CHAPITRE VIII. l5l
Il y a deux adoptions des enfnns de Dieu : une imparfaite en cette vie, qui se fait par la grâce, par laquelle nous sommes régénéré? en esprit ; une autre parfaite dans le Ciel, pai la gloire qui nous rep'ouvellera tout entiers, et pour V'ame et pour le corps.
Tous les dons de la grâce ne sont qu'autant de commencemens et d'ébauches de cette parfaite adoption ; et tous ensemble ne font qu'exciter dans les saints les désirs de l'adoption pleine, entière et consommée.
24. Et ce n'est pas sans raison que 24, Speenim nous soupirons après celte eloire ; car ^^'^ ^^•^'^ s"-
f ^ ^ mus. Spes aii-
maintenant notre salut n'est que com- tem quœ vide-
' 1 , tur , non est
mence , nous ne sommes heureux qu en jpg^. namquod espérance : or , espérer le bonheur , ce "^'^^^ i"'*» ^"''*
. , f , ' sperat ?
n'est pas le posséder ; resperance n'est que des choses que nous n'avons pas , car on n'espère pas ce qu'on possède.
26. Puisque donc l'espérance est des 25. Si amem choses que nous n'ayons pas , nous gé- Ts^"™;, missons en nous-mêmes , nous soupi- pe«' rat'«»''a™
X , • 1 1 1 • expeclamus.
rons après la possession de la glou'e , et nous l'attendons avec patience.
Voilà les effets du Saint-Esprit dans le cœur des saints ; ils soupirent après le Ciel, ils vivent avec patience, ils meurent avec joie. Sondez vos cœurs, y sentez-vous quelqu'un d'^ ces effets ? n'en sentez-vous pas de tout opposés ? Gémissez au moins de votre état, et priez le Saint-Esprit qu'il le cliaugc par sa grâce.
l52 ÉPÎTRE AUX ROMAINS.
26, Simillter 26. Que si la vue de rimmense hé- STajuvaTin-' "tage de Dieu ne suffit pas pour vous firmitatem nos- encouraser à souflfrir patiemment avec
tr&rn
Jésus-Christ , sachez que le Saint-Esprit est avec nous pour fortifier notre faiblesse , et que de sa main il soutient nos croix , de peur qu'acnés ne nous accablent.
Nam qnid oie- H cst vrai quc notre faiblesse est si pô'.'tét f nesa- §1'^^^^^ , quc nous nc savons ni ce que mus ; sed ipse nous dcvons demander , ni comment
spirilus postii- , , , , • 1 o •
lat pro nobis ge uous clcvons le demander ; mais le Î5amtî^binbus"*"^"^ Esprit qui est en nous , et qui a un soin singulier de nous , prie pour nous , excitant dans nos cœurs des mouvemens de piété véritablement ineffables que nous pouvons sentir , mais cjue nous ne pouvons exprimer.
27. Qui au- 27. Nous ne pouvons , dis-je , expritem scrutatur j^-jgj, [gg mouvemens du Saint-Esprit
corda , scit quiu • -pw 1
desideret spiii- daus uos CŒurs ; mais JJieu , le scruta- Seum pô" teur des cœurs , les entend parfaite-
tuiat pro sanc- nient , etnon-seulcment il les entend , ''S- . . ., , 1
mais il les approuve et les exauce , parce
qu'ails sont selon sa volonté.
Le Saint-Esprit prie pour nous , non lui 8eul , mais avec nous et pour nous , en remuant notre esprit et notre cœur comme ses membres , et en les excitant par sa grâce à
CHAl'lTRE VIII. 1 53
prie r, et quelquefois avec tant d'ardeur et de véliémence , que nous ne pouvons ni le concevoir, ni l'exprimer. C'est ce que saint Paul appelle avee des g émissemens ineffables. f^oy UiomU
Apprenons ici une pratique admirable d'o- ^"'^' raison , en nous abandonnant au Saint- Esprit.
28. Que notre faiblesse , quelque as.Scimusauerande qu'elle soit , ne nous jette donc 'en>q""»i''"»d"
t3 1 ' > ligentihii.s Du-
pas dans la défiance ; mais reposons- um omnia coo-
-p.. . œ ..• i peiauliir in Ijo-
noiis en Dieu , et sourirons patiemment, J,,,,,, , ij^ q,,; s^-. persuadés que toutes choses concourent c""diiin jiro.
r i ... pOiitnm vocati
à Tavantage de ceux qui aiment Dieu ; snm sanoti. c'est-à-dire , de ceux cjue , par sa pine miséricorde , il a appelés pour être saints y et qui , correspondant à son amour, ont obéi à sa vocation.
Depuis le verset 1 7, saint Paul exhorte les fidèles à la patience.
Premièrement , par la vue de l'immensité de la gloire qui en sera le récompense. ^'^fs. 18-25.
Ensuite, par l'assurance qu'il nous donne du secours du Saint-Esprit. 26-27.
Enfin ici, nous représentant que la divine providence fera réussir tous nos maux pour notre bien , comme la passion de Jésus-Christ a tourné à sa gloire.
2 g. Car ccuxqu^l a prévus devoir être sg.Namquos saints par leur correspondance à sa erâ- r''''^^civit , e
. r , . ^, A ° praedeslinavit
ce , il les a prédestinés pour être con- conformes fieri
fil 1 -» . inia''inis Filii
ormes , par de plus grandes grâces , et s,,; ^ „i ^jt ipsu
en particulier par la patience , à- Jésus- piimogeniiusin
^ r f ' miillisfrairibus
l54 ÉPÎTRE AUX ROMAINS.
Christ son Fils, notre modèle , et spé cialement le modèle de ceux qui souffrent , afin que ce même Fils qui , comme Dieu , est unique , soit l'aîné entre plusieurs frères , en tant qu'homme.
On dispute de la manière dont se lait notre prédestination : est-ce devant, est-ce après la pi-évision de nos bonnes œuvres ? Mais il est certain et hors de toute controverse que la patience dans les maux, conformité à Jésus -Christ souffrant, sont les marques les plus évidentes de notre prédestination.
Jésus-Christ est notre modèle sur qui nous devons être formés pour être sauvés ; Jésus- Chrit a souffert les maux les plus atroces ; dans les souffrances , il a obéi à Dieu- et lui a été parfaitement soumis; il a souffert patiemment pour la gloire de Dieu , et la patience l'a fait entrer dans sa gloire. Un chrétien donc qui souffre à l'imitation de Jésus- Christ, qui souffre comme Jésus-Christ, dans l'esprit de Jésus-Christ, soumis à Dieu, pour la gloire de Dieu , ce chrétien très-assuréiiicnt marche sur les pas de Jésus-Christ , et arrivera an terme où Jésus-Christ est arrivé par sa })atience. Si compatimur, etconregoiaùimus : ayant souffert avec Jésus- Christ et comme Jésus-Christ, il régnera avec Jésusf^hrist.
Quand donc nous souffrons , regardons i'auteur et ie consommateur de notre foi, JL-sus-Christ souffrant; consolons-nous de lui êlre semblables dans la patience, et soyons
cnAPiiRE VIII. i55
assurés que nos maux, comme les siens , seront suivis de grands avantages.
5o. Or ceux qu'il a prédestinés à cette 30. Quosan conformité à Jésus-Christ souffrant, il '«"i F^Jestina-
' vit , lioset vocales a appelés aux souffrances dont il per- vit ; et qnos vo-
, '^ . ^ VI cavit , hos et
mettes occasions; et ceux quil a appe- jusiificaYit.qiios lés de la sorte, il les a de plus en plus a"tem ju.tifica-
' ^ i r vit , illoset glo
justifiés par les mêmes souffrances , et lificavlt. leur a donné la force de persévérer constamment ; enfin, il les a glorifiés , et ici-bas sur la terre , et principalement dans le Ciel.
On peut voir dans la triple exposition latine les différentes explications des versets 28, 29 et 5o, elles raisons qui ont déterminé à suivre le sens ici exprimé dans la paraphrase des mêmes versets ; c'est principalement parce que le but de saint Paul , en cette épître , est de parler de la vocation à la grâce du christianisme, et non de la prédestination à la gloire; et que, dans ce chapitre , depuis le verset 17, il excite les fidèles à la patience , par les trois motifs marqués au verset 28.
3 1 . Dieu donc ayant un si grand soin sr. Quid erde nous , qui aura la moindre défiance ? P 'i'cemus ad
' Tl hase ? SI Deu»
Si Dieu est pour nous , qui sera contre pionobis, qui.'
'^ contra nos ?
nous r
Quis ut Deus ? Qui est semblable à Dieu ? Si Dieu est donc -pour nous , qui nous nuira ?
Voilà le bouclier impénétrable Hp la pa-
l56 ÉPÎTRE AUX BOMAINS.
tience des saints ; et c'est de la vive persuasion de cette vérité qu'ils ont tiré leurs forces dans les plvis cruelles persécutions : Le Seigneur est mu force , mon appui, mon refuge, mon iiùérateur, mon soutien , elfes- Ps. 17. pérerai en lui.