DU TROISIEME DIM\]NGHE APRES PAQUES
Jésus prédit à ses Apôtres son absence çt son retomr.
Jésus dit à ses disciples : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me reverrez, parce que je m'en vais à mon Père. Sur cela ses disciples se dirent les uns aux autres : Qu'est-ce qu'il veut nous dire ? Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me reverrez, parce que je m^en vais à mon Père ! Il disaient donc : Qu'est-ce qu'il nous dit? Encore un peu de temps ! Nous ne savons pas de quoi il parle. Mais Jésus sachant qu'ils voulaient l'interroj^er, leur dit : Vous vous demandez entre vous ce qoR j'ai vouli| dire par ces paroles : Encore un peu de temps, et vous ne me veirez plus ; et encore un peu de temps^ et TOUS me reverrez. En vérité, en vérité, je vous le dis: Vous pleurerez, et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez dans Paiflîetion, mais votre tristesse se changera en joie. Lorsqu'une femme enfianteelle est dans la douleur, parce que son heure est venue ; mais quand elle a mis au monde un fik, elle ne se souvient plus de ses douleurs, par la joie quelle ressent de ce qu'il est venu un homme au monde. Et vous, vous éprouvez maintenant de la tristesse, mais je vous verrai
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de nouveau, et votre cœur se réjouira, et personne ue vous ravira votre-joie. (Jean, xvi, 16-^22).
JéêUi dit à sei disciples : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me re* verrez ; parce que je m^en vais À mon Père, C'était après sa dernière cène, au moment de marcher à sa passion et à sa mort, que Jésus^^Christ tenait ce discours à ses apôtres ; ainsi le temps où ils cesseraient de le voir, de* Tait arriver très - prochainement* Dans cette journée même ils deraient le perdre par un supplice douloureux ^t humiliant. Mais C€ temps de privation devait être très^-coart. Dès le troisième jour, il devait se montrer à «ux, vainqueur du tombeau, et rayonnant de gloire. Nous pouvons observer d'abord la tranquillité avec la-^ quelle tls'y avance. On a vu des hommes aller à la mort avec intrépidité, la recevoir avec courage. €es traits sont admirés, et avec raison, comme les plus grands effbrts dont l'humanité soit capable; mais ces héros de la terre étaient soutenus par l'enthousiasme le plus puissant qui anime les hommes, par Fespoir d'une réputation bril^ lante, quelquefois même par la crainte de la honte attachée à une faiblesse. Qae Ton cherche dans toutes les histoires un homme qui , certain d^une mort cruelle et ignominieuse, maître de s'y soustraire, n'ayant ni blâme à encourir ^il l'évite, ni gloire à acquérir s'il la subit , mu uniquement par le principe du devoir, par Tamour du bien, s'y dévoue sans terreur, s'y présente Sans osten* tatÎMi ; et à rapproche de l'épouvantable oatastro|die , tout préparé à son sort, ne s'occupe qu'à y préparer ses amis, et à les consoler de sa perte. Non , l'humanité ne va pas jusque là ; il a fallu un Dïeu pour domiev ce spectacle à la terre. La mort de lésus^Christ diffère de toutes celles des héros ; elle a une simpllcrté à Is^iuelle ils n^ont pas pu atteindre.
Si nous voyons dans ce dernier moment le divin Sau*
Teur annoncer à ses apôtres sa mort d'une manière obscure et énigma tique, c'est sa tendresse pour eux qui Ty engage ; il craint d'affliger trop douloureusement la leur. Il fait la prédiction, afin que, se la rappelant un jour, leur foi en soit de plus en plus confirmée. Il l'enveloppe pour ménager leur sensibilité. Il leur prédit la douleur dont ils seront pénétrés ; mais il ne veut pas en hâter les moments. A la prophétie de sa mort , il joint celle de sa résurrection, et 41 mêle avec une charitable bonté l'annonce des consolations à celle des peines.
Les interprètes ont vu dans cette alternative d'absence et de retour que Jésus-Christ prédit à ses apôtres, l'emblème de sa conduite envers l'âme chrétienne. Tout le cours de sa vie spirituelle est une vicissitude de tristesse et de joie. Tantôt Jésus-Christ récrée l'âme fidèle par sa visite, tantôt il l'afflige par sa retraite. C'est encore sa bonté paternelle qui l'engage à la traiter ainsi. Il a sur elle, dans cette manière de la traiter , plusieurs vues de bienfaisance ; et il se sert de ces divers états pour tout à la fois l'éprouver, l'animer, la perfectionner et l'éclairer.
Vous visitez l'homme, disait le saint Personnage qui a le mieux connu les vicissitudes de prospérité et d'adversité, et que Dieu a fait passer par les états les plus opposés, pour faire de lui un modèle de toutes les situations ; vous visitez l'homme, et aussitôt vous Téprou* vez (1). Quel mérite aurait la persévérance d'une âme toujours soutenue par l'assistance sensiblç de la grâce , continuellement ranimée par les consolations intérieures ? Mais Jésus-Christ se cache quelquefois à elle , lui retire les douceurs de sa présence, semble l'abandonner à elle-même, pour connaître sa constance, pour apprécier son amour, pour juger ses efforts. Qu'elle s'afflige l'âme religieuse, quand elle ne sent plus la présence de son Dieu, cela est naturel ; mais qu'elle ne désespère pas. Il a cessé de se montrer, mais il ne s'est pas éloigné;
(i) Visita* eum dilacnlo, et snbito probas illnm. Job^ vn, î8.
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elle ae le voit plus, mais il l'observe. Cette douloureuse absence, loin de l'abattre, est pour elle un motif de redoubler d'ardeur aûn de le rappeler. Ce n'est , comme les Apôtres, que pour un peu de temps qu'elle ne le voit point. Encore un peu de temps, comme eux, elle le re* verra, lui apportant de nouvelles consolations , et ré-^ compensant la vivacité de ses désirs par de plus abondantes bénédictions.
Si l'âme était sans cesse récréée par l'attrait intérieur de la grâce, si elle éprouvait sans interruption ce charme qu'apporte la présence de Jésus-Christ, cette jouissance si précieuse s'userait par l'habitude. On ne sent pas vivement le prix d'un bien dont on ne cesse jamais de jouir. Ce sentiment délicieux qui , goûté de temps en temps, ranime la ferveur , continué sans intervalles , produirait l'effet contraire. L'interruption allume le désir, la perpétuité l'éteindrait. C'est une pointe de sensibilité qu'aiguise le mouvement successif de peine et de joie, et qui s'émoussera bientôt quand elle restera uniformément appuyée.
Il ne faut pas croire que les langueurs, les anxiétés , les sécheresses qu'éprouve l'âme fidèle , lorsque Jésus- Christ, se retirant, la livre à elle-même, retardent son avancement dans la vertu. C'est dans le creuset des tribulations, que le juste s'épure des affections terrestres , et devient un or sans mélange, digne d'être offert sur l'autel céleste. Il y trouve l'occasion de pratiquer une multitude de vertus que peut-être le bonheur constant lui aurait fait perdre. Sa résignation à recevoir ces tribulations, sa patience à les souffrir , l'humilité qu'elles lui inspirent, la mortification dont elles lui donnent l'usage, la défiance de lui-même qu'elles lui font éprouver, sont autant de bienfaits dant il est redevable à l'absence de Jésus-Christ. Il ne le sent plus , mais il en soupire plus vivement après lui ; il l'a perdu , mais il s'efforce de le retrouver ; et ces soupirs , ces efforts augmentent ses mérites et rehaussent sa perfection.
Celui qui n'a jamais été éprouvé, que sait-il? dit TEc-
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clésiastique (î)* Mais les épreuves que Jésus-CIirist fait subir à Tâme religieuse par ses absences momeutanées , en la perfectionnant, servent encore àTinstruire. Livrée au3t alternatives de joie et de tristesse, de langueur et de ferveur, d'onction et de sécheresse ^ elle y apprend par son expérience que la constance d'idées^ de sentimeuts , d'huuieurs , n'appartient pas à cette vie ; c'est l'état que nous espérons : il ne nous est pas donné d'en jouir ; nous y tendons, mais nous n'y sommes pas. L'uniformité est le terme, les vicissitudes sont la route : c'est par les variétés de situations que Dieu nous conduit à la stabilité du bonheur. Abandonnée par intervalles, Tâme acquiert une autre connaissance essentielle, la connaissance d^elle-même. Peut-elle se juger, peut-elle savoir quelles sont ses véritables inclinations, quelle est l'étendue réelle de ses forces, quand elle sent intérieurement Jésus-Christ qui la réchaufle de son amour, qui la soutient de ses grâces ? Mais, privée de cet appui, et retombant sur elle-même, elle voit avec justesse et avec effroi le peu qu'elle est : le sentiment de sa corruption naturelle la retient dans la vigilance ; l'expérience de sa faiblesse l'entretient dans l'usage de la prière. Ainsi, en se retirant d'elle pour quelques moments , Jésus^Christ l'instruit à pratiquer les deux règles qu'il réunit, et dans lesquelles il fait consister tout l'exercice de la vie chré^ tienne t Veillez et priez (2). Enfin, dans ces changements que Jésus-Christ lui fait subir, l'âme s'instruit et s'ha* bitue à ne pas s'étonner de ceux qu'elle éprouve dans le monde ; à passer sans enflure à la bonne fortune , et sans abattement à la mauvaise; à soufirir patiemment les fantaisies, les humeurs d'autrui , et à réprimer Tinstabilité des siennes* L'absence de Jésus-^Christ devient à l'âme qui sait en profiter, aussi utile que l'était sa présence.
Sur cela ses disciples se dirent Us uns aux autres : Qu^est-
(i) Qai non est tentatos, quid scir ? Mecli. xxit, 9. (a) VigiUieet pratc. J^aith, xxvi, 4r, et alibL
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ce qu^il veut notu dire ? Encore un peu de tentpt , et voue ne me verrez pUtê ; et encore un peu de temps , et vous me rêverrex, parée que je m'en vais à mon Père ? Ils disaient donc : Qu'est-ce qu'il nous dit? Encore un peu de temps! Nous ne savons pas de quoi il parle» Les Apétres devaient être aocoututfiéd à enteudre sortir de la bouche d6 \tiiT divin Maître des choses quUls ne comprenaient pas ; leur intelligence était par elle-même extrêmement bornée ^ et r£sprit saint ne l'avait pas encore éclairée, ils font une attention particulière à ce discours , parce qu'il les intéresse directement : outre que c'est à eux qu'il s*adressey il est question de l'absence de Jésus-Christ , dont ils ne s'étaient pas séparés depuis trois ans, et à qui ils étaient tendrement attachés. Us ne voyaient dans ces paroles que ridée de le perdre pendant quelque temps > et celle d'un voyage qu'il allait faire vers son Père. Mais quelque inquiets qu'ils soient du sens de ce discours , quel que soit leur désir d'en avoir l'explication , ils n'osent pas la demander à leur maître , ils s'en occupent entre eux , ils cherchent à deviner ce qu'il a voulu dire ; mais là le respect les arrête : ils ne vont pas plus loin , et ils craignent de l'interroger sur des secrets qu'il aurait in« Cention de leur cacher.
Ainsi , dans la religion , il nous arrive quelquefois de voir ou d'entendre des choses que notre esprit trop bor^ né ne peut comprendre. Lés mystères sont placés à une hauteur que la raison humaine n'atteint pas. Nous trou*^ vous dans l'Ecriture plusieurs choses dont l'Esprit saint, en nous les révélant , n'a pas jugé à propos de nous donner l'intelligence. Et combien d'événements qui nous semblent contraires aux vues de Dieu , et que nous ne savons comment concilier avec sa suprême sagesse 2 L'exemple des Apôtres nous apprend à modérer notre curiosité. Le désir de savoir , louable tant qu'il est contenu dans ses limites, devient dangereux dès qu'il les passe. Il est aussi conforme à la raison qu'à 1^ religion , ce précepte de l'Ecclésiastique : Ne cherche pas ce qui est audessus de ta portée, et ne sonde pas ce qui est au*dessu»
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de tes forces. Que les préceptes du Seigneur soient Vobjet de tes œédixaiioos ; mais réprime ta curiosité sur ses œuvres : cajr beaucoup de choses te sont montrées y qui sont au-dessus du sens des hommes (I). Quoi de pbis deraisonnable en effet que de soumettre à la raison ce qui excède la raison ? Notre faculté de connaître a des bornes comme toutes les autres ;. et la prétention de tout comprendre est aussi insensée que le serait celle de tout pouvoir. Dieu a livré le monde à nos disputes (2), et nous y j trouvons à chaque pas des choses qu'il nous est également impossible de nier et d'expliquer ; dont la vérité nous est assurée y et dont le principe nous est inconnu. El dans son autre ouvrage bien plus relevé , dans sa religion qui a lui-même pour objet, nous imaginerions ne rien trouver qui surpassât nos lumières I. nous nous arrogerions le droit de juger ce qu'il nous ordonne de croire, et rabaissant ses vues au niveau de nos faibles, conceptions, nous ne le croirions pas. capables d'avoir révélé ce que nous ne sommes pas capables de comprendre I C'est cette funeste manie de savoir tout , de juger tout , de raisonner sur tout ,. de décider tout, qui fait le caractère de notre siècle ^ et qui a fiait sa perte^ Des esprits présomptueux , méconnaissant la limite qu'une main sage leur avait tracée , ont osé s'élancer dans la région où il leur était interdit de pénétrer ; et ils s'y sont déplorablement égarés r ils ont eu. l'audacieuse prétention d'aller à travers les nuages, sombres et menaçants dont il est environné , s'élever jusqu'au trône de l'Éternel (3) ; et ils ont rencontré la foudre qui les. a frappés , et qui a puni leur témérité.
(y) Altîora te n€ qaae»ieri8, et fortiora te ne scmtatas faeris : ted qoae praedpit tibi Deos, illa cogita semper, et in plaribas operibas ejmi ne faeris. carioKai... Plarima enim soper teatniahoiDÎnBm. os* tensa sant tihi. Eccli. m, a^ et a3.
(a) Mandam tradidit dispatvtiooi eoram. Eccli. m, 1 1 .
(3) Nobes et calîgo io circoita eJQs. Psalm. xcvi, a.
Qui scratator est majestatis, opprimetor a gloria. Proverif. xz^, »7--
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Il n'est pas défendu sans doute de désirer , de de* mander à Dieu l'intelligence de ses saintes vérités ; il est même recommandé de les étudier, de les méditer ; mais on ne doit s'en approcher qu'avec vénération. En rendant grâces à Dieu des connaissances qu'il daigne nous donner , nous devons respecter celles qu'il lui plaît de nous cacher. A l'école de Jésus -Christ, la première des dispositions est la soumission. Certains de sa sagesst! , confiants dans sa bonté , comptons que tout ce qu'il nous sera utile de connaître , il nous le découvrira ; croyons, et un oracle sacré nou& le garantit , que tout ce qu'il soustrait à nos regards , c'est qu'il ne nous est pas nécessaire de le voir (1). Sachons- ignorer : c'est une grande et utile science ; et dans tout ce qu'il ne nous est pas accordé de pénétrer , ayons la sagesse de dire comme les Apôtres : Nous ne savons 'pas de quoi il^arle-.
Mois Jéius sachant qu'ils voidaieniV interroger, leur dit: f^ous vous demandez entre vous ce que fat voulu dire par ces paroles : Encore un peu de temps, et vou» ne me verrez plus, et encore un peu de temps, et vous me reverrez. Nous avons ici deux choses à observer : la puissance de Jésus- Chriit , et sa bonté.
C'était un spectacle admirable pour les Apôtres de voir continuellement leur divin Maître cépondre à ce qu'on ne lui disait pas,, et dévoiler les pensées les plus- secrètes. Ce miracle si fréquemment renouvelé, en les frappant d'étonnement , devait fortifier de plus en- plus leur foi. Ils ne pouvaient , à un trait aussi frappant, méconnaître celui qui , selon sa propre expression >. sonde tous les cœurs, et connaît toutes les pensées des esprits (2). C'est pour que nous y fassions une attention particulière, que le Livre sacré nous présente souvent ce prodige de la puissance de lésus-Ghrist. Ce que le Sauveur faisait vi-
(i) Non est enim tibi necessariinn ea quae abscondita sont, videre ocalis tai». Eccli. m, a 3.
(2) Omnia enim corde scrutatar Dominns, et aniversas lueniiaiu cogitationes intelligit. /. FaraL zxvin, 9.
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siblenient sur la terre > il ne cesse pas de le faire iavi* siblement dans le ciel. Ou troae de sa gloire, noni-seulement il voit toutes nos actions , et entend toutes nos paroles, mais il pénètre au fond de nos esprits, et il sait mieux que nous-mêmes ce qui s'y passe: jusqu'à ces mouvements secrets dont nous ne pouvons nous rendre compte I tout est à découvert devant lui. Aucune âme n'a pour lui de profondeurs, aucune conscience de replis- Cette pensée que je conserve renfermée dans mon intérieur , Dieu la connaît , Dieu la jugera. £t j'ose en sa présence ce dont je rougirais devant les hommes! Vérité effrayante , mais bien salutaire , qui , en arrêtant le vice , au premier pajs qu'il fait dans l'esprit, en tarit la source, et en étouffe le gerine.
L'usage que fait ici Jésus-Christ de sa science des pensées , est de calmer l'inquiétude qui agitait ses Apôtres. Retenus par le respect, ils n'osaient s'adresser à lui ; mu par sa bonté , il les prévient : il épargne à leur timidité la question qui les embarrassait ; et il va leur répondre avant même qu'ils l'aient interrogé. Ce sont beaucoup moins nos demandes et nos sollicitations qui attirent ses grâces, que la disposition dans laquelle nous les faisons. Nos prières tirent leur efficacité des sentiments qui les accompagnent. Ce que Dieu écoute principalement, c'est, selon son Prophète, la préparation des cœurs (1). Sou- Tcnt il recette nos vœux , parce qu'ils ne sont pas assez purs pour lui être offerts^ quelquefois il exauce nos simples désirs» parce qu'ils partent d^un fond qui lui est agréable. Quand nous nous approchons de Dieu, apportons-lui les dispositions qu'il den»ande : préparons, c'est l'Esprit saint qui nous donne cette instruction, préparons notre âme avant l'oraison (2) ; et que notre première prière soit pour obtenir , de celui de qui descend tout don parfait , la grâce de bien prier.
En vériié ^ en vérité , je vous le dis ; f^ous pleurerez et
(i) PraepaEationeiB oordis e&ram aodivit aaris tna. Psalm. x, 17. (2) Ante ocanonem prappacft aDimam taam. JEc^ii, xrin, a3.
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VOUS VOUS lamenUrex , et le monde se réjouira ; D(hm serex dam V affliction, mais votre tristesee »era ékangé» en joie. Lorsqu'une femme enfante, elle est dans la douleur j parce que son heure est venue ; mais quand elle a mis au monde un fis, elle ne se souvient plus de ses douUurSy par la joie qu'elle ressent de ce qu'il est venu au monde un homme» Et vous, 190US éprouvex maintenant de la tristesse, mais je vout verrai de nouveau, et votre cœur se réjouira ^ et personne ne vous' ravira votre joie, La réponse du Sauveur ne parait pas être directe à l'objet de la curiosité de ses Apôtres; eUe ne leur explique pas ce qu'ils avaient le désir de savoir : et cependant elle calme leur inquiétude, et les détourne de l'envie de l'interroger plus amplement. Il persiste à ne pas vouloir annoncer clairement les douloureux événements; mais il prédit à ses Apôtres ^ qu'une grande tristesse va inonder leur cœur, et qu'elle sera suivie d'une joie vive. Ainsi , tout à la fois il les prépare à la peine (ju'il va leur causer, et il leur en présente la consolation. Il donne même ici une plus grande étendue à ce qu'il leur avait dit précédemment. Pour tempérer leur dou-* leur de sa mort, non-seulement il leur annonce sa résiir«* rection, maisil leur prédit le bonheur auquel il les réserve après leur propre martyre : bonheur suprême , bonheur pur, bonheur infini, bonheur éternel que personne ne pourra jamais leur ravir. Outre la consolation, ces paro* les de Notre*Seigaeur renferment une source abondante d'instructions pour ses Apôtres^ et en même temps pour nous , à qui elles s'appliquent avec la même vérité.
Jésus4]hrîst marque aux Apôtres une grande différence entre leur sort et celui du monde» Ils doivent bien , de même que lui , avoir un» temps de joie et un temps d'afflietion ; mais ils diffèrent de lui en ce qu'ils doivent commencer par la peine, et finir par la joie t le monde au contraire commence par le plaisir , et finit par la douleur. Tel est donc le tort que la Providence fait à tous les hommes : une alternative nécessaire de bien et de mal. L'a0licdon est la route du bonheur, et le plaisir le chemin du malheur. Le choix nous est donné de corn*
inencer et de finir par l'un ou par l'autre. Taadis que le chrétien, en proie aux tribulations, souffre et gémit,. le mondain se livre aux divertissemenis et aux fétes; mais par un juste et terrible retour , lorsque ce fidèle , ainsi éprouvé sur la terre , jouira de rimpérissabLe félicité > le mondain expiera ses folles joie» et se& crimineb plabirs dans des pleurs^ et un désespoir éternel. Méditons cette grande vérité , qui est une des principales bases de la morale chrétienne.
Les Apôtres devaient dans ti^-peu de moments éprouver uu' grand chagrin par la perte de leur Maître , et quelques heures ensuite recevoir une abondante consoilation par sa résurrection. Mais après peu de temps, lorsque Jésus-GLrist se serait entièrement séparé d'eux pour retourner à soa Père, une nouvelle carrière de travaux, de fatigues, dq peines» dé persécutions, de douleurs, de souffrances, devait s!ouvrir devant eux. L'eprit s'efiraie en contemplant tout ce qu'ils ont eu à essuyer de maux de tout genre dans leur ministère, qui a été terminé par une mort sanglante et douloureuse. Mais insupportaient avec un courage inébranlable cette multitude de tribulations, parce qu^ik en contemplaient le principe et h fin-; ils se rappelaient les prophéties que leur avait faites leur divin Maître ;. ils envisageaient la récompense qu'il leur avait montrée. Ainsi, soutenus dans leur marche pénible du double appui de ses oracles et de ses pro^messes^ animés^ par la foi dans les uns , par l'espérance dans- les autres, ils^ s'avançaient à grands pas, supportant tous les travaux, surmontant toutes les contradictions , franchissant tous les obstacles, bravant tous les dangei*s. Nous n'aurons probablement, pas dans le cours de notre vie d'aussi terribles. traverses à essuyer; il est donné à peu d'hommes de souffrir autant pour le nom de Jésus- Christ : mai& quelle que soit la mesure des tribulations que la Providence nous réserve, nous avons de même que les Apôtres, quoique peutrétre dans un moindre de* gré, la prédiction , et des souffrances que nous endurenons, et du prix que nous en retirerons.
Noussonunes assurés d^ souffrir t. comme lioniines, c'est une nécessité ;. comme chrétiens , une obligation. Race d'Adam, nous naissons infectés de son péché , enveloppés dans son arrêt. A son entrée dans le monde , l'enfant trouve ce funeste héritage qui l'attend, et dont à ce moment même il entre en possession : sa première sensation est la douleur, son premier accent un cri plaintif. De cet instant commence la longue suite de ses maux., qui n'aura de terme que sa mort, le plus terrible de tous, quoiqu'il le délivre de tous les autres. Si Dieu , en accordant à un homme un fils , lui en découvrait les destinées, et lui révélait, comme il le montra à S. Paul^ tout ce que dans le cours de sa carrière cet enfant va avoir à souffrir, quel homme ne déplorerait pas le malheur d'être devenu père I Nous sommes sur cette terre des coupables rassemblés dans un vaste atelier , et condamnés à des travaux pénibles et continuels. Ce n'esta pas seulement de nos sueurs que notre pain est arrosé , c'est souvent de nos larmes. Hors de nous , nous rencontrons une multitude d'objets de contradiction ; audedans de nous, nous portons une quantité de sujets de chagrin. Tous nos efforts pour fuir les maux ne servenjt souvent qa'à nous en attli-er de plus douloureux. En contemplant cette longue suite de peines, qui remplissent l'intervalle de la naissance à la mort^ on est tenté de se plaindre d'avoir reçu l'être. Combien d'hommes sef sont plus d'une fois dans leur vie, écriés avec Job : Périssent le jour où je suis né, et la nuit où il a été dit : Un homme vient d'être conçu (1) î
Réprimons ces murmures téméraires. Dieu a justifié sa providence enmanifestant ses vues. La religion qui nous découvre le principe de nos maux, nous en révèle aussi l'usage. Elle nous apprend à les supporter, et c'est là. son moindre bienfait; elle nous apprend de plus à les convertir en biens, à faire de nos infortunes un prin>
mmmmm^im^mm ' i .^— — — — III I — ^— i ■■ il m i , i il
(i) Pereantdies in qna natas sam, et noxio qaa dictain est: €onceptns esthoiiu). 7o^, m, 3.
cipe de bonheur , de nos afflictions une cause de joie , de nos soufifrances une récolte de plaisirs, de nos privations une source de jouissances, de nos perles un trésor de richesses. Il fallait toute la puissance , toute la sagesse, toute la bonté d'un Dieu, pour faire de notre péché même une occasion de mérites , de notre punition un titre aux récompenses.
Gardons- nous d'imaginer que nos afflictions, nos tribulations, nos douleurs nous donnent par ellesmêmes droit aux récompenses célestes. Ce n'est pas la souffrance, c'est le motif pour lequel on l'endure , c'est la manière dont on la supporte , qui sont agréables à Dieu. S'il suffisait de soufirir pour avoir droit à la gloire céleste, nul homme n'en serait exclu ; et les grands pécheurs y auraient souvent la plus grande part. Ce ne sont que ceux qui souffrent pour lui, que Jésus- Christ dédommage de leurs peines, et récompense de leurs travaux. Ainsi, il est essentiel de reconnaître ce que c'est de souffrir pour Jésus-Christ. En y réfléchissant attentivement, nous en découvrirons quatre manières différentes.
La première et la plus directe est celle qu'il annonce à ses Apôtres , et qui consiste à être persécuté pour la foi. L'Eglise, dans ses premiers temps , fut en butte' à une suite presque continue de persécutions. C'était le moyen par lequel Dieu voulait l'établir et la répandre ; il fallait que dans sa religion tout fût divin , jusqu'à sa propagation. Mais depuis que le Christianisme a fait la conquête du monde, il a presque toujours joui paisiblement du fruit de ses victoires. Des siècles s'étaient écoulés sans qu'il eût été exposé à d'aussi teiTibles combats. Aurions-nous pu imaginer que nous étions destinés à les voir se renouveler ? Il y a encore peu d^ànnées, quand nous contemplions l'Eglise brillante de toute sa splendeur, aurions-nous pu prévoir qu*au bout de si peu de temps, nous la verrions si violemment attaquée, si cruellement déchirée ? et qu'un siècle qui ne parle que de tolérance et d'humanité, ressusciterait contre elle les^
atrocités des Néroa et des Domitien ? Réservés à ces terribles calamités, élevons-nous à la hauteur de nos destinées. L'enfer a ramené parmi nous les persécutions qui agitèrent les premiers jours de l'Eglise : rappelons les vertus qui en triomphèrent , opposons aux persécuteurs de nos jours, le courage qui lassa, et qui finit par désarmer ceux d'alors. Déjà parmi nous un grand nombre de nos frères nous ont tracé par leur sang la route que nous avons à suivre. Les maux que les fureurs de l'impiété ont accumulés sur nos têtes, n'égalent pas encore ceux qu'elle a fait souffrir à ces respectables modèles. Nous n'avons pas, comme eux , ainsi que le disait l'Apôtre , résisté jusqu'à la mort (1). N'hésitons pas de les suivre jusque là ; et mêlant, si nous y sommes appelés, notre sang au sang des martyrs anciens, et des martyrs nouveaux, méritons de rendre à rÉgUse les beaux jours que lui avaient procurés les morts nombreuses de ses généreux défenseurs.
Une seconde manière de souffrir pour Jésus-Christ^ est d'endurer les maux qu'attire son service. Outre les persécutions violentes auxquelles le Christianisme est quelquefois exposé, le chrétien est sujet à des tribulations particulières, moins effrayantes sans doute , mais plus difficiles peut-être à supporter, à raison de leur continuité. La vertu a de ^«randes consolations , il est vrai ; mais elle a en même temps ses peines. Tant qu'elle reste sur la terre, elle y est dans une guerre continuelle: des ennemis de tout genre^ tantôt se succèdent , tantôt se réunissent pour la combattre. Elle ne se soutient que dans les combats ; elle ne s'avance que par les victoires. Au dehors, le monde dans lequel elle vit, l'attaque sans cesse de ses contradictions, de ses railleries plus dangereuses encore, de ses séductions plus funestes que tout le reste ; au dedans, elle a sans cesse à résister aux inclinations qui l'attirent , aux passions qui l'entraînent.
(i) Nondam emmasqae ad langainem resiitistis, adver«a9 peceatQm lepngnantes. Hebr, xa, 4.
L'édifice du salut ne s'élève, eotnuie les rerapjirts de Jerusalem , qu'en employant une main à l'avancer , et l'autre à le défendre. Justes , qui avez déjà parcouru une partie de la route étroite et pénible qui conduit au ciel, vous connaissez les difficultés dont elle est semée, et que votre courageuse patience a sur'nontées; ue vous lassez point dans votre carrière laborieuse ; et après avoir franchi les plus grands obstacles , ne vous laissez pas abattre par les travaux bien inoins rudes qu'il vous reste à terminer. Ce sont les peines de votre marche qui en font le mérite ; chaque effort vous vaut un nouveau prix ; chaque succès ajoute un fleuron à la couronne que l'on vous prépare. El vous pécheurs, qui, touchés de la grâce, repentants de vos fautes, honteux de vos désordres , entreprenez le grand ouvrage de votre retour à Dieu ; plus éloignés de lui , vous devez attendre plus de difficuhés à vous en rapprocher. Vos inclinations forùfiëes, vos habitudes invétérées, vos passions exaltées par Fusagedu péché, élèvent contre votre avancement dans la vertu des obstacles particuliers; mais ne désespérez pas. Les peines que vous aurez à surmonter seront la portion la plus méritoire de votre pénitence : plus la pratique des vertus contraires à vos vices vous coûtera d'efforts, plus elle vous attirera de bénédictions. Si Taspect des barrières dont est hérissée la route de la pénitence , vous effraie, levez les yeux vers la main qui daigne vous guider, et qui vous aidera à les. franchir. Assuré» dasecours céleste , entreprenez , et vous réussirez. Le pas le plus difficile est le premier; et à mesure que vous avancerez vous sentirez la route s'aplanir sous vos pieds.
Souffrir pour Jésus-Christ, c'est encore supporter pour lui, et en vue de lui plaire,. les traverses, et les tribulations dont est semée cette misérable vie. Lorsqu'elles viennent fondre sur nous, considérons que c'est Dieu qui nous les envoie, et nous les recevrons avec soumission ; qu'elles sont la loi de notre nature, et nous les recevrons avec patience ; qu'elles sont la peine du premier péché , et nous les rficevoions avec résignation ; qu'elles sont les
ciiâtiinenA» paterneb de bos propres fautes , pour nous en- épargiier de plus sévères, et nous les recevrons avec reconnaissance; qu^elles sont des épreuves auxquelles nous met la Providence, et nous les recevrons avec courage ; qu'elles sont le creuset où la bonté divine nous épure pour nous rendre dignes d'elle, et nous les recevrons avec joie. O vous qui gémissez accablés sous le poids de vos douleurs» il n'est pour vous qu'une consolation solide; mais il en est une : sachez vous la procurer. C'est Jésus-Ghrist qui vous la promet , qui vous l'offre. Heureux, dit-il, ceux qui pleurent, parcfe qu'ils seront consolés (1). Allez à ce consolateur tout-puissant : portez-lui vos larmes, il les essuiera ; offrez-lui vos peine», et vous, les sentirez adoucies par l'espérance certaine qu'elles vous seront une source de récompenses et de grâces. Et vous, infortunés, qui, dans les maux dont vous êtes tourmentés , en méconnaissez ou refusez d'eu aller clierclier le remède, vous êtes doublement malheureux de souffrir , et de souffrir sans but et sans utilité (2). Vos souffrances douloureuses dans ce monde, stériles pour l'autre, vous laissent sans consolation, comme sans ressource.
Une quatrième et dernière manière de souffrir pour Jésus-Christ, consistie dans les mortifications volontaires et dans les peines que le chrétien s'impose à lui-même. ^Nou& ne pouvons aller au ciel qu'à la suite de ce divin Sauveur; et pour le suivre, c'est lui qui nous le déclare, il faut comme lui porter sa croix (S). Il a souffert pour nous, non pour nous en dispenser, mais pour nous apprendre à souffrir comme lui ; il a voulu être , nonseulement notre rédempteur, mais notre modèle, comme dit l'apôtre S. Pierre, afin que nous marchassions sur ses
(i) Beati qui logent, qnoniam ipsi coDsolabnntar. Matth. v. 5. ()) Tanta passi estis sine causa PSi tamen sine causa. GaJat. m, 4. (3] Si qais vult post me venire , abneget semeiipsain , et toilat ciucem suam qnotïdie, et seqaatar:me. Lue, ix, a3.
498 EXPUGATION
traces (1). Considérez tous les saints qui ont passé avant vous sur la terre, et qui sout allés yous précéder dans Ja patrie bienheureuse : en verrez-vous un seul qui s'y soit éievé autrement que par les mortifications ? Tous sont parvenus par les humiliations, à la gloire ; par Tab* négation, au bien suprême ; par les souffrances, au bon> heur. Cherchez de tous côtés , vous ne pourrez jamais découvrir d'autre route : demandez au ciel des précep'^ tes, à la terre des exemples, il ne vous en sera pas donné d'autres. Mortifier sa chair par le retranchement des plaisirs, et son esprit par l'assujettissement des passions, voilà le moyen véritable, le moyen assuré, le moyen nécessaire de la sanctification, et il faut malheureusement ajouter, le moyen bien peu connu , et surtout bien mal pratiqué. Rien de plus commun, même parmi les per* sonnes qui se piquent de religion , qui prétendent à la régularité , que la vie molle et sensuelle, si contraire à l'esprit, aux maximes, aux préceptes, aux exemples de Jésus-Christ. Parce qu'il y a peu de mortifications spé* cialement ordonnées, on affecte de croire qu'il n'est pas ordonné en général de se mortifier ; et même le peu de pratiques auxquelles astreignent les lois de l'Eglise , on s'occupe beaucoup moins de les observer que de les adoucir : on y apporte des tempéraments, des modifications qui, en leur ôtant leur sévérité, en retranchent ce qu'elles ont de méritoire ; on recherche avec attention, non jusqu'à quel degré on est tenu de se mortifier, mais jusqu'à quel point on peut s'en dispenser. Le secret de la conduite chrétienne paraît être de concilier les commandements de Dieu avec les plaisirs et les dissipations du monde ; et on croit avoir satisfait aux préceptes , quand, au lieu de les violer ouvertement , on a eu la malheureuse adresse de les éluder.
. . Après avoir annoncé à ses apôtres la longue suite d'afflictions qui les attend, Jésus-Christ leur promet
(i) Christas passas est pro nobis, vobis relinqaens exeraplam nt seqaamini vesiîgia ejus. / Pecr, n, ar.
qu'elles se changeront en joie. La perapective de cette félicité qui devait remplacer leurs traverses, les animait, et les soutenait dans leur pénible et périlleuse carrière. Si nos espérances, disaient-ils, étaient bornées à cette vie transitoire, nous serions les plus misérables des hommes (1) ^ mais nous souffrons sans relâche, et nous ne sommes jamais abattus, parce que nous regardons nos souffrances comme un trésor que nous déposons, à me-» sure qu'il s'amasse , dans des mains sures qui nous le conservent avec fidélité, et que nous sommes certains de retrouver avec abondance dans le grand jour (2). Si , à l'exemple de ces grands personnages, à chaque tribulation qui nous survient, à chaque chagrin que nous éprouvons, à chaque douleur que nous ressentons , nous élevions nos pensées vers celui qui nous les envoie , loin d'en être abattus, nous en serions comme eux encouragés; loin d'en être attristés , nous en serions consolés ; loin d'en murmurer, nous bénirions la main paternelle qui nous éprouve, ou nous châtie, ou nous épure, et qui sait bien mieux que nous ce qui nous est convenable. C'est notre peu de foi qui cause nos faiblesses, nos découragements, nos afflictions, nos désespoirs dans l'adversité. Aux yeux de la foi, il n'y a d'autre mal que le péché, parce qu'il n'y a que le péché dont elle ne puisse pas faire un bien. Un ancien philosophe trouvait que le plus beau des spectacles, est le sage aux prises avec le malheur. C'est le chrétien qu'il faut y voir. Quelle différence immense entre la sagesse humaine la plus pure , la plus parfaite, et la sagesse chrétienne ! L'une fuit les peines , l'autre les recherche ; l'une les reçoit quand elles arrivent, l'autre va au-devant et les appelle ; l'une se console de les sabir , l'autre gémirait de n'en pas avoir ;
(i) Si in hacyita tantum in Christo sperantes samas, miserabilio- Tes samua omnibns hotninibos. I Cor, xv, 19.
(a) Ob qaam caoaam etiam haec patior , sed non confandor. Scio enim cai credidi , et certns sam qaia potens est depositam meam ser- ▼areiiiiini diem. II Timoth, i, la.
l'une a pour motif l'impossibilité d'éviter le mal, Tautre est excitée par l'espoir du bieD.suprême. Ai&si , l'une* est patiente par impuissance, l'autre résignée par sentiment, et par conséquent la première pourra être quelquefois tranquille dans les douleurs , la seconde s'y montrera constamment satisîfaite et joyeuse.
Jésus-Christ assimile les alternatives de douleur et de joie que doivent éprouver ses apôtres, et après eux, t6us ses disciples fidèles , à celle que ressent une mère qui met au monde un fils. Les douleurs de l'enfantement sont vives et aiguës, comme celles qui attendaient les Apôtres, et qui sont aussi destinées à un grand nombre de chrétiens ; mais les unes et les autres- sont d'une durée bien courte, en comparaison des temps qui doivent suivre. Le travail de l'enfantement n'est pas sans danger ; le ministère des Apôtres les jetait dans les plus grands périls ; et les justes peuvent, dans beaucoup d'occasions, s'y trouver exposés. Les souffrances sont nécessaires à la délivrance de la femme, qui ne peut devenir mère sans en être atteinte ; et nous n'avons pas non plus d'autre moyen d'être délivrés de nos péchés, et de parvenir au salut. Les douleurs de l'enfantement sont désirées et préférées à la stérilité; de même le vrai chrétien désire avec ardeur de souffrir pour Jésus-Christ : le vrai malheur serait pour lui de n'en éprouver aucun. Dans son travail pénible, la femme souhaite ardemment d'en voir la fin, pour avoir la satisfaction d'être mère ; le disciple de Jésus-Christ sollicite de tous ses vœux la fin de ses épreuves, et attend avec impatience le moment qui les couronnera. Enfin, comme ledit le divin Sauveur, la femme qui a donné au monde un fils , oublie tout ce qu'elle a souffert; elle ne s'occupe plus que de sa joie. Il en sera de même dans le séjour heureux où nous auront conduits nos tribulations passagères ; où, comme dit l'apôtre S. Jean , nos larmes ayant été essuyées de la main de Dieu même , nous ne connaîtrons plus ni la mort , ni le chagrin , ni les gémissements, ni la dou-
leur (1). Ayons constamment les yeux fixés sur ce terme de nos vœux, et nous sentirons beaucoup moins les difficultés et les peines qui nous en séparent. Le désir de l'arrivée tempérera la fatigue de la route ; l'espoir du bonheur futur adoucira la douleur des maux présents ; et ces maux, de pénibles et d'affligeants qu'ils étaient , nous deviendront précieux et désirables , quand ils seront le gage et le prix d'une éternelle félicité.