‹ Explication des évangiles des dimanches: et de quelques-unes des principalesChapitre 12 sur 18 · S38 EXPLICATION · texte numérisé non relu

S38 EXPLICATION

dans raffreuse nécessité d'oflTeDser Dieu de noti- ^eau» soit qu'il observe la loi,^ soit qu'il l'enfreigae ; cette doctrine désespérante » qui tend à le retenir dans le crime » en lui présentant les efforts mêmes qu'ail feroit pour s'en retirer, comme des crimes nouveaux. Il est vrai que les œuvres les meilleures en elles-mêmes» faites en état de péché mortel » ne sont point méritoires directement pour la vie éternelle; mais elles peuvent mériter le repentir qui y conduit. Il est Trai aussi que souvent les actions louables de leur nature» que font les grands pécheurs « sont* comme le dit saint Augustin » ou vicieuses dans leur fin* ou perverses^dans leur intention* ou corrompues par leurs circonstances. Ce sont là les arbres mauvais qui portât de mauvais fruits * quoique dans le nombre de ceux dont ïU sont chargés * il puisse s'en trouver quelqu'un qui soit bon*

, De cette maxime du Sauyeur* ainsi expliquée dans son véritable sens * résultent des consé^ quençes importantes * soit par rapport à notre propre conduite , soit rislatîvement à nos jugemens sur les autres*

L'arbre» quand il ei»t absolument mauvais» nç porte que de mauvais Iruits. Quand, unepa^sioi^ s'est emparée de notre cœur, elle js'en rend la dominatrice absolue » et en prescrit en souveraine tous les mouvemens. La^ie entière se res^ '#ent de sa tyrannie sans même que l'on y peu-

DES ÉTANGILES. ^S^

se ; on y traTaille coastammeat pour la passioo dont on est dominé : état d'autant plus dangereux , qu'il n'y a rien de plus facile que d'y tomber. Le défaut seul de résistance y conduit* Une passion que Ton ne combat pas , fait de continuels progrès i vous croyez» en lui accordant quelque chose» la satisfaire, et obtenir d'dle votre tranquillité; c'est 0lle-méme qui TOUS fait cette illusion, pour parvenir par de* grés à vous gouverner. Plus vou$ lui accordez , plus elle devient exigeante^ et plus de votre côté vous derenez fiicile. Vous vous affoiblissez à mesure qu'elle se fortifie. Un premier pas» qui peut-être n'étoit pas en. lui-même fort criminel» est une raison pour en faire un secoad qpi l'est dayantage. On commence par se permettra quelques actes de sa passion : insensiblement on s'y £Bimiliari$e; bientôt on s'y habitue»* on finit par neponvoirplus s'en pas$^. Il est si doux de se laisser aller à un sentinient qui plait » A pénibkr de lui résister! et cependant c'est une chose absolument nécessaire. C'est dans les commencemens d'une passion» qu'il faut l'attaquer; c'est au premier moment oii l'on sent pour elle de l'attrait, qu'il faut J'étouflfer; ce sont les premières tentations qu'il faut repousser. Vous ar« radierez sans effort cettie plante venimeuse qnt vient ^e naître; si vous lui laissez jeter ses nom^ breuses et profondes racines » vpus aurez peine k rextirper.'Yous tuerez sans résistance le pions-

ire dans 8on enfance : qu'il grandisse ; ce sera lui qui vous donnera la mort.

Le bon arbre au contraire est celui qui rapporte de bons fruits. Ainsi , nous devons oonti^ nuellement être occupés à en produire. Mais c'est d'une cuUure assidue que*nous pouvons les espérer. Voyez le cultivateur intelligent :, atec quel soinil travaille l'arbre qui lui doime, de bons fruits » ppur les muUifdier et les aihé^ liorer encore; comme il abat les branches mortes; comme il émonde les rameaux stérifes»

pour porter la sève dans ceux [qui doivent étr& fructueux; comme il remédie avec attentioa aux plaies qui altéreroient le tronc; comme il le présente des insectes rongeurs ! Chrétien , c'est ainsi que vous devez soigner votre âme. Retran** chez de même de votre cœur toutes les affections qui sont criminelles , ou qoi peùrent le devenir; sacrifiez les occupations inutiles, aux* quelles votre esprit se porte au préjudice des devoirs ; portez aux plaies de votre âme le remède d'une sincère pénitence; garantissez-la, par une continuelle vigilance , des ennemis ^m rôdent sans cesse autour d'elle ponr la dévorer* Oette culture doit être le soin de toute voire vie* Mais si vous négligez de cultiver votre âme , die éprouvera le sort de l'arbre qu'on ahmidomie à lui-même : les branches inutiles et gourmandàft «e multiplient , s'accroissent , étouffetit et font périr les rameaux fructueux; la sève.dissipée se

PB9 ÉvAmnLEf. 241

détériore; les fruits, qui âam J'orifine^eiènt l^aux et pleins de §areur, dégénèrent, perdent leur éctetelkmr goût; Parère luNnéffîetaftgfHt, dépérit soeoessivemeat , et finit ^ai' sie^ cc^rom* pre jusque dans le cceur. Ai^»i se perdra ?otr^ justice,' dès que voUs cesserez' d'y travailler; elle ira eontimieHen^nt-eii $& dégradant, jusqtf à ce qu'enfin elle se corrompe , et périsse.

Un seul fruit , 011 méiïie mn petit nombre de fruits gâtés , ne prauvent pas: que l'arbre qur les à portés , soit mauvais. Ainsi , nous ne de^ vons pas croire qu^tinbomme soit dépravé^ parco^ qu'il a fait quelques actions ràpréhen«îbles. La cbarité et iiiéme ta }astfce*doivent nous détourner de ce jugement, toujours dangM*eux, et q^ui souvent seroit faux. Quïind ih>us voyons un de nos frères tomber dans quelques fautes , plaignons la foibtesse humaine «^ pensons à la nôtrei'Quo c^le vue excite , non pas notve crk tique sur le proebain , mais notre vigilance ^ur nous-mômes. Pensons que dans la même ten« tation, BOUS serions peut<^re devenus plos coupoles. La vraie piMé , sévère pour so[, est^* diligente pour les autres. Elle considère leur e€»t)duite , non pour la c^urer, mais pourrez gW k sienne. Elle voit dans les UonnesactionSy des exemples à suivre , des enooura^i^aiena à recevoir; dans les mauvaises^, des dangers à éviter, des précautions à prendre. Pourquoi est-elle si rare, ceilte indulgence chrétienne qui« III. 1 1

t42 BXFLICàTION

en hiàmant la &ut«i cherche les moyens dViccii- . ser celui qui fa commise l Nous Je disons aFec douleur : c'est que la charité qui en est le prin-^ cfpe, estloÎR^lepresque toiH les cœurs, La première. des- yertus est méconnue de beaucoup de ceux-mêmesqut font proCiBtsaion de vertu. Il est malheureusemeût trop^ i^ommun: de voir deapersonnes yiTre,dana4a régi^rité» avoir la ré^ putalion de piété , b mérilier^ quelques égards , observer exaetemeat presx{4}e tous leurs devoirs, édifier par un grand. nombre dp saisies prati-' ques, se répandre en œuvres de miséricorde , et perdi*c aux yeux de Dieu » quelquefois même des hommes, le mérhe de tout e^a , par l'in* juste séviérité de leurs jugomens , et par Tai-r greur de leu«s médisances, Si on veut remonter à la cause de celle odieuse jnali|jpilé» on la. trouvera presque loujoors dans rorguoilt.Le ju* gemeni qu'on porte d^ prochain, renfsrm^ eoDêtamm<^M une comparaison avouée ou se* frète avec soi-même.. On recherche ses4é&uls pour s'élever au-dessns * de Ijai; on les relève pour faire remarquer qu'on en «st exempt* De là résultent deux e£G&ts f&eheux : le premier pour soi-même, de se^ charger d'un péché sou* < vent plus grave que ceux qu'on i^^proche; Je second pour le public , qui est de &ire calomnier la pié(té. Le monde se réjouit de trouver des défauts dans les personnes qui vivent religieu-* çement* Aussi injuste qu'il psi m^hant, il afiectf

DBS iVAKCIlJiES. S4'^

de confondre les vices^des dérots arec Tusagf de la déyotion; et d'imputer à la religion, ie^ torts de ceux q^ui paroisseotle mieu?^ observer ses règles. jA.insi , elle est blasphémée par les exemples de eeux-mémes doM les exemples devroient le fiiire respecter..

Tout arbre qui ne produit point de bon fruit, sera eoupéi et /été au feu. Considérons sur qui tombe cette terrible sentence : ce n'est pas seutemeot sur l'arbre qui donne de mauvais fruits, ou sur celui qui n'en produit aucuns; c'est sur celui qui n'en. rapporte pas tde bons. Pour se soustraire à cet arrêt, il estabsoluq^ent nécessaire de porter des fruits et d'en^poi'ter de bons; de faire le bien , et de le bien fairo.

C'est' une présomption bi^n mal fondée, et beaucoup trop commune , de faire consister toute la justice dans l'exemption des actions in- . tordîtes» On entend souvent des hommes se prétendre dans la voie du salut, en disant : Quel est donc le mal que je fais ? Jésus-Christ leur déclare ici qu'ils seront condamné^ au feu éternel , non pour le mal qu'ils auront fait , mais pour le bien qu'ils auront omis de faire. La justice ne consiste pas seulement à s'abstenir des actions criminelles; elle est le résultat d'un assemblage de devoirs exactement remplU envers Dieu et envers le prochain. En nous mettant dans le monde. Dieu nous a donné une religion à pratiquer : il nous a placés dans un état

«44 EXVUGATIOir

àexereer» Noos sonnniM eomptables enrers lui , do ce double genre d'obligations. Oo cherche à se foire illusioo; on yeut traû^uillîter sa consctence sur sa yie molle, sensuelle, et inutile i et on affeote de croire ipie pour ôtre à Dieu , il snffit de ne pas se livrer au d^on ; mais le Dieu jaloux n'admet <pa$ cette sorte de Beutraiîté. Il regarde comme un vol , de ne paa lui rendre riulérét du talent qu'il a confié, il précipite damé les ténèbres extérieures, le serviteur inutile. Se préserver du péché , n'est pas sa loi : ce n^en est que le commencement. JS'il noiis dit par le prophète roi : Evitée le mal» il ajoute jaussitôt : El laites le b^eo (i). Abstenez^-vous 4^ actions perverfte»> ûous criert-il dans {saïe , et appre^ nez à en liiire de bonnes (»). Ecrivez, dit-il à Jérémie» mon anathème co^^re pet' homn^e^ écrivez qu'il est stérile (5)^

Pour éviter la terrible sentence que pt ononee ici Jésus^Cbvist^ il ne suifit pas de porter dei fruits; il faijt cq porter de bons. C'est princir paiement le motif de nos'actioiîis^ qui leur donr ne du prix. Le jeûne ^tiqué par ui| principe de santé , l'aumône donnée pnr un sentiment de commisération naturelle , sont des action^

(i)D«cKiia à malo, et facllonam. Pisalm. xxxn. Î17.

(1) Quic«cite agerc p«rver»è , dif cite bcnefacjtîrc;^ /su. i^' 16 et 17.

i3) Haec dicit Dominus : Scribe viriim islum sterilem^ Jerem» xiii. 3o.

DÉS ÉVANCII.ÈS. S^â^

nulles poui» la vie éternelle; Elles devienoeiît même cri minefles > si elles sont produites par un molîf d'hypocrisie. Ne murmurons pas eon« tre celte rè^te , qui place dans rintention te mérite de faction. Ne la Irouvons pas sévère r elle est au eofitraîl*e un graqd bienfait de la miséricordo. Nos actes les plus communs, le^ plus indifférons de leur nattxre , offerts à Dieu , lut deviennent agréables. Il daigne nous en tenir compte^ En nous ordonnant dû produire de bons fciïits^ sa bien&isaifce stiprémo eit multiplié pour nous les moyen«*

Ceuaf gui disent / Seigneur ^ Seigneur , n^en-* treront pas tous dans le royaume des deux ; main celui qui fait la ifotonié démon Père , qui est dans le ciel , afest celui-là qui entrera dans le royaume descieux. Après avoir donné Ije précepte de porter de bons fruits, Jésus-Christ montre quel» sont ceux que Dieu agrée , que nous devons lui présenter. Il déclêire d'^abord en quoi ils ne con* sistont pas ^ et ensuite en quoi ils consistent.

La prière est certiainement un dos acics le»

plus exceltens de la religion ; mais elle n'est pa^ la religion entière. Elle est nécessaire; mais elle n'est pas suffisante. C'est un grand tort do ne pas prier; mais cVn est un autre de placer toute sa confiance dans ses oraisons. Ce que le Sauveur dit ici de la prière, doit s'entendre de toutes les autres œuvres que la religion suggère. Elles sont souverainement utiles; mais seules,

oUes sont infructu^ses pour le royaume des deux : et c*e8t une illusîoa dangereuse , de prétendre remplacer par là l'observation des devoirs. Et cependant c'est une illusion commune; et ce qu'il y a de plus déplorable , c'est que ce sont les personnes mêmes qui se piquent de piété , qu'elle séduit. Il ne s'agit pas ici des hypocrites , qui , dans l'observation d'un grand nombre de pratiques , recherchent l'estime et la consi4éraiion que le monde » tout corrompu qu'il est , ne peut refuser à la piété; mais il y a des âmes simples, qui, parce que les exercices de dévotion sont des actes de perfection, placent la perfection dans ces exercices , qui imaginent que de multiplier Les œuvres de surérogation> est le moyen de parvenir au fatte de la sainteté, et qui, pour satisfaire cette fervôur mal entendue, îiégligeiït leurs devoirs esseatiels. L'édifice du salut , comme tous les autres , veut être posé sur des fqndemens solides; et le seul qui le soit , Jésus-Christ nous le déclare , c'est l'observation des préceptes. divins. Quiconque, dit-il, n'exécute pas mes commandemens , ressemble à l'insensé qui élève sa maison sur un sable mobile. La pluie tombe , les eaux se débordent , les vents se déchaînent , et viennent frapper cette maison ; elle s'écroule , et ne présente qu'un grand débris (i). Trans-

(i) Omnis qui audit verba mea bsec, et non facit ea, simtl^s crit yiro stuUo^ qui aedificatit domum saam super are>

DES ÈVAKiSlLES. i?47

portez-vous en esj>rîl au pied du tribunal supj'ême, représentez-vous deux îioiiimes y arrivant en môme temps ; et venant y apporter les œutvres dont ils auront rempli leur vie ; l'un présente au souverain Juge une multitude d'exercices pieux qui ont rempli tous ses momens; l'aiitre lui offre une continuité soutenue de devoirs fidèlement acquittés. Quel est, à votre avis , celui des deux qui/en tendra prononcer l'arrêt de la miséricorde, et qui verra s' ouvrir pour Je recevoir les portes éternelles ?que pensericz-vous d'un homme qui , ayant dès dettes à paiyer, croiroit se rendre plus estîmablede dépenser son bien en largesses ? Les pratiques saintes vous sont recommandées , pour attirer sur vous les grâces qui font obéir aux commandémens; pour essayer les peines, surmonter les dégoûts, et vaincre les tentations que l'on éprouve dans l'observance de -la loi. Puisque leurv^bjet est de faire remplir les devoirs, elles ne peuvent pas les suppléer. Aux yeux mêmes de la raison», la maxime que le divin Sauveur nous présente ici y est de la plus évidente sagesse* C'est une interversion de {Principes, de vouloir remplacer le principal par l'accessoire. C'est une violation de la justice, de prétendre se dispenser de ce qu'on doit, sous* prétexte

nam : et descendît pluTÎa , et vencnmt fiinmina , et flav^runt vcnti, et irmemiit in domunï illnm, et fait ruina illius magna. Mattli. \ii. 26 ef a^ ^

t48 EXPUGATIOlf

^'on fiiit ce à quoi on n'est pas tenu. C'est une contradiciion formelle de dire à Dieu : Seigneur » JSeigneur » et de ne pas faire ee qu'il prescrit à ce tilre. C'est v comixie dit saint Paul^ le reconnottre dans ses parole», et le renier par ses «étions (i).

R^rmons donc cette idée de perfection, que se forment des âmes abusées : idée aussi dangereuse qu'elle est fausse. La perfection coustfte , non à faire beaucoup de choses » mats à bien faire ceHes auxquelles en est obligé : non à faire de grandes choses; Dieu veut que ton» lès hommes soient parfaits , .et il accorde h peu d'hommes l'occasion de se signaler par des aetiens d'éclat. C'est dans ce qui fait notre état habituel , que réside essentiellement notre p^fection. Considérez les grands personnages que l'Eglise offre à vos respects et à votre imitation. Par quelle voie sont-ils parvenus àh ce faite de saintetié, qui leur a acquis là gloire du eiel et les boimnages de la terre? Est-ce par ces aotioQs extraordinaires qui frappent l'imagination des hommes, et qui paroissent au-dessus de leurs forces ? la phipari d'entre eux ^ dans leur- humiltti profonde , en fuyoient les occasions. Ils d^aignoient de laisser percer >ce que leur vertu avoit de*sublime; et la dérobant à une publir cité qui leur auroit attiré des éloges , ils la cir-

(i) CoAfitentur se owfte Dcum, finctU anteoi megant. Tit- 1. i6.

BUS KVANGILES^. ft4g

- eonscrivoîelil: dans le cercle étroit de leurs obli^ gâtions. Les œuvres d'un ordre plus relevé^ ont , ^uand on s'y livre sans précaution , le danger de fomenter l'orgueil ; et quand on s'y abandonne exclusivement, le risque de causer du scandale , et de donner.aux libertins le prétexte qu'ils chereheirt de calomnier la vertu. -

Il fout donc en revenir à la maxime que Jésns-Christ établit dans cet évangile*. Ce qui élève à la perfection, ce qui donne droit aa royaume des cieux , c'est de faire la volonté de Dieu. Or , la volonté de Dieu est que cfaact^n soit parfaitement ce qu'il doit être. La volonté d& Dieu nous est manifestée par sa loi. L'éxerciocv soutenu des vertus qu'il prescrit , la pratique non interrompue des devoirs qu'il impose , i'as« siduité constante auxfonctions qu'il commande» rtnlh tout le secret de la sanctification, et le moyea assuré de k plus haute perfection.

Cffi obligations auxquettes la loi de Dieti ot>u»

astreint » sont Se deux espèces : il y en a qui

~ a l^r tiennent particulièrement à la refigion ; ii

y efi a qui d^ndent de l'état dans lequel on

est engagé. Les premières sont ^mmunes à

tous les bommes; les secondes sont propres aux

' diverses professions.. Notre divin législateur

^ prescrit avec uD é^l empire les unes et les au^

très. Elles ne peuvent donc pas Hfé opposées

^itr'elles. Nous le disons à tous ceux qui s'é«

garent dans des routes contraires» et qui, par

aSo EXPLICATION

des principes contradictoires , tnetie&t I^ contlonn démens du christianisme en opposition areo les devoirs d'état. Nons disons aux dévots abuses, qui , pinçant la perfection où elle n'est pas , se dispensent pour celte vaine ombre qu'ils poursuivent , de ce que leur profession leur impose; nous disons aux hommes bien plus cou*pablcs, qui de cette illusion se font un prétexte pour déerier la dévotion; nous disons aux uns et aux aulres : Cherchez , d'une part , entre; les divers commandemens du christianisme , et de l'autre > entre les diverses conditions civiles» un commandement et une condition qai soient in^ compatibles. Nommez une vertu chrétienne qui ne sort pas de tous les états ^ ou un état dans lequel une seule des vertus chrétiennes soit impraticable.

Ce n'est donc pas seulement à observer tous les préceptes sortis de la bouche du Sauveur . et contenus dans son Evangile» que cons||^ela sanctification. L'accomplissement exact de to«s Ips devoirs d'étut, fait également partie de lu rolonlé de Dieu , et n'est pas moins nécessaire ^ pour être r^u dans le royaume (les cieux. Le chrétien voit dans son état un poste où son Dieu Ta ptàcé; et dçns ses £cHictions^ des obligations qu'il lui a imposées. Hommes de tdut état, dppuks le potentat qui dicte ^es lois à Ci séciété entière , jusqu'au p|us humble de ses «iijjels, vous avez été dans l'erreur / si vous

-otfiz regardéi les o^^cupaiions de votre coudi-

iîon coQQfibe. pitrement civiles ; vous sxv^. mé^ ooimu la digtiiié jde vob^e destlaation , si vous n'aftez eii visage que ses râppoi^ts avec la terrew Elevez vos regards Veu^ le jciel : c'est de là que partent vos ol)Iigatioos. C'est avec Dieu même

, qu'aies vous doQuent dès ^relations. Votre état est Ift route sué 'laqiieUe il vous a mh pour parvenir à lui. Em vous y plaçfint,-ce fiut lui qui vous en imposa les devoirs^ lorsqu'il TOiis en retirera» ce sera eiln^eore lui qui vous en demandera le compte. *

]^n vottfeot que!cbaicûn opérât son salut dans i'état Oiù il est etigagé» ia bonté suprême a voulu qu'il trouvât dans son état même les moyens

. de sdii^sàiiit>vPo«u* chaque état, il prépare des grâ0e9 qui en (âjpilitent les devc^rs., A chqqae étài^i il . attache xicsmorMficatioos qui y multiffU^ïU les mérites. De chaque état il fait ressortijP'das modèles dé la |il US) énÉitfoeate sainteté, qvi excitent nos efforts et confondent nos vaines excuses. Ouvrez les saintes Ecritures; le trône a se^ David; le mînistè^e, ses Joseph; le militaire, ses Marchabées; la magistrature, ses Samuel; le temple , ses Ouias; la finance, ses,Zachéç ; l'applence, ses Abraham ; la pauvreté, ses Elie; l'adveri^ité, ses Job; la ^ros-

' périté rm^ Ëzécfa^as. Paârcourez les fastes de l'Ëglise : dans quelle profe^sioïi ne présente* t-eliè pas à votre vénération des modèles de la

.S5s , BX»UCATI<W

plus baate perfection 9, Elle tdi» eo moolre dans le eéUbat el dans le ffiariage , d«M tes dé* lerts, dans les elotlres» d^iis les campagnes» dans les yilles, dans les eooVs. Saint Paul aroit formé des saints jusque *dans la maison de Néron (i)*

Quant TËsprit saint Tout peindre la femme fortes rat-il dans les camps de l'Assyrie w»vre Judith , trierapha^ce d'Holofernc ? ?art*il dans la cour d'Assuérus ch^reher Eslber, Ub|& • rairice d'Israël ? C'est au milieu de sa i^iaiaon, qu'il place le 'modèle des femmes. C'est dans l'exercice de ses fonctions domestiiiHie» » itu'il la repjrésente » s'attirent par «es utiles vertus lâ confiance de son époux (2); iravaillaot de seS' mains la laine et le Un (3) ; s'ocoupant sueeessivement 4jC(s (rafaux importai )et do son itt* seau (4); veîllaotsursesaervitears^etleurdiatribuant tous leurs besoins (5) ; antgmentani par ses travaux Tepiiienoe de sa famille (6) i versant

(1) •Salatant tos omnet tftncfti » maiiiaè aoton.qw de Cm^ tarîs doBQo sunt. PbUip. it. ofl.

(o) Bfnltcrem fort^m qais inycDÎet ? procul , et de nltîmift fimbos pretinm ejus. CoAfidit Su e& cor Yiri soi. Pfvt^eré^ xxxï. 10 elii. * " *

(3) OusûtU Unam tt Ikmniy oioperata ett coDsili* manaum suarum. Ibitè. i3.

(4) Maoum suam misit ad fortia , et £gtti 4"^ i^prèben* dérnnt fuaum. Ibid, ig. *

(5) Et denocte fturrexit, deditqiie pnidun dMacatiôtMitt^ et ctbaria aocillU soi». Ibid, i5.

(6) ConsideraTit agrum , et émit ema : de (ructn manûUBi tuarum plantavît vineam. Ibid. i6»

BES éVAîirGILBS. â55

dao8 le seki des pouY^res le superflu de son abondant (t). Voilé s nous dit l'Esprit divin « celle ifâi verra , avc^o la ^e d'une sainte confiance/ Mm demiei^ jour {ù). Sa récompense sur k terre sera> non Tadmiration des hommes» non les ajqMaiidissemens du public (firil n'a p«)ini adms an secret de ses bocnes œuvreà; mais^ les bàiédîetions de ses enfans , et les éloges de çon

Jeao^Baptiste, que la grâce avoit sanclîlîé dès lé ventre de sa mère , ce modèle de ta plot blute sainteté » que Jésus-Cfarist lui-même a pr0elaàié4e plus grand entre les fils des fem.^ mes, Jean-Baptiste attire sur le& bords du Jourifitm left peàples émerreidés de ses prodigieuse» , analérités. Aura tboehés de ses pressantes ex*^ hi^tatnms» que fi«tppét de ses étdnntfntes r^ tu»» tous lui demaiMlent .: QuefaMt4t donc faire' pour poHep- ces fruits de: pénitence qoe veut Beitts pve8#rtvez (4) ? ^s riches rinterrogtdt : Comment i^rviendrons^hous à ce royaume de ^ Dieu que-viont^pous anoon^? Des reeeveurt de deniers publics le consultent : Comment acqn^roâs^OMisiDe trésor impérissable ^ue votts

(i) Maonm tasan apcraîllBOpi, et palmas suas eltc^clit ad poiiper«m. îbid**ïo,

(a) Hiflebit in dîé no^sdtnc^ Prifvet^. xriti. û5,

(3) Sanreii«roiit€Kt e]ii«; et beatissimask pi^edicaTenitit : Tir (^uSy et laudav^t eam. Ihid, afL

(4) Intx»T0g(â>aiiteiiX|itud)9e,dteenfe»: Qdîdéi^iacreinus.?

IttC. III. lo.

a 54 BXPUCATIOlf

nous promettez ? Des militaires ie quet tioilDétii : Comment obtiendrons-nous cette gkwre éta^ nelle que vous nous proposez ? Que répondra le saint précurseur à tous ces hommes , effirayéf des dangers que court leur salut? Exigera-tnl qu'ils quittent des professions qni les expo^pot è de si violentes tentations? leur ordonnera-i<^fl de venir le suivre dans le désert, s'unir à ses mortifications, partager ses jeûnes ?Nôo^ co n'est point à cette sainteté qu'il les appellef c^ n'est point ce genre de perfection qu'il leur prescrit. C'est dans la pratique des devoirs de leur état , qu'il place Jeur perfection; Riches , remplissez le devoir de votre condition; verses l'excédant de vos richesses dans'le sein despftu-' vres; partagez avec les indlg^is votre superflu (i). Financiers , remplissez le devoir de votre condition ; abstenez-vous de toute exactioa; ne demandez que ce qui vous est ordonné (s).

Militaires ; remplksez hes devoirs de^rotre condition; montrez la modération dan0 la fin^oe; eoi^ens de votre paie, n'eppriiqpftpensQiuie (&)• • . . ' i i '

(i) Re6poiMtQtts.Qute|n.diqebat iUi« : ^i4J>i«|ftdii»t top»- «asy det noa habenti; et qui habetcscas, similiter faciat. Luc* m. II.

(!i) Yenenint antem et publicani nt baptuarenUir , etdix«rnnt ad illum : Magister, quid facienm^ at U^ ^^i^ ad eos : NUûl amplm« , quàm quod conijtjyiutum est Yobit , laciatis. Ibid. la et i3.' -

(3) Interrogabont autcm^eum et nûlUc»., diceatcs : Quid iaciemus et nos? et ait iUis : Neminem concutiatis, nequ«

DBS i\ATHGTï.E^» 2^5

Les devoirs de la condition , roilà une partie essentielle des devoirs de la religion. Toute pratique qui nuit à ces devoirs , quelque sainte qu'elle soit ^n elle-même, devient aussitôt un péché. Dès que l'ott prétend exercer une vertu au-préjudice dés obligations de son état , on en fait un vice Cest une fausse apparence de piété, 4ont on se couvre pour secouer le joug de la véritable (i). O combien , dan^ toutes ses parlies , est utife à l'humanité, la loi sainte que Jesus-'Christ a apportée^! Combien seroit heureusp et florissante la société où seroient observés avec fidélité se^ préceptes; où tous les membres , libres d'ambition , dégagés d'intérêt pers<mnel , supérieurs à la rivalité, animés du seul désir de plaire à Dieu > et de correspfondre à ses vues, ne s'occiipereient que de remplir avee exactitude la tâche quM leur a imposée, où, chacun chérissant se^s fonctions pour s'en acquitter, Fespectunt celle d'aulrui pour pe p^s s'y immiscer, tous concourroief|t aubienpublip avec ardéur-et mus. jalpui^te ; tous suivant leurs routes diverse?^, marcheroient' vers çe> grand but d'dn fias égal et sans se croiser; tou^ y tepdroient par leurs efforts séparés, mais jamais opposés !

. cahimmam faciafis ; et contonti esipte stipcD4ii8 T«stris. Jbid. 14. .

(1) Habentes spccicm qiiidem pictatis J virtuteto autcm ejvs abncgantes. Timoth. m. 5. ^ , v -

S56 «XPLICITIOH

fanagioons rnnîntenani une société tonte contraire. Mais pourquoi parlerd*imaginer ?ce n*e»i plus là où nous en sommes. Jetons los yeux sur les sociétés qui nous euTironnent , dont nous faisons même partie. ConsSdérons loules les professions qui les composent. Examinons comment chacune d'elles remplit ies ibnetiens^i lui sont assignées. Nous trourercms partout deux classes d'hx)mmes devenues très communes » au détriment de la société, hh uns ne font pas ce qu*ils doivent; les a(it1*es font ce qu^iU ne doivent pas. Les uns sont le fardeau de Téist parleur indolence; les autres en sont le fléau par leur activité. On a désiré une chatge , non pour la remplir, maispour s^en décorer; non pour en accomplir les devoirs , mais pour en retire? les avantages. On perçoifle profit , oa rectfetlleles honneurs , os néglige les fonettons^^r elles restent absolument abandonnées ou livrée» à des mains subalternes , qui en font ta proie à^ leur Capacité. D'autres , poussés par une contrnuellè inquiétude , s'agitent pouf^-f^élancer hors du cercle où ils sont resserra. Mécontens de leurs fonctions » ils s'occupent sans cesse de ceU les d'autrui. La légèreté se lasse de la continuité des mêmes devoirs ; la vanité dédaigne des oe^ cupations devenues trop vulgaires; TumbitiMT aspire à en usurper de plus brillantes. Le dégoût de ses propres travaMX, la inaniê d'envahir les emplois d'autrui , voilà oe que- nous vojoa»

DES ÊVinGItËS. 207

ék tous edté^. Je me figure un vaste !)âliment où les divers ouvriers , chargés de l'élever, se disputent , s'arrachent réciproqiv^medt leur ouvrage; où tous, maçons* manœuvres, charpentîers , eouvpeurs , ennuyés de leur travail , prétendent s^emparcr de celui des autres. JDieu détruisit autrefois un édifice qu'élevoit l'insolence, en confondant le kngage de ceux qui Te construisorelit^ Cetle confusion d*un autre genre que nous voyons dans nos sociétés • seroit-elle aussi un arrêt de sa justice ? lenrs crimes seroîent-Us arrivés au point qu'il préparât leur ruine, en les livrant à leur propre snbver" »on?

Le remède à tes maux, c'^est 1» refigion qui le présente^ Elle pla^ llionfme dans son état ^ et I^ retient; l'oblige à la pratique de ses devoîi^ , f^Vj^xff^f excite s^o kidolenee, et ré^ prime son Siquiéfode^ exerce. son activfté, et la contient;^ la rend toujours utiie, et l'empéehe èe devif»{r dangereuse. Que chacuo , ordonne Ffisprii sainiv demeure dan» la vocation il Ja<{uelle il est appeté (1). C'est là , et seulemeni là , q«'ii peut être agréable & Dieti ^viHt i la 'société dent il est membre y et à Ini-méme; far ésLût l'ordre de la Providence ^ toutes cesoiic^s marchent couramment ensemble. La volonté de Qieu à exécuter^ les obligations d'ér

(i) Unusqui^qnc iii qûâ Tocati^ae Tocalus-crt, hi c4 perneat* u Cor, th. aor

s 58 EXPUGITION

tat à remplir» la gloire éternelle à acquérir» soo^ essentiellement et inséparablement unies. La volonté de Diçu est noire principe; Tobservàtion des devoirs > notre moyen; le i^yaume des cieux , notre terme. €/esl en étant > oenformérment aux préceptes divins» de fidèles et vertueux citoyens de la cité terrestre, que nous mériterons de le devenir de la cité céle&te.

DU UUITI^IiB DIMANCHE APRÈS LA PElfTJBÇÔTE.

Parabole de Cécouome infidèle.

J Éstrs dit à ses dfsctples : Un hoitiv^ Hche avoit un économe qui fut accise devant iui d'avoir dissipé ses biens. Il le fit venir, et lui dit : Qu'est-ce que j'entends dire de vous? rendaitmoi compte de votre administratioft^ car désormais vous ne la. continuerez plup/ Alors Té- Tconome dît en lui-même : Oue ferai-je , puisque mon maitre m'ôte l'administration de son bi^n? je ne puis labourer, j'ai honte de mendifer. Je sais ce que je ferai , apn de trouver des g0as qui me reçoivent dans leurs maisons ^uand mon emploi me sera ôté. Ayant donc assemblé tous les débiteurs de son maître, il dît au pre-

DES ÉYàiTGiLBS. a5g

mîer, ; Que devez -vous à mon mailre ? Cent barils d'huile , répondit Tautre. Reprenez votre obligation, dit l'économe, asseyez-vous, et faites-en une de cinquante. II dit ensuite à un autre : £t vous, combien devez-vous? Ceqk mesures de. froment, reprit celui-ci. Il lui dit; Reprenez votre billet , et écrivez-en un de quatre-vingts. Le mattre loua cet économe inique de ce qu'il avoit agi avec esprit; car les enfaoA de ce siècle sont plus habiles dans leurs affaires , queles enfans de lumière. Je vous dis. de même : Faites- vous des amis de vos richesses d'iniquité, afin que lorsque vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éteriieb. {ijuc xvi , i et q,)

fXPLIGlTION.

C'est surtout relativement à cet évangile»

^ue les Père» observent qu*il seroit dangereux de presser trop rigoureusement le sens des paraboles. YoiJoir , de toutes les parties de l'allégorîf^i' de toutes les circonstances incidentes, tirer des conséquences pour sa conduite, seroit s'exppsier à tomber dans de grandes erreurs* C'çst l'objet direct et prmcipal de la parabole qu'il faut considérer, parce que c'est là que réside l'instruction du divin Docteur. Dans celleci, il nous présente un économe, déjà convaincu de la dilapidation du bien de son maître , qui commet encore Snvers lui une grave infidélité*

t6o SXPLIClTIOlf

L'intenllon de Jésus-Chrisl n*est cei^tainen^nf pas de nous le p^opéser comme ub modèle en ce point. Il a mémo soîn , pour prévenir Terreur où nous pourrions tomber, de le traiter d'économe inicjue. Sotf birt, et il le déclare ex^ pressémenl » est de nous faire sêiHirqùe les eHfiins de lumière doivent mettre autant de pru^ dence^et de soin dffns Taâaire 4e leur salut, que les en£ans du siècle en mettent dans léuris a^ faires lemporelles^ C*est HnleTligehce de l'économe qu'il léue^eE ùoti pas son action. G'esl son attention à se procurer des amis, qu*il donne pour modèle ^ et non son moyen in}usle et mat* honnête de les aéquérif..

Jémt du à iê9 disciples : Un homme riches moit un icoHitmiûs <f^i fi^ aecttsé devant lui d^avoir dissipé ses biens* Le tich^ dùùi parlW ici Jésus^Cbrist , esl Dieu, Il n^y a que lui , à proprement parfery q;ui l^^oft.r Tout est k mvy^ disoit-il«à Moïse (i), JLutexvt, conserrateur de toutes te» créatures , à tous les titres ettes lui appartiennent enlièremefntel exclusivement.. Tout ce que, dans noire vanité « nmis knagi- Aons posséder , n^'est pi^ réellement à noujs.. Vne profonde indigence, un déhûment absolu ,r tmlh notre partage. Ce que dît TApêtre, des dons de la grâce , est vrai de toute espèce éd choses : nous» a^avons* rien que nous ne Tayons

(i) Mea ipinteiiiiii omoia. Exod, siu. ar.

reçu (i). Et nous-mêmes, nous ne nous appartenons pas : noire drae , Dieu ^ous la remet pour que nous la Juî iJ'endîons un jour pure et ornée de vertus; noire corps , il nous en rev^ pour le retrouver conservé sans tache pi^r nos soins , et devenu son temple vivai^l. En entrant 4ans le monde, nous n'apportâmes rien ; quand nous en sortirons , nous n'emporterons rien (2). Tout ce dont nous jouissons dans l'intervaHe qui s^écoule de la naissance à la mort , nous ne l'avons que passagèrement, que précairement, que comme un emprunt ,tju'à litre de dépôt. Dieu ne nous le donne pas; il nous le prête : il ne nous l'abandonne pas; il nous le confie : il ne s'en dessaisit pas pour nous; il en relient toujours le domainc,qu}estîriaîiénableet imprescriptible dans sa maîn. Il en demeure le vrai , le seul propriétaire; nous n'en sommes que des usufruitiers : ^u même, selon la notion beaucoup plus juste ,qu'en donne ici Jésus- Christ, nous n'en som- ^les que les économes, chargés de l'administrer, et tenus d'en rendre compte.

D'après ce principe incontestable^ considé^ rons à quoi est tenu un écononie envers sou maître , dans la mamitention qu'il lui a commise ; et nous aurons la mesure de notre obli*

(i> Qmïl autem bafces qaod non acccpisti? i. Corinth,

(jj Nihil cnim intulimiis in hnnc mundum : liaud dubiiim * fuwd uec aufcire quid possiuttus. 1. Timoth, ti. 7.

afrt EXPLICATION

gaiion envers Dieu , dans lâ disposition des biens de toule espèce , qu'il nous confie. Le devoir de tout économe est de ne disposer des biens de son maître , que selon ses ordres; de les régir d'après. ses intentions; de n'en faire aucun usage qu'il puisse désapprouver* S'il néglige de les faire valoir , s'il les laisse perdre , s'il les dissipe , s'il les fait servir à ses propres plaisirs , dès lors il devient lûfidèle , il se rend coupable, il se soumet aux punitions qu'il plaira à son maître de lui infliger.

Economes des biens que la bonté divine a daigné nous confier , ^e soromes-nous pas dans le cas de celui de cet évangile? ne sommesnous pas accusés par notre propre conscience > de les avoir dilapidés» rendus inutiles, peutêtre même dangereux ; en un mot d'en avoir fait l'usage absolument contraire à celui pour Icr quel il nous a voient ^té remis ? Rentrons en nous-mêmes; et, levant les yeut avec frayeur jur cette mullilude de biens, dont la miséricorde suprême nous a gratifiés d^ns tout le cours de notre vie , et dont notre vie elle-même fait partie , rapprochons de cette masse énorme* de faveurs , l'emploi que nous en avons fait. Les. dons du corps , cette santé , cette force , qui avoient été placés en nous pour que nous pussions soutenir plus constamment le service de , Dieu ; n'est-ce pas au contraire à l'ofienser plus fréquemment que nous les avons fait servir?

L^s qa.aUlës dé l'esprit , ces taleus -, ces c^nnoiâ^âDces , qui dévoient,, en opérant notre sanctification, contribuer à celle de nos frères;^ n'çst-ce pas à des frivolités, peut-être à des scandales , h des séductions , que nous les ayons employés ? Ces richesses , dont la Providence nous avoit dol-és, pour faire de nous les instrjLiiaeDS de sa bieijfaisance et les dispen> sat^urs de ses biens aux pauvres , ne les avonsnous pAS^ dépensées à soutenir notre liixe , à alinjenter notre mollesse, à multiplier nos plaî* sîrs , à satisfaire nos passions , à payer nos criinesp Les grâces intérieures, extérieures, dont une seule bien ménagée auroit sujDTi pour nous retirer ,de la voie du péçlié , pour nous affermir dans celle de la perfection , ne les avonsnous pa^ méconnues et négligées, si ce n'estmême rejetées let. méprisées ? Quel vaste champ h nos méditations^ jde^jonsidérer d'un côté Ifes détails de celte imBiense administration dont nous avo«s été chargés ;, et de l'autre, la manière dont nous nous en sommes acquittés ? La pens^^e seule d'une aussi profonde cpntemplalion noas pffraie. Il est cependant nécessaire de nous y epfonQcr, car nous ne pouvons 1 évileç« Il faut absolujm.eut , ou nous livrer maintenant Il celte comparaison > ou la subir un jour; avec celte différence jqu'aujourd hyî elle nous sera extrêmement profitable^ et qu'alors |ellc naus $era terriblement fyneslc.

264 jsxPwrrâTKm

// te fit venir, et lui dit : Qfiesi'-.eê ^uit /entends dire de v^us? rendez -moi compifi' de votre ûdministration ; car dèsomiais vous ne pourrez plus ta continuera Nous jugeons ai^ sémenl reflroi dont f^t saisi l'économe , quand il colendit soriir ie la bouche de so0D[iaitre, celte parole à laquelle il n*éto!t point prépaie. II lui faut rendre compte ; jdl son compte n*est pas en règle* Il lui faut ren^Ç^ êomple » et il n^a à présenter que des dissipaiioQs. Il viendra aussi pour nous» le moment 0(1 qous entendrons reU^atrr cette épouvantable par</ie; • Rteudez compte de vôtre adu^iinistratîon; reus ne pourrez plus la continuer. Le terme fixé dans les décrets éternels à notre gestion « ex^ pirant , aussitôt s^oyvrîra notre com^ptabilité^ Le Mattre qui nous chargea de régir ses biens, nous fera comparoilre devant/lui. Plus aura été différé, plus sera étendu le compte qu!il nous ordonnera de lui rendre. Sa patience aura accumulé noire délie ; et sa sévérité sera d^autant plus grande , 4|ue son indulgence fut phis longue. Effrayé de ce moment terrible où il doit entrer en compte avec Dieu, le- modèle des pénîlens fe*écrie : Si vous devez faire attention aux iniquités, Seigneur, Seigneur, qui peut en soutenir la pensée (i)? Il n'est qu'un moyen de n'en être point accablé : -c'est 'd'a-

(i) Si iniquitates obserraveris , Domine, Domine^ quis «ustincbit? Psaln^. cxxix. 3.

DE8 iVANGlLES. 205

voir le courage de se la rappeler souvent. Il n'est plus temps de préparer un compte j quand le moment dé le rendre est arrivé. Prévenonsen donc la rigueur, en nous le rendant d'avance à nous-mêmes; et par notre propre sé^ vérité , désarmons celle de notre Juge.

Alors l'économe dit en lui-mênie : Que fsrai-j^i puisque mon maître m'ôte l'administration de son bien ? je ne puis labourei* , fai honte de mendier. Cet économe coupable est l'emblème de la plupart des pécheurs. C'est seulement lorsqu'il est tombé dans la misère , qu'il sent les torts de sa vie passée. Tant qu'il a eu des biens à dissiper « il n'a songé qu'à en jouir ; il n'a pensé, ni au préjudice qu'il portoit à son maître, ni au malheur qu'il se préparoit à lui-même. Emporté par [le plaisir présent y il s'est bien gardé de porter ses regards sur l'avenir : ou , si quelquefois le souvenir du compte à rendre venoit se présenter à sod esprit , il se bâtoit de chasser une pensée importune , qui troubloit ses plaisirs , et altéroit ses jouissances. O vous , qiii avez long^temps erré dans les voies du péché , ou qui y jêies ettcôre égarés, ne vous reconnoissez-vous pas à ce trait? Absorbés paria passion , entièrement occupés des d^ces momentanées qu'elle ' vmis procure , avez-vous jamais? réfléchi sur le terme où elle vous condwit ? Si quelque circonstance , ou plutôt la grâce réveilloit 'dans totre

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