III
2l8 EXPLICATION
('e sera votre volonté qui , en y consentant , oir en les repoussant » les rendra criminelles ou méritoifes.
C'est beaucoup plus par les effets auxquels elle se porte , que par l'effervescence à laquelle elle se laisse entraîner, que la colère est criminelle. Ainsi 9 celle qui reste renfermée dans le cœur, et qui s'exhale en désirs » est moins cou* pable que celle qui éclate au dehors , et qui porte au prochain un préjudice réel. Elle devient plus vicieuse à raison du m^l plus grand qu'elle lui désire , ou qu'elle lui cause. Mais il ne faut pas croire qu'un emportement soit innocent , parce qu'il n'a point eu de suites ouisibles. Il est impossible » et de se livrer volontairement contre quelqu'un au transport de la -eolèrq , sans lui désirer du mal, et de. lui désirer du mal, en consfervant pour lui la oharité..ïl y a cette différ rence entre la colore iftonceAtrée dans l'âme, et celle qui' se répand au dehons , que l'une pèche oofiire la charité par ses dé^rs; et ^qe l'autre par ses actions offense la ph^rité. et 1^ justice. Ce seroit; une autre erreur ^if^n dang^peu^e, d'imaginer qlie pour rendre; l?i cqïère mortdler ment criminelle, ilfaut qu'elle^sQ^t portée 1^ dj?, grands excès. Jésus-Christ, dans notre évangile, confond cette téméri^îre pensée. Les effets de la colère qu'il déclare criminels, et qu'il soumet à ses terribles châtîmens , sont uniquement des paroles injurieuses. Un s^ul mpt qui peut oî^
DES ÊVAl^GILEft. 219
bnser le prochain , ou lui nuire « expose à toute la rigueur des jugemens divins. Les expressions dures , brutales , grossières , les tours ironiques, les tons moqueurs , les traits piquans , toute parole en un mot , qui tend à choquer le prochain » à le rendre odieux ou ridicule , est comprise dans l'anathème. Tandis que la mah'gnité satis- &ite s*applaudit du mal qu'elle a fait» et jouit du chagrin qu'elle a porté dans Tâme d'un frère» un arrêt rigoureux prononcé contre elle la li« vre à des peines éternelles. Celui à qui la vengeance appartient , se fait le vengeur des opprimés. Malheureux» prêt à céder au mouvement »
de la colère » si elle ne vous aveugle pas entièrement « si elle laisse dans votre esprit place à quelque réflexion» considérez où elle va vous entraîner. Yojez toute la colère divine prête à éclater pour punir la vôtre. Comparez le peu de mal que vous pouvez faire à tout celui que vous allez attirer sur vous. Et si vous êtes assez abandonné pour n'être pas mû par le sentiment de la charité» soyez du moins assez sage pour être arrêté par celui de l'intérêt.
Une des précautions les plus utiles pour répri^ mer la colère » est que du moment où on se sent ému , on suspende tout mouvement; et que tant qu'on est dans ce dangereux état » on ne se permette ni une démarche » ni une parole » ni une résolution. L'homme » quand il est irrité » ou quand il est de sang-froid, sont deux ctres ab
solument diffërens , dont Tun regrette toujours ce qui est échappé à l'autre. Quel est Facte produit par la colère , dont on ne se soit pas ensuite repenti ? Ainsi , le malheureux privé par intervalles de sa raison , se désole dans ses momens lucides des excès où Ta porté sa folie.
Mais ce n*est pas assez pour vaincre la colère , de la laisser se calmer : une résistance passive peut suffire pour arrêter les effets d'un empor^ tement » mais elle n'en détruit pas le principe. Elle fait avorter le fruit , elle n'étouffe pas le germe. Elle ne fait que contenir momentanément une explosion; elle laisse dans le cœur la passion 9 qui reviendra dans d'autres momens renouveler ses attaques avec plus de violence. Pour s'en défendre efficacement , il faut l'atta* quer ; pour être assuré de ne jamais lui céder» il faut la détruire. Tant que vous vous borne^ rez à la contenir, vous aurez toujours à craindre ses ravages. Attaquez la dans son principe ; combattez fortement celle de vos passions à laquelle vous reconnoissez qu'elle doit son origine. Vous surtout , qu'un naturel vif et en^ flammé entraîne fortement dans la colère »
occupez-vous de la repousser par des actes fréquens de douceur et de modération. Multipliezles , lorsque votre âme est exempte d'agitation. Prenez-en dans le temps de calme la salutaire habitude » afin de la trouver toute formée , et de pouvoir voqs en servir dans les temps 4q
DES iYANGIlES. 221
commotion et de trouble. Le médecin prudent profite des intervalles de la fièvre , pour donner le remède qui doit Texlirper. C'est principalement quand vous prévoyez une contradiction à éprouver, un traitement fâcheux à recevoir ; c'est lorsque vous sentez la fermentation commencer à s'élever au dedans de vous^ qu'il faut renouveler ces actes précieux. Opposez-les, comme une digue, à ces mouvemens qui vont vous emporter. Répandez-les sur ce feu que couvre une cendre trompeuse , et qui ne tarderoit pas à devenir une flamme vive. Encouragez-vous dans cette lutte de la religion contre la passion , par la puissante considération des préceptes et des exemples, des promesses et des menaces de Jésus-Christ. Le saint évêque de Genève , ce modèle de la plus par* faite douceur, avoit reçu en naissant une âme plus ardente peut-être , plus portée à la colère que la votre; mais par ses efforts réitérés, il étoit parvenu à éteindre absolument ce feu dangereux. Créateur de son caractère , il s'étoit fait à lui-même cette seconde natui^ , si chérie de l'âge qui le posséda , si admirée de ceux qui l'ont suivi. Imitez-le dans ses combats, et vous obtiendrez le même triomphe. A force . de victoires, vous assujettirez Tennemi qui vous domine. Vainqueur de votre passion , devenu maître de vous-même , vous goûterez avec bien plus de douceur la paix , après tant d'agitations.
fis a EXPLICATION.
Elle aura un bien plus grand prix , quand elle sera la récompense de votre courage et de vos efforts.
Si donc, offrant votre présent à C autel, vous vous rappelez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez votre offrande devant l'autel, et allez d'abord vous réconcilier avec votre frère; et vous viendrez après cela offrir votre présent. Jésus n'ordonne pas seulement d'étouffer la colère; il veut qu'on remédie aux maux qu'elle a produits. Ce n'est pas ici un simple conseil : sa loi prescrit impérieusement la restitution du dommage, la réparation du tort» la satisfaction pour l'injure. On ne peut pas se mettre mal avec son prochain , et rester bien avec Dieu. En se fisiisant des ennemis' parmi les hommes » on se donne Dieu ponr ennemi. Jésus-Christ ne parle pas ici seulement des torts énormes que l'on peut avoir envers le prochain; son expression est générale, et comprend tout. Si votre frère a quelque chose contre vous , que le reproche auquel vous avez donné lieu , soit grave ou léger; que votre fiiute procède d'un fond de méchanceté et de haine, ou de négligence, de légèreté, d'imprudence, vous êtes obligé strictement de la réparer. Vous ne devez rien oublier pour détruire les impressions qu'elle a pu faire sur votre frère. Votre charité doit vous faire prendre tous les moyens de faire renaître la sienne dans son
cœur. Ne tous croyez pas dispensé de ce devoir essentiel , parce qu'il ne se plaini pas da-.^^^ mal qne vous lui avez fait. S'il a assez do n>o-\^ démtion pour dissimuler Tinjure, assez de pa- 7"^^ tience pour la souffrir, assez de charité pour la pardonner, ses vertus justifient-elles vos torls, et vous croyez-vous d'autant moins tenu envers lai à des démarches de réconciliation, qu'il s'en montre plus digne? N'êtes-vous pas coupable?
Est-ce lui qui, ou crédule, ou susceptible, s'est trop facilement offensé de choses innocentes? Votre obligation n'est pas., il est vrai, aussi positive ; niais n'est-il pas digne du sentiment que vous devez, et avoir pour lui, et désirer qu'il ait pour vous, de faire tous vos efforts poin* effacer ses préventions , détruire ses soupçons, dissiper ses ombrages, et rétablir entre TOUS Tunion qui doit toujours exister entre des frères. Si c'est lui qui vous a offensé , si c'est vous qui êtes fondé à avoir quelque chose contre lui, Jésus*Ghrist , il est vrai, ne vous prescrit pas les premières démarches; mais, si son précepte ne va pas jusque Ih, consultez son esprit ; considérez que plus vous avez à vous plaindre , plus sera méritoire tout ce que vous ferez pour k réconciliation* C'est à vous, bien plus qu'à lui , que seront utiles ces avances sur lesquelles vous hésitez. En contestant pour savoir qui fera les premiers pas , c'est contre vousmême que vous disputez , c'est vous que vous
Toulez priver de Tavantage qui doit en ré$ulteF. Jésus^Christ ne se borne pas à prescrire les démarches de réconciliation; il .ordonne qa'el^ les se fassent promptement , et aussitôt qu'on se souvient d'avoir donné au prochain quelque sujet de plainte. Tout autre devoir cède à celuilà, tout ouvrage doit cesser pour le remplir; ie culte môme de Dieu, la plus sacrée de nos obligations, doit être suspendu. Jésus-Christ veut que nous rendions à notre frère, que nous avons offensé» avant de rendre à lui-même. Il ne juge pas digne de lui présenter son offrande , celui qui, sciemment , est chargé d'un tor^ envers son prochain. Le sacrifice le plus agréable pour^hii,' le plus utile pour nous , est celiii de nos inimitiés. Yoitô donc, qui ave% eu le malheur d'aiiénerde vous un devais frères , hâtez-vous, et pour vous, et pour lui, de lui porter des paroles de paix et de révnion. Déchargez au plus tât votre conscience de ce poids sons lequel elle gémit. Ne laissez pas iennepter dans l'âme de votre frère ce levain que vous 'y avez- apporté, et qui, en y restant, s'aigriratde plus en plus. Regagneii son cœnr en purifiaat le vôtre; et revenez ensuite avec confiance devant l'autel, présenter tos offrandes et vos prier res ; sâr qu'elles seront agréées , et qu'ayant obéi, vous serez exaucé (i).
(i) L'Evangile du 9'mème dimanche après la Penfecôte , est très-setnblablte à celui d» ^atrième dimanche de caréœe.
X>BS &VANGILES. 225
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DU SEPTikME DIMANCHE ÂPBÈS LA PENTECOTE.
Se garantir des faux prophètes; les reconnaître à leurs fruits.
J ésus dit à ses disciples : Gardez-Tous des&ux prophètes qui viennent à vous sous des peaux de brebis, maïs qui au dedans sont des loups ravissans. Vous les feconnoitrez à leurs fruits. Recueille-t-on des raisins sur les épines /ou des figues sur les ronces ? Ainsi , tout bon arbre porte debopsfruitSy el tout iiytauvais arbre porte de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut pas donner de mauvais fruits , ni un mauvais arbre ien rendre de bons. 'Tout arbre qui ne porte point de bons fruits , sera coupé et jeté au feu. Cest donc à leurs fruits que vous les rèconnoitrez. Ceux qui disent : Seigneur, Seigneur, n'entreront pas tous dans le i^oyaume des cieux : mais celui qui fait la volonté de mon Pèro , qui est dans le ciel, c'est, celui-là qui entreca dans le royaume des cieux. ( Matth, vu. i5 e/ 21. )
il pri^eate de^'mâme]un miracle de multiplication de pains. En cons^encc l'explication d'un de ces évangiles , peut servir pour l'auteur, f^oyez terne second, page 69..
226 BXPLiCATIÔff
Jésus dit à ses disciples : Gardez-vous des faux prophètes qui viennent à vous sous des peaux de brebis , mais qui au dedans sont des loups ravissons. Vous les reconnoîtrez à leurs fruits. Jésus donne ici un précepte souverainement important , mais qui paroft très-di£Gcile à pratiquer. Autant, il est nécessaire de se garantir de faux prophètes » au|ant il est quelquefois difficile de les discerner. Et cependant , ce ne sont pas seulement les hommes éclairés qui sont tenus de faire ce discernement; les hommes les plus simples y sont pareillement obligés. Il semble même leur être plus nécessaire ; parce qu^ayant plus que les autres besoin d'être conduits » le danger d'un mauvais conducteur est pour eux encore plus grand. Jésus^Christ donne pour principe de reconnoit^e les faux prophètes à leurs fruifs. Dieu seul pénètre *dans Tin^ lérieur des cœurs. Il ne nous est donné de connoître que les actes extérieurs. Ainsi» tandis que Dieu juge les actions par les -intentions qui les produisent , nous ne pouvons au contraire juger les intentions, (}ue^ar les actions qui les manifestent. Mais cette règle de nos jugemens est fautive et dangereuse : fautive » parce qu'il •n'y a pas, de signe plus éqaivoque des dispositions de Tâme * que des actions qui peuvent avoir une multitude de causes que nous igno-
DES iVANGILBS. 827
rions; dangereuse, parce qu'elle luiua expose à former deé jugemens feux et injusles. Gomment donc obser\'er le commandet^eot de Jé-r sus-Gbrist? comment concilier le précepte <|u'il donne , dé chercher à reconnoitre les t&ux prophètes par leurs fruits , avec sa dé&nse dç )uger le prochain sous peine d'être jugé ^oir même (i)? Cette partie importante et délicate ^e la c<niduite chrétienne » exige quelques dé- Teloppemens.
Gomme ta religion consiste principtiicment en deux choses » dans ses dogmes , et dans sa •morale , dans ce qu'elle enseigne à crcôref , et dans ce qu'elle ordonne de pratiquer,, il y a deux sortes de faux prophètes : des prédicateurs du mensonge , «t des prédicateurs du vice. Us <:herehent tous à nous égarer : les premiers , dans les routes de l'erreur; lesseconds, dans los voies du péché. Les uns pervertissent, les autres corrompent. Noué .devons nous défendre avec un^^oin extrême des séductions de ceux^à, -des illusions de ceux-ci.
L^' docteurs de l'erreur sont de deux genres : les hérétiques qui combattent la doctrine de l'Eglise ; les schismatiques^ qui attaquent l'EgUse elie-^nême en s'eiTorçant de la diviser. Ges deux classes d'ennemis de la catholielié , distinctes dans leur nature, se confoAdent presque
(â) Nolité judîcare, ut non judîccmlni. Tn quo 6nim jndidio' judicaveôtis; judicabimmii M<âth, fti, i . ' -
Û^S EXI>MCATI01f .
toujoura daua le fak. L'héréûe deviont promptetnent schisme : condamnée p^. J'autorilé, elfe se révdite aiisâitot conU«i die, et s'eo aépare. Le schbme mèoe à rbérésie par un court chemin* Ca foi » qui n'a plus l'appui de Taut^ rïté infaillible, iombe bieniôt^ Celui qui abandonne spn guide i n^ tarde pas à s'égarer. U n'est pas pour l'ordinaire difficile de connoltre les mattres du schisme et del'hér^i^ Toute foi opposée à celle de l'Eglise romaine , est hérésie ; toute communion différente de l'Eglise romaine, est schisme* Ainsi, il esJste un moyea certain de discerner te prophète. Considérez •8*il Cet uni de foi et de «eommumon avec l'Eglise principale , mère et maîtresse de toutes les-»«ir0s^ qui, les attirant toutes à elle, est le cenire commun auquel jeUes se tieno^t unies.
Ci;t examen n'exige ni talens brillan»^ ni caniHNssances étendues , ai discussions prttfondes. C'est un fait que l'esprit le plus grossier peut aisément piger. Il o!y a personne qui ne puisse savoir si le pasteur qiii Ta instruit , e^t dans la même communion que son évéque , lequel est I uî-même dans celle du chef suprême de l'Eglise. Il est donc des fiiux prophètes dont on peut facilement se garantir. Tels sont les ministres des sectes auxquelles, dans le seizième siècle, donna ftaissânce l'esprit d'indépendance, et que l'Eglise a anath^matisées dans spn dernier corfcîle général. Ils portent écrit sur. leur front •
Vavrèt de leur réprobation; «leur scission avec l'Eglise TOHMiioe l'y a knprioaé en caractères ineffiiçafalès. Ils ne peuvent pas se laver du reproche de c^;t6 séparation; Ils ne le veulent même pas; Ils se font gloire de leur opposition à l'ËgiberoBfliaine. Ils s'arrogent à eux-mêmes le titre d'ËgKse de Jésus-Christ, et imaginent recouvrir le vice de leur nouveauté , par la fas^ tueuse qualité de réformateurs qu'ils usqrpent. Mais en même temps que la cité sainte est occupée à repousser les furieux assauts que^ lui livrent ses ennemis déclarés» elle est obligée de veiller sans cesse sur les travaux que ses ennemis obscurs et cachés font sous terre pour la .piiiier. Ce sont là les &ux prophètes de notre évangile, les loups qui se présentcnf sous la peau des brebis » pour les égorger plus sûrement. Voyez-les dans noire patrie , ces apôtres de l'imposture , emprunter le langage de l'Eglise, pour anéantir sa doctrine; annoncer le rétablissement des règles anciennes , pour dé^ truire la discipline; supposer une deàtitutiondes légitimes pasteurs , pour colorer leur propre intrusion; présenter au peuple le même appareil de culte, pour l'abuser sur le changement de religion. Mais, comme vous le recommande Jésus-Ghvist , pqur les reconnoltre , examinez ieors fruits. Voyei les excès scandaleux aux- ^els se sont abandonnés un grand nombre d'entre eux,«t qui les ont livrés au mépris de
t5o ïïxmCkrviK
leurs propres pàstitaiis. Y&yez l'atroce persécution quMls ont excitée» et qu'ils ne cessent de fomenter coAire les pasteurs fidèles. Yoyes leurs mesures astncteiaaes pour empêcher de parvenir jusqu'au peuple les censures dont les a frappés et dont les menace encore le souyerain pontife. A ces désordres , à ces violences, à ces ruses, reconnotsaez-vous l'Eglisode Jésus* Christ?
Il est encore d'autres prophètes du mensonge « également dangereux , et dont il est pareille^ ment nécessaire de se garantir; qui font profession d'obéir à l'Eglise, mais en k plaçant où il leur plait; de respecter 9on autorité, mais^evi ne l'admettant que dans les conciles généraux , < si <M0ioile9 h rassembler; de croire à son infbUlibilfté', iaKts en (a restreignant au gré de leurs intéréls; d'être soumis à ses décisions , mais en ne reconnoissant pas pour telles celles qui ccmdamnent lears erreurs. Ils affichent une sévérité de morale, une austérité de conduite imposantes. Ils ont toute l'apparence des brebb les plus fidèles du troupeau ; mais ce sont €les loups déguisés ,'qui ne cherchent qu'à le dévorer. Examines leurs fi^uits; voyez oti tendent leurs discours. Us vous disent que TEglise^a reçu de Dieu son pouvoir; mais, ils le circonscrivent. Ils vous défendent de vous révolter coâlre elle; mais ils vous exhortent à lui désobéir;sur les points qui les contrarient; Ils vous recom*
mandent d'écouter la voix des premiers pasteurs ; mais ils y associent celle des pasteurs inférieurs, qu'ils s'efforcent de susciter contre leurs ^faefs. En un mot, en convenant dans les mots del'aulorité de l'Eglise, ils l'anéantissent par leurs exceptions* Troupeau fidèle de Jésus- Christ , tout ce qui tend à affoiblir l'autorité sacrée qu'A a établie sur vos têtes , doit , par cela seul, vous^être suspect. Vous pouvez juger aisément quel est l'intérêt qui engage à l'énerver. Ceux qu'elle ne contrediroit pas , chercheroient-ils à l'atténuer? Rejetez avec force «toutes les vaines distinctions, qu'ils ne vous présentent que pour éluder les condamnations dont - ils sont frappés. L'Eglise universelle ne peut rédamer de droit que ceux qui lui appartenant.
Le corps entier des successeurs^ de» apAtres, héritier de leur infaillibilité, me peut ftm plus errer sur l'étendue de «on pouvoir , que sur les autres points do la foi. Qu'ils soient réunis en concile ou dispersés, que leurs condamnatljDtts «oient générales ou particulières , qu'elles portent sur les dogoies mêmes ou sur les &its ffai y ont une relation intime , reconnoissez dans toutes leurs décisions les oracles de l'Esprit saint dont ils sont les organes; et, par une conséquence nécessaire, reconnoissez dans ceux qui ' ne s'y soumettent pas, ces &ux prophètes que Jésus-Christ vous ordonne de fuir. Us vous diront qu'il ne convient pas à de simples fidèles
sSa EXPLICATION
de se mêler des disputes de religion. C'est pré^ cisément parce qu'il ne leur convient pas dé discuter le fond des controverses » qu'ib doivent se tenir plus fortement unis» plus entière* ment soumis à Tautorité qui les décide , et rejeter plus vigoureusement toutes les subtilités par lesquelles on essaie de Tafibiblir.
Une seconde classe de faux prophètes , qu'il est aussi nécessaire , et plus difficile encore de discerner et de fuir » ce sont ceux qui tendent des pièges , non pas à la foi , mais à la piété. U n'est pas question ici des pécheurs scandaleux; tksont fecilement reconnus; ils seroient fâchés, de ne pas l'être. Mais on voit souvent dans la société » des hommes » jouissant d'une réputation entière , qui la méritent même selon le monde , qui ,, remplissant avec exactitude tous les devoirs de la probité civile, prétendent y réduire tous ceux de la religion , et resserrent la morale chrétienne dans la justice et la bien-* faifance; que l'on ne peut accuser d'incrédu- Kté , mais dont la foi vacillante n'est à leurs yeux qu'une opinion plus sûre dans la prati<(ue, et plus utile pour contenir le peuple; qui ne manquent pas aux observances extérieures que prescrit la loi divine, mais plutôt pour ne pas offenser les regards publics , que pour se rendre agréables à ceux de Diec^; qui» des commandémens di vfns , adoptent ce qui ne contrarié pas leurs inclinations » et qui les concilient avec
DBS ÊVAN61LES 253
toutes les dissipations , tous les plaisirs, toutes les passions; qui refçôrdent comme des excès, toutes les sublimes vertus que le christianisme prescrit , et comme des minuties, les pratiques pieuses qu'il conseille. Ces hommes sont d'autant plus dmigereux , que leur morale est attrayante, et leurs exemples séduisans; d'autant plus difficiles à reconnoîlre , que , réservés dans leurs propos, ils laissent rarement percer JeUrs principes relâchés , et que tout ce qu'on aperçoit d'eux , ne présente qiie de l'honnêteté , et une sorte de régularité. Et c'est à raison de cela même qu'on doit se garder d'eux avec une plus grande précaution. Plus il est facile d'être entraîné d^ns cette vie anti-chré tienne, plus il faut apporter de vigilance à s'en garantir. En rechetrchant attentivement quels sont leurs fruits, on y^ri^a qu'ils n'en portçnt aucuns; que leur vie est absolument vide de bonnes oeuvre»; que s'ils ne donnent pas dans les vices grossiers, contraires aux premiers principes de la morale, ils ont tous les défauts in- <X)mpatibies avec la piété; et que , s'abstenant des actions criminelles qui troublent la sociétéi, ris s'en permettent un grand nombre de répréhensibles^ que la religion défend.
Mais, voici ce qui est plusdéf^lorable encore et plus dangereux. Ce n'est pas seulement sous le masque de la probilé qu'on attaque la piété ; e'est quelquefois scrus celui de la piété elle-
334 EXPLIGATIOir
même. Cette vertu si pure, sinoble^sîdésiotéres- 8de , il y a des hommes^ cl il y en aToit dès le temps de saint Paul , qui cherchent à s'en faire un profit ( I ). Et il est à cet ^ard des profits de tous les genres. Ils sont multipliés comme les passions que l'on veut servir. Profit d'intérêl. Jésus-Christ reprochoit aux pharisiens » qu'ils prolongeoient leurs oraisons pour se donner le moyen de dévorer les maisons des veuves (2).
Profit d'orgueil. On veut acquérir la répntalion d'une haute vertu , se donner la considération qui y est attachée; et c'est le but d'une multitude de pratiques pieuses qu'on a grand soin de laisser paroitre. Profit de domination. Sous un extérieur composé» on s'insinue auprès des personnes dévoles; on prend de l'empire sur leur esprit, on dirige leurs affaires; on gouverne leurs famifles; on se rend le maftre , et d'elles, et de tout ce qui leur apparlient. Profit de seasualité. On prend l'air de la mortification , pour en recevoir le dédommagement; on paroît s'éloigner du monde pour en être recherché ; on affecte l'amour des privations , pour se procurer les douceurs de tout genre; on semble craindre les égards , les soins , les complaisances , pour s'en faire rendre davantage. Enfin quelquefois *
(i) ExUUmantium quxttum esse pietatem. i. Timolk, VI. 5.
(2) Comcditis doÔQOs viduanmi , orationes longas orante$. Matth. XXIII. i4- * *
DES ÉVANGILES. s5S
même , il faut le dire , profit de libertinage. On recouvre d'un vernis de sainteté , des dissolutions cachées. On a vu jusqu'à des hommes assez criminels pour faire servir les actes les plus respectables de la piété» à séduire les âmes simples et foibles. vous , qui chérissez la vertu » qui désirez d'être conduits dans ses voies » fuyez ces guides hypocrites , qui » dans les conseils qu'ils donnent » considèrent leur propre avantage. Celui qui a la basse scélératesse de faire de la piété le ministre de ses passions » en fera le flatteur des vôtres. Il emploiera tout son art y non à réprimer vos foiblesses » mais à 'les excuser; et, devant être votre censeur , il se fera votre complaisant. Ce sont là » sans doute » de tous les faux prophètes , les plus difficiles à discerner. Mais avec un cœur drok et une attention soutenue » vous parviendrez à les conneitre. Dieu ne permet pas à l'hypocrisie de tromper long-temps ceux qui ne veulent pas en être abusés. La passion qu'elle sert > et qu'elle travaille à déguiser, perce toujours par quelque endroit; et elle se trahit souvent par les efforts qu'elle fait pour se cacher.
Mais où est donc la charité qui pense toujours bien du prochain ? qui n'en présume jamais le mal? Est-elle compatible avec ces défiances qu'il faut concevoir en s'approchant de lui ? Oui, sans doute. Ces deux devoirs dilTérens ne sont pas opposés; et comme il est nécessaire de p^ati-
236 EXPLIGAlTION
querTun et l'autre » il est importantde montrer comment ils se concilient,
II faut distinguer la liaison générale de charité qu'on a avec tous les hommes , de la liaison parr ticulière de confiance dont on est uni avec quelques personnes , et spécialement avec le directeur de sa conscience. La première n'exige pas l'examen attentif et suivi » que demande essentiellement la seconde. Je ncw dois pas. penser mal de mon prochain » à moins qu'il ne 'm'en ait donné une raison positive ; mais je ne dois pas lui donner ma confiance » à moins qu'il ne Wail donné des preuves également positives qu'il la mérite. J'augure favorablement de tons ceux dont je ne sais pas certainement du mal : je ne me livre qu'à ceux dont je sais certaine^ment du bien. Tant que je n'ai pas de motif formel de juger désavantageusement mon frère» mon jugement à son égard reste dans la classe des présomptions ; et alors il doit être en sa fi^ veur. Mais pour me lier intimement avec lui , et surtout pour lui confier la conduite de mon âme, la simple présomption dé sa vertu ne suffit pas. Je n'ai pas besoin de considérer quelle ^t la conduite du commun des hommes; mais il m'est souverainement hnportant de connoltre à fond ceux à qui je dois me fiar. La charité , qui forme ma liaison avec les premiers , me fait juger d'eux en bi^n , sans examen; la prudence , qui dirige mon union avec les seconds , me les fait
DES ÉVANGILES. sSj
examiner avec soin avant de m'y abandonner.
Ainsi je remplis les deux obligations : je ne jugef point témérairement mes frères ; et je ne me confie pas à eux inconsidérément. J'acquitte ce q.ue je leur dois , par ma présomption favorable ; et ôe que je dois à moi-même , par ma prudente précaution.
Recueille-t-on des raisins sur les épines, ou des figues sur les ronces? Ainsi tout bon arbre porte de bons fruits, et tout arbre mauvais porte de mauvais fruits. Un ion arbre ne peut ^pas donner de mauvais fruits, ni un mauvais arbre en rendre de bons. Quand le Sauveur dit que la bonté des fruits dépend de celle de l'arbre , ce n'est pas de chaque fruit en particulier qu'H veut parler. C'est d'abord de la nature des fruits > et ensuite de leur généra lité , que doit s'entendre ta comparaison. Une vigne, un figuier ne «portent pas les fruits fle répin0 et de la ronce Les fruits d'un* arbre de bonne espèce» et en bon état, sont générale^ ment bons. Mais sur le meilleur arbre il peut tenir un fruit qui avorte, ou qui se gfite. La^ Vertu la plus parfaite ne rend pas impeccable. Le plus juste est sujet à des foiblesses; il peut inême tomber dans des Êintes graves. Ce serott pareillement une erreur, et l'Eglise l'a condamnée, de penser que toutes les actions d'un pécheur sont de ncîuveaux péchés. Loin de nous pette doctrine barbare, qui met le coupabln