1-27. — L'église chrétieDne fondée au jour de
Nom ajoalerons enfin quelques remarques sur les rapports et l'harmonie qui existent entre Joël et les autres livres soit de l'Ancien, soit du Nouveau Testament.
1* Ce qui constitue essentiellement la relation cnlrê Dieu et son peuple , c'est la rémission des péchés. Dans l'ancienne alliance, d'après la loi de Moïse, cette rémission était garantie par les sacrifices typiques. Dans la nouvelle, nous en gommes rendus certains par le sacrifice unique , dont l'efficace est éternelle, par la mort expiatoire de notre Seigneur Jésus. Les prophètes ont paru entre l'époque de la loi et celle de la grâce ; quant à la rémission des péchés , ils ne renvoj'aient pas en arrière au culte sacerdotal , ils insbtaîent non sur l'eflicace extérieure des offrandes lévitiques , mais sur l'efficace intérieure d'une vraie repentance du cœur, et ils annonçaient en même temps, en termes plus ou moins clairs , l'époque future du Messie et de son salut. Ainsi , lorsque Saiil voulait réparer et couvrir sa désobéissance en immolant quelques victimes, Samuel lui adresse déjà ces paroles rcmafquables : ( Obéissance vaut mieux que sacrifice > [1 Sam. XV, 22) . C'est aiasî que David dit à Dieu : « Tu
ne prends point plaisir aux sacrifices l'holocauste ne
t'est point agréidile. Les sacrifices de Dieu sont l'esprit froissé ; û Dieu, tu ne méprises point le cœur froissé et hrisé i (Ps. Li, 16, 17). C'est ainsi encore qu'Esaïe s'exprime d'une manière extrêmement forte , en disant : < Celui qui égorge un bœuf, c'est comme qui tuerait un homme ; celui qui sacrifie une brebis, c'est comme qui couperait le cou à un
la pentecôle, et comprenant juifs et pafens. Ch.Vi, 38-32. — A la fin des temps , le retour des juits , le soulèvement des gentils, le grand combat final. Ch. ii, 30-32; m, 1-16. — La prospérité des fidèles en Judée, elc. Ch. m, 17-21. (Trad.)
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dùea ; cdui qai oBte nu giteau , c'est comme qni offiirait te sang d'un pourceau ; celui qui fait ud- parfum d'encens , c'est comme qui bénirait une idole.... A qui regarderai-je? à ccJai qui est a0ligé et qui a l'esprit lirisé et qui treudile à ma parole t [Esaïe lxvi ,5, 8) . — De concert avec ces Toix prt^hétiquee, nous entendons Joël crier à ses contemporains : < Déduirez tos cœurs , et non pas tos rélemens i (u, 13). £t qucHque par le sljle et la forme il se rattache ^utôt à l'antiquité mosaïque , on ne le roit cependant nulle part placer le salut dans l'observation du rituel lévilique. U insiste sur la repentance du cœur ; et lorsqu'il veut exposer le grand conseil de Dieu ponr le bonheur de son peuple ; il ne renvoie point en arriére à la loi de Moïse , il indique en (Kiant dans l'avenir les jours du Messie, l'époque où le Seigneur répandra son Esprit snr tonte chair > (ii,38etsuiv-)- Les prophètes annoncent le salut qui est en Jésus-Christ ; mais tous n'annoncent pas Jésus-Christ lui-même. Ainsi Joël , qui, même dans la partie dé ses prédictions relatives aux temps du Messie, ne dit pas un mot de la personne de ce dernier (*). Sa tâche, à cet égard, consiste plnt6t à dépeindre Tépoque de la nouvelle alliance , dont il monb« l'origine dans l'efiusion du saint Esprit , le déveloiqiement dans les jugemens exécutés sur les nalioiis et l'accomplissement dans le régne glorieux du Seigneur. — Jérénûe enseigne de même que, lors de la nouvelle alliance , le fondement en reposera non sur la lettre qoi tue , mais sur un Esprit rivifianl : l'Etemel traitera avec la maison d'Israël une nouvelle alliance, non pomt selon l'alliance qu'il avait traitée avec leurs pères, mais une alliance telle que sa loi
(*) Oa a cherché noe allasioD au Messie, au chap. ti , v. 33, où les mota : • la pluie selon le besoin ou selon la justice , • peuvent élre Iradiiils, comme l'a fait Lulher, par ceux-ci : < le Docteur de la justice. • Mais la première traduction est plus conforme au contexte.
18 JOIL.
serait écrite dans lair cour et dans knr mtmdemml, et que toiB le connaîtraient depuis le pins petit jusqu'au plos grand d'entre eax (Jérém. zxzi, 31-54).
Un antre signe de la nonrelle époqne qne les prophètes annonçaient pins on moins clair«nent , est la Tocation des genlib, et la participation qu'ils devaient aussi avoir datu une pleine mesure an salut d'Israël. Jo«l fait brièvement allusion h cette doctrine (u, 52). Esaïe l'expose de la manière la plus expresse dans la dernière partie de son livre. Qu'on lise le chapitre lx en entier.
2° Joël n'est pas seulement d'accord avec les autres prophètes en ce qui concerne les témoignages de grâce de Dieu, il l'est aussi à l'yard des jugemens qu'il dénonce. Daniel , entre antres, prédit la chute de tontes les puissances du monde ennemies de Dien ; et nous trouvons de même chez d'autres prophètes les assurances les plus positives qn'un jour viendra ou tout pouvoir étranger doit céder et dî^a— rattre devant l'église glorifiée du Seigneur. (Voyez Esaïe Lx,12,i4).
Il y a un accord remarquable entre notre prophète et les paroles de Jésus dans le XXV chapitre de saint Matthieu , quant à la règle d'après laquelle les hommes seront jngés. Dans le chapitre dté , notre Seigneur établit cette loi : Ce que vous avez fait , ou ce que vous n'avez pas fait à l'un de ces pins petits de mes frères, vous me l'avez fait, ou vous ne me l'avez pas fait à moi-même (40 et 43] ; et la sentence éternelle sera prononcée selon l'amour ou l'indifférence que nous anrons eu ici-bas pour lui dans la'personne des plus chétifs d'entre ses frères. La même règle se trouve indiquée dans Joël pour le jugement des nations (m, 1 et suiv.). De même que les individus seront jugés d'après leur conduite envers tel ou tel disciple du Seigneur, ainsi les nations seront jugées d'après leur conduite à l'égard du peuple de Dieu. C'est Lui qu'elles ont méprisé en méprisant son église;
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il dititie ceux qui se rebelleot contre elle , et £û( tomber sa réprobadoD sur les nations qui la rejettent.
5" Un point qui mérite encore notre attention, ce sont les nombreuses citations on alluùons que le Nouveau Testament , et surtont l' Apocalypse de Jean , font de ce livre de Joël , qui est proportionnellement bien court. Luther a déjà fait la remarque frappante que le texte de la première prédication chrétienne (celle de Pierre à la Pentecôte, Actes u, 14-16) était tiré de ce prophète. Dans l'Apocalypse, on trouve employée et développée, au chapitre ix, l'image des sauterelles. Il en est de même pour les expressions figurées de la faucille et du pressoir (m , 15] : les mêmes pensées , seulement plus développées, se trouvent dans l'Apocalypsa (xiv, i4 et s.) ; et dans Esaïe l'es^t de prophétie s'est aussi servi de la même image au ch. Lxm, oà le jngement sur les peuples des derniers temps est représente comme une grande vendange qui est foulée dans la cuve en Edom. Enfin, Jo^ s'accorde avec Esaïe et l'Apocalypse dans plusieurs traits de la description qa'il fait des derniers temps et de la sainte cité de Dieu : Comp. Apoc. xxi, 22-27, avec Esaïe LX, il, 18-20, et avec Jo«l m , 17etsuiv.
Le prophète Joël nous présente ainsi dans un livre de peu d'étendue, mais riche d'idées, comme un résumé des doctrines essentielles que les prophètes d'Israël étaient chargés d'annoncer. Il se base sur la loi de Moïse , et s'appnie sur les temps les plus anciens, sans exig» toutefois les œuvres mortes de la loi ; il insiste Uen plutôt sur la vraie repentance du cœur, et annonce aprfe les visitatîons divines qui approchent, le temps oà le Sauveur répandra sur son église le nouvel Esprit de vie. Il voit sous de vives et fortes images tes grands événemens qui se passeront dans le développement ultérieur du régne duUessie. L'esprit qui le conduit est d'ailleurs absolument le même Esprit dont le souffle vivifiant pénètre tous les livres de la révélation divine , et
dont le témoignag'e sacré rayonne à dm yeux à toutes les pages de l'Ecriture. Ce que lo€l a prédit, les autres prophètes le coofirment , et l'écho de ses paroles se propage, de plus eu plus éclatant, jusque dans les dernières pages du dernier livre de la Bible (') .
(') Joël est le plus ancien prophète qui ait mis par écrit ses prédictions , et aussi semble-t-il avoir vu dans l'avenir les grandes masses et non l«s-délails : il donne comme le sommaire de tous les autres livres prophétiques, comme le thème fort court, mais extrêmement riche de pensées , que les prophètes postérieurs développeront successivement. Son livre se résume en trois grandes pensées : le châtiment d'Israël conpable (i et ii, l'H); le relèvement (il, 12-32; m, 1, 17,18,20, 21) d'Israël repeutant (u, 12-lS), transformé par l'esprit de Dieu et agrandi de tous les croyans (ii, 28-32) , et le châtiment , saos relèvement, des gentils (m, 2-16, 19). Les grands espaces de temps qui doivent séparer cej trois faits sont indiqués, mais d'une manière peu précise. Ainsi, la prospérité de la Judée après sa dévastation par les ennemis (ii, 1-27), semble, au premier abord, ne point se distinguer de celle dont elle jouira lors du grand jugement des nations (comp. ii, 26-27 à ni, 20, 17); et cependant il doit y avoir entre ces deux époques un mystérieux châtiment, qui sera, non une désolation de la Judée par les étrangers^ mais une captivité de Juda en pays étranger (m, t), de laquelle le prophète ne parle point en détail, et qu'il suppose connue de ses auditeurs par Deuler. xxix , 28 ; XXX, 5. Ainsi encore , l'elfnsion du saint Esprit se confond au premier coup d'œil (ii, 28-32) avec cette époque de prospérité qui doit avoir lieu au temps du grand jugement des nations (ni , m, 18 et suiv.) ; mais cette époque suit une captivité de la nation et son rétablissement (m, 1), et le don du saint Esprit vient après un temps de prospérité temporelle (ii, 28). On a, dans ce livre, la preuve frappante que les événemens à venir d'un même genre se groupaient dans le lointain aux yeux du prophète, de manière à lui offrir une seule image, et que néanmoins les divers plans de chaque groupe ne se confondaient pas tellement qu'il ne put distinguer les plus rapprochés des plus éloignés, et reconnaître ceux qui devaient être contemporains. Les lois de la perspective s'appliquent aux visions prophéti<]ues,
dont elles donaent roéme )a clef; mais cette manière de considérer soit l'avenir, soit le passé, est tellement différenle de celle de l'homme naturel, qu'elle n'est pas facile à saisir, et qu'elle forme , par son originalité vraiment inouïe , une des plus fortes preuves de la divine inspiraiion des Ecritures. (Voy. Olshausen, de l'iaierprétation bibliqae. Neachàtel, 1844, pag. 8Set suiv., 4SI et 9uiv.).
Ce livre prophétique forme un tout complet, et tout nous
Jorte à le considérer comme un exposé succinct, mais complet, e tout ce que Jocl avait annoncé et développé à ses frères pendant la durée de sa mission. (TVad.)
A Joël succède , et dans l'ordre des livres sacrés et dans la suite des temps, Amos, le bet^r de Thékoa, qui prophétisa, comme il nous l'apprend lui-même (i, 4}, t da temps de Honas , roi de Juda , et de Jéroboam , ûlg de Joas, roi d'Israél, deox ans arant le tremblement de terre, i Hozias régna de 809 à 758 avant Jésus-Christ; Jéroboam, de 82S à 784 ; ils étaient donc contemporains. Quant au trem- Uement de terre , nous en ignorons ta date ; mais nous pouvons juger de sa violenëe et du sourenir qu'en avaient gardé les Hébreux, par la manière dont le pr^^èteZacharie (xiv, 5) en parla trois siècles pins tard. An reste, ces mots : (deux ims avant le tremblement de terre* , ne se rapporteraient qu'aux premières ^ophèlies d'Amos, et les autres seraient postérieure, si le v' 11 dnch. iv, et lev'8 duch. viu faisaient réellement allusionà cetterévolutionphjsque, comme cela s^nble fort probable. Dieu, avant de chïtier les Hébreux par ce fléau redoutable , aurait envoyé le prophète aupr^ d'eux pour lenr prêcher la repentance.
C'est contre le royaume d'Ephraïm que sont diiigés la plupart des discours d'Amos. U le désigne par les ntuns d'iâ'aël (i, 1 , etc.) , de Jacob, quelqnrfois d'Isaac, parfois même de Joseph , quand l'emploi des autres mots auraient pu faire croire qu'il avait en vue les douze tribus. Gepen-p
dant il ne perd point de vue le royaume de Jnda , et s'adresse aussi à tous les Hébreux ensemble.
Le royaume d'Ephraïm passait alors de son dernier temps de gloire et de prospérité à un état de trouble, de dissolntioD et de ruine. Avec Jéroboam U déclina la maison de Jébu , et sous son fils Zacharie , le mal s'accrut avec une grande rapidité ; plusieurs chefs militaires s'emparèrent successivement du trdne dans l'espace de peu d'années, et n'y firent point monter avec eus les vertns qui auraient pu retarder la chute du royaume. Ces conspirations attestent combien était mauvais l'état de la société, des mœurs et de U religion.
la puissance , le bien-être , les richesses avaient engen • dré, à la fois, de nombreux actes de violence , d'oppression et d'injustice de la part des grands contre les pauvres (n, 6-8; V, 11, 12; vni,4-6], et le mépris de Dieu , la licence et le vice (vi, 5-7) , joints k une orgueilleuse sécnrilé (vi , 13j, daas tontes les classes de la sodélé. C'était Tépoqne où Jén^KKun étendait ses conquêtes au loin vers le nord et l'est (vi, 14; cp. 2 Rois XIV, 25], et on lés Assyriens, qnines'é.taient point encore empwé deCalné (vi, 2; «p. Esafex, 9), n'inspiraient anoine crainte à Israël.
L'état de la religion était lont particulièrement fttchenx. La maison d'Acfaab , qui avait précédé celle de J^hi , avait introduit le culte phénicien de Babal , et opprimé les adorateurs du vrai Dîeu. Jéhn, en renversant la maison d'Achab, détruisit aussi l'idolAtrie, et ramena le peuple à la f<M de ses pères. Tons les prêtres de Babal avaient été massacrés, toutes ses statues renversées , par ordre du roi (2 Bois x) ; par son ordre encore, on offrait à Jéhova de brillans sacrifices (Am. V, 21-23] ; maïs nous nous tromperions bien , si Dons croyions qoe l'idolktrie, od&dellement interdite et abolie, etU ^é en même temps extiipée du »XQr des Hj^ireux et do seia des familles. Ils imitaient , près de leurs autels ,
ANOS. 8
les peuples païens jnsqae dans leurs pins infimes eoatumes 1 (il, 7, 8] , et le levain de l'idcJ&lrie agissait avec force dam la masse dn peaple , qui , extérieurement, y avait renoncé. D'ailleurs léhu et ses successeurs n'avaient point ramena leurs sujets à la vraie foi de leurs ancêtres et à la loi de Moïse; bien moins encore avaient-ils reconnu les nouvelles ordonoances de Dien , la divine légitimité de la Htaison de David, et l'exclusive sainteté do culte fondé à Sîon et Morija. De là un singulier mélange d'obéissance à Dieu et do mépris de sa volonté [iv, i. 5). On rejetait le Dieu vivant qui, par sa parole et ses propbètcs, avait oint David et choisi Sion ; on s'aveuglait sur les manifestations récentes de sa volonté ; on n'admettait pas que le temple qu'il avait fait élever à sa gloire , par Salomon , et le culte qu'il y avait établi , fussent les seuls vrais : et cependant on ne Tonlail point abandonner l'antîqne îtÀ des Hébreux. Les Ephralhmites firent ce qn'on fait d'ordinaire dans des. sièdes de pauvreté et de stérilité spirituelle , où l'on se pare de la gloire des anciens , et vante beaucoup leurs hauts faits : comme ils repoussaient les récentes révélations de Dieu, ils se tournèrent vers les monnmens antiques , et firent de Bé- Ihel , Guilgal et Berseba (') , les sièges du ctdte qu'ils avaient inventé. Mais en même temps ils ae rattachèrent au^i aux péi^és et aux erreurs de leurs ancêtres , et renouvelèrent , tant à Béthel que dans le nord du pays, à Dan, le culte du
(*) Béthel, consacré par le sonveair du pttriarche Jacob, qui y avait bâti un anlel (Gen. xxviii, ISetsuiv.; ixxv, 7) , et par le séjour de l'arche (Juges xx , 36, 37 ; 1 Sam. k , 3) ; Guilgal, par la première pâque(Jos.v, 10-13), par la présence du tabernacle (Jos. IV, 19, eExviit, 1) et par de fréqueas séjours de Samuel , d'Elie et d'Elisée ; Berséba , par le séjour d'Abrahaoi, d'Isaac et de Jacob (Gen. xxii, 19; icxvt, 33; Ttvi, 1. (Voyez la Description d« la Terre Sainte, traduite de Braem.)
yeau d'or ('), par lequel les Hébreux avaiest , au (anps d<4 Moïse, péché contre l'Elemel. Car, après avoir abandonné le droit chemiu et innové en matière de religion de leur propre autorité et au mépris des prophètes vivans , c'était peu de chose pour les Ephrsffmites que de mépriser la parole écrite , et que d'élever, dans des lieux où il ne devait point j en avoir, des sanctuaires bien différens de celui que 1 Dieu avait ordonné. Hais ils ne s'arrêtèrent pas là ; ils avaient 1 falsifié la r^gfion par leurs additions et par leurs retranchel mens , et ils idiéreni jusqu'à faire des emprunte au culte de \ Bafaal. Non point qu'ils entendissent par là abjurer la foi au vrai Dieu ; mais ik pensaient faire preuve de liberté spirituelle et d'indépendance , en combinant et employant avec sagesse , pour leurs besoins particuliers , les divers élémens religieux des temps anciens et des temps modernes. Etrange et odieux composé qui empruntait à la vérité son titre et son apparence , mais qui , bien loin d'en avoir la réalité , n'offrait que de grandes et fortes erreurs ; religion sans repentance, ni foi, ni sérieux, et dont le culte était tout d'apparat et de formes.
- La position des vrais prophètes , en face d'une telle religion, était extrêmement difficile ; car le combat est plus facile c<»itre l'erreur ouverte que contre celle qui se cadie sot» le manteau de la vérité. Aussi les vrais pro|Aétes n'étaient-ils pas long-temps tolérés en Ephraïm ; on en chassait ceux qui venaient de Jnda (vu , 1 â) ; on imposait le silence à ceux qne Dieu suscitait en Ephraïm même (n, il. 13).
Amos, que Dieu envoya de Juda dans le royaume d'E— phralm, pour y témoigner de la vérité, n'appartenait pas à
(*) Ce veau d'or était non l'image d'ua Dieu élranger, mais nn symbole de la force créatrice de Dieu. Aussi Aaron , entraîné par l'erreur, pouvaîl-il inviter le peuple à la fête de cette statne par ces mois : • Demain c'est la fêle du Seigneur • (Exode xixii, S).
la classe des prêtres oa des prophètes (vil, 14); il ètfut ua mmple berger. En cela, Dieu condescendait aux préTentions des Ephraïmites, qui, tu la rÏTalilé des deux roj'aumes, de^ paient (onjonrs être tentés de sopposer des motifs intéressés et blâmables à tout bomme, appartenant à la classe des prophètes de Jnda , qui se présentait à eux comme un envoyé de Dieu ; ils ne voyaient en loi qu'un agent de la dynastie et du sacerdoce de Jérusalem , qni cherdiaient à recouvrer leur ancienne autorité sur les dix tribus. Ce sont ces soup^ çons qui percent, à ne s'y pas méprendre , dans les paroles hautaines et dédaigneuses qu'adresse à Amos Amasias , sacrificateur éphraïnûte de Béthel ; < Toi, voyant, va-t-en et t'enfuis au pays de Juda ; manges^ ton pain et y prophétise, et ne prophétise plus à Béthel , car c'est le sanctuaire du roi et une maison royale > (vu, lâ-13). Amasias donne à entendre à Amos qu'il ne voit en lui qu'un prophète qui fait son métier, et qui n'a qu'à l'exercer chez lui, et en appuyant, comme il le fait, sur le sanctuaire royal et la maison royale , il indique assez que , d'après ses suppositions , des mobiles politiques ne sont point étrangers A l'arrivée et au séjour d'Amos à Béthel. Celui-ci repousse ces insinuations en exposant simplement les faits : il n'est point de U classe des prophètes, mais un simple paysan dont l' occupation habituelle est le soin des troupeaux et la culture des sycomores ; on ne peut donc lui supposer nu zèle intéressé pour la cause des prêtres et du roi, et comment Im, qui est habitué à manger son propre pain et à se contenter de figues sauvages , aurait-il feint une mission prophétique en vue de quelque gain temporel?
Amos était berger (vu, ii). Mais, d'après levers, l^du i" chap., il (âul entendre ce mot de propriétaire d'un troupeau (au moins le mPot hébreu esl-il appliqué â Rois lU , 4 , an roi de Moab). Thékoa, sa patrie , est à deux lieues aâ sud de Bethléem , au commencement des vastes déserts ou
p&forages de JFuda ; celte ville était silaée sur le sommet d'une moatagoe qui produit , aujourd'hui , ea abondance des olives et du miel.
Le genre de vie d'Amos se retrouve dans son style , en particulier dans le choix de ses images. H aime k emprunter les couleurs dont il a besmu pour peindre ses idées, à la vie des champs, et les figures tirées de cet ordre de faits ne se retrouvent chez aucun autre prophète aussi originales , aussi vives, aussi abondantes (voyez, par exemple, u, 15; m, 12; V, 19). Cependant ses regards dépassaient de beaucoup le cercle étroit de la vie de bergers ; il a présens à l'esprit les évcnemens historiques de la plus haute antiquité (ix, 7) , et d'autres plus récens qui ne sont pas cooàgnés dans les livres sacrés (vi , 2) . La correction de son langage, la clarté de son style, la marche précise et bien réglée de ses pensées, sa parfaite simplicité s' unissant parfois à la répétition des mêmes paroles dans le développement progressif d'une même idée ou dans des circonstances analogues [i-d; IV, 4—12; VII, 1-9, et vm, 1-5), toutindique qu'il possédait le degré de culture et de connaissances que l'époque pouvait exiger et donner. L'expérience de tous les siècles ne prouve-t-elte pas qu'une piété véritable et éclairée est à elle seule un puissant moyen de développement intellectuel, et qu'elle élève souvent celui qui travaille avec sérieux à croître en connaissance , à une hauteur morale qui surprend quiconque ignore les forces cachées dans une foi vivante et sereine?
Amos, avons-nous vu, était envoyé auprès d'Ephraïm, et comme les habilans de ce royaume marchaient , sans le savoir, à la rencontre des justes châtimens de leurs péchés, sa mission fut bien moins de consolations que d'averlisse— mens et de menaces. 11 leur reproche, entre autres, la cor^ ruption de leurs mœurs qui marchait de pair avec la prospérité de l'état et des familles, et blâme chez les grands
lenr partialité comme juges , et ieors yiolences enrers les paurres. Gomme chàtimeut de Dieu , il prédit la translation des Ephraïmites en no pays étranger qu'il ne désigne pas (v, â7; vn, 17] ; ce qui fut accompli environ 80 ans plus tard , lorsque le roi d'Assyrie , Salmanasar, détruisit leur royaume.
Le livre forme un tout dont les diverses parties sont dis> liibuées d'après an plan régulier et vraisemblablement d'après l'ordre chronologique. Amos ayant été chassé de Bê— thel avant d'avoir eu sa dernière vision et prononcé ses dernières prophéties , il a, sinon écrit en entier, au moins terminé son livre dans te royaume de Juda , sa patrie , auquel, arons-HOUs dit, il s'adresse en plusieurs endroits.
Le livre commence par l'annonce du jugement de Dieu sur les deux royaumes hébreux et sur tous les peuples voi- »ns (i et n] . Puis le prophète expose en détail aux Ephraïmites leurs péchés , ce que Dieu a fait pour les ramener à lui, ce qu'ils doivent faire pour retourner à Dieu, et les cbàtimens qui sont réservés à leur endurcbsement (in-vi). Aux paroles prophétiques succèdent des visions qui indiquent la certitude et la nature du châtiment ; alors le peuple s'agite et s'inquiète , il ne peut supporter ces paroles et Amos est chassé (vii). Enfin , une dernière vision annonce la proximité de la ruine ; mais au-delà de cette destruction le prophète découvre de nouvelles choses , son regard perce plus loin dans l'avenir, et Dieu lui révèle un temps futur de rétablissement et de bénédiction , dont la réjouissante et lumineuse perspective çiot ce triste et sombre livre.
Il est dilQcile de partager en sections un écrit dont les diverses parties sont si intimement liées les unes aux autres. Nous eu distinguerons trois : la première, comprenant les cbap . I et II ; la seconde , les chap . in à vn ; la troisième , les deux derniers.
U~J:~yV
hes Hébreux abusaient des promesses que Dieu avait faites à son peuple élu ; ils y puisaient nue aveugle confiance, et oubliaient les conditions auxquelles elles leur avaient été faites ; ils se livraient à toutes leurs passions , et néanmoins ils se croyaient fort supérieurs à leurs voisins et à l'abri des chfktimens dont Dieu frappait ces derniers. Que fait le prophète? Il commence par leur prouver qu'ils se sont mis , par leurs péchés , au niveau de tous les autres peuples, qu'ils ne valent ni plus ni moins qu'eux , et qu'ils seront châtiés aussi sévèrement qu'eux et de la même manière. < A cause de trois crimes , et même de quatre, je ne révoquerai point ceci , > dit l'Eternel , par la bonclie d'A— mos, à Damas, à Gaza, à Tjr, à Edom, à Ammon et à Moab [i, 5. 6. 9. 11. 15; n, 1] ; ■ à cause de (rois crimes, et même de quatre, je ne révoquerai point ceci, » dit-il de même à Juda et à Israël (u, i. 6). Et le feu qu'il envoie contre les royaumes païens (l, i. 7. 10. 13. 14; ii, 2], est le môme qui doit dévorer Juda (n, 5). Les péchés sont égaux des deux parts, la punition, la ruine, doit être pareille; nul privilège pour le pécheur, à quelque peuple qu'il appartienne, et quand ce serait au peuple élu, dans quelque ville qu'il demeure, et quand ce serait dans la Ville Sainte. Cependant les promesses de Dieu ne soDt point pour cela ^anéanties, elles subsistent pour ceux à qui elles sont faites, Ipour les vrais Israélites, pour ceux qui croient du cœur à jJéhova; mais elles ne concernent point la généralion rebelle , et Amos ne les rappelle qu'à la lin de son livre ; il les confirme en termes précb , mais il les place à dessein sur l'arrière plan.
Ces deux premiers chapitres ont quelque chose de saisissant et de sublime ; et si la gravité du sujet permettait des
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considérations d'un ordre secondaire, on ne pourrait assez en admirer les beautés poétiques.
Le prophète de Tbékoa est parmi les Ephralmites, à Béthel, sans doute, et il entend [ainsi que l'a fait Jofil avant lui, m, 16) JëhoTa irrité élever de Son sa vois terrible. La Terre Sainte s'émeut tout entière; les bergers dont les ca-' banes couvrent les vastes pâturages au sud de Jérusalem , se lamentent ; les fertiles montagnes [') d'Ephralm et de Galilée , au nord de la Ville Sainte , se changent en désert. Hais pourquoi le peuple élu tremble-t-il? Ce n'est point contre lui que Jéhova est irrité. Voyez ; le feu (*) qui part du sanctuaire se dirige contre Damas, contre les Philistins, contre l^r ('] , contre les ennemis les plus poissaDS des Hébreux, contre des penpies d'une tout autre origine. Et pourquoi sont-ils ainsi consumés par le feu sacré? C'est à cause de leurs guerres contre nous , de leurs victoires et des traitemens barbares qu'ils nous ont fait subir. — Et cependant les cabanes des bergers se lamentent, et le sommet du Carmel se dessèche !
Le prophète poursuit ses menaces brèves et terribles comme la foudre. L'orage se porte sur Edom , sur Am-
(*) Carmel désigoe ici tout le paj'S de monUgnes au nord de Juda. Comp. Jér. iv, 19; ici Ephraïm désigae la Samarie vis-àvis de laquelle est, au-delà du JourdaÎD, Galaad, et Carmel, qui est opposé à Basçao, désigne la Galilée.
(*) Celte image du feu , pour désigaer la destructiou par un peuple eonemi, se retrouve dans Joël i , 19; ii, 3. Comp. Geo. xiK, Lév.T,l-2,etc.
(') Pour Damas ; Bikhath-Âveo doit être la ville du Soleil , Baalbeck; et Kir, d'où les Syriens sont venus (ix, 7) et où ils doivent retourner (S Rois xvi, 9), est, selon les uns, une coutrée de l'Assyrie selon les autres , le Kour ou Cyrus en Arménie. — Pour Edom et Tyr, voy. Joël m , 4-6 ; 2 Cron. ïxviii , 17. 18. Pour l'alliance fraternelle de Tyr, vpy. 1 Kois IX , 13.
a AMOS.
moD [■). Ce soDt, il est TTai, les frères d'Israël, des descendans d'Aliraham el de Loi. Mais leur crime a'est-il pas «de déchirer sans rel&clie dans leur colère > les Hd»reus? et le feu qui doit les consumer, que fail-il autre chose, si ce n'est de Tenger le peuple élu? L'orage ne viendra point sur nous ; r«ssuron»~nous. — Et cependant les cabanes des bo^rs se lamentent, et le sommet du Garmel se dessèche.
Voici le tour de Moab. (*) Son sort sera tout pareil à celui d'Ammon et d'Edom, deT^r, de Gaza et de Damas; et son crime n'est point le même t Ce n'est point à cause de ses guerres contre Israël qu'il sera consumé ; c'est à cause de ses cruautés contre les Iduméens, contre ce même peuple t qui garde à toujours sa foreur contre ses frères » les Hé-
Ibreux. Pea importe donc à quelle race appartiennent les riclimes, puisque dans le nombre il en est d'aussi criminelles que leurs bourreaux. : Dieu s'irrite et s'élève non contre les barbares ennemis de son peuple, mais contre les pécheurs, qoels que soient et leurs péchés et leur nom. Malheur, malheur à nous !
Et en effet, le feu qui ne frappait d'abord que les pajs lointains, s'est peu à peu rapproché de nous , et le voilà qui éclate sur Sion elle-même. Le crime de Juda est sa révolte contre l'Eternel, le mépris de sa vérité révélée, le rejet de sa loi. Hais à JéruBal^n n'est pas épargnée , comment Bé- Ihel le serait-elle ? Ephraun échapperait-il à la ruine qui doit frapper Juda?
Il n'y échappera point : c'est contre lui que le prophète dirige sa huitième prédiction , c'est à lui qu'il s'adresse tout
(*) L'histoire n'a pas coDservé le souvenir de toutes les guerres d'Edom et d'Ammon contre Israël ; ces passages prouvent combien elles étaient fréquentes et atroces.
I (*) Hoab avait brûlé les os du roi d'Edom, comme d'un grand I criminel (Josné vu, iS; comp. S Rois tii, 37).
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spécialement , c'est exa lui que le feu de Jéhova s'arrête poiw le remplir, si possible, d'une salutaire frayeur, on pour le consumer «Htièrement. Et aussi voyons-nous Amoa lui metlrct en détail, devant les jeux ses crimes nombreux. En parlant des autres peuples, il s'est borné à citer d'entre leurs (trois) péchés, dont le nombre s'accrott avec le temps (et même qnatrej , un seul, le plus grand de tous, ou du moins un assez grand pour justifier le châtiment. Mais il 1 énumère tous ceux des Israélites : la vente d'esclaves de leur propre nation (ii, 6) , leurs injustices et leur dureté envers les pauvres (7) , leur profanation du culte par les {dus infâmes débauches (7, 8) . Puis il leur rappelle et la protection signalée que Dieu leur avait jadis accordée conbre le peuple amorrhéen {'}, et les prophètes que Dieu a, dans les temps récens, suscités, mais en vain, au milieu d'eux. Et enfin (15—16) il leur décrit la ruine complète qui les menace. Cette. prophétie contre Israël (6-16) est, pour ainsi dire, le thème que reprennent et développent les chapitres suivans.
Amos reproche aux païens, qui ne connaissent pas le vrai Dieu , un fait parlicnlier qui est assez criminel pour les forcer à se reconnaître pécheurs, et en même temps il les avertit qu'il pourrait facilement multiplier les exemples. A Juda, au contraire, en qui la loi a développé le sentiment du mal, il reproche non un péché isolé , mab son état général de péché. Epbraïm tient le milieu entre les païens et Juda : pour le convaincre de péché , il faut lui spécifier diverses espèces de vices, sans qu'il soit cependant nécessaire de lui indiquer, comme aux païens, tels ou tels actes particuliers.
(') C'est la puissance de la natioD , et non la laîtle des iodividus qui est comparée (au vers. 9) à la hauteur dea cèdrea; cependant il est possible que cette image se soit formée dans l'esprit du berger de Tbékoa , à la pensée de ces nombreux géanis (Nomb. kiii, 34; Dent, m, 11, etc.) qu'il j avait parmi les Cananéens au temps de Moïse et de Josué.
Le feu qui doit consumer tous ces peuples , c'est Assur.- Du moios tes Assyriens les ont tous asservis, et ils ont codh mencé VœuTre de destruction que d'autres conquArans ont continuée plus tard. :
mission : il -rient ré- >lère de Dieu et les
Amos a fait connaître le but de sa i véler aux Israélites leurs péchés , la colère c justes châtimens qui les attendent. Il doit mettre en usage tout ce que l'Esprit de Dieu lui donne de force et de douceur pour ouvrir les yeux, à ce malheureux peuple sur sa corruption et sur sa ruine prochaine, et pour l'amener h la repentance ; ïnaîs il veut auparavant légitimer auprès d'eux et sa charge de prophète , et les menaces qu'il a ordre de leur faire entendre. C'est ce qu'il fait ilans les versets qui commencent le chap. m.
L'homme ne méconnaît pas dans la sphère des choses sensibles l'intime connexion qui existe entre l'effet et la cause ; mais il n'en est point de même quand il s'agît des choses morales et divines. Si un peuple , si un individu est irappé de quelque fléau, il n'y verra point la main de Dieu et la conséquence de ses péchés ; ce sera un fâcheux hasard. Si un homme extraordinaire apparaît avec l'ordre divin de censurer la nation , ce n'est point Dieu qui l'envoie, ou s'il est réellement un messager d'en hant, sa présence ne se rattache point, pensera-(-on , à l'état général des mœurs et de la religion. L'homme de tous les temps et de tous les climats fait son possible pour disloquer ou briser la chaîne qui unit les événemens en apparence fortuits à la vidonté de Dieu , et les décrets particuliers de l'Eternd qui règlent ces événemens heureux ou malheureux , aux besoins spirituels du peuple. 1 Les Hébreux, tant ceux de Juda que ceux d'Israël, con- I cluaient des promesses de Dieu à l'impunité de leurs cn-
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mes ; le résaué des premières prophéties d'Amos était , au i contraire , que < puisque l'Eternd n'avait connu qu'eux d'entre tontes les Camilies de la terre , il punirait sur eux toutes leuTE iniquités sans exception > (m , 2 ; comp. Luc xn, 47, 48). Ils s'étonnent de ne pas marcher de concert avec Dieu ; ils crojaient pouvoir cfMupter assez sur lui pour le voir les suivre partout où ils iraient, même dans le chemin du mal et de la mort. Ne savent-ils donc pas que < pour i|ue deux hommes marchent ensemble, ils doivent, avant (ont, être d'accord sur le lieu où ils veulent aller et sur la roule par laquelle Us s' j rendront > (3) î Ils s'étonamt de ta colère de Dieu, et la croient sans cause légitime; mais Dieu s'irrilerait-il s'ils n'avaient pas lassé sa patience par leurs pédiés? I Le lion rugira-t-il dans la forêt, si nulle proie ne se présente à lui? i (4). Ils s'étonnent des calamités que le prophète leur annonce , comme ' si elles fondaient sur eux par hasard, et qu'elles ne leur fussent envoyées par personne; mais si nul n'avait tendu les filets, l'oiseau s'j serait-il pris? Et Dieu, qui leur envoie ces malheurs dans le dessein bien arrêté de les en frapper, les éloignera d'enx tout aussi peu que c l'oiseleur lèvera son filet de terre avant que d'avoir nen pris * (S). Ds s'étonnent de leur prcq>re frayeur, et voudrairaitse persuader qu'elle est sans cause réelle ; mais «sonnera-t-on de la trompette par la ville sans que le peuple < tout effrayé s'assemble?» Tout ne vient-il pas de Dieu, les malheurs qui frappent les nations couuoe ceux qui atteignent les individus , et t lorsque dans la ville il arrive quelque accident, ne dit-OB pas que c'est le Seigneur qui l'a fait? » (6) Ils s'étonnent de l'apparition d'Amos ; mais ne savent-ils pas que < l'Eternel ne fait rien qu'il n'ait auparavant révélé son secret à ses serviteurs les prophètes? > (7)
i L'Eternel a rugi : qui ne tremblera ? L'Etemel a parlé : qui ne prophétisera? > Si vous tremblez, ce n*est point sans cause , car Dieu se lève contre vous dans sa colère ; et si je