‹ Explication des évangiles des dimanches: et de quelques-unes des principalesChapitre 5 sur 18 · DU JOUR DE LA FÊTE-DIKU · texte numérisé non relu

DU JOUR DE LA FÊTE-DIKU

Jésus-Christ promet Cinstitulion de l'Eucharistie,

J Ésus dit aux Juifs : Ma chaîr est véritablement uue nourriture , et mon sang est véritablement un breuvage. Celui qui mange ma chair, et qui boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui. De même que mon Père , qui est vivant , m'a envoyé, et que je vis pour mon Père, celui qui me mangera , vivra pour moi. C'est Ih le pain qui est descendu du ciej. Il n'est pas comme la manne que vos pères ont mangée , et ils sont morts. Celui qui mange ce pain, vivra éternellement. {Jean Yi, 56 — Sg* )

Jésus dit aux Juifs : Ma chair est vériiablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage. Le montent n'éloit pas encore arrivé où Jésus -Christ institueroit le sacrement auguste qui le reproduit tous les jours sur son autel. Ce devoit être le dernier acte de sa vie mortelle, le dernier prodige de sa puissance, le dernier monument de son amour,r C'é-

toît par là qu'il devoit clore sa carrière; et après avoir fait au monde un don aussi admirable , il ne lui restoit plus qu'à le quitter. Mais dès les premiers temps de son ministère , il veut annoncer aux hommes l'immense bienfait qu'il leur destine; disposer leurs esprits à croire le plus grand de tous ses prodiges , et mettre par là leur foi à l'épreuve la plus délicate qu'elle eût encore sable. Cette épreuve se trouva trop forte pour quelques-uns de ceux à qui elle fut proposée. Nous apprenons do l'évangé'iste qui la rapporte , que beaucoup de ceux qui avoient été jusque là les disciples du Sauveur, trou?èrent ce discours si dur, qu'il étoit impossible de l'entendre; et que dès ce moment ils se retirèrent de lui, eî cessèrent de le suivre (i). Après quinze cents ans, de nouveaux capharnaïtes ont élevé leur tête altière contre le dogme précieux de la présence réelle de Jésus-Cbrist dans l'Eucharistie. Zuingle et Calvin, abjurant la foi que consacroit le respect de tous les pays et de tous les siècles chrétiens , se sont , comme ces disciples mal affermis, éloignés du divin Sauveur, bannis de sa compagnie , séparés de «es apôtres , et ont entraîné dans leur criminelle scission leurs malheureux sectateurs. Ils vont

(i) Mulli ergiS andicntes ex discipulis ejiis , dixcrunt : Durus est hic scimo , et quis potcst eum audire.... Ex hoc multi discipnlornm ejus abierunt retr6 : et jaftinon cum illo ambnlabant. Joan. si. 6i — 67.

66' ÉXPLICiTIOÎT

chercher dans les annales deTEgllsc les «lYiteui's de leur secte. C'est J4j»C|u'à l'évangile qu'il leur feul remonter, G'esl dans la synagogue de Gah pharnjjtuui , oii Jésus-Glirist cnseignoil la doctrine de s6n sacrement , qu'ils trouTeront les fondateurs de leur école.'

Si le divin Sauveur, dans son- infinie bonté, en nous promettant un grand bienfait,* eut ajouté celui de nous en laisser le choix , eussionsnous osé demander , eussions-nous même pii imaginer celui di^nt il nous gratifie. dans l'Ei»chnrislie? bienfait infini qui excède la raiscn humaine, et épuise la puissance divine. Non*, nolis osons le dire , Dieu tout bon , tout-puissant, no pouvoit nous faire un plus grand don » {Puisque c'est lui-méùie qui se donneii notiâ tout entier. H renverse toutes les lots de la nature ; et par un prodige qui en renferme une multitu^ de d'autres , il vient opérer avec nous l'union la plus intime , la plus admîrable'que peut inventer, non seulement l'amoup profane , mais l'amour divin. Ge n'est pas seulontent l'uniion morale de la soumission avec l'autorité, de ki veconnoissance avec la grâce , de Famour avec l'amour; c'est une union physique, substantielle ^qui coirroone toutes les îwitrcs , les complète, les perfectionne, les resserre. Gelle prédeuse union' nons rapproche d'^avance Jos saints ((ui sont daus le ciel. Ifs y possèdent Dieu d'une ittanièi^ plus délicieuse;, nous le possédons d^ias

ï'trucharîslîe d*iine mîmière plus merveilleuse. Nous ne le voyons pas , comme eux , face à face ; maïs nous le portons au dedans de nous : et en nous rendant , autant que la foiblesse hutnaîne le permet, semblables ht eux par noire sainteté , la communion est le gage et lagarant de notre réunion avec eux dans le séjour de la gloire. Celle que la perfection de ses vertus avoit fait choisir pour devenir la mère de son D!et>, lorsqu'elle le portoit danis ses flânes, s'écrioit dans le transport de sa reconnoissance : Le Tout- Puissant a fait en ma faveur de g{*andes choses. En se retirant de la table sainte , chargé de son Dieu , le chrétien n'ff^t-il pas droit de se féliciter de même? Aussi , avec quel enthousiasme les Pères de l'Eglise célèbrent celle union ineffable 1 L'âme , dit Tertullien , est engraissée de Dieu même (i). Saint Ghrysostôme exhorte les ini* tiés à ne faire qu'un seul corps avec Jésus- Christ, non seulement par la charité, mais dans la réalité , et Ir se mêler à sa chair (2). Saint Cyrille de Jérusalem déclare cjue dans la*

(1) Caro corporeet s&ogaine Ghriâti vescitar, ut et aninui de Deo saginetur. Tertull. de resunvct» camis. ynt,

(1) laitiati dicti» obscquaùtur. Ut ci^ù non soliim pcr di^ Icctionem, sed etiam reipsâ cnm iilA came comoiisccaranr, td quod efficitur per cibum-qbem-'illc ilcdît, lit os tendu t nobit qoanto erça nos fervcat amore, se nobiscotnmiscuit, «^ in unum corpus totum constituit, ut unum siuius , quasi corpet junctum capiti : nam ardentis amoris, hoc est iadiciunu' S, Chrj'sostom, , homil» v.ji. In. Joatu cap, m»-

communion on ne fait avec Jésus- Christ qu'un même corps et un même sang; que nous devenons les porteurs du Christ , lorsque nous re-«cevons dans nos membres son corps et son sang (t). Saint Cyrille d'Alexandrie compare à deux cires fondues et mêlées ensemble pour ne faire qu'une masse , l'union qui se fait entre la chair et le sang de Jésus-Christ , et celui qui les reçoit; union tdle , que Jésus-Christ est dans lui, et lui dans Jésus Christ (2). Mais pourquoi rechercher toutes ces expressions , pour développer un prodige d'amour que le langage des hommes» celui même des anges ne pourroit jamais exprimer ? Il n'est pas plus accordé à notre cœur de sentir toute l'étendue du bienfait , qu'à notre esprit de comprendre toute la profondeur du mystère.

Gardons-nous cependant de nous faire de noire union avec le divin Sauveur dans l'Eucharislie , une idée charnelle et grossière. Ne croyons pas qu'il se fasse du corps de Jésu9'

(i) Nam in figura panis datur tibi corpus, et in figura Tiui datur tibi sanguisj ut quiim sumpseris coqnis et saugiiinem Christi f concorporcus et consangnineus ipsi efficiaris. Sic et enim Ghristifcri efficimur, distributo in membra nostra corporc cjus et sanguine. S. Cyril. HierosoL catech. xxii. niys. trt^. IV. de coij). et sang. Domini.

(2) Sicuti enim si quis liquefactaB cerrc aliam ccram insudcrit, altcram cum altéra per Jtotum commisceat , nccesae cftt. Sic qui carnem et sanguinem Domini rccipit, cum ipso ità •conjungitur, ut Cbristus in ipso , et ipsc in Christo inveniatur. S. CyiiL.Alex. lib. 11. in Joan. caTp. 17.

Christ et du nôtre , une confusion , une identité semblable à ^jelle des chairs ordinaires dont nous faisons notre nourriture. Au, moment où les saintes espèces se détruisent pour passer dans notre sang , le corps et le sang de Jésus- Christ s'en retirent. C'est une union bien plus précieuse , bien plus inlime , qui s'opère dans l'adorable sacrement. Notre union corporelle n'est cpie le signe et le moyen de l'union de notre âme. C'est dans noire âme que Jésus- Christ descend tout entier par le canal de notre corps. C'est dans notre âme qu'il fait sa demeure, son sanctuaire, où il apporte , et ou il répand le trésw de ses mérites et de ses grâces. Il y a entre le pain matériel dont nous alimentons nos corps , et le pain céleste qui qourrit nos âmes , une dijQTérence qu'ont observée plu*sieurs saints Pères. La nourriture ordinaire que nous prenons , se transforme en notre propre substance : en se répandant dons notre sang , elle devient une partie de nous-mêmes; elle prend nos affections , et se charge de nos humeurs saines ou vicieuses. Mais par une opéra^ tton contraire , c'est noire âme que Jésus>Christ transforme en devenant sa nourrilure. Il la rend conforme h lui-même ; lui communique son esprit; répand dans elle ses propres qualités; lui don ne ses inclinations ; la pénètre de ses vertus. Dans la comoûjnion , l'âme fidèle devient plus spécialement un membre de Jésus-Christ,

^n EXPLICATION

utic portion de son corps sacré. Elle vît désor-mais de sa vie divine. C'est lorsqu'il est rempli de celte nourriture célesle» que le chrétien a droit de dire aussi exactement que saint Paul i Je vis maintenant , ou plutôt ^ ce n'iest pas moi q^ii vis , c'est Jésus-Christ qui vit en moi ( i ) ;. et ^f lus juste «litre -que le peuple <l'Israel : Il n'y a <pas de nation aussi distinguée que la nôtre « qui ait ses dieux aussi près d'elle,, que 4'est do nous noire Dieu (2). Mais aiTSsi^ doit-il ajou^ ter : Jl n'y en a pas wiequi ^t tenue à une reconnoissaucc aussi vive. Moins -nous pouvons comprendre riiQinensité du bienfait « plus nous .devons y être sensibles. Quand ce Maître supr^'me lait de son côté des choses aussi étonj3«ntes , aussi admirables , pour réaliser sou ,imio^ avoc nous, ne nous oblige-t-il pas à faire .du QÔtre tout ce qui est en notre pouvoir, pour perfectionner notre union avec lui?-Que ren- .di*ai-îe an SeignetH» , disoit le saint prophète , jKHir tous ies hietAS que j'ai reçus de lui (3) ? C-harg^ du poide <l'une reconnoissance bien ph*s grande , ec^barrassés comme lui de l'exprimer dignement, cherchons , dans fexemple xaéine 4^ ixotre Dieu « dans ^a conduite envers

(i) Vivo autem , jum non c^o j vivil yerù in me Ghristu». Oaùt. II. 30.

■(a) Nec e^t alia natio tam grandi» , qus habeatdeo» ap>piK>pinquantc8 8ibi , sicut Deus noster. Deuler. it. 7.

(3) Quid retril^uam Domino , pio omnibuf quae retribuit /n^i. Psalm. «xt. 11.

nous , le moyen de nous acqutUcr. envers lui. Il se donne à nous tout cnlier, son corps , son sang , son âme, sa divInUé. Dans Fexcès de sa libéralité il ne se réserve rien. Donnons-nous de même à lui entièrement et sans réserve : noire corps , pour qu'il soit son temple vivant que ne souille rien qui lui déplaise ; noire sang^ pour le répandre à son service , si ce sacrifice lui dcr vient agréable; notre ame avec toutes ses far cultes ; notre mémoire, afin qu'elle nous rappelle sans cesse ses bienfaits et ses préceptes; notre intelligence , pour qu'elle .médite continuellement sa loi çil nos devoirs; notre volonté, pour la coiï former entièrement à la sienne; notre cœur, pour n'aimer jamais que lui , ou en vue de lui. Et dans cet abandon absolu de nos personnes , que lui donneronsrnous qui appror che de ce que nous recevons de lui ? Ne resierat-il pas toujours un intervalle immense entre ce que doit, et ce que peut notre reconnoissance ? N'est-ce pas dans lui une bonté, une condescendance infinie , de se contenter de si peu, eu Bous accordant autant?

Celui qui mange ma chair et qui boil mon sang, demeure en moi , et moi en Lui. De même que mon Père qui est vivant , m'a envoyé, et que je vis pour mon Père y celui qui me mange, vivra pour moi. Ce n'est pas une existence transitoire et momentanée de Jésus-Christ dans l'âme qui le reçoit, c'est une demeure fixe et perj»

manente , qu'opère la perception de son sacremenl. Nourris de sa chair sacrée, nous ne vivons plus que pour lui , de même qu'il n'a vécu que pour son Père. Admirable effet de la sainte Eucharistie ! de devenir le principe , la règle » le modèle de notre vie entière. Effet que nous ne pouvons trop méditer pour nous pénétrer, et du respect , et du désir de cet augure sacrement.

Les sacremens de la loi nouvelle sont tout à la fois les signes et les causes de la grâce : les signes , par le rit extérieur qu'a institué Jésus- Christ; les causes, par la vertu efficace qu'il y a attachée. Ils opèrent ce qu'ils signifient. Entre le si^e et Feffet , il y a une correspondance entière , une exacte analogie. Pour connoitre le genre de grâce que produit un sacrement, il suffit de considérer le mode de son administration. L'Eucharistie, adminstrée en forme de nourriture, produit dans notre âme les effets qu'opèrent dans notre corps les alimens. Reçus dans un corps sain et vigoureux, les alimens corporels entretiennent sa force; ainsi l'aliment spirituel apporte dans l'âme du juste, le don précieux de la persévérance. Dans le corps qui éprouve quelque langueur, le pain matériel répare les forces perdues ; et de même le pain céleste ranime les âmes moins parfaites, et leur rend toute leur vigueur. Vous tous qui avez a**eint la perfection, ou qui y aspirez, ap-

Bl» ]fcrANGILES* j5

procbez-ToiiS de la table sacrée; tous y Irouvorez le soutien et le restaurant de votre vie spirituelle. Vous opérez Totre salut» environnés ^^ennemis qqi tous combattent sans cesse. Tell^ qu^uDQ nourriture substantielle qui augmente t^ répare les forces, la chair eucharistique répan*dra dans vous une vigueur surnaturelle , qui TOUS fera triompher de leurs attaques. Vous éprouvez au^^dedans de vous des passions qui TOUS tourmentent. Pareil à une bonife nourriture qui tempère les humeurs vicieuses , et ae^ réte leurs funestes effets , l'aliment sacré réprimera leur ardeur, amortira leur effervescence. Votre malheureuse fragilité vous expose journeilemeint à des fautes que vous déplorez/et qut TOUS désirez d'expier. Semblable encore à un* nourriture salutaire qui répare dans nos corps ce que leur fait perdre une continuelle traqspi^ ration, le pain de .vie restaurera votre âme, ci lui rendra tout ce que la dissipation extérieure •t la fi^iQ€tntation intérieure ont pu lui ôter.

Mais si le sacrement de Jésus-Christ est , aii^ai que.s'exprime le concile de Trente^ un antidote qui nous délivre de% fautes quotidiennes et tè*gères que nous fait contracter notre foiblesse ( ï ), nous ne devons pas étendre sa vertu jusqu'à lui Ultribuer le po^uvoir de remettre les prêches gra-

(i) E«t t^jin^àm antidotum quo liberemur h cnlpîf cpioHàiauu, et à peccatis mortalibiis prxscrveinnr.' Conc, Trid. Sus. viii. doct* de SS- Euchar, sacrant, cap. 9.

ves (juî opèreni la mort de l'ome. Son effet , relativement aux péchés mortels , est , d*après le concHe, de les prévenir, et non de les effacer. Il les prévient de deux manières : en éloignant de noiis ce qui nous y porte , et en nous fortifiant contre ce qui nous y engage. Mais s'il nous empêche de les commettre , il ne nous en absout pas quand nous les avons commis. Il est, selon le langage de l'Eglise , un sacrement des vivans , et non des morts. Il ne confère pas la grâce de sanctification , il la suppose. Il ne la fait pas naître; il l'augmente dans celui qui la possède déjà. Et voyez-vous que l'effet des alimens corporels soit de rappeler à la vie ceux qureii sont pri,vés? Les tnorls, sont dan^ Tliopuissance d'en prendre : mais il y a à cet égard une différence effrayante pour les morts spirituels. Ils ont Je Mal pouvoir de recevoir le pain céleste; mais c'est pour aggraver encore leur état de mort , et. le rendre plus affreux, . * Quelle épouvantable idée nous doiide le grand aDQlrp^^ de ceux qui reçoivent Jésuè-Chrîst dans uûe.ârae souillée ! Ils se pendent coupables du corps et du sang de Nolre-Seîgneur (i). Quand ^iQû^ pensons au forfait qui immola Jésus-Christ sur le calvaire, nous sommes saisie d'horreur. Ccfui qui le profane sur Tautel/en est le renou-

(j) Itaquo <juiçumquc mamlucavcril paneni hune, re\ hï- Lerit caliceç;! Do^ini indigne , rcus crît corporis et sanguinis Domini. I. Cor. xi. 37.

DJÈS àVANÎGlLES. y 5

vellement : c'est un ts^urêén déicide qui même réunit des circonstances plus odieuses que le premier. Siles Juife, dit S. Paul, eussent connu lé Maître de la gloire, ils ne l'eussent jamais crucifié (i)« Leur aveuglement étoit Criminel , sans cloute; mais c^étbit un aveuglement : et ce Sauveur plein de bonté, pouvoît encore présenter pour eux cette excuse : Pardôiineis -leur , ô mon Père, ils ne savent ce qu'ils font (2). Mais le profanateur conneit pleinement, et la sainteté du Dieu qu'il vient outrager , et sa propre indignité , et la loi qui le condamne à s'éloigner de Pautel , et la sacrilège témérité avec laquelle il ose s*en approcher. Les bourreaux de J. -C,

' étoient , sans le savoir, les mifwstre» de sa volènté , 4es instrùmens de sa justice ^ lès exécu-

. tettrs de f ai*rêt télesle porté contre lui par luî-

- même, les consommateurs du grand ouvrage qui Tavoit attiré snr la terre. Le chrétien qui va l'at-

' taquer sur son autel, lôsacrifiei non pïis à Dieu, maïs au démoh; l'immole, n^n à la volonté divine, Àttls aux ittfstf galions! de ses passions. Le crime de ceux qui l'attachèrent sur la croix , fit le salut du monde : en attirant sur leurs t^tes la rengeance de son sang, ils en répandîrent les

■ mérites snr toiit le genre humain. Le crime de

(i) Si euim'cognpviss^t, nii|i<{H^ Dpmjpum ^orîx cmcifîxissent. i, Cor. v> 8.

(2) Pater, dimlUe illis *• non enim scjunt <juid faciimt. Luc, xxm. 34.

j6 EXPtlGATIOH

ceu]^ qui lo cruçjfiei^ $uf: TaMtel , no prpvpqti^ ^ue dos fléaux; ils détruisent, autant qu'il cs( •neux , lo bienfait àe ia rédemption. Iss pharisiens, les docteurs , les prêtres qui causèrent la mort de Jésus Christ , étoiept se$ ennemis. Il aroît démasqué leur hypMrbie» abaissé leur orgueil , confondu leurs calomnies et leurs intrî> (lies. 0» ne ?oit pas que parœi ceux ^ui demandoient son supplice» fussent W aveiigles qu'il avoit éclairés, les maladesqu'il aroit guéris^ les morts qu'il aroit rej[susctté$. Mais quels sont «eux qui viennent renouveler sa passion dan# ion sacrement? des hommes comblés de se»

bienfaits» qu'il a souvent guéris de leurs infirmités spirituelles, rendus à la vie de ^ grâce • que dans ce moment mémo il tolère , dont il aouûre les crimes, dont il supporte les offenses, dont il dissimule les outrages ; qu'il invite affectueusement à revenir à lui, à qui ii offre un généreux pardon. C'est dans le moment même où il leur donne le plus tendre témoignage de son Amour, qu'ils y répondent par 4'^ffront le plus sanglant.

Comme il n'est pas dans la religion depéchd plus énorme que la profiination du corps de Jésus- Cbrist, il n'en est pas non plus dont la punition soit plus terrible. Dès les premiers jours de l'Eglise ,. l'Apôtre déclaroît que les infirmités communes , que les morts subites , que les malheurs publics et privés , étoieut les cbAtimeps

©ES ÉVANCILfeS. y*?

des conimamoiis crkai'nelies ( i ). Bien plus cmipables que cette Eglise de Goriûthè qui eo&ip* toU tant de saints , devons^ûous être étomiéi des terribles fléaux auxquels nous sommes tm proie? Si nous voryoiHr ^otre Eglise jadis si brillante , divisée par te Schisme , ra?i^ée par la persécution, presque détruite par rinerédiilité ; %l noas voyons notre monarchie aupanf^ant si florissante, anéantie sons les coups de krérolle; M nous Toyotts ce peuple autrefois si heureux » livré à une troupe de hrtgaads furieux et crdels , qui le dépouillent et l'égorgent au gré da leur avidité et de leur rage; si nous voyons en un mot , notre malheureuse patrie , livrée tout à la fois aux horreurs de ramrrcfaie la plus humî* liante , et de la tyrannie la plus atroce; ah ! n'en cherchons pas ailleurs la cause : ce sont tant A% communions, ou hypocrites , ou scandaleuses»

qui ont attiré sur nos têtes les carreaux de la colère céleste; c^est la vapeur du sang de Jésus-Christ^ tant de fois profané, qui a amarsAé ces nuages de vengeance qui éclatent ^ur nous d'une manière aussi épouvantable.

Mais quelque terrib^s qu'ils soient , ces châlimcns sont encore fe moindne supplice de celui qui communie criminellement. J.-G. descend dans lui, il est vrai, comme dans le juste h plus pî^rfaitement disposé; mais il y descend en

(i) I(le6 inter vos multi kifitvii etinibceillcs/ct domûnnt multi. 1. Cor* xi. 3o.

78 EXPUCATION .

j uge sévère , ca Tcngeur irrité. Iji y ibscend , apportant avec lui , non pas comme à Tâine fidèle, l'abondance de ses bénédictions , mais ses plus redoutables malédictions. Nous lisons ou livre des Nombres, que l'eau Âe jalousie bue par la femme adultère, aussitôt qu'elle avoit touché ses entrailles, les déchiroit , et les faisoit tomber en pourriture (1). Jésus-Christ ne peut tenir dans une ame souillée , sans la frapper du même anathème. Il devient po^r elle un poison qui achève de la corrompre. L'apôtre nous fait sentir l'étendue de la vengeance divilne, quand il dit que celui qui mange et boit indignement, mange et boit ton jugement (2). Il le boit et le mange, c'est^k-dire, que l'arrêt de sa condamnation s'unit intimement à lui , et s'y incorpore. Sa réprobation devient une partie de sa substance ; non seulement elle lui donne , la mort, elle détruit en lui les principes de vie. . Ainsi , h la profanation du sacrement est attachée une malédiction particulière, qui reste imprimée à Tâme sacrilège. A Dien ne plaise que nous prétendions que ce crime ne puisse pas être , comme tous les autres , expié dans les larmes de la pénitence. Mais combien ce retour est difficile ! Combien sont rares ceux qui se repen-

(i)Qua8 cîim biberit, si polluta est, ^t contempto riro flduiterii rea , p<*rtransibant eam aqas xaaledictîonis , et ii^llato "ventre computrescet fémur. JVum. v. 27.

(2) Qui enim manducat, et bibit indigné , jadrcium sibi manducat cX bibit. 1. Cor, 11. 29.

DES ÉVANGILES. ']l^

tenl ! C'est le fond de rablme» dont oq ne se retire presque jamais. Au même autel où se perfeclionae la pîété, Tidipiété se consomme; et de même cjue l'âme sainte y acquiert la persévérance , l'âme coupable y forme son endurcisse-* ment. A que] excès ne doit pas arriver l'homme qui a pu se portera celui-là ? Quel frein peut retenir celui que n'a pas arrêté la crainte dé profaner Jésus-Christ ? Epouvantée elle-même de son sacrilège , Tâme qui s'en est rendue coupable , cherche un asile contre les remords qui la pour-^ suivent y dans l'insensibilité de l'incrédulité , ou dans les horreurs du désespoir. Entre les bourreaux qui crucifièrent Jésus-Christ, il s'en trouva à qui le repentir fut accordé. Les livres sainls ne nous présentent qu'un exemple de communion indigne. Juda reçoit son Dieu dans une âme souillée par l'avarice , et déjà agitée du projet de lé trahir. Aussitôt Satan entre dans lui (i); il s'y précipite en même temps que Jésus-Christ y est reçu. Il le pousse d'abord à l'exécution , et ensuite à rimpénitence de son abominable crime* La perfidie et le désespoir sont les suites , et la première peine de son sacrilège. Désolé , et non pénitent , il se livre lui-même au supplice; et ses eotrailles , comme ne pouvant pas contenir le Dieu qui y a été renfermé , se crèvent et se répandent.

- (i) Et cum inlinxisset pancm, dédit Judre Simonis Isciirtob?. Et posl buccellam , introivit in cum Satanas. Joan. xm. 26 et a^ji

ftd KXPLIGATIOH

C^ett là te pain qui est descendu au ciel, Tt n^est pas comme la manne que vos pères ont mangée, et ils sont mœis. Celui qui tnange c^ foin vivi'a éternellement. Cette manne, dont la bienfaisance divine avoit nourri le peuple d*I$raël , étoit la figure du pain sacré qu^ella distribue au peuple chrétien. Il y a entre l'une •t Tautre beaucoup de traits de conformité. Ce •ont deux nourritures descendues du ciel. La manne étoit donnée aux Israélites jSour les alimenter et les soutenir dans leur voyage, h travers le désert vers la terre qui leur étoit promise; rEucharistienous est accordée de même pour nons fortifier et nous substanter dans notre pèlerinage vers la patrie après laquelle nous soupirons. La manne étoit, comme rEucharistie , un aliment commun , dont celui qui ramassoit davantage , n^éloit pas plus nourri que celui q[ui avoit moins recjiieilli; un aliment substantiel qui tenoit lieu de toute autre nourriture; un aliment agréable qui ne laissoit rien à désirer. Mais parmi toutes ces ressemblances , Jésus- Christ remarque une différence importante. La manne, qui ne nourrissoit que les corps, n'avoit pas préservé ceux des Juifs delà mort; l'Eucharistie, en nourrissant les âmes , les en garantît. Les Hébreux périssoient dans le temps même où ils étoient alimentés de leur nourriture céleste ; et de cette immense multitude que le Seigneur avoit tirée de la servitude d'Egypte , deux

DES iVAKfiILBS» 8l

5culs homines i^rvrnrent à la. Icrre de promissioii. Hélas ! au lieu à^èlve une xtifféreDce , n'esice pos encore au coQlroire one TOssemblaiice de ]^lusf De celte quatitilé de chrétieus, rache* lés par Jésus-Christ de lu servitude du démon , nouirrid par lui de sott- corps et de son saog , combien en est-il qui ne parviennent pas au terme dé leur voynge , et qui périssent misérablement dans la route I Oà donc est Teflet de cette diagnifique promisse de Jésus-Christ, que ceM qui mangera son pain« vivra éternellement?'

Ârrêtons^nous :et pour imposer silence à nas nraraiu«^ sur les paroles de noire divin Maître» éludîons-les , et appUquons-nous à en coHnotira le sens. Quand Jésus-Christ promet la vie élerwerte k celui qui recevra son sacrement, il parle de celui qui le recevra avec les dispositions con- Tenables. La récompense céleste ne peut paa être le prix de là trédeur , beaucoup nn^ins encore du sacrilège. 8t pour célébrer cette pâque antiîqne , qui n'élbft que la figure de la nôtre , les Juifs étoient astreints à do grandes préparalîons,jugeons combien cHessontplus nécessaires encore, lorsque nous recevons le v-éritable Agneau pascal qui efFace les péchés du monde. Si la grâce que les autres sacreniens confèrent, nous impose Tobligalion de nous y disposer arec soin , quelles ne doivent pas cire nos dis* positions quand l'Auteur de la gt*4ce vienl eu

82 ' EXPUCATION

personne , ^vec la pléoUude de ses doos , s'établir dans nous I Ce n'est qu'arec ses drsdplea que Jésus-Gbrist (iiit là pâque (i). Dans le mystère de l'incarnation , il se présente humble et pauvre; il se rend dans une étable* Mms dans le mystère de l'Eucharistie , il veut être reçu avec dignité ; il se fait préparer une salle vaste H ornée (ss). Tel qu'un sujet qui s'attendà ^tre honoré de la visite de son souverain » nettoie , embellit , pare sa maison ; tel , à l'approche du Roi des rois qui v\ent de faire dans lui sa de* meure , le chrétien chassé de son cœur tout ce qui pourroit oiTenser ses regards , et orne son ùmo de tontes les vertus qui lui plakent. Dis- • tinguons donc avec les saints Pères et les conciles , deux manières de recevoir Jésus-Christ : l'une extérieure et sacramentelle , l'autre intérieure et spirituelle. Ils reçoivent Jésus-Christ sacramentalement, tous ceux qui s'approchent de soa a^Qrement , quels qu'Us soient ; piais ils n'y a que \^ justes qui le reçoivent spirituellement* Lésâmes mal préparées le reçoivent»

c'est-à-dire qu'il entre dans elles corporelle- 1 ment : mais sa grâce n^y e^tre pas. Ce n'est pas l'abondance de ses bénédictions « ce sont au contraire des malédictions qu'il leur apporte. Il

(i) Apud te facio Pascha cum discipulis meis'. Maàh. XXVI. 18. .:'.'.

(a) Ofttcndet vobis cœnaculuiA magnum sfi^tum) et ibi pa rate. Luc, xxii. la. ' « ' .

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descend dans nous^ accompagné de sesjnséparables attributs, de sa justice et cle sa miséricorde : de sa justice contre ceux qui le reçoivent sans les préparations qu*il prescrit; de sa miséricorde pour ceux qui apportent à sa réception les dispositions qu'il désire. Il ne se montre pas» clans son sacrement» avec l'appareil qui Tenvironnera dans le jour oii il dissoudra Tunivers ; mais il y exerce le même discernement des bons et des mauvais » et il y prononce d'avance sur les uns et sur les autres ses redoutables arrêts. Il nous importe donc essentiellement de connottre les dispositions nécessaires à l'Eucharistie , puisque c'est d'elles que dépendent ses effets , ou salutaires , ou funestes.

La première » et la plus essentielle , est la pureté de conscience* Le canon du concile de Trente , qui oblige tous ceux qui se sentent coupables de péchés mortels » à les déposer dans le tribunal de la pénitence , est la conséquence nécessaire des principes de l'Apôtre , sur la cornmunionindigne , et l'expression delà doctrine de tous les siècles chrétiens. Dieu et le péché sont essentiellement insociables. Le même cœur ne peut pas être le sanctuaire de Jésus-Christ , et le réceptacle du démon.Yous vous gardez de verser un baume odorant dans un vase que vous n'avez pas commencé par purger des ordures félidés qu'il contenoit. Geseroit une plus grande cxlra- Tagance de prétendre conserver la bonne odeur

de Jésus-Christ , dans une âme qui n*auroit pa» été nettoyée de ses souillures. Mais il ne faut pas croire qu\)n se mette en état de le recc- Toir , par une confession faite avec légèrelé et précipitation. Non , ils ne satisfont pas au précepte de Dieu et de son Eglise, ceux qui ne mettent entre leurs péchés et leur communion , que Tintervalle d'un examen fait II la hâte, d'une confession rapide, d'une satisfaction à peine ébauchée. Si TEgli^e ne fait plus passer , comme dans ses beaiix jours , les pénttens par des épreuves de plusieurs années , avant de les admettre au banquet sacré , n'est-ce pas une raison de plus pour nous soumettre aux préparations moins sévères qu'eUe exige? Déclarer ses péchés, n'est pas s'en repentir; se confesser, n*est pas s'éprouver; recevoir l'absolution d'un prêtre, n'est pas toujours l'obtenir de Dieu. Osercz-vous vous croire dignement disposé à la réception du corps de Jésus- Christ, en lui apportant une mémoire ftaltée du souvenir honteux de vos dissolutions; une imagination souillée du plaisir de vos crimes tout récens; un cœur encore fumant de ses passions mal éteintes; une âme qui Conserve le pli funeste de ses anciennes ha* bitudes? Pouvez-vous imaginer qu'un moment de pénitence suffise à des années de crimes ; surtout ayant la douloureuse expérience d'une vie passée dans une alternative humiliante de cMÏessIons et de rechutes; vous rappelant tant

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de promesses presque aussitôt violées que faites; tant de résolutions qui, pour échouer, n'ont attendu qu'une légère occasion ? Pour avoir droit de venir parmi les justes se placer h la table éainte, il faut Tavoir acquis par une pénitence sincère, par une pénitence éprouvée , par une pénitence que manifestent les réparations , le» restitutions, les réconciliations , la fuite des occasions, le divorce avec les objets de péchés, et au moins un commencement d'expiation. Voità les conditions auxquelles il est permis de man* ger le pain des anges.

II ne suffit pas même pour en être digne , de •*êtrç délivré de tout péché mortel; il faut encore avoir déraciné de son cœur l'attachement qu*on y avoit. Nous n*entendons point, par attachement au péché, la malheureuse concupiscence qui nous y porte , et qui nous y promet de la salisfactioUi Cette inclination dangereuse est le triste apanage de notre nature , la suite déplorable de notre premier péché. Née avee nous , elle ne mourra qu'en même tempa que nous. C'est un ennemi que nous portons dairt nous-mêmes, pour acquérir le mérite du combol, et obtenir le prix de Id victoire. Le grand Apôtre lui-même éprouvoît ce pentîhant natu-* rcl (i), principe des pFus grands désohtrei,

(i) NoQ cnim quod toIo bon uni, hoc facio : sed quod nolo malum, lioc ago. . . . Condelector cnîmlcgi Dei socundùoi ÎQtcriorcm kooiincm. Yidco autcm sâ'uim Icgettt i^ <

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tuab en même temps germe des plus sublimes vertus : fuoesle, si nous y cédons; méritoire , Si nous y résistons. Il est en notre pouvoir d'eu la ire la cause de notre perte ou de notre salut » Nous entendons, par rattachement au péché »

qui doit éloigner de la table sainte» celui qui est volontaire. C'est le consentement qu'y donne la volonté qui en fait le vice. On ne peut pas re* garder comme attachée son péché, celui qui»

attiré vers le péché par une passion violente , lui résiste; qui fait effort pour la réprimer; qui cherche à éviter les occasions » à réformer 6es habitudes* perverses. Mais il est véritablement attaché au péché, celui qui, après l'avoir déclaré, l'avmr même pendant un temps déploré, avoir mérité d'en être délivré, se complaît eneore à se le rappeler, s'arrête volontairement à ce souvenir dangereux, ne prend point contre les rechutes les précautions dont sa fragilité doit lui faire sentir la nécessité ; qui est aussi peiné du chagrin de ne le plus commettre, que du regret de l'avoir commis; qui , sans y retomber formellement, s'en rapproche souvent par des pensées qu'il ne cherche point à éloigner , par des désirsqu'il ne travaille pas à étouffer. Une conscience vidée peut-être de ses péchés , mais qui en reste imbibée, et qui en esEt encore toute dégouttante, est-elle en état de contenir le Saint

meis^ iqwgnaTitein le^ mentis mex^ et captivantem me m leQepeoeati qa» eet mix^embris mek^^om. vit. tg, ^a, 93.

DBS ÉYAKCILBS. 87

des saints ? Un cœur encore infecté de l'amour de ses crimes, peut-il ressentir pour Dieu» un amour qui réponde à celui que Dieu lui témoigne?

Ce que nous disons des péchés énormes qui privent Thomme de l'amitié de son Dieu, n'est pas également vrai des fautes moins grfives qui ne font que Taltérer. Uo des précieux effets de l'Eucharistie est, comme nous l'avons vu, de les effacer. En entrant dans notrç âme, Jésu*- Christ dissipe de son souille , œtte ponssière qu'elle contracie dans l'agitation du monde et dans le tourbillon des passions. Mais s'il n'a pas, été donné de précepte formel à ceux qui ne sont chargés que de ces péchés, de passer parletril)unal sacré pour se rendre à la table sainte; s'il ne leur est pas impérativement commandé de se purger de ces humeurs vicieuses avant de se nourrir du pain céleste, c'est pour eux une pratique souveraîncHneiil; salutaire et importante. La ligne qui çépare la faute drU crime , est souvent bien difficile à apercevoir. La méprise est aisée, surtout quand c'est l'intérêt <{aî en )u^. La passion, qui &it désirer qu'un péché ne soit que véniel , engage fecilement à le croire tel. Et quand tous ne vous tromperiez point sur l'état de votre osbscience, pouvez- vous vous dissimuler que c'est parles péchés moins graves que l'on parvient aux girâuds désordres? et que c'est sous leur ombre cps sa glissent les crimes éaor-

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me$? 'Croyez- vous eûfin que cet élal d'imperfectîen yolontaire sok bien propre à recevoir l'abondance des grêoes que Jésns-Cluîst appor* te avec lui ? La nourrriure cucliaristique pro* duit dans l'âme, de même qtie lesalimens dans le corps, des efièCs plus salutai)^, h propor-^ lion de ce quelle la trouve mieux disposée. Lu grâce du sacrement ne se- répanii d*i|is netr« cœur, qu'autant que notre cœur s'ouvre à la grâce. Est-ce donc assez à votre gré de no pas faire des communions sacrilèges? Youlez-TOus vous condamner à des ifommunionslâ-' i5hes, tièdes et languissantes ? Vous sitffit-îl que Tos communions n'amassent pas sor votre tête un trésor de colère? El n'est-H pas dans volrd intention d'en recueillir les fruits 'précieux t Pourquoi vouleK-vdus donner à celte source d*eaux jaillissantes jusque dans la vie éternelle» des canaux étroits, obstrués, dons It^squels elle filtre phitdl qu'elle ne coule, et qui ne voqs en laissent parveHrir qu'une-tnesure Wdipcre ?Oii« vn^-Iui une poi'te spaeiefctoe qui la fosse entrer à grands flots dans votre âme«

La seconde diépoftitionrndispensablemenine^ quise pour ^'approcher de la table satnto, esl une for sincère et vive de tous les myslëregde la religion, et spéeiatemeiil de ceM qui s'opère 4tns rEuehftristie par Itf présenee^ réeMe^de Jif* i^s~Christ. Pourroient-41s se croire d^nesr dé réeevoir le x*orps du Sauveur , oe«st qui uo le

DES BTARdltïBS. fl^

discertléroient pas d'une iK>tirriti]re commniie» ceux qui porteroient au banquet divin des doutes sur sa réaRté P^St ce n*est pas une foi vague , molle , et languissante qui suffit à cette grande action' : elle exige une foi active , um foi qui excite dans f âme tous les sentiment que doit inspirer un aussi immense bienfait. Il en est deux surtout auxquels tous les autret peuvent se rapporter , et qui ]sont aussi des préparations requises h la perfection du pain eucharistique : un désir ardent , un^ respeel profond du sacrement.

Ainsi , la troisième disposition est le désir vif d'opérer l'union intime de Jésus- Christ avec nos âmes. C'est lorsque vous êtes pressés A% la faim et de la soif» que les alimens vous dé* Tiennent le plus salutaires , et que vous y trouvez le plus de goût. Et n'éprouvez- vous pas au contraire que la nourriture prise sans appétit ^ au lieu de vous être agréable , vous dégoûte ; au lieu de vous profiter, vous nuit? Ainsi» la faim et la soif de raiiment spirituel » sont c^ qui lui donne du goût et de l'utiKté. Sans celt« faim et cette -soif» loin de vous fortifier , il vous rendra plus languissant encore. Et voyez combien de motifs le divin Sauveur met en mouvement , pour exciter dans vos cœurs c«' désir salutaire de la communion. Tantôt , il prend le ton de la tendresse , et vous étale toua les trésors de grâce qu'il distribue dans sob

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saoreoieot; tantôt, il passe h celui de la menace» et déclare que celui qui ne mài^^a pas son corps , et nç boira pas son sang , ne possédera pas la vie (i). Ici, il se représente sous l'emblème d'un roi qui force d'entrer à son festin » jusqu'aux pauvres , aux aveugles , et aux boi teu;i; là, il prend la figure d'un père de famille qui déploie sa colère sur les amis ingrats qui ont négligé ses invitations. £toit-il donc nécessaire qu'il employât tous ces moyens pour ranimer en nous le désir de le posséder ? Ne devroit-il pas nous su0ire de savoir que notre Dieu nous attend sur son autel , pour nous y faire voler ? un prodige d'amour aussi admi-, rable , n'est-il pas iait pour exciter tout le nôtre? Et l'indifférence que témoignent pour ce sacrement , tant d'hommes qui se prétendent, chrétiens , aW-^Ile pas un prodige d'insensibilité aussi incompréhensible ?

Ne croyons pas cependant que tout désir de la communion soit une disposition salutaire pour s*&i approcher. II peut y avoir pour l'action la plus sainte des désirs profanes ; et ce qui est plus funeste encore , c'est qu'il n'est pas toujours facile de démêler la nature de celui que l'on éprouve. Le- vice n'est jamais plus dangei^ux que quand il se pare des couleurs de la

(i) Amen , amen dico vobis : Nisi manducaveritis camem Fini hominis , et biberitis ejus sangainém, non habcbitîs vi- Um in Yobit» Joan, tx. 54*

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vertu; et de LoUjtes ;les illusions., la plus funeste , la pl^ dilGcijie à dissîpe.r, est celle qui ' tend vers le hhn par des motifs coupables. On-) peut désirer Ja communion par ostentation > . pour usurper les éloges dus à la piélé; par pté*somption et par une opinion fausse de son mé- , rite; par une bienséance, afin d^ ne pas choquer le public; par émulation, pour ne pas paroitre moins saint que tel autre; par d'autres motifs, peut-être allant et plus encore répré-. beasibles. Il est souverainement important de ^ s'examiner sur ce point; de vérifier si le désir que l'on éprouve de recevoir Jésus-Christ , est une inspiration de la grâce ou un mouvement de la cupidité. Le moyen de s'assurer quel , en est le principe , est de considérer quels en sont les effets. Voyez si au désir de mander le pain des anges, est joint. celui de vous en rendre di -, gne; si l'ardeur iqui vous porte vers la table sainte , vous porte en mépe temps à réformer vos défiiuts, à sacrifier vos inclinations, à réprimer vos passions^, ^ rectifi.er vos habitudes. Ils ne so^t pas de Dieu , ils sont de l'homme ces désirs foibles et lâches qui se terminent à souhaiter la communion , qui ne s'étendent pas jusqu'à s'y prépalrer. Est-ce désirer sincèrement: la grâce du sacrement , que de ne rien faire pour l'acquérir, de ne rien quitter pour elle , de nourrir dans son cœur des affections mon-' daines qui la contrarient? Est-ce avec cette in-

dolence que tous désirez les biens frirotes dû monde ? Espérett-vous que Jésus-Chf ist en de»^ cendant dans tous y apportera des vertus que TOUS ne TOUS souciez pas d'acquérir, et y détruira des foibfesses que vous êtes bien aise de conserver?

Si le désir voue conduit à Taulel , le respect doit vous y accompagner. L'ardeur de recevoîi^. le sacrement .devient dangereuse, quand elle n'est pas jointe à Ja crainte d'en abuser. Ce sont deux sentimens qui , en se contre-bakuçant, se contiennent réciproquemeril dans leurs justes bornes. S'il n'est pas retenu par le respect, le désir de?iendra facilement présomption; s'il n'est pas animé par le désir, le respect pourra dégénérer en pusillanimité.

Ce respect que nous inspire la conscience de notre indignité, produit en nous rfaumililé, qui est une cînqui^e disposition essentielle à la participation -de l'Ëucbaristie. Ce fut en se déclarant indigne de recevoir dans sa maison le divin Sauveur, que le eenlenier se rendit digne d'en être exaucé; et l'Eglise, en nous rappelant ses paroles au moment de là communion, nous avertit de la nécessité d'être pénétrés du même sentiment. Queiqu'abondantes , quelque par&ites que puissent être nos prépa* râlions , la. pureté, la ferveur que nous^apportons au pied de l'autel , fussent-elles , ce que nous n'atteindrons jamais , égalée à celles des

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fingej » elles laUscroDt toujours une dlstanco înGoic entre Vàme qui reçoit $od Dieu , et lo Pieu qui daigne desceadre dans plie; entre la sainteté de rhomme, et celle du sacrement ^j entre lebienfai|;, et la reconnoissanpe. Si la bonté divine ne nous permeitoit, ne nous or-r donnoit même de franchir cet immense intet?

Yalle, oserions-nous nous en croire capables? De la contemplation du divin sacrement » re-r portons nos regapds sur nous-^mcmas. Apr^ avoir considéré la grandeur, la sainteté incomr préhensible du Dieu qui se donne à nous , çoAt tidérons noire néant , la malheureuse fragilité de notre nature, nos nombreuses ippi^rfectionSi nos fautes fréquentes* Comparons ce que noii» apmmes avec ce qu'il faudroit que nous de-:

irinssionsA pour nous rendre dignes de recevoir «n nous Jésus-Christ, fltonné, confondu d« toutes les gr4ces dont la miséricorde suprême ne cesse <Je combler la race l^Mmaine , David l'éc^ie ' Qu'est-ce que Tliomme, ô mon Dieu, pour que vous daigniez vous ressouvenir (!• Lii? Qu'est-ce que le fils de J'homme, pour que vous lui fassiez la faveur de le visiter (i) ? Qu'eût-il donc dit à la vue d'une grâce bij a autrement insigne que toutes celles qu'il QO|itidéroit ?

Une sixième disposition non moias nécoi-

('j) Quid c»t bomo , quod memQr es cjut ! JJLutiSU»! h^Êf^ mit, ^«m»i» vitiUt* «vm. Pêahn. tui* 5.

saire que toutes les autres, est de bannir de son cœur toute haine contre le prochain , et de se réconcilier avec ceux qu'on peut avoir offensés. Si au pied de Tautel , au moment d'offrir le sacrifice , on se rappelle qu'on a donné un sujet de plainte à quelqu'un de ses frères ^ Jélus-Chrîst ordonne de laisser l'offrande sur l'autel , d'aller tout de suite se réconcilier avec son frère, et de revenir présenter à Dieu son offrande, qui alors lui sera devenue agréable (i). La participation aux sacremens, et spécialement à l'Eucharistie, est le lien extérieur qui , en unissant h Jésus-Christ leur chef, les enfans de l'Eglise, les réunit tous entre eux; et c'est de là qu'elle a tiré son nom de coraniunion. L'admission à la communion est un signe qu'on est dans le sein de la catholicité. L'excommunication est une sentence qui en exclut. Mais le lien extérieur est femblêipe et le moyen de resserrement du lien intérieur de la charité. L'Eglise ne réunit les fidèles dans un seul corps , que pour qu'ils soient réunis dans ude seule âme et dans un seul cœur. L'amour du prochain , si impérativement comtbaudé dans le christianisme, est-il compatible avec ies ressentimens ? L'amour même de Dieu,

(i) Si trtig6 offcrs munu^ touin ad îiltarcV et îbi reconlatus

fiietis fyxia fratcr tiios habet aliquid adTersùm te ; rclinqae

' iLi munuft f Uum antc altare , et vade priîis reconciliari fratri

tuo : et tiinc venicDS cflères ihtimié tunm. 3fùtth. t. a3,a4'

DES ikVANClLES. J)5

la première, la plus essentielle des vertus, celle qui a le plus de rapport avec l'Eucharistie, peut-il exister dans un cœur livré à la haine contre quelqu'un de ses frères? Celui, dit l'Apôtre de la charité, qui prétend aimer Dieu en haïssant son frère, est un menteur; car s'il ne chérit pas son frère qu'il voit, comment peut»il aimer un Dieu si invisible (i) ?

Enfin, une dernière disposition au sacrement , qui suppose toutes les autres , et qui les fait toutes posséder, est une piété vive et aflec' tueuse. Et devroit-il être nécessaire de nous y exciter , à la vue d'un bienfait aussi immense ? L'Eucharistie est le chef-d'œuvre , le prodige le plus incompréhensible de l'amour de Jésus- Christ pour nous; elle est donc le motif le plus fort, l'aiguillon le plus pressant de noire amour pour lui. De quelle reconnoissance , de quelle ardeur ne nous serions- nous pas sentis transportés , si nous eussions été du nombre de ces aveugles à qui il rendoit la vue, de ces boiteux qu'il redressoit, de ces malades qu'il guérissoit, de ces morts qu'il ressuscitoit dans le cours de sa carrière ? Il fait infiniment plus pour nous dans son adorable sacrement. Honteux, confus, gémissant de notre impuissance à mériter , à re-

(i) Si quis dixerit quoniaili dHigo Dcum , et fratrem suuni oderit, mendax est. Qui enim non diligit fratiein siuiin queni TÎdet, Deum cjucm non videt, quomod6 potest diligcre?

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