‹ Explication des évangiles des Dimanches, et de quelques-unes des principales fêtes de l'annéeChapitre 9 sur 14 · U DIMANCHE DE L4 PASSION · texte numérisé non relu

U DIMANCHE DE L4 PASSION

Jéshs-Clirist défie les Juifs de lui trouver ua péché. Animosité

des Juifs contre lui . Ses réponses .

Jésus dit aux Juifs: Qui de vous me convaincra de péché ? Si je vous dis -la vérité^ pourquoi ne me croyez- V0U6 pas? Celui qui est de Dieu, écoute les paroles de Dieu. Ce qui fait que vous ne les écoutez pas , c'est que vous n'êtes pas de Dieu. Les Juifs lui répondirent : M'a* vons-nous pas raison de dire que vous êtes un samaritain et un possédé du démon ? Jésus leur répartit : Je ne suis point possédé du démon ; mais j'honore mon Père^ et vous m'avez déshonoré. Pour moi , je ne cherche point ma gloire ; un autre en prendra soin et me rendra ju8«tice. En vérité, en vérité , je vous le dis , si quelqu'un observe ce que j'enseigne , il ne mourra jamais. Alors les Juifs lui dirent : C'est maintenant que nous connaissons que vous êtes possédé du démon. Abraham est mort et les Prophètes aussi; e^ vous dites : Si quelqu'un observe ce que j'enseigne , il ne «mourra jamais. Etesvous plus grand que notre père Abraham qui est mort, et que les Prophètes qui sont morts aussi? qui prétendez-vous être ? Jésus répartit : Si je me glorifie moimême, ma gloire n'est rien ; celui qui me glorifie, c'est mon Père que vous dites être votre Dieu^ et que vous ne connaissez pas ; moi, je le connais , et si je disais que je ne le connais pas , je serais menteur comme vous. Mais je le connais et j'observe sa parole. Abraham, votre père, a désiré avec ardeur de voir mon jour ; il l'a vu<, et a été comblé de joie. Les Juifs lui dirent : Vous

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n*airez pas encore cinquante ans, et vous avez vu Abra« ham ? Jésus leur répartit : En vérité , en vérité, je voua le dis, je suis avant qu'Abraham fût au monde. Là-dessus ils prirent des pierres pour les lui jeter ; mais Jésus se cacha et sortit du temple. (Jean, vm, 46 — 59.)

Jésus du aux Juifs : Qui de vous me convaincra de pé^ thé? Quelle hardie provocation le Sauveur fait aujourd'hui à ses ennemis I II livre à leur critique sa personne entière, toute sa vie , toutes ses actions , toutes ses paroles ; et il leur porte hautement le défi d'y trouver aucun défaut à relever , aucune passion à réformer, aucun vice à corriger, aucune faute à expier. Quel autre homme peut se flatter d'être exempt de péché? Quel autre portant avec tant de peine le fardeau de la concupiscence, oserait se vanter de n'y avoir jamais succombé ? Dans un homme qui ne serait pas Dieu, cette audace seule serait un grand péché; elle renfermerait le double vice de la fausseté et de Foi^uelh Mais dans l'Homme-Dieu, c'est le témoignage de la vérité. La sainteté infinie ne peut être souillée d'aucune tache ; et si elle daigne se revêtir des misères de Fhu— tnanité , elle en excepte nécessairement le péché in— compatible avec sa natui*e. Jésus-Christ eût pu dire plus encore ; il avait droit de se déclarer impeccable; et ce n'eût pas été dans lui une vanité, osons le dire pour lui ; la liberté de pécher lui manquait , et son humanité sainte , en vertu de son union intime avec la divinité , était inaccessible à la faute la plus légère ; mais il ne va pas jusque-là. Calomnié par ses ennemis , il se contente d'opposer à leurs inculpations sa conduite. Ce n'est pas son éloge qu'il fait , c'est son apologie. Ce n'est pas sa personne qu'il venge , c'est son ministère qu'il justifie. Dans d'autres occasions , il a donné en preuve de sa mission les miracles qu'il opère, les prophéties qui l'annoncent ; ici il en présente une d'un ordre différent s

c'est toute la suite de sa yie, qu'il propose à l'examea. Encouragés par rinyitatioD du divin Sauveur, osons leveir les. yeux sur ua assemblage de perfections si pores et si complet. Contemplons le caractère que Jésus a déployé dans tout le cour» de sa carrière ; caractère unique qui n'eut jamais de modèle,, qui jamais n'aura de copie; que dans la succession des siècles, la terre n'a pu «voir <|u^une fois; qu'elle ne reverra jamais > et qui lui iut accordé pour être r<^jet continuel de ses respects, de se» méditations et de son imitation. Incrédules , nous vous appelons à cet examen , comme notre maître y appe»* lait vos devanciers. Yenez^ vous enfoncer dans les pro^ fondeurs de cette âme divine. Parcourez-la toute entière. Pensées, sentiments, mouvements, discours, actietis, démarches , observez tout , épiez tout ; cherchez dan» tout, nous vous le permettons, matière à votre critique. Depuis son premier moment jusqu'à son dernier soupir, de la crèche à la croix, suivez toute la vie de Jésus ; et osez nous dire ensuite quelle faute vous aurez décou^ verte en lui. Plusieurs des principaux chefs de votre secte^ en contestant ses miracles, ont rendu hommage à ses vertus , et par une de ces contradictions où, t'errenr est nécessairement entraînée , à leurs blasphèmes contre sa religion , ils ont mâU les> témoignages éclatants de leur admiration pour sa personne;.. Et vo«is aussi , t^axéùeus:, nous vous invitons à méditer profondément ce grand caractère. Etudiez Jésus-Christ , et vous connaîtrez non^ seulement la perlection que l'humanité peut atteindre^ mais toute celk que l'iolaginationr peut se figjureir. Eto^ dîez Jésus-Christ , et vous saurez tout : le doctsiur dey nations déclajre qu'il n'a pas d'autre science (1)«

Observons d'abord l'invariable égaibté de cette grande âm£* Aucune passion ne l'affecte.. Il les tient toutesf s» iartement comprimées sous sa volonté , qu'il ne Sr'enesft pas montré une seule. Aucune eirconstance ne lfaltèr«.>

(i) Mon coîiD jndîcftvr me «Dira aliqnid îmer vot, niiUemm Ckiistora, et banc cradfixaiD. / Cor, ii, a.

Profondément sensible , il n'est jamais agité ; et la seule émotion qu'il ait fait paraître dans tout le cours de sa TÎe , a été la commisération pour les malheureux. Toujours également calme , il présente aux diverses situations par lesquelles il passe , une immobilité de vertu que rien ne dérange. On ne le vit jamais , ni flatté d'un éloge, ni aigri d'une calomnie, ni attiré par des plaisirs, ni abattu par des persécutions. Il s'agrandit dans les triomphes par sa modestie, dans les outrages par sa patience , et à ce haut faîte des vertus , il les rehausse encore par sa simplicité. Les actions les plus héroïques ne coûtent pas plus d'efforts à sa sainteté , que les miracles à sa puissance.

Un seul objet l'occupe , et il l'avait déclaré dès le temps de son enfance ; c'est celui pour lequel son Père l'a envoyé (1). Rien ne l'en détournera jamais. Pas une démarche qui n'y tende, pas une action qui ne Tait pour but , pas une parole qui n'y soit relative. Vous ne l'entendrez jamais discourir d'aucun objet étranger. Il explique souvent les saintes Ecritures ; mais il ne touche , ni aux difficultés qui exercent les critiques, ni aux points curieux qui occupent les savants. Tout entier et sans un moment de distraction à la vie future, toutes les choses du monde sont pour lui comme si elles n'étaient pas: D'autres moralistes avant lui avaient reconnu Tiin— mortalité de l'âme ; mais ce principe très-précieux n'avait été pour eux , que comme un sujet académique proposé à leurs dissertations. Jésus-Christ a été le seul législateur parfaitement conséquent ; le seul qui, en développant le dogme de l'immortalité , jusque-là plutôt aperçu que connu , en ait fait jaillir sur le genre humain les grandes vérités qu'on n'en avait pas encore tirées , que ce qui passe n'est rien , que ce qui dure éternellement est tout«, que la terre n'est pour nous que le chemin du ciel, et que par conséquent nous devons rap-

{t) NesciebiRis qnfa in his qaœPatr» mei «ont , -oporter me este ? Luc, 11, 49.

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porter tous les actes de cette vie qui se précipite, et qui va finir, à la vie qui n'aura pas de fin.

£t c'est surtout par son exemple qu'il nous en ins*truit. Voyez si , dans tout le cours de sa carrière , vous trouverez un seul objet terrestre qui l'ait détourné mo^ mentanément des choses du ciel, admirable accord de maximes et de pratiques! Tout ce qu'il ordonne, il le fait ; tout ce qu'il conseille , il l'exécute. QueMK)mme a eu la force de marcher si invariablement sur la ligne de ses principes, qu'il ne s'en soit jamais écarté? C'est Jésus-Christ, et Jésus-Christ seul. Dans lui, tout est constamment uniforme : vie publique et vie privée, préceptes et actions , tout se correspond ; tout marche en*» semble ; tout est dirigé vers un même but. Il prêche le mépris des richesses ; et sa pauvreté est si profonde , qu'il n'a pas où reposer sa tête, et que sans lé secours de quelques fenimes pieuses , il manquerait de subsistance. Il ordonne l'humilité ; et il passe sa vie dans l'état le plus bas, continuellement rassasié d'opprobres. Il recommande ladauceur; et au milieu des plus violentes contradictions , on ne lui voit pas un moment de colère ou d'humeur. Chose étonnante ! cet homme dont le pouvoir se faisait obéir de toute la nature , aucun homme ne l'a craint. Il prescrit la pureté ; et la sienne est telle y que ses disciples sont surpris de le trouver conversant avec une femme. Il veut qu'on paie le tribut à César; et plutôt que de ne pas l'acquitter , il fait un miracle. Il exhorte à la prière ; et il est presque continuellement em oraison. Il excite à la bienfaisance ; et tous ses pas sont marqués par des bienfaits. Il enjoint l'amour des ennemis , et il prie pour ses bourreaux au plus fort de leurs outrages et de ses supplices. Sa vie est l'image fidèle , la vive expression de sa doctrine. Pour connaître ce qu'il enseigne , il n'est pas nécessaire de l'entendre , il n'y at qu'à le voir. Si on retranchait de l'Evangile les préceptes admirables qu'il renferme , et si on le réduisait aux faits qu'il rapporte, ce serait encore le code de moralele plus parfait.

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Mais quoi ! la vue d'un modèle aussi accompli , au lieu de nous animer^ n'est-elle pas plutôt propre à nous décourager par rimpuissance de jamais lui ressembler ? Ah ! gardons-nous de cette fatale pensée. Sans doute , dans la route où il nous conduit , il marchera toujours bien loin devant nous. Nous devons cependant nous empresser sur ses pas , pour ne point le perdre de vue» Sûrs de ne pas l'atteindre^ empressons-nous d'en approcher. Il nous présente le modèle de toutes les pertec-fectiQns,non pour que nous devenions aussi parfaits que lui , mais pour que , tendant sans cesse à une plus haute perfection, nous atteignions toute celle dont nous sommes susceptibles.

Si je vous dû la vérkéy pourquoi ne me croyez -voue peu? Ge reproche que Jésus-Christ fait aux Juifs , à combien de chrétiens ne pourrait-on pas l'appliquer? Sans parler •des incrédules déclarés, qui traitent hautement notre TeUgion d'erreur , notre foi de crédulité , nos miracles de fables , nos mystères d'absurdités , ne voyons-nous pas, en beaucoup trop grand nombre, des hommes moins criminels peut-être , mais plus inconséquents encore , qui , sans refuser de croire nos saintes vérités , ne Teulent cependant pas les adopter, et affectent une sorte de neuUalité entre Baal et le Dieu d'Israël , entre la foi et i'incréduUté ? Ils sentent l'obligation de croire ; mais ils voient en même temps les sacrifices qu'elle leur impose. Ils craignent , en se déclarant pour \». religion, les devoirs qu'il faudrait pratiquer ; ils craignent, en se déclarant contre leur conscience , les reproches qu'ils auraient à en essuyer. Ils désireraient se convaincre de l'incrédulitéf et ne le pouvant pas , tout leur travail est de s'entretenir dans l'incertitude. Dans l'impuissance d'éteindre entièrement les lumières de la foi , ils s'efforcent de les offusquer. Que penserions -nous d'un homme qui fermerait volontairement les yeux, pour douter de l'existence du soleil ? La disposition de ces malheureux est tout aussi déraisonnable , et beaucoup plus funeste. Si Jésus-Christ a dit la vérité, cette vérité ne sera pas moiQS

certaine, parce que nous nous la serons dissimulée ; mais elle en sera bien plus terrible ; elle eût dû être notre salut , elle sera notre perte.

Celui qui est de Dieu, écoute les paroles de Dieu, Ce qui fait que vous ne les écoutez pas , cest que vous n'êtes pas de Dieu. Ceux qui auraient le plus besoin de la parole de Dieu, sont précisément ceux qui s'en éloignent. Tandis que le juste fait ses délices de la loi sainte, la contemple, l'étudié , la médite sans cesse, le pécheur, qui aurait tant d'intérêt à s'en pénétrer , là repousse loin de lui , comme ennuyeuse à son esprit, et comme importune à ses passions» Ainsi , le malade hors de sens , craint plus les remèdes qui le dégoûtent, que le mal qui le conduit à la mort. Une des marques les plus sures de notre avan-* cernent, ou de notre décadence dans la piété, est notre goût ou notre dégoût pour la parole divine : et Jésus- Christ nous donne ici cette règle pour connaître si nous sommes ou si nous ne sommes pas de Dieu. Ils ne sont pas de Dieu , ceux qui n'assistent jamais à la distribution de sa parole , ou qui s'y présentent rarement , ou qui s'y traî^ aent avec répugnance. Ils ne sont pas de Dieu, ceux qui écQiutent sa parole avec légèreté , et pour qui elle n'est qu'un s«n qui frappe l'oreille, sans pénétrer jusqu'au cœur. Ib ne sont pas de Dieu , ceux qui recherchent , non ce qui vient de Dieu, l'instruction et l'édiQcaticn, mais ce qu'y met l'homme, les ornements de l'éloquence mondaine. Ils ne sont pas de Dieu, ceux qui , au lieu d'y venir avec la soumission convenable , y appor-^tent un esprit de critique, et viennent juger la parole qui sera un jour leur juge. Ib ne sont pas de Dieu, en un mot, tous ceux qui ne la reçoivent pas avec l'esprit de Dieu , et qui en font , au lieu de la nourriture de leur âme , la pâture de leur dissipation ou de leur malignité.

Les Juifs lui répondirent : N'avons-nous pas raison de dire que vous êtes un samaritain et un possédé du démon ? Jésus-Christ venait de presser les Juifs de spécifier nettement leurs accusations. Il les avait défiés de nommer un.

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péché dont il fût coupable. Ils se gardent bien d'acceptèr son défi» Ils sentaient 1-iinpossibiiité d'articuler positivement contre lui une seule inculpation. Ils ne lui ré— pondent que par des> déclamations vagues , et par des injures absurdes. Ils savaient parfaitement qu'il n'était pas un samaritain. Pour peu qu'ils eussent réfléchi , ils eussent vu qu'un homme qui ne faisait que du bien s qui prêchait la morale la plus sainte , dans qui il était impossible de trouver une faute à reprendre , n'était pas possédé du démon. Mais la hain^ ne connaît pa& la réflexion; elle n'a que de l'emportement. Celle dont les incrédules de notre temps sont animés contre Jésus- Ghrist , ressemble beaucoup à celle des incrédules de ce temps-là. Otez de leurs écrits les déclamations généra-^ les , les injures vagues , les railleries indécentes , que restera-t«il ? un petit nombre d'argumenls usés, cent ibis réfutés, continuellement rajeunis, et reproduits tantôt sous d'autres formes , tantôt sous la même. Voilà tout ce que Tanimosité la plus acharnée a jamais pu produire^

Ces injures si injustement et si bassement vomies contre Jésus-Christ nous présentent une considération bien importante pour nous-mêmes. En marchant sur ses traces , nous devons nous attendre à être traités comme lui. Consolez -vous y âmes fidèles , quand votre attachement à la religion vous attirera les injures de ses ennemis. Songez que vous en devenez plus semblables à Jésus^ Christ calomnié et outragé. En entrant dans la carrière de la piété , vous avez du , d'après les orateurs sacrés , vous attendre aux persécutions (1). Plus votre vie exemplaire fera la censure des pécheurs , plus elle sera aussi l'objet de leurs censures. Le vice ne pardonne pas à ia vertu la honte que lui font ses exemples ; et il s'efl'orce de l'humilier à son tour , par ses railleries et ses opprobres. Mais de ces humiliations même , l'homme instruit

(i) Omnes qui pie volant vivere m Ghristo Jqso, persecqtionem p«ti€ntur. // Timoth, m, ta.

par Jésus-Christ y sait tirer sa gloire et son bonheur : sa gloire , du motif qui les lui attire ; son bonheur ^ de la récompense qu'elles lui assurent. Quand il entend d'un côté les calomnies que vomissent contre lui les détracteurs de la vertu , il entend de l'autre son divin Maitre lui dire : C'est au milieu de la haine des honraies et de leurs outrages encourus à cause de moi,' que vous devez vous estimer heureux. Réjouissez-^vous et triomphez , car une grande récompense vous -est préparée dans le ciel (1). Ainsi s'avance avec fermeté vers son terme le juste appuyé sur le témoignage de sa conscience, sans se laisser détourner de sa route par quelques vains aboiements qui résonnent autour de lui, et sans craindre de faibles morsures qui ne peuvent lui faire aucun mal. Jésuê leur répartit .* Je ne suis point possédé du démon ; mais j'honore mon Père jet vous m'avez déshonoré. Pour moi j je ne cherche pas ma gloire : un autre en prendra soin, et me rendra justice. Ces paroles du divin Sauveur nous présentent un modèle de conduite , lorsque nous sommes attaqués par la calomnie. Il ne daigne pas réfuter l'im* putation d'être samaritain, trop absurde pour exiger une apologie ; mais il croit devoir répondre à celle d'être possédé du démon , parce qu'elle pourrait faire impression et nuire à son ministère. Distinguons- entre les inculpations que la malignité répand contre nous , d'abord celles qui , par leur invraisemblance , ne doivent avoir aucun effet , de celles qui peuvent produire quelque sensation; et dans celle- ei-, distinguons encore ce qui ne porte que sur notre personne , et ce qui - peut intéresser nos fonctions. Les premières ne méritent quenotre mépris; et la manière la plus efficace comme la plus noble de les faire tomber> est de n'y donner aucune ^ attentions Quant aux calomnies d^un genre plus grave,

(l) Beatieriti» cura «vos oderiat hominrs, et cdtd separavermt ' vos, et exprobraverint, et rjecerint nomen Testramtanqaam malaih propter Filiom hotninis. Gaorlete îa iila die, et exnltate : ecce eniin • inertes ?estFa-inolta«st In cœlb. Luc, vi,rai et 93.'

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et qutt quelques probabilités pourraient accréditer » il BOUS est permis sans doute de nous en larer^ La repu — tadon est un de nos biens ; la conserver est un de nos droits ; c'est même un de nos devoirs , quand nous flommes revêtus d'un ministère auquel son intégrité est nécessaire. Nousdevons aux fonctions dont nous sommes ehargésytout eequi peut leur concilier le respect, et. l'un de» plus grands vices de scandale dans les liommes élevés , est d'avilir leur dignité avec leur personne. Il faut , disait le grand Apôtre au disciple qu'il avait établi évêque d'Ëphèse , il iaut que le ministre des autels ait un bon témoignage de ceux même qui sont au dehors, pour qu'il ne devienne pas un sujet d'opprobre (i). RendeE-*vous , dit*il à un autre qu'il avait mis à la tète de l'Eglise de Crète , rendez-vous en toutes les occasions le modèle des bonnes œuvres , afin que ceux qui nous sont opposés nous révèrent, n'ayant aucun mal à dire de nous (2).

Mais cette défense de notre réputation , permise par la religion , e>t réglée par elle. Légitime en elle-même , elle cesse de l'être quand elle excède les justes bornes. Elle n'est plus une défense, quand elle devient une attaque. Et Jésus-Christ nous donne ici à cet égard un grand exemple. Yiolemment attaqué , il se borne à nier ce que la calomnie lui impute. Il ne se permet pas les récriminations , les reproches qu'il lui eût été si facile d'opposer à ses ennemis. Il se contente de se plaindre à eux-mêmes de ce que ,. tandis qu'il rend honneur à son Père, ils cherchent à- lui ravir le sien. Formé sur ce modèle , le chrétien, en butte aux traits de la calomnie, les écarte et ne les renvoie pas.' Il pare les coups qu'on lui porte , mais il se garde d'en porter. Inaccessible au ressentiment, ce n'est pas lui-même qu'il plaint; ce

(t) Oportet antem illnm et testimoniam habere bonom ab iis qui fATÎs snnty nt non in opprobriam iooidat. / Timotk, m, 7.

(2) In omnibas teipsam prxbe exemplbm bonoram operam... xxt is qui ex adverso est, vereatnr , nihil babens malam dicere de nobîs. Ad TU, II, 7 e^ 8.

sont ceux qui , par leurs criminelles détractionsi se foût plus de tort qu'à lui. Supérieur à la vengeance , noQ<seulement il leur pardonne » mais il implore pour eux le pardon céleste ; et il forme des vœux pour leur félicité , au moment même où ils le déchirent de leurs outrages.

Une autre règle nous est imposée dans notre justification; et Jésus-Christ nous en donne l'exemple : c'est de n'y pas chercher notre gloire. Notre motif doit être l'honneur de Dieu, l'édification du prochain. Distin* guons l'apologie , de la jactance ; le soin de notre réputation , de la vanité ; la crainte du blâme , du désir de la louange ; la conservation de notre honneur> de l'accroissement de notre gloire. Qu'ils courent après la gloire de ce monde y ceux qui ne vivent que pour le monde présent; qu'ils prétendent à ce prix futile, proportionné à leurs vues étroites; qu'ils se repaissent de cette fumée, digne aliment d'un frivole amour-propre. A la suite de Jésus<-Christ on prend une plus noble ambition. On aspire , non à la gloire que distribuent les hommes , mais à celle que Dieu dispense ; non à une gloire incertaine , mais à une gloire assurée ; non à une gloire bornée , mais à une gloire infinie ; non à une gloire passagère , mais à une gloire éternelle. C'est en foulant aux pieds la gloire terrestre 9 que les disciples de Jésus-Christ marchent vers la gloire céleste. En remettant ^ à l'exemple de leur divin Maître, tout le soin de leur réputation à celui qui peut seul en donner une solide , ils attendent dans une religieuse confiance le jour de sa justice. Il viendra, ce jour si fortuné pour eux ,.où , à. la face du ciel et de la t^re » lé Dieu qu'ils ont servi les revêtira de sa propre gloire. Et ceux qui les poursuivaient de leurs calomnies^ devenus solennellement des objets d'opprobre , de quelle confusion ne seront-ils pas pénétrés 7

En vérUé , en vérité, je vous le dis , $i quelqu'wi observe ee que j'enseigne, il ne mourra jamais. Quel autre qu'un Dieu eût osé attacher a l'observation de sa «loi , pour récompense y l'inunortalité? Il y a entre ks promenés

âu siècle et celles de la religion , toute la dislance qm est entre le fini et Tinâni , encre le temps et réternitë. Et cependant la foule des hommes court après les plaisirs frivoles et transitoires que le monde leur fait espérer , et que souvent il ne leur procure pas ; et à peine un petit nombre de sages recherche le bonheur sans mesure et sans terme ^ que Dieu leur assure. Nous regardons en pitié l'enfant faisant son bonheur de vains jouets qui vont se briser entre ses mains. Nous ne sommes nousmêmes que des enfants de différents âges , qui faisons toute notre occupation de jouets de diverses espèces, tous également fragiles, ha. seule différence de notre légèreté à la sienne , c'est qu'elle est volontaire , et l'effet d'un choix réfléchi.

jélors les Juif$ lui dirent : c'est mainlenani que nous connaissons que voias êtes possédé du démon. Abraham est mort, et les Prophètes aussi , etvons dites s Si quelqu'un observe ce que j'enseigne , il ne mourra jamais. Etes^wms plus grand que notre père Abraham qui est mort , et que les Prophètes q^i sont morts aussi? qui prétendeZ'-vous être? Animés contre Jésus-Christ d'une violente antipathie , les Juifs ne comprennent pas le sens de ses paroles , ou ne veulent pas le comprendre ; car l'aveuglement et la mauvaise foi étant deux effets ordinaires de la haine , il est difficile de juger duquel de ces deux principes part le raisonnement que font ici les Jiiifs. Ils commencent par éloigner de leur esprit l'idée d'une vie future , et par supposer que ce que Jésus-Christ vient de leur dire, a rapport à la vie présente ; et prêtant ainsi à son discours un sens déraisonnable , ils en concluent , sans hésiter , qu'il est possédé du démon. Telle est la marche constante de la prévention : toujours précipitée dans ses jugement, elle ne daigne pas s'éclaircir avant de prononcer. Elle craint même la lumière qui pourra la désabuser* Elle se hâte de saisir un sens défavorable , de donner du corps aux apparences les plus légères. Au défaut d'apparence > elle a recours aux interprétations ^Aistres. Si lies, interprétations ne peuvent la servir, elle

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passe aux intentions , et s'efforce de les rendre suspectes. Qui de nous n'a pas eu souvent i-occasion de remarquer ces funestes efiets de ranimosité et de la prévention, ou réelle, ou affectée, qu'elle inspire? Peut-être avons-nous particulièrement à nous en plaindre , peut-être même à nous la reprocher ?

Poursuivant leur fausse interprétation , les Juifs trou^ vent mauvais que Jésus-Christ promette l'immortalité, dont n'avaient pas joui Abraham etles Prophètes. Mais, première erreur de leur part, les justes de l'ancienne loi étaient appelés à la sorte d'immortalité dont parle Jésus^ Christ; seconde erreur, Jésus-Christ était le Messie; il le prouvait à. chaque moment, et par tous>les caractè* res qu'il réunissait , et par les miracles qu'il opérait. Ainsi , sans parler même de sa divinité , il était , comme homme, bien. supérieur à Abraham et aux Prophètes , puisqu'il était celui pour qui Abraham avait été choisi , et les Prophètes envoyés. Rien de plus facile aux Juifs que de s'assurer de cette vérité , dont plusieurs d'entre eux étaient déjà convaincus. Mais la passion qui lès transporte les rend incapables de toute réflexion. Ils ne voient rien, ne veulent rien voir, et regardent Jésus- Christ comme possédé du démon , par cette seule raison que, s'ils reconnaissaient ealui l'Esprit divin qui l'anime, ib seraient obligés ■ de placer au-dessus des plus grands personnages de leur nation, l'objet de leur aversion.

Jésus- Christ répondit : Si je me glorifie moi-même j ma gloire n'est rien; celui qui me glorifia, c'est mon Père que vous dites êire votre Dieu, et que vous ne connaissez pas : mais moi y je le c<fnnais: et si je disais que je ne le connais pas j je serais un menteur comme vous. Mais je le connais, et je garde sa parole, Abraham votre père a désiré avec ar» deur de voir monjot^r; il l'a vu, et il a été comblé de joie» Sans être ni aigri par la contradiction , ni révolté par l'injustice , ni échauffé par la violence , Jésus-Christ continue de dire aux Juifs la vérité. Il trouve le secret de concilier avec le témoignage glorieux qu'il se doit,

l'iiuinilité dont il est le modèle* Il dit ce qu'il est , et il ne se glorifie pas de Téire. Il se déclare nettement le Fils de Dieu ; c'est Thommage qu'il doit à la vérité : il refuse en cette qualité de se donner gloire à lui-même ; voilà Texemple d'humilité qu'il veut donner. C'est une tentation bien délicate pour l'amour-propre , que celle où des circonstances impérieuses nous forcent à rendre de nous-mêmes un témoignage avantageux ; où , placés entre la vérité et le mensonge , nous risquons de devenir coupables , soit que nous nous complaisions à Tune , soit que nous nous prêtions à l'autre ; où le sentiment secret qui nous porte à nous exalter , est favorisé par l'obligation de nous rendre justice; et où le besoin de l'apologie semble justifier l'orgueil. C'est alors, c'est quand l'humilité paraît aux prises avec la sincérité, que nous devons principalement craindre de la perdre« Une pratique salutaire dans ce cas, est qu'en exposant, si nous y sommes contraints, ce qui peut nous élever, nous nous représentions fortement ce qui est propre à nous abaisser. En disant , puisqu'il le faut , le bien qui peut être en nous , pensons à tout ce qui nous en manque , et que le souvenir de nos nombreux défauts devienne le contre-poids de l'aveu que nous sommes obligés de faire du petit nombre de nos qualités. Abraham avait vu le jour de Jésus-Christ , seulement dans un esprit prophétique , et par la contemplation de cette foi vive, qui lui avait mérité de devenir le père de celui dans qui toutes les nations devaient être bénies (1) ; et cette vue anticipée avait suffi pour le combler de joie. Mais pour nous , ce n'est pas dans un avenir éloigné que nous voyons ce jour heureux : il est venu ; ùous eu jouissons ; il continue de luire sur nous. Sentons-nous tout l'avantage d'être éclairés de sa lumière , de n'être pas nés dans les siècles où Jésus-Christ était inconnu , dans les pays où il est eocore ignoré ? Rendons grâces au Seigneur de

(i) Benedlcentar în semine too oœnes gente» terr», qoî obedisti vocimese. Gen, xxn, x8.

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ce qu'il nous a placés dans sa religion , dans le- sein de son Eglise ; et témoignons- lui surtout notre reconnaissance de la manière qui lui est la plus agréable ^ en profitant, comme nous le devons , de son bienfait.

Les Juifs lui dirent : F'ous n'avez pas encore cinqtutnie ans, et vous avez vu Abraham? Jésus leur répartit: En vérité, en vérité , je vous le dis , je suis avant qu'Abraham fjLt au monde. Nous voyons ici la continuité de la même préoccupation dans les Juifs, de la même modération dans Jésus-Christ. Rien de plus difficile que de faire revenir un homme prévenu. S'il est de bonne foi , il ne voit pas son erreur; s'il est de mauvaise foi , il ne veut pas la voir. Ou il se croit dans la voie de la vérité , ou il ne désire pas d'y renti*er : et toujours le sentiment qui l'a égaré y l'empêche^de revenir sur ses pas. Mais si c'est sur des objets religieux que porte sa prévention , elle devient quelquefois d'autant plus irrémédiable, qu'elle est une punition.de Dieu. L'aveuglement pénal est le juste châtiment de raveuglement volontaire. L'homme a fermé les yeux à la lumière que Dieu lui présentait ; et pour première peine de son péché , Dieu lui inflige son péché même. Il permet que ses yeux ne s'ouvrent plus aux clartés célestes. Et c'est là , n'en doutons pas , la véritable cause de Tétonnante obstination où nous voyons persévérer tant d'ennemis de notre sainte religion , qui , ayant sous les yeux les preuves évidentes de la vérité du christianisme^ de l'autorité de l'Eglise, refusent opiniâtrement de s'y rendie. Nous cherchons le principe de leur erreur dans la faiblesse , ou dans la bizarrerie de l'esprit humain. C'est bien plus sûrement dans la justice de Dieu, que nous en trouverons la cause. ^ Us ont chéri leurs erreurs; et par un équitable jugement, ils y sont abandonnés»

Jésus-Christ continue d'instruire les Juifs. S'ils étaient capables de quelque réflexion , la modération avec laquelle il répond à leurs invectives ne manquerait pas de les frapper. Ils sentiraient que des discours appuyés par une multitude de miracles , méritent qu'on ne les

interprète pas avec tant de précipitation. Ils examineraient si eux-mêmes ne se trompent pas sur le sens qu'iJs leur prêtent. Ils demanderaient l'explicalion de ce qui leur semble obscur. Mais la passion offusque l'intelligence , en même temps qu'elle emporte la volonté ; et nous en voyons ici un exemple frappant. Tout l'effet que produisent la douceur de Jésus-Christ à supporter les injures des Juifs , et sa patience a les instruire , est de les irriter encore davantage.

Là-dessut ils prirent des pierres pour Us lui jeter; mais Jésus se cacha et sortit du temple, La rage des Juifs contre Jésus-Christ , montée à son comble , exaspérée encore par la sagesse et la douceur de ses réponses , et par l'impuissance où ils sont de le faire sortir de son caractère de modération , veut se porter aux dernières extrémités. Quittant les outrages qui leur avaient. si mai réussi, ils projettent de se défaire de lui en le lapidant*: sorte de supplicie usité parmi eux. C'était, en effet, sous leurs coups que Jésus-Christ devait expirer. Mais ce n'était là ni le moment ni le genre de mort qu'il avait fixés. Il ne leur avait pas encore donné de pouvoir sur lui. Par un seul acte de sa puissance, il se soustrait à leur fureur ; nous laissant dans cette circonstance deux grandes instructions : l'une , du danger de s'abandonner à la prévention ; l'autre , de la manière d'y répondre : et nous montrant dans les Juifs un exemple de l'excès où peut monter l'animosité ; dans lui-même un modèle du degré auquel doit se porter la douceur.

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DU DlM^rSCHE DES RAMEAUX.

Entrée de Jésus-Christ dans Jérasalem.

Jésus approchant de Jérusalem , et étant déjà arrivé à Bethpiiagé , près de la montagne des Oliviers , envoya deux de ses disciples, en leur disant : Allez à ce village qui est devant vous , et vous y trouverez en arrivant une ânesse qui est attachée, et son ânon avec elle. Déliez-la, et amenez-les-moi; et si quelqu'un vous dit quelque chose , dites que c'est le Seigneur qui en a besoin y et aussitôt on les laissera emmener. Or , tout cela se passa ainsi , afin que cette parole du Prophète fût accomplie ; Dites à la fille de Sion : Voici votre Roi qui vient à vous, plein de douceur , monté sur une ânesse qui porte le joug , et sur son ânon. Les disciples étant allés firent ce que leur avait ordonné Jésus. Us lui amenèrent l'ânesse et l'ânon; et les ayant couverts de leurs habits, ils le €rent monter dessus. Alors une grande multitude de peuple étendit aussi ses habits sur le chemin , d'autres coupaient des branches d'arbres et les jetaient sur son passage ; et tous ensemble , soit ceux qui marchaient devant lui, soit ceux qui le suivaient , criaient : Hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur: Hosanna au plus haut de cieux! {Maiih. XXI, 1—9.)

JéiM approchant de Jérusalem , et étant déjà arrivé à Beihphagé , prh de la montagne des Oliviers , envoya deux

de ses disciples, en leur disant : Allez à^e village qui est devant vous, et vous trouverez en arrivant une ànesse qui est attachée , et sonànon avec elle. Déliez-la, et amenez—les^ moi; et si quelqu'un vous dit quelque chose, dites que c'est le Seigneur qui en a besoin, et aussitôt on les laissera aller. Or , tout cela se passa ainsi , afin que cette parole du Pro^ phète fût accomplie : Dites à la fille de S ion : F'oici votre Roi qui vient à vous plein de douceur , monté sur une ânesse qui portele joug , et sur son ânon. Les disciples étant allés firent ce que leur avait ordonné Jésus* Ils lui amenèrent r ânesse et Vânon ; et les ayant couverts de leurs habits , ils le mirent dessus. Dans Tordre que Jésus-Christ donne à ses deux disciples , il manifeste deux de ses divins attributs : sa science universelle et son autorité absolue. Comment pouvait-il savoir , à moins d'avoir une supériorité de connaissances qui n'appartient pas à rhumanité, qu'au moment où il parlait , dans l'intérieur du village qui était en face de lui , il y avait une ânesse attachée , ayant à côté d'elle son ânon? Cette toute-science de Dieu doit être un des principaux sujets de nos méditations. Elle sera un des plus puissants encouragements au bien, un des préservatifs du mal le plus efficace. Si , sous l'œil de son général ou de son prince , le soldat sent ranimer son courage , milice de Jésus-Christ , de quelle ardeur ne devons-nous pas nous sentir transportés , en pensant que notre divin chef nous regarde , témoin j juge et rémunérateur de nos efforts ! Si la vue d'une personne respectée ou redoutée a la force de nous contenir dans le devoir y combien aura plus de puissance pour nous empêcher de nous en écarter , la contemplation de celui qui nous l'imposa , dont l'œil est sans cesse ouvert pour en voir l'infraction , et le bras continuellement étendu pour la punir! Joseph, violemment sollicité à un crime secret , en est détourné par la pensée que Dieu le , verra (1). Placé entre une mort ignominieuse et un

( i) Qaomodo ergo possam hoo maluin fâcere , et peccare ia D^'om meum? Gènes, xxxiz, 9. '

pécfaé grare , mais qui sera ignoré , Suzanne ne balance pas. Il vaut mieux pour moi , dit-elle à ses vils séducteurs, tomber entre vos mains sans crime, que de pécher en la présence.* du Seigneur (1). Quel homme, s'il était vivement frappé de la pensée de Dieu , aurait l'affreux courage de pécher ? Cette action que je vais faire , son œil la verra. Cette parole que je vais proférer, son oreille l'entendra. Cette pensée qui s'offre à mon esprit, il connaîtra le consentement que j'y aurai donné. Tout ce qu'il y a dans moi de plus secret , il le saura bien mieux que moi*méme. Ces intentions dont j'ai peine à me rendre compte , ces désirs que je me dissimule , ces démarches que je me justifie, ces inclinations sur lesquelles je me fais illusion , tout est à découvert devant lui (2). Il serait aussi absurde à moi de vouloir dérober quoi que ce soit à 8a connaissance , que téméraire de prétendre le soustraire k sa justice.

Pourquoi donc cette grande vérité , >qui ne peut être révoquée en doute que par ceux qui ^nt perdu toute religion , produit--elie si peu d'effet ? C'est qu'au lieu de la méditer , on la regrette ; qu'au lieu de la chérir , on la redoute ; qu'au lieu de la regarder comme salutaire , on la repousse comme importune. Nous lisons au livre de Daniel, que les vieillards qui avaient conçu pour Suzanne une passion honteuse , en pervertissant leur raison , détournèrent les yeux pour ne pas voir le ciei (3). Image de ce qui se passe dans le cœur d'un grand nombre d'hommes. On sait qu'il existe dans le ciel un vengeur du péché. On le sait ; mais on ne veut pas le voir : on détourne les yeux , et pour les distraire de cet objet effrayant, on les porte sur les objets de ses coupables jouissances ; comme si y en parvenant à ne pas voir le redoutable Juge , on pouvait éviter d'en

(i) Melias est mihi abaqae opère incidere in manos yebtras , qnain • peccare in conspecta Domini. Daniel, xni, a 3.

(a) Omnia aatem nnda et aperta sant ocnlis ejas. Hebr. iv, i3.

(3) Everterant seasam snam, et decltnaverant ocalos snos, at non vidèrent cœlam. Daniel, xiii, g.

être vu. Elles se mettent avec délices dans la présence de leiTr Dieu , les âmes fidèles qui ont placé en lui lenr espoir et leur amour. Il leur semble , à son aspect , être déjà dans Télat fortuné où elles seront un jour au milien de ces esprits bienheureux , dont l'éternelle félicité consiste à voir sans cesse la face du Père céleste (1). Aa contraire, les pécheurs attachés à leurs désordres, et qui désirent y croupir , ne peuvent penser qu'avec terreur à la présence de leur Dieu. Elle ne leur présente qu'un juge irrité , qu'un vengeur impitoyable. Ce qui devrait être leur ressource , n'est pour eux qu'un sujet de désespoir. Tous tant que vous êtes, justes et pécheurs, les uns pour vous perfectionner , les autres pour vous convertir , entretenez-vous souvent dans la méditation de la présence de Dieu ; vous y puiserez , et la force qai soutient dans la voie du salut , et la frayeur qui y ramène. Que ne pouvez-vous à tous les moments de votre vie, avoir présente cette grande et salutaire pensée ! Chacun de vos pas serait un progrès dans la vertu , un éloignement du vice. Mais qu'au moins l'idée de Dieu , qui vous voit et qui vous entend , vienne fréquemment se retracer à vos esprits. Que le matin , les supplicadons que vous adressez , que le soir , les actions de grâces dans lesquelles vous vous épanchez , en soient soutenues et animées. Au commencement de toutes vos actions , rappelez-vous que vous allez les faire devant celui à qui elles doivent être rapportées. Quand la tentation viendra vous attaquer, l'illusion vous surprendre, la volupté vous séduire , opposez-leur le souvenir de Dieu qui vous contemple et vous assiste. Que je sois auprès de vous , Seigneur ; et que qui que ce soit vienne ensuite combattre contre moi (2).

L'autorité avec laquelle le divin Sauveur ordonne qu'on lui amène l'ânesse avec son ânon, a'de quoi nous

(z) ADg(>Ii eornm in cœlis seiuper vident faciem Patris inei, qoiio cœlis est, Matth. xviii, lo.

(a) Pone me joxla te , et cajairis menas pugnet contra me. Job^ xvii, 3.

DES évANGlEEâ. 405

surprendre, et semble contraster avec le reste de sa conduite. Cet homme si simple , si modeste , qui n'avait jamais usé de sa puissance pour lui«-même, et pour se procurer ses besoins j qui ne s'était même jamais permis de rien demander , sortant , à ce qu'il semble , de son caractère , commande qu'on lut amène deux montures qui ne lui appartiennent pas , et qui ne paraissent pas lui être fort nécessaires; et si l'on éprouve quelques difficultés , la seule réponse qu'il veut que l'on fasse , est que le Seigneur en a besoin. Et quel est donc ce Seigneur , à qui tout doit céder sur la simple indication de sa volonté ? C'est le souverain Seigneur de toutes choses ; celui qui ayant créé tout , a droit de dire : Tout est à moi (1). Nous ne pouvons trop nous pénétrer de cette grande maxime, que Dieu est le vrai propriétaire de tout ce que nous avons ; que nous n'en sommes que les usufruitiers : et dans la pratique nous devons nous soumettre à trois conséquences, qui en résultent essentiellement ; la première, que nous sommes obligés d'employer les biens de tout genre que nous tenons de lui , conformément à ses intentions ; la seconde, qu'il faut toujours nous tenir prêts à lui en rendre compte ; la troisième , que nous devons être dans la résolution de les lui remettre sans hésitation , sans murmure , lorsqu^il lui plaira de nous les retirer.

Ce domaine du Seigneur , en même temps qu'il est absolu , est universel. Il s'assujettit tous les genres de biens , de la fortune, de la nature et de la grâce. Il s'étend jusque sur nous-mêmes , sur nos personnes , sur notre existence. Nous n'avons la vie qu'en dépôt : il nous est interdit de la quitter sans l'ordre de Dieu , et '■ prescrit de l'abandonner lorsqu'il la redemandera. La religion inspire le double courage , et de supporter le poids de la vie , quand les maux dont elle est traversée I en ont fait un fardeau douloureux , et de recevoir la mort avec tranquillité , lors même qu'elle est la fiu de

(z) Mea snnt enim omnia. Eaod, xni, a.

jouissances agréables. La même loi qui commande Ls martyre défend le suicide, £Ue apprend également â vivre et à mourir , à conserver la vie et à la termÎD^r , à en user et à la perdre.

Cet évangile nous présente deux exemples de la soumission avec laquelle nous devons recevoir et exécuter les ordres divins. Le premier est celui des deux disciples. Ce que prescrivait Jésus-Cbrist pouvait Leur paraître extraordinaire et sans motif ; ils pouvaient même ne pas lé trouver conforme à la justice : ils pouvaient enfin u*aindre en obéissant de se compromettre t et de s'attirer un refus dur et humiliant. Mais aucune de ces considé'> rations n'entre dans leur esprit. Le maître a parlé : il n'y a plus de réjQexioos à faire ; il n'y a qu'à obéir. Son précepte est essentiellement conforme à la raison et à la justice f et toutes difficultés contre ses paroles ^ sont nécessairement déraisonnables et injustes.. Si l'exéeunon de ses commandements expose à des humiliatious ou à des persécations , elle en devient plus méritoire. C'est un devoir de les braver , et un bonheur de les subir.

L'autre exemple d'une entière docilité , est celui du maître de ces deux, animaujc. Il ne sait pour quel objet on les lui demande , pendant combien de temps il en sera privé , dans quel lieu qa veut les conduire. Il peut craindre qu^on ne les égare. Mais c'est pour le Seigneur qu'on vient les chercher. A ce niom^ sacré il ne sait rien refuser.

Si de ces modèles d'une parfaite obéissance » nous portons nos regarda sur uous-même&y combien nous aurons à rougir de la différence! Que d'hommes qui, se disant chrétiens j violent formellement la loi de Jésus- Christ , les una pubhqiiement et sana honte , les autres 1 avec plus de retenue et de secret ; ceux-là avee scandale , ceux-ci avec hypocrisie I. Paimt ceux même qui se piquent de l'observer, coauneat estî-elle communément pratiquée? On élève des difficultés sur le sens de la loi ; on forme des chicanes sur son étendue ; on propose des interprétations ; on fait des distinctions ; on

établit des exceptions ; on multiplie les sophîsmes po«ir éluder Tobligation qu'elle impose. Le précepte est-il tel* lement précis , qu'on n'ose pas recourir à ces subterfuges ? on se retourne vers soi-même ; on cherche des motifs personnels de dispense ; on allègue des raisons de santé , des convenances de société , des occupations d'état. Il serait impossible de 4étailler tous les prétextes que suggère la cupidité, que débite la mauyaise Tolonté pour se soustraire au joug du Seigneur. Enfin , si l'on ne peut trourer d'excuse à l'inobsei^ration , ni dans soimême , ni dans la loi ; si on se voit forcé à remplir le précepte , on s'y prête avec une difficulté , une nonchalance , une lenteur extrêmes. On diffère , autant qu'on peut, l'exécution ; et quand on en vient là , on fait bien strictement ce qui est ordonné. Toute la crainte que l'on a , c'est d'en faire trop. Il semble qu'il soit plus défendu d'excéder le précepte , que d'y manquer , et oii perd le prix de son obéissance , par la manière dont on obéit.

Nous voyons souvent , comme dans cette occasion, les Ëvangélistes , en racontant les actions de leur Maître , rappeler les oracles qui les avaient annoncées. Plus les diverses circonstances prédites d'abord , et réalisées ensuite , sont minutieuses en elles-mêmes, plus le rapport exact de la prophétie et de l'exécution devient frappant. C'est une chose admirable de voir d'une part les Prophè- " tes entrer dans les plus petits détails de ce qui doit arriver au Messie , et de l'autre , toutes ces particularités s'effectuer sans exception , sans aucune différence , dans la vie de Jésus-Christ. Il faut être aussi aveugle que les Juifs et que les incrédules , pour ne pas être frappé de tous ces traits si éclatants de lumière.

C'était , comme le porte le texte sacré , pour accomplir une prophétie y que Jésus-Christ donnait l'ordre qu'on lui amenât les deux animaux. Mais pour qui voulait-il opérer cet accomplissement ? Ce n'était pas pour les Apôtres , qui , n'ayant pas encore reçu l'intelligence, qu'il ne leur donna qu'après sa résurrection , des saintes Ecritures, ne saisissaient pas le fil qui liait son comman-

dément à la prédiction d'isaîe. C'était beaucoup moins encore pour le peuple qui marchait à sa suite , et qui était plus éloigné que les Apôtres de comprendre le rapport entre la prédiction et l'événement. C'était pour nous, pour établir et pour fortifier notre foi , qu'il remplissait aussi littéralement cet oracle , et tous les autres relatifs à sa personne. Il voulait que chacune de ces prophéties devînt un rayon qui nous éclairât, et que leur réunion formât un foyer de lumière , qui dissipât toutes les ténèbres de l'incrédulité. C'était pour nous que , longtemps avant les événements » il les avait révélés à ses prophètes, et c'était pour nous encore qu'il faisait cadrer avec une si parfaite exactitude tous les faits de sa vie , avec les oracles qu'il avait inspirés. Dans tous les temps l'ouvrage de notre sanctification a été l'objet principal de sa providence, et le grand but de ses opérations. Toutes les œuvres divines s'y rapportent plus ou moins directement ; et nous ne pouvons penser à aucun acte de notre Dieu , sans acquérir de nouveaux motifs de reconnaissance et d'amour pour lui.

Dans la prophétie qu'accomplit ici Jésus-Christ , il est annoncé à Sion, comme son roi ; et nous voyons souvent les prophètes donner ce titre au Messie qu'ils prédisent. C'était pour s'accommoder aux faibles idées des hommes, qu'ils parlaient ainsi. Entre le monarque le plus puissant qui se serait assujetti le monde entier, et le Dieu qui devait descendl*e sur la terre , il n-y a aucune comparaison à faire. Nulle expression ne peut expliquer, nulle pensée ne peut concevoir la disproportion entre l'une et l'autre, parce qu'elle est infinie. Mais les prophètes employaient cette désignation , tout imparfaite qu'elle était , pour faire sentir aux Juifs le respect profond, la soumission entière qu'ils devaient avoir pour l'envoyé céleste. Dans l'impuissance de donner une idée juste du pouvoir suprême qu'il viendrait exercer, ils empruntaient l'idée, quoique faible , de l'autorité la plus révérée , la mieux obéie qui existe parmi les hommes. C'éts^itce qui faisait illusion à la nation Juive, toute charnelle et incapable

DES évANGixxs; f09

de s'élever aux idées spirituelles. Les instruefions même de Jésus-Glirist , soutenues de ses miracles, ne purent la détromper. Tous les Juifs, les Apôtres eux-mêmes , s'attendaient à Toir , dans leur Messie , un roi couvert de gbire , qui par ses nombreuses ^victoires rétablirait leur monarchie , et ['étendrait sur un grand nombre de nations. Il a fallu les lumières apportées par le Saint-Esprit, pour dessiller les yeux , d'abord des Apôtres , et ensuite du monde entier , et pour donner aux hommes l'idée d'un royaume tout spirituel. Quand le peuple , émerveillé des miracles du Sauveur, voulait le faire roi, c'était parce qu'il reconnaissait en lui son Messie. Quand IHl'ate demandait à Jésus s'il était le roi des Juifs, il en-tendait lui demander s'il était le Messie. Quand par dérision on affichait sur sa croix qu'il était le roi des Juifs, on voulait l'accuser de s'être donné pour le Messie. Partout l'idée de Messie et celle de roi «e trouvent liées ensemble^ et n'en forment qu'une.

Plus éclairés que ce peuple resté jusqu'à présent dans les ténèbres , nous savons dans quel sens Jésus^Christ est véritablement roi, nous avons l'intelligence des prophéties qui l'annonçaient sous ce titre. Nous comprenons ce qu'il disait à Pilate, qu'il est roi en effet , mais que son royaume n'est pas de ce monde (1). Mais cette vérité que nous connaissons , que nous croyons , que nous professons , en adoptons-nous la conséquence ? la suivons-nous dans Ja pratique ? Jésus-Christ règne-t-il dans nascœursPy exerce-t-il l'autorité qui lui appartient , l'autorité aussi absolue , plus absolue même que celle d'un souverain dans son empire? Lui rendons -nous l'obéissance passive, qui fait exécuter avec célérité , avec contentement , l'uni versalîté de ses préceptes? lui vouons-nous cette fidélité entière qui interdit la plus légère correspondance avec son ennemi? Ah ! combien dans son empire ^ parmi ceux qui se disent soumis à son autorité , voit-il de

(i) Regnam meam non -est de hoc nando.... ntdicis qtûa rez snm ego. Joan. xvuiy 36 et 37.

412 'ÊXPLIGATIOÏ^

ceux qui s'aveuglent. Ils méconnaissent le Libérateur qu^ils désirent si ardemment , qu^ils attendent si impatiemment. Rassemblés entre eux, ils ourdissent contre lui leurs trames , et combinent , dans leur conciliabule , les moyens de le faire périr. D'un autre côté « au monient même, le simple peuple, les hommes sans talents , sans instruction , sans connaissance , éclairés des seules lumières d'une raison droite, reconnaissent l'Envoyé céleste , et courent au-devant de lui. Il est donc vrai que les qualités les plus brillantes de l'esprit , que la science la plus étendue , que tout ce que les hommes estiment et désirent en ce genre , quand il n'est pas joint à Ja droiture du cœur, à la pureté de l'intention , ne sert qu'à égarer et à perdre. Nous en voyons dans cette circonstance un exemple frappant ; et ne le trouvons-nous pas renouvelé dans les autres occasions ? Ouvrez les fastes de l'Eglise , vous verrez les novateurs , qui dans la suite des siècles l'ont déchirée par leurs hérésies ou par leurs schismes, être des hommes distingués par leurs talents et leur science. Et parmi ceux qui , de nos jours, élèvent è la ruine de toute religion des chaires d'incrédulité, ne voyons-nous pas aussi des esprits éclairés, et faits pour être les apôtres d'une meilleure doctrine ? Parcourez, si vous l'aimez mieux , les annales des empires ; regardez quels ont été les artisans des révolutions, des ravages, de tous les malheurs de l'humanité, vous trouverez constamment les hommes les plus célèbres par l'étendiie de leur génie. Insensés que nous sommes ! et voilà à quoi nous prostituons notre admiration ! A nos yeux fasciné», le crime cesse d'être criminel quand il devient heureux. 11 n'est personne qui ose avouer qu'il préfère le vice brillant à la vertu simple et obscure ; et il n'est presque personne qui , dans le secret de son cœur, ne lui donne la préférence. Ce n'est pas sur leurs talents qu'il faut juger les hommes , c'est sur l'usage qu'ils en font. Ce n'est pas à l'éclat, c'est au bien qu'ils ont répandu , que nous devons nos hommages. La pompe qui environne aujourd'hui Jésus-Cbrist ,

est d'un genre bien extraordinaire et bien différent des pompes mondaines. Une troupe confuse d'hommes , de femmes, d* enfants , tous de la classe du peuple , accourant au-devant de lui , bénissant à haute voix le Fils de David, celulqui vient au nom du Seigneur ; quelques pauvres habits étendus sur son chemin , des branches d'arbres jetées sur son passage, lui-même au milieu de ce pauvre et bruyant cortège , monté sur un âne ; voilà tout l'appareil de cette marche triomphante , qui , dans les idées humaines, paraîtrait faite plutôt par dérision que par honneur. Mais les pensées divines sont absolument différentes. Plus cette fête est simple, plus elle convient au divin Sauveur. Un faste mondain, une magnificence humaine eussent trop contrasté avec le reste de sa conduite. Il conserve jusqu'à la fin de sa vie le caractère qu'il avait pris en y entrant ; et il fait ressor-. . tir son humilité, même dans les honneurs qu'il reçoit. La simplicité de cette réception y ajoute encore à ses yeux un nouveau mérite ; c'est celui de la sincérité. Il n'y a point eu de préparatifs pour la disposer, point d'accord pour la concerter. C'est un mouvement subit , un sentiment général qui pousse vers lui à la fois tous les cœurs empressés d'épancher leur amour. C'est l'ad-* iniration dans les uns, dans les autres la reconnais-» sance , qui éclatent soudainement. Oh ! combien sont préférables ces effusions vraies et naturelles de la sensi-» bîlité , aux hommages apprêtés dont les grands sont sans .cesse entourés ! Combien sont petites , auprès de ces démonstrations simples de l'attachement de l'estime, ces fêtes brillantes que donne l'adulation au rang et à la puissance, dont le motif est l'intérêt , dont le but est la séduction !

Au milieu des acclamations et des transports de ce peuple » quelles étaient les pensées qui occupaient le divin Sauveur? La principale , celle qui ne le quittait jamais , parce qu'elle était le but de sa mission , le terme de son ministère, était la pensée de sa mort alors très-prochaine. U marche actuellement au Calvaire yH

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vient à Jérusalem pour y être immolé. Aujourd'hui il y est reçu en triomphe ^ dans cinq jours il sera traitié à U croix ; Toilà ce qu'à travers les honneurs qu'on lai vend, Jésus-'Gbrist contemple. A ses yeux, le triomphe qu'on lai décerne est une pompe funèbre anticipée. Grands, de U terre, c'est ici pour vous un grand exemple. Les bomma*^ ges flatteurs dont on vous environne , sont une filmée d'une odeur agréable^ que vous respirez avec force^ et dont l'effet ordinaire est de vous étourdir. £nivi>és-de, ce dangereux encens^ vous oubliez ce que vous deviendrez ; vous ne pensez qu'à ce qu'on dit que vous êtes. Entièrement occupés du point de gloire où vous vous trouvez* vous necon$idére% pas le point de terreur vers Lequel vous vous avancez. C'est alors, au contraire, c'est quand tout conspire à éloigner de vous l'idée delà mort, que vous devez l'avoir plus vivement présente. C'est au milieu de la joie et de l'éclat des grandeurs, qu'il faut se rappeler Je temps ténébreux et les jours éternels, qui, comme dit i'£cclésiastique, lovsqullsseirotttamvés, manifesteront la va^ nité des jours qui les ont précédés (i). Celte redoutable , mais salutaire pensée sera le contre-poids des adulations dont on cherche à vous repaître. Vous ne pourrez pas placer dans vos esprits lé sentiment de l'oi^ueil, à côté du souvenir delà mort ; et la contemplation de cette faux épouvantable, suspendue siir vos têtes , vous empêchera de les élever. Munis de cette grande considération , quelle prise donnerez- vous à la flattene ? Il lai sera impossible de vous corrompre, tant que vous aurez. devant les yeux le terme et l'effet de sa corruption.

Une autre pensée douloureuse affectait aussi Notre* Seigneur Jésus-^Christ , au milieu de son triomphe. IL lisait dans les cœurs de tous ceux qui l'environnaient, il en voyait la sincécké : il voyait que leurs louanges étaient l'expression de l'adnMration ; leurs acclamations^.

(r) Si anni* maltis ▼ixerit bomo, et in his omnibas.laetatQs.faerit « meminisse débet tenrbrosi tempoiis, et dieinm ninltoram ;, v^i cttOL Meneom, yanilatis ai^guentur praetcrita. EtxU. tx, 8.

DBS ÉVANGlLtS. 415

PcfFusioade l'amourt. Il approuvait kurâ senCimcotB ; il en était laucLé: mats avec la vérité de leurs trans*^ ports., il en découvrait la légèreté. Il savait <|ue ^ toul vifs qu'ils étaient, ils ne seraient pas d*e longue durée. Il prévoyait avec certitude ce qui arriva si peu de temps après, que ce peu]de , qui lui témoignait un si vif atta^ chement , l'abandonnerait lâchement à ses enneiiMS% En effet , un petit nombre de jours est à peine écoulé > que tous ces hommes, aujourd'hui si ardents, «ont devenus de glace. De toute cett€ multitude qui le combiie de bénédictions , il ne s'élèvera pas une voix en sa laveur , pas une qui prenne sa défense ^ pas une qui rende té*moignage à ses miracles, à ses instructioias^ à ses vertus dont on est en ce moment si émerveillé. Peut-être même dans cette foule empressée à l'honorer , aperçoit*^! dtU hommes qui se réuniront à ses persécuteurs» Peut-être parmi ceux qui crient aujouixl'hui autour de lui t Ho-^ sanna, en voit-il qui dans cinq jours crieront contre lui i Qu'on le crucifie. Il y a cependant noQ<^seulement da zèle, mais quelque courage dans les honneurs qu'ib lui rendent. Ils n'ignorent pas la haine des chels de la Sy** nagogue contre lui $ et ils sie peuvent douter qu^ft lui rendant hommage , ils s'exposent a la partager, Maî$ le danger éloigné est communément regardé eomme «uK Tous ces hommes qui ne voient que de loin le risf que de se compromettre, lorsque Iésus-€hrbt sera entM les mains de sesemiemis^ devenus tremblants pouretix*' marnes, et indifférents pour lui ^ rabandonmeroiit htdtt^ teusement. Dans les disciples même, qui assistent à son triomphe , qui en font partie, qui en partagent la gloire, qui en ont toute la joie ; dans ces disciples choisis , qu'il honore de sa familiarité , qti'il destine à poiter un jour son tiom avec intrépidité devant les nations et leurs rois > Jésus-Christ n'aperçoit pas dans k mt>ment présent plus xie tenue >, de constance et de fermeté. Sans parler dit Judas dans qui il découvre des pensées de trahison , il voit S. Thomas qui , soupçonnant que son maUre cou-^

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rait quelque danger, avait dit : Allons, nous autres- y et mourons avec lui ; s'abaudonnant à lafrajeur au moment de la passion, s'enfuir avec tous les autres; et eusuile livré à l'incvédulité , refuser de croire sa résurreo— lion. Il voit le chef de ses apôtres , le plus ardent de tous , après lui avoir promis que, dik-il mourir , il ue le renierait jamais , le renier dans la même nuit larois fois de suite , à la voix d'une simple servante.

Hélas I ce que du milieu de son^ triomphe le divin Sauveur démêlait dans ceux qui l'environnaient, ne l'a perçoit-il pas encore , du haut de son autel , dans ceux qui en approchent ? Nous allons tous , dans le cours de cette s^nte quinzaine, être admis à l'honneiu* de le recevoir; il sait les dispositions que nous y apporterons. Il reconnaît des Judas, qui viendront à lui pour le livrer à son ennemi* Il voit la multitude de chrétiens tièdes ,.qui s-'approchent de son sacrement avec un cœur non pas précisément livré au vice , mais pas adonné à la vertu ; qui désirent le bien , mais pas assez fortement pour le faire; qui sentent quelque attachement pour lui aa moment où ils montent à sa table sainte, mais qui le perdront peu de temps après qu'ils en seront descendus; qui se trompent sur leurs sentiments, prenant leurs velléités pour des résolutions, leurs faibles tentatives pour des efforts , les élans passagers d'a£fection poar un amour solide; dont les protestations seront oubliées à la première tentation , et les promesses violées au premier obstacle ; qui , en un mot, comme les Juifs de- cet évangile, après un petit nombre de jours, l'auront abandonné , peut-être même trahi.

Cette conduite si faible et si lâche des^ Juifs du temps de Jésus-Christ, et de tant de chrétiens du nôtre, nous montre une vérité : c'est la différence qu'il faut faire entre une vertu éprouvée et celle qui ne l'est pas. Les épreuves auxquelles la vertu est soumise, produisent deux effets salutaires : elles en font connaître l'étendue «t la, solidité ; elles l'augmentent encore , et la fortifient'.

L'Esprit saint nous dit , par la voix de rEcclésiastique; : L'homme qui n'a pas été éprouyé , que sait-il? (1) et par celle de l'Apôtre : La vertu se perfectionne dans les épreuves (2). Celui qui n'a pas une occasion de mesurer ses forces, ne peut pas les connaître : c'est l'enfant que la présomption entraîne à tenter les choses qui lui sont impçssibies , et qui , le moment d'après . n'ose , par timidité, essayer ce qui lui serait très-jEacile. Il en est de l'homme, comme de toutes les autres choses de l'uni* vers. Au moral , comme au pkysique , ce n'est qu'à l'es-* sai qu'on peut connaître sa portée. Il est également vrai que l'âme , de même que le corps , s'énerve et s'affaiblit dans un continuel repos ; qu'au contraire ^ elle s'anime et se fortifie par un exercice soutenu. Comparez ces deux hommes , dont Tun a été souvent exercé par des travaux pénibles, et l'autre a été constamment exempt de toutes fatigues , et voyez quel est le plus robuste. Il en est ainsi du chrétien qui a souvent triomphé des teptatious , et longtemps lutté contre des revers, comparé à celui qui , éloigné de toutes occasions ,,exempt de toutes adversités , a vu couler ses jours dans un- calme non interrompu. Qu'ils se trouvent tous les deux dans les circonstances, qui ne sont pas rares> où. il faut résister avec force à une tentation, recevoir avec résignation un malheur, soutenir avec patience de douleureuses Infirmités; lequel pensezf vous qpi y sera le plus propre? lequel trouve ra^ dans son âme plus- de ressources- pour se tirer des dangers , et pour se faire des moyens de salut, de ce qui était des provocations au péché ?

Il ne faut cependantpa& croire qu'un homme , quelles que soient les épreuves qu'il a.subiesjpsque-là , et qu'il a surmontées- avec gloirie, puisse aller imprudemment se jeter dans de nouveaux périls,.avec la confiance qu'il en ressortira de même : ce serait une présomption cou-^^ pable , et qui ne manquerait pas de lui devenir funeste.

(i) Qai non est tenlatas, qnid sdt? EecH» zxizy , 9. (9) Virtas in iniirmkate oerficitur. // Car, xti, 9.

Il y a entre les travaux du corps et ceux à& l'âme , un« diil'ëreïice essentielle. On connaît atsc assez de justesse les forées de son corps» les résistances q^u'on aura à ▼aincre^ les secours dont ou poui*ra s'aider. Ainsi, ou est Tâisoiuiablement assuré que ce qu'on a pu faire dans Tordre physique , on le pourra encore. Mais dans l'ordre moral, vien de tout cela n'est connu suffisamment pour autoriser la confiance i. les forces de l'âme ^ n'étant pas sensibles comme celles- du corps , ne peuvent pâs être appréciées de même. Il est impossible de calculer les obstacle» qu'une multitude de circonstances peut faire rarier. L'espoir légitime de la g^âce qui fait tsiompher , est bien diffiéreiU de la présomption qui fait brav«r k danger sans nécea^ité^ Ce qui est véritable à cet égard , c'est que ceux dont la vertu a réisisté à plusieurs épt>euves , peuvent, selon les règles de la prudence, se livrer à des ministères de charité , dont doivent se tenir éloignés ceux qui ne les ont pas subies. Il leur est permis, par exemple ,. d'accepter des ministères f|ai les chargent du salut de leurs frères , de croire que c'est Dieu qui les y appelle ^ et d'èsp^^er que Les gvâces qu'ils* ont reçues de lul^ sont des gages de celles qu'il continuera de leur accorder. Maia vous qui, soit par la fiaiiblesse de T.otre âge, soit par des circonstances particulière de votre Tie, n'avez été mis^ à aucune épreuve , gardez- votf s de tous ingérer à des fonctions dont vous n'avez nulle raison de Vous croire capables.. Ne vous permettez pas de solliciter, cratgnez même d'accepter , si on vous ks offre-, cas xi^inistères élevés qui dévouent au salut du prochain. Boriiez^Tous à travailler au vôtre ; et fuyez , autant qu'il xow sera possible ^ les occasions qui sont pour vous d'autant plua dangereuses, que vous n'en avez pas encore reconnu tout le danger.

Ce serait un bien grand bonheut potn* eeux qui sont élevés endii^tté el revêtua de puissance,, slk pouvaient,, comme Jésus-Christ ,. lire dans les eeeurS'de ceux qui les flattent, et connaître la vraie valeur deahmaiiges qu'on kur prôdig,ue. Combien Us Terraient d'éloges que leur

cœutdémèot nu inoiiietit métiMoù la b&titlie tes prô- Boaoe ! combien de protettalk>iid m^songèrès d'ttti Uttachemetic q«i n'est ûnllemetil s«ttti I «ùmbieA d'atîtreà exagérées ! combien de légères et qui vont êtvé ôûlAièeé presque aussitôt qu'elles soDt faites ! Mais ce qulb fié peuvent pas Savoir arec une entièi^'céitîtiide^ ilà peatfent au moins facilement le conjieÊViiteF. Qu'ils se i;appéUent ce qu'ils ont yu constamment wriver à ttnx qui î^taietit dans la même posilMXi qu'eux. N^onl-^ik pas toujtmfs entendu le langage des donneurs- de ldttanges> changer avec i'intérét qui l'ÂVait fait téhît l n'ont-ilè paA Vu faabittteileinent les grands comblés d^éloged^^ eh hte , tet en arrière poursuivis par les médisanees des tnéaitA ptrsonnet ? n'ont'-ils pas vu t^^lièrement la foule qui ^^enipresse auprès de l'homme en iavenr , s'écouler , eft le laisser seul lorsque ba fa^enir eèt finie ? Comment àtm c aa mtiieu de tant d'exempl^^ àprèd tant de preuves de la dupltctté des flatteurs , peut^•on encore ètte abusé pat ' eux ? G^est beaocoup moins par eun qu'on ^sl trompé que par soi-^même. Quand un 'revi6rs>eU véna désabuser , et montrer la fausseté des^ atiâchements sur ie»quel$ on avait compté y on ae pJaint do k^ fausseté des préte^ta^ tionsauxquelks^on avai< ajouté fôî^ On ne vent paa voir <|iie c'est de sa propre vanitë qu'U faudrait se plaindt^- C'est elle «qui est la vraie eausede l'errem?. C'est te dan* g ei^us oompliœde ht fUtterie qiui lui' a ouvert 1» perte du cfisut , et qui Yen m rendue maUvesse. Qn était suffisamment instruit de la valeun de tous- eed témoignages d'eattme et d'aâéctien^ne l'intérêt faH donnet un* jour, que l'intéi^t centmre fait vétstanner le lendemain. On était surabondainmenl averti y P^^ ''^^ muteKnde d'et<» ecnples, de n'y doonei Biucuneeoii^nce ; maié ôna mieux: aimé éoofitev Tameiw^pr^re qui , flatté des^ éloges , en«* gageait à les^secevoip, que la raison et rexpérience qui eonseillaîl de s'en défiier. La sagesse humaine est presque toujours insui&Bimte contre les séductions de l'adulation. La relig^H^ seule présente un préservatif certain; c'est l'humilité. Il ne sera jamais dupe des éloges qu'on lu»

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donnera , celui qui a rintime conviction de n'en niépîter aucun 9 et qui persuadé que de lui-même il n'a rien que de mal , ne pense à ce qu'il peut posséder de bonnes qualités que pour. reconnaiXre qu'il les tient' de la bonté divine.

Nous lisons dans la suite de- l'histoire évangéUque , que ce triomphe du divin Sauveur, quelque simple, quelque modeste qu'il fût, affligea les princes des prêtres et les docteurs y et les aigrit de plus en plus contre lui. Les acclamations des eniants , qui continuaient de crier dans le temple : Hosannaau? Fils de David I excitent leur colère. Ils reprochent à. Jésus*Ghrist les hommages qu'il se laisse rendre. (1) L'homme haineux , semblable aux animaux venimeux., porte au dedans de lui un poison dont il s'efforce d'infecter les autres par. ses morsures. La passion qui l'agite est aussi funeste pour lui que pour le prochain ..En tourmentantceluiquien^est l'objet, elle * n'est pas un moindre supplice pour celui qui la ressent : elle est sa première punition par les chagrins qu'elle lui fait éprouver. L'homme livré à. cette affreuse passion , s'affecte douloureusement de tout ce qui arrive d'heureux à l'objet de son aversion. Les éloges qu'il entend faire de lui , les honneurs qu'il lui voit rendre , le désolent à la fois , et l'irritent ; le désolent, parce que c'est un bien pour celui qu'il voudrait voir en proie à tous les maux; l'iiTitent,. parce qu'il sent que ce sont des censures faites par le public , de son antipathie. Sa^ passion , en l'emportant , l!aveugle : elle produit le double efiPet de blesser son cœur , et d'offusquer sa raison. C'est une humeur acre et sombre , qui ne lui laisse voir les objets que sous la couleur qu'elle leur prête. A ses yeux ternis, toutes les vertus prennent la teinte des vices: la noblesse des sentiments devient orgueil ; leur humihté,

(i) Yidente» aotem princ'rpes sac«rdotam et scribs mirabilis qn» Cicit, et paero« clamanteft in tëmplo, et dicentes : Hosanna Pilio pavid ! iijdignati.siiDt.^et dixeront^ai.: Andis^quidJati àictini ? Haiih; ixi^ 1.5 et.i.6..

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bassesse ; l'économie, ayarice ; la générosité', prodigalité ;. le jcourage , téinérité ; la prudence , poltronnerie ; la réserve , fausseté ; la franchise , indiscrétion ; la dignité , hauteur ; la modestie , platitude ; le zèle, fanatisme ; la piété, superstition ou hypocrisie. Il n'y a point d'action si vertueuse, qu'il ne la décrie ; point d'intention si pure, qu'il ne l'empoisonne. L'exemple le plus frappant des détestables effets de la haine est celui que nous présente la vie du divin Maître. Son extrême bonté ne le garantit pas de la haine des chefs dt la Sypagogue ; ses infinies perfections ne le mettent pas à couvert de leurs calomnies; ses leçons ne les éclairent pas; ses vertus ne les touchent pas ; ses bienfaits ne les- ramènent pas ; ses miracles ne les frappent pas. Qui pourra donc s'étonner de se voir en butte aux traits de la haine ? Qui aura raison de se plaindre d^avoir ce point dé conformité avec le divin modèle ?

Les princes des prêtres et lès docteurs ne peuvent souffrir que celui qu'ils abhorrent, et dont ils machinent la mort, reçoive de la part du peuple et* des enfants quelques honneurs bien simples et bien légers. Et considérons à quoi la passion réduit ces hommes orgueilleux, lisse rabaissent jusqu'à demander à Jésus-Christ Hiimême de faire taire ses disciples, (i) Mais l'envie dont ib ^nt dévorés ne fera pas la loi au Maître suprême. Il n'avait pas mérité leur haine ; il ne la craint pas. Il avait voulu recevoir des hommages naïfs ; il n'en sera pas dé^ tourné y parce qu'ils déplaisent à des ennemis prévenu» et furieux.. Cet. homme si modeste, que nous voyons dans un si grand nombre d'autres occasions répondre avec uue entière humilité , reprend en ce moment la dignité qui lui convient : Et moi , je vous dis , répartit^il, que si ceux-ci se taisent^ les pierres crieront. (2) Et bra-*^

(i) Et qoidam Pharisaeorain. dé tarbis dixenint ad illam : Magister, increpa di^cipaIos taos. Luc, xix , 39.

(a) Qaibns ipse ait : Dioo>Tobis, qaiâ'Si hi taccerint, lapides ctemabnnt. Ibid* 49»

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