‹ Explication des évangiles des Dimanches, et de quelques-unes des principales fêtes de l'annéeChapitre 4 sur 14 · DU TROISIEME DIMANCHE DE L A VENT · texte numérisé non relu

DU TROISIEME DIMANCHE DE L A VENT

Députatioa des Juifs vers S. Jean-Baptiste , et ses réponses.

Les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites vers Jean, pour lui demander: Qui êtes-vous? car il le confessa , et il ne le nia point , et il déclara qu'il n'était point le Christ. £t ils lui demandèrent: Qui donc? Ètes-vous Ëlie? Il dit : Je ne le suis point. Etesvous un prophète? Et il répondit: Non. Ils dirent donc : Qui ètes-vous , afin que nous rendions compte à ceux qui nous ont envoyés? Que dites-vous de vousmême? Je suis , dit- il, la voix de celui qui crie dans le désert: Rendez droite la voie du Seigneur , ainsi que l'a dit le prophète Isaïe. Or , ceux qui avaient été envoyés , étaient des pharisiens , et ils lui firent encore cette demande : Pourquoi donc baptisez-vous , si vous n'êtes ni le Christ, ni £lie, ni un prophète? Jean leur répondit : Pour moi, je baptise dans l'eau ; mais au milieu de vous se tient un Homme que vous ne connaissez pas ; c'est celui qui doit venir après moi , qui a été fait avant moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Cela se passa à Béthanie , au*delà du Jourdain , où Jean baptisait. Jmn, i; 19 eC 28.

EXPLlCATIOli.

Lei Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites vers Jean , pour lui demander : Qui êtes-vous ? L'Evangile ne nous marque pas précisément quel était le motif de cette députation que firent les Juifs à S. Jean- Baptiste ; mais on peut avec fondement conjecturer que leur intention n'était pas pure. Les prêtres et les lé-

vites dépalés étaient de la secte des Pharisiens; secte orgueilleuse , hypocrite , jalouse de la considération , de l'estime , et surtout de l'autorité. Il est aisé de croire que ces hommes si dangereux, qui persécutèrent dans la suite Jésus-Christ avec tant d'artifice, d'opiniâtreté et de violence 9 n'étaient nullement disposés en faveur de S. Jean- Baptiste. Ce saint personnage n'avait pas reçu, d'eux sa mission, et agissait par une autorité iudépen^ dante de la leur. Il avait d'ailleurs déjà démasqué leurs vices , et les avait traités de races de vipères lorsqu'ils étaient venus recevoir delui le baptême (1). Lesdemandes qu'ils lui font n'annoncent pas des hommes de bonne foi ; et si le désir de connaître la vérité eût été le motif de leurs questions, les réponses de Jean -Baptiste , ea les éclairant, les auraient disposés à recevoir Jésus-- Christ avec le respect et la soumission qu'ils lui devaient. Mais ce saint précurseur était dans une haute vénération auprès de tout le peuple qui accourait en foule auprès delui , tant des villes que des campagnes, pour recevoir de sa bouche des instructions, et de sa main le baptême ; mais l'opinion commençait à se répandre qu'il était le Messie attendu depuis si longtemps, et dont l'arrivée, d'après les prophéties, devait être prochaine : les chefs de la Synagogue jugeaient utUe de faire parade de leur zèle , et de se montrer attentifs à tout ce qui concernait la rehgion. Il était dans leurs principes de se prétendre juges de la réalité du Messie, et de ne permettre de regarder et de révérer comme tel , que celui qui aurait obtenu leurs suffrages. D'ailleurs, en faisant à Jean-13aptiste la demande de déclarer positivement s'il était le Messie , on le mettait dans la nécessité de faire une réponse dont on abuserait contre lui. S'il l'affirme, on le présentera au peuple comme un orgueilleux et un imposteur ; s'il le nie, on se ser-

(i) Tidens aateixi maltos Pharisacoram et Sadacsornm venientes ad baptismom snam, dixit eîs : Progenies viperarnin , qnis deraoïisiTavit vobis fogere a rentoraira? Matth, m ,7.

vira de son propre témoignage pour le décrier. Ainsi, l'insidieuse méchanceté sait profiter de tout pour nuire, et fait concourir à ses détestables fins les moyens les plus contraires.

Mais tandis que ces basses et criminelles pensées font résoudre dans Ja Synagogue cette députation vers S. Jean-Baptiste , un motif tout opposé la décrète dans ie ciel , et en est la véritable cause. Il était important au ministère du saint précurseur qu'il démentît lui* même les bruits trop avantageux qui se répandaient à son sujet ; qu'il avertît les Juifs que ce n'était pas lui qui était le Messie, et qu'il prémunît les générations futures contre cette dangereuse opinion, que ses admirables vertus et le rapport des temps eussent pu accréditer. Par cette députation , Dieu a voulu aussi procurer à son Eglise un autre bien ; un exemple de candeur et d'humilité dans la personne de S* Jean-Baptiste , et une leçon importante sur la conduite à tenir dans les circonstances délicates , où l'hommage dû à la vérité peut devenir un témoignage rendu à l'amour-propre. Et voilà où aboutissent les vues malhonnêtes et coupables des Juifs» Leur but est de tenir la haute réputation de S. Jean-Baptiste qui les offusque^ et ils répandent par là un nouvel éclat sur ses perfections , et ils procurent un témoignage solennel à ce Messie qu'ils doivent persécuter dans peu de temps.

Tel est l'ordre constant et éternel des choses. Les événements semblent amenés sur la terre par des causes secondes , et ils sont disposés dans le ciel par une cause première dont ces causes subalternes ne sont que les instruments. Tout dans le monde suit l'impulsion d'une main motrice et invisible; et la suprême Puissance déconcertant toutes les pensées humaines, emploie souvent à l'exécution de ses desseinç les moyens qui nous paraissent y être les plus opposés. Les méchants, qu'elle tolère dans ce mon* de , y concourent aux vues de sa sagesse , en attendant qu'ils servent dans un autre monde à manifester sa justice. Ils sont utiles aux bons, pour éprouver, pour purifier,

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pourfortifier, pour faire briller leurs vertus. Ilsse^nuisent à eux-mêmes , en travaillant à se procurer le bonheur ; et ils servent les justes en voulant leur nuire. Les Juifs aujourd'hui font connaître S. Jean-Baptiste, et ils s'a* veuglent pour ne pas le reconnaître ; ils font éclater son humilité , et ils s'endurcissent pour ne pas en profiter. Les impies eux-mêmes qui combattent la Providence , et qui la nient, la servent malgré eux; elle fait concourir à ses fins jusqu'à leur indocilité et leur révolte ; et ils sont sous sa main toute-puissante, comme ces animaux dépourvus d'intelligence et doués de fierté , que la raison humaine conduit à son but sans qu'ils sachent, ni où elle les mène , ni comment elle les dirige. Créatures à la fois orgueilleuses et bornées , nous ignorons les vues de la Providence, et nous prétendons juger ses moyens! Souvent nous nous plaignons de ce qu'elle fait pour notre bien , et nous murmurons de ce qui nous est le plus avantageux. Dieu, et cette comparaison est de S. Augustin , Dieu travaille sur nos têtes une étoffe magnifique ; du point où nous sommes placés , nous n'apercevons, en levant les yeux , que le revers de son ouvrage ; il né nous présente qu'une confusion d'objets , qu'un amas de couleurs sans ordre et sans dessin. Le temps viendra où , placés auprès de Dieu et de la région supérieure considérant le travail, nous le verrons tel qu'il est. Alors , ce qu'aujourd'hui notre ignorance ose censurer , sera le sujet de notre surprise et de notre admiration ; nous serons^ émerveillés de la précision des dessins, de la justesse des proportions, du rapport de toutes les parties , de la variété des nuances , de la ri«* chesse des couleurs. En attendant ce temps fortuné » où, contemplant la Divinité, non plus dans des images obscures, mais face à face , nous connaîtrons, non pas en partie^ comme à présent, mais aussi parfaitement que nous sommes connus (1), adorons cette Providence

(i) Videmos nunc per specolam , in seniginale : tanc aotem facie ad faciem. Nanc cognosco ex parte : tanc antem coghoscam , sicat et cognttos snm. /. Corinth, xiii, la.

BES ÉVAI^GILES. 47

suprême qui dispose les événeinenls seion les impené* trahies conseils de sa sagesse ; bénissons-la de ce qu'elle daigne nous montrer ; respectons-la dans ce qu'il lui plait de nous cacher.

Car il le confessa , et il ne le nia point j et il déclara qu'il n'était point le Christ,

L'objet des Juifs en demandant à Jean-fiaptiste : Qui êtes- vous ? était de lui faire déclarer s'il était, ou s^il n'était pas le Messie. Il répond à leur intention par une simple dénégation. Sa réponse est tout à la fois positive et mcMieste. Il dit nettement ce qui est' nécessaire pour empêcher qu'on ne le croie le Christ ; mais là , il s'arrête ; et après avoir dit ce qu'il n'est pas, ii s'abstient de dire ce qu'il est. Sans être le Christ , Jean-Baptiste était sans doute quelque chose d'assez grand pour pouvoir s'en glorifier ; il pouvait sans usurpation s'attribuer les titres que Jésus-Christ lui donne dans diverses occasions. C'eût été le langage de la vérité ; ce n'eut pas été celui de l'humilité ; ce n'est pas celui de S. Jean-Baptiste. La véritable et solide humilité non-seulement rejette la gloire qui ne lui appartient pas , mais craint même celle qui lui est due. £lle cache à tous les yeux le trésor de mérites qu'elle amasse , aussi occupée à faire ignorer ses vertus , qu'empressée à reconnaître ses défauts.

Aussi, la véritable et solide humilité est-elle extrêmement rare dans le monde ; elle ne se trouve pas même toujours parmi les personnes qui font profession de piété. Combien d'humiUtés hypocrites , qui, n'osant pas s'arroger des qualités dont elles sont dépourvues , sont flattées de se les voir attribuer ! Combien d'humilités insidieuses y qui non-seulement se gardent bien de désabuser des fausses opinions que l'on conçoit à leur avantage, mais emploient leur adresse à les étabUr, à les maintenir et à les étendre ! Combien d'humilités artificieuses, qui, en désavouant les éloges auxquels elles ne peuvent pas prétendre , ont soin de faire remarquer ceux qu'elles croient mériter, et consentent à perdre

d'un côté t à cause du dédoniniagement qu'elles espèrent de l'autre ! Combien même d'humilités orgueilleuses ! Ceci semble contradictoire , mais n'est pourtant que trop commun : c'est-à-dire, combien d'humilités qui ne sont que le masque delà vanité! La vanité, cette passion ingénieuse à prendre toutes les formes pour cacher sa difformité , se déguise quelquefois sous celles même de l'humilité. On se montre humble afin d'être loué, on aspire à la gloire de l'humilité , et on affecte le mépris de soi-même, précisément pour en inspirer l'estime. Il y a cent espèces de fausses humilités ; il n'y a qu'une humilité véritable , c'est celle dont Jean-Baptiste nous donne ici l'exemple ; celle qui est dans le cœur , et non pas seulement dans les manières; celle qui reconnaît n'avoir aucun mérite , et non pas celle qui cherche à s'en procurer ; celle qui ne recherche pas la faveur des hommes , et ne redoute pas leur disgrâce ; celle enfin qui , sans désirer et sans craindre les jugements que l'on pourra former sur son abaissement volontaire, ne s'occupe que des jugements de Dieu.

Et ils lui demandèrent .* Qui donc ? Etes-vous Elie ? Il dit : Je ne le suis point. Nous voyons toujours dans les réponses de S. Jean-Baptiste la même simplicité, la même candeur, la même humihté, le même soin d'écarter l'éloge qui ne lui est pas dû , la même attention à ne pas se donner celui qu'il mérite. Mais cette réponse n'est-elle pas'en contradiction avec une parole de Jésus- Christ? Le saint précurseur déclare ici formellement qu'il n'est pas Ëlie, et le divin Sauveur, interrogé par ses disciples sur l'avènement d'Ëlie , leur déclare qu'Ëlie est déjà venu , et leur fait comprendre qu'Elie n'est autre chose que Jean-Baptiste. Cette opposition apparente est facile à concilier. Dieu avait annoncé par Malachie , qu'avant son grand et terrible jour, il enverrait le prophète Elie qui convertirait les hommes , afin qu'en arrivant il ne frappât pas la terre de sesanathèmes(l). Cette

(i) Ecce ego miltam vobis Eliam prop]i€(am, antequam veniat

DES étAfren^ïs. 49

prophétie est ëvidenfiment relati?« au second avènement de Jésus<-€hri8t , dans lequel il doit apparaître à la terre comme ^n juge , revêtu de toute ga majesté , et où il se fcïa pi-écéder par le prophète Elre , pour «onvertir les hommes , et les préparer à ce redouuble jour. Msûs la Synagogue , qui ne comprenait pas ce double avènement du Fils de Dieu, appliquait les paroles de Malachie a Tunique événement qu'elle entendait. Une des causes qui l'empêchèrent de reconnaître Jésus-Christ, fut qu'elle n'avait pas encore vu le prophète Elie ; et c'était le motif de l'interrogation fjgiite à Jean^Baptiste , qui ^'annonçait comme le précurseur du Messie : Eies-vùw Elie ? Ce saint homme déclare avec sa candeur ordinaire qu'il ne Test pas. Mais s'il n'était pas réellemenl Elle , il en était la figure , il le représentait ; il exerçait dans le premier avènement le ministère qu'Ëlie doit remplir en personne datts le second ; il menait la même vie qu'Ëlie avait menée ; il déployait les mêmes vertus , le même zèle , la même mortification , le même dénûment, la même intrépidité devant les puissances. Il n'était pas Elie en réalité, il rétait en esprit et en vertu ; et c'est précisémenf ce que l'ange Gabriel, présidant sa naissance, et faisant manifestement allusion à l'oracle de Malachie, avaût annoncé à son père (1). C'est aussi ce que dit Jésus-^ihrist à ses disciples , qui lui rapportaient l'objection des Scribes contre sa mission , savoir : qu'Elie ii'éta»t pas encore apparu. Il commence par confirmer la prophétie de Malachie , en assurant qu'en efi'et Elie doit venir , et réparer toutes choses. Passant ensuiie à la difficulté qu'élevaient les docteurs de la Loi , il ajoute que eet Elie . envoyé pour le précéder , est déjà venu j que les

diei Domini magnas et horribilis; et convertet nor patram ad fiiios, et cor iiiiorom ad patres eurum , ne forte veniam , et perÊtitiUm terrain aoathemate. Malach. iv, 5 et 6.

(i) Et moUos filiorum Israël cooveriet ad Domintlni Deoiu ipsoram ; et ipse praecedet ante illora in spirita et virtoté Ëtiae : nt conrenat corda patram in fiiios , etincredolos ad pradentiaA juatoi-am, parare Domino plebem perfectam. Luc. i, t6 er 17.

Juifs ne Font pas connu, qu'ils ont fait contre lui ce qu'il leur a plu , et que le Fils de l'bomine éprouvera de même des souffrances de leur part ; et par là , il leur fait comprendre , sans avoir même besoin de l'empli— quer, qu'Ëlieest S. Jean-Baptiste (1). Il distingue évi» demment deux Elles ; l'un qui doit venir , l'autre qui efit venu ; l'un prédit par Malachie ; l'autre annoncé par raugeGa'>riel ; l'un qui préparera lès voies à son second avènement ; l'aulVe qui les a préparées au premier ; l'ua en réalité , l'autre en figure et en esprit. Ainsi ne sont point en opposition les paroles du Sauveur , et celles de son précurseur. vL'interTogation faite à S. Jean-Baptiste a rapport directement à la personne d'Elie ^ et il répond avec sa sincérité ordinaire qu'il ne l'est pas. L'objection proposée à Jésus-Christ le met dans le cas de distinguer la personne d'Ëlie de celui qui .est EUie en représentation , en esprit, .en vertu ; et il indique , avec la même vérité , Jean-Baptiste , com.me étant cet £lie distinct du premier.

KieS'VOus un prophète? Ri il répondit : Non. Le saint précurseur pouvait, avec la même vérité, accepter et refuser le titre de prophète ; il pouvait légitimement nier qu'il le fût. Le ministère des prophètes consistait à annoncer de loin le Messie qui devait venir; le sien était de montrer à la Judée le Messie présent au milieu d'elle. Ce n'est pas prophétiser, que d'annoncer ce qui existe. Il eût été aussi le maître d'avouer qu'il Tétait. Le Messie , qu'il prêchait , existait à la vérité ; mais il ne s'était pas encore manifesté. Sa mission restant jusque là dans la classe des choses futures, c'était prédire et prophétiser , que de l'annoncer. Entre ces deux parties, S\ Jean prend sans hésiter celui qui est le plus analogue à sa

(i) Et interrogaverant enra disçipoli, dicentes : Qaid ejrgo Scrito dicunt, quod Ëliam oporiet primam venire? Ât ille iesponden9,.ait eis .: Elias qQÎdem venturos est, et re^titaet omnia. Dico aatem Tobis, quia jam venit, «t non cognoveront eaiu, ited fecernnt in eo qmecuoiqoe ▼oloerunt. Sic et Filins hominia passarnsest abeis. Tonc intellexeront dhripuli qnia de Joanne Eapti&ta di^isset eis. 3tntth. xvii, lo — i3.

profonde humilité: mais Jésus-Chrisl lui rend avec sur abondance la gloire dont il a voulu se dépoX ,î déclare non-seulement que Jean-Baptiste est n„ pbète , mais qu'il est plus qu'an prophète m V T' le dernier anneau de la chaîne'^erp opiéti ' '° '''." traversant toute l'étendue des siè^lo. Ja^ jj . ' ^' ' tion à la rédemption, et un tTceTuî na^ ''l '* "'^est entré dans le monde . c^ ii pa^uH?"] t ^^' réparé (2), Ainsi, il exécute ce L^^l,^. ^^"^^ ' *^ que celui qui s'abaisse sera e^aU^ >'«« souvent prêché : présente 1^ modèle de l'hum ÏS ejt^^t"''' ""en fait voir la récompense. '^^^Chnst nous

II* lui dirent 4one : Quiélet-vous donc ««« rendions compte à ceux qui nous o^t Zl'ésfW"^' vous de vous-même ? Je suis dit d T^ ^^' **"crie dans le dés^t : ^e^.;"/ «Si^^'z^ t^f^Ï' «''• «t«.. que l'a dit U prophète Isaîe. Le slfni ^""'' s'était abstenu , autant «..'il i • • f^ Précurseur déclarer ce qu'à S et^^ilf' ''^"' ^'^P«»'We, de

les quest. j qui lu^éui:nr :r: Tu^cTt''"

pas. Mais VO.CI une interrogation précise n.; I„ <lans la nécessité de s'expliquer et KT ^ ^ *"" quelle est l'idée qu'il a deTr,L*i J/'^ «ettement iorsqu'il y .» conlain^.t ^T^J^ '^ Zt^' ^^ C est un aveu que l'on arrache à sa modistie Pn ''°,'parler de sa sublime mission , i^hMSTàM. T ^^ rué , a saura encore concilier ce dfvofr , f '* ^'^ment de son humilité II ^1! • '^*' '« «en»»-

iaire connaîtreTa misl„ 'ï'" "'' "^«^"««'^ Po"r

autorisée parTe/^^S. ^u^ f^e" tir'"'t"/ ^

Ô2 BXFUCATTON

Met(oQ8-DOus pour un inoineiit éâns la sif natiieii où se trouvait alors S. Jeaa^Baptrste. imaginons q<a'oii vienne nous demaDder avec autorité : Qui êtes-vous? que dite»-vous de vous^métiie ? et sans cheixbei*. à nous abuser, exaniiuons quelle sera , d'après nos dispostcious, la réponse que nous ferons. Serons-nous, comme le salât précurseur, piincipalement occupés à prévenir l'opinion trop avantageuse qu'on pourrait pi^ndre de nous? DLix>na>nous, à son exemple, avec complaisance, ce que nous tke sommes pas ; avec peine , ce <pst% nous sommes? Beconnaîtrons-nous avec la même franchise ce qui nous manque? Attendroos-nous avec la même humilité que nous y soyons forcés , pour déclarer ce qui peut nous honorer? Obligés enfin de parler de ce qui est avantageux , en parlerons-nous aussi simplement , aussi modestement ? Ils sont bien rares ceux qui , semblables àJean*Bapiiste, craignent plus les éloges que les censures , et sont plus empressés à faire connaître ce qui les abaisse, que ce qui les élève. Eendons*4ious justice , et considérons que notre première et presque notre unique occupation est au contraii*e de nous faire valoir. Nos défauts, nous les cachons avec soin , nous les pallions avec adresse , nous les justifions avec sensibilité ; quelquefois même nous prétendons , avec hardiesse , les ériger en vertus. Nos qualités, au'contraiie , ou réelles, ou imaginaires , nous nous efforçons de les faire ressortir-, tantôt avec une vanité audacieuse, nous en glorifiant efErontément ; tantôt par une vanité plus adroite, cher^ chant à les faire remarquer : ici , exaltant lés avantages que nous croyons posséder ; là , dénigrant ce qui y est contraire , n'estimant que ce que nous avons , méprî-sant tout ce qui nous manque. Si nous jetons nos re|^rds vers le monde , voyons- nous autre chose autour de xijous? Si nous les reportons sur nous-mêmes, découvronsHious autre chose dans notre âme? L'envie de s'élever audessus des autres , l'ardeur de briller plus que les autres^ voilà le sentiment le plus intime de tous les hommes. Les pères y instruisent leurs enfants,, et c'est de toutes

lem^s leçoas la plms fidèlement rKentte , la plus constamment pratiq^oée. Le naasde est un théâtre de ppécentiens ; la vie est uae suite d'efforts pour les réaliser. On dirait que nous soinraes, vts^^vis du prochain, dans les bassins opposés d'une balance , et que notre élévation ou notre abaissement sont en conti^ariété avec les siens. La société qu'une pt'ovtdence bienfaisante avait instituée pour réunir tous les hommes par les liens communs d'un besoin et d'un secoui^ mutuels, d'une dépendance et d'une charité réciproques ; la société est devenue une lice ouverte pour se disputer la supériorité. Chacun apporte à ce combat général kes moyens qu'il reçut de la nature , ou qu'il a su se procurer ; ceux dont il est, et ceux dont il se prétend pourvu. Qualités du corps, dons de la fortune, talents de l'esprit, tout ce que Dieu nous donna pour d'autres usages, nous le tournons au pro&t de notre vanité ; et le seul emploi de ses bienfaits que nous connaissions est celui qu'il nous interdit. Reconnaissons enfin et la frivolit>é , et le danger de ces vaines prétentions^ SI nous sommes persuadés , et pouvons-nous ne pas Fétre ? que la vraie , que la seule élévation est celle qui vient de Dieu , travaillons donc à nous la» procurer par les moyais auxquels Dieu l'attache. L'humilité , l'abaissement volontaire , voilà , et Jésus^Chiist le déclare en beaucoup d'endroits, ce qu'il exaltera; au contraire, l'enflure et l'ardeur de s'élever , il le dit aussi formellement, c'est ce qu'il se plaira à abaisser. Il nous laisse le choix entre l'ambition dans cette vie , suivie de la dégradation dans l'autre ; et l'humiliation sur la terre , récompensée par la gran* deur dans le ciel. Mais il n'est pas encore en notre pouvoir de changer cette loi divine , d'unir ce qu'elle a positivement ordonné qui fut divisé , et d'atteindre la gloire de l'éteindre , en courant après les honneurs du temps.

Or , Ceux qui avaient été envojfès étaient des^ Pharisiens r et ih lui firent encore- cette demande : Pourquoi donc frop— tiêeZ'VOêu si vous nêtes ni le Christ , ni Élie ^ ni un^ pco-

phèle? Jean leur répondit : Pour moi, je baptise dans Veau ; mais au milieu de vous se tient un Homme que vous ne connaissez pas; c^est lui qui doit venir après moi , qui a été fait avant moij et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Les Pharisiens et les Scribes députés vers S. Jean , décèlent enfin , dans cette dernière interrogation , leur mauvaise intention : ils prennent le ton du reproche , et au lieu d'être touchés de la simplicité , de la candeur , de l'humilité avec lesquelles ce saint homme leur a répondu , ils partent de ses réponses mêmes pour l'inculper , et pour trouver mauvais qu'il baptise. Il est rare que la malveillance et la méchanceté ne finissent pas par se trahir elles-mêmes. Tandis que la pureté d'intention , suivant constamment une ligne droite , ne s'écarte jamais de sa direction ; la malignité , forcée de se jeter dans des voies tortueuses , n'y reconnaît pas ses propres traces , s'égare dans la multitude et l'obliquité de ses sentiers , et change continuellement de marche. Le reproche que font ici les Juifs à Jean-Baptiste, est évidemment dépourvu de tout fondement. Où était-il écrit que , pour avoir droit de baptiser y il fallait être le Christ , ou Elie , ou prophète ? C'est une marche assez ordinaire à l'esprit de critique , d'imaginer des règles , ou d'interpréter à son gré celles qui existent , pour se donner le plaisir de censurer. Autant nous sommes ingénieux à trouver pour nous-mêmes des mitigations à la loi, autant nous sommes ardents à en aggraver le joug sur les autres. Si les Juifs eussent fait attention à la réponse que venait de leur donner Jean-Baptiste , ils eussent vu qu'étant le précurseur du Messie , et annoncé par les Prophètes pour cette auguste fonction , il avait bien autant de droit à baptiser, que les Prophètes eux-mêmes : mais, et c'est une disposition d'esprit que l'on voit trop souvent dans le monde , parce qu'elle est l'effet commun de toutes les passions , ils ferment leurs yeux à tout ce qui contrarie leur prévention , et ils saisissent avec avidité tout ce qui leur paraît favorable à l'idée dont ils sont préoccupés. Ils ne considèrent ,

D£S ÉVANGILES. 5t>

dans leur maligaité , que ce que ce saint homme a nié ; ils ne réfléchissent point sur ce qu'il a avoué. L'envie dont ils sont possédés fascine doublement leurs yeux , et en leur cachant ce qui est , et en leur faisant voir ce qui n'est pas.

Mais autant cette interrogation des Pharisiens est basse et coupable , autant la réponse du saint précurseur est noble et vertueuse , et présente matière à notre admiration et à notre instruction. Toujours seinblable à lui-même , ce grand homme répond toujours avec la même simplicité et la même modestie. Les questions des Juifs ne l'^avaient pas enflé , leur reproche ne l'aigrit point; il ne leur en fait pas même sentir l'amertume. Son inaltérable douceur doit nous faire connaître combien est répréhensible cette vive émotion qu'excite en nous la plus légère imputation ; combien sont contraires à l'esprit d'humilité et de charité dont doivent être pénétrés des chrétiens , ces vivacités que nous ne savons pas réprimer , ces saillies qui nous emportent au moindre mal que l'on dit de nous. Nous sommes devant la médisance , comme le soufr« qu'enflamme la plus petite étincelle. Insensés! qu'y gagnons-nous? en nous soulevant contre elle , nous ne faisons que l'irriter , que la rendre plus mordante, plus acharnée : nous ressemblons au malade qui , par ses agitations , ajoute à son mal les convulsions qu'il se donne.

S. Jean-Baptiste ne pense pas à se justifier du reproche qui lui est intenté. Il ne dit qu'un mot de son baptême, et ce mot est encore l'expression de sa profonde modestie, il semble n'en parler que pour en faire sentir la faiblesse et l'insuflîsance. Le baptême de S. Jean était la figure de celui qu'a institué Jésus- Christ , mais il n'en avait pas la vertu. Et le saint précurseur déclare dans un autre endroit, que pour lui il ne baptisait que dans l'eau , mais que Jésus baptiserait dans le Saint-Esprit et dans le feu (1). Le baptême de la Loi

(x) Ego quidem bnpiizo vo^ in aqoa in pœniteniiana : qni antem

56 SYPUC^TION

nouveUe, de inèoie que les autres saciemeuts, tire toute sa force des mérites de Jësus^Gkrist , de sa passion et de sa mort : ils nous appliquent les bieniaits de la rédemption ; ce que ne pouvaient opérer , ni le baptême de S. Jean , ni toutes les autres cérémonies antérieures à la passion du Sauveur. £lle6 signifiaient la grâce, mais elles ne la conféraient pas ; elles préparaient les cœurs à la recevoir , «mais elles ne l'y répandaient pas. Faibles et vides éléments, ainsi que les appelle le grand Ap6tre (i), elles produisaient quelque effet, non par une force qui leur fût propre , mais par les disposi^ tions qu'elles trouvaient dans râuie* Le baptême de Jean était le baptême de la pénitence , parce qu'il engageait à la faii^; le baptême de Jésus est celui de la rémissioo , en ce que par sa propre vertu il efface jusqu'à la dernière trace , et du péché de notre origine » et de ceux de notre volonté.

Tandis que & Jeaa^Baptiste parle de lui et de ee qui le concerne , avec tant de modestie , et qu'il n'en dit que ce qu'il est absolument obligé d'en dire, il s'étend avec complaisance sur les grandeurs de Jésus^Gbrist» et il trouve encore , en le kmant ^ le moyen de s'humilier lui-même. Autant l'homme vertueux s'efiorce de Kefifermer dans le seeret les dons qu'il a reçus de ])iett , au- Umt il aime à publier ceux dont les autres sont ornés. Sa modestie souffre des éloges qu'il reçoit; sa charité jouit de ceux qu'il donne. Eu cela , comme dans tout le reste, il est absolument opposé aux usages du uioude : on aime à recevoir la louange bien plus qu'à la donner. Nous voulons la recueillir avec aboadance ; nous la ré-* pandons avec parcimonie. Il semble que ce soit un trésor, dont nous perdons tout ce que nous accordons aux

post me ventorus est, fortior me est, cajas non &am dignas calceamenta po^rtare. Ipse yoi baptizabit in Spiriia ^ancio et fgni. .Vaetk. III, i f .

(x) Qaoaiodo convertimini iierom ad infirma , et egenu elementa , qqibus. deuuo seivire valtis? Ad GaieU.iv^ 9.

OCS BVAKfrlLES. 57

aiilres. Empressés à iau'e remarquer les déSsiits de nos frères t i^mis sommes nëgligeots à relever leurs boimes <]Uftlîtés. Baas la société, poar im ^ge, combien de médisances 1 Si en loue quelqu'un , c'est presque toujours , ou en sa présence, ou devant ceux qui peuvent le redire. Les compliments scmt communs; les étoges sont rares : et qaand enfin on se voit obligé de donner quelque louange, ou s'en dédommage par des restrictions qui la font dégénérer en satire. N'esl-ce pas là ce que nous voyons tous les jours dans ce inonde poli , et qui se prétend honnête? S'il était animé de cette véritable konneteté que donne la religion , qui consiste non dans les manières, mais dans les sentiments; qui ne donne pas pour reeeviiùr , mais qui répand avec autant de déstutéressenient que de profnston y qui n'attend pas les égards pour en rendre, mais qui , selon le précepte de VApèlre, ks prévient par les siens (1); qui, en un mot, n'est autre chose que la charité appliquée aux usages de la vie civile , il ressentirait autant de plaisir à louer, qu'il y trouve de peine : la justice rendue au mérite , serait pour lui une satifaction," et au lieu de ressembler au vil avare qui ne jouit que de ce quHl amasse pour lui-même , il serait comme le généreux , qui place son bonheur dans ce qu'il distribue aux autres.

Mals-si c'est un devoir de louer avec plaisir nos frères, c'eu est un bien plus important encore, et plus sacré , d'aimer encore , avec S. Jean-Baptiste , à chanter les louanges de Dieu , à célébrer ses grandeurs infinies et ses immenses bienfaits^ La nature entière , dit le Prophète, publie continuellement sa £^oire(2). N*y aura«t*il dans la nature, qu!e nous, qui y sommes obligés à bien pins de titres , que nous , pour qui il a créé toute la nature, que nous , qu'il a comblés de ses faveurs les plus signalées et les plus abondantes , qui mécorinais-

(i) Honore invicero praevenientes. ^d Rom. zn, lo. (a) Cœli enarrant gloriam Dçi, et opéra manaam ejas annantiat nrmanrntam. Psal, icvin , i^.

58 EXftlCATION

sions cette loi commune à toutes les créatures? QuaiMl notre dépendance ne nous en ferait pas une obligation , la reconnaissance ne devrait-elle pas nous en faire un bonheur? On se plaît à s'entretenir de ce qu'on aime^ et l'objet le plus agréable de nos discours est celui de nos affections. Ils s'occupent sans cesse de Dieu, ils s'en en^ tretiennent avec une satisfaction , avec une joie qui ne peut être sentie et exprimée que par eux , ceux qui ont son amour dans le cœur. Si nous en parlons aussi rarement , aussi froidement , concluons-en que notre cœur n'est pas pénétré d'amour pour lui ; état d'autant plus déplorable , que , n'en sentant pas tout le malheur, nous n'avons pas l'envie d'en sortir. Que sont toutes les autres vertus sans celle qui est la première, qui les soutient , qui les anime, qui les vivifie toutes? Jugeons de notre espoir du salut par notre amour pour Dieu , et de notre amour pour Dieu par la satisfaction que nous éprouvons à nous occuper de lui.

Ce que Jean-Baptiste annonce aux Juifs, on peut le dire avec une égale vérité aux chrétiens. Votre Seigneur, votre Dieu est au milieu de vous. Et combien en est-il à qui on pourrait ajouter, comme le saint précurseur : Et vous ne le connaissez pas? Combien , dans ce malheureux siècle, d'incrédules qui nient son existence , qui combattent sa providence , qui rejettent ses dogmes sa*crés! Combien d'hérétiques , des chismatiques qui ignorent son Eglise , avec laquelle seule il est et il sera jusqu'à la consommation des siècles! Et dans l'Eglise même de Jésus-Christ , ô aveuglement plus inconcevable , ô douleur plus amère , combien en est-il encore qui ne le connaissent pas , qui se ferment les yeux pour ne pas le voir, les oreilles pour ne pas l'entendre ; qui méconnaissent ses préceptes , méprisent ses promesses , bravent ses menaces; qui se disent chrétiens et ne veulent même pas savoir ce que c'est que d'être chrétien !

La mauvaise volonté des Juifs se manifeste encore par le peu d'effets que produisent sur eux les admirables discours de S. Jean-Baptiste. SL leur intention avait été

DES EVàl^QILES. Ôf9

pure , s'ils étaient Tenus le consulter pour s'éclairer, sa dernière réponse leur aurait donné beaucoup à penser. Le témoignage qu'il rendait à un autre homme plus grand , plus parfait que lui , aurait dû leur ouvrir les yeux, exciter au moins leur curiosité, leur faire demander : Quel est donc cet homme si supérieur à un aussi grand saint? où existe- t>il? n'est-ce pas lui qui est ce Messie que nous cherchons à connaître? S. Jean leur en avait certainement dit assez pour leur faire voir que l'objet de leur attente était au milieu d'eux , et pour leur inspirer le désir de le chercher : mais il ne font aucune attention à ce qu'il leur en dit. Ils avaient craint que cet homme, qui attirait autour de lui toute la Judée émerveillée de son incomparable sainteté , ne voulût passer pour le Messie. Rassurés par sa dénégation précise , ils ne songent pas à ce qu'il leur dit de plus^ Ils négligent les disc&urs d'un homme dont ils liront plus rien à craindre , et courent se plonger dans ce long et terrible aveuglement , dont , ni les miracles de Jésus-Christ , ni la conversion de l'univers, ni leur propre désastre n'ont pu les retirer.

Ceci se passa à Bélhanie, au-delà du Jourdain^ où Jean baptisait {\), Ce n'est pas sans un motif particulier que l'évangéliste exprime le lieu où se ût cette députation. Lorsqu'il écrivait, il pouvait se trouver encore des personnes qui en eussent été témoins , ou qui en eussent entendu parler aux assistants. La circonstance du lieu leur rappelle le fait plus positivement encore , et par là une plus grande authenticité est donnée à l'important et solennel témoignage rendu par S. Jean-Baptiste à Jésus-Christ , à la vue d'une grande multitude > et devant les députés de la Synagogue.

(i) Il ne faat pas confondre le liea de Béthanie, on S. Jean baptisait, et qui ebt sar le^bord da Jourdain, avec le bourg du même nom , voisin de Jérusalem , où le Sauveur ressuscita Lazare. Plosienis Pères remarquent que dans des manuscrits anciens, le lien où S. Jean reçut la dépuiation deft Juifs, est appelé, non pas Bétbanie, mais Béthahara.

DU QUATRIÈME DIMANCHE DE l'AVE?(T.

CommencemfiDt de la psédicatioA de S. JeaB-Baptisie.

£iA quinzième année de l'empire de César Tibère,. Fonce- Pilate étant gouverneur de la Judée , Hérode étant tétrarque de la Galilée , Philippe son frère étant tétrarque de Tlturée et de la Tracfaonitide; et Lysaniasétant tétrarque d'Abylène , sous les ^^ands-prétres Anne et Gaïphe , la parole de Dieu fut adressée dans le désert â Jean, fils de Zacharie ; et il vint dans tout le pays du Jourdain , prêchant le baptême de la pénitence pour la. rémission des péchés , selon ce qui est écrit dans le livre du prophète Isaîe : Uune voix erie dans le désert : Préparez la voix du Seigneur , rendez droits ses sentiers ;. toute vallée .«era comblée ; toute montagne et toute colline seront abaissées; les chemins tortus seront redressés, et les raboteux seront aplanis ; et toute chair verrai le Sauveur envoyé de Dteu^ Luc, ni, 1 — 6.

£XPt.ieAT10N.

La quinzième année de Vempire de César Tibère^. Pancc" Pihie étant gouverneur de la Judée, ffércde étant tétrarque de la Galilée, Philippe ton frère étant tétrarque de VIturée et de la Trachonitide, et Lyi$ania$ étant tétrarque d'jihylene,, sous les grands-prêtres Anne et Caïphe , la parole de Dieu fui adressée dans le déserta Jean, fih de Zacharie. Jésus- Clurist va ouvrir sa carrière évangélique. Renfei^tné jusr qu'ici dans une petite boui^ade de la Galilée , inconnu au monde , dont il doit être le Sauveur , ignoré même de son peuple q[.ui l'attend avec impatience, il se prépare

SIS ÎTANGiLES. 61

à sortir de son obscurité. Ce soleil de réritë ne tardera pas à s'^ver au- dessus de l'horizcHi , et à chasser devant hil cette nuit de tant de siècles dans laquelle le genre kumain est endormie Avant de se montrer , il se faiit annoncer ; il fait Jbtriller son étoile du matin : il envoie scm précurseur déclarera la nadoa qui soupire après sa renne y qu'incessamnient il s'offrira à ses regards. Jean- Baptiste quitte Je désert où se sont écoulées ses premières années, et vient sur les bords du Jourdain faire retentir la proclamation de la prochaine arrivée du libérateur

Nous voyons dans les premières paroles de notre évangile^ S. Luc 6xer avec précision l'époque où S. Jean- Baptiste commence sa prédication , et le lieu où il la fait entendre. Nous aurons plus d'une fois occasion d'observer cette attention des écrivains sacrés, à marquer toutes les circonstances des faits qu'ils nous transmettent. Ils mettaient par là ceux devant qui ils écrivaient, qui étaient contemporains des faits, dont plusieurs en avaient été témoins , qui tous au moins pouvaient facilement s'en informer , à portée de vérifier l'exactitude de leur narration. Aucun de ces faits, aucune de leurs circonstances n'a éprouvé de contradiction dans le temps , malgré la haine portée au christianisme , surtout par les Juifs. Des faits qui , lorsqu'ils étaient récents et faciles à vérifier, n'ont point été contredits par ceux qui y avaient intérêt, peuvent*ils, après dix-huit siècles , être raisonnablement révoqués en doute ?

Un des moyens imaginés par l'incrédulité moderne , pour se tirer de Tembarras où la jette cet aveu du siècle, qui, après avoir vu les faits évangéliques^ a vu'ensuite paraître les évangiles , est de nier que ces livres sacrés soient des auteurs auxquels nous les attribuons. Selon elle, ils ont été écrits postérieurement à la génération contemporaine des faits ; et par conséquent, c'est à tort que nous nous prévalons du témoignage de cette génération .

Demandons d'abord aux incrédules, quelle raison ils^

62 EXPUCATioir

ont de croire qu'un ouvrage est de l'auteurdont il porte le nom , qu'on ne puisse appliquer avec autant de jus* cesse à nos saints Evangiles ? est-ce la conformité de cet ouvrage aux usages et aux mœurs du pays et du temps dans lequel on le dit écrit? est-ce le rapport qu'il a avec le génie et le caractère connus de l'auteur à qui on l'attribue ? est-ce l'opinion du temps qui a immédiatement suivi ? est-ce le témoignage , les citations des écrivains postérieurs? De tous ces motifs qui déterminent leur conviction sur tant d'écrits profanes, quel est celui qui manque aux livres saints ? En niant leur authenticité , ils ébranlent celle de tout ce qui exista jamais d'ouvrages dans le monde. Ils ont les mêmes raisons d'être persuadés que nos livres sacrés ont été écrits par les évangélistes , que pour croire tout autre ouvrage de l'auteur dont on l'intitule. Que leur faut-il de plus pour en être également certains ? Egalement certains ! ah ! ce n'est pas assez dire. Il n'y eut jamais de livres aussi authentiques que nos Evangiles , parce qu'il n'y en a point dont la supposition fût aussi impossible.

Le livre le plus difficile à supposer, est celui auquel une société entière prend un vif intérêt , qui fait son titre constitutif, le code de ses lois ^ la base de sa religion. Plus il lui est cher et important, plus elle est soigneuse de vérifier s'il a l'autorité qu'on Ipi attribue. Plus elle révère l'auteur, plus elle examine avec attention si l'ouvrage qu'on présente est en effet de lui.

La difficulté de tromper toute une société , sur un point où il lui est essentiel de ne pas l'être, devient infiniment plus grande, si cette société est répandue dans beaucoup de pays séparés les uns des autres par de grandes distances. Ce n'est plus une seule société , c'est une mulitude de sociétés qu'il faut abuser. Les Apôtres avaient étendu leur prédication dans l'Italie , dans l'Egypte , dans la Grèce , dans TAsie-Mineure , dans bien d'autres pays encore. Dans chaque région ils avaient fondé plusieurs églises. Comniiçnt imaginer qu'on ait pu persuader à tant dVglises ainsi dispersées , que des ou-

ITES ÉVANGILES. 63

▼rages dont elles n'auraient jamais entendu parler, étaient de leurs premiers fondateurs ? comment faire adopter à tous ces hommes en même temps , sans réclamation d'aucun d'eux , une imposture qu'ils avaient tant d'intérêt et tant de facilité à dévoiler ?

La supposition des évangiles devient encore bien autrement incroyable , quand on pense qu'il aurait fallu les faire recevoir à plusieurs sociétés opposées entre elles. Je vois dès le commencement du christianisme se former des hérésies animées d'une haine furieuse contre l'f^lise , qui de son côté les condamne sévèrement.

Je vois les Evangiles répandus , et dans notre Eglise , et dans les sectes séparées. Je vois , et catholiques , et hérétiques, en admettre l'authenticité, les reconnaître comme la règle de leur foi , en faire le juge de' leurs contestations. Les partis opposés me sont réciproque-ment garants de la vérité qu'ils reconnaissent unanimement. L'un veille trop attentivement sur l'autre , pour qu'aucun des deux ait pu commettre la fraude , soit à l'insu, soit du consentement de son adversaire. Dira-t-on que l'un des deux, ayant fait la supposition , a eu le pouvoir de la faire adopter à l'autre ? Dira-t-on qu'ils se sont accordés pour commettre ensemble cette fausseté ? L'incrédulité est réduite à choisir entre ces deux absurdités.

En supposant , contre l'évidence , que quelqu'un eût eu le pouvoir^ de faire passer universellement sous le nom des Apôtres , des Evangiles de sa conposition , qui est-ce qui en aurait eu la volonté ? On n'est pas faussaire sans intérêt ; et quel intérêt pouvait-on avoir à supposer des Evangiles qui ordonnent de renoncer à tout , d'aimer les humiliations , de désirer les souffrances ? Les livres qui obligent au martyre, ne sont pas ceux que l'on suppose. Que des hommes se laissent égorger pour des erreurs qui les abusent , on peut le concevoir ; mais où en a-t-on vu qui se fissent massacrer pour leurs propres fictions ?

On veut que les quatres Evangiles aient été controu-

Yés. Mais les Actes des Apètres , xttsâ^ tonte» leurs Ëj^itres ont ua rapport nécessaire avec les ËvaagUes. Souvent les faits évangéliques y sont rappelés : partout ils y sont supposés. Bira-t-on que ces écrits ne sont pas non plus des auteurs dont ils porteat les noms ? Ne nous arrêtons pas à Texcessive difficulté , pour ne pas dire à rimpossibilité de fabriquer après coup tant d'écrits qui cadrassent parfaitement , et sans laisser découvrir aucune trace de fraude , soit entre eux ou avec tontes les circonstances des temps et des lieux. Que ceux qui n'oni pas honte de cette ridicule assertion , consid^eut l'ilku^on qu'il aurait fallu faire aux Eglises à qui les Epitres des Apètres sont adressées. Qu'ils nous disent comment on serait venu à bout de persuader à tous les chrétiens de Rome > de Gorinlhe , de Thessajonique , de tant d'autres pays , qu'ils avaient reçu de & Paul dés lettres que dans le fait ils n'auraient jamais vues. On ne trompe pas les hommes sur ce qu'ils soient , sur ce qu'Us éprouvent eux-^^mêmes.

Nous voyons les Evangiles cités par les auteurs qui ont suivi immédiatement les Apôtres , et qui avaient été leurs disciples ; par S. Clément (l) , par S. Ig^ce , par S. Polycarpe. Veut-on soutenir que les écrits de ces Pères apostoliques ont été pareillement fabriqués? Ceux qui les ont remplacés, S. Justin, S. Irénée , TertuUien, citent aussi les Evangiles ; ils citent même , eu divers endroits , ces premiers auteurs. Dira-t^oa qu'on a de même fabriqué les écrits de ceux -là? Descendons encore une génération ; nous ^trouvons d'autres saints Pères en plus grand nombre , qui sont gainants de l'authenUcité des Evangiles , et des ouvrages de leurs prédécesseurs. Les auteurs ecclésiastiques se tenant les uns aux autres, rapportant tous des passages , et des Evangiles ,. et des auteurs antérieurs , forment une chsâne qui remonte

(t) 11 faut observer qae S. Ctément ne ohe qae les trois preniieis évangélistes. Il avait consommé sa vie par le martyre, lorsqae Sv J«an publia son Evangile ^ ▼en W&m do prcmior siècle.

D|«« BVÀSAII.1S. 66

f«fqu'aux Apotrea , et qui descend jusqu'à immis. Si les Evangiles sont supposés , tout ce qui existe d'ourrages chrétiens depuis Tor^pluede Ja religion, l'a été.

Pour soutenir avec quelque appai*ence le système de la supposition des Evangiles ^ il faudrait fixer l'époque où ils ont été introduits dans le chi*istisinisu»e. !Nous portons aux incrédules le déâ de marquer un temps où la fraude ait été ^ nous ne disons pas seulement effectuée, mais possible. Assignera-^^t-on le temps où les Apôtres vivaient encore? Aurait-on osé la tenter sous leui*s yeux? aurait^on pu la réaliser malgré eux? Veut-on que ce soit immédiatement après la mort des Apôtres , que les Evangiles aient été produits? Les disciples qu'ib avaient instruits , à qui ils avaient laissé après eux le gouvernement des diverses Eglises. , l'auraient-ils ignoré ? Tauraient-ils souffert ? Passerart*on à l'âge suivant pour y placer la supposition ? Plus on la recule , plus on la rend impossible. Une plus grande étendue de l'Eglise y une plus grande multiplicité d'Eglises particulières, rend l'unanimité plus incroyable, un plus grand nombre lie sectes rend le concours plus impraticable. Le système de la fal^âcation déjà absurde, parce que personne, n'aurait pu la faire , Test encore , parce que jamais on n'aurait pU la faire.

Et si elle avait été réelle , cixMt-on qu'elle eût pu s'effectuer avec un tel secret , que les ennemis du christianisme , si acharnés contre lui , si attentifs à saisir toutes les manières de le combattre , n'en eussent eu aucune connaissance , et qu'ils eussent négligé un moyen aussi favorable à leur cause? Gelse reproche aux livres saints d'être altérés en. quelques endroits ; nulle part il ne dit qu'ils sont apocryphes : et Julien attribue formellement les Evangiles à leurs quatre auteui's. Poui' soutenir qu'ils ne sont pas leur ouvrage , déistes , vous avez a démentir non- seulement tout ce qu'il y a eu de chrétiens jusqu'à nous, mais tout ce qui a existé avant vous d^incrédules.

Reven<ms à notre Evangile ,. et examinons les leçons

que nous présente l'exemple du saint précurseur. Modèle des soit ta ires dans ses premières années, par ses incroyables austérités, dans les années suivantes il le sera des hommes apostoliques , par la force et l'étendue de son zèle , pour l'être enfin dans sa mort , des martyrs , par l'intrépidité de son courage. Cette aurore du jour brillant qui doit bientôt éclairer l'univers , se tient cachée dans une nuit profonde , jusqu'au moment où il lui sera ordonné de paraître. Que fait-il au fond de son désert loin de toute société humaine , cet homme destiné à annoncer un jour au genre humain son salut? Il se prépare à ce grand ministère ; il fuit les regards pour s'y présenter ensuite avec plus d'autorité , et il se donne le droit de prêcher la pénitence , en pratiquant lui-même, malgré son éminente sainteté, la pénitence la plus rigoureuse dont les hommes eussent l'idée. Le premier apôtre de Jésus-Christ vous trace la route , vous qui êtes appelés à la même fonction. Voyez ce grand personnage se disposer à une prédication de quelques mois , par une retraite de trente années. Pourriez-vous imaginer que quelques études superficielles , faites au milieu du monde, fussent une préparation suffisante? Etudiez, cela vous est en effet nécessaire, les grandes vérités que vous serez chargés d'annoncer ; mais apprenez du plus grand prédicateur qui fut jamais, où et comment vous devez les étudier : c'est , à son exemple , dans la solitude que vous en acquerrez la connaissance. Vos méditations vous instruiront plus que vos travaux-, et vous obtiendrez la science , l'onction, la force, tous les talents dont vous avez besoin , bien plus sûrement et bien plus abondamment devant votre crucifix , que dans votre cabinet. Pénétrez-vous des vérités saintes, afin, de pouvoir les répandre avec profusion ; formez-vous aux vertus que vous aurez à prêcher ; que votre exemple soit votre première prédication ; que le respect que votre personne en inspire pour vos discours ; que votre vue rappelle ce grand mot de l'Apôtre , et vous en fasse faire l'application : Soyez mes imitateurs , comme je le suis de Jésus*

Christ (]). Sans négliger entièrement les ornements humains, devenus malheureusement nécessaires, gardezvous de vous y attacher trop fortement , et surtout exclusivement. Ne cherchez pas à plaire , ne songez qu'à persuader. Occupez-vous de rendre vos exhortations non pas agréables , mais solides , et de leur donner non de la grâce , mais de la force. Les orateurs ne sont qu'applaudis, ce sont les apôtres qui convertissent.

Ce n'est qu'après avoir entendu Tordre divin , que Jean- Baptiste quitte son désert, et vient sur les bords du Jourdain exercer le ministère pour lequel il a été donné au monde. Pour qu'il entre dans la carrière , il faut que Dieu la lui ouvre : autre leçon , que donne son exemple à ceux qui doivent un jour l'y suiyre. Le saint le plus parfait n'ose pas s'ingérer dans les fonctions sacrées , avant que la voix de Dieu ne l'y ait appelé ; et quelqu'un oserait se flatter de n'avoir besoin , pour s'y immiscer , que de sa propre volonté !

Ce n'est pas seulement l'honneur du saint ministère qu'il est défendu d'usurper, si on n'y est pas appelé de Dieu , comme Aaron (2) : c'est une erreur aussi commune qu'elle est funeste , que la vocation divine est seulement nécessaire aux ecclésiastiques. Hommes de tout état , vous en avez un égal besoin. Un des principes les plus importants , mais aussi un des plus inconnus de la morale chrétienne , est ^'obligation de consulter la volonté de DieU , et de s'y conformer pour entrer dans une profession quelconque.

Nous avons tous une vocation commune ; chacun de

nous a une vocation particulière. Dieu veut que tous les hommes soient sauvés (3) : voilà la vocation générale. Il ordonne à chaque homme de se tenir dans l'état auquel il a été appelé (4) : voilà la vocation particulière.

(i) Imitatores inei estote,bicnt et fgo Christi ÂdCorinth. ^y^ i6. (a) Nec qaisqaam humii sibi honorem , sed qoi vocatnr a Deo tanqQam Aaron. Ad Heb. v, 4*

(3) Omnes hominés voit salvos iîeri. / Ad Timoth. n , ^.

(4) Unasqnisqae in qaa vocatione vocatos est, in ea permaneat. / Ad Corinth. yn, ao.

68 SXPUCATIOM

L'une de ces vocations est notee but ^ l'autre est notre moyen pour Fatteiaclre* La première est le terme où. Dieu nous attend ; la seconde , la route où il nous place pour y parvenir. Auteur du salut ^ il se propose de uouâ y rassembler tous ; auteur de la société , il nous partage entre les diverses professions dont il l'a composée. Nous soiniues dans sa main , coum>e l'argile dans ' la main du potier; et cette comparaison, quoiqu'elle soit de l'Esprit saint , est encore trop faible pour exprimer la dépendance où nous sommes de notre créateur. De même que le potier a le pouvoir de faire de sa masse de terre , le vase qu'il lui plait (1) , de même Dieu est le maître absolu de nous employer selon son bon plaisir. Nous ne sommes pas à nous, pour disposer à notre gré de nous-mêmes; et c'est attenter à son domaine suprême y c'est mettre notre volonté à la place de son autorité , que de noua attribuer des fonctions que nous ne devons tenir que de lui. Et n'est-ee pas lui qui > en nous créant » nous a rendus propres à une profession plutôt qu'à uae autre ? Ne connalt-il pas parfeitement ce qu'il a mis dans nous : le caractère , les goûts , les inclinations, la tournure d'esprit, les talents, les qualités qu'il nous a données? Aurions-^nous la prétention insensée de nous connaître aussi pleinement que nous sommes connus de lui? Disons même plus : la connaissance de nous-mêmes est celte que nous avons le moins , parce que c'est celle sur laquelle nous nous faisons le plus d'illusion. L'un, poussé par sa présomption, se juge capable des cboses les plus au-dessus de sa portée ; l'autre , retenu par la timidité , n'ose pas oe qui lui serait le plus facile; celui-ci, entraîné par son imagination , ne voit que ce qu'elle lui présente; celui-là, emporté par ses passions ^ se persuade tout ce qu'elles lui suggèrent. Presque tous, aveuglés par leur amour-propre , s'attribuent les qualités qu'ils n'ont pas, ou eiagèrent

A.n non h»bet potestateni figalus luti ex eadem massa facere aliiid ^nideni va^ m honorem , aliad veto in cuntameliam? Rom. ix, ai.

celtes qu'ils ptuvait aivoîr; preneent leurs déftîrs plaides dispdsitiens , leiKS goâts pour des lalents, leurs sentiments pour des vertus. Avec une connaissance de mmsmémes aassi bornée , aussi incertaine , aussi fausse , prétendre décider , par nos propres lumières , l'état auquel nous convenons le miens , c'est aux yeux de la raison une extravagance.

Aux yeux de la religion , c'est de plus une témérité. Il n'est rien dont le salut dépende davantage, que du choix de l'état : ce prenvier pas, en décidant la route que l'on va suivre 9 annonce le terme où l'on arrivera. Sans doute, il n'y a pas de profession , excepté celles qui sont criminelles de leur nature , qui ne puisse conduire au ciel : toutes présentent des moyens de salut ; toutes aussi ont leurs difficultés et leurs périls. £n imposant à chaque état des devoirs propres, en exposant cha^que état à des tentations particulières, la sagesse Suprême, qui ptopor tienne toujours les moyens à la fin , destine à chaque état des grâces spéciales qui en fassent rem« për les devoirs et surmonter les tentations. Souverains , cette sagesse infinie vous le déclare eiie-inéme , c'est par elle que vous régnez, et elle vous inspire les justes lois que vous dictez aux peuples qu'elle vous a soumis (1). Magistrats, ellemonte avec vous sur les tribunaux , et v^us y communique les dons de lumière et d'incorruptibîBté , qui vous font prononcer des arrêts équitables. Guerriers^ elle vous suit dans les camps , pour vous revêtir de la force et de la modération. Ministres des autels, elle est avec vous dans toutes vos fonctions, pour vous remplir de la piété nécessaire à leur exercice. Courtisans, vous la trouvez dans les cours, vous pénétrant de l'inaltérable droiture qui repousse l'intrigue. Solitaires , elle habite vos cloîtres , et vous fait chérir les mortifications que vous êtes venus y chercher. Juris-

(1) Per me rege* regnaat, «t i«gnni conditores jatta drcemoBt. Pro^rb. Tiii, i5.

consultes, elle est au barreau, éloignant de vous l'esprit de chicane , et vous faisant triompher de ses subtilités. Négociants, elle préside à vos comptoirs, et y fait régner l'exacte probité qui rejette les gains illicites. Hommes de tout état, appelez-la, invoquez-la, et elle vous apportera toutes les grâces propres à votre profession : grâces d'union et de fidélité aux époux ; grâces de continence aux célibataires ; grâces de douceur et de fermeté aux pères ; grâces de docilité aux enfants ; grâces de bonté aux maîtres ; grâces d'obéissance aux serviteurs ; grâces de commandement à tous les supérieurs ; grâces de soumission à tous les subordonnés. Chacun , dit le grand Apôtre , reçoit de Dieu le don qui lui est propre ; l'un d'une manière, l'autre d'une autre (1). Les grâces sont différentes , comme, les ministères sont différents , comme les opérations sont différentes : mais c'est Dieu qui opère tout dans tous , manifestant à chacun l'esprit qui convient à son utilité; attribuant à l'un la sagesse ; à l'autre, la science; aux autres, divers autres dons : c'est le même esprit qui effectue tout cela, distribuant chaque chose à chac;un^ ainsi qu'il le veut (2). Remarquons les expressions : ministères à exercer, dons pour les bien remplir, c'est Dieu qui donne le tout : c'est lui qui assigne les uns, qui distribue les autres, qui les répartit tous, ainsi qu'il le veut : nous devons donc soumettre notre volonté à la sienne. Ainsi qu'il le veut, c'est donc une obligation stricte de nous mettre dans l'état qu'il nous a destiné, afin de recevoir les grâces

( I ) UnnsqQisque propriom donam babet ex Deo : alias qnideio sic , alias vero sic. I Jd Corinth. vn, 7.

{i) Divisfones rero gratiafnm sant, idem aatem spiritas; et divisionos inini*trationam sant , idem antem Dominas : et diviftiones operationom sont, idem vero Deas, qoi operatar omnia in omnibns. Unicuiqae aotem datnr manifestatio Spiiitns ad attlitatem. Alii qoidem per Spiritnm dator sermo sapienliae; alii antem &erz!0 acientiae secnndom enmdem Spirilnro; alii.... hsec antem omnia operatnr anas atqae idem Spirifns, dividens singnlis proat ynlt. / //</ Corinth. XII , 4-1 1.

BE8 EVAIiGlLES. 71

qu'il n6us y a préparées. En entrant dans une autre pro* fessioa , vous sortez du plan de sa providence ; vous intervertissez ses desseins sur vous ; vous rendez vaines ses vues de sagesse et de bienfaisance. Les secours qu'il se proposait de tous donner, étaient relatifs aux devoirs auxquels il voulait vous soumettre. Vous vous formez à vous-mêmes un autre ordre de devoirs. Prétendez-vous Tobiiger par là à vous donner des secours d'un autre ordre ; et vous flattez-vous de faire varier ses décrets au gré de votre volonté ?

Combien donc est épouvantable le danger de l'erreur sur le choix de l'état ! L'enfer est peuplé de malheureux que cette seule méprise y a conduits, et qui y déplorent, dans un désespoir éternel, cette première prévarication qui a été la cause de toutes les autres. Tel dans le cloître eût marché de vertus en vertus , qui est allé dans le monde perdre son innocence , et se précipiter de crimes en crimes : tel autre se fdt sanctifié dans le mariage, et par les professions civiles, qui est venu se faire l'opprobre du sanctuaire et le scandale de l'Eglise. Ah I si dans l'état où on est le plus légitimement appelé, on est encore exposé à des chutes honteuses ; si , parmi les apôtres que Jésus -Ghrisi s'était choisis , il s'est trouvé un misérable qui l'a trahi , que doivent devenir les téméraires qui, de leur propre autorité, usurpent des états que Dieu ne leur assignait pas? que doivent-ils devenir, exposés à plus de dangers, et n'ayant pas les mêmes secours?

£t ce qui rend leur malheur plus déplorable encore ' c^est qu'ils ne pensent pas à le déplorer ; c'est qu'il n^y a presque personne qui imagine de concevoir du scrupule de s'être engagé dans une profe^ion contre la volonté de Dieu. On éprouve tous les jours les tristes eflets du choix téméraire que l'on a fait , et on ne songe pas à remonter à leur cause. Qui pourrait calculer toute la suite de péchés dont ce premier péché est la cause funeste, et qui, naissant les uns des autres, se prolongeront peut-être dans un long cours d'années? Qui en-

72 BxyucATioN

trcprendrait de compter tcmt ce que £era coimneltre de déiordres le scandale du pasteur ; d'ii^ustices» Tincapacité d« magistrat ; de vexatioas , la faiblease de l'admis nistrateur ; dedëpi^édations, la rapacité du financier ; de crimes de tout genre , Findignité de rkoniine constitué dans une place quelconque ?

Nous entendons tous les ^ours des plaintes amères sur la manière dont sont remplis divers emplois de la sah-ciété. Beaucoup de conversations sont des censures des hommes en place : quelquefois elles sont produites par l'en vie , ou exagérées par la malignité; mais souvent elles ne sont que trop bien fondées. Combien dans les dignités éminentes, d'hommes, ou incapables, ou indi-gnes ! combien peu qui en soutiennent Thonneur par leurs vertus et leurs talents! Les siècles qui nous oat précédés voyaient dans tous les états {^usieurs person-» nages d*uo mérite transcendant , qui étaient pour les autres des modèles et des objets d'émulation. Aujourd'hui, hélas! dans quel état pourraft->on en citer un seul? On chercherait en vain ailleurs la cause de ce ouiheur universel. Les places sont généralement mal rem*plies, parce que presque personne n'est à sa place. De tous les hommes que nous voyons dansie monde , il y en a bien peu qui puissent se flatter d'être où Dieu les veut.'Ëc comment pourraient être placés conformément à la volonté de Dieu , ceux qui n'y ont eu aucun égaini en choisissant leurs places? La dernière chose dont on s'occupe en embrassant une profession , est de savoir si on en a la vocation , et si on peut , avec quelques fondements , espérer d'y foire son salut.

On se détermine pour un état: et quand s'y déterimne-t-on ? C'est communément dans un âge où le jugement n'est pas formé, où les penchants ne sont pas annoncés, où aucune disposition n'est marquée, où non-seulement on ignore ce que l'on sera , mais où on ne peut pas savoir ce que l'on est; où, loin d'être capable de choisir on ne l'est pas même de connaître. On décide les destinées de tonte sa vie, n'ayant pas assez de raison pour décider du plus léger intérêt.

DBS ÉVANGILES. 73

On se détermine pour un état, et commenC s'y décermioe-t-on ? La circonstance de la vie où la maternité des considérations serait le plus nécessaire, est celle où on nous conduit avec le moins de réflexion. On ne prend conseil que de ses désirs ; ou si on cherche quelques avis, ce sont ceux d'hommes aussi légers, aussi dissipés, aussi frivoles, aussi libertins peut-être que soi-même : on n'écoute que ce qui plaît ; on n'entend pas ce qui serait utile ; on ne se donne pas la peine de s'étudier soi-même , d'examiner ce qu'on a de qualités pour choisir Tétat où elles pourront le mieux sed^loyer, ce qu'on a de défauts pour éviter la profession où ils seraient plus dangereux : on ne regarde ni les dangers dont la route est semée , ni le terme où elle conduit. Figurezvous un passager qui se jette inconsidérément dans le premier navire qu'il trouve , sans examiner ni s'il est assez solide pour lui confier «on existence , ni s'il doit le mener au port qui est l'objet de son voyage.

On se détermine pour un état : et par quels motifs s'y détermine-t-on ? Ce n'est presque jamais par les considérations religieuses , les seules qui devraient y déterminer. Le respect pour ceux dont on dépend , la complaisance pour ceux qu'on aime , quelquefois le hasard seul 9 une occasion qui parait favorable ; d'autre fois j und^oût que l'on éprouve, un dépit que l'on conçoit, le plus souvent des arrangements de famille , des convenances de société, l'ordre de la naissance : voilà , nous le voyons continuellement, les raisons qui décident tous les hommes à l'état qu'ils embrassent.

Serait*il donc défendu d'avoir aucun égard aux considérations hnmaines? Serait-il ordonné de fouler aux pieds toutes les convenances sociales, et d'aller , au mépris de l'ordre universellement établi, nous jeter dans des professions qui répugnent au rang dans lequel la Providence nous a fait naître ? A Dieu ne plaise que nous exagérions les ventés saintes , et que , pour ne pas altérer leur sévérité , nous portions atteinte à leujr sagesse^ La vraie prudence humaine n'est pas contraire

1^4 EXPUGATION

à la prudence cliréticiine , mais «Ue lui est subordonnée. L'abus consiste , non pas à prendre en considération les tonvcnances sociales, mais a les considérer uniquement, même principalement. L^espiit de la reli^ fiion n'est pas que l'homme de la classe supérieure descende à des professions mécaniques , ni que celui d'un état inférieur aspire à des fonctions au-^ssua de sa condition ; nom devons au contraire regarder le rang ou la Providence nous a placés en nous donnant l'être, comme une Femière indication de «es vue». La condi^ tion est une première vocation ; mais dans la condition où Dieu nous a fait nattre , il y a plusiwrs professions à embrasser ; et entre ceiles-ià , il faut choisir cette qui doit conduk« le plus sûrement au salut. Les considérations humaines doivent uniquement former des excluions : les considérations divinefe sont les seules dignes d'être nos motife. Les premières ne doivent servir qu'à nous éloigner ^es états qui leur sont contraires; les secondes ont seules droit de nous fixer dans l'état qu'elles inspirent d'adopter.

On le détermine pour on ^tat ; et dans quelles vues «\ détermine^t-on? C'est là ce qu'il y a de plus dénlorable, c'efrt presque toujours par les vues qui de- ▼raient en éloigner : pour favoriser «^ inclinations vïcicŒfâes , pour assouvir plus Mbrônent s^ passioi» crimintâles. Le libertin court dans lea camps, espélant y trourer la licence ; le vaniteux monte sur les tribunaux , cherchant 4a considération : l'indoient vient dans le sanctuaire se livrer à l'oisiveté ; l avurese jette dans la finance, ponr accumuier ^deîr trésors, le cbercbe datîs tous les éiîats des hoiwwes qui y soient entrés dans la vne de lenr sakrt, et combien peu j en aperçois! C'est surtout la maftiaMWse passion de lam- . bition qui peuple les divewes professioiis de fe sooeté. On entre dans la rouftc ok l'on se flatte ( c est . respresakm ïf«i'on emploie) dé faire le phis grand che- «inTOn choisi, «ttti« les ét«te, «elui ou l on e^e»e amasser le pto 4e ^gnités , 4'honi«rtits , de riches-

DÈS ÉVAW6ILt8. 75

ses ; on ne B'occvpe qae des biens de la fortone : on ne pense pas «axdons de la gfâce ; et qu'arrîYe-t-il de cedje première en:ear? L'esprit qu^on a porté dans le choix, on le coaserTe dans l'exercice ; on ne roit dans ses foiMSlâons , que ce ^u'on y a cherché ; on s'en acquitte comme on s'en est ehargé. C'est là , n'en doutons peint y e'esC là une des principales causes pour lesquelles noas Toyons toutes les professions devenir des ob^SKles «a «alut , tandis qu'elles deyraient en être des moyens. Malheureux I que ces vues coupables vont engager dans la démarche qui fera le sort de votre vie et de votre^emité , arrêtez-vous a ee pas décisif; tremtdes d'Mteindre ee que vous poursuivez si incoosidérément. V'Ous obtiendrez peut-être les avantages temporek f objet de vos vceux imprudents ', mais si Dieu vous les accorde , ce sera dans sa colère. La première punition qu'il vous infligera du dérèglement de votre choix , sera de favoriser les pasnens qui l'ont inspiré. Vos désirs causent votre aveuglement , vos jouissances l'augmeoteront. Tous commencez, sans vous en douter, l'ouvrage de TOtre réprobation; plus vous l'avancerez, moins vous voos en apercevrez. Vous vous féliciterez de marcher de succès en succès , tandis que«vous tomberez de ruine en ruine; et votre malheur étemel sera d'autant pins assuré, que vous n'en aurez ni la crainte, ni la dooienr, ni même la connaissance.

£t peut-être même n'attendrez-vous pas la vie future pMir irecoeiHîr les fruits amers de votre choix. Voyez dass tous les états, combien de mécontentements, combien de regrets de 6'y être engagé 'l Cherchez autour de veus des personnes qui se trouvent heureuses de leur «tnailto». Chacun se plaint de sa condition ; chacun envie eeHe «d'antrui ; le dégoût de ce qu^on a , le désir de ce^'ioii tt'a pas, voilà les sentiments presque uniyersels» fit n'est-ce pas là une suite naturelle de la légèreté , de rimpnidence^ de la témérité, avec lesquelles tm s'est ieié daaif sou état? Les pays qui diansie loiotein tprésentent à l'œil l'aspect le plus riant, sont quelquefois les

76 £XPLIGitION

plus désagréables à habiter. L'état qui dans le point de vue éloigné , n'offrait que des espérances de bonheur, souvent quand on y est^ ne donne que des chagrins et des soucis. Tout ce que rimagination embellissait, est bientôt dépouillé par Pusage des charmes qu'elle lui prêtait; les agréments dont on s'était flatté , ou se trouvent nuls , ou après peu de temps sont flétris par la jouissance : et cependant on s'est imposé des charges qu'on n'avait pas prévues ; on s'est donné des occupations fâcheuses , dont on n'avait pas eu Tidée ; on se voit placé entre l'obligation de se livrer à des devoirs pénibles , et la crainte de se déshonorer si on ne s'en acquitte pas ; on voudrait ne pas les remplir ; mais on ne veut pas s'avilir en y manquant, et de là il arrive que l'on fait l'un et loutre. On exerce les fonctions de son état, mais mollement , lâchement ; de sorte qu'on en ressent tout l'ennui , et qu'on en a pas le mérite. Par la manière dont on pratique ses devoirs , on perd à la fois et sa tranquillité et l'estime publique.

C'est une nécessité pour notre bonheur du temps et de l'éternité, de connaître quelles sont les vues de Dieu, quel est l'état où il nous appelle. Mais comment atteindre à cett^ connaissance? quel moyen de s'assurer d'une vocation si nécessaire à suivre ?

La première personne qu'on doit consulter, c'est soimême. Pieu, en créant l'homme, Ta remis dans la main de son conseil (1); il l'a doué de la raison, afin qu'elle l'éclairât d^n$ toutes les circonstances de sa vie. Et à quoi est-il plus nécessaire d'employer ce flambeau qu'alluma au dedans de nous la main du Créateur, qu'à nous éclairer dans l'acition dont l'influence se répandra | sur toutes celles qui la suivront ? Il faut donc commencer j par examiner par une sérieuse et continuelle réflexion ,1 et soi-même , et les divers états entre lesquels on peut choisir. Il faut d'abord s'examiner soi-même avec une

(i) Densab iaitio coostitnit hoiDinem, et reliqait illam in DWiti^ concilii soi. EccL zv, x4.

BËB ÉVANGILES. ^

entière impartialité , sans voùloii:, ni se flatter, ni se dénigrer pour connaître les inclinations qu'on tient de la nature , et celles qu'on s'est données par l'habitude ; les qualités que l'on peut avoir, les talents que l'on a reçus, et l'espèce d'occupation à laquelle les uns et les autres rendent le plus propre; les défauts auxquels on est enclin , les fautes auxquelles on est le plus sujet y les tentations auxquelles on est le plus porté à céder, les passions qui ont sur l'âme le plus d'empire. Il faut ensuite considérer les divers états que l'on peut embrasser, non pas avec l'œil du monde , qui ne regarde que les avantages temporels , mais avec un œil religieux , qui envisage les biens spirituels. Il faut combiner ces conditions différentes , avec les dispositions qu'on y apportera , et juger, d'après la comparaison des unes et des autres , quel est l'état où on aura le plus de moyens de faire le bien , le moins d'occasions de faire le mai ; où. les facultés dont on est pourvu pourront avoir le plus de succès , et où les passions dont on porte le germe auront le moins d'influence ; où on sera le plus près des grâces , et le plus éloigné des tentations.

Mais vos réflexions les plus profondes , utiles , nécessaires même pour le choix d'un état , ne sont pas suffisantes. Ce n'est pas assez de vous consulter vous-^même ; c'est Dieu surtout qu'il faut consumer : comme c'est lui qui dans sa sagesse vous a ^estiné uke profession , c'est de lui que vous devez appi:endre quelle elle est. Demandez-lui donc d'accroître de sa lumière céleste vos faibles et incertaines lumières , et de vous guider dans cette route obscure , où , s'il ne vous dirige pas , vous vous égarerez immanquablement. Répétez-lui souvent avec David : Seigneur, montrez-moi vos voies ; instruisezmoi quels sont vos sentiers (1). Recevez avec respect, écoutez avec attention , suivez avec fidélité ses inspi-< rations intérieures. J'écouterai, disait le même prophète,

(i) Vias taas d^monatra mihi; et aeniitas tuas edoce me. Psal. XXIV, 4.

7â KXPLICA,tiON

ce que le Seigneur dira au dedans de moi (i), La inême docilité vous attirera la même récompense ; et cosnoie lui, Dieu toim sanctifiera daat l'état où ï\ voua aura placé*

Il faut cependant encore prendre garde de se tromper sur cette voix du Seigneur dans nos âmes. U n'arrive que trop souvent de prendre pour des inspirations divines , l'emportement de l'imagination , l'efiervcseeiice du zèle. A la piété qui excite , il est nécessaire de joindre la prudence qui dirige. Pour ne pas confondre la voix de Dieu avec celle de nos inclinations » la bonté divine nous donne un moyen ; c'est de nous adresser à ses ministres^ qui jugeront plus imparûalement , et par conséquent plus sûrement que nous , ce qui est la volonté de Dieu , et ce qui est le désir de l'homme s c'est par eux que le Seigneur manifeste ordinairement ses intentions. Il les éclaire spécialement eux-mêmes, et les revêt de l'esprit de conseil. C'est donc là le troisième conseil que vous devez prendre. Traitez cette importante affaire avec un directeur rempli de la sagesse divine, dont le zèle soit conduit par la pi^udenee, et l'esprit mûri par l'espérience. Exposez-lui avec candeur vos pensées et vos doutes ^ vos forces et vos faiblesses, vos dispositions bonnes ou mauvaises^ vos mouvements intérieurs , vos goûts et vos répugnances. Donnez-lui la liberté la plus entière de vous interroger, et de vous donner sur ce qu'il jugera le plus utile à votre salut , des avis auxquels vous aurez lieu de croire que Dieu aura présidé. Ce sera alors , ce sera quand vous aurez fait ce que le Seigneur demande , que vous pourrez espérer avec confiance que vous vous êtes conformé à sa volonté ; que c'est sa main qui vous a ouven la porte de l'état où vous êtes entré ; que sa grâce qui vous y a introduit , vpus y assistera ciHistamment, et que , comme vous êtes dans la route qu'il vous a tracée , vous parviendrez au terme où il vous attend.

(i) Aadiam ([nid loqoatar in me Dominas mens. Psal, uxziv,9.

i>E9 ÉTAN6ILI6. ?9

S!t les màllieureiix qal se sont précipités dams des états -où Dieu ne les appelait pas , et qiû s'y trouvent engagés de manière à ne pouvoir plus retourner en arrière, sontils donc perdus sans retour? la route qu'ii3 sont forcés de suivre, est-^le nécessairement pour eux celle de la damnaUnn? Ahl qu'ils se gardent de cette infernale pens^ ! le désespoir serait leur dernier et leur plus grand malheur. Ce serait en croyant leur salut impossible» qu^ils le rendraient tel. Le ciel n'est inaccessible qu'à ceux qui ne veulent pas travailler à y ariiver. Le choix illégitime de l'état rend le salut beaucoup plus difficile , mais non impraticable ; c'est un péché plus grave que beaucoup d'autres, un péché qui a des conséquences plus funestes que les autres ; mais enfin , la miséi icorde divine a y dans ses inépuisables trésors, des ressources contre tous les péchés. Tant qu'on peut avoir la grâce du repentir, on peut e^érer toutes les autres. Ils se sont éloignés de Dieu; mais il ne tient qu'à eux de s'en approcher : ils glissent sur le penchant de l'abîme ; mais ils n'j sont pas tombés i il leur faut de plus grands eiforts ; mais ces efforts , en cela même qu'ils seront plus pénibles , seront plus méritoices. Us se retrouveront à la place où Bieu les veut, quand une sincère pénitence, unanAour ardent -de Dieu, une observation exacte de ses commandements, une assiduité perpétuelle aux devoirs de l'état qu'ils ont pris , les y auront remis. La bonté infinie dai^para rendre à la douleur qu'ils auront de leur choix coupable, les grâces qu'elle avait destinées, à un choix rehgieux.

Il w»! da»8 êoutê la région du J&wpdmn, prêchani le baptême de la péniteme peur la rêmieeion despéekés^ sehn -ce qui est écrit dans le livre du prophète Ise^e : Une mix crie dans le déserti Préparez la %me du. Seigneur, rendez droiu ses sentiers; toute vaUée sem eowiblée , Umte mon-tagne et toute colline seront abaissées , les chemins tortus seront redressés^ et tes raboteux seroni aplanis.,- et toute chair verra le Sauœur envoyé de Dieu. Le premier objet de la prédication du saint précurseur est la pénitence; c'est

aussi par là que le Sauveur commence la sienne (i) < c'est ainsi pareillement que les Apôtres ouvrent la leur (2). La pénitence est la porte du ciel. Pour aller à Dieu, il faut, avant tout, quitter la route qui en éloigne. Pour remplir son âme des vertus qui font la justification, le préalable indispensablement nécessaire est de la vider des vices qui s'y opposent. On ne peut pas être aimé de Dieu , en restant chargé des crimes qu'il abhorre : on ne peut pas l'aimer, en conservant de l'attachement pour les objets de son aversion. Un plaisir criminel fit entrer le péché dans voti*e àme ; il faut qu'une douleur religieuse l'en fasse sortir. La pénitence est un devoir universel. Dieu ordonne aux hommes , par le ministère de son Apôtre , que tous , et en tout lieu , fassent pénitence (3). Aux pécheurs , le sacrement de pénitence est essentiel; aux justes, la vertu de pénitence est nécessaire. Comme il n'y a personne qui puisse se juger exempt de péché , il n'y a personne qui doive se croire dispensé de la pénitence. Et ne voyons-nous pas les plus grai^ds saints être ceux* qui font la pénitence la plus austère? Chose étonnante! ces modèles de toutes les vertus, sont ceux qui se livrent aux exercices rigoureux d'une pénitence dont ils semblent n'avoir pas besoin ; et les hommes chargés des plus énormes péchés , sont ceux qui s'y refusent.

Ce n'est pas seuleinent à faire pénitence, que S. Jean- Baptiste exhortait les hommes* de son temps, et dans eux les hommes de tous les siècles ; c'était à faire des fruits, et de dignes fruits de pénitence. Dans notre évangile , il fait consister ces fruits de pénitence en quatre choses : 1° que toute montagne et toute colline,

(i) Exindecœpit Jesua praedicare, et dicere : Pœnitentiani agite; appropinqoavit enim regoam cœloram. Matth, nr , 17.

(a) Petras vero adillos : Pœniteotiam , ÎDquit , agile, et bapticetar anasqaisqae vestrnm in nomine Jesa Ghristi in remissionero peccatoram Teslroruni. Jet, n, 38.

(3) Deos nanc annantiat hominibas, ut omnes nbiqoe pœnitentiam agant. Act, xvit, 3o.

DES ÉVXNGIUU. 81

c*e8t-à-aire , tout orgueil , par lequel on s'élève audessus des autres , soît abaissé : orgueil de la naissance , orgueil du rang, orgueil du pouvoir, orgueil de la richesse, orgueil des talents, orgueil des connaissances, orgueil des qualités , orgueil des vertus , que tout soit écrasé , et reste comprimé sous les humbles sentiments de la pénitence ; 2"* que toute vallée soit remplie ; ce qui signifie, que tous les vides qui se trouvent dans notre vie, soient comblés ; que les omissions continuelles dans lesquelles nous la passons cessent, et que nous nous mettions désormais au niveau de nos devoirs , à la hauteur de notre vocation ; 3'* que les chemins tortus soient redressés ; que la droiture de nos intentions , la simplicité de notre foi, la sincérité de notre soumission, nous fassent marcher, sans nous écarter, dans la voici droite que Jésus-Christ nous a tracée , et que son Eglise nous montre ; 4° que les voies raboteuses , que les inégalités de notre conduite soient aplanies ; que nous écartions de nos pas les pierres sur lesquelles trop sou-* vent nous nous heurtons et nous tombons ; que tout ce qu'il y a d'âpre et de rude dans nous diparaisse, et fasse place à la douceur chrétienne. C'est ainsi , c'est en nous réformant entièrement par une sincère pénitence, que, comme le dit le saint précurseur, nous préparerons dans nous les voies du Seigneur, et nous mériterons de voir un jour le Sauveur envoyé de Dieu. (1).

(i). Facile eigo frontns dif[nos pœnitenti». Luc. m, 8,

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DES MESSES DE MINUIT ET DE l' AURORE DU JOUR DE iSOEL.

Naissance de notre Seigneur Jésus-Christ.

Dans ces jours-là , il arriva qu'on publia un édit de César-Auguste, pour faire le dénombrement de tout Tuttivers. Le premier dénombrement fut fait par Gyrinus , gouverneur de Syrie ; et tous allaient se fair^ enregistrer dans la ville d'où chacun était. Et parce que Joseph était de la maison et de la famille de David, il partit aussi de Nazareth, ville de Galilée, et alla en Judée, dans la ville de David, appelée Bethléem^ pour se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Pendant qu'ils y étaient, le temps de son accouchement arriva, et elle mit au monde son fils premier né, l'enveloppa de langes, et le coucha dans une crèche , parce qu'il n'y avait point de place pour eux dans rhotellerîe> Or, il y avait dans cette contrée des pasteurs qui veillaient, faisant pendant la nuit la garde de leur troupeau. Et voilà qu'un ange du Seigneur s'arrêta auprès d'eux. Une clarté divine les environna, et il furent saisis d'une extrême frayeur. Ne craignez point , leur dit l'ange, je vous apporte une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie : c'est qu'aujourd'hui , dans la ville de David , il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur; et voici à quel signe vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant enveloppé de langes , et posé dans une crèche. Et aussitôt il se joignit à l'ange une nombreuse troupe de l'armée céleste , louant Dieu , et disant : <xloire à Dieu au plus haut des cieux , et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Et dès que les

DUS EYAMGILIS. 83

ang^ se furent retirés dans le ciel, les pastears se dirent les uns aux autres : Passons jusqu'à Bethléem ; voyons ce qui y est arrivé , et ce que le Seigneur nous a fait connaître. Ils y allèrent en hâte , et trouvèrent Marie et Joseph , et Venfant posé dans la crèehe. En le voyant , ils reconnurent ce qui leur avait été dit touchant cet enfant ; et tous ceux qui en entendirent parler furent dans l'admiration des ehoses racontées par les pasteurs. Cependant y Marie conservait toutes ces choses , les méditant dans son cœwt. Les bergers s'en retournèrent glorifiant et louant Dieu de tout ce qu'ils avaient entendu et V4a, selon ce qui leur avait ^té dit, {Luc, u, 1 — 20).

Dans ^€9 joun^là, il arriva qW on publia un édit de Cétar'-'jiuguste , pour faire le dénombrement de toutVuni^ vtrt. Le premier dénombrement fut fait par Cyrinus, gou» vemeur de Syrie , et tous allaient se faire enregistrer dans la ville d*<yà chacun était; et parce que Joseph était de la maison ^et delà famille de David, il partit aussi de Naza-^ reth, ville de Galilée, et aUla en Judée, dans la ville de David, appelée Bethléem , pour se faire inscrire avec Marie, son épouse, ^i était enceinte, le temps marqué par la Providence pour donner au monde son Libérateur, était enfin révolu; Les signes aux<|uels ce temps si désiré devait se reconnsdtre, étaient accompli. Le sceptre de Juda était transporté dans les mains étrangères (1). Les semaines , comptées par Daniel , arrivaient à leur terme (â). L^univers connu , passé par une succession de révolutions, dedestructions et d^établissements d'empires sous le pouvoir d'un seul maître , venait poui: la première fois, depuis beaucoup de siècles, d'être

(x) NoD anferetur sceptrnut de Juda, et dui^ de feoiore ejas, donec veniat qai mittendns est, et ip^e erit ex^pectaiio gentiam. Gen. xuz, lo.

(a) Scito ergo , et animadverte ; ab esitu sermonid , et itemm aedificetar Jera»alem , nsqne ad Cbristum dncem , hebdovad<B»9eptOf|i^ et bcbdomades tezaginta daae eru&t. Dan. ix^ a5«

84 SlPLlCATION

pacifié (1); et Fattente prochaine de la Judée , sur ce grand événement, était telle, que l'histoire de cette contrée nous montre immédiatement avant , et immédiatement après la prédication de Jésus^-Christ, une multitude d'imposteurs se prétendant le Messie promis à Israël , et , sous ce titre usurpé , excitant des séditions, et s'efforçant de s'ouvrir une voie à la royauté (2).

Mais il manquait encore une circonstance essentielle à la naissance du Désiré des nations. Le lieu en avait été désigné par les Prophètes: c'était de Bethléem, l'une des petites ville de Juda, que devaitsortir celui qui serait le dominateur en Israël (3) ; et Marie y alors enceinte de lui , faisait sa résidence à Nazareth, ville de Galilée. Dieu, qui avait amené l'accomplissement de ses autres oracles par les bouleversements successifs des monarchies et des républiques , va encore , pour l'exécution de celui-là , mettre le monde en mouvement. Sa providence suprême dirige vers son but l'ordre des causes secondes , et , sans se montrer , les fait marcher de concert et concourir au même effet. Le maître de l'empire croit, ou servir sa politique , ou étaler sa vanité dans le dénombrement qu'il ordonne , et il n'est que l'instrument du maître qu'il a dans les cieux : il imagine n'y •compter que des sujets , et son Dieu s'y trouvera compris. Tout ici-bas est réglé et • ordonné par la Sagesse

(i) Oiietor io diebas ejas jastitia, et abandantia pacis. Psal.

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