‹ Explication des Epitres de saint Paul, par une analyse qui découvre l'ordre et la liaison du texte, par une paraphrase qui expose en peu de mots la pensée de l'apôtre, par un commentaire avec des notes pour le dogme, pour la morale et pour les sentiments de piétéChapitre 15 sur 224 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Si Ton avait égard à Tordre du temps dans lequel saint Paul a e'crit cette lettre , elle ne serait placée que la sixième ou la septième .entre ses cpîlres ; on la place néanmoins la première , parce que Rome est comme la capitale du monde , et que Tépitre aux Romains contient les vérités capitales de la religion chrétienne ; savoir , la foi , la grâce , les mérites de Jésus-Clirist, etc.

Le but de TApôtre en cette épître est de montrer que la grâce du christianisme n'a pas été donnée aux juifs à cause qu'ils avaient été fidèles h Tobservance de la loi de Moïse , ni aux gentils po\:r avoir observé la loi naturelle ; mais qu'elk a été donnée aux uns et aux autres gratuitement et par une pure miséricorde de Dieu.

Ep. Paul. I. i

2 Êl'ÎTRE AUX ROMAINS.

Poiu' mieax entendre ce point , croù clé pend lintelliqence de toute cette épître , il faut remarquer que ce qui engagea Tapôtre saint Paul à écrire aux Romains , fut une contestation qui s'était élevée entre les nouveaux chrétiens de Rome , dont les uns avaient abandonné le judaïsme et les autres le paganisme. Les juifs convertis regardaient les gentils comme un peuple indigne de la foi , et les gentils baptisés avaient la même opinion des juifs. De plus, les uns et les autres étaientpersuadés du mérite prétendude leurs œuvres , et ils simaginaient que la lumière de l'évangile qui les éclairait en était la récompense.

I/orgueil des juifs était fondé sur Tlionneur que Dieu leur avait fait de les choisir pour son peuple , de leur confier sa loi , de leur adresser ses prophètes , de leur promettre son Fils , de faire naître Jésus-Christ de leur race. Ils attribuaient ces faveurs à leurs bonnes actions et aux bonnes œuvres de leurs ancêtres , et regardaient le don de la foi comme un loyer justement du à leur zèle et à leur fidélité ; au lieu que ce même don ne pouvait , selon eux , être considéré que comme une pure grâce par rapport aux gentils qui , avant leur conversion , n'avaient été que des idolâtres et des libertins.

Les gentils , de leur côté , établissaient leur fausse gloire sur la sagesse humaine qui avait

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éclaté parmi eux , et ils comblaient de louanj»es leurs philosophes qui , par le seul secours de la raison sY'taienL éleve's jusqu'à la connaissance de Dieu, De leur part ils reprochaient aux juifs non-seulement Fidolâtrie dont ils s'e'taienl eux-mêmes tant de fois rendus coupables , mais aussi leur révolte contre Dieu , les massacres des prophètes , la mort cruelle et ignominieuse de Jésus - Christ même.

L'Apôlre intervient dans cette dispule pour raccorder. Il soutient que ces deux peuples sont Tun et Tadlre criminels : le juif, parce qu'il a mal observé la loi ; le gentil , parce qu'ayant connu Dieu ])ar ses créatures , il ne Ta pas glorifié ; et il infère clairement de là que les juifs et les païens convertis ne doivent point leur salut à leur justice , mais à la seule miséricorde du Sauveur.

Dans cet esprit , saint Paul , au premier chapitre , découvre les crimes énormes des païens ; dans le second , il rapporte les transgressions des juifs ; dans le troisième , il conclut qu'ayant été les uns et les autres esclaves du péché , ils n'ont aucun sujet de se glorifier , et il leur propose sa doctrine sur la justification gratuite ; dans le quatrième , il confirme cette doctrine par l'exemple de la justification d'Abraham ; dans le cinquième il montre rexcellence de cette justification dans le sixième , il exhorte ceux à qui elle

4 ÉFÎTBE AUX ROMAINS

a été accordée , à la conserver et à l'augmenter ; dans le septième , il enseigne qu'après la iustification , la concupiscence subsiste encore , que la loi irrite cette concupiscence , et que la grâce la surmonte ; il fait dans le huitième Pénumération des fruits que la foi produit ; dans le neuvième , le dixième et le onzième, il déclare que la justice a été accordée aux gentils préférablement aux juifs , parce que les gentils ont cru en Jésus- Christ , et cjue les juifs ont refusé oVy croire; il prévientles conséquences qu'on pourrait tirer de là contre la justice de D'ieu et sa fidélité à observer ses promesses ; il fait voir que féloignement des juifs a donné lieu à la vocation des gentils, et que ceux-ci doivent appréhender un malheur pareil : depuis le chapitre douzième jusqu'au seizième , saint Paul s'attache à former les mœurs; le seizième ne consiste qu'en différentes salutations.

Voilà en gros le sujet et la division de l'épître aux Romains , par où il paraît clairement que saint Paul ne s'écarte pas de son sujet, qui est que la justification naît de la foi , non de la loi ni de la nature. C'est à ce but que tout ce qui y est compris se rapporte , ou comme principe , ou comme preuve , ou comme suite , ou comme objection.

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