EXVUCATION
vant ta fureur de totts ces lietnmes conittrés contre lui, il leur laisse continuer leurs trames infernale»» Ainsi, à| l'exemple du Juste par excellence , se cooduiseQt ceux qui le suireut dans les voies de la justice. Ib étilent, autant qu'ils le peuvent, de donner occasion à la haine e( à l'envie; mais si elles s'élèvent cootre eux, elles nel« irritent point , et ils poursuivent leur marche à traYm leurs clameurs et leurs complots.
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M SAINT lOUK DE PAQUES.
Résinvection de Notse-^ei guetta Jésus-Cliwst
Le jour du sabbat étant passe, Marie-Madeleine, Marte muse de Jacques^ et Salomé achetèrent des panoiss poui* aller embaumet* Jésus.' Et le premier jour après i^ sabbat, étant parties de grand ma^n, cHes airivèi»^ au s^ulcre au lever du seleil. Et elles se disai8ftt»tt« elles : Qui nouS'ôtera? la pierre qui edt à ^'^*^ ^**' pulcre?^ Car elle était fovt ^aode. Ma» en y reffxm^ elles visent qu'elle avait été ôté«. Pats , entrant (Uns sépulcre, dles virent assi» du eoté dvoit un jeune bos^^' Têtu d'une i^obe blanche ;. etr elles en âtrent effiap Mais il leur dit : Ne craignez pmnt s tous chercw Jésus de Na2sareth qui » été crucifie ; il est reasuscW»^ n'est point ici : voilà le lieu: où on l'avait mis* **^ ^^ dire à ses disciples^ et à Pierre , qu'il sera avant vous^^ Galilée : c'est là que* vous le Terrez comme il ^^ dit. {Mavc^j^Yi, t-7.),
BfiS ÉVAKGltKS. 4U
sxi>lication.
Le- jour duàaléât étant pûêié, Marte^Madeleine , Marie ère de Jaeque9j.H Sahmé achelèrent det parfwm jMmraZr ewhaumer Jéitu. Ei le premier jour après le eahbai, étant artiee de grand matin, elles arrivèrent au sépulcre au leter u sohiL Et elles se disaient entre elles : Qui nous àtera la ierre qui est à Ventrée du sépulcre ? Car elle était fort rande-, Mcdê^ enyregajedant, elles virent qiCelle avait été (ce. Pttû , entrant dans le sépulcre , elles virent assis, du ùlé dr»tl^ unjewhe homme vêtu d^une robe Uanehe ; et elles n furent effrayées. Le isoisiètne jour était déjà cDtnmen- ^é, depuis que Jësus-^Christ avait expiré sur la croix. Qne garde ^ choisie par ses enoemis^ veillak autour de îon tombeatt , que fennait une pierre énorme ,. et que Dfiunissaient encore les sceaux, qu'ils avaient apposés. PLarisîens, docteurs , prêtres , tous ceux qui l'avaient immolé^ triomphant du succès de leur rage , s'applau* lissaient de sTétre enfin délivrés de celui qui humiliait 'eur orgueil,, démasquait leur hypocrisie» confondait leur traîne science. Le peuple, longtemps partagé et incertain, \t Uvsait à toute la haine qa'on avait fini par lui inspi* rer. Tous se flattaient qu'avec Jésus , ils avaient tué et enterré le parti qui commençait à se former en. sa faveur. D'an aatse côté ,. ses Apôtres éplorés, consternés , tremblant pomr eux-mêmes, et s'attendant à voir continuelkment la fureur qui avait fait périr leur Maître s'étendre sur eux ,. étaient retenus par la terreur dans le cénacle, où ils avaient reçu les- derniers témoignages de son amour. Leur foi était abattue, et leur espéranc^e éteinte. Tandis que ces choses se passaient à Jérusalem,. et que ces diverses pensées y occupaient les esprits, dans le ciel se préparait l'événement le plus étonnant, le plus àd* mirabie q^ue la terre eut vu depuis sa création. La face des choses va être entièrement changée ; toutes les idées humaines- vont être réformées. Tout mort qu'il est, Jésus- Christ, aprës^ avoir délivré dans les limbes les âmes justes
424 EXPLICA^TION
qui y étaient détenues, va délivrer sa propre personne ; et par un eiTort jusque là inconnu de la toute-puissance, se rendre à lui-même la vie. Dans ce grand jour » dans ce jour fait par le Seigneur, partageons l'allégresse de son Eglise (1). Unissons-nous à son esprit, et que le prodige merveilleux dont Dieu a fait le fondement de la foi , opère la confirmation et Fappui de la nôtre.
Les premiers témoins de ce mémorable événement sont 'les pieuses femmes , qui , dans tout le cours de la carrière du divin Sauveur, l'avaient constamment suivi, rassistant de leurs facultés et de leurs soins, qui dans sa passion ne l'avaient point quitté, qui l'avaient accompagné jusqu'au pied de sa croix. Sa mort même n'affaiblissait pas leur inaltérable attachement. Tandis que les Apôtres épouvantes n'osaient faire éclater les sentiments qu'ils conservaient encore pour lui , des femmes faibles et timides, devenues supérieures à toutes les considérations de la frayeur , bravant la haine des furieux qui avaient immolé leur Maître, venaient rendre les derniers devoirs de la piété à ce corps à qui pendant sa vie elles avaient rendu tant de soins. Jésus-Christ récompense l'inviolable fidélité de leur amour , en les admettant , avant qui que ce soit, à connaître le grand bienfait qu'il accorde au genre humain. Le bonheur, dont l'universalité des nations jouira incessamment, el\ps senties premières à le goûter ; et les Apôtres, q^i le publieront par toute la terre, en auront reçu d'elles, la première nouvelle.
Mai& il leur.dii : Ne craignez, point : vom cherchez Jétus de Nazareth, qui a été crucifié ; il est ressucité, il n* est point ici : voilà le lieu oït on V avait mis^ Mais allez dire à itidi^ipleset à. Pierre j^quHl sera amnt vous <n Galilée: c'est là que vous le. verrez comme, il vous Va dit. La voilà proférée pour la première fois, cette grande y cette importante parole > <IMi v-répétée dans la suite par les Apôtres
(i)- Haec est dies qnam fecit Domina» : exDlteaos et-laeiemar ia
DBS ÉVANGILES* 425
et par leurs successeurs , retentira dans tous les pays et dans tous les siècles. Jésus est ressuscité. Il est ressuscité : ses promesses sout acquittées, ses prophéties aocompiies. Il est ressuscité : il est véritablement ce qu'il a dit être , le Fils unique de Dieu, égal à son Père» Il est ressuscité : les dogmes qu'il a enseignés , doivent être crus comme les oracles de la véracité suprême ; et les préceptes qu'il a dictés, observés comme les lois de la sagesse éternelle. Il est ressuscité : l'édifice de sa religion est fondé sur une base inébr<anlable , contre laquelle le torrent des âges coulera sans jamais Taltérer , et sur laquelle viendront se briser les efforts impuissants de l'enfer. Ils ont bien senti , les ennemis du christianisme de tous les temps , que la résurrection de son Auteur en était le point essentiel. C'est de ce côté qu'ils ont tourné leurs attaques ; c'est le seul des miracles du Sauveur , qu'ils aient constamment nié. Les Apôtres de leur côté eussent pu se contenter de recourir aux autres prodiges , dont leur divin Maître avait rempli sa carrière , qui prouvaient évidemment la divinité de sa mission , et que leurs adversaires ne contestaient pas ; mais ils ont dédaigné ce genre de défense. C'est le point qu'attaquaient leurs ennemis , qu'ils ont le plus fortement défendu. C'est en attestant aux dépens de leur vie le prodige de la résurrectioh , qu'ils ont opéré dans le monde la grande révolution qui subsiste encore. Lisez dans les Actes des Apôtres les prédications de S. Pierre et de ses collègues : vous les verrez insister principalement et< presque uniquement sur ce que leur Maître est ressuscité. Ecoutez S. Paul faire un aveu plus fort encore : Si le Christ n'est pas ressuscité , notre prédication est vaine, notre foi est sans fondement, et nous ne sommes que de faux tétnoins^(l).
Suivons la route que nous ont tracée nos pères et nos maîtres dans la foi. Oublions pour un moment , Jésus-
(t) Si antem Christas non resarrexit, inanîs est ergo prsedicatio nostra , inanis est et fides vestra : invenituor anlem et faisi testes Oei. LGoF, XV, .14.W i5*
4i6 BXPlMSATIOZf
Ghritit Boucle pardôanepa ^ tous se» autres prodigeà, quelque éclatants , quelque démonstratifs quiils soient , pour ne nous occuper que du plus éclatant et du plus démonstratif de tous » et confirmons la foi chancelante de notre sièt^e^ par la démonstration du fait qui Ta éta« blie dans son origine. Considérons , et ceux qui ont at^ testé la i^ésurrection de lésus-Glirist^ et ceux qui l'ont contestée^ Examinons de quelle autorité est le témcùgn^ge des uns » de quel poids est la réclamation des sucres. Notre foi sera solidement appuyée , quand elle aura le double fondement, et de ce qu'ont fait oeux-là pour l'établir^ et de ce qu'ont dit cenx^i pour la combattre.
Les témoins de la résurrection ont été les Apôtres et les disciples^ qui ont annoncé hautement qu'ils avaient vu Jésus^Chfist sorti vivant de son tombeau. Leui* té*» moignage ne peut étie infirmé que de dettx manières: ou en prétendant qu'ils ont été trompés, ou en soutenant qu'ils ont été trompeui^. Il ne peut me rester aucun doute sur un fatt^ quand je suis assuré que (ceux qui le rapportent n'ont pas pu être induits en erreur ^ et n'ont pas voulu m'y induire ; qu'ails l'ont bien stt> et qu'ils racontent exactemeiit oe qu'ils ont su» Que les incrédules choisissent entre ces deux hypothèses <3cUe qu'ils croi** ront leur être la plus favorable. Qu'ils déclarent s'ils veulent regarder les témoins de ia résurrection comme des hommes abusés , ou comme des imposteurs. Mais il est nécessaire qu'ils chOitstssent. Il leur est impossible da soutenir à la fois les deux assertions. La bonne ou la mauvaise foi des témoins sont deux choses ^sentielle'» ment opposées : s'ils ont été ti*ompés , ib n'ont pas voulu tromper les auti*es; si leur intention a été de tromper, ils n'étaient donc pas trompés eux-^mêmes* lis ont nécessairement) ou cru sincèrement ce qu'ils rapportaient, ou connu pleinement leur mensonge.
L'incrédule veut-il s'arrêter à la première de ces assertions, et dire que les témoins ont raconté sincèrement ce qu'ils croyaient , mais qu'ils ont été dans l'erreur ? Qu'il articule quelle est cette erreur où ils ont été ift-^
I>E^ éVANGILEAi 4*27
^ttits. Elle ne peut ai^oir été que de deux serte^ : les ié<^ moins croyant voir Jésus^hrîst ressuscité, ou n'auraient rien va du tout, ou auraient vu quelque chose qui lui i«sseiiiblait. De ces deux suppositions , il est difficile de décider quelle est la plus déraisonnable.
Pour sentir l'absurdilé de Tune et de l'autre , observons que dès qu'on suppose les Apôtres sincères , mais trompés , on doit ajouter foi à leur récil , sur les choses sur lesquelles ils n'ont pas pu être abusés.. On doit croire ce qu'ils disent d'eux-mêmes, de leurs dispositions , des diverses circonstances dans lesquelles ils se sont trouvés. On n'ira pas sans doute jusqu'à prétendre qu'ils se sont aussi trompés sur ce qu'ils ont pensé, sur ce qu'ils ont dit, sur te qu'ils ont &it, sur les lieux oùils ont été. Pour leur imputer une succession aussi continue de bévues aussi graves , il faudrait soutenir qu'ils avaient l'esprit absolument aliéné. S'ils eussent été de ces insensés que la police renferme , quelqu'un s'en serait aperçu ; leurs ennemis si nombreux , si acharnés , le leur auraient reprochée S'ils eussent été des insensés, comment auraientils pu convertir tant de personnes ? S'ils eussent été des. insensés , on eu verrait des traces dans leurs discours et dans leurs écrits ; on ne verrait pas sortir d'eux la morale k plus parfaite. S'ib eussent été des insensés^ leur coivduite eût-dle pu être aussi suivie , aussi soutenue , sans se démentir un seul moment ? S'ils eussent été des iU/^ sensés, l'eussent-ils été de la même manière, sur le même objet? Qu'on aille dans un hôpital de fous, et 'que l'on en trouve deux qui aient le même genre de déraison. Le silence de leurs adversaires, leurs succès, leurs discours, leurs actions , leur concert , tout détruit victorieusement l'imputation de démence qu'on essaierait de leur faire. Dès> qu'il est d'une part prouvé qu'ils jouissaient de leurs sens, et de l'autre supposé qu'ils étalent de bonne foi dans leurs récits , on ne peut pas s'empêcher de leur ajouter foi sur les choses où ils n'ont pas pu se tromper. La question se réduit à savoir si la résurrection de Jésus- Christ est de ce genre ^ ou si sujr ce fait ils. ont pu être
428 XXPLICATION^
induits en erreur. Quelques prlD<sipes incontestables Tauront bientôt décidée.
Il est possible qu'un homme se fasse illusion , qu'il croie voir ce qu'en effet il ne voit pas , ou qu'il prénue un objet pour un autre. Mais qu'un grand nombre d'hommes se trompent tous ensemble , tous de la même manière ; et que dans cette multitude il ne s'en trouve pas un qui , avec des yeux meilleurs ou un jugement plus sain , découvre l'erreur , et la fasse apercevoir aux autres : cela n'est pas imaginable.
Il est possible que l'on se méprenne sur une personne queTouToit une seule fois, en passant, de loin, surtout si on la connaissait peu , et si on l'a vue rarement. Mais la méprise répugne au sens commun , si c'est une personne dont on a une parfaite connaissance ; si on la voit à plusieurs reprises, de très-près , face à face , et si on vit continuellement avec elle.
Il est possible qu'un seul sens soit trompé , et que l'on croie voir ce qu'en effet on ne voit pas. Mais que tous les sens s'égarent en' même temps et de la même manière, sans que l'un redresse l'erreur des autres ; que tout à la fois on croie voir, entendre , toucher , ce qu'en effet on ne voit , on ne touche , ni on n'entend ; le prétendre est une absurdité dangereuse, qui détruirait parmi les hommes la certitude physique, fondée principalement sur le rapport conforme de plusieurs sens.
Ces principes , dont nous ne croyons pas qu'aucuu incrédule essaie d'ébranler la certitude, d'obscurcir l'évidence, étant établis, appliquons-les au récit des évangélistes, dont en ce moment nos adversaires reconnaissent la sincérité.
Ils rapportent que Jésus-Christ, qu'ils connaissent pleinement , ayant passé trois ans à sa suite , sans le quitter , dans sa familiarité , a apparu , non pas à un disciple, mais à un grand nombre, tantôt aux uns, tantôt aux autres , à Madeleine , à d'autres femmes , à Pierre , à deux disciples , à tous les Apôtres , à plus de cinq cents personnes réunies. Ils citent les lieux différents
OÙ se sont passées ces apparitions , dans un jardin, sur le -chemin d'Eminaùs , dans le cénacle , sur le bord du lac de Génésareth, sur une montagne de Galilée. Ils disent que. pendant quarante jours consécutifs il s'est montré vivant à ses Apôtres , et qu'il les a entretenus du royaume de Dieu. Ils rapportent les discours qu'il leur a tenus en diverses occasions , la mission qu'il leur a donnée , les pouvoirs qu'il leur a conférés. Ils racontent qu'ils l'ont vu manger, et qu'ils ont mangé avec lui ; qu'il s'est fait toucher par eux , et leur a fait sentir sa chair et ses os; qu'il leur a fait voir les plaies de son côté, de ses mains , de ses pieds , et leur y a fait mettre les doigts, et qu'ils l'ont vu remonter dans le ciel. Un concours aussi varié, aussi suivi de circonstances, peutil laisser lieu à l'illusion? Un esprit raisonnable peut-il imaginer que tant d'hommes se trompent en même temps, se trompent de la même manière, sur une telle multitude de faits qui sont autant à leur portée? qu'ils s'imaginent tous , et à tant de reprises , voir ce qui n'est pas sous leurs yeux , entendre ce qui ne frappe pas leurs oreilles , toucher ce qui est loin de leurs mains?
On prétend que les Apôtres , ignorants et préoccupés *e la future résurrection de leur Maître, ont dû être faciles à abuser.
• Ils étaient ignorants , à la bonne heure ; m'ais étaientils aveugles? étaient-ils sourds? Sur un fait simple et palpable , un ignorant est un témoin aussi sûr qu'un philosophe. L'incrédule veut-il que l'on ferme les tribunaux qtii jugent tous les jours , et qui ne peuvent juger la plupart des faits, que sur la déposition d'hommes grossiers et sans lumières?
Ils étaient persuadés que leur Msutre devait ressusciter ! Dira-t-on aussi qu'ils étaient préoccupés de toutes les circonstances, de la continuité de paroles et d'actions qu'ils rapportent ; entichés de l'idée que Jésus- Christ apparaîtrait à ceux-ci dans un lieu, à ceux-là dans un autre; et que dans ces diverses apparitions il leur tiendrait tels et tels discours? Mais d'ailleurs toute
432 EXPLICATIOTf
criminelle intention. Le premier soin â*€in imposteur , est de faire perdre la trace de la fraude. Les faits qu'il invente , il les place soit à une époque éloignée , afin de n'être pas démenti par les contemporains ; soit dans une région lointaine, pour que les témoins ne le contredisent pas. Il les sème dans l'obscurité , afin qu'ils aient com^ mencé à germer et acquis de la consistance , avant de se produire au grand jour. Et parce que<:'est la route ordinaire des faussaires, les Apôtres suivront la route diamétralement opposée. Tout ce que des imposteurs auraient évité , ils le recherchent ; tout ce que des imposteurs auraient recherché, ils l'évitent. Ils choisissent toutesles circonstances les plus propres à faire découvrir une fourberie. Circonstance du lieu : c'est dans la ville même oà Jésus-Christ a vécu et a été crucifié, à la face de ceux qui l'ont vu , de ceux qui ont demandé , ordonné , exécuté son supplice , qu'ils annoncent ses miracles. Circonstance du temps : c'est cinquante jours après l'événement, qu'ils le publient , lorsque tout le monde parlaitencore de la vie et de la mort de Jésus-Christ , lorsque tout le monde avait en main de quoi les contredire , s'ils eussent menti. Circonstance de la publicité : c'est lorsqu'une fête solennelle attire à Jérusalem une nombreuse affluence, qu'ils ouvrent leur prédication. Il semble qu'ils aient attendu le moment où il y aurait k plus de monde à portée de les contredire.
En second lieu , en supposant , contre toute raison , que l'es hommes apostoliques eussent eu la volonté de tromper le genre humain , ils n'en auraient pas eu le courage. Prêcher Jésus-Christ ressuscité , c'était déclarer à toute la nation juive , à ses chefs , au gouverneur romain, qu'ils avaient fait périr leur Dieu ; c'était les accuser solennellement du crime le plus énorme que l'imagination puisse concevoir ; c'était se livrer hardiment à toute leur rage , dont les disciples venaient de voir dans la personne de leur Maître un si terrible exemple. Ils le savaient parfaitement; car ils rapportent que Jésus- Christ leur avait préditplusieurs fois les vexations, les
persécutions , les tortures que leur ferait éprouver leur témoignage. Et quels sont les hommes à "qui on suppose une audace aussi extraordinaire , disons , avec plus de vérité) aussi extravagante ? Ce sont de pauvres pêcheurs, faibles, pusillanimes, qui ont lâchement abandonné leur Maître dans le danger, qui, lorsqu'ils l'ont vu mort, tremblant pour eux-mêmes, se tenaient renfermés , et n'osaient se présenter aux regards des Juifs. Qu'est-ce donc qui les a fait passer de cette si grande terreur, dans cette excessive sévérité ? Quand leur Maître vivait, quand à sa suite ils se berçaient des plus flatteuses espérances , ils étaient lâches et timides. Quand ils le voient mort, quand ils ne peuvent plus rien en espérer, ils deviennent tout à coup d'une intrépidité sans exemple. C'est au moment où ils reconnaissent qu'il n'était qu'un imposteur, que leur zèle pour lui prend une vigueur qu'il n V vait pas encore eue. Pour s'exposer à un grand danger, pour se dévouer à de grands maux , il faut un grand intérêt. Tous les intérêts de cette vie s'opposaient au projet criminel dont on accuse les témoins de sa résurrection. Ils ne pouvaient être mus que par l'intérêt de la Tie future, et celui-là n'inspire pas le mensonge.
En troisième lieu, supposons que tout ce que npus venons de prouver n'est pas véritable, que les disciples de Jésus-Christ aient eu, et la volonté, et l'audace d'en imposer sur le fait de la résurrection. Dans ce cas^là ils n'en auraient pas eu la possibilité. Pour tromper conjointement, il faut s'être concerté ; et un accord entre les témoins de la résurrection , est une absurdité révoltante : c'est une absurdité , soit daos sa formation , soit dans son exécution. Il est impossible, et que les disciples aient tenté cet accord, et qu'ils l'aient réalisé.
Considérons le nombre de personnes qui auraient pris part à cette imposture. S. Paul rapporte que Jésus-Christ ressuscité , est apparu à plus de cinq cents d'entre les frères (1). Son témoignage, tout apôtre qu'il est, est ici
(i) Deinde visas est plas-jaam qaingentis fratribas simal; ex qaU
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du plus grand poids. Lorsqu'il affirmait ce fût, un grand nombre de ces témoins vivaient encore. Aurait-il osé produire une assertion qu'il eût été si- facile de démentir ? Quand il Ta avancée au milieu de tant d'ennemis intéressés à la combattre, s'en est-il trouvé quelqu'un qui Tait contredite ? Par cela seul qu'ils ne la nient pas, tous les anciens adversaires du Christianisme la confirment. 11 faut donc imaginer que plus de cinq cents hommes se soient réunis , et aient formé entre eux tous le détestable et périlleux complot de donner au monde une fausse religion ; qu'ils aient été tous assez sûrs les uns des autres , pour ne pas craindre de se confier une aussi criminelle pensée; que, dans cette nombreuse multitude, il ne se soit pas trouvé un seul homme révolté par l'horreur d^un si grand crime , arrêté par la terreur des suites ; pas un à qui il soit entré dans l'esprit que s'ils avaient tous la connaissance que Jésus-Christ n'était pas ressuscité, d'autres pouvaient l'avoir, révéler leur secret et les confondre ; pas un qui ait considéré que leurs ennemis, dont ils allaient encore aigrir la rage par leur accusation, avaient en mains toutes les facilités pour découvrir les fourberies , toute l'autorité pour la punir; pas un qui, par tous ces motifs si puissants, se soit opposé à la conspiration , ou s'en soit retiré. Il faut encore considérer que dans ce secret seraient entrées plusieurs femmes , qu'elles en seraient même les premiers mobiles ; puisque ce sont elles qui ont rapporté les premières apparitions. Il faut leur supposer la ii^ême scélératesse, la même intrépidité qu'aux hommçs.
Le complot formé, il faut le soutenir. Il faut que de lous ceux qui y sont entrés, aucun n'ait un moment de repentir. II faut qu'aucun ne soit effrayé des dangers qu'il court, rebuté des maux qu'il éprouve , tenté par l'espoir des récompenses que lui ferait espérer la révélation. Il faut qu'ils aient si parfaitement concerté , non-
^^^ nmlti maqent asquc adhoc, ç^aîdaio antein dorroicrnnt. / Corinth,
îT, e.
DES ÉnNGfL^. 435
sealement le fait principal, mais lésplifô tïtinutieuses circonstances, qu'ils ne se coupent jamais eux-mêmes; que jamais ils ne secontredisent entre eux. II faut qu'ils aient pré^n si e<xactement toutes les^ interrogations si variées qu'on ne manquera pas de leur faire; <|ue dans les diverses régions où ils se répandent, ils répondent tous constamment de la même manière. Il faut que l'intérêt qui les unit ne change jamais; qu'il ne survienne entre eux ni dissensions, ni jalousies, ni disputes, dont les hommes les plus honnêtes ne sont pas exempts, qui sont si ordinaires entre les scélérats , et qui doivent nécessairement les diviser , soit qu'ils restent tels , sôit qu'ils se corrigent. Que de toutes ces choses si communes une seule manque, leur secret passe entre les mains de leurs ennemis, et les voilà livrés au mépris et aux supplices qu'ils mériteiï^t.
Ce n'est pas tout : et voici ce qui rend plus impossible encore l'exécution de ce crime commun. Combien de criminels à qui la vue, et surtout l'épreuve des tortures, fait avouer leurs forfaits. Ceux qui résistent aux totir'ments, c'est qu'ils espèrent, à force de constance, conserver leur vie. Ici c'est tout le contraire. Livrés ailx plus cruels supplices, les disciples savent que persister dans leur témoignage, est les aggraver encore et s'assttrer la mort ; lis savent que se rétracter , est se délivrer de tous les maux, se conserver la vie, se procurer des ré-^ compenses et des honneurs : et parmi eux tous, il ne s'en trouve pas un seul qui avoue le complot criminel. Quel inconcevable mélange de fausseté pour former le projet, de bonne foi pour le suivre! Gomment peut-on regarder les même»homines tout à la fois comme des monstres de scélératesse, et des héros de fidélité? Comment cette fidélité à toute épreuve, qui serait imaginatble dans une société d'honnêtes gens, peut- on la supposer uniformément dans une troupe aussi nombreuse d'Imposteurs?
A toutes ces preuves dé Tiniposeibilité du crime dont
on accuse les hommes apostoliques, nous en ajouterons
436 CXPÙCATION
une autre très-forle ; et ce sont leurs ennemis eux-mêmes qui nous la fournissent. Ce qu'ils objectent pour réfuter, la réalité de la résurrection, achève de la conârnier.Les Juifs ont prétendu que pendant la nuit , et tandis que. les gardes dormaient , les disciples de Jésus -Christ sont venus dérober dans le tombeau le corps de leur Maître. S. Matthieu, qui rapporte cette allégation, ajoute qu'elle était répandue de son temps parmi le peuple. (1) Son récit, quand il serait isolé , mériterait encore croyance. C'était six. ou huit ans après l'événement , qu'il écrivait son Evangile. Aurait -il osé imputer à ses ennemis une assertion qu'ils n'auraient pas faite? Quelqu'un d'eux lie Taurait-il pas démenti? Les chefs de la nation ne l'auraient-ils pas puni de leur imputer à tort cette ridicule défaite? Il n'a point été contredit par ceux qui y avaient intérêt; ainsi il a dit la vérité. Et non-seulement il n'a pas été contredit, mais son rapport est confirmé par ses adversaires eux-mêmes. Les ennemis du Christianisme de son temps ont transmis à ceux qui les ont suivis, cette accusation intentée aux Apôtres , de Tenlèvement du corps pendant le sommeil des gardes. Elle a passé de bo.uche en bouche aux incrédules des siècles suivants. Celse , Porphyre , Julien n'ont pas eu autre chose à opposer au témoignage des Apôtres. Plusieurs déistes de nos jours réchauffent encore la même ipculpation, d'après leurs devanciers.
De ce que dans le temps de la résurrection et dans les temps qui l'ont suivie, ceux qui ont voulu la contester, n'y ont opposé que Tbistoire de l'enlèvement , résultent deux conséquences importantes :
^ (i) Ecce qnidam de cnstodibus vénérant in civita'em , et nantia- Ternntprincipibassacerdotumomnia quse facta fnerant. Kt fx>ngregatî cam senioribos , consilio accepte , pecaniam copiosam dedernnt militibus, dicentes : Dicite qnia drscipnli ejas nocte veneruiït, et faraii vont euro, robis dormientibas; et si hoc aaditam faerit a prsestde, B09 snadebimos ei , et secoro vos faciemas. At ilix, accepta pemnia, fecerunt sicnt erant edooti. Et divnigatam est verbnm istad apad Jadaeus, QS(|ue in hodiernam diem. Matih. xxv:n, iî — î5.
1° Il est maiatenani impossible d'en objecter une autre, et les déistes sont obligés de soutenir la vérité dé celle-là. Si quelqu'un d'eux imaginait aujourd'hui de présenter une nouvelle histoire , nous lui dirions avec fondement : D'où la savez-vous ? comment après un si long temps pouvez-vous alléguer ce dont aucun de vos prédécesseurs n'a parlé? Si ce que vous dites était vrai, tes premiers ennemis de la religion Tauraient-ils ignoré ? s'ils l'avaient su, Tauraient-ils tu ?
2° Le récit des Apôtres, réuni à celui des gardes, prouve une vérité : c'est que le corps de Jésus-Christ, plai ^ dans le tombeau le vendredi après-midi , et qui y étajic encore lorsqu'on plaça les gardes, et qu'on scella le tombeau, n'y était plus le dimanche au matin. Le rapport des évangélistes et celui de leurs adversaires, s'accordant en çè point, le rendent incontestable. Chrétiens et Juifs, tout le monde en est convenu dans le temps. Qui pourrait le révoquer en doute aujourd'hui ? Le point où l'on di/fère, est que les Apôtres assurent que Jésus-Christ est sorti du tombeau en ressuscitant, et que les gardes racontent qu'il en a été tiré pendant leur sommeil. C'est donc entre ces deux relations que roule toute la discussion. La question consiste à savoir laquelle des deux est véritable. Ces deux assertions , parce que les deux partis s'y sont fermement arrêtés, et n'en ont pas produit d'autres , sont devenues comme deux propositions contradictoires , dont il faut reconnaître l'une vraie, dès que l'autre est démontrée fausse. Ainsi , en prouvant que l'enlèvement raconté par les Juifs est une fable absurde, nous aurons ajouté un nouveau motif de certitude à la résurrection rapportée par les évangélistes.
Il fallait une audace inconcevable pour v-enir au milieu des soldats, enlever le corps qu'ils étaient chargés de garder. Il fallait, pour former ce projet, être sûr de les trouver tous endormis. Et comment pouvait-on l'imaginer? Qu'un seul des gardes ne dormît pas, le crime était découvert; et sur-le-champ les coupables arrêtés, et envoyés au supplice. Ce sont des hommes
aussi Uinîd^ que Tétaient les Apôtres , que l'on suppose capables de s'exposer à ua daoger aussi grand et aussi certain. Yoici une dispute d'uu. genre étrange. Les Apôtres conviennent de leur lâdieté; et on s'opiniâtre à leur attribuer une témérité qui va jusqu'à l'extravagance.
Jln admettant que les Apôtres étaient sûrs de trouver l^s gardes endormis, il faut soutenir aussi qu'ils étaient certains de ne pas les réveiller ; qu'ils comptaient arriver, rompre les sceaux, rouler l'énorme pierre gui fermait le tombeau 9 enlever le corps , et s'en aller j le tout si doucement, si légèrement, que de tous les gardes répandus autour du tombeau , aucun,ne fût retiré de son. sommeil. II faut prétendre que cette idée absurde a été réalisée, et qu'en effet les gardes dormaient tous si profondément, qu'aucun d'eux n'a été réveillé parle bruit nécessairement très -grand qu'a dû faire cette opération.
Supposons encore que les Apôtres aient été assez scé* lérats pour désirer cet enlèvement , assez insensés pour en former le projet, assez téméraires pour l'exécuter; il faut leur donner unintérêt proportionné au idanger dans lequel ils se jettent. Quel bien pouvaient-ils espérer de ce corps mort ? Celui qui n'avait pu se sauver lui-même, de quel secours pouvait-ril leur être ? Du côté du ciel, ils n'avaient à attendre que des aoatbèmes et une condamnation terrible ; du côté de la terre , que des contradictions, des affronts, des persécutions , des supplices.
Les Apôtres, que l'on suppose assez habiles pour exécuter avec une dextérité incroyable , un coup aussi difficile, combien en même temps on les montre maladroits ! On veut qu'après avoir tiré le corps du tombeau, auJieu de s'éloigner sur-le«champ , comme ils devaient en être trè^- pressés , et d'emporter le corps^ enveloppé de ses linges, ils se soient amusés à déployer les linges, et aient perdu à cette opération un temps qui devait leur être bien précieux.
C'étaient les Juifs, et cette considéiratiou est importante, qui avaient choisi les gardes du tombeau, ils les a we^it placés , prévoyant, qu'on pourrait venir enlever
le corps de Jésus, pour anaoncer ensuite sa résurrection. On peut juger s'ils avaient eu soin de prendre les plus incorruptibles, les plus vigilants, les plus attachés à leur parti, les plus propres en un mot à empêcher la fraude qu'ils craignaient. On peut juger s'ik avaient donné les ordres les plus positifs , la consigne la plus sévère. La mission de ces soldats était très-courte ; ils ne devaient garder le tombeau que jusqa'au troisième jour. C'était surtout la nuit qu^ils devaient être sur leurs gardes , puisque c'était le temps où l'enlèvement était le plus facile , le seul temps où il fut possible. Et ces hommes , que tant d'intérêts engageaient à être fidèles , c'e^t dès la première ou tout au plus dès la seconde nuit qu'ils se sont endormis , qu'ils se sant endormis tous , qu'ils se sont endormis si profondément, que rien n'a pu les réveiller. C'est , suivant les gardes , pendant leur sommeil que les Apôtres sont venus dérober le corps de leur Maître. S'ils dormaient, comment Tont-ilssu? Comment peuvent-ils articuler un fait arrivé pendant leur sommeil ? Comment se permettent-ils d'en ïiomkner les auteurs qu'ils nTont pas vus? Tels sont les seuls témoins que puissent produire les incrédules anciens et modernes : des hommes qui conviennent qu'ils étaient endormis.
Les soldats conviennent qu'ils étaient endonnis , et leur fonction était de veiller ; ils conviennent qu'ils ont laissé enlever le corps de Jésus- Christ , et leur consigne était de le garder ; ils sont donc de leur propre aveu trèscoupables. On sait combien sont sévères les peines contre les militaires qui manquent à leur consigne. Pourquoi donc ceux-là ne soiit-ils pas punis? Comment se fait-il que le sanhédrin ne leur inflige pas la plus légère correction, ne leur adresse pas la moindre réprimande? Nous voyons ^ très-peu de temps après , Hérode envoyer au supplice des soldats à qui il avait confié la garde de S. Pierre , parce que cet apôtre s'était échappé miraculeusement de leurs mains (1). L'enlèvement du corps
(i) Herodes aaiem corn reqaisisset etiin , et non înveni^et, inq^Usitiooe facta de cnstodibai , jassit eos duci. jécc, xii, ig«
de Jésos-Ghrist était d'iine bien autre conséquence , les circonstances du délit de ses gardes, bien plus graves, l'intérêt des princes des prêtres à les punir , bien plus grand : et cependant ils -n'osèrent rien leurfisire.
Et les Apôtres qui ont commis ce grand crime , ou ne les recherche point , on ne les cite point , on ne les juge point , on ne les punit point. On s'était donné tant de soins , on avait pris tant de précautions pour prévenir leur forfait, et quand ils Tout commis on ne leur dit rien. Mais voici qui est plus fort encore. Quelques semaines après , lorsque les Apôtres annoncent hautement la résurrection de leur Maître , lorsque le succès de leur prédication commence à effrayer le sanhédrin , lorsque de nombreuses conversions rangent déjà de leur côté une multitude de personnes , le grand conseil des chefs- de la nation les mande enfin. Et sur quoi va-t-il les interroger? Est-ce sur le crime dont il les a accusés dans le public, d'avoir eulevé le corps de leur Maître? Non : il ne sera plus question de ce prétendu attentat. On leur reproche d'annoncer la résurrection de Jésus , on leur défend de parler et d'enseigner désormais en son nom (1) , on ne leur dit pas un seul mot de ce qui aurait été bien plus criminel» Pourquoi ce silence sur Ténlèvement du corps, quand il aurait été si utile au sanhédrin de le relever ; quand , en convainquant les Apôtres de ce fait si grave, on faisait tomber leur prédication , et ou anéantissait de ce seul coup leur parti ? Il ne peut y avoir qu'une seule raison qui ait empêché l'information sur ce fait essentiel» Le sanhédrin ne l'a pas faite , parce qu'il n'a jpas osé la faire ; parce qu'il savait avec certitude , qu'au lieu d'inculper les Apôtres , elle tournerait contre lui-même. Que nos adversaires nous indiquent un autre motif qui ait pu engager les chefs de la Syna^ gogue à ne pas intenter un procès aux Apôtres, sur un
(i) Et vocantes eoj, denontiaverant ne omuine loquere ntav, neqne docerent in nomine Jcsa, jéct. iv , t8..
crime aussi capital , et qu'il était si important de ne pas laisser impuni.
Revenons maintenant sur nos pas , et résumons-nous.' Les témoins de la résurrection n'étaient ni des visionnaires et des insensés, ni des fourbes et des scélérats. Ce n^était pas sur des oui-dire qu'ils parlaient : ce qu'ils prêchaient , ils l'avaient vu , entendu , touché plusieurs fois. lis étaient en grand nombre ; et jamais ils ne se sont contredits, ni sur le fait ni sur les circonstances. Ils publient la résurrection dans le temps même et sur le lieu où elle vient de s'opérer ; au milieu d'une multitude nombreuse , à la face de tous ceux qui y avaient intérêt, et qui auraient pu avoir les moyens de les contredire. Il est impossible d'imaginer que tant d'hommes se soient concertés pour un mensonge, surtout pour un mensonge auquel ils n'avaient pas d'intérêt ; plus impossible encore quMs l'aient soutenu constamment et uniformément; qu'ils l'aient soutenu au milieu des contradictions, des persécutions, des tortures, sachant qu'en l'avouant ils se délivreraient de tous leurs maux , et se procureraient de grands biens. Le crime dont on les accuse pour détruire leur relation, n'a d'autres témoins que des hommes qui conviennent qu'ils' étaient endormis. Jamais les Apôtres n'auraient osé le tenter, et quand ils en auraient eu l'absurde témérité , ils n'auraient pas pu l'effectuer. Leurs ennemis, qui étaient en même temps leurs juges, n'ont jamais osé punir, ni eux de l'avoir commis, ni les soldats de l'avoir laissé commettre. Quel fait dans l'histoire des siècles , réunit autant de motifs d'évidence ? y en a-t-il un seul , même des plus indubitables , dont on puisse comparer la certitudeà celle de la résurrection ?
Terminons, et confirmons les preuves de là résurrection du divin Sauveur, par l'examen de la principale difficulté qu'élèvent contre ce fait essentiel, les incrédules, qu^ils répètent sans cesse avec une confiance entière , et avec laquelle ils prétendent anéantir nos démonstratioins« Pourquoi , disent-ils f Jésus-Christ ressuscité ne
Sr'eit^3 manifesté qu'à ses disciple»? PourqitQÎ oe s'^esl*il pas offert aux regards de la multitude qui Tavait tu expûer ? 3'il avait donné à sa résurrecCioA la même publicité qu'à sa mort, il aurait été impossible de douter de 1-uoe plus que de l'autre. Le but de ces apparitions <$| de montrer qu'il a été rendu à«la vie. Il le manque <a se feisant voir à si peu de personnes , tandis qu'il pouvait aisément Ifatteindre en se montrant à toute la Judée. La multitude des témoins aurait imposé silence aux contradicteurs. Les prince» des prêtres , eonbodus par l'éclat de ce miracle, auraient été forcés de reeou^ naî^tre avec tous les autres l'Envoyé céleste.. Mais pour opérer leur coovictiou> celle des Juifs et de tout le i^nre humain, il aurait fallu une résurrection bien publique; une résurrection secrète ne suffisait pas.
Une résurrection secrète IPeut--on appeler ainsi ceik qui a été vue par plus de cinq cents personnes? La ré-* surrection de JésuS'-Christ a eu le degré de publicité que donnent à un fait cinq cent» témoins oculaires. La difficulté des déistes se réduit à demander pourquoi elle n'en a pas eu davantage.
On dit que la résurrection do Sauveur, rrndue aussi publique que l'avait été sa mort, aurait imposé siteitce aux contradicteurs. De quels contradicteurs parle--t«on ? Est-ce de ceux d'alors^ des chefis de la Synagogue? Mais ils avaient été témoins de tous les miradies que pendant trois ans Jésus-Christ n'avait cessé d'opérer avec la plus grande solennité. Les morjls resmscilés, les malade»guéris par lui, étaieni; au milieu d'eux ; et cependant ils refusaient de croire en lui. Us ne pouvaient pas nier fa vérité des faits ; ils en cootesiaienL la consëiquence. La notoriété de ces miracles était si publique, que les> Ap6ti€$ rappelaient ceux à qui Ua la prêchaient , à la connaissance qu'eux-mêmes en avaient (1). Elle était si in-
(i) Viri IsrAelit», »ndite yerba haec : Jcsnm Nazarcnam, tirom »pprob«tan a Deo in yobi», vivlniibos, et prodigiis, et sîgnis, qoae fe(it 0CQ9 p«r Ulonn in medio Tvstri, sictt et foa sciniff* Ace. u, a».
lits l&VANGlttS. 44â'
contestable, que les ennemis du GbristîaniâfHé, dans les premiers siècles, n'osaient pas la révoquer en doute. Et on nous dit que la résurrection, tue par eux, aurait opé-ré leur conviction. Ce n'eût été qu'un miracle de plus ajouté à une multitude d'autres. t*ait-on voit* un homme qui ferme Volontairement les yeui, en augmeû^ant au-tour de lui la lumière ?
Sont-ce les contradicteurs actuels, c'est-â*dire, euxmêmes, que les incrédules disent qui seraient forcés de * se taire, si la résurrection de Jésus-Christ eût été aiissi^ publique que sa mon? Mais peut- on croire cette assertion sérieuse, quand on les voit se refuser à toute preuve de tout miracle ? On les entend , les uns prétendre que le miracle en lui-même est impossible ; les autres se moquer de tout témoignage humain, et rejeter la certitude morale ; les autres ^utenir que cette certitude fondée sur le témoignage des hommes , suffisante dans l'ordre ordinaire, ne l'est pas pour persuader les faits miraculeux. Qu'ils s'accordent donc avec eux-mêmes. Qu'ils ne disent plus d'une part, que les miracles ne peuvent être prouvés par des témoins ; et de l'autre, qu'ils croiraient le miracle de la résurrection, s'il avait eu un plus grand! nombre de témoins.
Abandonnons-les à leurs inconséquences, et examinonsr leur raisonnenient en lui-même. Demandons-leur seulement de lie pas raisonner sur la' religion, comme if^ aui-àient honte de raisonner sur tout autre objet. Quand une vérité leur est démontrée, s'arisent-ils de la rejeter sous prétexte qu'elle n'a pas tel genre ou tel d^egré de preares? Quelle est cette logique, de prétendre qu'un fatt n^est pas suffisamment démoititré', parce qu'une pf euve qu'on imagine lui manq^ie? Qu'importé que la résur-
Yo* scitî»^ qnod factiiai est verbam per nDiveraam Jddieatn ; incipiensenima Galilaea, post baptismam, qnod prsedicavit Joannes, Jesam a NJazarèth : qaomodo uoxit eûm Deàs Spiritu Sancto, et virtote, f\v& ptftirftiiftiit benefflciendiO) et sttiaodo omîtes irppresboiri a' dSkbdo. ■ Mt» Xy37 er 38.^
444' exblicàxioh
rection ne soil pas prouvée de telle maaière , pourvu qu'elle le soit démoûstrativement ? Plus publique , diton, elle serait mieux prouvée. Mais elle, ne serait pas pour cela, plus certaine, puisque les preuves qui en exis^ lent donnent une certilude pleine et entière. Prétendra-t-on que Dieu soit tenu de donner à ses miracles les preuves les plus palpables qui puissent exister? Que ron oous donne des raisons de cette étrange assertion. Il serait le maître de noua donner la persuasion de sa religion, sans aucun, moyen extérieur , sans aucun raisonnement, et par une simple inspiration ; il en a incontestablement la puissance. S'ensuit-il qu'il en ait l'obligation ? Libre de se servir ou de ne pas se servir des motifs de crédibilité, il l'est également de leur donner le degré de force qu'il lui plaît. Ne suffit-il pas qu'ils soient tels que tout esprit raisonnable doive y ajouter foi ? De tous les faits que croient les déistes, il n'y en a pas qui soit plus complètement démontré que la résurrection de Jésus- Christ. Que leur faut-il de plus pour en être persuadés ?
Qu'ils cessent donc de nous dire : Pourquoi Jésus- Christ n'a-t-il pas dooné une solennité plus grande à sa résurrection?.
 cette indiscrète question nous répondrons d'abord : Il ne l'a pas voulu. Prétend-on l'astreindre à rendre compte de toutes ses raisons ? Nous ne sommes pas en droit de nier un fait,, parce que nous en ignorons le motif ; nous le pouvons bien moins encore , quand il est l'œuvre da elui dont les* pensées sont incompréhensibles et les voies Impénétrables (1). Nous répondrons ensuite que ce n'est pas ici un mystère. Et que les incrédules nous indiquent eux-mêmes le motif qui a engagé Jésus- Christ à ne pas donner à sa résurrection * la publicité qu'avait eue sa mort. Tout le monde , disent-ils , aurait été forcé dé la croire ; et c'est là précisément ce que Dieu ne voulait pas. Il a voulu que nous fussions obligés de
. (i) Qaam incomprehensibilia sant jadicia qas, et inT^stigabilcs wap ejus ! Jd Rom.^xx, 33.
croire sa résurreciioa ; il n'a pas voulu que nous y fussions contraints. Il nous a fait de la croyance un devoir ; et pour que nous le remplissions , il Ta fondé sur des preuves non-seulement suffisantes, mais surabondantes. Il ne nous en a pas fai,t une nécessité; et en conséquence il ne l'a pas munie de preuves tellement: subjuguantes , que nous fussions forcés d'y céder. Son intention a été qae n^us crussions, mais que nous crussions volontairement , et que notre foi fût tout à- la fois motivée et méritoire. Sans motifs, nous n'aurions pas cru; sur des motifs qui forceraient notre assentiment, nous n^aurions pas cru librement. Il connaît, dans sa sagesse in&nie , le degré de lumière nécessaire pour imposer l'obligation de croire , ]e degré convenable pour qu'il reste à la foi un mérite. Les preuves qu'il donne à ses vérités religieuses, il les proportionne d'une part à notre intelligence, de l'autre au mérite qu'il veut que nous acquérions. Et c'est encore dans lui une infinie miséricorde de nous faire de la foi une vertu méritoire, en la rendant si facile par les preuves évidentes dont il l'environne.