PRÉFACE
Si Ton avait égard à Tordre du temps dans lequel saint Paul a e'crit cette lettre , elle ne serait placée que la sixième ou la septième .entre ses cpîlres ; on la place néanmoins la première , parce que Rome est comme la capitale du monde , et que Tépitre aux Romains contient les vérités capitales de la religion chrétienne ; savoir , la foi , la grâce , les mérites de Jésus-Clirist, etc.
Le but de TApôtre en cette épître est de montrer que la grâce du christianisme n'a pas été donnée aux juifs à cause qu'ils avaient été fidèles h Tobservance de la loi de Moïse , ni aux gentils po\:r avoir observé la loi naturelle ; mais qu'elk a été donnée aux uns et aux autres gratuitement et par une pure miséricorde de Dieu.
Ep. Paul. I. i
2 Êl'ÎTRE AUX ROMAINS.
Poiu' mieax entendre ce point , croù clé pend lintelliqence de toute cette épître , il faut remarquer que ce qui engagea Tapôtre saint Paul à écrire aux Romains , fut une contestation qui s'était élevée entre les nouveaux chrétiens de Rome , dont les uns avaient abandonné le judaïsme et les autres le paganisme. Les juifs convertis regardaient les gentils comme un peuple indigne de la foi , et les gentils baptisés avaient la même opinion des juifs. De plus, les uns et les autres étaientpersuadés du mérite prétendude leurs œuvres , et ils simaginaient que la lumière de l'évangile qui les éclairait en était la récompense.
I/orgueil des juifs était fondé sur Tlionneur que Dieu leur avait fait de les choisir pour son peuple , de leur confier sa loi , de leur adresser ses prophètes , de leur promettre son Fils , de faire naître Jésus-Christ de leur race. Ils attribuaient ces faveurs à leurs bonnes actions et aux bonnes œuvres de leurs ancêtres , et regardaient le don de la foi comme un loyer justement du à leur zèle et à leur fidélité ; au lieu que ce même don ne pouvait , selon eux , être considéré que comme une pure grâce par rapport aux gentils qui , avant leur conversion , n'avaient été que des idolâtres et des libertins.
Les gentils , de leur côté , établissaient leur fausse gloire sur la sagesse humaine qui avait
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éclaté parmi eux , et ils comblaient de louanj»es leurs philosophes qui , par le seul secours de la raison sY'taienL éleve's jusqu'à la connaissance de Dieu, De leur part ils reprochaient aux juifs non-seulement Fidolâtrie dont ils s'e'taienl eux-mêmes tant de fois rendus coupables , mais aussi leur révolte contre Dieu , les massacres des prophètes , la mort cruelle et ignominieuse de Jésus - Christ même.
L'Apôlre intervient dans cette dispule pour raccorder. Il soutient que ces deux peuples sont Tun et Tadlre criminels : le juif, parce qu'il a mal observé la loi ; le gentil , parce qu'ayant connu Dieu ])ar ses créatures , il ne Ta pas glorifié ; et il infère clairement de là que les juifs et les païens convertis ne doivent point leur salut à leur justice , mais à la seule miséricorde du Sauveur.
Dans cet esprit , saint Paul , au premier chapitre , découvre les crimes énormes des païens ; dans le second , il rapporte les transgressions des juifs ; dans le troisième , il conclut qu'ayant été les uns et les autres esclaves du péché , ils n'ont aucun sujet de se glorifier , et il leur propose sa doctrine sur la justification gratuite ; dans le quatrième , il confirme cette doctrine par l'exemple de la justification d'Abraham ; dans le cinquième il montre rexcellence de cette justification dans le sixième , il exhorte ceux à qui elle
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a été accordée , à la conserver et à l'augmenter ; dans le septième , il enseigne qu'après la iustification , la concupiscence subsiste encore , que la loi irrite cette concupiscence , et que la grâce la surmonte ; il fait dans le huitième Pénumération des fruits que la foi produit ; dans le neuvième , le dixième et le onzième, il déclare que la justice a été accordée aux gentils préférablement aux juifs , parce que les gentils ont cru en Jésus- Christ , et cjue les juifs ont refusé oVy croire; il prévientles conséquences qu'on pourrait tirer de là contre la justice de D'ieu et sa fidélité à observer ses promesses ; il fait voir que féloignement des juifs a donné lieu à la vocation des gentils, et que ceux-ci doivent appréhender un malheur pareil : depuis le chapitre douzième jusqu'au seizième , saint Paul s'attache à former les mœurs; le seizième ne consiste qu'en différentes salutations.
Voilà en gros le sujet et la division de l'épître aux Romains , par où il paraît clairement que saint Paul ne s'écarte pas de son sujet, qui est que la justification naît de la foi , non de la loi ni de la nature. C'est à ce but que tout ce qui y est compris se rapporte , ou comme principe , ou comme preuve , ou comme suite , ou comme objection.