‹ Explication des évangiles des dimanches: et de quelques-unes des principalesChapitre 13 sur 18 · III · texte numérisé non relu

III

i66 BXFUCâTIOU

âme ridée de la justice divine» ne tous en-r presttez-TOus pas d'étouffer ce sentiment salataire» ce germe précieux de salut? Vous re.gardez en pitié ce )eune iaseQsé qui» dans Temportement de ses vains plaisirs » dtssipç •n peu de temps le patrimoine qui eût pu faire le bonheur de sa vie entière » sans considérer la misère où il va se plonger» et à laquelle » pour quelques jours de jouissaaees» il conr damne le plus grand nombre de ses années.

Y a*t-il quelque comparaison entre ce que vous dissipez » et ce qu'il dépense; entre le malheur oh vous vous précipitez » et felui vers lequel il court?

Ce n^eal point sur S6s fautes que portent lef réflexions de l'économe ; c'est sur l'état où elle^ l'ont réduit. |I déplore » non ses torts » maii^ leurs suites. Combien d'hornooies h son exemple^ lorsque leurs passions leur ont attiré quelque malheur* ne isont affligés que de l'effet » et ne ressentent aucune peine do la ca4i5e ! On est * confus de l'éclat qu'a eu une liaison scandaJeiiT se ; humilié de la disgrâce qu'a altîrée un orgueil déplacé; honteux de la découverte d'une hypocrisie; désolé du ma avais succès d'une in* trigue; peiné du djélabrement de la santé qu'a causé l'intempérance j /effrayé d'une inimitié qu'on s'est attirée par sa méchanceté : mais 1^ s'orrète le chajgrio que Fon en conçoit. On ne i*i'6scntque la douleur; on n'éprouvç point dQ

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^mords. Et cependant c'ëtoit pour les faire naître que la bonté céleste .a voit ménagé ces afflictions. Elles sont daqs les vues de la Providence , des moyens de coaver^on^ ces peines qui résiultent presque toujours des passions ^£^isfaites. Elle y attache ces suites fâcheuses, ajSn qu'il n'en résulte pas de plus funestes; elle en &it un premier châtiment de nos péchés , mais un châtiment paternel. C'est la miséricorde qui BOUS l'Inflige r pour nous avertir de prévenir ceux de 4a justice. Malheur à nous, si, ne voyant que la verge, et mécapnoissant l'intention de la main qui l'emploie, nous refusons d'obéir à son impulsioq. C'est l'aveuglement que déploroit , comme Je comble du malheur^ le prophète qui a peint si énergiqaement les désastres d'Israël :■ Vous les 4JveB battus^ Seigneur, et ils n'ont point eu de douleur; vous les avez attérés, et dans cet état même ils ont rejeté votre discipline; ils ont endurci leurjS faces «contre Kpierre dont vous les frappiez^ et ils n'ont pas vt>ulu revenir .à vous (i)-

L'économe se lameiïte de ne pouvoir pas trouver ^ans son travail une ressource, contre lainisère, dont il se volt inévitablement menacé. Mais Timpuissance dont il se plaint, de réparer ses torts par ce moyen hounête , est

(i) Domine... percus&isti cos, et non dolucnint j attrivisti >os, et rcnuerunt acei^>erc disciplinam ; indaraycrunt faciès tuas super pctram, et noluerunt revcrti. Jerem* t. 3.

elle-même une suite de ses torts. G*est la vie molle et voluptueuse qu*il a constamment menée , qui Ta rendu incapable de toute action laborieuse. Il se trompe sur son état; il est énervé plus qu'afToibli. Ses premiers travaux lui causeront de la fatigue; mais en s'y livrant , il s'y accoutumera , et y formera son corps par degrés. Il ne sent point, dans TafTaissement où il est tombé , cette force qu'il pourroit recouvrer; il redoute les eflbrts qu'il lui faudroit (aire pour l'acquérir; et , ne consultant que la lâche apathie où l'a conduit sa longue indolence , il se contente de dire : Je ne peux pas travailler. Pécheur, qui avez croupi dans le crime , il en est ainsi de vous. Vous jugez impossible ce que vous ne voulez pas. Vous imaginez ne pas pouvoir sortir de votre état , parce que vous n'osez pas faire les efforts nécessaires. Vous vous croyez foible , et vous n'êtes que lâche. Vous prenez l'habitude où vous êtes de cédera vos passions , pour l'impuissance de leur résister. Vous désespérez du succès»

avant que d'entreprendre; mais ayez du courage , et vous trouverez des forces. Que les premières difficultés ne vous arrêtent point; et vous surmonterez plus facilement celles qui suivront. Votre fatigue diminuera en proportion de votre travail. Dans la carrière de la pénit^ce , les premiers pas sont les plus pénibles. Et comptez- vous pour rien la grâce qui

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VOUS aidera, si vous la demandez; qui vous soutiendra, si vous vous y appuyez; qui vous fera réussir , si vous la secondez ? Faites avec elle ce que vous pouvez ; et ce que vous ne pouvez pas, elle le fera pour vous. Ne dites donc plus comme cet économe : Je ne peux pas. Je ne peux pas rompre cette liaison; mon cœur y est trop attaché. Je ne peux pas réformer cette inclination ; elle m'entraîne trop fortement. Je ne peux pas réprimer cette passion; elle a pris sur moi trop d'empire. Je ne peux pas surmonter cette habitude; elle s'est trop fortem^ent invétérée. Je ne peux pas me livrer à la prière; mon esprit est incapable d'en soutenir l'attention. Je ne peux pas me donner à la méditation; la contention qu'elle exige est trop forte pour n)on imagination légère. Je ne peux pas observer le jeûne i ma santé délicate ne le suppprte pas. Je ne peux pas exercer la mortification; la seule pensée révolteroit mon âme accoutumée aux délices. Je ne peux pas m'enfoncer dans la retriiite ; l'ennui qu'elle me eauseroit me seroit plus funeste^ que mes dissipations. Je ne peux pas; je ne peux pas : frivole excuse , faux prétexte d'une âme qui né veut pas. S'il est vrai que par vous-même vous ne puissiez pas , vous pouvez tout , comme le grand apôtre, avec celui qui vous fortifie (i).

(1) Oomia possum in eo qui me confortât. Philip, it. i3.*

âjO BtPLICATIOH

A l'impuîssance de travailler / réconemB joint la honte de mendier : et ce sentiment se^* roit louable » sHl procédoit d'un motif honnête. II est indigne de Thomme qui peut: gagner sa subsistance par un travail honorable , de la chercher dans la mendicité. Cette déplorable ressource ne peut convenir qu'^ ceux à qui la Providence n'en a laissé aucune autre. On n'a droit à la charité des fidèles , que quand elle est devenue nécessaire; et on vole le pain de ceux qui sont réduits & cette extrémité»

quand on partage avec eux dès secours qui de* vroient leur appartenir en totalité. Mais ce n'est pas là le sentiment qui meut ce criminel économe. Il a honte de mendier, ef il ne prend point le parti de travailler. Il a honte dé mendier , et il n^a point de honte de recourir à une fraude avilissante. H 9 honte de mendier» mais sa honte n'est que la vanité. Cet homme , qui ne rougit pas de commettre un& bassesse» rougiroit de paroltre dans un état plus bas que celui où il s'est montré. Ce n'est pas de mendier» c'est de déchoir qull a honte. Combien de fausses hontes ne voiton pas ainsi dans le monde 1 On est honteux ^ non de faire le mal » mais de parottre le faire*^ On ne s'en abstient pas^ mais on s^en cacher et ce qu'on n'oseroit devant les hommes» on se le permet hardiment sous l'œil de Dieu. Nous^ lisons qu'à la suite de leur péché» Adam eb

DÈé iVAN«ÎLES. 271

Eve y craiçDûat d'élre aperçus par le Seigneur, cherchoient à se cacher devant sa face. Leur postérité plus coupable ne brave que ses regards. C'est l'opinion des hommeâ; qu'elle redoute : le jugetnent de Dieu ne l'effraie pas. L'Auteur de la nature avoit placé dans nos eœurs la honte, pour qu'elle 7 fût un premier frein contre le vice. Notre malheureuse perversité a corrompu ce précieux sentiment ; et f le dégradant de sa sainte inatitution , a tourné contre la vertu jusqu'à ce qui avott été donné pour la défendre^ Dans les «oelétés déréglées t e'est du bien que' Tan est honteux. On se cache d'une bonne action , comme on êevroit se cacher d*un erime« Souvent même", pourroit-on le croire? cette détestable honte est portée jusqu'à faire pai<'ade de ses désordres » jusque affecte^ dêâ vices que l'on n^a pas.

On rougiroit de n'étrè pas aussi débordé que ceux avec qui on vit; et on se fait une abomi-^ nable émulation de tes égaler ou même de les surpasser dans leurs dissolutions* La hnsse honle » qui conduit l'économe h la criminelle su->percherie qu'il fait à son maKre, précipita encore journeltemenl oiïe multitude de malheureux» et surtout de jeunes gens y dans les plus honteux excès du libertinage^

Je sols ee que je ferai, afin de trôîwer dês gens qui me reçoivent dans leurs maisons, quand mon emploi me sera àié^ Ayant dont

272 EXPUCA.TION

assemblé tous les débiteurs de son maître , il dit au premier : Que devez-vous à mon maître? Cent barils d'huile, répondit l'autre. Reprenez votre obligation j dit C économe, asseyez -vous, et faites -en une de cinquante. Il dit ensuite à un autre : Et vous, combien devez- vous? Cent mesures de froment, reprit celui-ci. Il lai dit : Prenez votre éiliet, et écrivez -en un de quatre-vingts. Le maître loua cet économe inique de ce ^ju^il avait agi avec esprit^ car ks m fans de ce siècle sont plus habiles dans leurs affaires, que ^ les enfans de lumière. Ce moyen qu'emploie Yé* coDome pour se soustraire à la pauvreté , eut faisant le géoéreux du bien de son maître, en se donnant des amis^ à ses dépens , et en se procurant une ressource de ce qall lui dérobe , est injuste .et criminel vis^ à - vis des hommes. La raison en est naturelle. Les hommes confient leur bien pour qu'on le leur conscrye , et qu'on Iç fasse valoir à leur profit. Le dépositaire qui le dépense pour lui-même , agit, et contre la justice publique , et contre Perdre de son commettant , et contre son pr6pt*eeiigagement.. Il n'en est pas ainsi à J'égard de Dieu. Les biens de tout genre qu'il nous confie , c'^t pour que nous les fassions servir à noire propre avantage., à notre bien suprême , à notre saluL Nous entrons dans ses vues,^çn les employant de cette, manière. C'est celui qui ks rend inutifes ^ que

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sa Justice condamne. Dépensons avec une vraieutilité pour nous mêmes, tout ce dont Dieu nous a donné Tadminist ration , soit de l'ordre spirituel » soit de Tordre temporel. Plus nous en dépenserons ainsi , plus nous accroîtrons notre^ richesse. Celui-là place son bien au taux le plus avantageux , qui le consume de cette sorte.

L'indul^nee répréhensible dont use Téconome envers les débiteurs de son maître , nous donne occasion d'^observer un défaut contraire, beaucoup trop commun , et bien opposé à la charité qui doit régner entre des chrétiens ; c'est la rigoureuse dureté avec laquelle nous^ voyons des créanciers traiter leurs débiteurs. Il nous est permis , sans doute , de nous faire rendre ce qui nous est dà ; toutes les lois noud y autorisent. Mais ce que les lois humaines ne peuvent point » ce qu'elles ne tenteroient pas' sans de graves inconvénâens , la loi divine , bien autrement parfaite , l'effectue. Elle met des bornes à ce terrible droit ; elle en règle l'exercice^ elle en modère Tusage; elle l'interdit même absolument^ dèsqull devientcontraîre au précepte suprême de la charité. Il faisoit déjà partie de la loi du peuple hébreux» ce commandement de bienfaisance qui interdit, non-seulement de presser avec rigueur le paiement des dettes , mais même dans certains cas de l'exiger. Chaque septième année étoit une année de rémission; toutes les dettes entre Israéh*tcs étoient

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abolies (i). Mais craignant que cette loi même ne devint aux âmes intéressées» un prétexte pour ne pas prêter à leurs frères dans le besoin : Prends garde , avoit dit le Seigneur » de laisser entrer dans ton cœur cette pensée impie : La septième année» Tannée de rémission est proche ; et de détourner par cette raison les yeux de la misère de ton frère » en refusant de lui prêter ce qu'il demande. Trem^ble que son cri no s'élève vers moi , et que ta dureté ne te soit imputée à péché (2). Il étoit impossible que , dans la loi de grâce , Jésus- Christ ne renouvelât pas un précepte aussi noble et aussi conforme à la charité , que celui du prêt entièrement désintéressé. Si vous aimez , dit-il , ceux qui vous aiment;, si vous> faites du bien à ceux qui vous en font; si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir,, quel gré vous saura-t-on ? les pécheurs en font bien autant. Mais aimez vos ennemis; faites du bien 9 et prêtez n'en espérant rien : et vôtrerécompense sera grande ; et vous serez les fils

(i) Septimo antio facios remissioTiem , qu» Boc ordine ce^ Icbrabitur. Cui dcbetar aliqnid ab amico, vel proximo, ac fratrc 8U0 rcpétere non poterit, quia annus remissionis est Dchmini. Deuter. xt. i «« a.

(a) CaTc ne forte subrepat tibî impia cogitatio ,. et dicas in< corde tuo : Appropinquat septimus annus remissionis : et avcrtas oculos tnos à pau^)«re fratre tuo, noiens eiquod'postulat mutnum commodare : ne clamet contra te ad DomLnom , et fiât tibi in peccatum. Ibid. ^ ,

1i£S ÉVANGILES. fijS

du Trè9*Haut» qui est bon pour les ingrate et p^up les ntéehaiiB (i). Le dirin Sauveur réuoit trots préceptes » celui de la charité , étendu jusqu'aux ennemis; celui du bienfait sans espérance de retour : celui du prêt, saus espoir de restitution. Il les réunit, parce quMU sont du même genre , et qu'ils découlent l'un de l'autre; la bienfaisance étant une branche de la charité , et le prêt » sans espoir même du capital y un eSet de la bienfaisance. Il les. réunit surtout , afin de montrer qu'ils sont également positifs » et également obligatoires.^ Pour ranger Tune des parties du discours de Jésos-€hrist dans la classe des simples conseils» il faut également y réduire les autres» Pour prétendre se dispenser de prêter à ceuxmémes qui «ne pourront pas restituer, il faut dire aussi qu^on n^est obligé d'aimer que se» amis , et de faire du bien qu'à ceux dont on espère du retour. Et qui oseroit produire une telle assertion» en faisant pro&ssion d'être dirélien ?

(i) Et si dOîgîtîs eos , qui vos dilîganf , qu» toBU est gffttîaZ nam et peocatores diligentes se dilîgant» Et sibencf»cefitis Iiis> qui vobis benefaciant, qua? vobis est gratia? û. <^dein et peccatores hoc faciunt» Et si mutuum dederitia his, k qnibus speratis recîperç, qax gratia est Tobis ? nam dt peccatores peceatoribas fœneraptur , ut recipiant aeqaalin» Venxmtamen diligite inimicos TestroS : benefacite^ et mataumdate, nihil indè sperantes ; et erit merces Testra multa« et eritis filii Altissimi, quia ipsebenignus est super ingr^^ tos ef malos. Lmc, ti.. 3^ et 35w

«76 BXPLICATIOIf

MaisIaeup«U^ qui , pour justifier ses excès r aboode^^D Mibiilités » prétead({iiece commandement n'a rapport qu'aux intérêts du prêt que Jésus-Chrial déG&nd d'eJ(i^er« Elle refuse de regarder comme un Téritable précepte, celui qut n'oblige pastouj.ours. EUq demande ce que c'est 4u'un prêt» dont on n'9ttend pas la re9titution,. et en quoi il diffère d'iia d^n.

Quandle divia j^auv^^f *ordonQe de prêter en n'espérant rien ,, il ne .veut pas que l'on espè^ une chose (lias qu'une autre. Soa expression est générale; elle comprend Iput» et le principal et l'intérêt. Il prescrit lé sacrifice de* l'un et de l'autço. Il venoit de dire que les pécheurs , prêtent .aux pécheurs , .pour recevoir choses égales; et c^t en cela qu'il reu^ que* des disciples les surpassent. Son intention est qu'ils n'exigent ,ni la surabondance , )û même l'égalité. Il ne faut, pas détruire le précepte, eor^oqtrant. Ilicn est de la loi du prêl^. comme de telle de l'atumone , comme de plu^i^rs autres de la religion. Elles n'obligent pas dançl^HS les momensi et les circonstances oii elles devieniient obligatoires , ne sont pas toujours positivement déterminées* Mais on est obligé de lee observer dans quelques circonstances; De ce qu'on ne doit pas l'aumône au riche^cqnclurez- Youfi qu'on n'y est pas tenu envers le pauvre?" de ce qu'on n'est pas obligé de I9 faire à tou* ks pauvres, ni même à tel pauvre pir^culier,.

DES £Vàlft;iLES. 277^

de préféreûce aux aiitres , iiiférerfess-tbiis qù^bii n*est obligé de la foire à aucim pîiuvrePLa M du prêt, et ceHe du prêt sans espoir de restîtutîon , sont du mêtne geàre. roblîgatbrf qu'elles imposent, poui* être indéfinie, h en esï pas 'moins stricte. Votre frère réduit à la misère, a Besoin de vos aumônes ; c*est uh don que la ctarite vous commande. L*ordre de ses afiaîres demande seulement un secours momentané; c*est un prêt qu'elle vous prescrit. Mais souvent vous ignorez s*il sera en état dé restituer.' Ce doute ne doit point arrêter votre charité compatissante. Plus souvent encore il arrive qu'un emprunteur, qui avoît espéi^é satisfiiîre à son engagement, tomW dans l'insolvabilité. Alors vetreefearilé généreuéë^doit se^ déployer par la remiise de la déttie.^ Ce que vous lui accordéat est on prêt , mais avec lin tention de le convertir en don, s'il est né^ssaîre. C'est un prêt lorsque vous le faites , t(ui devient un don quand vous le remettes; Combien est contraire à ce précepte formel du Sauveur, la cruauté qui abuse dû maiHiôar'â^^il frère pour Fa^ra ver en^eôre; qui ; lorsque dès délais eussentpu prévenir la misère d'un infortnné,^se bâte de l'y précipiter ^ar l'inflexibilité de èon exigence^ qui plonge dans l'horreur dés ca«hots^ un père nécessaireà ta subsistance des siens, et cause d'un seul' eôup la ruined'une famille entière , souvent sans* que ces barbaries produis^ent l'effet intéresséi

«7^ «XM.ICATÎO»

qu'on en i^tead, quelquefois même contre Viai^rét de celui qui s'j li?re; qui ne fait qu'augmenter nnsolvabilité dont il se plaint !

Jésus oppose l'halrileté que montrent dans h conduite de leurs affaires , les enfans du siècle» c'est-à-^lire» tes mondains, & celle que mettent dans les leurs les enfans de lumière* qui sont les chrétiens. Il semble que l'ardeur et l'acti* ¥ité devroient être en raison de l'importance du bien ver» lequel on tend , et c'est tout le contraire. Le bien le plus précieux , le bien infini ^ le bien assuré» le bien impérissable» le seui vrai bien» on le souhaite avec foiblesse» on le^ recherche avec lâcheté. Mais les biens frivoles ». incertains » fragiles » avec ^el transport on les désire I avec quelle ardeur on Jes poursuit ! Considérez l'homme occupé d'une affaire tem* porelle ; voyez avec quelle attention il esLaBdini^ tout ce qui peut lui servir ou lui nuire ; s'informant de ce qui est utile ou dangereux; consultant^lous ceux qui ont des lumières à lui pro* ciirer» Coosidérez les peines qu'il se donne;, n'épargnant aucune dànarche; ne plaignant, aucune fatigqe; qe craignant aucun embarras.^ Examinez le courage qu'il déploie; ne se rebu^ tant point des contrariétés; ne se ralentissant point par les- mauvais succès; cherchant. dan» los^ revers » des moyens^; dans les disgrâces » deS; roësources. Dès qu'il s^agit d'ufi intérêt tem^ porel« U n'y a pas de stupidts qui pe trouve de&

BUS iVAHGULLS. 279

Iumîèrés^poiût de lâche» qui ne p^^enne de Tactivité. Les objets sont diiFérens selon les inclt* nations ; les moyens varient diaprés les caractères i mais dans tous les hommes » la^ vivacité est ex^tréme pour l'objet principal da leurs dâsirs^u L'ambitieux ^ dans la carrière de$ honneurs» est sans cesse occupé de plaire h des protecteurs , de traverser des eoncurrens > d» supplanter des supérieurs. Il supporte les rebuts» dissimule les mauvais traitemens» dévora les affronts , et ne se décourageant ,de rien ». persévère avec ténacité jus<|u'à ce qu'il atteigne le terme de ses^viBux.. Le libertin: œ perd aucune occasioa de s^insinuer dans le cœur qu'il veut séduire. Rieh ne lui coûte pour arriver k sa fin criminelle. Les dépenses les plus énormes ». les tentatives les plus hasardeuses ne peuvent Tarrêler. Suggestion», corruption», adresse» violence »^ il emploie tout; intérêt», réputation», honneur» vertu» il «acriile tout L'avare im néglige rien de ce qui peut grossir son trésor... I^ en étudie contiaueUemient les moyens; s'iagénie à en trouver de nouveaux; en calcule les^ avantages et les inconvéniens divers; souffre les privations; brave les railleries^»^,affroi]ite lesmé^ pris r et ne redoute que le défaut de succès» Toutes les passions qui s'emparent de l'âme », lui donnent la même énergie. Pourquoi dona ce qui devroit être notre passion la plus ardente» nous kisse-t-il tant de lâcheté? En nous.

28o EXPLICATION

considérant atteUtivemenl; , nous verrons que nous sommes à la fois enfans de lumière, et enfans du siècle. Nous voulons le bien céleste , et nous aspirons à des biens terrestres. Nous travaillons à les acquérir tousr mais avec quelle différence, grand Dieu I Que faisons-nous pour Tun ? que ne &ison8-nou8 pas pour les autres ? D'un côté, quels efforts vigoureux! de Tautre, quelles foibles tentatives I Là, aucun obstacle ne nous arrête; ici, le plus léger nous rebute. La raison de cette malheureuse différence « c'est dans notre cœur qu'il &ut la chercher; elle est dans la différence de nos désirs* L'intérêt essentiel ne nous touche que foiblement ; et les intérêts d'un ordre infiniment inférieur , nous remuent beaucoup plus puissamment. Notre esprit conçoit l'importance de la sanctification ; mais notre cœur n'^en est point affecté. Ce n'est pour nous qu'une de ces vérités spéculatives , dont on convient sans difficulté» mais qui n'engagent pas à agir. Nos désirs sont comme notre vue. Le présent qui est rapproché de nous y nous frappe vivement; l'avenir est dans un lointain qur le diminue , et le fait presque disparottre. Pénétrons-nous de la nécessité du salut, et nous y travaillerons vivement Ranî-^ mons nos désirs* languissans , ils communiqueront leur ardeur à nos actions; et exécutant ce que recommande le divin Sauveur, nous nous trouverons aussi habiles dans notre grande

et uDi([ae affaire , que les enfhns du siècle le aont dans leurs affaires vaines et futiles.

Je vous dis de même : Faites-vous des am{9 de vos richesses d'iniquité , afin que, éorsqae vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels. Les richesses d'iniqnité dont parle le divtn Sauveur , ne sont pas celles qu'on a usurpées injustement sur le prochain. Le précepte de charité qu'il doàne ici, ne peut 'pas être contraire k sa loi de jus^ tice^ qui ordonne dé restituer ce qu'on a pris* On n'a point droit d'employer au noble usage de Taumône le bien volé; on n^'a pas le choix de l'emploi. La restitution est, non un bienfait, mais une dette stricte envers celui à qui on a dérobé son bien, et à qui il appartient toujours véritablement. Loin de se faire , par de telie« largesses, des amis qui reçoivent dans les ta^. bèrnacles éternels , le cri de ceux qu'oTï ia dé-» dépouillés, élevé jnsqu'à ces sacrés tabernacles^ en fermerôit l'entrée. Ce qde Jésus-dhrist appelle des richesses d'inimité , et d(ynt H veut? que nous nous fessions des amis , ce sont, en premier lieu, celles que nous^ avons acquises ^ non pas précisément par des voteb injustes; mais par une doreté rigoureiise, avec une avidité coupable; en consumant ii les amasser ; toute notre apjplicatiôn , tdutes nés facultés , ton't notre temps, au préjudice de ce ^e nous (levons au! service de' Dieu et à notte sanetîlU

%ii» BXVLICATIOIC

cation. Ce sont» en second lien/ 1er richesses auxquelles nous avons un attachement réprébensible ; en faisai^t notre objet prineipal, y plaçant notre bonheur » les regardant eeinme nos biens les plus précieux, et négligeant, pour en jouir ,> les biens de l'éternité. Ce, sont-, en troisième lieu »• les richesses dont nous avoiM fait un usage contraif>e à celui qui- nous étok prescrit; ne les employant pas aux nécessités des péuvres', miii's les faisant servir à étaler le iaste f k' soutenir le luxe , h alknenter la mol"lessc/ peut-être à- des objets plus orimniels encore. Ge^'i fût JAJsqq'iei pour bous des riches- ^s d'iniquité, faisons^iv désovBAms des trésors de sahitr Trof^ loag^tnps^ noâs \eé avons fail iervilr à etik'ëlemr rï«6tre^ corruption ,» ces biens qui B6tts avoient éié donnés peur opérer notre sanctificalfatt;F faisens^les reàtrèr datis ^r des. linalioo, en rentrant iTéuë^anéinés dans la nd- Ire; Jésus^brisi nous indique ici le moyen dô r^relr fe tort qu'elles neu^ont Gut. Saisissons-' le avee emfpresseàienl; et, en faisant remploi qu'il nous^commandeV méritons d-'obt^r L'ef** fet qu% j ftltâcfae.'

Cet emploi qu'it nous presc^rit des richesses ^'il ■ouf' a confiées/ et que nous. avons iail servfr à* rini^uiiéy est de nous en faii^ des amis,^ en les distribuant aux pauvres. ïliches, qui aveai ^squ'ici regardé avec dédain ceux que la Pro* ¥^dëace a placés au rang le plus bas de la société ^

1>ES iVANClILES. s8$

écoutez cette parole de votre divin Maître. C'est de ces hommes »; objjets de tôs mépris , que vous devez ambitionuet* , pechercher , aebeter Famitié; et non seulement ramitié, mais eneore la protection. Vous devez obtenir d'eux qu'ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels. Que votre van}té ne murmure pas 4e ce commandement;- il est votre avantage bien plus que le leur. Malgré l^>rgueil avec lequel vous les traitez ^ ils peuvent pour vous bien plu»^ que vous ne pouvez pour eux. Vous ne leur êtes utiles que dans \è temps; ils vous sont décès-' saires^pouir l'éterntté. It y a entre le' bien qu'il vous est accordé^ der leur £iire» et cekii qu'il TOUS est possible d'en recevoir , toute W dislance qui est entre le ciel et la terre.r II n-j » ^as entre Vu» et l'autre plus de proportion ^ qu^'enire le finî et riofini. Vous vous êtes aUiré par vos offenses Tinimitié de Di^iir etûpfoyez; auprès de lui ee»^puissans médiateurs. Vos pé^ ehés ont ôté fe crédit à vos prière; substituez-^ y les prières si efficaces des pauvres. J. * G.^ vous dit : Faites Taumône de votre auperfiu;! et voilât que tout devient pur dans* vous (i). Ce n'est pa» que 1^'aumône supplée la pénitence »> mais elle l'obtient. Elle i^ remet pas les péché* graves, mais elle attire la grâce de eonversioo qui les fait remettre. Les supplications du pau^

(c) yemmtanicfa quôd stipereftt, date eleea^otynaai ; «t flcc^ omnU monda timt yotÀ». £mc. xu 4j •

884 iXPLICATIOlf

vre fléchissent le co^r de Dieu , et touchent celui du pécheur. La colère céleste ne résiste pas à ses Tœux , ni notre obstination à la grâce.

Il ne faut pas croire que les riches seuls aient , et le besoin , et le moyen de se faire des patrons auprès du trône céleste. Le précepte est universel. Il n'y a personne à qui les œuvres de miséricorde ne soient nécessaires et possibles. L'aumône a'est qu'une dés brancbeis de la charité. Elle n'est prescrite qu'à ceux à qui la Providence en a accordé les moyens; mais la charité est commandée à tous les hommes. Pauvre vous-même , vous ne pouvez pas secourir les pauvres de vos biens ; mais il y a des infirmes à soigner » des malheureux à soulager, des affligés à consoler. Etes-vous dans l'impuissance de vous livrer h ces bonnes œuvres corporelles ? un autre champ est ouvert à vptre charité ; d'autres besoins du prochain p, plus essentiels encore , réclament votre assise tance. Aidez son ême de vos œuvres spirituelles; donnez-lui le secours de vos exhorta**; lions , de vos conseils , de vows exemples , de vos prières. Tout ce qui peut lui être utile, de quelque genre, de quelque manière , en quelque degré que ce soit , voilà l'immense matière de votre charité. Tous les biens de tout oirdrç que Dieu vous a confiés» présens de Ta fortune, qualités du corps, talens de l'esprit, dons de la grâce , vous pouvez les faire servir

DES ÉVATÎGILE8. 285

tous à r utilité du prochain; vous pouvez de tous vous faire des amis dans les tabernacles éternels. Vous le pouvez; vous le devez. Oseriez-vous prétendre que pour parvenir au ciel , vous n'avez pas besoin d'être aidé du secours d'autrui, et que vos mérites suffisent pour vous y &îre recevoir? Les prières des justes , nécessaires aux pécheurs pour se repentir , le sont aussi aux justes pour persévérer. La communion des saints de la terre entre eux , n'est pas moins un dogme catholique » que leur communion avec les saints du ciel. Nous professons l'une et l'autre dans le symbole de notre foi. Nous devons entretenir l'une et l'antre dans no^ tre pratique. C'est ce concert des vœux réunis de toutes les âmes pieuses , qui , pénétrant les cieux, en fait retomber, comme une rosée abondante , les grâces salutaires. sagesse suprême I ô miséricorde ineffable de notre Dieu ! en faisant de la charité la première vertu de sa religion » il a voulu qu'elle fût aussi le lieDi principal de ceux qui la professent. Pour l'alimenter sans cesse , il a établi entre eux une dépendance mutuelle. Il les a unis par une réciprocité continuelle de besoins et de services. Dans l'ordre temporel , il a rendu le riche nécessaire au pauvre pour cette vie , et le pauvre nécessaire au riche pour !â vie futurç. Il a de ipiéme formé dans l'ordre spirituel, une balance des facultés et des nécessités de tous. Ainsi ,

«86 «xplicàtiou

chaque homme ayai^ toujours besoin des au^ 1res , 4oit par intérêt même leur rester uni. £a nous prescrivant les actes Ae cette sublime vertu » il les a nuiltipliés ; et par là nous les a facilités. En réunissant un si grand nombre à» motifs p une aussi immense quantité de moyens de pratiquer la charité» il a ôté toute excuse, tout prétexte à rinobservation. Quel homme peut dire qu'il n'a pas de service à cendre à ses firères? quel homme» s'il est raisonnable » peut prétendre qu'il n'est pas de son intérêt de jeur en rendre ? Combien seroit ^réable 4e séjout de la terre; combiei;i seroient heureux ceux qui l'habitent , «r cette sublime vertu éteÂt unv>versellement pratiquée ! sixhaeun » ^^yaat soa propre bien dans le bien du prochain , cher^ choit à &ire son bonheur en travaillant à celui de ses semblables i si «n pouvoit enfin se per* suader qu'au lieu d'aitirer exclusivement à jsoi les avantages de la société , ^em gagne beaucoup davantage à les procurer aux autres j ti'intésrêt personnel , ce genre fécond de toutes les divisions» deviendroii le principe de l'union universelle. Cette vie» maintenant semée de tant de peines de toute espèce-» seÉ*oit l'image et l'avant-goût de la vie éternellement heu** rease. lirais une telle illicite n'est pas accordée à ce monde. L'Eglise naissante en jouit ua moment; et bientôt les prétentions» les passions.» U$ intérêts particuliers vinrent l'en priver. C'est,

BBS éVAlrOlL«6. 2^7

au milieu de ces ennemis de notre bonheur , que nous avons à nous le procurer. Sachons , pour nous en faire un solide^ ^nous défendre d^euT. Pénétrons-nous de cette vérité essentielle , que pour quelques }ouissaivces momentanées qu'ils peuvent nous apporter, ils détruisent notre £^icité réelle et permanente.

Soyons pour tous nos frères , quels qu'ils soient à notre égard, ce que nous voudrions qu'ils fussent. S^ils s'abusent en ci erchant leur bien dans le mal qu'ils nous font , instruits h l'école de Jésus-Gbrist , ne les imitons pas. Détrompons-les en leur montrant un aui«'e bonheur plus noble et plus réel , qu^ils ignorent^ et travaillons 'h nous rendre heureux , en versant sur eux tout ce qu'il y a de biens en notre pouvoir.

Si on éloit pénétré dé cette vérité, que les couvres de miséricorde sont plus utiles à celui qui les fait , qu'à ceux qui les reçoivent , on ne verroit pas , ce qui est si commun , les heureux du siècle, tant^ repousser avec dureté les malheureux qui les sollicitent, tantôt les fatiguer par d'inutiles délais; quelquefois les humilier par des reproches amers , et n'accorder souvent leurs bienfaits qu'à Fimportuniié ou à Fostentation , pour délivrer leurs regards d'un objet désagréable , ou pour se donner la réputation de bienfaisance. Ainsi , lors f^ùme qu'on fait le bien , on en per4 le prix

^88. EXPUCATIOIV

par la uiaaière 4oDt on le fait. Au contraire » le chrétien qu'anime la charité,, recherche comme des avantages personnels» les occasions d'obliger ses frères. Loin de les éloigner pi^r la rudesse, il les attire avec douceur.

Loin de leur faire attendre ses bienfaits , U les prévient par ses o0res. II encourage la timidité des uns à lui faire des demandes; il en épargne la honte à la sensibilité des autres. Il ne fait point paradtx de ses dons; sa main gau^ che ignore ce que sa droite a donné (i) : et il ajoute par là h ses bienfaits , un nouveau prix devant Dieu et devant les hommes.

. Les amis que nous devons nous Sûre de nos richesses d'iniquité, sont ceux qui nous recevront un jour dans les' tabernacles éternels. S'ensuit-il de là que notre charité doive être bornée aux personnes religieuses et reconnoissantés, dont les prières peuvent nous être utiles? Loin de nous cette penjsée aussi. contraire à l'intention de Jésus-Christ , qu'à notre propre intérêt. Il bous est permis sans doute , c'est même le mieux, dans bien des circonstances , de préférer, pour exercer la bienfai» sance , ceux qui réunissent le double titre du malheur et de la vertu ; l'espoir d'être assistés de leur crédit auprès de Dieu , est un motif de préférence : mais ce ne peut jamais être une

(i) Te autem facien^ cleemosynam , ncsciat «ini^^a tua quid laciat deftteta tua. Matth. ti. 3.

, DRS ÉVANGILES. sSg ^

rdbon d'-exclusion. Le bien qu*on fuît ti^est pas perdu y parce qu'il tombé sur des indignes.

La raison de ce principe est dans la nature de la charité. C'est en yi» de Jésus -thrîst qu'elle agit : que iui importe la recohuoissance des hommes? Ce que vous faites à Vun ée lues frères les plQs petits , c'est à mol que vous le faites , a dit Jésus-Christ avec affirmative (i). .Craindrions -nous qu'il ne fut ingrat ? Ne redouions jamais dç "perdre uni ^ bien&ît quelque lieu qu'il soit placé. L'infortuné -qui le reçoit, Ti^nore; mais Jésus- Christ qui en es^ la véritable objet , le connbit. L'homme que vous obligez , ne vous en sait point gré; ni^ais Jjisus-Christqui se tient pour obligé, vous en promet la récompense. Le service, qui n e laisse espérer aucun retour de la part des homtaes , acquiert par là miême plu$ de mérite devant Dieu« Les plus agréables à ses yeux sont ceux que nous rendons à nos en^ ^ nemis, et qui ne doivent être payés sur la terre que pjBLV des outrages et des persécutions. '

Plusieurs saints Pères on vadiins ces amis^ que doivent \nous acquérir les richesses d'iniquité , les âmes vertueuses et infortunées qui , dans les flânâmes du purgatoire , achèvent de s'épurer, et de se rendre dignes du séjour céleste,, Les aumônes que nous feisqns en leur

) Amea dico vobis , qnamdiu fecistis uni ex bis fratri- [s loeis mittimi«, niihi fecistis. Matth, xxt. ^o. ^ '

29^ BXPLlCATtOll

considération y les bonnes œuvres "que nous pratiquons à leur intention » les vœux que nous adressons en leur faveur , les indulgences qœ nous leur appliquons» peuvent abréger le temps de leurs dohloureuses épreuves , et les mettre plutôt en possession de leur gloire. Il est bien consolant et bien avantageux pour nous, ce dogme enseigné par l'Eglise catholique , que nous pouvons encore servir , après leur mort., ceux à qui nous fûmes attachés pendant la vie ; et qu'il est en notre pouvoir de nous procurer des amis plus utiles , des protecteurs plus puissans qu'il n'en existe sur la terre. Aujourd'hui, la piété nous aura rendus leurs intercesseurs; demain» la reconnoissance en ftfca leç nôtres. Lee prières que nobs faisons pour eux» ils les adres^ seront pour nous à leur toun Nous les aurons- &it admettre dans les tabernacles éternels; ils nous y attireront à leur suite. Si la piété de leur malheureux sort n^est pas assez forte pour nous émouvoir » que notre propre intérêt nous touche et nous excite. Considérons qu'un jour»

peut-être » réduits au même état » nous aurons besoin des mêmes prières; et» en réfléchissant à nos péchés, nous devons sentir que ce sera encore un bienfait insigne de la divine miséricorde. Si ces âmes saintes souffrent pour quel* ques fautes légères » pour des restes d'offenses qu'elles n'ont pas suffisamment expiées sur L lerre» c(»nbien de péchés plus graves»

ir 1^ pIuF

multipliée nous reproche notre conscience l Et qu'avons-nous faft pour satisfaire à la justice divine? UnisscNis donc nos vives supplications^ à celles que toute l'église militante offre pour Téglise souffrante. Méritons par nps prières ar^ denJ;6s pour ces âmes malheureuses» qu'un jour on élève pour nous de semblables prière»^^ qili nous seront devenues si nécessaires; et selon le précepte du divin Maître , pour être reçus dans les tabernacles éternels» acquéroosty des amis qui nous en ouvrent l'entrée.

DU NEtVÏ^MS DIUANCHB AM^fes LA^JENTECÔTE.

JésttS'Christ pleure sur Jérasalem, et chasse lés vmdeurs'du Temple.

Ci OMMB Jésus s'appfochoit de Jérusalem , considérant <5ette' ville, il pleura sUr elle, et ditt Oh ! si du moins , dans ce jour qui t'est donné , lu connoissois ç^ qni peut te procurer la paix: mais maintenant tout ceU est caché à tes yeux. Car il viendra des jours désastreux pour toi , où tes ennemis t'environneront de tranchées, t'enfermeront et te serreront de toutes parts; et îb te ren verseront jpar terre, toi et tes enfans qui

^ BXPUCATIOlf

•ont dans ton enceinte; et ils ne te laisseront , pas pierre sur pierre » parce que tu n*as pas connu le temps où tu as été visitée. Etant entré ensuite dans le temple , il en chassa tous ceux qui yvendoieiitet quiy achetoient, en leur disanl : Ma maison est une maison de prières » et TOUS en avez fait .une caverne de voleurs.

{Fam. XIX. 4i ^ 4^* )

Comme Jésus s'approchait de Jérusalem ,

tonstdérant C0tte ville ^ il pleura sur ell^j ^

dit : Oh! si du mmns, dans ce jour ^ui fest

donné , iu connoissois ce qHf^feut te procurer

la peux l mais maintenant tout cela est caché

à tes yeux. Le moment ou l'Ecrivain s^cré nous

représente Jésus-Christ afiligé et pleurant» est

celui oji il étoit reçu en triomphe à Jérusalem*

Ce qui exciteront la joie de tout autre homme >

paroU capser sa douleur. Un sentiment profond

Vaflfccte. Connoissant avec certitude l'avepir, il

porte ses regards &ur ce qui doit suivre ce jour

de gloire. Il voit ce même peuple, qui maintenant

l'environne avec transport, daps peu d© jourf

l'entourer avec fureur ; passer de l'enthousiasme

de la reconnoissance, à celui de la haine; chàn^

ffcr ses bénédictions en imprécations, ses'chapts

de joie en cris de rage ; et demander à haute

voix la mort çl^ celui pour qui il fait à présent

lc3 vœux les plus ardens. Sa prescitnce le tram^

DES ÊTANGILEê. 5kjO

porte encore pli]« loin. A la suite du crime qira Ta commettre celte malheureuse nation , il v^it le terrible châtiment, dgni quelques années après il sera suivi , qui n'est encore que le prélude de châtimens bien plus épouvantables* Cestla comparaison du moment actuel si briU lànt, avec les jours affreux qui le suivront, qui émeut ies entrailles sensibles du Sauveur.

JN'ayant pas , comme Jésus^hrlst , la science de Tavenlr, nous ne pouvons pas dans le^ évélumens heureux , prédire de quoi ils seront sui* vis. Mai» il ne faut qu'un peu d'expérience, pour savoir que la vie esl un mélange et une succession continuelle de biens et de maux. Les plaisirs les pins vils sont ceux qui causent le plus de chagrins : les bonheurs passagers sont îles semences de peines et de misères. Quand avons*nous épi^^uvé une félû^ité durable? Qui avons-nous, tu en jouir ? Si dans les momens où quelque bien nous survient , nous faisions cette réflexion que la sagesse humaine seule devroit nous inspirer, nous ne nous livrerions pas dans les succès h des transports de joie im^ modérés. Les éloges nous enivrent; les prospécîtéfr DotM eiÉthousiasment. Et quand les re^ vers viennent fondre sur nous , ne nous trouvant pas préparés à les recevoir, ils en sont bien plus amers. Ecoutoos c^ que nous recom* mande le Sage : Dans les jours heureux , jcu:$ du bien;,juais en même temps prévoi^ le jour

1^4' fXPLICiLTIOm

mauvais ( i ] ; car Dieu a fait Tua comme rauti«^ Sa sagesse le» a entremêlés , pour qu'ils se servissent de contrepoids et de correctif. Des bonheurs continuels nous enfleroient; une chalite non interrompue de malheurs nous abattroit :

mais il tempère le mal que les uns pourroieni nous faire» par la considération des autres* Dans ceux-ci, comme dans ceux-là, songeons à la main qui nous les enroie. Respectons ses vues pleines de^a^se^ et bénissons sa bonté' qui fait tou}ours ce qui nous est le plus avantageux. •

En se revêtant de- l'humanité, c^us-Chrisi avoit pris les diverses affections auxquelles elle Mt sujette. Mais tous les sentimens cbnt il a jamais été ému >. ont eu pour objet le ministère auquel il s'étoit dévoué. Il n^éii a pas éprouvé un qui eût pour, but son intérêt personnel. Ici nous le voyons se livrer- à une profonde affliction. Mais quelle ^n est la cause ?£sl^ce la vue des tourmens douloureux qu'il va sou£Erir? Non ; ce n'est pas sur lui-même ^ c'est sur Jérusalem ,. coupable et malheureuse ,. qu'il verse des larmes. C'est le crime atroce et le terrible châtiment de celte ville ingrate, qui l'affectent. W semble qu'H soit étranger au forfait qu'elle va commettre.

Ce seroît se former de la piété une idée fausse»

(i) In die bonâ fruere bonis , et malam diem praecave. Sicut eu»f^ banc , sicct Ulam fccit Deus, . EccL th. i 5^

DES ÉVANGILES. ^(j5

de Ja croire incompatible avec les divers mouvemens de joie, de tristesse, d'aversion, de crainte, de désir, d'indignation, que nouséprouvons naturellement* La vertu n'est pas Kapathie. La Religion n'anéantit pas la nature; elle la perfectionne : elle ne détruit pas les scqlîmens naturels; elle les modère et les règle : elle ne nous empêche pas de nous réjouir ou de* nous affliger; elle nous &it connoitre les vraisobjets de notre joie et de notre affliction. Si •nous considérions les choses humaines des yeux de la foi r^ nous serions affectés tout autrement ^ue nous ne^ le sommes. Nous ne serions pas aussi douloureusement touchés des maux temporels; et, au contraire rios maux les plus graves , les maux essentiels , les péchés et leurs terribles suites, auxquels nous sommes presque indiffêrens, seroient le sujet de notre profonde douleur. Nous ne pouvons pas, il est vrai , être, comme le divin Sauveur, si exclusivement occupés des choses du ctel , que nous devenions absolument insensibles à celles delà terre. C'est nn degré de perfection que la foible humanité est incapable d'atteindre. Ce que nous pouvons, ce que nous devons ^ c'est d'estimer les biens eélestes plus que les biens terrestres; de les désirer davantage ; de craindre pk» d'on ^re prives ; d'être plus, peines de les perdre. Si nos affections sont nécessairement partagées, qu'ils en^ aient la principale part^etnepouvanttout leuir

196 EXPLIGATIOll

donner^ doimons«4eur au moins la préférence dans notre volonté; c'est tout ce que Dieu exige de nous. Que notre volonté^ sejnettaat au dessus des mouTemens de sensibilité qu'élève dans fi09 cœurs la nature corrompue , préfère décidément souffrir tous le» autres maux, à se jaisjer souiller d'un péché : notre devoir est ac< compli , et Dieu est totisfait. '• . '

Le principal objet de notre affliction doit être le péché. Nous devons avoir, d'abord un regret profond des nôtres, et ensuite une sincère compassion pour ceux de nos frères. En blâmant les pécheurs , le juste les plaint encore davantage. Obligé de prononcer à Saîil la sentence de sa réprobation , Samuel le pleure tous les jours de sa vie (1). Jésus- Christ connott toute l'énormité du crime que va commettre Jérusalem; il sent toute la justice du châtiment : mais sa compassion , loin d'«ii être étouffée , ii'en ' est que plus émi». ^L'équité demande la punition des coupables : mais la charité défend de s'en réjouir. Plus leurs pécjiés sont graves , et les châtimens auxquels Us se dévouent , teï^ribles , plus ils doivent exciter notre douleur. Et en retournant sui^ nous-mêmes nos regards, leur sort ne doit-il pas nous faire trembler? Scim. Ibes-ne«i9 excmptd^ de péché ? l'avons -nous tou-

(1) Venimtainen lu£;ebat Samuel Sau]em,%qu<»iiîam Domi> num pœnitebat qa6d çonstituissct eum regcm super IsraeL j, Reg. XY. 35.

I)B«, ÉrANQILBS. sa?

joU^ ^é? Su nous nous flattons de posséder Tàmitié de Dieu , combien peu s*'en est-U falW que nous ne la perdissions? Ne noussqiMpnsnous pa$ continuellement près de la pe«dre ?

Songeons à la agilité humaine; réfléchisgop» «urtout à la' nôtre* Ne confondoQs jamais le yice arec Jes vicieux^ et conservant pour L'un pçtrs jusle^^^é^érité y ay^s toujours pour les autres là plus teadre compassion.

Le premier «bjet de la douleur dont Jésuft- Ghrist est oppressé 4pour Jérusalem , est que cette Tille a négligé les grâces dont Dieu la combloit. En ce moment même elle méconnoit la .faveur qu'il lui lait, en venant la visiter. Ce jour» et un petit liombre de ceux qui doivent le suivre, sont les derniers que la mi- . séricorde suprême lui accorde, pour reconnoltre ses erreurs* et ses. crimes. Encore quelque» jours f et si , dans cet intervalle, elle n» s'en est pas repentie, elle j mettra le combla par un forfait inouï dans l'histoire des siècles* ^'esl donc une vérité aussi certaine qu'el(o est terrible^ qu'il est un, nombre déterminé de joui^s accordé au pécheur, passé lequel il n'y a plus pour lui de repentir; que la mesure des créées est fixée dans des décrets éteifneU; et que, lorsqu'elle est rempli^, le^grâqos cessent de couler. vous qui languissez soi^ le poix honteux du péché, le plus grand c(e vos malheurs n'est pas encore la redoutable

«gS" BXWLICATÎOH*

inimitié dé Dieu , qu'ils tous ont attirée ; c*ést le mépris que vous avez fait dç ses instauces pour ¥ous rendre son amitié. Ce qui rend un maltfde incurable , c'est le refiis qu'il iîiit des remèdes. Contraste étonnant ! C'est Toffiensé * qui fait les avances , et Toffiftiseur qui les re^ pousse. C'est le Créateur tou t- puissant , qui,, ayant dans sa main le moyeiv facile de se yenger, presse sa créature d'accepter le pardon ; et c'est la vile et foible créature qui , sous le bras prêt h l'écraser, rejette insolemment l'iadûlgence qui lui est offerte. Il semblercfit à la conduite de Dieu envers vous, et à la vôtre à son égard, que c'est à lui à vous demander grâce, et à vous à l'accorder^ Malheureux! c& que vous refusez aujourd'hui , vous sera peut* être refusé un jour. Les fruits de pénitence ne sont ^as de toutes les saisons* Comme à Jérusalem , ce jour vous est donné : craignez qu'il ne revienne pas» .

Car il viendra des jours désastreux pour toi, ou tes ennemis f environneront de tranchées, Renfermeront et te serreront de toutes parts; et ils te renverseront pat terre , toi et les en fans ifui sont dùns ton enceinte; et ils ne te laisseront pas pierre sur piefre, parce que tu n'as pas connu te temps ou tu as été visitée* Voici une pi^ophétie bien positive et bien daire. Jésus-Christ prédH en termes formel^ à Jérusalem, sa destruction. Lorsqu^il pfononçoit cet oracle , lorsque peu d'années

DES i^i^èitkô.* 2^9'^^

stpths , son évangélîsle récrivoît , Tien n'en anijonçoit raccomplissementr Tranquilles sous le joug des Romains , ne faisant aucun effort pour s^'y soustraire , les Juifs jouissoient dans une paix profonde, de leurs lois, de leur temple, dé leur religion. Il n'étoit ni dans la politique romaine de les y troubler, ni dte leur intérêt de se révolter. Qui est-ce qui pouvoit à cette éî>oque , à moins- d'être dans le secret de la Providence , prévoir que ces redoutables con- <|uérans , après avoir été les ministres de la justice de Dieu contre les monarchies prédites par Daniel , deviendroient les instrumens de sa vengeance contre son propre peuple P'Cette prédictioD^ de Jësus-Ghrist étoit tellement consiante parmi ses disciples ,.'que lorsqu*éclatèrent les divisions entre les juifs et les Romains, saint Siméott, alor&évéque dé Jérusalem, en «ortit , et ée retira avec tous- les chrétiens hors du théâtre des combats. Qu^ peuvent opposer les incrédules à une preuve aussi évidente de la mission dé Jésus^Ghrist? Nieront-iU la pro>phétie ? Mais elle étoit connue , publique , consignée par écrit r- dans un temps où l'événeinent n'a voit aucune vrarisemblance. Diront-ils «tue la ruine de Jérusalem n'en est pas Vexé- Gution; qu'elle n'y a auctin rapport? Mais qulls^ i^pprochent des &tts constans et rapportés par touft les historiens , les expressions de Notre-Sei- > gnear- : îb verront annoncés la ventte des en-^

$00 BXPLIClTIOlf

nemis , les tranchées dont ils enviroanèreot In ville , l'extrémité otr ils la réduisirent en la resserrant , sa destruction qui ne laissa pas une pierre sur une autre > le meurtre de tous set défenseurs et de ses citoyens. Le hasard fait-il cadrer ainsi l'événement avec la prédiction f forme ^t-il dans l'un et dans l'autre, un rapporjt aussi parfait de cilrconstances ? Toute la sagacité humaine ne pouvoit pas imaginer une révolution aussi imprévoy^Bible, aussi éloignée do toutes les apparences. Pour la prédire , il falloii la puissance de l'opérer.

En versant des larmes §ur le désastre de soa pays , Jésus-Christ nous apprend à nous intéresser à la prospérité de la patrie qui nous a donné naissance. La religion qui étend notre «harité à tons les hommes, ne nous rend pas pour cela cosmopolites; elle resserre au con^ traire les liens qui jious attachent au sol où la Providence nous a placés. Les supplications pour Ja splendeur des empires , pour la paix des 'états , pour la conservation de leurs souverains, pour la salubrité de l'air,, pour; Ja fertilité de la terre , pour la régularité des saisons , 'font partie des prières ordinaires des fidèles. Si la £rovide.n<^ aiQige de quelque calamité une région particulière, l'Eglise appelle ses enhn^ dans les temples, pour désarmer par leurs vœux réunis la colère céleste. Ils sont bien ÎD justes, ^eux qui accusent le christianisme d«

1>KS ÉVANGILES. 3aï

rendre Thomme indifférent au bien de la «ociétéé Un pareil reproche leur sied biei^ mal, à eux, dont les.principes tendent à la subversion de toute société. Comparez le patriotisme du chrétien à cejui de l'incrédule^ Le premier reconnoit pour principe de Tordre social , Ja volonté de Dieu qui l'y soumet;, le second 1% fonde sur un contrat doiit la réalité incertaine. , dont les clauses équivoques , sont presque partout des sujets de contestations et de troubles , des prétextes de révolte ou d'oppression. L'un tient à sa patrie par devoir; l'autre par intérêt. Celui-là est par religion tout occupé du bien public; celui-ci par principe pense uniquement au sien« On sert sa patrie d'un côté avec désintéressement ; de l'autre par ambition. On travaille là pour supporter les charges qju'elle impose ; ici pour retirer les avantages qu'elU procure. Placez ces deux hommes dans les circonstances délicates , et qui ne sont pas rares , où l'intérêt public demande qu'on lui immole quelque intérêt particulier. Lequel de deux *'y portera W plut franchenient , de celui qui attend dans l'autre vie un immense dédpnunagement de ses sacrifices » ou de celui qui , bornant tou« ses désirs à la vie présente ^ perd à la fois , et son bien , et ses espérances ? Demandez pour le salut de l'état, à l'avare , d'y contribuer de ses richesses ; à l'ambitieux , de consentir à perdre ses honneur*» au voluptueux, de renoncer, à

Sbff KPlICAtlOir

ses plaisirs; à Torgueilleux, de souffrir que sa réputation soit altérée : et voyez s'ils y consentiront. Demandez ensuite à l'homme religieuxtous ces sacrifices réunis; et voyez s*il hésitera h les faire. Il n'y a de véritable patriotisme , que celui qu'inspire la religion; parce qu'il est le seul pur dans son principe » assuré dans ses effets , constant dans sa durée , inébranlable ' dans toutes les circonstances»

En témoignant sa douleur des maux qui vont accabler Jérusalem, Jésus-Christ indique leur* cause : c'est qu'elle n'a pas connu le temps où elle a été visitée. Ils sont presque toujours des châtimens delà justice divine, les fléaux qu'elle laisse tomber sur les nations. La lôj du peuple juif nous présente les promesses et* les menaces divines; et son histoire nous en a fait voir Fexé-- Gution constante. Lisez dans leà prophètes les malheurs prédits à Damas , à Tyr» à Ninivé , à Babylone , à l'Egypte, à cause de leurs crimes, et voyez ces prédictions toujours suivies de leur accomplissement. Suivez , les prophéties à la main, les vengeances^ du Seigneur sur les empires qui a voient successivement provoqué sa colère. Considérez l'Éternel transportant , comme il le dit , les royaumes dé nation à na-* tîon, à cause des iniquités (i) ; châtiant l'Assyrie par la CliJildée; la Chaldée par la Perse; la

(i) Re^um à gcnte m gentem transfertor propter injuatit*as^ et injurias, et contumelias , et diversos dolos. ^ccft.8*

DBS ÉVANCÎLES. 3oS'

Fersé par la Grèce; 4a Grèce par Rome; Rome par les barbares. Voyez toutes les nations les plus florissantes , perdre leur gloite avec leurs mœurs. Aveugles que nous sommes 1 nous imaginons voir les principes de ces révolutions qui nous frappent et nous effraient » dans des causes naturelles; et nous ne sentons pas que ces causes, secondes elles-^nénres , ne sont que l^s moyens par lesqtteU la cause première exerce sa terrible justice; Quand- les iniquités des peuples amoncelées sur leurs têtes, se sont élevées jusqu'au ciel (i) , alors <^sse la patience de Dieu , arrivée à son terme , et commence sa vengeance. Il ne fait que les livrer à leurs crimes , qui (k|iennent léfir première punition.

ilélas! ^ir prouver eette grande vérité, est-il nécessaire de recourir' k des exemples étrangers? N'en sommes-nous pas nous-mêmes ^ un exemple bien authentique et bien déplorable? Rappelons-nous ce que nous étions, et voyons ce que nous sommes. De Combien de crimes étions-notis coupables! on plutôt de quels crimes étions-nous exempts? A tous les désoi*dtes dont avoient gémi les siècles précé-^ dens, notre malheureux siècle en avoit ajouté un autre plàs funeste. Le Ubertinage de Tesprit étoit venu augmenter, affermir, rendre irrépa-

(i) iDÎquitates nostne multiplicafae sunt «uper caput ii09->tiiim, et deKota noêtra creréiont nstf^ ad coelum. i. JSsdr^ IX. 6.

So4 'EXPLICATION

rable le libet^lipage da cœur. ^% évreors 4|a! avoient affecté lesgéoAratioiis passées, laIs6oient au moins dans les eaprttft d^ idées de Beligioa» des piincipes de morale; en attaquant les dogmes de rÈvangiie , elles ne portoient aucune atteinte à. ses règles : mais l'incrédulité » ca monstre tie nos jours » est venu ôter au genro humain» tout principe , tout joug, toute vertu » tout Dieu M Quelle étoit^ la passion dont on rougissoit? Quelle étoit Taiitorité que l'onroèpectoit? Quand nous considérons d'une part»

les désqrdres où le début de reUgion avoit plongé notre nation , et de Tautre l'état affreux où elle est réduite» pouvons-nous ne pas reconnoltre la cause et l'effet » le crin^ et la punition ? La France s'étoit livrée à fficrédulité : Dieu lui a infligé le plus juste et le plus terrible châtiment; il l'y a abandonnée. Il a accordé à l'incrédulité d'usurper la puissance ; et la pr^ction du Sage a été accomplie ( i ) ; et tout a été détruit. Finances» commerce» justice» police» mœurs» vertus» royauté, .religion»

Iput a disparu sous ses mains meurtrières* Il n'est resté qu'une force aveugle et atroce » qui déploie sa jrage de tous côtés sans pouvoir s'a»rêter» et que le besoin de s'a^ouvir pousse san^ cefse4e violences en violences» d'inj ustices en injustices» de guerres en guerres. La France » ce

(i) Ciua impii tumpêerint prinapatam , çemet popu^ , Pfoverh, xxix. a.

DES ÉVANGILES. 3o5

royaume îl y a peu d'années si florissant» Tobjel de l'admiration et de la jalousie de tant de peu pIes,présenteniaintenantàrEuropeépouvantée, l'affreux spectacle d'une caverne de" brigands, qui , tout dégonttans du sang de leurs victimes , s'assassineat les uns les autres pour s'arracher leurs dépouilles. Nations , qui nous contemplez avec horreur et avec effroi, ah! que nos crimes et nos malheurs* putssimt au moins vous servir de leçon ! Regarde%-nous , et voyez l'effet naturel de l'incrédulité : elle frémit maintenant, et s'agite autour de vous; elle s'eiïbrce de vous envelopper dans les filets où elle noui a enlevés; elle lâche dans vos cercles ses perfides émissfldres ; elle répand parmi vous le poison pestilentiel de ses livres. Pour vous défen-^ dre toujours de ses dangereuses suggestions , regardez-nous , et voyez oit elles conduisent le peuple qui s'y livre. Conservez précieusement votre foi , votre amour pour la Religion , voire attachement aux anciennes et saintes maximes. Regardez-nous , et voyez ce que devient le peuple qui les abandonne. Les vertus maintiendront l'heureuse simplicité de vos mœurs , entretiendront votre précieuse union . soutiendront voira soumission à l'autorité qui vous gouverne, et étant constamment les principes de votre conduite , seront en même temps le gage de votre félicité.

Etant entré ensuile dans le temple, il en

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ekassa tous cetuc qui y vendaient et qui y achetoient, en leur disant : Ma maison est une maison de prières, et vous en avez fait une caverne de voleurs. Qu'est-ce donc qui a pu changer ainsi ce Saui^iir, jusque-là si doux et si miséricordieux ? Nous Tavons vu , il n'y a qu'un moment , pleurant sur Jérusalem; douloureusement affecté des peines que les crime s de cette ville dévoient arracher à sa justice. Et tont-à-coup lé voilà, paroissant oublier son caractère de douceur et de patience , armé de toute sa sévérité , et s'abandonnant à toute l'indignation de son zèle. Beaucoup 4'autres pé^ chésse commettoient» sans doute» dans Jérusa* lem; beaucoup d'autres iscaùdales provoquoient sa colère; mais il s'abstient de tonner contre eux. C'est par les exhortations, par ta douceur, qu'il tâche de les réformer. Est-ce .donc ici une of^ fense plus grave que les autres; un forfait qui mérite de* pi us grands châtimens? Il s'agit de l'honneur de son temple ;4a maison de son Père est profanée : son zèle ne souffre point de retardement^. A la seule vue de ce scandale sa vengeance éclate. Il se hâte de chasser du saint iîeu . ceux qui en déshonorent la majesté. Apprenons de là combien sont criminelles ks irrévérences multipliées, dont, à la honte de la Religion, nos églises sont devenues le théâtre. Les temples , tantôt vides et sans adorateurs, tantôt remplis de profanateurs; Dieu délaissé

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parles uns, outragé par les autres; des hommes qui se prétendent disciples de Jésus-Christ , ou l'abandonnant sur ses autels , ou venant le renidre témoin de leurs indécences : voilà le déplorable spectacle que présentent nds églises. Elles ne sont plus ni fréquentées , ni respectées.

Le temple est » dans le sens le plus strict , la demeure de Dieu. C'est là que , dans Jésus* Christ, selon l'expression de l'Apôtre, habite corporellement la plénitude de la Divinité (î). Le temple est parmi nous l'image du ciel. Dans l'un et dans l'autre , c'est le même Dieu adoré , lé même agneau; sans tache placé sur l'autel^ ies mêmes cantiqnes répétés. Les élus de la terre y représentent les saints du ciel , en attendant qu'ils se réunissent à eux:* Ils se confon^ dent comme eux devant cette Majesté suprême^ que leur foi découvre à travers les voiles qui la cachent; et Dieu reçoit ici-bas les hommages qui lui sont rendus au sein dé sa gloire. Que vos tabernacles me sont chers , Dieu des vertus, dkoit David! mon âme languit. et se consume du désir d'être dans la maison du Seigneur (â). ËstH^edes tabernacles célestes ,. est-ce de ceux de la terre que parle le saint prophète ? Nous

(i) In ipso (Christo) habitat omnis plenitudo Divinitatis corporjiliter. Coloss. ii. 9.

(2) Quàm dilecta taberaacula tua, Domine vittutum! concupiscit, et déficit anima mèa in atria Dominu Psalm> . i<^xxiii. 2 -^ 5. .

So8 EXPLICATION*

pouvons croire qii*il comprend les uns et les autres dans Tardeur de ses vœux, puisque dans tous il doit jouir de la présence du Seigneur» et qu'il soupire après les grâces que Dieu distribue dans son temple , comme après la gloire qu'il accorde dans le ciel.

Quel est donc, dirons- nous l'insensé, dironsnous le déplorable aveuglement de tant d'hommes que les dissipations , les occupations , les voluptés p les passions mondaines , en un mot tout ce que le Sage appelle la ^scinalion de la bagatelle (i) , tient constamment éloignés du sanctuaire! L'abandon des temples, à force d'être universel , surtout dans la classe la plus censidérable , a cessé d'être un scandale. Ces saints édifices ne servent plus que d'une vaine décoration à nos villes. Si ron y vient , c'est pour en admirer la beauté , la grandepr , les proportions, les richesses, les ornemens, la pompe. On ne s'occupe pas du Dieu qui y réside. On |K)urri)it graver sur nos autels , l'inscription que saint Paul trouva sur celui d'Athènes : Au dieu inconnu. Les assemblées profanes, les spectacles criminels, sont tous lej» jours remplis d'une affluence nombreuse , et les églises restent désertes. Du fond de son tabernacle, Jésus- Christ nous appel^ sans cesse, nous invite, nous presse de nous approcher de lui, et c'est nous qui nous refusons

(i) Fascinatio enîm nugacilatis obscurat bona. Sàp it. la.

DBS iVAVGlLES. 5oQ

à ses avances. Il demande à s'entreteDir aveo nous , et nous fuyons son entretien. 11 désiro s'envinonner de nous » et il ne voit autour do lui qu^une profonde solitude. La plupart des hommes oublient absolument qu'il j a sur la terre des tabernacles où Dieu réside; ou si quelquefois 9 après avoir passé une semaiao entière sans s'occuper de lui , dans le sein des plaisirs et des dissolutions» ils sejressouyiennenlt le dernier jour qu'il y a un précepte positif do se rendre à l'église» ils s'y traînent pvec peine; et ils vont par contrainte , par égard , par respect humain» y passer quelques momens» qu'ils regardent comme les plus pénibles jet les plus ennuyeux de leur yie*

Il ne &ut pas croire qne l'adoration fcé^ quente dans les temples » soit une pratique in* différeBle qu'on prisse négliger ou omettre sans déplaire à Dieu. C'est qiépriser ses grâces» que de refuser d'aller les chercher dans le lieu oii il les distribue* Mais^jce sont ceux à qui la fréquentation des temples seroit le plus nécessaire» qui s'en tiennent le plus éloignés. vous» qui avez eu le malheur de tomber dans la dis- ^âce de Dieu» c'eH vous, surtout qui devriez vepir vous réfugier pu pied de son autel» et impli^ auprès de ce trône de sa miséricorde»

un asmxontre sa justice! Je donnerai la paix en ce neu (i)»nous dit-ii par son prophète*

(i) In.loco isto dabo pacem, dicit Dommuf cxercituiati«

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