S8 EXPLICATION
boiteux pour être redressés. Votre place vous attend à la table du Seigneur, (Quelque nombreux que soit le festin » tous la trouverez toujours prêle. Son désir est que sa maison se remplisse, et elle est assez vaste pour vous conteniritous. Venez y recueillir la manne que le ciel fait pleuvoir sur vous; venez vous nourrir de cette chair sacrée qui s'immola pour vous sur la croix, qui renouvelle son immolation surTaulel. £n descendant dans vous Jésus-Christ y portera les biens de cette vie et de la vie future ; il répandra dans votre âme toutes les grâces dont vous avez besoin dans le temps , et y sera le gage de votre résurrection précieuse dans l'éternité.
DU TROISlkME DIMANCHE APllks LA PENTECOTE.
Paraboles de la brebis égarée et de la drachme perdue.
Lies publicains et les pécheurs s'approchoient de Jésus pour Tenlendre. Les pharisiens et les scribes en murmuroient. Cet homme, disoientiU, reçoit les pécheurs, et mange avec eux.
Alors, il leur proposa cette parabole : Qui d'entre vous , s'il a cent brebis , et qu'il en perde une , ne laisse pas dans le désert , les quatre^vingt-^
dix-neuf autres pour courir après celle qu'il a perdue, jusqu'à ce qu'il la trouve? Lorsqu'il Fa retrouvée» il la met^ plein de joie, sur ^es épaules.; et 4e retour dans sa çoaison , il asseni-* Ûe ses amis et sesTojsins, et il leur dit : Féli* cite^^mm.» parce, qjie j'ai retrouvé paa bre})is qui étoit perdue* J^ vous .dis que de ménxe il y aMra.pli)^ d^jçll^ da)|s le ciel, pour, un s^ul pécheur qui &it pénitence, que pour qiiatr^vingt-dix-i^euf j ustes q ui n'ont pas })esorn de péniteppe* Ou | quelle est la femme» qui, ayant dix drapt]imoSi».f}t< venant à en perdre une» n'ailume;pas,l{^ lampe, ne balaie pas la maison» et ne cWjche^^M ave<^ soin^ jusqu'à ce qtji'çUe la, trouve? Et Ij^r^jU^'i^lle l'a trouy.^e^ ell€>assemble ses amies etses voisioe/f ,| en leur disant : Félicitezrmoi » car }\i trouvé la drachme que j'a vois peiidue. C'est : ainsi » je vous le dis » qu'il y aura de là foje pfirmi les anges de Dieu» pour un' seul péofaetirqui fera pénitence. ( Luc xv» i — ic)
Les pupUcains et U{4 pécheurs s'approchoient de Jésus pour € entendre» Jjes pharisiens et les scribes en nmrmuroifnti Cet homme ^ disoientils, reçoit les péchçms et mange qvec fiux. Ces paroles de notre évangile présentent à nos méditations trois objets importans : l'empi'essement des pécheurs auprès de Jésus-Christ , sa bonté
iSo ' BXPLHSATIOlf '
indulgente à lear égard » et la méchanceté de« pharisiens envers lui.
Comme tout malade n*est pas désespéré, tout pécheur n'est pa» réprouvé. Mais on ne peut pas it flatter de reprendre sa santé altérée, si on te refuse aux remèdes qui la rétablissent ; et de même il est impossible de recouvrer son innocence» sans recourir h la pénitence qdi la ré* pare. Le premier pas à faire pour se déliv*<SBr des infirmités qui affligent le corps ', es* de s'adresser au médecin qui les guérit; et pareillement pour chasser de son âme les maux qui l'infectent ; il faut commencer par aller à celui qui •eula entre ses mains la guérisôn. C'est re:9temple que nous dobnent les puMicains et les pé« eheurs de cet évangile. Ils étoient dans cet état, ti commun encore parmi nous , où Toïi a perdu' nnnocence, mais non pas la fdi; où Ton n'a, ^lus la grôcë , mais où on la regrette ; où Ton n'est plus veHueux , mais où l'ottnourrit ledé-i tir de le redevenir. Ce sentiment de religion , est un dernier fil par 'lequel on tient encore à Dieu, quand tous les liens qui. y attachoient tont rompus. Heureux <jui a cbnfeerVé ce fil précieux, pour le guider daqs les routes tortueuses où il s'est égaré ! Il pourra , s'il veut t*en servir , retourner sur les pas , et regagnerles sentiers de la justice dont il s'est écarté. O vous î qui , comme ces publicains et ces pécheurs f vous êtes jetés dans ce torrent d'ini'>>
t>£8 ÉVANGILES. 1 5 t
quités qui eQtralne.«tant de monde h la perdi* lion , mais qui regardez comme eux , avec regret , le rivage dont vous êtes tombés , et qui , en goùtaat la fatale douceur du crime, en sentez en même temps les remords , approchez-* TOUS comme eux de Jésus-Christ; comme eux , cherchez à entendre sa voix. Près de lui se dissipera le charme du péché, cette vaine illusion qui vous séduit. Près de lui , vos désirs devien-* dront des résolutions; vos essais , des efforts; vos remords, un repentir.
S'approcher dé Notre-Seigneur Jésus-Chrjst, c*est d'abord se rendre aux^ instructions qu'il nous feit donner par son Eglise , et où il nous parle par la voie de ses ministres. C'est ensuite s'adonner aux pieux exercices que la re^ ligion commande ou conseille, à la prière, k la méditation , à la lecture ; fréquenter le saint sacrifice , les of&ces' publics. Pécheurs , ipà avez abandonné la voie de Dieu , n'abandonnés pas du moins les saintes pratiques qui peuvent TOUS y ramener. Quand vous n'en éprouveriez pas encore les sqlutaires effets, gardez-vous pour cela de vous en abstenir. Il est, dit le Sage , un temps de planter, et un temps de recueilh'r (i)«
Il y a des semences qui restent plus d'une saison dans la terre , et qui germent lorsqu'on avoit cessé de l'espérer. Mais que pouvez-vous
(i) Tempns plantandi ^ et tempus eTellçndi qiiod plauU^ IMB «tt. EccL, uv* ^^
l3d BXPLIGATiOH
attendre d'un champ qui o'a pas été ensémen-ce ? Le foible rejeton , né au milieu des ronces et des opines, près sans cesse d'en être étouffé , croit quelquefois sous leur ombre , et jMrTenif à les surmonter » finît pai^ les dessécher et les extirper» Ainsi» le germe précieut du salut que vous portez dans votre ame , si, au lieu de Vy laisser périr» vous Tentretenez par quelque cuirture , pourra se développer , et » malgré les plantes vicieuses qui s'opposent à son accrois-sèment , s'élever par degré» et arriver un jour ;i u point de lès dominer ; et aprè» les avoit étoufr f&es sous son ombre , finir par vous donner de» fruHs abondaqs.
Il y a sur l'usage des pieux ^ereices par les pécheurs > deux abus contraires à éviter; de les croire inutiles » ou de leur attribuer trop de vertu. Nous entendons souvent le» personnes qa^ vivent dans le désordre » demander de quoi leur serviroient les lectures et les instructions chrétiennes; prétendre qu'elles n'y apprennei^t rien ; se plaindre de n'en avoir jamais retiré au^ . €un fruit. Quand vous êtes affligé d'une iofirmité, rejetez-vous» comme inutiles» les reiftèdos qui ne guérissent pas en un jour ?St malgré les» remèdes spirituels voire conscience n'est pas encore guérie , c'est une preuve qu'elle en a encore besoin. : Le prétexte que vous alléguez de votre prétendue impuissance , montre seulement que vous aimez mieux la maladie que la
DES ÉTANGILES. iSS
guérison. Vous vous éloignez de l'in&tructîoû , non parce que vous la jugez mutile; mais, au contraire , parce que vous craignez ses effets , lés remopds qu'elle excîteroît dans votre âme , le trouble o(i elle vous jetteroit. Ce que vous devriez désirer ardeniment» vous le redoutez. C*est pour rester tranquille dans votre péché, que vous prétendez savpir tout ce qu'on peut dire pour vous en retirer. Ou vous ne le savez point du tout, ou vous le savez mal. Si vous étiez pénétré de ces importantes vérités, vivriez-vous comme vous le faites? les contredîrîez-voujB par voire conduite ?
D'un côté nou» voyons des pécheurs s'atitoriser de quelque* pratiques pieuses, qu'ils n'ont pas abandonnées, pour différer leur conversion ; se persuader que ces dévotions, dont ils ont conservé l'usage, ou* réparent les fautes qu'ils commettent journellement, ou du moins leur attireront un jour la grâce de s'en repentir; et , se berçapt de celte vaine espérance , s'endormir tranquillement dans leur péché. Grossière et funeste illusion , qui , de ce qui devroit être l'aiguillon de la piété , fait l'encouragement an crime ! Quelle ressource reste donc à la vertu ^ quand le vice vient à bout de faire servir au maintien de son empire , même ce qui a été institué pour le détruire? Ces publicains et ces pécheurs qui venoicnt auprès de Jésus-Christ , n'imaginoient pas que de s'être approchés de
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lui , l&t un molif pour persévérer dans leurr fâuled. Nous savons à quelles réparations, h quelles aumônes se condamna Zachée ; quelle austère pénitence s^'imposa Madeleine.
Quel étoit donc Te ciiarm» qur atliroit auprès du divin Sauveur ces hommes dont la conduite étoit si opposée à ses principes? quel attrait tfouvoient-il dans ses paroles qui les condam* noient ? G'étoit son indulgente bonté qui tempéroit ce que ses maximes avoient de rigide. Il apportoit la morale la plus austère qui eût jamais été annoncé , il Irouvoit le moyep de la faire goûter par la douceur avec laquelle il la^ publioit. Les pécheurs remarquoient naturellement le contraste entre les pharisiens , dont Torgueil dédaigneux les rebuloit , dont la sévérité farouche affectoit à leur égard un éloignemcnt humiliant; et ce Jésiis qui les recherchoit , qui leur parloit avec tendresse, qui avoit pour leurs péchés , non de la colère , mais de la pitié. Telle est , selon saint Grégoire, la différence entre ta vraie et la fausse Tertu. L'une inspire ïa compassion ; l'autre , le dédain (i). L'une no hait que le péché; l'autre étend sa haine sur le pécheur. L'une, en plaignant le coupable « cherche à diminuer ses torts; l'autre, tout occupée, de blâmer, se fait un plaisir d'aggr»-
(1} Ex quâ re colligite' quia Teia jnstîtia compassionem ha-^ ÏMi, falsa justitia dcdi^atioDera. S^ Greg^homiL ixxf» in, €%f«nff. fi. »*
DBS ÈVANqitJSS. 1^5
Ter tes f^BHites. Ua sont ^lu8 criminek encore^ et plus éloigaés du saiut» que les objets do leurs censures 9 ces Wmmes dont rhypocrito vanité s'efforce de cwvrir leur méchanceté sous Un fauK dehors de zèle. Parmi ces pécheurs de divers genres qui venoient se con- Tertir aux pie<ls de Jésus^hrist, nous chercherions en vain ces orgueilleux et envieMX pharisiens* ^Nous les voyons au contraire ne cesser de le poursuivre de leurs calomnies et d^ leurs Intrigues » sans que sa douceur puisse les désarmer» . sans que ses instructions puissent les écktrer » sans que sea miracles puisieat les âésftbaser.
L'indulgence dont le divm Sauvem* usé envers les pécheurs » nous montre celle que nout devons leur témoigner. Si lui-même » qu'Us ont offensé» daigne les recevoir avec t>onté /quel droit pouvons-nous prétendi*e de tes traiter avec dureté? Considérons que tant qu'il les laisso^ sur la terre; quelque erimiAels, qu'ils se ren^ denl , ils sont les objets de sa miséricorde ; qu'il ne cesse de les. rappeler à lui par ses exhorta-^ tiens» de les aitirer pas ses grâces» Et nous, contrariant les vues de sa bienfaisance , en dé* truis^nt les effets de tout, noire pouvoir» nous éloignerions ceux qu'il accueille » nous rebute* -rions ceux qu'il recherche , nous révolterions ceux qu'il travaille à se réconcilier I Pour nous ramener à ce tendre sentiment dont Jésus-
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Christ nous donne Texechple, ne derroit*iI pas suflire de tourner nos regards sur nous-mêmes? Qui sommes-nous pour nous donner k prétention d'être rigides ? Combien de fois Tindulgence que nous refusons , nous a-t»ello'été nécessaire? Si nous ne sommes pas tout^à-fait»
aussi coupables que ceux que nous nous pertnettons de mépriser» sommes-nous bien léin de le' devenir? Pensons à nos fautes nombreuses» à notre fragilité qui nous tient sans cesse au moment d'en commettre de nouvelles; et' si nous' ne savons pas être bons» an mpins soyons justes*
En nous conformant à l'exemple quel nous donne ici Jésus- Christ » il faut nous garder ai le suivre indiscrètement et sans discernement. Il recevoit indistinctement les pécheur^» il daignoit manger avec eux« Mais ce qui n'avoit a^ oun danger pour lui» que sa niiture divine ren-' doit impeccable» pourroit avoir pour noo^,<qai sommes si enclins au péché» de graves incoo^^ venions. Noos avons tracé ailleurs les principes de cette partie importanieet délicate de la<co«^' duile chrétienne^ Nous arons exposé jusqu'à quel point on doit se rapprocher des pécheurs » * jusqu'à quel point on doit s'en tenir éloigné; et téehé de concilier ce que prescrit la charité» avec ce que conseille la prudence (i).
Mais il est une classé d'homme&x|ui doit ab-
(i) Voyei TexpIicatioD de PETançile du cinquième dimanche après I^Kpiphanie»
DES évAiroiLEs. iSy
soliiment et plus strictement que toutes les autres, s'interdire le commerce des pécheurs.
Jeunes gens, c'est à vous surtout que la Sagesse éternelle crie du haut dU ciel : Mon fiis^ si les pécheurs t'attirent , prends garde dW-^ quiescer à leurs dangereuses invitations (i). Mon fils , garde-toi de marcher avec eux; évite soigneusement de mettre le pied dans leurs sentiers (2). C'est à l'âge dangereux où vous vous trouvez , que le choix des liaisons est le plus important , que les compagnies dépravées sont les plus funestes. "Votre caractère foibie et encore incertain > attend pour se décider lesim* pressions qu'il recevra. Vos idées , maintenant errantes entre les divers objets qu'elles entrevoient , se fixeront sur ceux qui leur seront présentés. Votre jugement» qui commence à se développer, est au point d'être, ou mûri par les salutaires influences du soleil de la vérité , ou flétri par le soufile enipoisonné de l'impiété. Vos inclinations , jusqu'ici variables et mai assurées , vont être déterminées par les habitudes qu'on TOUS fera conlracter. Vos passions, déjà en fermentation , mais encore timides , n'ont besoin , pour éclater dans les plus violons transports, que d'êli*e encouragées par quelques
(t) Fîli mi , si te lactaTerint peccatOKCs, pk acquiesça» ei$. Prwerb,u lo.
(a) Fili mi , ne ambules cum ci» , proliibc i)cdem tuum \ semiti» conira. /&{</. 1. i5.
iSS' EXPLICATlOlf
exemples.' AU momisnt d'entrer dans la compagnie des Ubertins , arrêtez ; gardez-vous , ah ! gardez-vous de ce pas fatal qui va décider le sort de votre vie et le sert bien plus important encore de votre éternité. Et vous, parens chrétiens » si ces fruits de vos entrailles vous sont véritablement chers, si leur destinée future occupe votre esprit ; si le désir de leur bonheur vous agite ; si vous êtes seulement sensibles à vo- . tre propre sort , et si vous redoutez de voir vos vieux jours affligés et souillés dès excès de vos enfans, exaûilnâz avec un soin attentif les compagnies dans lesquelles ils s'engagent. Lorsque quittant la^ retraite où vous retîntes leurs premières antiéës , sortis dé rhéurcuse ignorance qui empêche les chutes , n'ayant pas encore acquis l'expérienee qui en garantit, ils commeo^ ceroilt à jeter leurs' regards sur le monde , et à se présente^ tfux siens , ne croyez pas que le temps de* votre vigilance sur eux soit terminé^ C'est alors, au cootrdre; qu'elle doit deve* nir plus iijf^iète et plus active. Que votre œil paternel les suive dans les cercles oèi ils vont se répandre*- Itospecliez^. choisisses, dirigez leurs liaisons. Ëloignez-les' de ces assemblées funestes ^ qui sont des écoles de libertinage et d'im-^^ piété, où Ton va communiquer aux autres sa cdrniptionr, et recevoir de la leur. Énvironnezfes de personnes honnêtes , qur , par la leçon si importante de l'exemple, leur apprennent à res-
pecler la^reli^^ii «.à llo«orer la vertu , h chérir le^mœui^; Admtç daas là société des hommes il^Ftueux « i}$ (ispireront à leur ressembler. Us fprfiierottti leurs principes énr ce qu'ils j^ entendront ; ils po&trcK^eront leurs habitudes d'après cequ'jls y verront. Cette partie de l'éducation» la plus essentielle peut-être , est la plus négligée; et l'oubli où on la laisse, rend inutile tout ce qui a été faU )i|squ6 1^. C'est danis les sociétés corrompues y cil les parens laissent inconsidérément aller lelirs enfans,. que^ces âmes foibleâ voni perdre leurs mcsurs, eHacer leurs principes, et contraeter<f es vices h«eteux qu'ils porteront jusqu'au tombeau^, et quf, les suivant encore ftu-deli^» feront leur malhour éternel.
Les pharisiions pratiquoient la loi religieuse qui interdît les liaisons avec les hommes oorrompus; mais ils ne la pratiquoient pas religieuaement , et ils péchoieot à bet égard en deux pmnts essentiels^w D'abord, le principe de leur éblgnement étoit ^cieux. C'étoit la comparaison qu'ils feieoiedt d'eux-mêmes avec les pér eheurs, l'estime dtmt ils étoient pénétrés pour leurs pr(^res vortus , et |e mépris qu'ils ressentoient pourlesautres, quiles élorgnoient d'eux. Ce n'ëtoH pas la pi^udence, c'étoit Tbi^ueil qui ksen séfparoit. Us étoient bien éloignés de croira qu'ils pussent se gâter dans la compagnie des pécheurs , mais ils les regardaient comme indignes éa iour compagoie. De ce sentiment cri*
l4o EXPLICATION ^
minel résoltoit un second viee de leur «épara^ lion; c'est qu'elle étoit entière , absolue, ^ans considération , sans ménagemeùt. Tout pécheui' leur étoit, sinon odieux/ au moins tndîflfS^ent.' Ils ne se soucioient pas de sonsaltit. Ils ifati-' roient fait aucune démarche peur l€f convet*tir. Ils croyoient ne lui devoir ni les égards de laf société, ni le» offices de la charité.
La bonté de Jésus-Christ envers les pécheurs ,* qui éloit une condamnation formelle de l'orguellleose sévérité des pharisiens ^ excite leur» murmures. Mais ne nous y trompons pas. G'estl beaucoup moins aux pécheurs qu'ils ep veu-* lei^t^ qu'à Jésus-Christ. Leur objet est de le décrier comme un fauteur du crime» et de lui faire perdre sa haute considération qui altoit toujours en croissant. Si le divin Sauveur eût pris une route opposée ;à, au lieu d'accueillir les pécheurs.» il les eût rebuta , ik retisseni taxé de rigueur et de èruauté» comme ils aocu^ aent son indulgence d'approbation du vice.' Avec la plus légère réflexion , les pharisien^ au^ roient sedti l'injustice de leur reproché. Ils n*^^ voient qu'à considérer» et Jésits-Cfaris[t li^i-mê-î me» et ceux qu'il a voit ficcueillis. Ils aurbient vu dans lui le principe » et dans ces^bheurial les effets de son indulgence^ La vie sakrte et ir^ réprochable qu'il menoit, la vie.nouveHe à laquelle se livroient ceux qui avbient reçu ses instructions, leur auroientn^ontré qu'en aimant le
pédteur , il haigsoît k péché; que loin de &vo^ rii«>r les vî€èfr^ tlles extîicpoii^ elque Faccueil qu'il faisfMil atix personnes engagées dans le Crin B»et étoit'iun e£fefc de son sèle anlanti^que de sa
bonté»' :' r. . ■.... ^ ^\ \ .. ■•. . ,;.■ .
-V U «ât ét^ . facite>^)^^iistC}tri8l^dfà conlendré ceSf phopisteiis €*i W déinftftqaànt , ét^aMsant Ip4^ara4lè>le:d'eox!ei dil>ces pécheurs! I>îeil>moio^ coupaiMes». qu'ils lulfiûsoîent un ét\m& de re-^ ce?oiir,JJ ««lit .ptuiieur dire î que.pui^ufil leur permeltoift de » «'approcher dalgl malgré leur of^ueÛyileur dovQté.ileur hypocrfeie^t leurs aa« tv«s Tiçes^y Usrpe devoieqlt pas.ireEii?er mauvais qu'ii|rAdniUidànssaiDe«ipagiiîe des honMaaescbarr gés 4e péchés Jbea'ttiiffl^p saioips grAyes^ Mais sojpi extréttie.diiu^^Ottfii^oi}; bien: éloignée de ces rcrt parties pluspro^fesà ali4Deri)M'àran)en0r . Dans iQutJé co^nidei^a carmère^ ooju/s le voyons pei^^ttcUeDien^ .accusé » .o'pser . jamais 'de rén çrioii^ifln^ {)a9ft Q^te circQflistanee ,- il iépoi^ gne aux.phiar«ji0nâ elaun scribjBs lia^u^gence quUb lui re^i^A^i^nt pour les puhtifW^ ^t p((mi:J0afpé^b^rs, II, se content^ de .les désa-^ bifti^^:dè(|ef âdairet'ret, pour éyitei' tout ce ^i^pctiiifwo^ aivoin 1'^ du reproche,^ il enyebp^ la^lj^^^iiutil l^uir doftne .di^ns des pajrfr
'ijilçirâ; ii^ Imr ffroposa cette parabole *• Qui (t entre vous, s'il a cent brebis , et qu'il en perde une/ ne laisse pas dans le désert le^
i49 jb»f4iciTiofr
quatre ^vîngMlixrtnctêf autra p0ur .bdmfir^ .ajimè${ telle (jui est perdue. Jusqu'à £é qelil la troéun ve? Lorsqu'il t^a-^reiromëe , U'ta met/pkm de jbie, sur jea épaules^ et de. autour dans ^a maison, il assemble ses amis et ses voisins,' ed leur dit r^FélioUez-mài'; joarcrr ^ue.j^ui rwtthur 9é maireÔis qméimt'ferduê.tiltii^eêî'pekslàil^ ficile'^de €aî«ir le* ^eas ^dévèetle aliégiciri^^ <W Maître* des ^brebis ^ c'est JésiM^lbrisi le^iilé^ me» Il est le^Hattre de qôus- tous. Tous tant^jM nous sommes, nous ^oqtmes «on froulpeaii;; troupeau qu'il chérit « k qui ji ptodiguedeiacto»' les pli|^ tendre»; qu'il con4«it -pav «sa ppoptè*' Toix et ^r cëHe ai» pa^tetf^s^'itliiidonbe-i qu'il nourrit 4e sa- propre ch|riir dtdesÔQ sâng?qu'il défend par sa grâce \ contl«e le Hon ràdant^ autour de Iv^ poûr,4e déyorer. lllifi^is j&n s^ repvé» •entant lui-^mêtne ^its ^eet^ emblèiite « il nour montre pai^ s<>ni exemple ce qiie .doiretii ^téi ceux! à' oui iI:èonfie la^arde de aon 4pe0péaay et dont H associe <ia sollicitude àila^yeûne^pe^r le conduire '^ 'le nourrir et le ^cHifeft^i*^* i^ '^^' bis égarée dont ff parle, e'«ar o«tte muititude infortunée 4 ^arée dans 1estvaies^dll péché^ après laquelle on kiTcpi^o^^ôit'd^ <ioiirir;:q'âjf 4toit , comme 11 le dît aiBéurs , l'objfel principe! 4e son ministère et de son zèle (i) ^ et que'dbl^ Vent de même f voir jirincipafiemèAt env'ùe'éeuiL
(i) Non enim Tem xocare jiMtot, «ed peccatores. Marc,
DES ivANGILES. ,t^i
à qui il remet le ministère qu^l a exercé sur lli terre. Examinons les divers traits qu'il réunît dans cette parabole , pour connoitre toute l'étendue, et de sa touchante bonté pour les pé^ cheursy et des obligations qu'il impose à cet égard.
En abandonnant ies quati^-Tingt-dix-hetif brebis restées dans le bercail , pour co^irir après celle quis'è^t perdue , veut-il nous faire enteri* dre qu'il la préfère , et qu'il l'aime plus que toutes les autres? Gardéns-noqs de cfette penr sée injurieuse à sa justice et à sa bonté. Amei justes , qui , le suivant avec fidélité , ne vou» écartez jamais de lui , vous êtes toujours l'obr jet de sp prédilection. S'il donne .plus de soin aux âmes égarées, il conserve pou^ vous plus d^ tendresse. Il mesure ses secours , non sur Vttr mour qu'il porte, mais siirle besoin qu'on en «. Ainsi, et c'est de lui-niême que nous ieqoiui cette comparaison , ce n'eçt pas à joenx qui sosl pleins de santé, c*èst aux malade^ t{ue. le mér* decin prodigue ses soins (f)^ En ceuront aprèt là brebis perdue , iJésus-Ghrist ne perd' pas de vue celles qui sont restées fidèl^J Son^œilv toujours ouvert sur elles, veille continueft^K ment à leurs besoins. Il les a hissées dans t^ Jésert ; maïs il ne kfs j a pas abandonnées. Il les
' (t)K(m nccesçe haliepttaiii medi^o , ted t^jai jwk\^hà^i, JH»rê. a. f ^.
l44 EXPLICATION
tient éloignées de la contagion du monde , et les préserve des dangers qu'elles y cour oient.
Ainsi , le ministère que confie le Prince des pasteurs, doit avoir pour but principal les malheureux qui , en s'éloignant de Dieu , se sont perdus dans la région du crime. Il leur doit une préférence • non de tendi^sse , nuais de secours. Il doit , pour courir à leur recherche , laisser pour un temps » s*il est nécessaire , les autres âmes qui ont moins hesoin d'assistance. Cet instruction du divin Sauveur n'est pas toujours exactement pratiquée. Il n'est que trop commun de voir des directeurs uniquement occupés des âmes les plus fidèles , auprès desquelles leurs ibnctions sont plus agréables, parce qu'elles sont moins pénibles» et paroissent plus utiles, parce qu'elles ont plus de succès; et négliger la poursuite plus nécessaire , mais fatigante, et trop souvent infructueuse des pécheurs. Pasteurs des âmes,préservez^vous de cette illusion de JToIre zèle. Ces âmes vertueuses auxquelles vo^s tous. livrez entièrement, et au préjudice des at]tlN!s« font la douceur et l'agrément de jToIre ministère. Mais; vous n'avez .pas reçu un tt/histére: de douceur et d'agrément. Méritez 4es cobsolations paP'l^ peine» et le repos p^r la ftiigue. C'est lor^ue vous.v^us serez épuisés à courir après les pécheurs, que vous pourrez tenir chercher le délassement auprès des j^isjtes. Le bonheur que vous goûterez dans leur
DBS ÉYANGILBS. l45
fidélité et leur empressemeot à répondre à yos soins» deviendra plus légitime et plus doux quand il sera la récompense de vos travaux*
Jésus-Christ ne se contente pas d'une recherche l^ère et momentanée. II court après sa bre« bis égarée, constammefit , persévéramment »
sans relâche , jusqu'à ce qu'il l'ait retrouvée. Ils le savent parfaitement , ceux qui ont eu le bonheur d'être ramenés de leurs égaremens , ^vec quelle miséricordieuse opiniâtreté ce Rédempteur plein de bonté » les a poursuivis de ses invitations, de ses .exhortations, de ses sollicitations , de ses grâces de toute espèce. Ah I sans cette infatigable indulgence , combien d'entre eux languiroient encore sous le poids honteux de leurs péchés I Que de temps ils ont laissé passer sans vouloir se rendre à ses instances ! que d'inspirations ils ont rejetées I que d'occasions ils ont négligées I que de grâces \h pnt rebutées , avant de retourner dans. ses bras qu'il leur tendoit l Et ceux qui se tiennent encore dans un fimeste éloignement de lui , peuvent-ils se dissimuler tout ce qu'il fait pour les ramener, peuvent-ils méconnoitre cette voix paternelle qui les rappelle.de tant de manières? tantôt leur inspirant d'utiles remords; tantôt leur faisant éprouver une salutaire confusion de leurs iautes : ici les attirant par des exemples tou* chans de vertu ; là les effirayant par des spectacles terribles de morts soudaines : éloignant III. 7
l46 EXPLICATION
d'eux qaelquefoU dès ocCaflfons dangereiMes; d^aiitres foU rompant de crimioelles ItaLçons , employant succeésiyement l'organe de seâ pas leurs et le langage plus frafypant «neore des évé^ nemens. Et c'est Dieu qui .daigne tenir cette coitduite envers l'homme! c'est Dieu offensé ! outragé, qui témoigne cette inaltérable patience, cette bienfaisance inépùisableàl'homme, qui ne cesse d'y répondre par de nouvelles offenses , par de nouveaux outrages ! Ah ! si notre esprit se perd , se eonfond ; s'abtae dans la contemplation de l'infinie miséricorde, notre ingratitude obstinée n'est-elle pas aussi iticopi-
• préhensible ? -
Ce qu'ei^cute le Pasteur céleste pour la brebis égarée , il le commande aux pastijurs dé la tertre. Il leur ordonne de travailler à retnener le pécheur, jusqu'à ce qu'ik y soient parvenus. Prêchez-leur la parole, dtsoit saint Paul au pasteur qu'il avoit établi à Ephèse , et dam lui aux pasteurs de tous les lieux et de tous les Vièdes , insistez à temps , à contre-temps ; , avertissez , conjurez , reprenez avec une infatigable pa*tience (i). N'imaginons pas que son intention soit d'autoriser les écarts d'un zèle aveugle , les imprudences d'un zèle indiscret, les emjxorteraens d'un zèle violent. Son objet est de fah^
"connoître à son disciple, la persévérance et
■ (i) Praedica verlmm, insla opportune, importuné 5 arç;ue, ' obsecra^ increpa in omni patientiâ 3. Tùnoth. iy. a.
DES 'iYkîfQtLES. l/^'j
l'activité qui canvctérisent le vrai zële> la persévérance qui ne se ralentit jamais; l'activité qui varie ses moyens , qui , pour atteindre son but, emprunte toutes les formeâ, prendrons les tons : tantôt supplie, tantôt commande; tantôt foniie avec véhémence, tantôt représente avec douceur; que TaHiour du bien anime toujours, et n'emporte jamais; "que la sagesse dirige sans l'aiFoiblir. Ministres, que Jésus*Ghrist envoie à la poursuite des pécheurs , voilà , en vous |ïK>ntrant ce qu'il est, ce qu'il vous apprend à être. Leur retour à Dieu doit être le but constant de vos^ vœux , l'objet continuel de vos travaux, l'occupation non interrompue de toute volï'e vie. Il est des circonstances où la prudence vous conseille de modérer vos démarches; mais alors c'est encore le désir de leur salut qui doit vous engager à la circonspection. Elle est, non un ralentissement dé zèle, mais un changement de moyens. Jusqu'à votre inaction , tout dans vous doit concourir à leur conversion. Que l'inutilité de vos tentatives ne vous rebute pas. C'est jusqu'à ce que vous ayez retrouvé la briebis perdue , qu'il vous est enjoint de la cherclier. Le moment où vous désespérez , est peut-être celui où vos efforts vont être couronnés. Au reste , il ne vous est pas ordonné de réussir, mais de travailler. Vous avez à répondre , non du succès , mais de vos soins. S'il ne plaît pas à Dieu de bénir vos efforts , il
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ne les réccnnpensera pas moins. S'il vous refuse ce prix de yos travaux, il vous en réserve d'au* très. A celte consolation que vous espériez de vos peines » il en substituera de plus abondantes et de plus précieuses. Vous n'avez pu sauver cette âme obstinée 9 qui, malgré toutes vos inst^bces, a voulu sç perdre; mais vous avez sauvé la vôtre , et vous avez acquis pour vous-mêmes » les mérites que vous vouliez lui procurer.
Enfin » à force de courir après sa brebis perdue, le divin Pasteur est parvenu à l'atteindre. Il l'a cherchée avec une persévérance si continue, avec des soins si attentifs, qu^'il Ta retrouvée. C'est ici surtout que se manifeste toute l'immensité de sa charité. Il ne s'irrite point contre elle de sa fuite; il ne se plaint point du chagrin qu'elle lui a causé, de la fatigue qu'elle lui a occasionnée. Toute son occupation est de la ramener au bercail qu'elle a abandonné , où elle retrouvera sa tranquillité et le bonheur. Mais il la voit fatiguée de son long éjgarement , épuisée de ses courses vagabondes, abattue et languissante de tout ce qu'elle a souJOTert. Touché de la foiblesse oii elle s'est réduite , il prend sur lui-même la peine du retour', afin de la lui épargner. Tout lassé qu'il est de sa longue pour^ suite, il la prend sur ses épaules, et la porte constamment dans tout le chemin, jusqu'à ce 4|u'il la dépose au milieu du troupeau.
Un des principaux obstacles à la conversîoij
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dès pécheurs , est l'idée scfmbre et effrayante qu'ils s'en forment. Ils se représentent la car . rière de la pénitence , comme héris^ de difficultés et de peines. C'est l'ennemi du salut^ qui, pour retenir dans sa puissance ceux qui s'y sont soumis, exagère à leurs yeux les sacrifices > les austérités que Dieu exigera en les recevante son service. Combien de conversions prêtes à s'opérer, quelquefois même déjà commencées , cette fatale prévention a arrêtées I Ames égarées, que la grâce sollicite de revenir à elle ; qui désirez , et qui craignez en même temps de vous rendre h ses invitations ; qui flottez incertaines entre la terreur des supplices qui doivent punir vos crimes, et celle. des rigueurs qui doivent les expier ; qui n'avez , ni l'atroce intrépidité de braver l'enfer, ni le saint courage de faire ce qu'il faut pour Féviter; qui restez dans votre péché, uniquement parce que vous y êtes, et que vous croyez qu*il seroit trop pénible d'en sortir; ahl quand il seroit vrai que la pénitence est aussi onéreuse que Vous vous la figurez, que ses exercices sont aussi rigoureux que votre imagination vous les représente, ne seroit-ce pas encore pour voUs un devoir de vous y livrer, un bonheur de pouvoir à ce prix éviter les maux affreux qiïi vous meDâcent, mériter les biens immenses qui vous sont offerts? Mais désabusez-vous de cette pensée , aussi fiiusse qu'elle est funeste. Vous vous
i5o bxplic;ation
trompez étraQgemeitt en croyant que vous serez plu8 malheareii^s dans votre pénitence « qo» vous nf Véies dans Totre péché. La pénitence a ses rigiieurs^ sans doute, et ce seroit daqs nous une prévarication de vous les dissi^ muler; mais l'iUiision, à travers laquelle vous les voyez , les grossit à vos yeux. La pénitence a ses rigueurs: nitaîs^Ue a aussi ses douceurs» que hi même illusion vous cache , que roua ne coofioissez j^s» dont vous ne pouvez vous former d'idée. Interrogez ceux qui , plus courageux que vou», ont vaincu l'ennetni que vous craignez d'ftttaquer» qi|i vous avoient précédées dans la route du crime , que vous craignez de suivre dans celle du repentir» Eux seulç peuvent comparer J*étal où Us étoient , b celui où ils sont. Eux seuls ont l'expérience des avantages et des incon venions du vice et de la vertu, des peines et des agrémens qui suivent l'un et l'autre. Tous, sans exception, vous répondront que le joug du Seigneur, dont ils se sont chargés , est beaucoup plus léger que la chaîne de son ennemi , dont, ils se sont délivrés. Osez entreprendre, et tout ce qui vous paroU aujourd'hui impraticable , vous semblera facile. Pour vous épargner la fatigue du retour vers lui. Dieu lui-même, comme il vous le promet, vous prendra sur ses épaules. Vous ser.ez portées, plus que vous ne marcherez , dans cette route que vous jugez si pénible. Osez entre-
DES iVANGltES. i5l
pteïïdve, ef tout ce qui vous paroît dur et onéreux:, voussemblera doux et agréable. Vous ne regretterez plus, quand vous les aurez quittés,, ces a ttachemens honteux, dont vous croyez aujourd'hui impossible de vous séparer. A la place de ces faux biens, dout vous serez désabusées, vous goûterez ayec délices les doucears de l'innocence, les charmes de la piété , le calme de la conscience, la joie d'être bien avec vous-mêmes, la jouissance de l'amitié de Dieu, l'espoir de ses réc'ômpenses infinies. Et ce que vous ne pouvez connoître , ce qui .est au-dessus de toutes vos pensées , ce sont les consolations intérieures que Dieu versera dans votre âme; les attraits que sa grâce donnera même aux exercices de votre pénitence ; Je charme qu'elle répandra jusque sur vos mortifications^ adoucissant leur amertume , vous les faisant désirer autant que voas les redoutez., et vous y faisant trouver autant de plaisir que vous craignez tl'y trouver de tourmens.
En même temps qu'il encourage les pécheurs à revenir à lui> Jésus-^ Christ instruit les pasteurs de ce qu'ils doivent faire pour faciliter ce retour. Ministres de Dieu , que jamais ils ne perdent de vue que c'est le ministère de la miséricorde qu'il leur confia. Cette miséricorde infinie , qui est le principe de leurs fonctions,, doit aussi en être le modèle. Si le Prince des pasteurs veut bien prendre sur ses épaules la
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brebis égarée, pour lui épargner la difficulté du retour , de quel droit ceux qu'il se subroge , qui ne sont que ses substituts et ses mandataires , prétendront-ils en aggraver la peine par leur rigueur ? Loin de leurs lèvres , le ton de sévérité qui effraie , le ton de dureté qui repousse » le ton de sarcasme qui aigrit; le ton d'injure qui offense, le ton de hauteur qui révolte. Que leur langage soit toujours celui de la charité compatissante. En blâmant le pé* cheur, qu'ils le plaignent encore davantage.
C'est surtout par la douleur qu'ils lui témoigneront de ses péchés, qu'ils exciteront la sienne. Ainsi nous lisons dans la vie du grand saint Âmbroise , que les larmes qu'il versoit sur les pénitens qui s'adressoientà lui, faisoient couler les leurs. Il est défendu sans doute au ministre de la pénitence, d'en affoiblir les saintes règles; mais il lui est recommandé d'en adoucir l'exer- . cice; et lors même qu'il ne lui est pas permis d'être indulgent, il lui est ordonné d'être affable. Quand if se voit obligé de faire retentir aux oreilles des pécheurs, les épouvantables menaces du Seigneur, qu'il leur fasse envisager la facilité de les éviter. En leur présentant la colère divine prête à éclater, qu'il la leur montre prompte à s'apaiser; et en même temps qu'il leur parle de la justice , pour leur faire sentir que la conversion est nécessaire; qu'il
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les entretienne de la misérieorde , pour leur faire connoître combien elle est aisée.
Quelle est la femme gui, ayant dix, drachmes , et tenant à en perdre une, n* allume pas la lampe, ne balaie pas la, maison, et ne la cherche . pas avec soin , jusgu^à ce qu'elle la trouve? Jésus-Christ réunit cette seconde parabole à la première, parce qu'elles ont toutes les deux le même objet. Dans toutes les deux il nous oifire l'image de là bonté miséricordieuse avec laquelle il recherche les pécheurs. Dans toutes les deux il apprend , et aux pasteurs la manière dont ils doivent seconder sa bienfaisance , et auK pécheurs la manière dont ils doivent y correspondre. Mais il ajoute dans celleci quelques circonstances qu'il n'est pas inutile de méditer.
Cette femme pauvre , qui , n'ayant <}ue dix drachmes , vient encore à en perdre une, s'empresse, aussitôt qu'elle s'en aperçoit^.delachercher. Elle se hâte d'employer à la retrouver, tous ses soins et toutes ses peines. Ainsti , celui qui se reconnolt coupable d'un péché , doit surle-champ , et sans différer, travailler à recouvrer l'innocence qu'il a perdue. Tout déjai à cet égard pourroit lui devenir fatal. Peut il savoir si celui qui a déclaré qu'il viendra à l'heure où il sera le moins attendu , ne va pas le surprendre dans cet état, et lui démander le compte auquel il est tenu? et quand, ce dont
l54 JEXPLICATION V
il est bien éloigné , il seroit assuré d^avoît le . temps de faire pénitence > est-il sûr d'en avoir toujours la volonté? ne doit-ij pas savoir que le péché est un poids qui entraîne à un autre péché ; qu'en persévérant dans sa faqte , on en prend le goût ; qu'après le goût , on en contracte l'habitude ; que la conversion deyi«nt plus diiBcile, à mesure qu'elle est plus différée, et que par conséquent ses délais lui donnent tout à craindre, et de Dieu, et de lui-même?
C'est au pasteur de son âme à lui présenter ces importantes vérités; à l'éclairer sur les dangers que lui font courir ses retardemens; à le presser par tous les motlfe que dicte la Pttison, quel^ religion consacre, et dont l'intérêt le plus grsrnd qu'il puisse avoir doit lui faire sentir la force, de mettre fin à ces funestes délais.
A l'exemple de la femme qui, pour retrouver sa drachme , commence par allumer sa lampe, le ministre, sacré doit d'abord faire luire aux yeux du pécheur la lumière de la foi. A la clarté de ce flambeau céleste, dissipant les ténèbres dont le péché offusque son âme, il lui fera lire , et la loi qu'il a enfreinte, et l'arrêt qui le condamne ; il lui fera apercevoir le terme de ses plaisirs, le but où ils le conduisent, les épouvantables châtimens qui les suivront. Il portera cette clarté brillante jusque dans les replis «de sa conscience , pour lui donner la connoissan- ' ce , et pour lui inspirer la confusion de ses pé^ -
DES ^VAïîGILEg. lS5
chésles plus secrets, de ceux qu'il n'ose s'avouer à lui-même. Mais Jiélas ! combien de pécheurè séduits par les fausses lueurs du vice, prennent , selon l'expression du Prophète , la lumière pour les ténèbres, et les ténèbres pour la lumière (i) ; et se plaisent dans la nuit où ils se sont plongés? Leurs yeux semblables à ceux des oiseaux nocturnes , affoiblis par l'habitude qu'ils ont de l'obscurité , sont blessés de l'éclat du soleil de la vérité , redoutent sa lumière , et se ferment volontairement pour n'en être point firappés. C'est là le comble du malheur. L'aveuglement le plus incurable , est celui dont on ne veut pas guérir. Quel espoir peUt-on conserver pour celui qui s'interdit à lui-même toutes ses ressources?
La femme de noire parabole ne se borne pas à allumer sa lampe, pour voir où peut êtra k drac}ime qu'elle a perdue. Jésus -Christ nous la représente infatigablement occupée à nettoyer la maison dans laquelle elle espère la trouver. Elle la cherche avec un soin extrême, dans tous les coins, et jusque dans les balayures. Ainsi il ne suffit pas au pécheur d'grvoir reconnu, à la lueur du flambeau de la foi , tous ses péchés , toute leur difformité, toutes les peines qu'ils lui ont méritées; les retours sur lui-même, que lui avoit feit.faire cette connoissance , ne sont pas
(i) Vae qui dicitis malum bonnm, et bonum malam 5 ponentes tenebras lucem, etiucem tenebras. Isa^ 5, ao. •
suffisans; il lui fau| nécessairement balayer son âme , la nettoyer de toutes les ordures qui l'in* fectenty la débarrasser de toutes les affections corrompues, de tous les désirs déréglés, de toutes les inclinations vicieuses , de toutes les habitudes criminelles qu'il y a laissé amasser. C'est au fond de cet amas de pourriture qu'il retrouvera sa drachme perdue , son innocence » qui en a été recouverte et toute souillée; C'est en balayant fortement , et en jetant dehors toute cette infection, qu'il pourra rendre à son âme sa netteté primitive qu'elle avoit acquise dans l'eau baptismale. Mais il perdra ses ppines à rechercher cette drachme précieuse, tant que sa maison ne sera pas entièrement nettoyée; tant qu'il ne l'aura pas entièrement vidée de toutes les ordures qui la salissent. La pénitence est nulle tant qu'elle n'est pas entière , et l'on demeure chargé de tous ses péchés , tant qu'il en reste un seul , ou que l'on conserve de l'affection pour l'un d'eut. Le péché pour lequel on a tant d'attachement , est précisément celui qu'il falloit balayer le premier. C'est cette malheureuse complaisance pour une passion favorite qu'on affecte de croire inno'cente, qu'en conséquence on ne travaille pas à déraciner , qui rend tant de conversions imparfaites et dèslors inutiles. Les malheureux I ils ont pris toute la peine de la pénitence, et ils n'en ont pas le profit. Ils ont labouré, et ils ne récolteront pas*
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D'autant plus & plaindre , qu'ils ne sentent pas combien ils le sont; au milieu de la route du crime , ils se croient dans la voie de la réconciliation; et la fausse conscience qu'ils se sont £aite» au lieu de les éclairer sur leur danger^ contribue encore à les abuser.
JEt lorsqu'elle l'a trouvée , elle assemble ses amies, et ses voisines, en leur disant : Félicitez-moi, car j'ai retrouvé la drachme que j'avais perdue. C'est ainsi ^ je vous le dis, qu'il y aura de la joie parmi les anges de Dieu, pour un seul pécheur qui fera pénitence. Jésus- Christ applique cette conclusion successivement à ses deux paraboles^ pour que nous y fassions une attention particulière. Il veut exciter encore par là les pécheurs à la conversion , en leur montrant toute la joie qu'elle causera^ et sur la terre» et* jusque dans le ciel.
La première joie est celle du pécheur lui-même. Telle qu'un homme soulagé d'un fardeau • qui l'accabloit , et qu'un malade guéri de l'infirmité qui le cqnduisoit à la mort» l'âme débarrassée du poids honteux de ses désordres délivrée des plaies mortelles qui la faisoient languir, jouit avec délices de la légèreté et de la vigueur qu'elle a recouvrées. Elle compare avec un Contentement inexprimable» l'état où elle fut» à celui dont elle jouit. Du port où elle a été reçue, elle contemple les tempêtes dont elle fut ballottée ,* avec la satisfaction de n'y être
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plus exposée. Ses agitations précédentes lui font mieux goûter la tranquillité. Les dangers qu'elle a courus ajoutent du prix à sa sûreté actuelle. Ses craintes passées lui rendent plus précieuse» encore ses espérances. Elle est heureuse à la toîs, et du passé dont ello est échappée , et du présent qu'elle possède sans trouble , et de l'avenir qu'elle attend avec cojifiance.
Il est heureux aussi le pasieur dont les prières» les exemples , les exhortations ont ramené au bercail cette brebis égarée. Il recueille » de ses soins et de ses peines» le fruit le plus cher à son cœur. Comme une mère» joyeuse d'avoir donné' le jour à un fils» oublie les douleurs de l'enfantement» il ne se souvient plus de tout ce qu'il a souffert pour donner ce nouveau citoyen à la patrie céleste. Plus même il lui a coûté de tra« vaux » plus il ressent de consolation » parce qu'il a acquis plus de mérites. Il comparoftra avec confiance devant le tribunal céleste » pouvant y produire cette preuve de son zèle. Il s'y présentera en triomphateur » suivi de sa conquête » et il y jouira de la double gloire de la palme qu'il a acquise» et de celle qu'il a procurée.
Ces voisins» ces amis que rassemble le pasteur qui a ramené sa brebis égarée» et la femme qui a retrouvé sa drachme perdue» qui les félicitent de leur bonheur» qui s'en réjouissent avec eux» ce sont toutes les âmes justes» tous* les saints de la terre. Tandis que dans leurs con-.
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venticules» les méjchaQss'afiligent ^e voir un de leurs sembla)>les s'éloigaer delear société , et que , contrariant ses résolutions de leurs intrigues, de leurs sarcasmes, de leura railleries, ils s'eflforcent d'arrêter son retour vers Dieu, de le détourner de sa marche régulière , de Tentraîner de nouveau dans leurs voies perverses , les hommes religieux sont dans la joie. La charité qui les anime, leur fait une félicité personnelle de celle de leur frère. Ils se rassemblent avec empressement autour du. nouveau prosélyte de la vertu; le félicitent d*êlre revenu partager le bonheur dont ils jouissent ; se félicitent euxmêmes de Tavoir acquis dans leurs saintes as-^ semblées , s'unissent à lui pour en rendre grâces à FAuteur de tout don parfait; secondent ses efforts de leurs vœux, les encouragent par leurs exemples , les soutiennent par leurs ex^ hortations.
Et le ciel aussi daigne participer à cette joie. Il semble que la félicité^ infinie soit susceptible d'augmentation* La conversion d'un pécheur, est pour les esprits bienheureux un nouveau bonheur. C'est un nouvel objet à leurs canti<{ues de louanges, un nouveau sujet de leurs actions de grâces. Pécheur régénéré à la grâce, contemplez au haut de la cité céleste les anges et les saints applaudissant à vos généreux efforts; vèus préparant une place parmi eux; vous y appelant par leurs vœux; vous pressant d'ache-
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ver de vous en rendre digne. Répondez de toire côté à leurs touchante^] invitations et, api^ès avoir obtenu de la faveur divine tant de dons précieux» méritez le dernier de tous, celui sans lequel les autres ne sont rien , et qui les couron* nera tous , le don de persévérance.
1>U QUATEI^MB BIlfANGHB APB^S LA. PENTECÔTE.
• Pèche miraculeuse.
JLoRSQUE Jésus se tenoit sur le bord du lac de Génésareth , une multitude nombreuse se pré* cipita vers lui pour entendre la parole de Dieu. Il aperçut a u bord du lac deux barques a rrétées; les pécheurs en étoient descendus , et lavoient leurs filets. Il monta dans Tune de ces barques, qui appartenoit à Simon » et il le pria de s'éloi- ^er un peu du rivage; et s'étant assis, il instruisoit la foule , de la barque. Quand il eut cessé de jmrler, il dit à Simon : Avancez en pleine eau, et jetez vos filets pour pêcher. Simon lui répondit : Maître , nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre, mais sur votre parole je jetterai le filet. L'ayant fait, ils prirent une si prodigieuse quantité de poissons, que le filet se rompoit. Us firent signe à leurs compagmms qui
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ètoient dans l'autre barque, de venir les aider. Ils y vinrent» et ils emplirent les deux barques^ tellement qu'elles étoient près de couler à fond. Ce que Simon Pierre ayant vu, il se jeta am, pieds de Jésus, en disant : Eloignez-vous de moi^ Seigneur, parce que je suis un pécheur. Car la stupeur l'avoit saisi, lui et tous ceux qui étoient avec lui àcëtté pêche, aussi bien que Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étoient compagnons de Simon. Jésus dit à Simon : Ne craignez point; désormais votre empToi sera de prendre des hommes. Et ay^nt ramené leur»
barquee^à terre , ils abandonnèrent tout , et le suivirent. {Luc^y, i — ii. )
Lorsque Jésus se tenait sur le bord du tac de Génésarelh, une multitude nombreuse se précipita vers lui pour entendre la parole de Dieu. C'est un spectacle admirable que celui que nous présente la carrière évangélique de Jésus-Christ. Sans parler des nombreux miracles qu'il opéroit presque à chaque pas, quel seroit tiotre étonnement, si nous voyions reparottre parmi nous un homme parcourant continuellement le pays pour faire des prosélytes à la vertu; allant de villages en villages prêcher partout, et la doctrine la plus sublime , qu'il mettroit à la portée de tous les esprits par la simplicité de ses expressions ; et la morale la plus sévère , qu'il
l63 EXPLICATION
feroit goûter à tous les cœurs par la douceur de ses êjihortations; négligeant tout soin de sa personne » et n'ayant ni deiàieure fixe , ni nourriture assurée; joignant constamment à ses leçons l'instruction plus puissante encore de ses exemples; n'interro^-^pant ses prédications que pour aller se livrer à la prière » et. ne quittant la prière que pour venir reprendre ses prédications; attirant à sa suite» par la sainteté de sa vie et par la force de ses discours , une multitude de peuple y empressée à le voir, avide de l'écouter; pressé quelquefois de la foule qui l'entoure , au point d'avoir peiùe à s'en faire entendre; et dans cette continuité de travaux » ne connoissant d'autre repos que des travaux nouveaux ! C'est ainsi que pendant trois années entières Jésus- Christ s'est montré à la terre. Il n'étoit descendu du ciel que pour le salut du genre humain^ il n'a pas discontinué un seul instant de l'opérer. Chaque moment de sa vie étoit un bienfait pour nous , en attendant qu^il les couronnât tous par le bienfait plus insigne , plus incompréhensible encore de sa mort.
Cette foule nombreuse qui suivoit J. C. en tout lieu , qui se précipitoit sur ses pas , qui l'entouroit, qui le pressoit , jusqu'à lui être incommode, nous présente un tableau bien édifiant. Mais, comment se fait-il que le voyant sans cesse entouré d'une multitude immense d'auditeurs , qui se renouveloîent continuellement,
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nous lui connoissioDs un aussi petit nombre de disciples ? La Judée presqu'entière s'étoit rendue successivement auprès de lui , pour éco'u-. ter ses instructions; et^ au moment où il re-monta dans les cieux, il se trouva bien peu de personnes qui en eussent profité. Hélas I nous retrouvons tous tes }ours parmi nous la solution de cette question* Nous voyons quelquefois les chaires chrétiennes , où Jésus- Christ continue de parler par ses ministres, entourées d'un grand concours d'auditeurs. Ce sont surtout certaines circonstances extraordinaires» le retour d'un jubilé, l'occasion d'une mission, qui attirent dans nos temples une afikience considérable* Pleinsd'édification, pénétrés de sensibilité,nous nous réjouissons à la vue de cette multitude» . tantôt recueillie a^ec attention devant la chaire d*où se répandent sut elle les vérités salutaires» tantôt prosternée ïivec respect devant l'autel où s'immole pour son salut la victime sans tache; ' nous rendons grâces à Dieu » qui glorifie ainsi son nom , et qui va se former un nouveau peuple d'adorateurs fidèles. La prédication cesse , le jubilé se ferme, la mission se termine : que sont devenus tous ces hommes qui nous donnoient, il y a peu de momens, le spectacle d'une piété si touchante ? Je les cherche , et . j ai peine à en retrouver un très petit nombre. Toute cette ardeur (jue nous admirons, vive comme le feu qui consume la paille, s'est
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éteinte aussi promptement. Au sortir du Ueu saint , la ferveur qu'on y avoit prise s'est évaporée. L'impression qu'avoit laite la parole di-: vine , s'est eflacée presqu'au même instant où elle avoit été reçue. L'ancien train dévie est recommencé; les occasions dangereuses, fréquentées de nouveau; les habitudes funestes» reprises; les liaisons criminelles, renouées. Jésus- Christ n'a vu qu'un moment auprès de lui cette foule qui paroissoit devoir lui être si fidèle. D'autres multitudes vont l'environner dans d'autres endroits , pour l'abandonner, à leur tour, avec là même facilité. Cette légèreté de nos chrétiens» si semblable à celle que montrèrent les Juifs du temps de Jésus*Christ, provient de la même cause. Dans les uns et dans les autres , elle a pour principe les dispositions qu'ils ont apportées aux instructions du divin Sauveur. Est-il possible que ceux-là en profitent , qui n'ont pas un désir sincère d'en profiter; qui y viennent, non pour s'instruire , non pour s'édifier^ mais , comme les Jui& , par curiosité, par passe -temps, peut être par malignité?
Rentrons en nous-mêmes; et rectifiant les dispositions que nous avons apportées jusqu'ici à la parole divine, méritons désormais qu'elle nous soit aussi utile qu'elle l'a été peUé
// aperçut au bord du lac , deux barques ai*rêtées. Us pêcheurs en étaient descendus^ et lavaient leurs filets. Il monta dans l'une
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de ces barques, qui appartenait à Simon , et il le pria de s'éloigner un peu du rivage. Et s' étant assis, il instruisait la foule, de la barque. Considérons ioi la bonté du divin SaU'veur. Nous ne l'entendons pas se plaindre de l'importunité de ces hommes qui venoient le poursuivre jiisque sur le bord de la mer, et de la gène qu'ils lui causoient : au contraire, il se rend aussitôt à leurs désirs. Ils étoient venus pour recevoir ses instructions; il va les leur donner. Serré au milieu d'eux, il en eût été difficilement entendu; il s'en sépare un peu , non pour sa commodité , mais pour leur utilité : et du léger intervalle qu'il a mis entre lui et eux, il leur fait entendre avec plus de facilité ses le* çons. Cette condescendance du Sauveur, à instruire la multitude en tout temps et en tout lieu, selon qu'elle le désire, est un exemple qu'il donne à eeux qu'il chargera de le remplacer dans cette importante fonction. Ce n'est pas seulement du haut des chaires, que les ministres de la parole sainte doivent la répandre; la vie entière d'un pasteur doit , comme celle du Prince des pasteurs, être une instruction continuelle. D'abord à tous les momens ils sont débiteurs envers leur troupeau de la première , de la plus essentielle , de la plus efficace des leçons^ , celle de l'exemple. Ensuite il entre dans leurs obligations de profiter de toutes les occasions, soit publiques» soit particulières, pour
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inculquer les yérités saintes. Cette pratique de leur ministère exige dans son exercice; de la prudence et du discernement. Des discours te-* nus inconsidérétnent » dans des circonstances peu favorables , vis-à-vis do personnes mal dis* posées, produiroient l'effet contraire à celui qu'on doit rechercher. Au lieu d'attirer les âmes, ils les repousseroient. Au lieu de concis lier du respect aux choses saintes, ils ne servie roient qu'à faire haïr le ministère , et mépriser le ministre. Mais un mot , une réflexion , un avertissement placés à propos, peuvent faire plus de bien qu'un sermon entier : faire rentrer en lui-même l'homme prêt à s'égarer, soutenir celui que le respect humain alloit faire tomber, arrêter une mauvaise action près de se commettre, exciter à en ftire une bonne» éclairer l'ignorant , fortifier le foible , encourager le ti^^ mide, ranimer le languissant. Combien d'âmes ont dii aux salutaires avis donnés par un pas-*^ teur , soit indirectement dans la société com^ mune , soit directement dans des conversations privées , leur repentir du péché , ou leur per<> sévérance dans la vertu.
Plusieurs saints Pères ont vu, dans la demande que fait Jésus-Christ à saint Pierre de s'é« carter un peu du rivage, une autre recomman* dation du divin Sauveur à ses ministres : c'est de se séparer du monde , et de mettre entre eux et lui un intervalle. Un pasteur peut-il espérer
de conserver son pecueillement au miUeu des dissipations du monde; son occupation de Dieu, au milieu des affaires du monde; sa gravité, au milieu des divertissemens du monde; sa pureté, au milieu des dissolutions du monde? Pentil se flatter de se conserver net dans le tourbillon de poussière qu'élève le tracas du monde ? Quel personnage peut faire le ministre de Jésus-Christ, dans ces sociétés dont la licence est lé lien, dont le plaisir est Tâme, dont Téquivoque est le sel , dont la corruption réciproque est Tobjet ? Importun s*il les censure , méprisé s'il a l'air de les approuver, il s'y rend nécessairement odieux ou ridicule. Et dans les sociétés. , même les plus réjglées et les plus décentes , sa fréquentation est déplacée. |l importe à la dignité de son ministère, qu*il ne se laisse pas voir de trop près. Soq assiduif;é feroit apercevoir ses défauts , qui , quelques légers qu'ils pussent être , en feroient soupçonner d'autres. Le monde, toujours injuste dans ses* jugemens, indulgent à l'excès pour lui-même , est sévère outre mesure pour les prêtres. Plus il se permet , plus il exige d'eux. A ses yeux , ses vices les plus honteux sont des foiblesses pardonnai, blés ; et les foiblesses les plus légères des ecclésiastiques , des désordres criminels. Ainsi , le soin de leur vertu, l'honneur de leur ministère» le maintien de leur réputation , tout ce quileur est cher et précieux, doit les éloigner di; monde^
l68 EXPLICATION
Mais cette séparation que demande d'eux leur ministère » n'est pas la séparation totale » absolue, qu'impose ^ux religieux l'état qu'ils ont embrassé; et de ce qu'elle n'est pas aussi entière » elle n'en est que plus diflicile dans la pratique. Elle exige la conciliation de deux devoirs qui semblent se contrarier : l'éloignemeat des hommes , et l'exercice de la charité envers eux. En se séparant du monde par leurs habitudes, parleurs liaisons , par toute leur vie personnelle p ils doivent toujours y tenir par leurs fonctions. Jésus-Christ dans cette circonstance se fait leur modèle. Il se relire de la foule; mais il ne s'en écarte pas, il se place à la distance où il n'en sera pas touché, mais d'où il pourra aisément s'en faire entendre. En se tenant hors du commerce des mondains, son ministre doit constamment se tenir en mesure de leur être utile. L'intervalle qui l'en sépare, doit être tel qu'ils ne l'atteignent pas, mais qu'il soit continuelFement à portée de leur parler. Ainsi» il remplira en même temps tous ses devoirs; il. acquittera , et ce qu'il doit à son ministère , et ce que doit au public son ministère ; il observera ce que la prudence lui conseille pour luimême , et ce que la charité lui prescrit envers ses frères.
La circonstance spécialement remarquée»
que les pécheurs descendus à terre travailloient h nettoyer leurs filets , est encore une leçon
pour les mmwtres de l'éyangae. Bs en apprennent que Jeur vie est un^ occupation continuelle. Elle pe^t plus à eux, elle appartient toute à 1 Jigljse. à qui ils l'engagèrent dans leur ordination. Le temps que l^urministère laisse Ubre. Il ne Iqur est pas permis de le consumer dans 1 oisiveté ou dans la dissipation. Us intervalles de leurs fonctions doivent ^,re employés ^s j préparer, à l'exemple de ces apôtres Li D ont suspendu leur pêche, qne pour se mettre en état de la reprendrï^. Celte préparation des pasteurs, consiste principalement en deux cho- «es : dansJa prière et dans l'étude. JLa prière es rendra dignes de ren^plir leur vocation .-l'éludp Jeç efli r,çfldra«:ijp4a^ ; ife puiser^tdan, la ^prière les verlus;^ et d^ l'étude", les. coanoissances nécessaires, à. leur état: Ainsi, loin des regards du moxi4e, ils se disposeront à se présenter devant iui,iareq,l^ dig«it^.q«i !«„, . convient; et ils.ren*:p^l,(eur|«M-aite^„t^^ ^ que leur appar^ion. U ^%Apps*rpire^epen!
dantjHe.^,.,.*.ette coutinpité . d* travaux . tout dépassement soi» jlnterditaux ecclésiastiques c ils 3ant hommes; Ipnr na^ur* l'exige 2 p«- conséquent Ja religion Je leur permet.' mis elle ne leur permet que le délassementelj«le,r défend l'oisivetéu Leur reposn-^H:
^?,.q«J pai«e qu'il«st nécessaii^fet parce ql^^l U^rpd plus propres. A SHpp^ter les fatigues. . Des deux barques qui étoient sur le rivage, '"' .8
,^ • BlPtiCATIOH
le SatiVeur choisit celle de Pierre. Ce n'est point par hasard et sati» réflexion qu'il k préfère et l'èvangéHste a -ses rues en nous le faisant' obserter. C'est ici une de ces figures si communes dans les- livres sacrés, qui ont un sens mystérieux, et dont nous devons chercher rinterpréiatîon. Jésus-dbrist nous apprend par là que c'est uniquement de la barque de Pierre tmcpart sa parole. Toute Toix qui se fait entendre d'ailleurs n'est pas la sienne. Ce n est point Jésus^Christ qui parle par la bouche de ceux qui sont sortis de cette barque sacrée.
Tout té qui en est dehors; se vante feussement d'annoncer sa parole. Hérétiques détentes les «ectes sbhismatiques de tous" les temps, en se séparant de Pierre . il» oùt imprimé ^ur leut^ front l'arrêt qiii les déclaré incapables d êtrc les organes du divin Sanveur. Jésus Christ nV enseigné qu'une doctribe, n'a fondé qu'une Eklise. Pour qu'efle restâtloujoùrs une, A y a étebU un céritrè'd'nnitéï ctenlire d'ùmié univer; sel «ùtout- driquel ttnfesent fermement réams de tou'tes lespaHies dumondblesmembreséparsde l'Eslise; ceïitre d'unité p^rjiétuel, qm jusqu à la consommatiy^n du siècle ftt le point de rallife- „,éntdetoat ce qui appartient à 1 Eglise. C esj la chaire où. d'après la ilrière du Sâuveor, là foi' ne défaudra jainais (l). Pierre la porta h Rome, et y fit releniir fës' véritéB saintes qjie
(3j -i auteii rogUî 'pro te «l non defîciat fiie,; tui, l,fic. «»•• 3»-
D£i ÉYAlfGfLBS. I7I
lui avoifc confiées son divin mattre. Pierre n'a jamais cessé d'y siéger par la suite longue et non interrompue de ses successeurs* Pierre y préside encore ; et malgré tous les efTorts de Tirapiété et de l'hérésie 9 jusqu'au jour qui verra anéantir la terre, il continuera de répandre siir elle 9 du haut de. cette dbaire sacrée , les oracles divins. Tout ce qui est hors de l'unhé n'a point la vraie foi; tout ce qui s'écarte du centre n'est pas dans l'unité. Ainsi , en donnant au monde sa doctrine et son Eglise, Jésus-Christ a donné un moyen certain » perpétuel et facile de les reconnoitre , et de les discerner des doctrines perverses et des Eglises révoltées; c'est de considérer le centre d'unité , la chaire éle« ' vée au-dessus de toutes les autres. Je suis, disoit saint Jérôme au pape Damase , uni de cornmumon à vi>tre Sainteté; c'est-ài-dire > à la chaire de Pierre, Je sais que c'est sur cette pierre qu'a été bâtie l'Eglise* Quiconque hors de cette maison mange l'Agneau , est un pro* fiuie^.. Je ne connois point Vital , je rejette Mélèçe, j'ignore Paulin. Qui ne recueyie pas avec vous, dissipe (i)« Trois partis divisent
(1) Efft bealStadîni toXf id est, calfaedm Petrî, eomiminione consocior , Saper iUam petram aediâcatam ecclesiaxn «cio. Qaicumque ^èxtra hanc domum agnum comederit, profanus est. Non noyi Yitalem, Meletinm respo», ignoro Panlmuin. Qpicamqoe tecam non colligit) spaiigit. S» Hier- EfnsU xir. n. 3 et 4-
17« FXPLICATIOK
r^lUe ( d'Antioche ) , et s'efforcent de m^atr tirer... et moi, au milieu d'eux , je crie à haute voix : Si quelqu'un e«t uni à la chaire de Pierre, il l'est à moi (i).
Quand il eut cessé de parler, il dit à Sir vion : Avancez en pleine eau , et jetez vos filets pour pêcher^ En ordonnant à saint Pierre u'ayancer au milieu du lao pour jeter ses filets, JésusHCbrist fait entendre à lui et à ses autres apôtres , que » pour la pêche d'hommes à lar quelle il lesdes^ine , il les lancera au milieu de la mer du monjde. Ce ne sera pas seulement dans les petite^ bourgades , figurées par .les eaux bassejB du rli^age^ qu'ils auront à porter la parole 4ivijie ; c'est où ils voient l'eau la plus pro6>n4e, qu'ils doivent jeter leurs filets , c'esl'èi-dire, ca sera dans l^s villes principales^ oii ils trouveront plus de Jficieux h, conver^r, plus de snpersti^j^ux'à éclairer, plus d'inpréT dules à Cjonvaincre , plus de savaas à cpnlbnrr dpe, plus d'obstacles à^urpionter, plus de far tigue^ à essuyer y plus de dangers à braver, qu^ils deyront aller arborer l'étendard de la foi. II a été littéralen^nt exécuté , ce précepte du divin Sauveijy:** Ge n'est pas des campagnes que le christianisme a passé dans les villes, mais des villes qu'il s*est répandu dans les* campagnes.
^i) la très partes scjssa eccksia ( Antioohena ) ad se r«p«rç iiic i'cstinat.... c^o intérim damito : Si quia cathedrae Pct^i juiigi ur, lucusest* S* Hier. Ëpist* xvi. u. a.
C'est dans Jérusalem , c'est lorsqu'une fêle solennelle y attire un nombreux concours , quo les apôtres, pleins de l'Esprit qu'ih tiennent de recevoir, ouvrent leur carrière évangélîque, et font retentir l'annonce de J^sus-Christ ressuscité. Voyez-les de là se répandre dans les villes les plus célèbres, où les lettres sont le plus cûl- . tivées , les? sciences le plus florissantes , la philosophie le plus en honneur. Suivez Pierre dan» Aniioche et "dans Rome; Paul dans Ephèse, ..dans Gorinthe, dans Athènes. Partout oii vous saurez que sont les talens , les lumières , les connaissances , c'est là que vous trouverez les apôli^és.
L^incrédulii^ que lès tihsurdités les plus grossières n'arrêtent jamais, n'a pas craint d'attaquer, par cet endroit même, le christianisme. Elle n'a pas rougi ^'avancer que la religion , dans ses premiers tenips, ne fut embrassée que par des hommes de la lie du peuple; et que la prédication des apôtres , reçue uniquement par une populace crédule et incapable d'examen, fut unanimement rejetée par tout ce qui avoit quelques lumières.
Il n'a pas plu h l'Esprit saint do nous révéler de quel état étoient tous ceux qui , s'étant les premiers convertis à la foi, composèrent l'Eglise naissante. Mais ce qu'il a daigné nous en apprendre , suffit pour nous montrer combien est éloignée de la vérité , l'assertion que les incré-
1^4 SX^PLtCÀTIOil^
dulesose&tproduire. Jésus-Ghri^ vîvoit encore, et il Gomptoit parmi ses disciples , Nicodème » un des chefs éèè juifs (i}» Joseph d'Arimathie, hommariche» aoble dëicurion (2); beaucoup d'autres des principaux de la nation , que la crainte des pharisiens empêchoit de se déclarer (3). Après son retour dans les eieux , lorsque la foi est encore concentrée 4ans la Judée, je Tois déjà une troupe nombreuse de prêtres , c'est-à-dire , des hommes les plus éclairé» du peuple juif, lui obéir (4)* Je vois phisieurs des nouveaux convertis, vendre leurs biens et leurs possessions pour subvenir aux besoins de leurs frères (5). Je suis la publication de Tévangilè, dans les divers pays où le portent les apôtres : je trouve sur le chemin de Gaza , Tennuque de la reine d'Ethiopie , homme puissant et surintendant de ses tr&ors (6) ; à Césarée, Corneille,
(i) Erat autem homo ex pharîsaeis, Nicodesms nomine, princeps jadaeorum. Joan, in. i*
{1) Yenit quidam homo dives ab Anmatfaaeâ, tiomme Joseph, quiet ip«e discipuhis ecat Jesu. Matth, xxvii. 67.
Venit Joseph ah Arimathacà, nobilis decurio, qui et ipse erat exspectans rc^^omn De». Marc, vr, 4^.
(3) Verumtamea et ex psificipihus multl credidermit in eum, $ed propter pharisaeo&non confîtebantur. Joan* xii. \%>.
(4) Verbum Domini crescehat , et multiplicabatur numfrni8 dîscipulorum in Jérusalem valdè : multa etiam turba »acerdotum obediebat fidet, AcU ti. 7.
(5) Possessîones et subsUntias vendebîmt, et dividebaiit îlla omnibus, proutcuique opus erat. AcU 11. 45-
(6)Eteccè vil aelhiops, eunuchus potens, Candacis reginas JSthiopum, qui erat super omnes gazas ejus. Ibiit tiii. 27.
eentu^rjoa d'uoe ccïhorte (i)> 2^ Papfios» ^er*^ gius Pautti^^ prqcottsvlTouUÎQ (a).; à Mbènoa^ Denys, ih^çiWq Je l'Aréo^ge (5) ; ^ Ëpbèse , Âppllo , bomme bloquent et puissant dans 1^ écritupetf (4) » ^ Goriathe, Ëra^te , trésoi^içr de la viUe (&') ; à Rome , plusieurs saini^ dauë h maiaeâ de Cé^r (6). Etoient-Jiis deia^dermèrç olailise du peuple > ïom ce^ ebr^Ueps formée par ies apdtre^t^ &QÎent-il» de -la populaee erédule et incapable d'exam^u ^ -ce»; juif» de 3époé« les plus, nobles/ do ceux de Thes^aloQÎqiiei, quji reçiiceni la par<»le aiieo «^idjt^é» apfès av6iir éludié daas les^^rilul*ea» si ce qu'on leur aUr Dôfiçoit éloil véritable (7) ? Ëtoient-ilsi des'bom-^ mes grossiers^ ces fidèles^d'Ephèse, qui.s'étaul UvrésaQti^fcH^ à l'é^d^ des ctiriosités de la
(1) Vir autem quidam 10 Cxsaraeâ, nomine Cornélius ceil*' tario cohortis , quae dîcîtur Italîca. Ibid. x. 1.
(a) Proconsul eiim VidisSet factiHd , crèdMit admirons êvL-' per doctrinà Domtni. Z&i'c^'xui. id.
(3) Quidam verô TÎri adhérentes ei, credidenmt : in quibus et Dionysius Areopa^ta. Ibid, xvii. 34- -
(4) Judœus autem qpidam, Apollo nomine, Alexandrinus g?ner«, vir elpquens« devei?it EpUe8m»,,pQM» jn scfijpturi^. Hîc erat edoctus viam Doijuini. /^^..xyiii. a4 ^' ^^^
(5) Salutat tos Erastus ^ arcarius civitatis. Mom. xvi. a3. (G) Salutant vos omnes sancti^ maxime autçpi qui de Cse-
saris domo sunt. Philipp. ly. 32.
(7) Hi an^tem erant nobiliore^ eorum> qui sunt Thessalonicae^ qui susceperunt verbum cum omni avidit^te, quotidiè scrutantes scripturas , si hxc ita se haberent^ Etn^ulti qvndf lu crediderunt ex ei»^ et mulierum^ntilium LoneatarMin r e^ viri non pauci. ^ct, xth. ii et la^ ,
176 BXl>LICATIOW
nature, brûlèrent, après leur conrersion, des livres de leur frivole sdence , pour le prix de cinquante mille deniers (1) ? Ëtùient-^lles de la Ke du peuple , les femmes à qui éainl Pierre et saint Paul interdisoient les frisures élégantes , les parures magnifiques (2)?Etoient* ilsdes ignorans , noyant nulle teinture d*aûcutie scîMcè , ces nouveaux chrétiens de Colosses , que PA* pôtre avertit de ne pas se laisser séduire par une vaine et fausse philosophie (5) ? Je demande ti les Clément, les Ignrace, les Polycarpe, prosélytes de la foi , sous les apôtrôs » après eux ses défenseurs , étoient des hommes sans esprit et sans lumières; si un Cecilius-Glabrio / ancien consul; si un Flavius^lemens ; parens de Domitien , martyrisés tons deux panr Tordre de ce prince, étoient de cette humble condition qui n'a ni éducation ni connoissances ? Les apôtres venoient de terminer leur oarrière, et un grand nombre de ceux qui professoient le christianisme , avoient été formés par leurs travaux, quand
(i) Muiti autcm ex Lis, <jui facrant ciiriosa sectati, contalértint librot , et combusserunt coram omnibus; et computatis pretiia illonim , invcnernnt pecànîam dcnarioram (jiiinqua- {pnta millium. ^ct. xix. ig.
(2) Qttanun non ait cxfrinsecuâ capillafuni, aut cîrcnmdatio auri, aut indumenti vestimentornm cultus. i. Petr, iii. 3.
Similiter et muliercs in habitu ûrnâto , Cum vcrccondiâ el obrictatc ornantes se , et non in tortîs crinibus , aut auro , aut margaritîs, vel veste j^fretiosâ. i. Timoth, ii. g.
(3) Videtc ne quîs vosdecijiiat i>er phitosophiam , et inancm fallaciam. Coloss* u. 8. ' * '
DES iVANGILES. I77
PJine écrivoit à Trajon que la perséculion h laquelle il dévouoit les chrétiens , meltoit en péril des personnes de loulrang, de tout age^ de tout sexe , tant des villes que des bourgs et des campag&es (i). Sans doute dans ces preuiicrs temps il y^ avoit, comme il y aura toujours» plus de chrétiens de la classe populaire que des autrès , parce que c'est en tout temps et en tout lieu la classe la plus nombreuse. Saint Paul domte une autre raison , pour laquelle , dans cette sainte vocation, il n'y a avoit pas ungraod nombre de sages selon la chair» de puisaans et <le nobles dans le monde, c'est qu'il a plu à la Providence de choisir ce qui est ioaeiué^ ce ^fù ^est foible» ce qui est vil aux yetix du 'monde, pour confondre ce que le monde a de plus sa^ » de plus fort et de plus grand (s). L'Ap6tro eûtîf pu , eût-il osé dire qu'il n'y avoit pas dans l*£glise un grand nombre do savans et de pijits-
(i) Visa est enim miki res di^na conftult^tione m^imè propter periclitantinm numerum. Multî omnis aetatis, ômnit ordînis, atriusqiie sexnà etiam, vocautàr in peiiculura, èf ^ocabttnfiir. Neque enim civitates tantiun>^ itd yioo% etiafO; atque agros superstitionis igtiot conMgio p^va{|{ata,e8t. Fli/hi Sdi. epist. ad Traj€umm, lib, x. epi&t. 97. .
(a) Videte enim vocationéin v'estrara^ fratrcs, quia non mi?Iti sapientes secuqdiun camém, non nualti potcntès, noli muK» tt nobiles : ted quœ shilta si^nt mund» elegit Qç^Cy.ut corifîindat sapientes i , et i|^6rm«ij)[ijindi elcgil pewj^. u^/çonfj^i^r dat fortia^ eti^^obilia rnunili. et contcmptibilia elc(;it Deus, <7tea, (jaaenon sont, ut ea cjva^ snni, destraeret. i. CotiHtk.^ I. 26 y a7 et^a, ■ K
sans , s'il n*y ea eût eu aucun? qutnd il parloit ainsi, il faisoit une prophétie; il annonçoit ce qui, dans les vues humaines, n'avoit aucune vraisemblance ; que ces commencemens du christianisme , si foibles en apparence , triompheroient de toute la force du monde. Cet oracle s*est-il, réalisé? ces hommes du peuple» qui formoient alors la plus nombreuse partie des chrëtiens, ont -ils cédé aux puîssans et aux grands qui professoient l'idolâtrie ? ou , oni^ib ^vaincu leur résistance, et les oni-ils amenés à la foi? Que Ton dispute sur les &its; que l'on s'aveugle sur les causes ; il est impossible de fer> aiier les yefnx sur le résultat, et de ne pas ê^ frappé de Faecord entre la prédiction et son aceompliasemënt. Plus on exagère la simplicité» l'ignorance de$ premiers chrétiens, plus on renfoFce'laipreuve résultante de l'exécution de Iftpifédiotioo; eiplhs^ en voûtant ia combattre, on confirme encore la divinité de la religion.
Simon lai répondit : Maître , nous avons traînaillé toute l^ nuit sans rien prendre; mais smr votre parole je Jetterai le filet. Nous avons à admirer ici l'obéi^sancé de saint Pierre. Il sa- Vj^it que le grand jour n'est pas le temps propre à. la pèche ; il venoit d'éprouver , pai* un travail de plusieu^ heures , qu'il n'y avoit ^s de poissons ëii cet endroit : ioctaîs JésQs^Gfarist cornmandej il ne raisonna plu^ , il ne sait qu'obéir : obéissance prompte et sans retardement; obéis^
^skÇe ei^lih^i^i A^ «€f permet ^o4;|]Aq i (U0iculr -té*; oMi^^H^^Av^ugl^;, à lamelle il s^crifi0vi$ei» l^opr^s IpQiières ; ^obéiss^Bce coni^aiite. »,iqui èp. iiefit çssjtii^ée du su0^< Talle est la jsoumi^sioD que nous deyons aux commandemoA^ 4u 4ivii^ Sauveur. J^s que «nous sqi^mes-^certaiu^que c'est lui qui nous pari<e> ,j^0tre.defp\r'(^ê%jà^Qr hUt $a&& résisU^ç^^ saosj^îffionUé /Bafis^ur^ mure , sai)8 délai. Et nous .^ vous yiT^^HVi^ltA^ sa voix, 0<>n se^ement dans la. )i&ii sainte quti nous a dictée^ifiiQisaus^i djEins^o^ ]^glMfe^.^'il a la^isséé sur jla terre poiup iç. r0nip{a43er> rev^ tue de mu auti^é; inais ^ncQk*e,4aus tous le^ Supérieurs ^ - de ^ quelque, ^nre^ que ce soit , qui iieupent die; lui le pQuvçiir $qu'i}6f e^«iH:ieut;:Sur uoust Q^éi^so^ns»: <;e seul mot reuft^me•lout^ ^os obligations. (iVbéissance chrétieone supr fe^ toutes le0 vertus ^ ou les fait acquérir^ fSÏte est le &ite de la perfection, ou le chemin court et facile peur y pairvenir.
C'est sur. la parole de Jésus*Christ que saiu^ Pierre jette' %on â(et , 0t qu'il f^\i cette p^be aibojEidante qui^^urpasse ses espér^npes et même 4es idées. N'étant. peint aidé de eat^e parole, il a?oit travaillé iofr.uotueiJsement toute la nuit^ Les ouvriers évangélistes* représentés ici par le premii^r d'entre eux» doivent apprendre de H que ce n'es) que surlii parole de leur divJn Maître qu'ils dpivent jeter 1^ filet de la prédiçar tion; ce qui compvepd deux vérités impertaI^
l8o BXMklCATIOll
ies^: la première ^ qive c'est la purele de Jésus* Christ seule qui leur éonne le dr<rff d'instruire les peuples; la seconde, que c'est l'assistance de Jésus-Christ seule qui donne le succès à leurs instructions.
En premier lieu , il n'y a que ceux h qui Jésus-Christ a dit : Jetez votre filet , qui en aient le droit; H donna cet ordrer à ses apôtre» , loî^i^'il les envoya enseigner toutes les nations , ea leur promettant qu'il sm^oit avec eux tous les îours, jusqu'à celui où il détroiroit l'univers. C'est cette mission imîqMe, perpétuée dans tous les siècles par la succession des premiers pasleurs, étend^ie dans tous les pays par leur multiplication, qui fait le titre des* prédications de l'évangilk Le ministre inférieur j'a réçtrè de son évéqu© , qui , par une succession non interrompue, est l'hérilier de celle des apôtres. Tout ce qui ne l'a pas reçue de ceux qui seuls ont autorité pour la communiquer, est sans pouvoir pou^ annoncer là doctrine sainte. Ils usurpent, contre la; Volonté' formelle de Jésus- Christ, le droit de la prédication, tous ceux qui sont hors delà succession apostolique. Nous disons aux hérétiques des derniers siècles et aux scbisma tiques, qui, dans nos malheureux jours, sont venus déchirer le sein de notre Eglise , cp que les saints Pères disoient à ceux de leur temps : Produisez l'origine de vos églises; développez la suite de vosèvêqeies; montrez -no us
ma àvèKQitfis. 181
leur succ^êkm do quelqu'un des apôtres , ou dea boi^Boes apostolic[»es (1). Rendez compte de vos chaires , tous qui prétendez appartenir il la sainte ^Kse (2). Nous seuls possédons la foi catholique^ qui vient de la: doctrine des apô- Ires , qui a été plantée par eux parmi nous » que nous ayons reçue d'eux par uqo continuité de successi<Hi > et que nous transmettrons de la même manière à nos derniers neveux (3). £t en leur montrant ces précieuses successions d'évêques , qui , des apôtres jusqu'à nous , font descendre la dodrine sainte , nous confondons toutes les. sectes , quelles qu'elles soient, qui usurpent le ponvoir que Jésus ne leur a pas donné, de faire sa récoite (4).
£n second lieu, saint Pierre et ses compa-^
(1) Edant crg6 origines ccclcsiarum siiaruni j evolvantoi* diucm epîscoporum suoriim, ita pcr successioncs ab inilk) decurrentem , ut primus ille cpiscûpus aliquem ex apostolis, vel apostolicis viris, qui tamen cum apostèlis pcrseveraveiit, Jiabu^t autorem et auteçcssorem. Tertul, de Prœscript. ,cap. 33.
(a) VestrsB cathedrse vos originem reddite , qui valtis vobis sanctam eccicsiam vindicarc. *$*. OpiatUs de sckism. DnrmtisU lib. a. )i
(3) Nos, id est , catholica Cdcs venieps de doctrine apo«tol onim, plantata in nobis , per *ciiem successionis accepta, sana ad posteros transmittenda. S- -^ug- in Joan. tract. xxxTJi. n. 6.
(4) Aanontiatam hofiûnîbus fideip , per srcccssiones opiscoponim penrenicntem usque ad nos indicantcs, confundimus eos , qui quoquo modo... practer quam oportct colligunt.
«y. Itvn. contra hœres. lib.iii.cap. 3. .
1 89 U^tiCATIOU
gnons s^étoient &tiguès inottleinent - lonl'é lâ nuit , parce qu^iis a'poieat travaillé Bans Jimi^ Christ; mais aussitôt qu'H leur a parlé, Us r^ mettent avec courage la ufain à Foeuvre » pldoi de conflance , non dans leur travail , mais dans son assistance. Ainsi s'épuiseront en vains efforts tous ceux qui attendront de leurs talens réels on imaginaires , le succès de leur prédication* Nous entendons souvent des plaintes , et mal* heureusement elles sont trop bien fondées , da peu d'efEet que produit la parole divine annon* cée par les orateurs les plus étoquens. Quelque* fois c'est la faute du prédicateur» plus qt>e de l'auditoire. C'est cette éloquence^méme , sur laquelle il fonde son succès» qui l'en prive. Plus occupé de la ûiire briilerquedelafaireprofiter^.plus jaloux d'applaudissemens que de conversions , il sera puni en obtenant ce qu'il a désiré. Il retirera de ses discours recherchés, quelques éloges qui achèveront de le perdre, en augmentantsa vanité; mais iln'en recueillera aucun fruit. Quelques bouches le loueront sur la terre ; mais aucune âme sauyée par ses soins n'intercédera pour hii dans le ciel. Il sera comme ces arbres de belle apparence, mais stériles , que Jésus-Christ condamne à être arrachés et jetés au feu. Ministres de la parole sainte , que Dieu a doués de quelques talens, pénétrez-vous intimement de cette importante vérité, que la confiance dans les talens est un des plus grands obstacles à leur sue-
DES IBT ANGLES. ifô
ces. Voyez la semence la meilleure périr daos là terre , si elle n^est pas fécondée par la rosée céleste. En même temps, que vous parlerez aux hommes pour opérer leur conversion » adressesvous à Dieii pour Tobtenir. Vos prières produiront plus d'effet que vos discours , et vous gagnerez plus d'âmes au pied des autels que dans la chaire.
Uayant fait, ils prirent une si prodigieusB (jùantité de poissons-, ^ue Le filet se rompait. Ils firent signe à leurs compagnons qui étoient dans P autre, barque ^ de venir les aider. Ils y vinrent, et ils remplirent les deux barques, tellement quelles étoient près de couler à fond. Ce miracle étoit la ilgure du miracle plus admirable encore , de la propagation de l'évangile. Entre l'an et l'autre, nous voyons une conformité parfaite; soit par rapport aux personnes > soit dans la chose même, soit par la manière dont elle s'est opérée.
. Si nous considérons dans les instrumens dont Jésas^Christ s'est servi pour amener le monde âi sa religion > nous verrons que ce sont les mêmes à qui il a ordonné de jeter le filet. Pierre et ses collègues ont commencé ce grand ouvrage enpersomie; ils l'ont continué dpns leurs succcasseurs. C'est de la barque de Pierre , qu'a été jeté le filet mystérieux qui a attiré à la foi une si grande multitude d'hommes.
Si nous passons à examiner en elle-même la
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pèche spiritaelle des apôlres» nous trouvons aussi dans ^on abondance une merveilleuse conformité avec celle de l'évangile. Huit mille hommes convertis dans les deux premières prédications de Pierre» no sont que le prélude de ses succès. Sa barque traverse toutes les mers. Lui et ses compagnons étendent leurs mystérieux filets d'une extrémité du monde connu, jusqu'à l'autre* De l'Inde à l'Italie , de la Scythie à l'Ethiopie, ils enveloppent toutes les nations, des hommes de tout pays , de tout état , s'y jeltcnt en foule; et au bout de peu de temps, la totalité des peuples connus vient s'y réunir. D'où est venu cet étonnant succès dans l'univers entier ? C'est encore , comme sur le lac de Génésareth , de la parole à laquelle tout obéit. Celui-là seul, qui a le droit d'ordonner, d'ensen gner en son nom toutes les nations, a eu lo pouvoir de les convertir.
Enfin , comparant les matières dont se sont faites les deux pêches de poissons et d'hommes» nous y trouverons encore une grande ressemblance. C'est dans le grand jour qui sembloit leur être contraire , que l'une et l'autre s'est effectuée. Les apôtres ont exécuté à la lettre l'ordre qu'ils avoient reçu de leur divin Maître , de répandre dans la lumière ce qu'ils avoient ecntendu dans l'obscurité; ot de prêcher sur les toits ce qu'il leur avoît dit à l'oreille (i). Ils
(r) Quod dico vobîS in tcncbvis, dicite in Inmine; et qitod in aure auditls, prxdicatc super tecta. Matth. x. 27.
DS8 ivAHeiLËS. iSâ
l*oiit pnbfié hàutcmotent ^ sans détour, sans précaution. Sur l'eau r nous ne les voyons pas jeter des appâts. pour amoreer les poissons; ils se coDtelHent de lancer le filet , et leurs barques se remplissent. Dans le monde, ils dédaignent tous les- moyens bumains dont ils pourroient s'aider. Ils annoncent arec simplicité, Jésus- Christ; et l'Eglise se forme.
Au milieu de ce miraculeux succès de la pèche de sahit Pierre,, le texte sacré fart mention d'une eirconâtaûce fâcheuse , qui est encore un rapport de plus arec l'autre pêche qu'il doit feire : c*e8t que l'abondance des poissons étoit si prodigieuse ^ que le filoit se rompoit» Ne nous scandalisons pas de ce que le filet dans lequel les apôtres aroient pris tant d'âmes , se rompit lorsqu'il se fut rempli. La division est reffet natui^l delà multitude; et Dieu n'a pas voulu en exempter son Eglise^ Lorsqu'à force de combats elle se fiit enfin soumis les peuples avec leurs souverains, la multiplication de ses enfans, qu'elle avoit si ardemment désirée , sï laborieusemeEnl opérée^ devint pour elle une source de douleurs^ Alors fut déchiré ce filet précieux qui les conteno4t,r par lés grandes hérésies qui corrompirent sa doctrine^ par les schismes qui divisèrent soâ unité; par les crimes et les scandales des mauvais chrétiens ^ qui violèrent ses saintes règles, et la souillèrent de leurs indi^ gnes mœurs. Après l'accomplissem^îtît de» pro-
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phéiies qui annonçoieat son admii^Ue a^dwis^ sèment , elle vit rexécution de cet .autre oraele d^Isaîe. Vous avez multiplié mon pecipte » Vous n'ayez pa« augmenté ma joie (i). Elle 9é trouva réduite à déplorer 8a fécondité. Elle regretta ces furieux orages qui retenoient sa femiUe tremblante et réunie sous elle; et elle fut plus douloureusement affligée dans son triomphe , que dans ses combats.
Etonnés , embarrassés de la multitude de poissons qui remplissait leur filet, n'ayant pas la force de les retirer, Pierre et ceux qui étoient avec lui, appellent leurs compagnons restés sûr l'autre barque > qui accourent ausntât à leur aide. Cette circonstance renferme une instnietîon précieuse aux pasteurs des âmes et à tons les fidèles. Elle montre aux premiers , le secours qu'ils se doivent réciproqnemeM dam leurs fonctions souvent très multipliées. La di* vision des territoires entre ses ministres et ûxh des bornes à leurs pouvoirs, mais non à leur zèle. Il n'est pas permis , sans doute, à un pasteur de se charger d'un ministère que l'Eglise a confié h un autre; mais il lui est permis , il lui est même recommandé d'assister dans ses travaux celui qui en seroit accablé. Ce seroit * une usurpation de venir récolter le champ éd son confrère malgré lui ; c'est un devoir de cha-
(i) Multiplicâsti gentem, non magni^câsti Ixtitiam. Isa.
DES È¥A]r«iLES. 1 87
rîlé d'alier «ir son inyiiatîoa l'aider à le eullivep. La sollicitude de toutes les Eglises n'appartenoit qu'aux apôtres; le soulagement de tous lesj pasteurs , est l'œuvre de chaque pasteur. Mais cette obHgatioa de cbarit^, est soumise à la k)i de justice qui subordonne les ministres de Tordre Inférieur, à leurs chefs. L'autorisation des supérieurs est nécessaire à son exercice. La charité ne rompt pas les liens de la suboi^ dinatîon; elle ne viole pas les sages règles de la discipline. L'union des pasteurs ne peut exister que <ians l'observation des lois hiérarchiques; et, du moment qu'elles sont enfreintes , il n'y a plus que division et trouble.
Celte ardeur des pêcheurs à se secourir mutuellement, est aussi l'image de l'assistance que se doivent les fidèles. La charité se tient touîours prête à voler, sur le moindre signe , au secours du prochain ; à l'aider dans ses travaux , à le soulager dans ses besoins, à le consoler dans ses peines. Cette belle vertu, dont Jésus-Christ a fait le lien de sa religion , seroit aussi , si elle étoit bien observée , le lien le plus fort de la société. Combien seroit heureuse et florissante, celle dont tous les membres se regardant comme une seule famille , se recennoîssant pour frères, se traitant comme tels, seroient continuellement occupés à se rendre tous les services que demanderoît le besoin des uns , que permettroit le pouvoir des autres 1 Le christiamsme
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nabfaai ^nna peuplant quelque temps à la terre ce spectacle toucttani. HiHé» ! il n'^existe p(u»à présent que dans les Livrés saints, qui nous en ont conservé la mémoire. Jamais on no parla autant d'humanité : et jamais on n'en fut plus éloigné. Le moi dé bienfaisance est dans tontes les bouches : et Tégoïsme est dans tous les eceur»^ Il n'y a plus de liaisons sur la terre , que celles qui: naissent de l'intérêt personnel; et pour une union qu'il formel, combien n'en détruhit-il pas? Au lieu de désirer le bien du prochain» on l'envie; au lieu de le procurer, on s'efforce de le détruire. Il seigle que tout ce que possèdent les autres, nous soit enlevé. C'est surtout «Dire ceux que des relations plus intimas devroieut plusinlldfement réunir, qnussQnt au contraire pki»^ fréquentes ces déplorables opposilions. G'e9t principalement la personne de la même oondilion ,* de la même profession , du itlêlne état / dont on rivalise les talens, dbnt on jalouse les succès, dont on envie lebonheqr. Il sembleront que la Providence n'a rapproché les hommei^, que pour les mettre plus à portée de se ba.ttre. Examinons-nous avec une attention particulière sur ce point, suf lequel il est si dangereux et si facile de se faire illusion : st dangereux , parce qu'il n'y â pas de précepte aussi essentiel que celui de la charité ; si facile , parce que l'amour-propre est fécond en prétextes pour colorer à ses propres yeux ses ini-
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mitiés 9 pour ju6tilieir à Jui-méme ^es liaines.
Ce que Simon Pierre aymit vu s il se jeta aux pieds de Jésus , en disant : Eloignez-vous de moi. Seigneur, pmxe que je suis un pécheur. Car la stupeur l'avoU saisi, lui, et tous ceux qui étoient de cette pêche , aussi- bien que Jacques et Jean, fUs de Zébédée , qui étoiem compé^ojns de Simon. Jésus dit à Simon : Ne craignez point : désoinnais votre emploi sera de pr^endre des hommes. Celte tepreur qui aaisit saint Pierre e^ les autres apôtres» à ,Ia vue du miracle que venolt xl'o{>érer le Sauveur, efi* le premier mouvement qu'éprouve Tâme coupable, qaai^4 elle contemple d'une part» la grandeur, la puissance, la sainteté iiiftaies du Dieu qu'elle a offensé.; et de l'autre , sa propre misère, son indignité, sa corr,uption. C'est Adam épouvanté de son criipe, qui cherche à se dérober aux regards 4^ jSeigneur. Ge sentiment d'effroi, qui porte le|)écheurà vouloir s'éloigner de Dieu , est salutaire , mais iosuiGsaot. C'est J)ieu qui excite cettei craio.le dans son cœur, ^«r l'^ouvoir et h tirer de l'apathie où Fa jeté son péché. Mais c'est poi^r le conduire à l'espérance, qu'H le frappe :de ;ter^ reyr. Le concile de Trente, dans son décret sur la justification, observe. cette i^arche de la Providence. Delà crainte de la justice, dont le pé-
cf^eur resseiit une utile commotion, Dieu le fait passera la contemplation de la miséricorde que
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lui inspire une religieuse confiance (i). Nous voyons ici le Sauveur se hâier de rassurer saint Pierre, et lui recommander de ne rien craindre. Ame touchée ^ Dieu, h qui la crainte de son terrible Jugement inspire le désir de recourir à lui , ne vous arrêtez point à ce premier pas. Considérez que ce Juge sétère, qui vous glace de frayeur, est en même temps un Père tendre qui désire votre amour. Ne séparezpas ces deux qualités inséparablement unies en Dieu , et qui doivent l'être aussi dans tH>tre pensée. L'idée de la justice seule vous porteroit au désespoir; celle de la miséricorde seule, à la présomption. Mais unies , et se balançant l'une par l'autre , elle vous tiendront dans un juste milieu. Loiil d'être opposées l'une à l'autre, ces deux considé* rations se consolident et se fortifient mutueUe^^ ment. La crainte mène à la confiance, en puri. fiant le cceur de tout ce qui etl^ontraire; et la confiance à son tour épure la crainte eila convertit en une pieuse frayeur d'oifetiser un Père si plein de bonté. Quand la crainte de l'enfer m'a fait l'éformer n^s inclinatiions vicieuses, je commence à espérer le pardon de me» péchés; et quand l'espàrance ^tentrée dans mon cœur.
(i) k dÎTin» justitiae timoré, cpio utUiter concutiimtar, ad oonsiciecandam Dei misericordiam se convertendo , in spem itrigantnr, fidentes Deum sibi propter GSiristam propithim iùtie. CoHciL Trid. aess. ti. dejustif, fi»Df 6.
elle m'inspire fa crainte de déplaire à Dieu par de nouvelles offenses.
Et ayant ramené leur barque à terre» iCs abandonnèrent tout, et le suivirent. Telle fut Fabnégation de ces premiers disciples de Jésus- Christ : une abnégation totale, qui ne se réserve rîen. Leur renoncement fut grand , quoique la chose h laquelle ils renonçoient fikt petite , puis. que, pour suivre leur divin Maître, ils aban^ donnèrent tout ce qu'ils possédoient. Sommesnous donc dans l'obligation de les imiter exactement en ce point? ne pouvons-nous suivre Jésus-Christ sans quitter , comme ses apôtres , absolument tout ce que nous avons, sans lui sacrifier totit ce qui nous est cher ? Distinguons à cet égard la perfection à laquelle peu de personnes sont appelées, du précepte qui est commun à'tous. Jésus-Christ lui-même a fait cette distinction , quand il a répondu à un jeune homme qui le consultoit : Si vous voulez être parfait, allez vendre ce que vous avez, et le donnez aux pauvres (i). L'abnégation entière, absolue, semblable à celle des apôtres , est une grâce particulière que Dieu âiit à peu de personnes. Ils ne sont pas nombreux, ceuxqu'iji appelle à la haute perfection de le suivre dans son àénU^ ment total. Mais si le renoncement réel à nos possessions ne nous est pas recommandé, l'es-
(x) Si Ttsperfectus esse, yade, vende quse habes, et du paupeiibos. Matth. xix. ai.
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prit .de renoQcemeni nous e$t i«q>érati7ement prescrit. Nous sommes tenus^ non à l'abandoD» mais au détacehcment. Nous devons élre dans la disposition intérieure de (aire à Dieu tous les^jacriCces qu'il exigera, Waus devons, 4** fond de nos cœurs^ préférer toutes les pertiBs à. celle de sa grâce. 11 est par conséquent un^enrç4e,sacrk fices auquel nous sommes obligés en réa^t,é^ et eûectivement; c'est de tout jce qui déplaît à Dieju.. Opinloa?, désirs^ senjtimens» humeurs^ ipçliaa» tions^ aiTcctioQu», habitudes, occfislons^pq^sions^ tout ce qui est contraire à Ja loi jdivj[ne; yoil^ ce que nous devons .«^bandonaer, non seulement sans résistance,, mais sa^is bésitatioi^. C'est l'c^il^ c'est la maiA qti'iji j\oiis je^st .ordonné 4e fejotcii: loin de nous^ d^^ 4ue .ce sont jdes occasipus de péché. Nous ne pouvons pas ^arche^: .à la suilç de J[ésus-Çhrjst, chargés du poids de nos vices^ et rester dans ;^isqn^ppgnie^veçd^s dispositions qu'il répcouye^ J^e ;5uivj:«, c'est l'imiter; et il est nécessaire d'avoir suivi sa tra,ce, po,u;*.afrLr rer (^rè|S jui .daos jp ci^l/
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'^Of GElHSt^'^^-'
DES £tANGIL£8. t^3
DU CIKQVlklIB DIMâNCHB APRÈS LA PEKTBCÔTB.
Jésus-Chrisl prescrit une justice plus abondante que celle des pharisiens , et proscrit la colère.
J Ésus dit à ses disciples : Je vous déclare qtre si Totre justice u'est pas plus abondante que celle des scribes et des pharisiens » vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. Vous avez en»
tendu qu'il a été dit aux anciens. Vous ne tuerez pas , mais celui qui tuera méritera d'être puni par le jugement. Et moi je vous dis, que quiconque se mettra en colère contre son frère» méritera d'être puni par le jugement; que celui qui dira à son frère ^raca^ méritera d'être puni par le conseil ; et que celui qui le traitera de fou y méritera d'être condamné au feu de la géhenne. Si donc» offrant votre présent à l'au- ^ tel , vous vous rappelez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez votre offrande devant l'autel , et allez d'abord vous réconcilier avec votre frère; et vous viendrez après cela» offrir votre présent. ( MattL v. 20 — «24. )
J 94 £XPUGàTI01l
Jésus dit à ses disciples : Je vous déclare que si votre justice n*est pas plus abondante que celle des scribes et des pharisiens , vous n'entrerez pas dans le royaume des deux. Ce discours de Notre-Seigneur sur les pharisiens , dut paroître bien étonnant ^ ceux qui Tentendoient. Ils étolent accoutumés à regarder ces honimes comme des modèles de vertu. Il n'y avoit point d'Israélite qui ne se fut cru parfait , s'il leur eût ressemblé. Ainsi jugent les hommes qui ne peuvent conuoîlre que l'extérieur, ainsi jugeonsnous tous les jours nos frères , blâmant les uns avec autant d^injustice, que nous louons les autres avec légèreté. Mais ou ne peuvent atteindre nos foibles regards, l'œil de Dieu y pénètre. Et que voyoit-il donc dans ces hommes si exemplaires, qui lui parût mériter l'exclusion du royaume des cieux? car il déclare formellement que celui qui ne sera pas plus juste qu'eux, n'y sera point reçu. Il ne s'agit point ici d'un degré plus ou moins grand de perfection. Cette justice supérieure à celle des pharisiens , qu'il exige de quiconque est son disciple, est d'une absolue nécessité pour le salut. Ainsi , il nous importe essentiellement de connoître en quoi étoit défectueuse, celle dont les pharisiens faisoient profession.
C'étoit précisément ce qu'il y avoit de plus ad-
DBS EVANGILES. IqS
miré dans la prétendue justice des pharisiens, qui étoit le plus vicieux. Les reproches que lui feît Jésus-Christ en divers endroits tombent principalement sur trois points; elle étoit tout extérieure et sans aucun soin de l'intérieur; elle étoit minutieuse , occupée de légères observances, avec une négligence totale de l'essentiel; elle étoit hjpocrile , occiipée de capter l'estime des hommes , sana se soucier de celle de Dieu. En premier lieu ^ les pharisiens faisoient consister toute la vcrlu dans l'observation extérieure des préceptes. Ils coraptoîont pour rien les motifs de robservatïOïi; H pourvu qu'ils ne manquassent pas aux pratiques ordonnées, ils se croyoient irrépréhensibles. Ainsi, ils allioient aux observances que prescrivoit la loi , tous les vic6s qu'elle condamnfiit ; aux actes d'humilité ^ l'orgueil; aux jeunos fréquens, la sensualité; aux aumônes abondantes, la rapine et l'injustice; aux œuvres de charité, le mépris des autres hommes. Cette disposition est diamétralement opposée à la religion. Dieu est esprit, dit Jésus -Christ; et c'est en esprit et en vérité que l'on doit l'adorer ( i ). Loin de pouvoir remplacer le culte intérieur , le culte extérieur n'est prescrit que pour l'établir, l'étendre, lesoutem'r et l'animer. Il n'y a pas une de ses pratiques qui ne soit l'exercice de quelque vertu, qui n'ait
(i) Spiritus est Deus, et eos , qni adorant eum, m spbilu et veritate oportet adorare. Joan, iy. ^^^
pour objet de la fomenter. La prière, qui e$k Texpression de la piété» est en même temps, •on aliment. Les fêtes, en retraçant les bienfaits de Dieu , en excitent la reconnoissance. Les cérémonies , qui rappellent notre esprit à Dieu, portent notre cœur à Tadorer. Les jeunes^ rappellent le devoir de la mortification , et le font pratiquer. Les œuvres de bienfaisance qu'exerce la charité, eu ressencni le lien. Lo culte intérieur est au culttî extérieur, ce que l'âme est au corps. Otez n u culte ma térîcl le sentiment qui le vivifie, il ne restera plus qu*un coda vre inanimé , et bientôt reiiipîi de corruption. Telle éloit la religion des p ha I (.siens : et n'estce pas aussi celle de beaucoup de cbrétieos?
Combien en est-il de ceux qui se pi*|uent da régularité , qui font consisicr foute leur perfection à remplir les devoirs extérieurs que la loi commande, et qui ne s^oeeupenl nullement da , «se qu'elle ordonne bien ]>lus impérîfusoïntnt r 4e réformer leur humeur, de redresser leurs inclinations, de plier leurs habitudes, de réprimer leurs passions ? Combien de personnes usurpent la réputation de dévotes , par une certaine assiduité dans les temples, que Ton voit hors de là , vaines , sensuelles , aigres , médisani«f , emportées? On se feroit scrupule du plus léger manquement ; on n'a aucun remords de s«ii nombreux défauts. Il semblero^il que la piété pQnt exister sans les vertus, La raison de cette
mlerrersion de principes, se comprend sans peine. C'est que les pratiques sont plus faciles à observer que les vertus. C'est qu'il en co&t« moins pour faire quelques actes , que pour s« réformer. C'est que les seuls devoirs pénibles i ftont ceux qui exigent des combats contre soi- Knénie« Sortons de cette illusion funeste » qui, en égarant les âmes, les perd sans retour, parce qu'elle leur forme une fausse conscience. Commençons par rectifier notre cœur; et les devoirs de tout genre s'observeront ensuite sans difficulté. Bannissons de notre âme les affections vicieuses; remplissons-la des vertus qui nous manquent, et nous acquitterons alors avec joie toutes les saintes observances.
Car en rejetant la maxime perverse des pha* fisiens , il faut craindre de donner dans Texcès contraire. C'est un abus de faire consister la religion dans les pratiques extérieures ; c'en est un autre de les regarder comme inutiles. Dn culte tout spirituel n'est pas à noire portée , le langage des signes est nécessaire à la nature humaine. Combien d'esprits en comprendroieot difficilement un autre ? Quels esprits seroient assez forts pour se soutenir sans secours, dans la contemplation des vérités célestes ?Le culte extérieur maintient le culte intérieur, et Tempéche de s'anéantir; le fixe, et l'empêche de varier. Il excite à la vertu , par les exemples qu'il présente; il ranime la piété , par les scnlimens qu'il