DU DIMANCHE DE QUASIMODO
Deux apparitions de Notre-Seigneur Jésus-Christ après
sa Résurrection.
ScjR le soir du même jour, qui était. le premier de la semaine, les portes du lieu où les disciples se tenaient rassemblés étant fermées, à cause de la crainte des Juifs, Jésus .vint, et paraissant au milieu d'eux , il leur dit : La paix soit avec vous. Leur ayant ainsi parlé , il leur mo itra ses mains et son côté. Les disciples eurent donc
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une grande joi« de voir le Seigneur. Il leur dît encore une fois : La paix soit avec vous. Après ces paroles i il souffla sur eui, et il leur dit : Recevez le Sainl-Esprité Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez^ et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. Or, Thomas appelé Didyme^ Tun des douze, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint. Les autres disciples lai dirent : Nous avons vu le Seigneur. Mais il leur répondit : Si je ne vois dans ses mains L'ouverture des clous, et si je ne porte mon doigt dans cette ouverture , et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point. Huit jours après, les disciples étant encore dans le même lieu^ et Thomas avec eux, Jésus vint, les portes fermées, se tint au milieu d'eux, et leur dit : La paix soit avec voua. Il dit ensuite à Thomas : Portez ici votre doigt , et voyez mes mains ; approchez voire main , et mettez-la dans mon c6té, et ne soyez point incrédule , mais fidèle. Thomas répondit, et lui dit : Mon Seigneur et mou Dieu ! Voua avez cru, Thomas, répartit Jésus, parcç que vous avez vu : bienheureux ceux qui n'ont point vu , et qui ont cru. Jésus a fait encore en présence de ses disciples beaucoup d'autres prodiges qui ne sont pas écrits dans ce livre ; mais ces choses ont été écrites , afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, Fils de Dieu, et qu'en le croyant, vous ayez la vie en son nom. {Jean^ xx, 19-31.) .
£XPLIGàTION«
Sur le soir du même jour y qui était lé premier de là $e* maine^ les portée du lieu où le$ diseiplei te tenaient raeiem-' hlés étant fermées , à cause de la crainte des Juifs, Jésus vintf et paraissant au milieu d'eux y il leur dit : La paix soit avec vous. Ce jour était celui où Jésus-Christ, par sa glorieuse résurrection , avait consommé le grand mystère de la rédemption, brisé les barrières de l'empire de la mort, et ouvert les portes de l'immortalité. Déji», dans le cours de cette journée, il s'était montré plusieurs fois à Madeleiaie, aux autres saintes femmes, à S. Pierre , s^
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deux ditciples, sur le cbeinin d'Ëmmaùs; tnai9'';8e9 apôtre& consteraés de sa mort, tremblant que la fureur qui s'était acharace sur leur maître ne s'étendit jusque sur eux,. refusaient d^jouter foi aux rapports qu'on leur en avait faits. IL était difiîcile que ces diverses relaUonSi venant de différents côtés, ne fissent quelque impression sur leur esprit ; mais, la prévention qui les possédait, et la terreur qui les g^lacait , éloignaient de leur esprit ia co^Lviction. Ils désiraient de croire, mais ils ne l'osaient pas 'r ils espéraient sans doute un peu, mais ils craignaient beaucoup davantage, 'quand tout d'un coup ils le virent paraître an milieu d'éax, sans que les portes du lieu on ils étaient se fussent ouvertes: et ils reconnurent au même moment, et le Maître chéri dont ils déploraient la perte, et sa puissance suprême à laquelle rien dans la nature ne résistait.
Jésus-Christ, en ks abordant, leur souhaite la paix ; il répète plusieurs fois ce salut. Ce n'est pas sans raison qu'il y insiste ; son motif est évidemment qu'ils y fassent une ajttention particulière. Entrons dans son intention ; car ce qu'il dit à ses apôtres, il nous ^adresse également; c'est à nous comme à eux qu^il apporte la paix.
Partout, dans le monde, on parle de paix ; partout on la désire, et nulle part elle n'existe. Les nations sont contmueHenaent en guerre , . les sociétés sans cesse en querelle ; dans le fond des cœurs sont les agitations les plus violentes ; et elles sont les funestes principes de tontes les autres. C'est que la paix est l'ouvrage de la justice (1) , et que réciproquement les fruits <ie là justice se sèment dans la paix (2). La vertu engendre la paix , qui à son tour maintient la vertu, tandis qu'au contraire , le vice attise les divisions, qui eUes-mêines fomentent lesyices. Dieu a voulu que nous dussions à«sa religion , non-seulement la paix essentielle, inaltérable , éternelle , à laquelle elle nous conduit, maisencore toute la mesure de
(i) Erit opas jastitiae pax. Isa. xxxu, 17.
(2) Bractotantem JDsiiiiae in pace semintttic* Jac. m, iS«.
paix (ioDt nous pouvons jouir dans cette vie; il a voulu que le juste trouvât dans ie calme que possède son âme, un avaot-goût de celui auquel il est destiné. L'infidélité ne peut donner ni paix extérieure : elle est troublée par des querelles ; ni paix intérieure : elle est altérée par des remords ; au contraire, l'attachement à la loi procure toute espèce de paix (1).
Paix avec Dieu ; c'est la première et la plus importante. A quelle terrible guerre le péché livre l'homme ! quel redoutable ennemi il lui suscite ! C'est un Dieu ir^ rite, le poursuivant de toute sa colère, et préparant contre lui ses épouvantables vengeances. La vertu, au con^ traire, donne l'ami le plus tendre, le plus fidèle, le plus généreux. Vous serez mes amis, dit Jésus-Ghrist, si vous faites ce que je vous commande (2). £t qui peut altérer cette union de l'âme avec son Dieu ? de l'âme , qui n*a avec son Dieu qu'une seule volonlé ; qui reçoit de sa main la prospérité avec reconnaissance , l'adversité avec résignation, qui l'honore de ses biens avec profusion, et les lui sacrifie sans murmure ; qui lui rapporte sa gloire» et lui offre ses humiliations; qui, au sein de la joie, met en lui ses délices, et au milieu des souffrances , s'en réjouit encore par l'idée de lui ressembler et de lui plaire. L'amitié de Dieu est le plus solide, comme le plus précieux de tous les biens ; tous ies autres passeront, celuilà seul n'aura pas de terme : il nous survivra même, et après avoir été dans les traverses de la terre le soutien, la consolation , le bonheur de la vertu , il deviendra dan» le séjour céleste son immense et éternelle récompense.
Paix avec le prochain. D'où viennent , dit S. Jacques^ les guerres et les divisions parmi vous ? N'est-ce pas des passi9ns qui fermentent au dedans de vous (3) ? Tout dans le vice est un sujet de divisions; et le désir d'ac-
(i) Paz mnlta diligeatibns legem laam. Psalm. cxyoi, iôS.
(2) Yos amici mei eittis, si feceritis qnae ego praecipio vubis. Joan, XT, 14.
, (3) Unde bella et lites in vobis ? Nonne bine : ex coLcnpj'centiia Tebtrb, qn« militant in lueuibtis ves m ? Jac. it,. i. .
quérir , et la crainte de perdre , et Tenvie du bien d'autrui , et la jalousie du sien propre, et le plaisir que Von goûte avec transport , et le chagrin que l'on ressent avec amertume, et l'élévation qui enfle, et l'abaissement qui humilie. Les biens de la terre , trop bornés , ne peuvent pas être possédés par tous les hommes ; et cependant tous y prétendent, tous se les disputent, tous se les arrachent. Il n'y a qu'un bien assez vaste pour appartenir à tout le genre humain ; dont tout le inonde puisse jouir sans faire tort à personne , et qui , loin d'êire un sujet de division, soit un lien de concorde. Comment serait altérée l'union du chrétien avec ses frères? Il n'ambitionne rien pour lui-même, qu'il ne désire également pour eux ; il rend beaucoup , et n'exige rien ; ne manque à personne, et ne se formalise d'aucun manquement ; ne médit de qui que ce soit , et ne s'aigrit point de la médisance; ne nuit jamais, et pardonne toujours : aucune offense ne part de lui , et aucune ne l'atteint. Quelle prise peut avoir la discorde sur une âme de cette trempe ? Jours heureux j dont le Christianisme naissant a donné le spectacle au monde, où la société entière des fidèles n'avait qu'un cœur et qu'une âme ! Que ne peuvent-^ils revenir parmi nous I La terre rendue le séjour de la paix , deviendrait Timage du ciel.
Enfin , paix avec soi-même ; et celle-là consiste dans la double soumission des passions à la raison , et de la raison à la loi divine. Peut-il exister du calme dans une âme que la colère emporte , que l'avarice tourmente , que l'orgueil enfle , que l'envie déchire , que la luxure agite? Ce serait chercher la tranquillité au sein- d'un volcan en effervescence. Quoi que l'on accorde aux passions, OH ne peut en obtenir la paix. Tous vous flattez de les modérer ; vous espérez que votre raison saura les tenir dans une mesure de sagesse , où elle puisse à la fois les satisfaire et les régler ; leur permettre ce qui est agréable, leur refuser ce qui est n^iisible. G'estleur malheu-* reuse séduction qui vous fait tenir ce langage. Consultez seulement votre propre expérience. Quand une passion
T<His a-t-elle dit : C'est assez ? Quand a-^t-ellè manqué de s^autortser de ce que vous lui ave^ cédë, pour exiger de vous davantage? Tous vous rendes facilement le maître d'un ruisseau encore à sa source ; laissez-le devenir un torrent, il entraînera toutes les digues que voiu voudrez opposer à ses ravages. Plus les passions- ont pris d'essor, plus il devient difficile de les arrêter. La raison n'a plus assez de force pour retenir ces terribles ressorts, quand elle les a laissés se détendre : c'est donc à les empêcher de se lâcher qu'elle doit employer ses efforts. Il n'y a pas pour elle de miUeu ; il faut , ou qu'elle les comprime fortement , ou qu'elle en soit emportée ; qu'elle les subjugue , ou qu'elle leur obéisse ; qu'elle soit leur souveraine ou leur esclave. Mais où la raison trouvera-t-elle des armes assez puissantes pour soumettre des ennemis aussi dangereux , qui, en la combattant , lui plaisent; qui l'altaquent à la fois par leurs efforts et par leur séduction , et contre qui il lui faut se défendre n»nseulement d'eux , mais d'elle-même ? La religion seule peut lui communiquer cette force ; par ses préceptes , elle lui montre les moyens de dompter les passions ; par ses grâces , elle les lui donne. Si ma raison est parfaitement soumise à la loi divine , mes passions lui seront pleinement assujetties; si je fais constamment la volonté de Dieu, elles feront toujours la mienne : quand j'obéis à Dieu y elles m'obéissent ; et en m'asservissant à ce Maître suprême , je deviens le maître de moi-même. Ainsi , toute puissance subalterne tire de sa soumission à l'autorité supérieure , le droit de se faire obéir de ses inférieurs. Rompez la subordination du lieutenant à son chef , quelle obéissance trouvera-t-il dans ses soldats ? Otez de même la soumission de la raison à la loi de Dieu, il ne lui reste plus aucun frein à donner aux passions. Leur ayant aitui parlé, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples eurent ^donc une grande joie de- voir U Seigneur, Il leur dit encore une fois : La paix soit avec vous, S. Luc , rapportant le même fait , y ajoute quelques circonstances intéressantes. Les Apôtres furent
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d'abord troublés et effrayés , et ils croyaient voir un esprit; mais le divin Sauveur leur reprochant avec bonté leur trouble et les pensées qui les occupaient, leur moutra ses pieds et ses mains, en leur disant qu'un esprit n'a. pas comme lui une chair et des os. Les voyant encore partagés entre le doute, Tadmiration et la joie, il leur demanda à manger ; et après qu'il eut mangé en leur pré^ience , il leur rappela ce qu'il leur avait dit sur l'accomplissement des prophéties en sa personne , et sur la nécessité de sa mort et de sa résurrection, et il leur ouvrit l'esprit sur ^intelligence des Ecritures (1).
Ce récit donne lieu à deux observations relatives , Tune aux Apôtres, Tatitre à Jésus-Christ. Nous voyons dans les Apôtres une grande lenteur à croire la résurrection de leur Maître, une peine extrême à se rendre aux preuves qui leur en sont données. En vain , différents témoins dont ils connaissent la sincérité, viennent de divers côtés la leur rapporter. Au moment même où ils voient leur divin Maître, ils ne peuvent encore croire que ce soit lui ; leur première pensée est qu'ils volentna. fantôme. Il est bien étonnant que tout ce que Jésus- Christ avait répété à plusieurs reprises , dans le cours de sa vie mortelle , sur sa future résurrection , ne se retrace pas à leur esprit, aux premiers avis qu'on leur en donne.. Ses ennemiss'en étaient bien souvenus pour mettre, ob-
(x) Cootarbati vero, et conterriti, existimabant se spintom videre. Et dixit eis : Qaid turbati estis, et cogitatioues ascendant in corda vestra ? Yidete manns meas et pedes, quia ego ipse snm : palpate, et videte : quia spiritus carnem et ossa non hafoet, aient me videti» habere. Et cttm hoc dixisset, ostendit eia manns «t pedes. Adbac antem illis non credeBtibns, et miranlibos pr» «!aadiO| dixit : Uabetis hic ali' qaid quod mandocetar P A t illi partem obtnlernnt ei piscis assi, et fa vain ineilis. Et com inandocasset coram eis, snraen9 reliqnias dédit eis. Et dixit ad eos : Hsc sont verba, qnae locatns sain ad vosj cnm essein robi*cani, qaoniam Decesseei<t omnia impleri qoae scrtptA sant^ in Lege Moyki, et Prophetit, et.Psalrois de me. Tonc illis apernit sensora ot inteUigerent Scriptoras. Et dixit eis : Qnoniam sic scrip* tam est, et sic opunebat Gbristnm paii, et resnrgere a mortuis ter.ria die. Luc. xxiv, 37 — 4Ç, .
stacie , et pour environner de gardes son tombeau ; ses disciples ne se le rappellent pas quand il s'agit d'y croire. La Providence a permis cette lenteur de la foi des Apôtres , pour fortifier ia nôtre : elle a vouliï qu'ils fissent toutes les difficultés sur la résurrection, afin que nous n'en eussions plus à faire. Plus ils ont hésité à croire ce prodige , moins nous devons hésiter à le croire sur leur | témoignage. On ne peut taxer de préoccupation , accuser de précipitation , des témoins qui ont eu tant de peine à 1 se convaincre : leur longue incertitude est un garant de leur circonspection ; il leur a fallu despteuves bien sensibles, bien multipliées, pour être enfin amenés à une conviction dont ils avaient été si longtemps et si fortement éloignés.
Considérons d'un autre côté ia bonté avec laquelle le Sauveur compatit à la faiblesse de ses apôtres. Voulant que sa résurrection fût, et pour eux, et pour tout le genre humain, jusqu'à la consommation du siècle, le fondement de la foi, il la munit de toutes les preuves : il se montre à eux, il leur parle, il veut qu'ils le touchent, qu'ils portent leurs mains sur les traces de ses plaies ; il frappe tous leurs sens , afin qu'il ne puisse leur rester aucun doute. Les Apôtres pourront porter aux nations qu'ils instruiront , et faire passer à toute la suite des générations , cette grande parole : Ce que nos oreilles ont entendu , ce que nos yeux ont vu et considéré , ce que nos mains ont palpé , c'est ce que nous vous annonçons , ce que nous attestons <1). Jésus-Christ ne se borne pas à ces preuves visibles de sa résurrection : il la lie à tous les oracles qiii l'avaient annoncée : il rappelle aux Apôtres tout ce qu'il leur en avait dit lui-même plusieurs fois ; et ouvrant leur esprit jusque là fermé à la vérité , il y fait pénétrer l'intelligence des saintes Ecritures, dont il était l'objet et le terme.
(i) Qaod andivimus, qnod YÎdimas oculis nosrris, qaod perspexi* mas, et manns nosirx contrectaveruiit et veibo vitse..., et tealamar, et annontiamas vobis. /. Joan. if i et 2, .
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• Afrh ces paroles , il souffla sur eux , et il leur dit : Recevez le Saint-Esprit» Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez , et ils seront retentu à ceux à qui vous les retiendrez. Jésus-Ghrist confère ici à ses apôtres un nouveau pouvoir. Observons, à cette occasion , qu'il ne les éleva pas tout d'un coup au point de puissance auquel ils se trouvèrent portés à son ascension , et qu'ails exercèrent après lui sur la terre : il les fît passer par différents degrés comme pour les éprouver , et pour leur montrer, par leur propre exemple , les diverses gradations par lesquelles les ministres de son Eglise doivent dans la suite des temps être conduits jusqu'au faîte du ministère pastoral. Il avait commencé, immédiatement après leur vocation, par les envoyer annoncer sa venue, seulement aux brebis égarées de la maison d'Israël. Dans sa dernière cène instituant son sacrifice, il les avait revêtus du sacerdoce destiné à l'offrir : ici , il leur fait faire encore un pas dans son saint ministère ; au caractère qu'il leur avait conféré, il attache la puissance de remettre les péchés. Les interprètes conviennent que S. Thomas, quoique absent, y participait comme les autres, parce qu'il avait reçu avec eux l'ordre de prêtrise. Il faut aussi se garder de confondre ce pouvoir que Jésus-Christ donne à ses apôtres le soir de sa résurrection , avec celui dont il les investira , lorsqu'au moment de remonter dans les cieux , il les enverra prêcher son évangile à toutes les nations, leur promettra son assistance continuée pendant tous les siècles , les établira après lui les chefs de son Eglise , et instituera dans leurs personnes la dignité et l'autorité épiscopales.
Les paroles que Jésus-Christ adresse ici à ses apôtres, sont le commencement et le principe de tout ce qui s'est fait depuis l'origine des siècles chrétiens , et de tout ce qui se fera jusqu'à leur consommation, relativement à l'absolution des pécheurs. Tous les péchés remis dans l'Eglise l'ont été ou le seront par l'eilicacilé de cette parole. C'est dans cette mission donnée par Jésus-Chrisc à ses apôtres , transmise par eux aux évêques , leurs légi-
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times successeurs , communiquée par les ëréques aux prêtres , qu'est renfermé le pouvoir de réconcilier avec Dieu. Hors de là y toute absolution est d'abord nulle et invalide , et ensuite criminelle : elle laisse subsister tous les péchés , et elle y ajoute encore , et dans celui qui la reçoit , et dans celui qui la donne , le crime de la profanation. Les hérétiques des quinzième et seizième siècles avaient prétendu étendre à tous les fidèles vertueux le pouvoir de remettre les péchés : leurs erreurs, condamnées aussitôt qu'elles s'étaient produites , ont été solen* nellement anathématisées par le dernier concile général. Quelques novateurs de ce siècle ont osé soutenir que tout prêtre, en vertu de son ordination, a le pouvoir de répandre sur les pénitents la grâce de la rémission : cette pernicieuse doctrine avait été pareillement condamnée par le concile de Trente , qui a prononcé la nullité de toute absolution accordée par un prêtre au fidèle sur lequel il n'a pas une juridiction ordinaire ou délégvée. (iC caractère sacerdotal est nécessaire pour- exercer le ministère de la pénitence, mais il n'est pas suffisant-; l'ordination rend susceptible de la juridiction indiensable, mais ne la confère pas: le prêtre n'a le droit de s'asseoir sur le sacré tribunal , et d'y prononcer les jugements du Seigneur, que sur les sujets qui lui sont assi« gués , ou par le titre qui l'a rendu pasteur des âmes, ou par la délégation spéciale que lai donne son éveque. Dans nos jours malheureux , le schisme est encore venu porter de nouvelles atteintes aux principes catholiques. A la source pure qui jaillit du trône de Dieu pour l'ablution du pécheur, il a essayé de mêler ses eaux fangeuses , qui souillent de plus en plus ceux qui ont l'imprudence de s'y laver. Des évêques intrus, des pasteurs scbisma tiques , lâchés comme des loups dévorants dans la bergerie du Seigneur, sont venus , sans autre mission que celle qu'ils tiennent d'une puissance temporelle, exercer ce ministère qui ne peut émaner que de Jésui- %rist , qui ne peut être reçu que de ceux à qui il en a confié le dépôt.
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Pécheurs que la grâce vappellé, ne rendez pas inutiles ses saintes inspirations , en portant le fardeau de vos péchés à ces ministres prévaricateurs, incapables de vous en décharger ; n'allez pas chercher des remèdes où vous ne trouveriez que des poisons mortels. Et vous , qu'une ignorance coupable , que la séduction , que la faiblesse ont conduits aux pieds de ces prêtres sans pouvoir , de ces pasteurs sans mission , de ce& juges sans juridiction , vous n'avez pas pu recevoir d'eux un pardon, qu'ils n'avaient pas droit de vous donner : les paroles sacrées dans leur bouche impuissante , n'ont été qu'un vain son sans vertu ; l'absolution qu'il» ont prononcée sur vous , en vous laissant souillés de tous vos péchés, y a encore ajouté les nouveaux péchés de la participation au schisme, et de la profanation du sacrement. Brebis égarées sur les pas de ces «coupables mercenaires, retournez, ah! retournez avec empressement à ce bercail sacré, dont vou9 faisiez partie avant que leurs funestes suggestions vous en éloignassent : écoutez la voix de vos légitimes, de vos bons pasteurs qui vous rappellent , qui courent après vous dans les déserts où vous vous êtes perdues; revenez dans leurs bras qu'ils vous tendent pour vous reporter à la bergerie que vous avez abandonnée ; revenez déposer dan» leur sein paternel ces péchés dont vous n'avez pas cessé de porter la malheureuse souillure ; revenez recevoir de leurs mains , qui seules peuvent vous la donner 9 la grâce précieuse de la réconciliation ; revenez consoler par votre heureux retour , l'Eglise que votre déplorable éloignement avait plongée dans la tristesse : et , relevées désormais de vos chutes , instruites par vos erreurs , fortifiées de vos saintes résolutions , marchez avec une inébranlable fidélité dans les voies où vous aurez eu le bonheur de rentrer.
Or, Thomas, appelé Didyme, l'un de$ douze,n'étaitpas avet eux hrsque Jésuê vint. Les autres disciples lui dirent : Nous avons vu le Seigneur» Mais il leur répondit : Si je ne vois dans ses mains l'ouverture des clous , et si je ne porte pas mon doigt dans cette ouverture, et si je ne mets ma main dam son côté, je ne croirai point. Huit jours après, lesdis-
ciples étaient encore dans le même lieu , et Thimas avec eux^ Jésus vintj les portes fermées , se tint au milieu d^eux, et leur dit : La paix soit avec vous. Il dit ensuite à Thomas : Portez ici votre doigt , et voyez mes mains, approchez votre main, et mettez* la dans mon côté, et ne soyez point incrédule , mais fidèle, Thomas répondit, et lui dit : Mon Sei^ gneur et mon Dieu! Il semble que les témoignages de tous les Apôtres, témoignages si graves , si multipliés , si positifs, si circonstaociés ; témoignages appuyés sur les prophéties , conformes aux promesses réitérées de Jésus- Christ, eussent dû vaincre l'incrédulité de S. Thomas, et fixer sa foi chancelante. Gomment se fait-il donc que de si puissants motifs ne le persuadent pas, et que son esprit opiniâtre résiste à l'évidence qui le presse ? C'est pour nous que la Providence a permis cette obstination de l'un des Apôtres ; c'est pour prévenir notre incrédulité qu'elle a laissé agir la sienne. Incrédules , nous vous entendons souvent répéter que vous ne pouvez pas croire le prodige de la résurrection , parce que vous ne le voyez pas, et que, pour y ajouter foi, vous voudriez en avoir été les témoins. Ce que vous dites aujourd'hui, un autre l'avait dit dans le temps , et il a été convaincu. L'incrédulité a été forcée dans le dernier retranchement où vous la retirez. £st-il donc nécessaire pour rendre un fait croyable , qu'il se renouvelle dans toute la durée des siècles? Dieu doit~il des apparitions nouvelles à tous ceux qui en désirent ? £st-il de sa sagesse de multiplier les preuves à proportion de ce que les hommes sont incrédules , et de ce qu'ils méprisent celles qu'il a données ? Jésus-Christ avait refusé aux Pharisiens envieux les miracles qu'ils lui demandaient ; il avait dédaigné de satisfaire la vaine curiosité qu'Hérode lui témoignait d'en voir quelques-uns ; il n'avait pas voulu , comme ses ennemis le lui proposaient, descendre delà croix où ils l'avaient attaché. Ici , la différence des motifs lui fait tenir une conduite différente : il condescend avec indulgence aux demandes d'un disciple coupable^ il est vrai , mais non pas corrompu ; résistant à la vérité , maissoU'*
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haitant de la cnimaitre : se refusant aux preuves de la résurrection, mais la désirant ardemment, et empêché de la croire par l'excès même de son désir,, et par la crainte qu'elle ne fut pas réelle. Si nous ayons le mal« heur d'éprouver, comme S.' Thomas, des doutes et des difficultés , ayons la même pureté d'intention que lui ; désirons comme lui la vérité ^ et elle se montrera à nous-^ demandons à Dieu de nous la faire connaître , et il nous la manifestera, non plus, il est vrai, par des apparitions sensibles, mais par l'opération invisible de sa grâce. La ▼érité sera la première récompense de notre empressement à la chercher ; mais par une |uste réciprocité l'erreur est et doit être la première punition de quiconque la recherche. Ceux qui étudient la religion, non dans la disposition de s'instruire, mais avec le parti pris de la trouver fausse ; non pour la connaître , mais pour la combattre ; non pour Juger du mérite de ses preuves, mais pour découvrir les difficultés qui les dispensent de s'y rendre ; non pour examiner avec sincérité queladoivent être, et l'objet de leur croyance, et la règle de leur conduite, mais pour justifier leur incrédulité, et pour autoriser leurs passions ; de tels hommes méritent-ib de parvenir à la connaissfluice du vrai? Disons plus.: à parler même humainement, le peuvent-ils ? Trouve-t-ou ce que l'on ne cherche pas de bonne foî^ ce que dans le fond de son cœur on dénre de ne pas trouver ?
Considérons au contraire celui qui, dans la simplicité de son âme, et avec la candeur de la bonne foi, a cherché à se délivrer de ses incertitudes. Le doute de saint Thomas fut trop long, trop obstiné ; mais aussitôt que Jésus-Christ a daigné l'en retirer, avec quelle gloire il en ressort ! Il semble n'avoir fait une faute que pour avoir occasion de la réparer avec éclat! et sa foi parait avoir été comprimée pendant un temps pour se déployer ensuite- avec plus. d'énergie. Tous les sentiments dont son cœur est inondé au même moment, la foi , la confur sion , l'amour, la joie, ne lui permettent qu'un mot : mais que ce mot est vif et animé l II est l'expression
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d'une âme profondéai^il pénétrée ; il renferme en même tetnpft la confession la plus ciaire, la pliis précne, la pins forte de ta dinintéde Jésus-^Ghrist. Cette seule parole a suffit dans tous les temps pour oonfoudre les béeésies qui ont osé nier ce dogme saci'é. La résurrection de Jésus- Christ) par elle^^ménie, ne prourait pas directenietit que Jésus^Ghrist fût Dieu ; elle nroatrait seulement qu'il était l'Envoyé de Dieu t mais la déclaration «b saint Thomas forme une preuve sans réplique. D'aboni elle fait voir quelle était la doctrine des Apôtres qui ne pouvaient l'avoir reçue que de leur Maître ^ ensuite elle établit positivement ce <^e ee divin Sauveur veut que nous en croyions^ Jésus-^lhrist ressuscité permet qu'on lui donne le titre de Dieu t il l'est donc ; il ne recevrait pas cette qualité, si elie ne lui ap^rteiwait point. Sa résurrection rend croyable l'exclamatioiE de S^ Thomas ; et l'exclamation de &, Thomas mauifeste le mystère de la résurrection ; l'une doune k notre foi un motif; l'au'tre nous en fait vuir l'objet»
^oas acêz €^u, Thomita, parc$ quê «ota civêz vu; bUa^ heumut ceusù ^i n'oii€ pas tu , et qui ont cru, Jësus-Christ fait sentir à S. Thomas la faute qu'il a commise en refusant de croire sa résurrection ^ sur les preuves si certat-* nés, sur les témoignages si multipliés et si respectables qui l'attestaient Et le même reproche tombe sur ceux qui , ne se contentant pas ^ ou feignant de n'étie pas sa»'tisfaits de toutes les preuves morales , qui poiteat jusqu'à l'évidence la vérité de la résurrection 5 exigent en^* core des preuves physiques, et prétendent qu'il leur est impossibte de croire sans avoir vu« Et combiesn de cImscs ces mêmes hommeà ne croient<^ils pas avec une ferme assurance, sans cependant ea avoir jamais été témoira? Qu'ils jettettt lesyeuxsur la société humaine ; ib verreirt quelle roule tout entière sur ce principe , et que détruire ra«ilorité de la certitude morale , c'est briser toua les ressorts qui font mouvoir les sociétés. C'est la certitude morale qui dicte aux nations leurs lois , qui y fait prononcer les ai*réts , qui les unit parles traités , qui les vi-»
DBS ivjMitua. 4M
vifie par le commerce , qai les éclaire par les «cienoes. Qu'ils se considèrent eux-^mémes t ils yerront la oerti'* tmle morale être encore la mesure de UmrA jugements, le priodpede leurs actions, la règle de leur cotiduite. Comment peuvent'-îls trouver insuffisant dans l'ordre de la reli^on , le motif ordinaire , le motif eonstarttt qui dirifje toute leur vie , soit pubiiqQe, soit privée J lis |Mrétendent que des preuves physiques les rencbnaient plus assurés. Ib confondent deux choses essenûettemeiic di»^ tinctes : la conviction d'une vérité et rimprcsslen qu'elle produit. La présence des objets frappe plus vivement i'âme, que les témoignages extérieurs^ mois nis la per->suade pas toujours plus puissamment. Je suis aussi oer^* taiû que je puisse l'être de Fexisteiice de la ville de Rome , que je n'ai jamais vue« Si je m'y trouvais trans» porté, je serais bien plus frappé de ses merVeftttcs, que je ue le sttîs d'après des reiatioiis ; mais je ne serais pas plus assuré qu'elle existe. Il y a done des vérités q»c des motifs de l'ordre moral p«vteul à un degré de cerli-» tude égal à celui que dbnnent les preuves physiques; ^ la qu^tion connste à savoir si les motifa de croire k la résurrectiou sont de ce genve. Lss incrédules demandwl des preuves physiques et sensibles d'un événement passé il y n dix^-huit siècles. Hi ne ies demandent que parce qu'ils savent qu'elles ne leur seront pas nccoitlées^ Si la Proiâdsnce daiignait se prêter à leur désir , et offrir à leuis r^ards Jésus^€hrist ressuscité , iis trouveraiem cpie les preuves physiques ne suffisent plus^ ils eaigd* raient des démonstrations ri^uretuses et de l'ordre métaphysique , sembfaibfes à eeUes des vérités géionsé i triques. Et si l'indislgençe diviue poussait la condescend dance joscpi'à leur en présenter de ce genre, tti se plaindraient akurs > et avec plus de fondement peut^êim ^ de ce que les preuves de la religion ne seraient pasà ht portée de tous les espriti , et de ce qwele vulgaire serait hors d'élat de les comprendre; N'ayons pas la téméraire présomption de prescrire à les motifs d'après lesquels nous vouditms bien le
croire. Ceux qui dirigent continuellement notre yîe , sont-ils donc devenus insuffisants ? Rendons grâces au contraire à sa bonté suprême , de ce que , nous donnant une religion à croire , elle en fonde la crédibilité sur le genre de motifs qui nous décide le plus communément, et auquel nous sommes accoutumés de déférer : rendonslui grâces de ce que les preuves dont elle environne sa religion , sont de nature à être saisies par tous les hommes , et à convaincre l'esprit le plus grossier , comme Je génie le plus profond ; rendons-lui grâces de ce qu'eo. jious faisant de la foi un devoir , elle nous en fait un mérite, et de ce qu'elle daigne récompenser en nous une croyance cpi'elle a motivée par des preuves aussi claires et aussi puissantes. Bienheureux, dit le Sauveur , ceux qui n'ont point vu, et qui ont cru. Nous n'avons donc rien à cet égard à envier aux Apôtres. Si nous sommes séparés de la résurrection par un intervalle de dix-huit cents ans , ce long intervalle , loin d'affaiblir la crédibilité de Tévénement , a été employé à en confirmer la certitude. Tout ce qui a existé pendant ce long temps , d'hommes pleins de raisons , de lumières , quelquefois de génie , doués , et de la sagesse qui ne se laisse pas surprendre , et de la candeur qui ne trompe jamais , a connu, examiné et cru le fait décisif de la résurrection. Incrédules, il vous faut prétendre que cette multitude d'hommes , si différents de temps, de lieux, d'âges, de caractères , d'humeurs, d'inclinations , d'éducation , de principes , de préjugés, d'intérêts , de passions , ont été uniformément des dupes ou des imposteurs , se sont laissé grossièrement abuser, ou se sont accordés pour, entraîner dans l'erreur , sans avantage pour eux , toutes les races suivantes. Ma croyance , déjà établie sur tant de preuves » est encore fortifiée parce nombre prodigieux de garants ^ elle se repose avec une tranquillité plus entière sur la foi de tant de persuasions. Le dogme de la résurrection, en traversant cette longue suite des siècles, s'attache successivement et entrsdne après lui les suffrages de toutes ks générations. C'est dans cet état qu'il parvient jus^
qu'à BOUS : il se présente à notre siècle , environné de cet immense et pompeux cortège d*hommages , que lui ont rendus tous les temps et tous les pays. £t notre siècle audacieux ose lui refuser le sien! Quedis-je, notre siècle? Ah I ne faisons pas cette injure à toute la génération dont nous faisons partie ; ce n'est qu'une poignée d'hommes indociles et intéressés à l'être par leurs passions , qui ont la témérité d'insulter à ce qui fut Tobjet des respects de tous leurs ancêtres , et d'opposer leui^ doutes, ou réels , ou factices , à la convictiau de tout ce qui a existé depuis dix-sept cents ans.
Jéiut a fait encore, en préêence de ses diiciples, beaucoup d'autres prodiges qui ne sont pas écrits dans ee livre : mais ces choses ont été écrites, afin que vous croyez que Jésus est le Christ, fils de Dieu; et qu'en le croyant, vow ayez la vie en son nom. Toutes les apparitions de Jésus-Christ, après sa résurrection, n'ont pas été décrites dans les Evangiles. L'apôtre S. Paul parle de plusieurs apparitions dont les évangélistes ne font pas mention, et spécialement d'une où il se montra à plus de cinq cents d'entre les frères, dont un grand nombre vivaient encore au moment où il parlait, et dont quelques-uns étaient déjà morts (1). S. Luc nous apprend qu'après sa passion, Jésus-Christ se montra vivant à ses apôtres dans beaucoup d'occasions, leur apparaissant pendant quarante jours, et leur parlant du royaume de Dieu (2). Ce royaume de Dieu était son Eglise, dont pendant ce temps il leur traça la discipline, le gouvernement et les lois* Il était utile que Jésus- Christ se montrât souvent à ses apôtres, afin de leur donner des instructions qui allaient leur devenir nécessaires pour le régime et le maintien
(i) Et qoia visas est Cepbse, et post boc nndeciin. Deinde visas est plas qaam quingentis fratribas simol, ex qaibns malti manent nsque adhuo ; qoidana aatem doimierant. Deinde visas est Jacobo, deinde Apostolis omnibas. /. Cor. xv» 5, 6 e< 7.
(ft) Qaibos (Apostolis), et praebait «eipsum vivom post passioneai •aani in maltis argamentis, per dies qaadraginta- apparens eis,. etloqarns de regno Dci. Jet. x^ 3.
de FEglîse , dont ils deTaîent êlre chargés ; mais l'Esprit saixU n'a pas jugé à propos de noiM faire connaître cesdétails doat nous n'avoos- pas besoii:^ Noos eonoasasoBS les ordres de 1 éius-€hrist , par leur exédttUm ; et la. pratique constante de F£gliae nous, montre ce qu'avait i^lé sur elle son dîTtii fondateur. Ca que l'Evaugite naos apprend dea diverses appaiitions de noite dÎTla Maître, suffit pour établir notre foi. G^sit pour ce oiotif , et il nous le déelaire pas Tor gaac de S> Jean , qu'ont été écrites les choses qui nous ont été transmises. Entroos donc dans ses vues avec un esprit de confiance et de soumission ; méditons ce qu'ifcnouç a rétélé ; fortifions-* en notre eroyance , nourriasons^reii notre piété;; et méri^ tons par notre foi ^ soutenue des œuvres dont ^e est le principe, hu récompense qu'il nous promet ici, d'avoir la vie au nom de celui en qui nous aurons cru.
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ÉVANGIIE
DU HEU&I^MQ BIHANCSIE APIIES JAQUES.
Parabole du ban Fasteui^
Jisos é&t à quelques-uns àcA Pharisiens : Jt suis lebon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses bre«* fais; mais le mercenaire , et celui qçn n'est point ïe pasteur , à qui les brebis n'appartiennent point, voit venir le loup, et abandonne les brebis, et s'enfuit ; et le loup les emporte et les disperse. Or , le mercenaire s'enfuit , parce qu'il est mercenaire , et qu*il ne se met pas en peine des brebis. Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis , et mes brebis me connaissent. Comme mon Pèr« mfi CQiïQalt , je connais aussi moo Fère ; et je donne na
DES EVANfilLBS. 463
vie pour mes brebis, fai encore d'autres brebis «|ui w soDt pas de cette bergerie ; et il faut aussî que je les amène , et elles écenteront ma voix , et il n'y aura qu'un troupeau et qu'un pasteur. {Jtëm, z. 11*--17.)
/émt, dt'l à qwlq^M'^wu dn Pharintm : J0 m» le bon patietÊr. L$ bon paMUmr d<mn$ ta vU pour ie« dreiis. C'est à 4ies Pharisiens que JësusF-ChrlH parle. Il sait que ces hommes anim/és d^une haine violente contre lui > qui ne l'approchent que pour trouver quelque occasion de lui nuire , qeà, ne l'écoutent que pour trouver dans ses diiCQura quelque mot qu'ils puissent interpréter avec malignité y «e profiteront paa de ses instructions : il juge même qu'ils n'entendront rien à ce qu'il leur dit , qu'ils ne comprendront point quelles sont ces brebis, quel est ce bon pasteur qui donne pour elles ta vie, quel est ce mercenaire qui les laisse exposées au loup* qud est cette bergerie où il doit réunir encore d'autres hrduis* JMalgré cela , il ne laisse pas de leur présenter ces vérités importantes , comme ai elles devaient faire sur eux une profonde impression. Mais nous devons considérer que les dtseours de Jéaua-Cbrist n*oot pas été dirigés seule^ ment vers ceux qui étaient présents devant lui. Ses paroles sont des paroles éternelles qui doivent vetentir dans tous les aiècle» ; des paroles adressées à tmstes les générations , à tous les honmies qui paraîtront à jamais sur la terre. C'est pour nous, c'est à nous que Jésus- Christ a parlé. Si ces Pharisiens, au lieu d'être conduits parla méchanceté, avaient été guidés par la sincérité; si , au lieu de chercher à surprendre Jésus-Christ dans ses paroles , ils en avaient étudié attentivement » et lui en avaient demandé humblement le sens, iU les auraient comprises, ils s'en seraient pénétrés, et les leçons du divin Sauveur, au lieu d^étre, comme eltes le furent, leur condamnation , auraient été le principe de leur salut. Ce qu'ils auraient dû faire ^ faisons-le ] jnstruits>
464 EXPLICATIOIT'
par leur faute et par- leur malheur , gardons-nous d^y tomber. Cherchons- dans- le discours de Jésus-Christ les instructions qu'il a bien voulu nous y donner; etde— inandons-lui avec instance d'éclairer notre intelligence pour les comprendre y el^de soutenir notre volonté pour les pratiquer.
Jésus-Christ est le bon pasteur ; il est même le seul que l'on puisse appeler avec exactitude^ le bon pasteur s il l'est à des titres qui lui sont propres, et qui nepeu^ vent être communiqués à aucune créature. Il n'y a que Bieu qui soit véritablement bon (1), avait-il .dit luimême. Les pasteurs terrestres, quels qu'ils soient ,. ne peuvent pas mériter ce titre sans restriction : leurs vertus les plus sublimes ne sont jamais sans mélange cFimperfectian. Tout pontife pris parmi les hommes > dit S. Paul, environnéiuirmême d'infirmités, en offrant pour les péchés du peuple la victime salutaire , doit aussi l'offrir pour les siens (2) : mais il convenait, ajoute-t-il, à la loi de grâces, à la loi de perfection., de nous donner un pontife saint, innocent, exempt de toute tache, séparé des pécheurs , qui , élevé au-dessus de tous les cieux , ne fût pas , comme les autres prêtres , dans la triste nécessité d'ofirir les hosties pour ses péchés , avant de les offrir pour ceux da peuple (3). Nous le possédons ce |[rand , cet auguste , ce parfait pontife : assis au plus haut des cieux , à> la droite du siège de la Grandeur suprême (4), il y exerce son. sacerdoce éternel, ne cessant
x) Nemo bonus, ntsi anas Deas. Marc, x, i8. ^a) Omni* namqoe pontifex ex hominiba» assmoptas... qaoniam et ipse circumdatms est infirmitate; et propterea débet, qaemadmor dom pro populo, ita etiam et pco semetipso offerre pro peecatis. Ifebr. Ti, I, a tff 3.
(3) Taliseaim décebat nt nobis esset }M>ntifex, sanctos, innocens^ inapollatas, aegregatns a peccatoribns *: et excelsior cœlis-faetiu; qoi non habet nécessita teni qootidie, qaeroadmodnm sacerdoies, prîos pro sais delictis hostias offerre, deinde pro popnli. Hebr, ni, a 6 et ^^,
(4) Talem habemas pontificem, qai coniedit in dexiera sedis Mafaitodinis in ccelia. /, ^ui^ i.
DES ÉVANGltES. 465
de sauver ceux qui par lui s'adressent à Dieu , et vivant à jamais afin de prier pour nous (1). Que cette théologie du grand Apôtre , en même temps qu'elle est noble «t élevée, est douce et consolante! Jésus-Christ n'a pas cessé d'être notre pasteur : les fonctions qu'il exerçait sur la terre pour notre sanctification et notre bonheur , re^ monté dans le ciel , il les exerce encore, non pas seule-" ment par le ministère qu'il a laissé à sa place , mais par lui-même : au sein de sa béatitude, il s'occupe sans relâche de la nôtre ; il reçoit nos prières , nos offrandes , nos bonnes œuvres ; il les purifie , et les consacre par ses mérites; et y joignant sa toute-puissante intercession, il les offre à son Père et les lui rend agréables.
Et quelle est la manière dont Jésus-Christ, se montre le bon pasteur? C'est en donnant à' ses brebis lé témoignage le plus fort, le plus touchant de son amour; c'est en leur immolant sa vie. Yoilà le caractère auquel il veut qu'on- le reconnaisse pour le bon pasteur. Ministres de son Eglise , c'est aussi à cette marque qu41 vous ordonne de vous faire reconnaître tels^ Du jour où vous vous enrôlâtes dans la milice sacrée, votre vie cessa d'être votre bien propre ; elle appartient à l'Eglise à qui vous l'engageâtes. Vous devez être continuellement disposés, à la sacrifier dans les combats du Seigneur : c'est un de vos devoirs essentiels de ne la ménager , ni quand la persécution suscitée réclame votre témoignage, ni quand la contagion répandue appelle votre ministères Le prince des pasteurs , s'immolant sur la croix pour le salut de son troupeau , vous apprend jusqu'où vont vos obligations envers œlui qu'il vous a confié. Elles ne sont pas communes les occasions' où un bon pasteur fait à ses brebis le sacrifice de sa vie. Les palmes du martyre ne croissent pas dans tous les siècles;. mais en tout temps un pasteur
(i) Hic aatem eo qaod maneat in aeternom, sempitemam habet sacerdotiam. Unde et halvare in perpctanm potést accedentea per se* metipsom ad Deom; semper vÎTeos ad ■ interpeUandùm pro nobis. Ibid. yn, 24 et a 5,
46& BxrLiCATioir
peatetâéit donner sa vie pour ses ouailles» nwa. pad eo yimmolant , mais en l'emploiaot sans cesse pour elles. Ge n'est pas seulement sur la Croix que le médite des pasteurs a donné sa vie pour nous ; il nouii a consacré tous les moments de sapéuible carrière: prières, exhortations, miracles, voyage» » £itigues,. travaux, oontradictîons , persécutions, tout ce <{u'iladit , tout œ qu'il a £att , tout ce qu'il a souffert» a été pour nous. Ainsi, celui qui exerce son ministère en sa place eten son nom, se doit tout entier au peuple dont il est chargé : en public et en particulier^ dans ses fonctions et hors de ses fonctions, en tout lieu comme en tout temfM , il doit s'occuper du hien de ses brebis, le préparer par ses pensées, le procurer par ses discours, l^opérer par ses actions, le solliciter par ses prières. C'est ainsi qUe tout bon pasteur ^ à la suite de son chef, donne sa vie poiur soa troupeau ; ce sacrifice continuel de tous ses moments^ de toutes ses facultés y. est moins glorieux sans doute ^ mais plus difiBcik , plus pénible, plus méritoire peut-^lre, que le sacrifice prompt et brillant de ses jours*
Ce ne sont pas seulement ceux à qui Jésus-Christ a confié le ministère ^irituel de son Eglise , qui entrent avec lui en communication de cette qualité de pasteurs^ et à qui il impose l'obligation de consumer leur vie au bien de leur troupeau ; ce titre convient d'une manière moins propre peut-être, mais cependant ^ès-rérUet n tous ceux que ia Providence a placés à la tète des autres pour les conduire et les régir : aux pères dans leurs familles, aux maîtres dans leurs maisons, aux magistrats sur leurs tribunaux, aux administrateum dans leurs cabinets, aux officiers dans les camps, aux souverains sur leurs trônes. L'ordre de la société rend nécessaires les distinctions de rang^ les prééminences d'àutoriié ; et Dieu , auteur de la société, a voulu qu'elles y existassent pour 'la contenir, la diriger , la goaverner :. mais ceux qu'il en a revêtus , doivent se pénétrer sans cesse de cette essendelle vérité , que sous une providence sage , il n'est« il ne peut être établi d'autorité que pour le bien des ia-
BBS ÉVilfGÎLÏS. 4&r
férieura. En se décorant des prérogatives aUàbhé^s à' leur état » ib ont contracté l'obligation stricte de rem*'plir toutes les charges que lear impose leur état ; de se livrer absolument aux fonctions que leur assigne leur état; dedéirouer leur vie entière à ceux que leur sou* met leur état. Celui que la foi éclaire , ne voit dans sa dignité qu'une servitude , dans sa puissance que des obli-r gâtions : chaque hommage qu'il reçoit est un av^tisse^inent qui va au fond de sa conscience lui rappeler , et le priadpe de sa supériorité > et l'usage qu^il doit en faire. Et ce n'est pas là encore toute retendue du devoir que JésusH-Christ a imposé aux hommes y eu leur consa^ erant sa vie. L'apètre S. Jean fait de ce grand exemple la mesure de la charité ordonnée à tous les chrétiens» Nous connaissons , dit^-il , la charité dont Dieu a été axd^ mé pour nous » en ce qu'il a donné pour nous sa vie ; et nous , à son imitation , nous devons aussi dooner notre vie pour nos frères (1) • Ce serait exagérer le précepte , de prétendre assujettir tous ceux qui professent le cbris-^ tianisme , à se dévouer à la mort pour leurs frères s un commandement aussi rigoureux n'oblige que peu de personnes , et dans peu de eiroonstances. Ce n'est pas de notre mort que nous sommes débiteurs envers nos sem** blables» c'est de notre vie; nous leur devons de l'employer tout entière à lewr bonbeur , soit de ce monde , soit de l'autre* La Providence a multiplié à l'in&ni les services que les hommes peuvent se rendre , pour leur ôter tout prétexte de se soHistraire à oette obligatio» ; et comme elle a voulu que b cbarité n'eut pas de bornes , elle n'en a pas donné à ses moyens» Mes dters enfants, disait le même apôtre ip» cnsinaisssit d bien k ebarite, et qui l'avait puiaéë sur le sein même de lé8us-*<Christ, ai<-< moiis**nDus» nosx de la langise^ et par de vaines paroles ,
(i) In liée M^novhmta oarttatem Dri^ qnooiam ilie animam siiami prp iMbif posait ; fi no» Ueb«tmi» pre fratribM aoûnas poiifr^. /•■ Jean» m, i6«
mais en vérité, et par nos œuvres (1). Le&agage de la^ charité n'est que trop commun ; ses effets sont beâtucoup trop rares. Les assurances , les protestations' d'attachement sont devenues de simples formules : à force de les répéter, on ne les sent plus ; à force de les entendre, on n'y croit plus. C'est une monnaie dont chacun connaît la fausseté , et dont cependant, par une sopte de convention tacite , tout le monde continue de se servir. La charité chrétienne est absolument différente : elle ne se répand pas en pari)les, mais elle s'épanche en bienfaits;, généreuse , elle ne connaît d'autre jouissance des biens de la terre y que de les donner ; ingénieuse , elle devine tous les besoins pour y subvenir ,. tous les. désira pour les satisfaire ; inépuisable , elle n'est pas arrêtée même par l'impuissance : quand sa propre bienfaisance ne peut plus être utile au prochain , elle imptere pou« lui la bienfaisance céleste.
Maù le mercenaire, celui qui n'est point le pasteur ^ à qui les brebis n'appartiennent pas, voit venir le loup , et aban^ donnne les brebis, et s'enfuit; et le loup les emporie, H lesdisperse. Or, le mercenaire s'enfuit, parce quHl est mercenaire y et qu'il ne se met pas en peine des^ brebis Après s'être donné lui-même pour le modèle des> bons pasteurs , et nous avoir donné une marque pour* reconnaître eeux qui le sont^ le div^in Sauveur , afin de nous faire encore mieux comprendre sa doctrine, nous présente rex-emplecontraire ; c'est celui du mercenaire, qui^ n'étant point* le propriétaire des brebis, s'est engagé à les garder pour un salaire. Cette partie de sa comparaison a rapport à ceux qui se sont introduits dans- le ministère pastoral par des vues humaine»; qui sont venus chercher dans le sanctuaire , non les grâcesque Dieu distribue , mais les trésors que la piété des fidèles y a. déposés ; qui recherchent dans leurs fonctions, non la gloire dont la miséricorde divine doit les récompenser , mais la consi-
(x) Filioli mei, non diligaiBQs verboj ne^e lingaâ, sed opère et Ttiitate. Uid. in, i8.
DBS évANGlLCS. 469
dératioa que f opinion des hommes y attache ; qui , indifférents au soin de leur troupeau , ne sont occupés que de leur intérêt personnel, et dont toute la vocation est, ou- L'avarice, ou l'ambition»
Mais la pureté d'intention qui doit introduire dans le ministère sacré, interdit-elle tout retour sur soi-même? ordonne-t-elie de s'oublier entièrement? est-eiie incompatible avec tout désir du prix que méritent les travaux^ auxquels elle engage ? Ne donnons point dans l'excès, et en recherchant la vraie perfection , gardons-nous de tomber dans des idées outrées qui. nuisent. Il y a^ uu salaire qu'il est recommandé aux pasteurs de désirer ; il y eu a un autre qu'il leur est permis de recevx»ir.
David, cet homme selon le cœur de Dieu , David , choisi par le Seigneur pour être le pasteur de son. peuple, David qui mérita par sa fidélité d'être donné pour modèle à ceux qui le suivirent sur son trône, David dé^ clare qu'il a pour motif de ses vertus, pour but de ses actions^ la rétribution qu'il en espère (1). Et S. Paul nous enseigne que Moïse , en préférant aux trésors de l'Egypte, et aux joies des pécheurs , les afflictions du peuple de Dieu^ considérait la récompense qui devait le dédommager de ses peines (2). A l'exemple de ces deux grands conducteurs' d'Israël ,. ceux que Dieu charge de conduire le peuple chrétien doivent sans cesse avoir devant les yeux le prix qu'il attache à leur zèle. Qu'ils contemplent souvent le moment heureux que leur annonce. S. Pierre , ou le Prince des pasteurs apparaîtra leur apportant la couronne impérissable de gloire (3) :
(i) Inclhiavi cor meam ad faciendas ja!ttificatione« toas in «ternam, propter retribationem. Psalm. cxTia, ria.
(a) Fide Moyses grandis factns negavit se esse filiam filiae Pharaonis, magis eligens affligt cam populo Dei, qnam temporalis peceati habere jucnnditatem, majores divitias sestinians thesanro ^gyptiornœ, improperinm Ghristi. Aspiciebet enim in remnnerationem. Hcbr. xi, 34, a5 e<36.
(3) Et cnm apparnerit Princeps pastoram, percipietis immarcessibilapi glorise Goronani. /. Petr. v^ 4, .
Ne pouvODS*DOUS pas aussi regarder comme merce^ naires tous ceux qui, placés dans des emplois imporiants, n'en considèrent que llionneur, et non le devoir ; et oe s'occupent qu'à en retirer, les avantages , et non à en remplir les charges; et qui, dans les postes où ils de— Traient être les soutiens de la société, en deviennent les fardeaux ? N'est-ce pas par suite de ce vil esprit merce— naire, qu'on voit tant de places remplies par des hommes dépourvus des qualité» qu'elles exigent, et qui n'ont eu pour y aspirer d'autre motif que l'avidité ; pour les obtenir, d'autre titre que l'intrigue ? Oh ! combien serait heureuse et florissante la société où on ne verrait point de semblables mercenaires; où tous ceux qui sont appelés aux emplois calculeraient, non le bien qu'ils doivent en retirer, mais celui qu'ils peuvent faire ; y entreraient, non pour en jouir, mais pour y travailler; y rechercheraient, non la considération attachée à la place , mais l'honneur de la bien remplir ; s'y occuperaient, non d'eux-mêmes, mais du public ; s'efiorceraient , non de s'attirer des homuiages, mais de les mériter.
£n6n, puisque Dieu a recommandé à chaque homme son prochain (1), nous devons mettre au nombre des mercenaires toute la classe, devenue si nombreuse dans ce siècle, des égoïstes, dont le cœur resserré ne saitpoint s'épancher au dehors ;. qui sont eux-mêmes le seul objet de leurs pensées, de leurs désirs, de leurs affections ; indifSérents pour tous leurs frères , sensibles, pour, eux seuls;, voulant que tout le monde les oblige, ne se souciant d'obliger personne ; s'efforçant de retirer tous les avantages -de la société, et de n'y rien apporter; semblables à ces branches gourmandes et infructueuses qui épuisent les arbres, attirant à elles toute la sève , sans jamais rien rendre.
Je suis le ban pasteur; je eonnais^ mes brebis^ et mes brebis me connaissent. Comme mon Père me connaît, je connais
(r) Manda vit illis aniqaiqae de proximo sno, EccU.-xyh, ts.
DBS EVANGILES. 473
uuêti mon Pere:eije donnt ma vie pour meshrehit, Jésus- Christ nous présente Ici un autre caractère du bon pasteur ; c'est qu'il connaît ses- brebis. Le soin qu'il prend d'elles, l'occupation continuelle où il est de leurs besoins, le place sans cesse au milieu d'elles, et les lui fait parfaitement conuaiire. Le bon pasteur connaît à fond toutes ses ouailles. La connaissance qu'il en a ne se borne pas à connaître leurs traits , à les discerner les unes des autres; mais il connaît leur caractère, leurs inclinations, leur trempe d'esprit : il sait quels sont les défauts qu'il doit spécialement chercher à réformer , quelles sont les passions qu'il doit surtout s'attacher à réprimer, quelles sont les vertus qu'il doit principalement s'efforcer d'inspirer, quelles sont les saintes pratiques qu'il est le plus utile d'établir. Sa vigilance découvre tous les abus, son . zèle tous les besoins ; sa sagesse pourvoit aux uns , sa charité aux autres. Le soin général qu'il prend de toutes les âmes ne préjudicie point aux soins particuHers qu'il xend à celles à qui elles sont le plus nécessaires. Gomme l'Apôtre des nations, il se fait à tous, non par une basse complaisance , ou pour s'attirer des égards , mais par une charitable condescendance , pour les gagner tous à Dieu, et pour les sauver (1). Il descend à la portée de chacun sans se rabaisser : sa gravité n'a rien de rebutant, sa gaité rien de pétulant ; sa douceur ne dégénère jamais en faiblesse, ni sa sévérité en dureté , ni son affabilité en famiharité , ni sa réserve en dissimulation, ni sa prudence en finesse, ni sa franchise en indiscrétion. Un bon pasteur au milieu de son troupeau , est comme un père au milieu de ses enfants., qui, leur prodiguant sa tendresse avec dignité, s'attire tout à la fois leur respect et leur amour.
. Jésus-Christ a de ses brebis une connaissance bien plus parfaite que tous les autres pasteurs. Non-seulement il discerne celles qui sont à lui, de celles qui ap-
^i) Omniam me ftervaiu feci, or plar«s lacrifacerem... omnibus omnia factns SQm, otoonea. facerem..salvos. /. Cor. iz, iget^^.
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Ikariienneut à son ennemi, mais il démêle avec précinoii jusqu'à quel point elle» aont à lui^ quel est le degré de leur scAJimisfiion et de leur attachemept. Il n'est pas comme les autres pasteurs, réduit à juger par l'extérieur ; son regard perçant va jusque dans le fond des cœurs, et dans tous les replis de la conscience , découvrir ce qu'il y a de plus caché ; rien n'échappe à sa recbevcbe exacte : idées, jugements, sentiments, veUéiCés, résolutions, pcoiets, tout est à découvert devant lui. Penaée redoutable^ et bien propre à me tenir dans une circonspection continuelle ! j'ignore ce que je suis, mais Dieu le sait ; j'ai peine à me rendre compte de mes dispositions se«erètes ; mais le compte en est écrit dans le livre sacré : entre les inclinations opposées qui m'attirent vers le , bien, et qui me poussent vers k ni.sl, je suis incertain de quel côté penche ma volonté; mais elles sont pesées dans la balance de la justice éternelle. Combien cette effrayante pensée doit me faire redoubler de vigilance et d'efforts ! combien elle doit me faire travailler à assurer mon sort, et à prévenir par mon propre jugement celui qui doit être porté sur moi !
Si Jésufr-Cbrist connaît sies brebis, ses brebis le connaissent aussi : c'est même par la connaissance qu'elles ont de lui, qu'elles sont ses brebis. Ainsi tous ceux qui ne le connaissent pas, ne (bot pas partie de son troupeau. Ils ne sont point du troupeau de Jësus-^rist, les infidèles qui ne suivent pas sa religion , que le démon retient dans son bercail, et qu'il égorge journellement ; ils n'en font pas non plus partie , les hérétiques et les sdbismatiques qui méconnaissent son Eglise, qui sont sortis de sa bei*gerie pour aller dans des bergeries étrangères, se mettre sous la conduite de pasteurs qu'il réprouve. Malheureux ! qui, croyant marcher sur les traces de Jésus->4]hrist, s'égarent sur les pas de leurs crimi* nels conducteurs, et qui prennent pour sa voix tutéiaiie, les voix insidieuses de leurs faux pasteurs : ils ne sont point des brebis de Jésus-Christ , ils ne le connaissent point, hélas I ils ne le connaîtront jamais. Ce n'est que
DES ivANGILES. 475
son Église qui le coonfth. EUe le connaît sur la terre , autant cfiue les faiblea lumières de rbumanité le permettent ; elle le connaît dans le ciel ^ pleinement et parfaitement ; elle l'y volt face à face, elle Ty connaît comme elle en est connue (i) : mais il n'y a que son Eglise de la terre qui soit en communion avec son I^flse du ciel ; il n'y a que ceux qui l'ont connu id-bas par la foi, qui le connaîtront 14-Iiau4 par la jouissance.
«/*«! eneêre d'autrei hmhii fui ne sonl pa$^ êe eeîte bergerie ; et il faut auêti que je lee amène, et elles écouteront ma voia>, et il n'y aura qWun troupeau el qu^un paeteur. Ces pareks de Jésus^Cforist étaient, pour ceux à qui il les adressait^ une prof^tie ; elles ne le sont pas pour nous. Nous en ¥oyons, nous en sommes nous-mêmes t'accom* plissement. Ces brebis , qu'il doit amener à sa bergerie, ce so9t les Gentils qui deyiendront le peuple élu : c'est runtversalité des nations, qui, abjurant ses fausses divinités, Tiendra se soumettre au vrai Dieu ; c'est nous qu'il a prédestinés à être éclairés de la vraie foi. Il parle de ces brebis qu'il doit amener dans la bergerie, comme étant déjà à lui : il dit qu'il les a , tant il est sur de la-, vérité de son oracle. Il était bien petit, au moment où il partait, te bercail du Sauveur : un petit nombre de disciples^ voilà tout ce qui composa son troupeau tant qu'il était sur la terre. Çbose admirable ! ce n'est que loraqu'ii a quitté son Eglise , qu'elle prend d'immenses accroissements. Cherchez dans les histoires de tous les siècles et de tous les peuplés , un chef qui , pour multiplier ses partisans, ait imaginé de les abandonner. Cest ordinairement à la personne de l'auteur qu'est attaché le succès du parti : mais tout doit être divin dans la re-* ligion de Jésus-Christ, et sa propagation même doit être un miracle éclatant. Il est d'autant plus frappant, qu'il avait été prédit dans un temps où il n'y avait aucunes
(x) VMenins noue per ipecolam et amipsMite : tmie aatem hiie ad fNcieiD. Nane cognosco ex parte ;.toiie a.ptem cognoscam aioot et ca> gnitoaiaiii. /. Coe. mu, ia«.
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Yi^îsemblance. Quaad Jésus-Christ annonçait ces brebis qu'il amènerait dans son bercail ; quand il prédisait que de l'aurore et du couchant, de l'aquilon et du midi, beaucoup viendraient siéger dans le royaume de Dieu (1), quand) ordonnant à ses Apôtres de se répandre dans tout le monde, pour prêcher l'Évangile à toute créature, il promettait à ceux qui croiraient en lui , le don des miracles (2) ; y avait-il aux yeux de la sagesse humaine quelque apparence que l'événement vînt justifier ses prédictions? Juifs, vous confondez les nations païennes, en leur présentant vos prophètes, qui devau^ çaient de plusieurs siècles dans leurs oracles, les grands événements de votre nation ; vous jugez, et avec raison , que ceux à qui l'avenir était ainsi clairement dévoilé, étaient évidemment éclairés d'une lumière divine : et vous n'êtes pas frappés des prophéties dans lesquelles Jésus-Christ a annoncé la conversion du monde à sa religion ? Quand les évangélistes rapportaient ces oracles de leur Maître^ le monde était idolâtre, et attaché à ses idoles par tous les liens du préjugé, de la superstition, des passions, de la politique. Rapprochez la prédiction de l'accomplissement : vous ne pouvez ni disputer à la terre qu'elle soit chrétienne, ni contester à Jésus-Christ d'avoir annoncé qu'elle le deviendrait. Reconnaissez donc enfin, à ses prophéties, l'organe de la prescience de Dieu ; à leur exécution, le dépositaire de sa puissance.
Et nous, heureux objets de la prédilection divine, nous qui avons eu le bonheur d'être choisis par la Providence pour cette précieuse vocation, nous qui, entre tant de nations, soit antérieurenient, soit postérieurement à Jésus-Christ, plongées dans l'infidélité ou dans
(x) Et ▼enient àb oriente, et oecidente, et aqoiloDe, et ansiro, et ftccombent in regno Dei. Luc. xni, 99.
(a) Et dixit eis : Eanics in mnndam aniversnm, praedicate evangelinmomoi creatarse... Signa aotem eos qai crediderint hvc seqoentor. In nomine meo daemonia ejicient ; lingais loqaentor novis ; serfkftntes tollent ; et simortilproiii qnid hiberint, non eisnooebit; saper «groi minas imponenl, etbeae habebant. âJare. xvx, x5, 17 et 18.
l'bëlrésie, avons été prédestinés au plus grand de tous les biens, à la connaissance de la vraie foi, sentons-nous, comme nous le devrions, cet inestimable bienfait? sommes-nous pénétrés de la reconnaissance qu'il devrait nous inspirer, enflammés de l'amour dont il devrait nous embraser? Ingrats! peut-être n'avons-nous jamais pensé à rendre grâces à celui de qui nous le tenons. Nous jouissons tie la lumière de la religion , comme d'une multitude d'autres biens; l'habitude de la possession nous empêche de penser qu'elle eût jamais pu nous manquer. £t cependant, quel titre avons-nous à une préférence si avantageuse? Nous l'avons acquise sans la mériter : méritons-la maintenant ; justifions le choix que Dieu a fait de nous, par notre fidélité à y répondre. La reconnaissance que veut de nous pour tous ses dons la munificence suprême, c'est que nous sachions en user ; et le retour qu'elle exige pour le bonheur donc nous lui sommes redevables, c'est que nous nous en servions à nous procurer un bonheur plus grand encore. . En annonçant au monde son Eglise, Jésus-Christ déclare ici un des principaux caractères dont il la douera, et un des principaux signes auxquels dans tous les temps il la fera reconnaître : son unité. En tout genre la vérité est une ; tout ce qui s'en écarte est erreur : la ligne droite est unique ; les lignes divergentes sont multipliées à l'infini. Ainsi il existe une multitude d'erreurs, mais il n'y a, il ne peut y avoir qu'une vraie foi. Jésu8-<]hrist ne l'a apportée aux hommes que pour qu'ils l'adoptassent. Mais comment réunir dans cette unité de foi une si prodigieuse multitude d'hommes si distants de ce pays , si différents de langage , si opposés d'usages, de mœurs, d'inclinations ? De tous ces peuples divers il a formé une seule société spirituelle ; et les laissant assujettis chacun à son gouvernement temporel et à ses lois civiles, il les a soumis à un ministère ecclésiastique et à. des préceptes religieux. Ainsi est sortie du sein de Dieu TEglise , munie et armée de sa double unité : unité de foi, unité de communion. Unité de foi, quiest la profession unanime
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de toutes l66 irérités endeigKkée» parte Sauireur; nmtéde cowwrttnioti^ qut etit la réfiaifûtt uâiverseUe dàfis une même société, k participalkm aux mêmes rite», b sonttiîmou aux mêmes pasteurs. Unité de foi^ qui est Tobjet prineipal de l'unité de cornmuuioti ; unité ds cdb^ mtttifkiu, qm est le lien et le garant de ru&kéde foi. Unité de foi, que l'on perd par l'hérésie; uoitéde communion, dont on se sépare par le schisme^ Vir cette double unité, rÉj^ise se délivre de ses ennemis mtérimj et n'a plus à combattre qut ceux du dehors. Il oepeat y avoir de fausse doctrine permi les membres de l'Eglise, quand celui qui l'apporte cesse à Tinstattt d'en être membres : il n'y a pas de révoltés dans un empire^ dont ils soni exptdsés aussitôt qm'ik se soulèvent* kdmintit coficert de qualités qui paraissent opposées I k catholicité qui étend l'Église 8«ir toute la terre, l'unité ^« la resserre en un Se«i4 corps. Tous les efforts humaissie poreBt dans son origine l'empêcber de s'éCendrt touAes les régions ; ils n^onl pu depuis parvenii" à viser : et tous ceux qui dans k cours des siècles ont tenté cette séparations ne sont parvenus qu'à s'en séparer komteiisement eux-mêmes. S, CyjMrien compare liœ* mense diffusion de Ihmité catholique, à la multitude de rayons qui d'uu même «deil vont éclairer tout le mon^* ; auk raMieaux nombreux qui sortent d'un seul tiooc;^ la quantité de ruisseamr qui découleùt d'âne source unique» Interceptez k rayon du sokii^ il s!é(jeint;i^ parez la branche de sa tige, elle se dessèche; coep^l^ communication du ruisseau avec sa source § il ^ ^^ AiBsiy l'irise cathofique répand sa brillante hm^'^ étend ses rameaux bienfaisants, fait ooider ses f»^^ ^'' lutaires smr Tunive» entier ; c'est un principe tini^*^' dont tout émane, auqpid tout doit continvellemsnt rester uni ; et tout ce qui s'en détache péri< aussîl^ nificrahkment (1).
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(x) Ecdesia qooqae ma «st, qnae ia nmUitodidtiii j*^, ^ «eBto fe«aodiutis extendiinr. Qaomodo solis moiti radii, sfld u
JéM8-43limt ne Bt contente pas de prédire i'tlttilé de bergerie ; il atmonee de plus qu'elle n'aura qu'un seul isteur. Et eà est raccom^ssement de cet (M'acle, land tàdus voyons dans son Église une multitude de isteutfr de différents ordres ?
I>' abord, (Ml peut diie avec vérité qu'il n'y a réelie-^ lent qu^un seul pastetir, parce qu'il n'y en a qu'un ui le soit à an titre propre et personnel ; tous les autres ne Hous décorons de eette qualité, ne sont qwe ses dé-^ gués, que ses comtnis : ils n'en remplissent les fonetions ue polir lui, et à condition de lui en rendre compte, e pasteur unique, c'est Jésus^Ghrist lui-même, qui, etotirné dans les deux, n'a pas pour cela cessé d'être rec son Eglise, et qui, du sein de sa gloire, eotitinue e la conduire, de la régir et de la défendre : c'est lui [ui agit continuellement par ses ministres ; lui qui ex* lorte parleurs bouches, et qui don^e à leurs paroles la brce et le aut^cès ; lui qui par leur organe renotrvelle sur 'autel le sacrifice qu'il offrit sur la croix ; lui qui par eurs mains confère les sacrements, et en fait découler es grâces ; lui qui par leurs Toix prononce les décisions acrée», et fixe la foi. Dans toutes les fonctions saintes, les idëles doivent regarder le ministre, et le ministre doit se regardcfr lui-même comme remjdà^çant Jésus<^Christ (1) : les uns pour se pénétrer du respect dû à celui qui agit
anan^ et ranli «rboris ifioki, uà robar imhud Unim radke fonda* tara, et com d« fonte nno rivi plorimi deAnont, numerositas licet diffusa Tîdeatnr e^undantis copias largitate, nnitas tamen servatûr in otigiiie. àiftrlla tadiutti êtAh a cotpiorto, diviftionMa lacis nnitas non eapto. Âh sebere franige nmtkù, frtctftsr gtntfîaava non poierifc. A fonte pTâleide FÏTam^ pvsBcisns arttcili. Sie et Ecdesia Domitii Ince perfnsa per orbem totnm radios snos porrigit. Unnm tamen lamen est, qaod nbiqne diffnnditnr, oec nnitas corporis fteparatar. Ramos nios in univenam ttrtttta eopht nbertatiftestetxdit, protittentei targiter Tivo» latiaft eatpàndit. JhMûà tam^tf c«pat é%i at origo t»»f et onn mater feonnditat4s snceesaibns copiosa. S, Cjrpria, De unit. FtcUs, paç. 195. Ediik P. P. BenedieiùitMrum ^ ann. 1726.
(t) Sie noa exiffiiiaet homo nt minUtros Chiiisti, et 4<8peDdatores Bsysteriorom Dei. /. Cor, ît, i.
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ioTisiblement par son envoyé visible ; Tautrepoor reconnaître l'extrême pureté dont doit être revêtu celui qui tient la place , et qui remplit les fonctions de Dieu.
Mais à considérer même le ministère pastoral qui s'exerce sur la terre, que Jésus-Christ a confié à ^es apôtres, et qu'ils ont transmis à leurs successeurs, nous pouvons encore reconnaître qu'il n'y a qu'un seul pasteur. C'est que ceux que nous voyons revêtus de cette dignité, entre tous ne font qu'un. Le ministère ecclésiastique est un, comme l'Eglise qu'il administre : comme elle, répandu sur toute la face de la terre, comme elle, il ne peut jamais être divisé ; les ministres sont différents, le ministère reste toujours le même. Ainsi, dans sa profonde sagesse, le Fondateur de l'Eglise a pourvu au maintien éternel de son unité : il l'a confié à un corps qui en tout temps et en tout lieu reste invariable ; qui se renouvelle continuellement sans changer; qui s'étend en proportion des besoins , sans se diviser ; et qui, embrassant tous les siècles et tous les pays, les tient fortement unis, et en forme un seul tout.
Mais ces pasteurs eux-mêmes répandus dans un vaste espace, distants entre eux de grands intervalles, trouvant dans leurs communications des lenteurs gênantes, des difficultés rebutantes^ pourraient se djiviser, enseigner des doctrines diverses, et faire de l'Eglise de Jâus- Christ une quantité d'églises particulières. Non, ils ne le peuvent pas. La Sagesse suprême proportionne toujours ses moyens à ses vues. En voulant que le ministère qu'il donnait à son Eglise conservât jusqu'à la consommation des siècles son unité, Jésus-Christ a obvié à sa division. En le confiant en commun à tous ses apôtres et à leurs successeurs, il leur a donné un chef qui se perpétuerait par une succession continue dans tout le cours des siècles. Il anchois! Pierre, et l'a fait la pierre fondamentale de son Église (1): voilà la primauté d'bon-
(i) Et ego dico tibi, qaia tn es Petros, et saper hanc peiram seilificabo Kcclesiaoi meam, et poriae inferoram ooo pneralebant adver- •Qft eam. Matthn xvx, i8.
netir. Il l'a thargé spécialement de paître ses agneaux et ses brebis (1) : voilà la primauté de juridiction. Il a prié pour lui afin que sa foi ne d^aillît jamais (â) : voilà rindéfectibilité de foi et de succession. Primauté d'hon^ nenr, qui, élevant la chaire de Pierre au-dessus de toutes les autres, en fait un centre de communion, aperçu de toutes les parties de la catholicité. Primauté de juridiction, qui prévient les divisions par ses enseignements, ou les réprime par ses châtiments. Indéfectibilité , qui est le garant éternel de l'une et de l'autre primauté, et le boulevard inexpugnable contre lequel viennent se briser tous les efforts du schisme et de l'hérésie.
Elle fixe dans la bergerie tous les genres d'unité, cette précieuse unité de pasteurs. Elle lui assure l'unité de ' foi ; il ne peut s'élever une erreur qu'aperçue par les sentinelles d'Israël, qui veillent sur le dépôt sacré, elle ne soit aussitôt réprimée par leurs efforts réunis à ceux de leur chef : elle y garantit l'unité de communion; le fidèle le plus simple est certain d'en faire partie quand il est uni à son pasteur immédiat, qui l'^st lui-même au premier des pasteurs.
Tels sont sur l'Eglise de Jésus-Christ, sur sa constitution, sur son unité, les principes sacrés que, depuis son origine, nous ont transmis, de siècles en siècles, nos pèreS:, avec une religieuse fidélité, par lesquels ils ont constamment défendu cette Eglise sainte contre les atta» ques successives de tous ses ennemis ; qui la conservent pure et entière depuis dix-huit cents' ans, et qui la maintiendront telle sur la terre, jusqu'au coup qui , en écrasant l'univers, la réunira à l'Eglise du ciel. Plaignons sincèrement ceux qui ont le malheur de méconnaître cette salutaire doctrine. Prions avec instance celui qui tient les cœurs dans sa main, d'amollir ces cœurs endtircis; mais prenons garde de laisser endurcir les
(i) Pafce agnos meos... Pasce oves mea5. Joan. xxx, i5-i7. («) Ego aoteiD rogavi pro te, m oon drliciat fides tua. Luc. xxii, 3a.
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nôtres; tenons-^noos fermement dans la seule véritable bergerie; soyons toujours ûdèlement unis au vrai pasteur , afin de nous trouver réunis à lui dans le bercail éternel où il rassemblera ses brebis choisies.