‹ Explication des évangiles des dimanches: et de quelques-unes des principalesChapitre 2 sur 18 · ÉO EXPLICATION · texte numérisé non relu

ÉO EXPLICATION

rets les plus précieux; à mépriser ioul ce qu^ils ont adoré; à adorer tout ce qui fut jusque-là l'objet de leurs mépris. Ils tentent de faire adopter h la philosophie , alors dans son plus grand éclat, une doctrine incompréhensible; à la copruptioo, alors dame son dernier période , une morale sévère. Ils le tentent; et ils Tcxécutent. ils l'exécutent; et ils n*ont pour l'exéculer aucun moyen humain. Ils n'ont aucun moyen humain ; et (ous les moyens que l'imagination humaine , aidée de la rage infernale, peut se procurer, sont employés contre eux. Et qu'on ne dise pas qu'ea commençant rontreprise, ils n'en ont point prévu les obstacles , calculé les difficultés. Ils les annoncent eux-mêmes. Ils rapportent les propres termes dans lesquels leur Maître leur a prédit les traverses , les affronts , les persécutions , les supplices. G^est avec cette certitude qu'ils poursuivent leur course. C'est vers ce terme qu'ils marchent. Figurez-vous qu'un de ces philosophes « soit anciens , soit modernes , dont on essaie d'opposer renseignement à celui de Jésus-Christ, eût ordonné à ses disciples de souffrir pour sa doctrine toutes sortes de tourmcns, et de subir la mort plutôt que de l'abandonner : quel effet pensez- vous qu'un tel précepte eût produit dans son école ? Croyez-vous qu'il lui fût resté beaucoup de disciples après un pareil commandement? Ce qu'aucun autre maître n'osa jamais proposer, Jésus-Christ le prescrit;

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et il est obéî. D'après sa prophétie , ses apôtres courent aux persé(^utîons , noa seulement sans répugnance, maïs avec ardeur et avec joie. Le* contradictions sont leur encouragement; les humiliations, leur gloire ^ les tortures, leurs délices; la mort, leur espoir. Cette forcé* surnatck relie dont ils sont remplis, c'est l'Esprit saint qui la leur a apportée. Et n'avons-nous pas pareillement besoin qu'il nous la communique ? Ils sont revenus ces temps où la pratique de la religion exige, non plus seulement de la fidélité, mais du courage. Appelons par nos vœux cet Esprit de force, sans lequel nous ne pouvons rien, avec lequel nous pouvons tout. Le Seigneur, dit Jérémie, est avec moi, tel qu'un guerrier robuste; tous les efforts de mes persécuteur § seront vains et impuissans (i). Il en sera ainsi de nous , si rfous savons attirer dans nos âmes l'Esprit qui anima, qui soutint, qui fortifia, qui fît triompher les apôtres, La même puissance opérera les mêmes eflets , si elle trouve en nous les mêmes dispositions.

Ce n'est pa& seulement contre les persécutions violentes, que nous avons besoin du courage que le St.-Esprit communiqua aux apôtres ; ' un autre genre de persécution plus adroite, mais non moins dangereuse , nous le rend continuel-

(i) Dominué autem mccum est quasi bcllafor fortis; idcirtb oui perseqiiuntur me, cadent, et infîrmi erunt. Jerem. XI. ii:

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leDiCDt nécessaire. Nous en avons besoin contre le inonde au milieu duquel nous vivons, qui ne cesse d'attaquer non seulement la foi , mais toutes les vertus chrétiennes , de ses déclamations ,, de -ses calomnies , de ses railleries « de ses sar* casmes , de ses exemples. Nous en avons besoin-, surtout contre nous-mêmes, pour nous défendre de ce yîl respect humain qui nous fait si souvent abandonner les intéi^cts de la vérité , rougir de la vertu qui nous plaîroît, commettre le mal que nous délestons. Dans ce jour, que l'Eglise consacre spécialement à honorer le Saint- Esprit , et à célébrer les merveilles qu'il a opérées sur la terre , redoublons nos instantes supplications, pour qu'il daigne descendre sur nous, comme il descendit sur les apôtres; et répandre dans nous , aussi ignora ns , aussi charnels, aussi ^bibles qu'ils étoieut, la lumière dont il les éclaira , la piété doat il les sanctifia, la force dont il les anima.

Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix; je ne vous la donne pas comme le monde la donne^ ]ye monde promet Ja paix ; mais est-il en son pouvoir de la donner? Tous les biens qu'il offre , sont des sujets de contestation , des matières ix querelles. Ses Çaveurs ne peuvent , ni suffire à tous ceux qvû y prétendent, ni satisfaire ceux qui les obtiennent. Celui qui en est privé , les désire avec ardeur; celui qui en a acquis, en voudroit encore davantage. Chacun

DES £rANGlL£5« S 3

aspire à ce qu'il voit posséder aux aulres.

Ainsi , la paix que le monde fait espérer dans la jouissance des biens qu'il étale, n'est qu'une continuité de jalousies , de soupçons , de disputes» de combats. C'est une paijt mensongère, qui ne vous est offerte que pour vous entretenir plus sûrement dans l'agitation et dans les dissensions. Le monde lui-même n'est autre chose qu'une arène ouverte, où on s'efforce mutuellement de se renverser; où chacun , occupé de supplanter les autres, travaille sans relâche, tantôt à leur soustraire avec adresse, tantôt à leur arracher avec violence ce qu'ils possèdent. Vous croyez qu'en atteignant l'objet de vos vœux vous parviendrez h la tranquilHlé , et que vous n'aurez plus qu'à en jouir en paix : c'est une illusion qui vous flatte , mais qui vous égare , en vous présentant ce que vous souhaitez, pour-ce qui doit être. Ne sentez -vous pas d'abord qu'alors il vous faudra défendre ce que vous aurez acquis. Et l'expérience ne vous apprend-elle pas de plus, que vos désirs, s'accroissant avec vos jouissances , offriront toujours à votre cupidité de nouveaux objets à poursuivre. Quelle différence entre cette paix du monde , sans cesse espérée , et jamais obtenue , et celle que promet et donne Jésus-Christ ! qui est tout h la fois, et la paix de la société par l'extinction des rivalités, et la paix du cœur par le calme des passions* Les biens qujp Dieu distribue, parlici*-

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pant h son infîoitéf peuvent appartenir à tous» sans le détriment d'aucun. C'est un trésor oh tout le monde peut puiser sans cesse, sans jamais le diminuer. Ainsi , il ne peut pas devenir un sujet de jalousie. Au contraire , plus on en a obtenu , plus on est aise de ce qu'en obliennenl les autres. La charité jouit des grâces accordées au prochain , comme do celles qu'elle a reçues elle-même. La paix du juste est inaltérable : elle ne peut être troublée , ni par la poursuite des biens temporels , qu'il ne désire pas; ni par celle des biens spirituels, qu'il n'envie pas; ni par lés calomnies , qu'il dé-daîgne; ni par les injures, qu'il oublie; ni par les offenses, qu'il pardonne; ni par les întén'fts, qu'il sacrifie; ni par les prétentions, qu'il réprime; ni parles passions, qu'il étouf&. Celui-là est toujours en paix avec les autres , qui est en paix avec lui-même et avec Dieu.

Que votre cœur soit sans trouble et sans crain* te. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m'en vais , et je reviens à vous. Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m'en vais à mon Père ; car mon Père' est plus grand que moi. Je vous l'ai dit maintenant s avant que la chose arrive ; afin que vous croyiez lors^ quelle sera arrivée. Jésus-Christ avoit annoncé à ses apôtres la perte qu'ils alloient faire deluî. Ils en étoîent dans Je trouble et dans l'aflliction. Ces sentimens étoient la suite de l'attachement

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qu'ils lui portoient. Quoi de plus naturel que de . ;s'afflîger au moment de perdr^l'objet qu'on aime! quoi de plus juste que de regretter un Maître aussi bon, aussi pariait, que celui dont Us alloient être privés ! Pourquoi donc le diyin Sauveur paroît-illeur reprocher leur douleur ? Gom- , ment peut-il attribuer au défaut d'amour pour lui , ce qui est l'elTet même de leur amour ? Sans doute, les apôtres l'aimoient» et l'aimoient avec tendres^; mais encore charnels, ils ne l'aimoient pas comme il doit être aimé , comme il veut l'être. Et s'attachant h lui, ils na l'envisageoient pas avec des. j^i^ux assez purs. Leur amour, le considérant uniquement comme homme , ne s'élevoit pas encore jusqu'au mystère de l'Homme-Dieu. Tout occupés du bonheur de sa présenceiVensible, ils ne concevoient pas que, retourné auprès de son Père, il pourrolt continuer d'être avec eux pour les assister. Ils le croyoîent perdu pour eux entièrement, dt^pour toujours. C'est ce sentiment trop humain que Jésus-Christ cherchée rectifier. C'est cet attachement terrestrequ'ilveutpurifier. S'ils aveient pour lui un amour plus parfait ,* s'ils conûdéroient dans lui, non l'homme que pendant trois ans ils ont suivi, dont ils révèrent la doctrine) dont ils admirent les miracles , dont ils chéris-, sent la personne, 'mais le Dieu qui ,. descendu en terre pour faire leur bonheur , remonte aux cieux pour le consommer; qqien les laissant dans III. ^ 2

«6 BXPLiCATIOir

«e monde, ne les y abandonnera pas, mais sera toujours au milieu d'eux jusqu'à ce qu'il les fas&a Tenir à lui; au lieu d'être dans la douleur» ils ^croient dans l'allégresse : et Lien loin de regarder son retour vers le Père céleste , comme un malheur peureux, ils y verroient up bonheur supréi^e'.

Ces paroles de Jésus-Christ peuvent êlre appliquées à nous-mêmes, et nous servir de conftolation dans Fun des plus grands chagrins de la yie, lorsque nous perdons des parens, des amis » dont les vertus nous donnent droit d'espérer qu'ils sont entrés en possession de la récompense céleste. Quel adoucissement plus puissant pour notre douleur, que de penser qu'ils sont maintenant au comble de la félicité; que de cette malheureuse vie , sujette à tant de traverses , de peines et de calamités , ils ont passé à une vie imperturbablemeni et éternellement heureuse; qu'ils ne sont pas morts pour nous, et qu'au sein de leur gloire, il continuent de nous aimer , et de s'occuper de nous ; que pour des amis quo nous avons perdus sur la terre, nous avons acquis des intercesseurs dans le ciel ! Ce 'que dit ici le Sauveur , les martyrs » marchant au supplice, le répéloient à ceux qui leur témoignoient leur attachement par des larmes : Si vous nous aimiez, au lieu de nous plaijfidre^ vous nous féliciteriez ;ôtt lieu de pleurer sur nous, vous vous féjouiricz de poire jsort. ]Bn voyant nos tortures.

pensez à l'immease félicité qu'elles vont nous ptTOcurer; et songez que des mains des bourreaux qui yon^t nous tourmenter^ nous volerons dans les bras de Dieu , élendus pour nous rec«* ¥OÎr. Non , il n'y a que la religion qui puisse donner à de tels regrets de vraies consolations; parce qu'elle seule peut, au-delà llu malheur, en poser le dédommagement. La raison ne peut donnera l'affliction d'autre soulagement que l'irréparabilité de la perle , plus propre à irriter la douleur, qu'à i'adoucir> Qu'ils soient inconsolables, on le conçoit aisément, ceu?c quj, n% voyant rien au-delà de la vie présente, croient les objets de leur attachement tombés dans le Béant , et perdus à jamaU pour eux. Soutenu dans son affliction gar la foi , ranimé par l'espérance , le chrétien contemple ceux qu'il aima , qu'il aime encore , en possession de la félicité que leur ont méritée leurs vertus. Il s'unit k eux par ses vœux , par cette communion précieuse qui est entre les saints du ciel et ceux de la terre, en attendant qu'il s'y réunisse entièrement dans le céleste séjour.

Les apôtres ne comprenoient pas encore ce que leur disoît en ce moment le Sauveur, Ils ne concevoient pas comment ce pouvoit être une ' marque de leur amour pour lui, de se réjouir de son éloignement. Il veut cependant le leur dire , parce qu'ils le comprendront no jour. Ils h comprirent en effet pleinement , lorsque l'Es-

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prît saint, dissîpantle s ténèbres quî offiisqaoient lôiir esprit, leur eut fait voir à découvert toute vérité; et que rappelant h leur mémoire tons les discours de Feur divm Mailre , il leur en eut développé le sens clairement. Ils sentirent altfrs que sa séparation étoit encore un de ses bienfaits; et qu'ils dévoient se réjouir d'abord pour hiî , de ce qu'il étoit rentré en possession de sa gloire; et ensuite pour eux-mêmes , de ce qu'il étoit allé la leur préparer. Ce qu'il dit à ses apôtres , il le dit pareillement à nous tous. Il nous a prédit les choses qui dévoient arriver, afin qu'après leur accomplissement nous crussions. Nous les voyons effectuées , les choses que Jésus-Christ a anivwicéeS. Nous comprenons pleinement le sens de tous ses oracles que nous interprète son Eglise. Notre foi en est-elle plus ferme ? en estelle plus vive et plus active?

Jésus-Christ dit que son Père est plus grand que lui. Ce mot a été l'occasion de beaucoup de blasphèmes contre lui. Il a servi de prétexte

. aux infidèles, aux Juifs, à plusieurs hérétiques , pour lui contester sa divinité. Mais les Pères de l'Eglise les ont confondus, en leur montrant que c'est de son humanité que Jésus-Christ parle ainsi. Egal à son Père comme Dieu , il lui est in férleur comme homme. Et ainsi se concilie parfaitement ce qu'il dit en cet endroit à ses apôtres,

axec ce qu'il leur avoit dit ailleurs , que lui et

soD Père ne sont qu'un (i); que celui qui le voi(, >[plt aussi son Père (2). |Ûes paroles d^ la vérité ne se contredistei^t poiot mutuçllenieut;mais elles s'interprètent les unes par le3 autres »«t se doonent ainsi une clarté et gne force réciproques. Je ne tnenlreliendrai pas. plus long-temps avec vous; car le Prince c^e ce mande va venir ^ et il ,n\a aucun droit s^r moi* Mais afin que le monde connaisse que j'aime mon Père y c'est pour cela que j'agis conformément à ce que tnpn Père m'a ordonné. Levez-vous, sortons d'ici. C'étojt dafis le cénacle , immédiatement après sa dernière cène » au mqment de marcher à sa passion, que Jésus-Christ tenoit ce discours à ses apôtres. Il ne lui restoit que peu d'instaqs à s'entretenir avec eux, et il le# empVyoit^ les préparer à la douleur qu'ils alloient ressentir; il leur en présentoit les consolation^. Ce dernier discours de Jésus-Christ avant sa mort, que l'évangéliste saint Jean rapporte en entier, est du commencement à la fin l'expression 4e la tendresse la- plus touchante. C'est le dernier adieu d'un père à ses enfiios. Il semble partagé entre l'empressement d'aller <mi l'appelle l'ordre divin, et la douleur de quitter ses disciples chéris, et de les laisser aussi peu instruits et' aussi charnels.

(1) Fgo et Pater uninA sumus. Jotm. x. 3o. ^ (il) Qui videt me , vidct cnm qui inisit me. Ibid. 3hi. 4^' Qui vidct qie , videt et Patrem. Ibid. xiv, 9.

ÎO EXPLICATION

Mais enfin h dernier moment arrive. II va partir pour se mettre entre les mains de son ennemi , du Prince de ce monde , c'est-à-dire du démon , à qui le mowle s'est soumis par ses vices , et qui exerce sur lui sa domination.

Ce n'est pas ^e ce tyran du monde ait aucun droit sur J^us-Christ; son pouvoir ne s*étend que sur ceux qui 99 sont livrés à lui. Depuis notre baptême, iè démon n'a de pouvoir sur nous que celui que nous lui donnons. Ainsi, il ne pouvoit par lui-même en avoir aucun sur le divin Sauveur, que f union intime de la divinité avec l'humanité rendoit impeccable. Mais Jésuâ- Christ va lui en donner, en se chargeant des péchés de tout le genre humain. C'est dans cet état y c'est rovêtu de toutes les iniquités qui ont été et qui seront à jamais commises , qu'il Ta •e présenter à toute la rage de son ennemi* Et quel est donc le motif qui l'engage, étant affranchi de sa puissance , à s'y soumeltre ? et pou** vaut se soustraire à ses fureurs , à s'y livrer ? C'^ l'amour de son Père , c'est Tobéissance à •a volonté , qui le conduisent. Il vu consommer le graiîd ouvrage pour lequel son Père l'a en-, voyé. Pour être commandé, son sacrifice n'en est ' pas moins volontaifç. S'il nous est enseigné qu'il a été obéissant jusqu'à la mort de la croix (1) , il nous est également révélé qu'il a été oiferl parce

(t)IIaiiiiliaTit stimétîpsum, factut obèrent ut^« ad mor- Imb, mortcm autem cnicia. Phiti^. u. 8.

tES ÉVANGILES.' 5i

qu'il Ta voulu (i). Telle est la soumission du Fils de Dieu à son Père. Tout ce que veut le Père, le Fils le veut pareillement. Sa vofonté a le mérite de l'obéissance, et son obéissance ?e caractère de la volontés Telle doit être aussi notre soumission au Père que nous avons dansfes cieux : aus^ universelle que celle dont ^otis voyons l'exemple , elle doit obéir à ses ordres « quelque rigoureux ^'ils pa'roîssent; également vofontaire^ elle doit y plier notre volonté , l'unir à la sienne , et nou» foire recevoir tout ce qu'il nous envoie, non seulement avec résignation, mais avec joie; persuadés qu^il connolt qiiéut que nous notre bien^ et qu'il le désire autant que nous^

tV PfiEUtEli BIMAKCHB APRkS LA PENTECOTE^

Précepte de la miséricorde. Parabole de CmeugU conduisant un autre aveugle^ et de la poutre et de la paille dans l'œitl

Jé^us dit à ses disciples : Soye)i misérieôrdieu^f» Comme votre Père est p(cin de miséricorde. Ne jugez point» et vous ne serez point jugés; 0e condamnez point » et vous ne serez point condamnés; remettez, et on vous remettra; Àioti*

(»} CM»]atat €tt quk îpte Tofuit. lêa, 141^ ^.

32 EXPLIGATIOUr

nez , et on vous donnera : on versera dans votre setn une meaure bonne, pressée » entassée et qui se répandra par-dessus; car la mesure dont vous vous serez servis , sera celle que Ton emploiera pour vous. Il leur proposoit aussi celte comparaison : Dn aveugle peut- il conduire un autre aveugle ? Ne tombent-ils pas tous deux dans le fossé? Le disciple n*est pas au-dessus du maître; nms tout disciple sera parfait, s'il est commo son maître. Pourquoi apercevezvous un fétu dans l'œil de votre frère , et ne voyez-vous pas la poutre qui est dans le vôtre ? Ou comment pouvez-vous dire à votre frère :

Mon frère, laissez-moi tirer de votre œil le fétu, ne voyant pas la poutre dans le vôtre? Hypocrite , commencez par ôter la poutre de votre œil , et vous verrez ensuite à tirer le fétu de l'œil de votre frère. {Luc, vi. 36— r42.)

Jésus dit à ses disciples : Soyez miséricordieux , comme votre Père est plein de miséricorde. Entre les préceptes de l'évangile , un de ceux qui sont le plus fréquemment répétés , le plus fortement intimés, inculqués de plus de manières , est celui de la miséricorde envers le prochain. Comme de toutes les vertus, c'est celle que le divin Sauveur a le plus continuellement pratiquée, c'est aussi celle qu'il s'est le jilus attaché à noiis inspirer. Il semblerait quel-

tes i^ASeâizs. 3 5

qmfeis^ à la manière éo«i.flenpfti(o^c(«ifii4ftas foute sa religion , il n'y ait pas jlfa^tQ 4»moir. Nous le voyons se Iraospeetmit^'avQnce att^oar où , assis sur le trône de sa jMaljesté , il jugesa les vivans et les bmm4s» annoiioer', pour règle de ses arrêts , la manière dont on auva oxeroé les œuvres de miséricorde- envers lui , 'd(!ins fn personne de ses frères ; appeler à partager son royaume éternel ceux qui auront soulagé leur misère; repousser dans les flammes étemelles, préparées au démon , ceux qui s'y seront toujours montrés insensibles. Dans cet évangîler, il nous présente le modèle de cotte vertu. £t quel grand » quel admirable modèle il f^ropose h notre imitation I C'est la miséricorde de Dieu qui doit être la règle do la nôtre. Immense devoir ! * qui , pris h la lettre » seroit impraticable , «dont nous ne pouvons pas même mesurer l'étendue ; car il ne nous est pas donné de comprendre l'infini. Mais dans l'impuissance d'atteindre ce modèle , il faut l'avoir devant les yeux pour lui ressembler autant que le permet la foiblesse de notre nature. Nous trouvons dans la miséricorde divine deux caractères principaux^ que nous devons nous eflbrcer de donner à la nôtre ; elle embrasse tout , elle s'étend à tous les genres de bienfaits. A son exemple , la nôtre doit avoir cette double universalité.

En premier lieu , elle doit «ompi^ndre tous . les hommes sans exception j grands et petits ,

14 HMJCATIM

âToient e^mu ee tettUBeal précieux que T Auteur 4e la Bftlare a mif èÊn$ nos aines pour aos •ombiablea^ et qui fait qu'aucun homme n*eat étranger à «n autre bomine. Mais combien »

dans la Uil chrétienne» il est encore étenda» fortifié , perfectionné I Corabmi la charité » prescrite par la rellgiom^ est supérieure k ThuiuaiiKé qu'inspire la nature » et dans son motif, et dans ses règles et dans ses vues , et dans ses effets ! Elle ne nous défend pas , sans doute ^ de distinguer dans notre attachement et dans nés services» ceux avec qui nous lient des relations plus particulières de pareulé, d*amiiié, de société, depalriob Ce qu'elle défend, c'est d'excepter qui que ce soit de son affection ou de sa bienfiiisance. Elle permet les préféreuces , elle condamne tes exclusions. Tous nos frères ont des droits sur nous; quelques-uns en ont de plus spéciaux. Nous ne péchons pas en aimant , en obligeant les uns plus que les autres; nous pééfaons, s'il y en a un seul que nous n'aimions pas» ou que nous ne soyons pas disposés à liervir.

En second lieu » noire charité fraternelle »

telle que la bonté paternelle de Dieu » doit embrasser tous les genres de bien. Dieu nous a donné tout ce que nous avons, et de l'ordre spi* rituel et de l'ordre temporel. Pour lui ressembler, nous devons à nos frères les secours de

DES ifinGiLEif 5â

Tune et de Taulre espèce* Leurs nëcessilésiftielcopques sont des dettes pour nous. Notre devoir à4eur égard, a pour étendue tous leurs besoins; pour limite » uniquemwt notre impuissance,

JVe Jugez points et vous ne serez point jih* gés ; ne condamnez, point , et vous ne ^ez point condamnés. Afvhs aTMr d#nné le précepte général de la miséricorde, le divin Sauveur pass« à ses diverses branches. Il commence par in^ terdire le jugement téméraire; péché opposé « non seulement à la charité, mais à la justice; germe fécond d'un grand nombre d'autres péchés , et malheureusement très multiplcé dans le monde.

Il ne faut pas se figurer que, dans la prohibition prononcée par Jésus -Christ, soit compris tout jugement sur le prochain. D'abord, c'est un devoir plus encore qu'un droit, dans ceux que la Providence i^ chargés d'une supériorité^ de connoitre ceux qu'elle leur a subordonnés^ et de juger leur personnes et leurs actions. £a* suite, ceux-mémes à qui ce fardeau n'est pas imposé^ sont placés dans la société. Les rela*tions de tout genre entre les hommes , leur dé^ peadance mutuelle , leurs devoirs sociaux réel» proquÉs les forcent à se connoitre , à s'étudier^ à«e juger les uns les autres. Si c'est ^ne obU* 4:ation de rechercher les bons , de s'éloigner des méohans , c'est une nécessité de les discerner» finvironné de toutes parts d'une multitude 4m

56 EXPLICATlOlf

coTTupteckrs» comment megaraûtirai-je de leors în»îmialions » de leurs conseib, de leurs exemples , de leurs pièges , s'il ne m'est pas permis de tes observer , et de porter sur eux un jugement, défiivorabie? Ce que je dois au prochain ne peut pas être opposé à o« que je me dois à moi-même. La eharitétie m'interdit pas ce que me pres<5rit la prudence. Mais ces deux vertus se concilient parfaitement, quand on coneidère que la charité défend , non le jugement sage ot raisonnablement motivé de nos frôres , mais la jugement téméraire. La prudence se réunit à elle pour le prescrire. Ainsi un jugement désavantageux au prochain peut être faux, et cependant n'être pa» répréhensibje, parce que les circonstances peuvent lui. donner une telle apparence de vérité, qu'on puisse sans injustice le porter ; et réciproquement il peut être véritable , et malgré cela coupable , parce qu'il a été porté sans motifs suffisans.

Le jugement téméraire peut consister en deux «hoses, ou h croire tc<^ facilement les faits désavantageux au prochain , ou à interpréter trop légèrement ses actions. On croit le mal sur'un simple aperçu, qu'on ne se donne pas la peine d'approfondir; le plus souvent sur un ouï^lire, que l'on ne se soucie pas , que Ton croindroit peut-être de vérifier. Qu'on entende une médisance qui ne soit pas hors de la vraisemblance , en voilà assez pour être convaincu du tort du

DESr ÉV^AKCriLES. 87

prochain , poar cmiceyoir de lui une mauvaide ojHBÎoD. On nVxamine point si l'homme qu^on entend n'est pas l'ennemi de celui donfil parle ; s'il n'a pas des raisons particulières de le dénigrer; s'il «tt personnellement instruit de ce qu'il raconte ; si ce n'est pas sur des relations étrangères , sur éos bruits vagues qu'il 4e rapporte. Qu'il s'agisse d'une bonne action à croire , on fera toutes ces recherches ; on fie voudra y ajouter^ foi que sur des preuves convaincantes. On se rend difficultueux sur le bien » on est crédule pour le mal.

Ce qui est plus t^riminel encore» et peut-être piuscommun, c'est la liberté qu'on sedonned'interpréter les faits au gré de sa malignité. C'est ainsi que les Juife «ttribuoieot la vie austère de saint Jean à la possession du démon; et la vie commune que menoit Jésus-Christ , à l'amour des plaisirs et des pécheurs (i). A cet égard on pèche de deux manières : ou en jugeant les actions par les hommes» et en les empoisonnant par les intentions dont on les suppose prévenues; ou^n jugeant les hommes pkr les actions , et en attribuant à une profonde dépravation ce qui peut être l'effet .de l'ignorance , de la surprise on de la foiblesse. Une action est-elle bonne ,

(i) Venit ehim Joannes neque inandacaii$, neque bibens , et dicnnt : Daemoniam habet. Venit Fîlius hominis mandncans , et biben» , et dicnnt : Eccè homo vorax , potator yini , -].mbiicanoruiii et peccatorum amicus. Matih, xi. 18 etig.

tft' KtMlCATIOlf

OQ rûopiite à des motifs yieieux^ est-elle éqdl* Toque» on la prend du côté le plus fâcheux t estelle mauvaise» on en tire les conséquences les plus outrées* Ainsi , par les plus injustes des )ugemens» tantôt on suppose le mal» tantôt on l'exagère. La prétention la plus ordinaire » sou-» ▼eut la plus mal fondée» mais constamment la plus dangereuse» c'est de se connoilre en hom« mes. On se pique de démêler habilement le ca**^ raclère» de décider avec certitude sur des rap'^ prochemens faits arbitrairement » de gestes » de discours » d'actes souvent échappés au hasard ^ quels sont les principes » les mœurs » les inclina* tiens» la conduite» les projets d'àutrui. On érige dans son esprit un tribunal où le prochain est cité » jugé » condamné avec aussi peu d'équité que d'autorité» avec autant de légèreté que de présomption. Et ne cherchons pas à nous justifier sur ce que nous ne produirons pas au dehors nos jugemeus; ne nous flattons point d'être innocens» parce que nous ne sommes point cou*, pables de médisance. Ce n'est pas seulement de médire » c'est de juger que Jésus-Christ nous défend. Qui êtes- vous pour juger votre prochain» nous disent les apôtres (i)? Pour eonnoitrele vice et le danger de cette liberté» considérons quels en sont les principes et les effets.

^i) Tu quis et , quijndicas aliennm semim? Ûornino fuo stat , «ut cadit. Jtom. xiv. 4*

Tu. aoteiu ^uiâ es» ^ui jadicas proxinuuDr? Jacob- it. ëii

est iTàlf«ILB§. ^

Ré montant à l'origine des JAigemén^ Miipérai*^ res» nous découvrirons qu'ils sost presque tou^ jours produits par Tune de ces trois causes Dans les uns» c'est i'enyie. Jaloux d'une vetiu qui offusque, d'une réputation qui imporlun%^ d'une élévation qui irrite, on se dédommage do chagrin qu'elles produisent, par le plaisir qu'on ressent à les rabaisser. Dans d'autres, c'est 1W'« gueil. D'abord, la censure est une sorte de su^ périocité que l'on exerce : ensuite on se compare intérieurement k celui que Ton déprime; on se glorifie d'être meilleur que luL Dans quelques-uns enfin ^ c'est désirer d'excuser ses vl^ ces, et d'en diminuer à ses propres yeux la grîèvelé ^ par le nombre de ceux 'jUi y sont sixjets^ C'est le criminel qui se flatte d'échapper à la condamnation , ou de l'adoucir en multipliant ses complices. Ce sont là les principes ordinaires de la précipitation , de la légèreté, de la témérité de nos jugemens. Ainsi les juge^ mens téméraires^ d'une part sont très communs, parce que leurs causes sont dans la plupart des hommes; et de l'autre sont nécessairement répréhensibles,. parce qu'ils sont infectés du sentiment qui les a produits.

Si. des causes du jugement téméraire , vous descendez à ses effets , vous en découvrirez encore plus clairement le vice. Qui pourroit calculer tous les maux qu'il a produits dans li monde P Combien d'éloignemens , d'inimitiés ,

4o nxvucktion

de haines, de calomnies, de queTélles, de guerres , n*pnt pas eu d'autre orrgîne ! Il ne faut qu'un jugement téméraire pour amener par la suite le refroidissement des amitiés les plus anciennes , la division des familles les plus unies , la séparation des mariages les mieux assortis , la dissolution des sociétés les mieux cimentées. C'est l'étincelle qni commence l'incendie.

Vous TOUS êtes souvent offensé des jugémens que l'on a voit faits de vous; vous vous êtes plaint avec amertume de la légèreté avec laquelle ils a voient été portés. Ne sont-ils donc répréhensîbles que quand vous en êtes l'objet? Prétendezvous avoir vis-à-vis de vos frères des droits qu'ils n'aient pas envers vous? Une loi éternelle, dictée par la nature, consacrée par la religion , Vous ordonne d'être pour vos frères ce que vous désirez qu'ils soient pour vous. Dans ce précepte sont compris tous vos devoirs envers eux. Jugezles, comme vousvoulez qu'ils vous jugent, avec la maturité ,. avec l'équité, avec l'indulgence que vous exigez d'eux. La pratique de cette obligation étant d'un grand usage dans le cours de la vie , exige quelque développement.

Pour éviter le péché du jugement téméraire, le principal moyen est de réformer la disposition vicieuse qui nous le fait commettre. Commençons par bannir de nos cœurs le sentiment de malignité qu'y fait naître, et qu'y fomente sans

cesse renDemi du salut; et qui » dans les actions du prochain » nous fait chercher le mal, souhaiter, de l'apercevoir, nous réjouir de l'avoir trouvé. Désirons de ne pas connoîlre de coupables, et nous en verrons beaucoup moins. Et l'un des caractères essentiels de cette charité , qui doit être le principe de toutes nos actions, n'es£-il pas, selon l'Apôtre , de ne point penser mal , de ne pas se réjouir de l'iniquité (i) ? Faisons par principe de charité , ce que nous faisons par le sentiment de l'amitié. Indulgens pour ceux que nous aimons , sévères pour les autres , nous avons dans notre injustice, selon les personnes, deux règles différentes de nos jugemens : nous jugeons favorablement tout ce que font les uns , désavant ageusement toutes les actions des autres. Est-ce que la loi de Dieu ne nous ordonne pas de les aimer tous ? Quand la charité régnera dans nos cœurs , la malignité en disparoîtra ; et nous n'éprouverons plus de plaisir qu'à voir dans tous nos frères des vertus. Quand la charité régnera dans nos cœurs , «lie opérera dans nos esprits deux effets salutaires qui rectifieront nos jugemens : elle nous fera présumer le bien , et excuser le maU

La charité (ait présumer le bien , et il est important de connoitre jusqu'où s'étend ce qu'elle prescrit , et le point où elle s'arrête. Présumer

(r) Cari tas non cogitât malui^ , non gaudet super inicjuitate. I. Cotinlh. xiii. 5 et 6.

4^ EXPLICATlOl^

le bien de son prochain , c^est penser avantageusement de lui» tant qu'il n'a pa« donné de^ motifs graves d'en penser autrement. C'est donner à ses actions k couleur la plus favorable dont elles soient susceptibles; attribuer les indifférentes à des motifs honnêtes; considérer les éqni-^ Toques sous le point de vue le plus louable. Voi- Ut ce qu'ordonne la charité; mats elle ne va pas^ ftu-delà. Présumer le bieo , n'est pas le croire aveuglément. H est tout différent de ne' pas penser le mal sans motifs , ou de se tenir assuré du bien sans raisons. Un jugement qui n'est qu^ présumé ,■ est toujour» jusqu^à un certain point suspendu : il reste dans la classe des- probabt^ Utés; il n'atteint point à la certitude. Ainsi ^ toute notre conduite à l'égard du prochain p se trouve réglée par ces deux vBrtus , qui , en se balançant wutiiellémétft / nous préservent de tout excès i par la charité qui nous attire ver» lui 9 et par la prudence qui nmis tient vis^^p-vis^ de la réserve. La charité intérêt lé jugeiàent téméraife; laprudence^k coufiance rndiserètcr La charité noys ordonne d'avoir de tous noa . &ères la meilleute opinion que nous pouvons > la prudçBce, de ne pas nous livrer inconsidé^ rément II toutes sortes ie personne)»^

Quand nous disons que la charité fait excu** ser le mid » ce n'e^st pas de l'action criminelle qoe nous parlons , la première des vertus nû peut paa être Tapprobation da vicer Le cbrétiea

BES ÈVknGltES^ 4$

le plus c^haritable est celui qui a le pfus d'hoi^^ reur du pécbé. Partout où il le voit , il le déteste/ Mais en le haïssant » il ne ^esse pas d'aimer celui qui Fa commis. Il ne confond pas dans soa aversion le criminel avec le crime. Ce n'est jamais le péché qu'il excuse ;^ c'est le pécheur qu'il ▼oudroit justifier^ Si la faute présente des cir* constances qu»puissentrOu l'innocenter, ou l'at^ ténuer, la charitér les saisît avec joie. Elle aime à penser que l'intention qut a produit une ac^ lion mauvaise» a pu n'être pas vieiettse; que peut-être celui qui l'a commise a ignoré le maf qu'il faisoit ; que surpris dans un moment d'inadvertance 9 il a pu y être entraîné sans réflexion.^ Elle na l6 fuge pas pervers , parce quUl a été coupable; ni perdu , parce qu'il s'est égarée Si ^ ce qui n'est que trop commun> le pécb4 fi*esi susceptible d^aucune exeuse; si les circon»fttanees qur raccompagnent, au lieu de le dimi^ Buer, raggraventr'si des récidives fi^uente»

prouvent qu'il vient d'an fonds de corruption , alors encore la charité exerce sur le pécAicur sa tendresse* Elle le plaint pl«»qu'eUe nele coo* damne ; elle déplore la nmlbeureiisefragîUté qui l'entraîne , elle implore pour sa conversion la miséricorde céleste,, et faisant sur elle-même uà retour, non de vaniié, mais d'bumîKté-et de ve> connoissance , elle pense que dan» les méméa circonstances elle seroit devenue peul^étpeplus erimineUe , et rend grfices & la bonté divine dt

Teo avoir préservée par son secours. Ainsi , indulgente pour les fautes excusables » compatissante pour les autres » la charité est toujours bonne envers celui qui a eu le malheur de les commettre.

It émettez, et on voiu remet tfHh C^est le second commandement que Jésus^CIirist fait découler du précepte général de la miséricorde , le pardon des offenses : commandement bien peu connu, encore moins pratiqué; commandément dont l'observation est véritablement pénible, mais en même temps, souverainement ^ juste et infiniment avantageuse.

Ce que vous interdit Tévangile» ce n'est pas de poursuivre devant les tribunaux la répara* tion du fort qui vous a été fait. Vous le pouvez sans doute, pourvu que vous observiez dans cette poursuite les r^les de la charité. Votre honneur offensé, votre fortune enlevée , votre sûreté attaquée sont des biei» auxquels vous avez droit; et la loi reKgieuse, d'accord avec la loi civile, vous autorise à ks conserver. Ce qui vous est défendu , c'est de vous faire justice h vous-même, de substituer votre volonté à la loi , votre passion.auxtrilmnaux, vos fureurs à leur» arrêts. Et considérez combien seroit inique, atroce, destructive de la société, la loi qui reraettroit à choque particulier le jugement de son injure. Quel afiroux tribunal que celui où il seroit au pouvoir de Toilensé do vérifier la réalité

de l'offense» d'en mesurer l'étendue» d'en dé^ termmer 1« réparation ! Afluan se croit outragé, parce que Mardochée lui a reftisé ses adorations.. Pour punir cette insulte imaginaire , il faudra qu'une nation entière soit exterminée.

Cette loi voas paroit onéreuse : mais réfléchissez , et vous» verrez qu'elle vous est bien plus utile encore. D'abord elle étouffe dans vos cœurs l'affreux sentiment de la haine qui vous rend beaucoup plus malheureux que celui qui en est l'objet ; elle amortit ce poisoù qui vous mine : elle tue ce ver qui vous ronge; elle éteint ce feu qui vous consume; elle vous délivre d'un ennemi intérieur plus funeste pour vous que tous ceux dont Vous vous plaignez. Ensuite portez vos regards sur les suites épouvantables qu'aura , pour toute votre vie, la vengeance que vous mé^ ditez. Car vous n'imaginez pas, sans doute, en avoir exclusivement le terrible droit. Vous ne vous figurez pas qu'interdite à tous les autres , elle ne sera permise qu'à vous. Ainsi , en tirant votre vengeance, vous autorisez celle qu'on tirera de vous. L'exercer, c'est la provoquer. Le mal. quevous allez faire, vous l'attirez sur vous-même. Mais la loi qui vous l'inlerdît, en vous réprimant, vous protège ; en arrêtant vos coups , elle détourne ceux qu'on vous porteroit ; en vous privant du triste plaisir de la haine, elle vous délivre de toutes celles auxquelles vous«eriéz en butte. Sortez des intérêts de la terre; élevez vos vues

ifi ^^PLIGATfOtr

Terslesînlércts bien outrement précieux deféternilé. Vous avez eu souvent besoin que Dieu vous pardonnât. Et ne Tavez^vous pas encore ? Quel est l'homme exempt xle péché? ce n'est certainement pas celui qui conserve la haine dans son cœur, qui y nourrit la vengeance. Vous devez h Dieu qui vous a remis vos offenses , qui vous offre de les remettre encore, de remettre ^ votre prochain les siennes« Vous fûtes offensé ; mais vous êtes offenseur. Un homme vous a outragé; mais vous ayez outragé Dieu Vous reprochez à votre frère des injures graves; mais votre conscience vous reproche des péchés énor* mes. Dieu remet votre so^t entre vos mains. Il veiit recevoir de vous la règle de sa conduite à votre égard. Votre jugement envers celui qui vous offensa^ va devenir son jugement sur yous^ JiemeUeZy et il vfius nera remis. O pacte plein de charité ! O justice de notre Dieu infiniment mir ^jéricordieuse! Quelle proportion y a-t-il entre ce qu'elle demande et ce qu'^elle accorde? Comparons injure il injure^ offenseur à offenseur, pardon à pardon. Que popyons.-nous opposer , que l'équité de cet arrêt ne confonde aussitôt ? J^'injure fut trop grande : celle^que j'ai reçues de ioi le sont-elles moins ? Mon ennemi a méconnu la distance qui est entre nous : celle qui 'me sépare de toi n'est- elle pas infinie? Je l'avoî» comblé de bienfaits : app];pchent-i)s de iceux dont jje t'avoîs accajblé ?

BU £và|fGfL|SS. 47

Bénissons donc , béuîssons à tous les mom^ns r

de aotre vie la loi tutélaire qui nous interdît la vengeance,. Si elle nous semble rigoureuse , elle doit nous paroitre encore plus utiie* Si nous en sentons le poids, reconnoissons-en le bienfait; et av.oupns qu'elle nous est bien plusavantageuse encore qu'aux ennemis qu'elle nous ordonne d'épargner.

Donnez, et on vous donnera; on répandra dans vofre sein une mesure bonne, pressée, entassée , et qui se répandra par-dessus : car la mesure dont vous vous serez servis, sera celle qu'on emploiera pour vous» Le troisième précepte de miséricorde que donne ici Jésus- Christy est Taumône. Le partage inégal des biens entre les hommes , comblant les uns de riches- %es , et en dépouillant les autres, a été souvent un sujet d'étoiinement , quelquefois m^me une occasion de murmures. Mais en élevant plus haut nos vues, nous y découvrons un but plein de sagesse. Ce désordre apparent est le fondement de l'ordre public, le principe de }a subordination , le motif de l'aiguillon du travail. L'égalilé des fortunes , en la supposant praticable, seroit la dissolution de la société. Pauvres , ne vous affligez pas des maux auxquels vous livre l'inégalité. La Providence qui veille sur vous , qui vous chérit spécialement, vous en a accordé d'immenses dédommrgcmcns dans la vie future ; et dès cette vie elle vous en prépare le soulage*

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