I.XXI
Venite , et videte operà Domiai , qase posait prodigia soper terram : anferens bdla asqne ad finem terrae. Ârcam conteiet et confiinget arma , et acatâ combaret igni. Yacate , et videte qaoniain ego som Deas. Psal, »lv,9, 10, ii.
{%) ÀDte hos enim Dies extiiit Theodas, dicens se esse aliquem, CCI coDsehsit numeras viroram circiter quadriDgeotomm; qoi occisas est, et oiiines qai credebaat ei diasipati sont, et redacti ad nibilum. Post haoc extitit Jndaeas Galilaens io diebaè professionis , et avertit popalam post se , et ipse periit', et omnesi qdôtqnot consenserant ci, dispersi sont. Act. v, 36, 37.
(3) Et tir Bethléem Epbrata parValas est in miDibns Jada : ei te mibi egredietor qai sit DoœiDator in Israël. Mkic, 7,2.
éternelle» Les plus grands événements qui chargent la face du monde, comme les plus petits incidents, servent également à ses desseins : nous les attribuons au hasard , parce que nous ne voyons pas leur rapport à la cause dont ils émanent. Le hasard n'est rien , c'est une imagination de notre ignorance. Tous les ûls qui font mouvoir les divers^is parties de l'univers sont dans une main invisible qui les tire et les lâche selon les vues d'une sagesse profonde ; mais ils sont trop déliés pour notre faible vue. Nous fie pouvons voir que les effets ; les causes sont dans un 'lointain obscur y ou n'arrivent pas à nos regards. Adorons dans tous les événements la main qui les dispose ; respectons ce qu'elle nous cache ; rendons- lui grâce de ce qu'elle nous procure d'heureux; bénissons-la même de ce qu'elle paraît nous apporter de malheureux , toujours persuadés qu'elle ne peut verser sur nous que des biens.
Cependant Marie et Joseph , seuls , dans le monde entier , dépositaires du secret de la Provi4ence , marchent vers fielhléem pour consommer le grand mystère de l'incarnation d'un Dieu. Marie s'avance , portant dans son sein les destinées du genre humain ,■ et paraissant n'obéir qu'à l'édit de l'empereur , elle vient coopérer aux desseins de Dieu. Avec son nom elle fera inscrire celui du fils qu'elle va donner à. la terre. Le nom de Jésus , consigné dans les registres de Tunivera^ constatera le temps de sa venue', le lieu de sa naissance , sa descendance de David , et manifestera aux nations l'accomplissement et le concours de toutes les prophéties dans son avènement.
Pendant qu'ils y étaient^ le- temps de son accouchement arriva , et elle mit au monde son fils premier né, l'enveloppa de langes,, eV le coucha dan» une crèche , parce qu'il n^y avait pas de place pour eux dans Vhàtellerie,
A l'arrivée dé Marie dans Bethléem» toutes les circonstances qui devaient accompagner l'entrée du Messie dans le monde , se trouvent réunies sans qu'il en manque une seule. Alors is'accomplit le grand mystère pré-*
B6 SrPLIGATION
paré depuis l'origine des siècles , appelé par les vœux des patriarches , annoncé par les oracles des Prophètes , figuré, par les actions de tant de justes : le ciel se rapproche de la terre , la miséricorde et la vérité se rencontrent; la paix et la justice s'embrassent (1); les «ieux se fondent en rosée , et les nuées font pleuvoir le juste ', la terre ouvre son sein , et en fait gerfner son Sauveur (2) : Dieu est homme.
Mais^ à nouveau sujeit d'étennement ! dans quel état ie souverain Maître de l'univers vient-il se montrer à son empire ! Pour tout cortège , il n'a autour de lui qu'un simple artisan , et une femme occupée à le couvrir de misérables langes : son palais est une étable sale et infecte ; et , au lieu de siéger sur un trône , il est étendu dans une vile mangeoire d'animaux. Sans doute il eût pu apparaître au moade comme un monarque puissant^ ^environné de splendeur , revêtu de majesté. A ces caractères, Israël eût reconnu le libérateur, le roi, ie conquérant, objet de ses désirs et de ses espérances. Mais Jésu»-Christ venait au contraire désabusa son peuple des fausses idées qu'il s'était formées du Messie; il venait le délivrer d'un joug , mais du joug du démon ; il venait fonder un nouveau royaume , mais ie royaume de Dieu; il venait réunir tous les peuples dans un seul empire , mais dans l'empire de la foi. Il commence dès ce mo-> ment à confondre les vaines pensées de sa grandeur temporelle. L'édit de l'empereur attire à Bethléem une affluence de descendants de David, qui remplit toute la ville : les riches , les puissants ont occupé toutes les maisons ; la pauvreté vertueuse de Marie et de Joseph ne peut y obtenir un asile. Dans l'univers qu'il a créé, Dieu trouve à peine une place pour naître.
Contraste étrange et bien humiliant pour l'humanité!
(x) Misericordia et vetius obviaverant tibi : jastitia et paz oscolatâe snnt. tsal, i.xzxiv , x i .
(a) Rorate cœl! desnper, et nttbes plaant jastam ; aperiatar terra, et geroiiiiet Sahatorem. isa, ilt^ S.
Des EVAiïGitBS. S7
dans ce même temps où le délire de l'esprit humain a multiplié les fausses divinités à l'excès le plus dégoûtant, où tout, jusqu'aux objets les plus vils , obtient les hon-^ neurs divins , où les passions mêmes et les vices les plus honteux se font élever de tous côtés de superbes temples, le vrai Dieu n'a d'autre temple qu'une étable. C'est là qu'il reçoit les premiers hommages, les plus purs, les plus religieux , les plus ardents qui lui eussent jamais été rendus. Jamais Dieu n'avait vu se prosterner devant Ini d'adorateur aussi parfait que Marie. Dans ce cceur vertueux, les premiers transports de l'amour maternel exaltaient encore l'amour divin dont il était pénétré. Nous ne pouvons pas sans doute prétendre offrir à Jésus- -Ghrist naissant des vœux aussi accomplis que ceux de cette Vierge sans tache , bénie entre toutes les femmes , annoncée depuis l'origine du monde , et préparée par toutes les grâces célestes pour devenir la réparatrice du ,genre humain , et la mère de son Dieu. Mais unissons nos faibles adorations aux siennes; conjurons cette reine du ciel et de la terre de les porter elle-même aux pieds de son Fils, et de leur acquérir par sa puissante inter--cession, le mérite et la force qu'il n'est pas en notre pouvoir de leur donner.
Or il y avait dans celle conlrée de* paiteurs qui veillaient, faisant, pendant la nuit, ia garde de leur troupeau. Ei voilà qu'un ange du Seigneur s'arrêta auprès teux. Une clarté divine les environna, et ils furent saisis d'une ex^^ tréme frayeur. Ne craignez point, leur dit l'ange; je vous apporte une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet 'd*une grande joie; c'est qu'aujourd'hui , duns la ville de David ^ il vofU est ni un Sauveur , qui est le Christ , le Sei^ gneur. Le mystère de l'incarnation du Yerbe vient de s'accomplir , et aussitôt il est manifesté. Le cie\ vient le révélera la ten^e. Mais où l'ange chargé de cette grande nouvelle va-t-il la porter? Ira-t-ildans le palais de Bethléem , retirer du sommeil où ils sont plongés, ces grands du siècle, issus, comme Jésus, de David, et leur apprendre que de leur sang est né le Sauveur ? Ira^
t-il trouver les maîtres en Israël , les docteurs de la loi , qui sur la chaire de Moïse interprètent les divins oracles, et leur dire que l'attente des nations est enfin remplie , et que dans le temps marqué par les prophéties , le libérateur d'Israël, promis si souvent, et si ' longtemps désiré, est arrivé? Ira-t-il s'adressera ces Pharisiens , dont l'éclatante réputation de sainteté attire les regards publics » et leur annoncer que celui qui doit perfectionner et consommer leurs justices, est maintenant au milieu d'eux ? Des hommes simples et grossiers , gagnant misérablement leur vie de la garde des troupeaux y voilà ceux que sur toute la terre la Providence va discerner pour les rendre témoins du plus grand événement qui fût jamais : voilà les premiers chrétiens. Et quel est donc le titre qui leur acquiert cette insigne distinction ? c'est leur simplicité même; c'est cette vertu si peu connue de la terre, qui attire sur eux les regards du ciel. Tandis qu'un monde frivole en fait le sujet de sa risée , et que les riches la dédaignent dans leurs vaines pensées (1) , Dieu déclare qu'il aime à s'entretenir avec elle (2). Un préjugé déraisonnable et malheureusement bien commun, la confond avec la médiocrité. La médiocrité au contraire recourt souvent à l'arrogance et à l'affectation pour se faire valoir. Le mérite n'en a pas besoin. L'homme véritablement grand est simple, parce qu'un lustre emprunté ne lui est point nécessaire. La simplicité donne aux grandes vertus un nouveau prix , aux grands talents un nouvel éclat. Elle fait chérir toutes les autres qualités^ et parvient même à faire pardonner la supériorité; Les pasteurs choisis sur tout le genre humain , pour connaître et adorer Jésus-Christ naissant, simples de cœur comme d'état, remplissaient avec assiduité les devoirs d'une vie laborieuse , et loin des regards du mohde, veillaient sur les troupeaux qui leur étaient
(i) Deridetar enim josti shoplicitat. Lampac oontempta apndr cogitationes divitam. Job^ xii. 4, 5.
(a) Com simplicibot aermocinatio ejai. Proy, m ,.3^
DES EVAI^GILES. 89
confiés. Cherciions le Seigneur avec la même droiture de cœur , et il se fera aussi connaître à nous. La pratique des devoirs de notre profession, la vigilance sur nous-mêmes , l'éloignement des maximes dangereuses et des plaisirs criminels du monde , c'est là ce qu'il aime et ce qu'il récompense. Les vertus les plus simples sont les plus grandes à ses yeux.
L'Evangile nous fait observer que les pasteurs se virent environnés d'une clarté divine , qui d'abord les eiïraya. Nous sommes aussi investis de toutes parts d'une clarté divine. La grâce nous a fait naître au milieu de la pure clarté de la religion, mais quel effet produit sur nous son éclat? Nous en jouissons sans en sentir le prix : nous ne pensons pas même à rendre grâce à Dieu de cet inestimable bienfait, pour lequel il nous a préférés à tant de nations malheureuses. Telle qu'en un jour trop brillant , cette lumière céleste blesse nos yeux délicats et malsains , qui se détournent pour ne pas la rencontrer, ou qui se ferment volontairement pour ne pas en être frappée. Son éclat nous effraie comme les pasteurs; mais nous ne nous laissons pas rassurer comme eux par les anges de salut, par les ministres que le Seigneur nous envoie pour nous annoncer ses vérités saintes.
L'ange rassure les pasteurs , en leur apprenant l'objet de son apparition. C'est une nouvelle importante qu'il leur apporte : c'est un ^rand sujet de joie qu'il leur annonce : la naissance d'un Sauveur, du Christ, du Seigneur. Quelle nouvelle en effet plus intéressante la terre aurait-elle entendue depuis sa création ? Cet enfant qui vient de naître , apporte avec lui un ordre de choses tout nouveau. Il élève une main vers le ciel , il l'ouvre ; et désarmant une colère de quatre mille ans, il en fait pleuvoir la miséricorde et la grâce. Il étend l'autre main vers la terre , et en change toute la face. Il abolit la Synagogne, détruit l'idolâtrie, et impose à l'univers soumis, de nouveaux dogmes à croire, une nouvelle morale à suivre, un nouveau culte à pratiquer Quelle joie plus universelle pour tout le genre humain , que la
naissance de lésus-Cfarist? joie pour le juste , à qui il apporte sa palme ; joie pour le pécheur , à qui il présente son pardon ; joie pour le Juif, dont il remplit les -espérances ; jote pour le Gentil , à qui il ouvre la porte du ciel. Mais cette grande allégresse doit-elle être absolument pour tous les hommes? H^las ! dans peu de jours il sera prédit sur cet enfant , qu'il doit être un signe de contradiction ^ et la ruine de plusieurs (1) : et lui-même nous apprendra dans la suite , que celui qui pèche en connaissant la volonté du Seigneur, sera plus sévèrement puni que celui qui aura péché en l'ignorant , et qu'il liera demandé davantage à celui à qui il aura été plus accordé (2). {^our que la venue de Jésus-Christ soit effectivement un bienfait pour vous, jtistes, il faut persévét^er; pécheurs ^ il faut vous convertir; Juifs, il faut le reconnaître; Gentils, il faut vous soumettre à sa loi. Mais nous-mêmes, dans quelle classe sommes-nous? La naissance du Sauveur est-elle pour nous un sujet de joie? n'est-eile pas plutôt un juste motif de terreur? Voilà quel doit être , dans la contemplation du mystère de ce jour , le principal objet de nos méditations. Méritons de (partager l'allégresse des pasteurs , et de nous unir à celle que l'Ëglise manifeste en ce jour , en nous conformant aux préceptes et aux exemples que Jésus-Christ vient nous donner.
F'oici à quel itgne vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant enveloppé de langes j et posé dans une crèche. Quoi ! c'est à cet état de misère et d'abjection que l'on doit reconnaître le souverain Maître de l'univers, le Roi de gloire , l'Etre suprême , devant qui tous les au-
(i) Ecce posUns est hic in rainam, et in resnrrectioxiem maltoram in Israël ; et in signum^ coi cont radiée tor. Luc, ii, 84.
(3) lUe autem tervns , qai cognovit volantatem Domini Dei sui , et non praeparavit , et non fecit secandum volantatem ejos , TapDlabit moltia : qni antem non cognovit , et fecii digna plagis, vapnlabit paocis. Omni aatem, cni maltom datom est, mnltam qoKretar ab eo; et coi commendaveront maltam, plus pètent ab eo. Luc.,
DES XVAM«ll.es. 91
très èti'es soDt comine s'ils n'étaient pas ! £c pourquoi liésiteriœss-noua à l'y reconnaître? ce qui confond ma raison , ce qui excède toutes mes pensées , ce' que mon esprit , même en \e croyant , ne peut comprendre, c'est qu'un Ueu daigne se faire homme. Mais quand la foi a fioumis ma. raison i ce g^rand mystère, quelle difficulté peut encore me faire l'état où se réduit Jésus-Christ naissant? Son premier abaissement rend tous les autres croyables. Qu'est-ce devant Dieu que toute la splendeur de la terre? L'opulence ou la misère , Féclat ou Fhumiliation sont devant lui un néant ; et il est également grand , également puissant , également Dieu , soit qu'il se montre , comme en ce jour , sous des langes et dans une étable , soit qu'il se présente , comme il le fera dans son second avènement , porté sur une nuée lumineuse , tout resplendissant de gloire et de majesté.
Disons même plus : cet état d'avilissement sous lequel il se produit aujourd'hui , est plus conforme à ses vues, plus convenable au dessein qui le fait descendre du ciel, et par conséquent plus digne de lui, que l'état de splendeur et de magnificence dans lequel il aurait pu apparaître. Le Fils de IHeu vient sur la terre, non pour partager les honneurs de son Père , mais pour obéir à ses ordres; non pour recevoir des adorations , mais pour en rendre ; non pour exiger des victimes , mais pour l'être. 11 vient, rédempteur puissant, expier nos péchés ; législateur suprême , nous apprendre à les éviter. Dès son entrée dans le monde , Jésus- Christ se présente devant son Père comme l'hostie d'expiation du genre humain (1). Il ouvre dans la crèche le ministère de satisfaction qu'il consommera sur la croix. Trois sources principales de corruption infectent l'humanité ; l'attachement iinniodéré aux plaisirs, aux richesses et
(i) Ingrediçns inandum dicit : Hostiam et oblationem noInisU ; corpos auteiu aptasti : bolocaaiornata pro peccato non tibi placaerunt. Taiic dix.i : Ecce venio nt faciam^ Deus, Toinntatem tuain^ jld Hebr, x, 5, 6, 7.
92 BXPLICAnON
aux honneurs. Jésus-Christ, au moment de sa nais-^ sance , commence à expier l'injure que ces funestes passions faisaient à Dieu. Il expie notre sensualité par ses souffrances, notre cupidité par sa pauvreté, notre orgueil par son humiliation ; et en offrant comme Dieu , à son Père, l'état où il se réduit comme homme, il lui rend ce que lui seul pouvait rendre , une satisfaction digne de la Majesté divine offenscîe. Ce que les suppU-> cations, tes repentirs, les souffrances, les humiliations, les bonnes œuvres de tout genre de tous les hommes réunis, n'auraient jamais pu opérer , THomme-Dieu l'effectue en ce jour. Gardons-nous cependant de peu— ser que l'expiation qu'il fait de nos péchés nous dis— pense de les expier nous-mêmes. Loin de nous cette hérésie condamnée par l'Eglise dans le dernier de ses conciles généraux. Faudra-t*il donc aussi prétendre, contre les préceptes positifs de Jésus-Christ, que ses souffrances nous ont délivrés de l'obligation de prier et de souffrir? Le Fils de Dieu vient se placer parmi les honunes coupables (1). Il satisfait pour nous, comme il prie pour nous, comme il souffre pour nous , afin que nos satisfactions , de même que nos prières et nos souffrances , s'unissant aux siennes , en acquièrent un prix que nous sommes dans l'impuissance de leur donner. Il présente à son Père les unes avec les autres ; et répandant sur nos faibles œuvres les mérites infinis des siennes , il les rend par cette heureuse association , dignes de la Majeslé suprême , et capables de fléchir la Justice infinie. Elles cessent d'être de simples œuvres humaines, quand elles sont jointes , et comme incorporées aux œuvres divines. Elles n'émanent plus uniquement de nous, quand c'est un Dieu qui les offre. Ainsi , la satisfaction que Jésus-Christ vient faire aujourd'hui pour nous , loin de nous dispenser de notre satisfaction personnelle ,
(x) Unus est loediator Dei et hominum homo GhrUtas Jesns. l ad Timoth. xi, 5.
DES ÉVANGILES. ûq
CB est au contraire une leçon et un encouragement • une leçon, en nous montrant comment, l'unissant à là sienne, nous pouvons la rendre méritoire; un encou rament, en nous assurant qu'en vertu de cette union elle sera reçue favorablement. '
Jésns-Christ nous donne encore dans sa crèche un*, autre grande instruction .-c'est son propre exemple n Be vient pas seulement s'offrir à son Père comme n^tre «dempteur : il vient se montrer au genre LIT comme son législateur. Elle va tomber ceTe îoi tr" tive , qm ne présentait que l'ombre des biens future non leur réaLté (1) : elle va s'évanouir devai le Jolel de venté qui se lève. Un nouvel évangile, de nouveUes vertu, de nouvelles récompenses sont apportés ril terre. Les richcMes 1. grandeur, la félicitftemporel^ étaient pour le Juif charnel l'objet de ses vœu" et le prix attaché par la loi à sa fidélité : Jésus-Srist'paralt et toutes ces idées sont confondues. U^X£ 1 homme, et l'élevant au-dessus des intérêts tmeÏeT
ses, le mépris des grandeurs, et lui ouvre, pour dédommagement de ses sacrifices, et pour prx de son obéissance, des espérances d'un ordre surnaturel En core quelques années, et il fera entendreTîrjudée" pour faire retentir de là dans toute la terre La;^ ' oracles II pi^W. le bonheur de ceurq^i sont Z affliction, dans la pauvreté, dans l'huL iatl , tonnera conûre ceux qui vivent au sein des plaS des richesses et des grandeurs. Mais que dira-t-il a or? que ne ihsent . et plus fortement encore , ces langîs éî c?tte crèche, auxquels il veut qu'on le reconnaisse 'S tons ces ^is que lui arrache la rigueur du Told,^^ la saison la plus rude de l'année,\u milieu d'une fZ bleouvei-te de toutes parts, et n'ayant rien qThTranussclb publient d'avance ce ju'il répétera LTû
94 ExnjCknom
suite, que celui qui veut le suiTre • doit à son exemple renoncer à «oi-mêoie , -et porter sa croix (1). Jetons Le* yeux sur le déaûment absolu auquel il est lirré. Il com* mence à annoncer le terrible oracle qui doit être pro-* nonce sur Textréme difficulté éa. salut des rickei <2). Considérons rabjection profonde qui le fait paraître au-dessous du dernier des bommes. Ne prélude - 1 * ii pas déjà à la grande uiaxine st soureat répétée , que devant Dieu rhumilité sera le principe de l'élévation f et rorgioeil , de l'abaisseaiait Çà) ? Bans l» crècbe^ je vois tout TSvaiftgile : elLe est la leçon de tous les états. Petits de ce inonde , pauvres , maibeureuz , elle vous appreod à respecter , à cbérir votre état, qui est pour une ressemblance de plus avec Jésus-Ghnst : riches , grands , heureux du siècle, elle vous instruit à redouter le vôtre» qui vous rend si différents de lui. £Ue ôte aux uns la cupidité de ce qu'ils n'ont pas ; aux autres, l'attachement à ce qu'ils possèdent : elle ébônt dans ceux-là les désirs de fortune» elle inspire à ceux-ci l'esprit d'abnégation : et , sans confondre les rangs dont la disposition est nécessaire à la société, elle les réunit dans les mêmes principes , dans les mêmes vues , dans les mêmes sentiments, dans le même esprit, dans le même coeun
Nous disons : Yollà ce que produit l'état d'akyecCmi profonde sous lequel Jésus-Christ entre dans le monde. Ah ! parlons plus exactement , et disons : Voilà ce qu'il devrait produire. Regardons le monde qui se dit dbrétien : quelle difféoence, et même quelle opposition entre le maître et les disciples, entre le modèle et ses cppiesl Les passions qu'il est venu détruire, ne aoni^eUes pas encore les dominatrices de la terre, dont elles se paita-
(x) Si 4|ois vqU post me Tenire, abneget semetipeam , ettallat crocem saam^ et tegoa^r me. Matth, %n^ 94.
(9) Facilias est camelam per foramenacos tranaire, qnain di?iten intrtre in regnnm cœlornm. JUatth, xnc, 24.
(3) Qai aatem ae «saltamrk, hatoîliabitiir ; et qui m %«iiilia^rit , ezalubitar. Matth. xzm, xa etaliài»
BES é¥ÀiN«lLCS» 95
^ent r«mpire?.Comlttea d'hommes > imagîitant mener une vie régulière, en satisfaisant leur passion favorite , se font un plan de religion tout à la fois, et cfarétienne» et mondaine ; alliant le service de Ihen , ceiist-<:i à sa sensualité y celui-là à sa cupidité , œt anAre à son «rgoeil et à son ambition I Nous lisons au tivre des Rois , <|«ie les^ peuples transféi^ par SaUnanazar dans ies cités de Sa-* marie, adoraient à la fois* le Seigneur qui avait été in-* roqué sur cette terre* et ks idoles <{u'ils avaient apportées de leur pays, unissant par cette monstrueuse association la religion sainte du vrai Dieu , et le culte impur des démosns (1). Ne voyons*-ttous pas de tous côtés s'opérer cette union «criminelle ? N'est-ce pas une contradiction absolument semblable , de vouloir être en même temps adorateiur d'un Dieu «ouffirant et idolâtre des plaisirs ; adorateur d'un Dieu pauvre , et idolâtre dkes richesses ; adorateur d'un Dieu humble , et idoiâtre des grandeurs ?
uéussUùt il sejoijgnit à Vange Mne nombreme Ém>%^ de
V armée céleste^ louant Dieu, etdiMfU: Gloire n Dieu cm
plus haut des deux, tt faix sur la êerre aux hommes de
bonne t>olonté. Par ce cantique solennel > les anges
annoncent à la terre le double but , le double efiet de
l'incarnation du yeii>e : la gloire de Dieu , la paix des
bomraes» Jésus-Christ opère l'une et l'autre en même
temps. Dieu outragé recouvre /touite sa gloire. L'ofiËenae
qu'il avait reçue était infinie; la répuratiom qui lui est
faite l'est de même. La justice divine a reçu la satisfac"
tion qui lui était due y quand elle a frappé wae victime
divine* Ses &*oits étant à couvert, ia miséricorde i«**
prend aussitôt les siens. La terre est réooikctliée avec ie
ciel apaisé. Du même c^oup, le crime d'Adam est puni et
pardonné ; et l'abondante salislaction qui lend à Keu
sa gloire^ rend aux hommes la paix«
(i) Et cniD Dominam colerent, diis qaoqoe sais serWelMint jaxta GOBtnetudineai geatiom, 4e qnibiu transfeiti lofevant Samamm. IF Reg, xvn, 35.
L'union intime qui se fait aujourd'hui de la divinité et de l'humanité dans la personne de Jésus-Christ , est pour nous un mystère : et cependant que de grandeurs elle nous révèle ! La puissance divine s'y déploie tout entière. L'abaissement d'un Dieu est le chef-d'œuvre de sa toute-puissance. L'exaltation et la gloire lui sont naturelles ; mais sans l'Incarnation , nous aurions toujours ignoré qu'il fût au pouvoir de Dieu de s'abaisser.
Son infinie sainteté et son horreur pour le péché s'y montrent avec éclat , puisqu'il n'a voulu désarmer sa colère qu'après l'avoir épuisée sur son propre Fils. Son amour pour tous les hommes s'y fait sentir dans toute sa force. Il nous chérit au point que , malgré nos offenses si multipliées et si graves , malgré l'indignation profonde dont le pénètrent nos péchés, il daigne encore faire les premiers pas pour se rapprocher de nous ; et que , pour opérer cette heureuse réconciliation, il va jusqu'à sacrifier son Fils unique (1).
Oh! combien cet excès d'amour doit exciter le nôtre!' combien cet immense bienfait , que notre imagination n'eût pas eu la force de se figurer, que notre cœur n'eût osé désirer, que notre raison ne peut encore comprendre, doit exalter et enflammer notre reconnaissance! et non-seulement l'incarnation du Fils de Dieu nous présente un aussi puissant motif d'amour^ elle nous en procure aussi un grand moyen. Naturellement charnels, esclaves de la matière à laquelle nous sommes attachés, nous ne sommes puissamment remués que par les objets sensibles. Notre âme , chargée du poids de notre corps, aurait peine à s'élever par elle-même, et sans intermédiaire , à la contemplation et à l'amour de cet Etre infini , si éloigné de nous et si étranger à nos sens : Dieu daigne encore ici s'accommoder à notre faiblesse , et nous donner Un moyen de l'aimer, attempéré à notre nature. Jésus^hrist se fait homme comme nous,
(i) Sic enim Deas dUexit maodam, ut Filiam taora anigenitoiD darft. Joan. in, i6.
pour que nous l'aimions comme l'un de nous. L'amour que nous ressentons pour ce frère qui est venu sur la terre, naître, vivre et mourir pour nous , est comme un degré qui nous élève à l'amour du Père que nous avons dans les cieux.
Le mystère de ce jour donne aussi un puissant sou-* tien à notre espérance : il rend toutes les magnifiques promesses du Seigneur faciles à croire. Que n'avonsnous pas droit d'attendre de lui après une faveur aussi signalée? Il peut faire de nous quelque chose de plus ; mais il ne peut pas faire plus pour nous. Il y a une bien plus grande distance entre l'état éternel du Verbe divin dans le sein de son Père , et l'état d'homme auquel il se réduit, qu'entre l'état où nous sommes et ce* lui où son incarnation doit nous porter.
Mais ceète grande réconciliation du genre humain avec son Dieu, cette paix que JésusrCfarist vient apporter à la terre , n'est pas accordée absolument à tous les hommes , et les anges chargés de la publier , le déclarent expressément ; elle n'est que pour les hommes de bonne volonté. Notre Dieu vient nous procurer le sa-> lut, mais c'est eh nous donnant les moyens de le mé-^ riter; il nous ouvre la voie du ciel, mais il veut que nous y entrions ; il nous l'aplanit, mais il veut que nous la parcourions ; il dirige nos pas , mais il veut que nous le suivions, il aide nos efforts, mais il veut que nous en fassions ; il nous tend la palme , mais il veut que nous l'atteignons ; le bonheur auquel il nous conduit est la dernière et la plus grande de ses grâces ; mais il ne peut être que le prix de notre correspondance à toutes les autres. ^
Ei dès que les anges se furent retirés dans le ciel, les pasteurs se dirent les uns aux autres; Pcusons jusqu'à Beth-léem ; voyons ce qui est arrivé , ei ce que h Seigneur nous a fait eonnaitre. Ils y allèrent en hâte. Voilà quels sont les Iiommes de bonne volonté à qui Jésus- Christ naissant apporte la paix , cette paix de Dieu qui excède toutes hos pensées. A peine ces pasteurs ont entendu la voix
9S EXFUCATI09
qui les iarite à se rendre auprès du Sauveur , qu'ils s'empressent de lui obéir. Ils s'excitent , ils s'animent les uns 1^ autres à passer jusqu'au lieu qui leur a été désigné. Combien de fois Dieu nous a-*t-il invités de même à le chercher ! Inspirations secrètes, mouvements particuliers » exhortations publiques , lectures pieuses , occasions favorables, exemples salutaires , que de voix différentes n'a-t^-il pas employées pour nous appeler à lui ? et comment y avons^nous répondu? Ce que l'ange dit aux pasteurs, il nous le dit à tous. Nous avons les mêmes motifs qu'eux de le croire : nous en avons même plus qu'eux : l'accomplissement des prophéties dans la personne de Jésus-Christ , ses miracles , sa vie , sa mort , sa résurrection , l'établissement miraculeux de sareligion,'sont des fondements de notre foi, dont les pasteurs ne pouvaient pas encore étayer la kur. Passons donc aussi en esprit jusqu'à Bethléem , pour contempler te grand mystère que le Seigneur nous a fait connaître. Allons au pied de la crèche porter à notre Bleu naissant nos adorations , et en rapporter ses instructions. Exdtons-noiis les uns les autres à Taller trouver. Ah ! si toutes ks femtUes s'animaient ainsi réciproquement à la recherche du Seigneur, quel spectacle t<wchant présenterait TËgiise ! mais au contraire, toutes les sociétés semblent présenter des conspirations fovmées contre le service de Dieu. 1^ affaires du monde, les plaisirs du monde ^ les pompes du monde, les passions du monde , les crimes du monde ; voilà ce qui les occupe toutes ; et celles où Dieu est le moins offensé , sont celles où il est absolument oublié. Les pasteurs ne s'en tiennent pas au ^simple projet d'aller voir le Sauveur naissant ; ils se rendent auprès de lui en diligence : modèles du saint empressement avec lequeL nous devons obéir à sa Toix qui nous appelle. St nous différons de répondre aux pieuses inspirations qu'il nous suggère , nous cociroas le risque de ne pas les effectuer. Des difficultés ou réelles ou imaginaires s'élèveront ; notre ar- Aenr se salentira ; aous ne voudrons plus aussi vivie-
meiit ; BOUS ne pourrons plus aussi {acUemeut Um des plus dangereuses suggestions de l'ennemi du «alut» «sC le délai ;• il sait qu'en ralentissant notire ferveur, il ne lui sera pas diffîicile de l'amortir , et que s'il parvient à nou3 faire céder au premier obstacle , il en aura bientôt fait naître de plus insurmontables.
Ib trouvèrent Marie H Joseph, «( Venfa^tpoMà iêmla crèeke j et en le voyant j ih reconnurent ee qui leur avait été dit touchant cet enfant, ConUsien de chrétiens, par leurs actions extérieures, ont l'air de chercher Jésns* Christ, et ne le trouvent pas I c'est qu'ils ne le cher-^ chent pas, comme les pasteurs, où il est. Ils le cherchent au milieu du bruit, du tumulte, des dissipations, des plaisirs; ils le cbercheiit dans l'opulence , dans le faste, dans les grandeurs* Ce n'est pas là que se trouve Jésus* Christ ; c'est loin des regards du monde , dans le silence de la retraite, dans la mortification, dans la pauvreté, dans l'humilité ; c'est dans sa pauvre et misérable éta*** ble que nous le trouverons ; c'est en nous y retirant avec lui que nous obtiendrons qu'il se communique à n0tts* Ou nous le trouverons bien sûrement encore, c'est au dedans de nous-mêmes , c'est en rentrant dans notre intérieur , en écoutant, en méditant avec une reli^^use aUenHon ce qu'il ne cesse de nous 7 dire , que nous parviendrons à le connaître ; et plus nous le contemrpleronft, plus nous reconnaîtrons comme Los pasteurs, la Térîté de ce qui nous a été dit de lui.
Et toui eeum qui en ent£ndirent parler , étaient dans Vaàn msroltMi du choses racomlées par lus pasteurs. Que le récit des grands événements de cette nuit ait causé parmi les habitants de Bethléem une grande surprise , une admiration générale , tout cela est naturel ; mais que de tous ces riches qui remplissaietit alors les maisons de laville , il ne s'en soit pas trouvé un seul qui ait imaginé de venir examiner un fait aussi extraordinaire , voilà ce qui doit paraître bien étonnant. On ne pouvait soupçonner les honunes simples qui rapportaient ce qu'ds avaient vu , de maUce , ni d'intérêt. JLa naissance die cet
enfant, annoncée par une révélation 'divine, cadrait exactement avec le temps et avec le lieu où devait naître le Messie. Tous les Juifs avaient donc le plus grand intérêt , et devaient avoir le plus grand empressement a vérifier un concours de circonstances aussi singulier, et cependant aucun d'eux ne se met en devoir de le considérer. Ils admirent les merveilles qu'on leur raconte, et ils en restent là. La naissance de leur libérateur qui était l'objet de tous leurs désirs , se passe sous leurs yeux, elle est pour eux comme un événement arrivé à un grand intervalle de siècles et de pays. Nous voyons même trente ans après , lorsque Jésus-Christ commence sa carrière évangélique , la trace de sa naissance et des merveilles qui l'avaient accompagnée , et des grands événements qui l'avaient suivie, absolument effacée. On ne se souvenait plus ni de l'apparition des anges dont on avait été si émerveillé , ni du rapport des bergers qui avait causé une si grande admiration , ni Je la visite des mages qui avait fait une si vive sensation , tant à Jérusalem qu'à Bethléem , ni du massacre des innocents qui avait dû inspirer une si profonde horreur. Tous ces faits étaient absolument oubliés, et la vive impression qu'ils avaient faite était entièrement perdue. On se souvenait si peu de Bethléem , et de tout ce qui s'y était passée qu'une des objections contre la mission de Jésus-Christ, était qu'il venait de Nazareth en Galilée, d'où 6n n'avait jamais vu sortir aucun prophète, et que c'était à Bethléem que. le Christ devait naître (1). Cette insouciance des Juifs à consulter, et à reconnaît*
(i).£t dixit.ei Nathanael : A Nazareth potest aliqaid e«se ? Joan. 1,46.
Alii dicebant : Hic est Chri&tus. Quidam aatem dicebant : Nomqoid a Galilaea venit Christas? Konne scripiara dicit : Qoia ex «eniiae DaTid > et de Bethléem casiello, nbi erat David, venit Christa!»? Joan. VII, 4i, 4a.
Kespondernnt et dixerunt ei : Nomqnid et to Galilxos es? Seratare sCiiptnras, et vide qniaa Galilaea propheta oon surgit. Jbid. Sa.
BBS ÉVATïGïtES. fÔl
tre la lïa'is^îance du Sauveur qu'ils attendaient, nons paraîtra moins étonnante, si nous voulons réfléchir un moment sur la notre. Combien de fois les grandes vérités que Jésus-Christ est, venu apporter à la terre i présentées à notre esprit, Tont- elles frappé, l'ont- elles ému, l'ont-elles éJbranlé J et qu'en^a-t-il résulté? La plus légère disiparion a suffi pour effacer Tim pression qu'elles avaient faite ; pensées , mouvements, désirs, résolutions, tout a été oublié presque aussitôt que conçu ; tout a disparu avec l'occasion qui l'avait fait naître : et cependant ces vérités sont aussi importantes pour nous, que Tétait aux Juifs celle que leur annonçaient les bergers ; et nous avons pour les croire bien plus de motifs que n'en avaient les Juifs. Leur admiration stérile au récit des merveilles qui avaient accompagné la naissance de Jésus-Christ , et notre émotion passagère à la prédication des terribles vérités de sa religion , sont absolument du même genre ; elles ont la même cause et le même effet. Ce que nous pensons d'eux, nous sommes forcés de le croira également de nous-mêmes. Notre apathie est aussi inconcevable, notre légèreté aussi condamnable, notre aveuglement aussi déplorable.
Cependant Mari^ éon$ervait toule$ ces chose* , les médi-f^ani en «0» cœur. A TindifFérenee coupable de tous ces Juifs que le dénombrement avait réunis à Bethléem , le texte sacré oppose un exemple entièrement différent. Marie, attentive à toutes les eireoiïstances du grand myslèî'e auquel elle venait de coopérer , les recueillait fidèlement dans son esprit. Chaque nouvel événement liii retraçait ceux qui avaient précédé l'apparition dtfs anges , lui rappelait les prodiges de sa conception et de son enfantement, les oracles d'Elisabeth, les transports de Jean-Baptiste encore dans le sein maternel, la vision miraculeuse qui avait dissipé les soupçons de Joseph. Elle voyait avec admiration et allégresse , tout concourir au même objet ; et rapprochant ces divers miracles, les comparant , les réunissant dans son cœur, elle en formait un foyer de lumière qui l'éjclairait de plus en
102 XXPLlCATIOIf
plus sur la qualité du Fils qu'elle venait de dotiner au monde, et qui achevait de l'embraser de la plus ar> dente charité. Ce peu de mots que l'Evangile nous dit de Marie parait bien simple ; mais il renferme le plus magnifique éloge de cette Vierge sainte. C'est foute l'histoire de sa vie la plus parfaite qui ait existé. Elevée à l'état le plus sublime que l'esprit humain puisse imagi^ nw, loin de se prévaloir de son titre aussi auguste de mère de Dieu , elle semble avoir cherché à le cacher ; et l'obscurité à laquelle elle a constamment détoné ses vertus , est une de ses plus admirables vertus. Dans cette vie ignorée des hommes , mais qui était l'objet continuel des regards et de l'admiration du Ciel, son mérite fut qu'étant comblée des grâces les plus abondantes qu'une créature ait jamais reçues, elle les conserva toutes précieusement sans en laisser perdre une seule. Son occupation fut une continuelle méditation de toutes les paroles et de toutes les actions de don divin Fils. Dans retable de Bethléem , dans sa maison de Nazareth, sur le Calvaire ) partout elle se montre la même , ne se faisant distinguer que par son éioignement de toute dîstittction. Dieu , en donnant sa mère pour mod^ à tout sexe, à tout rang, à toute condition , à tout âge, a voulu montrer par le plus grand des exemples que la perfection consiste , non dans les actions éclatantes qui attirent les applaudissements des hommes , mais dans la pratique soutenue et journalière des devoirs de la vie commune. Où Marie s'est sanctifiée, c'est là que nous trouverons notre sanctification. Pouvons- *nous croire qu'il en existe des moyens plus sûrs et plus parfaiu que ceux qu'elle a employés ? Conservons précieusement comme elle les grâces que Dieu nous ac* corde dans l'état où il nous a placés , et correspondonsy avec la même fidélité; méditons comme elle les grandes Vérités que Dieu a daigné nous révéler : ce n'est que sur sa trace que nous parviendrons au terme henreûx où elle nous a précédés , où ses exemples nous guident , où sa puissante protection nous attire.
»Ê6 ,iVAN01LES. 103
Le$ bergers s'en retournèrent fflorifiant et louant Dieu de loMl ee quUU avaient entendu etvu , ielon ee qui leur avait été d»<. Tout ce qui fut alors révélé aux bergers, Test également à nous ; tout ce qu'ih entendirent nous FavoM entendu ; tout ce qu'ils luirent est aussi présent à notre foi qu'il le fat à leurs yeux. IVous sommes admis , comme ils le furent, au bonheur de connaître et d'adorer JésuS'ClJrist naissant. Partageant avec eux le bienfait, pourrions-nous donc ne pas partager la reconnaissance ? pourrions-nous négliger de nous unir aux cantiques de louange , d'adoration , de reconnaissance que l'Eglise fait retentir dans ce jour solennel ! Portons aux saints offices qu'elle célèbre , l'esprit qui animait les pasteurs à leur retour de Bethléem; songeons surtout que la reconnaissance la plus agréable au Seigneur est de profiter de ses bienfaits, et de nous en rendre dignes.
DU D1M4NCHE DANS l' OCTAVE DE NOËL,
Prophéties de Siméon et d'Anne sur Jésus-Christ.
Le père et la mère de Jésus étaient dans l'admiration de ce qu'on disait de lui. Siméon les bénit, et dit à Marie sa mère : €et enfant est établi pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs dans Israël , et pour être l'objet de la contradiction , et votre âme même sera traversée d'un glaive , afin que les pensées des cœurs de plusieurs soient manifestées. 11 y avait aussi une prophétesse nommée Anne , fille de Phanuel , de la tribu d'Aser ; elle était fort avancée en âge , et après avoir vécu sept ans avec son mari , qu'elle avait épousé étant viei^e, elle était restée veuve jusqu'à quatre-vingt-quatre ans? Elle ne sortait point du temple , servant Dieu nuit et
jour dans les jeunes et dans les prières. Cette femme étant survenue à la même heure , se mit à glorifier le Seigneur, et parlait de cet enfant à tous ceux qui attendaiejit la rédemption dlsraëL Et après qu'ils eurent terminé toutes choses conformément à la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée dans leur ville de Nazareth. Cependant Fenfant croissait et se fortifiait , étant plein de sagesse ; et la grâce était en lui. ( Luc. n, 33 — 40. )
Le père et la mère de Jésus étaient dans V admiration de ce qu'on disait de lui. Il peut paraître étonnant que le même évangéliste qui vient de rapporter la génération miraculeuse de Jésus-Christ , donne à saint Joseph le titre de son père. Mais il faut observer qu'avant que le mystère de l'Incarnation fût révélé à la terre , Jésus- Christ était universellement regardé comme le fils de Joseph. Le mariage de ce saint personnage avec Marie lui donnait sur l'enfant qu'elle avait mis au monde , les droits de la paternité. Nous voyons en conséquence que l'enfant divin était soumis à lui comme à la Sainte— \ierge (1). Joseph pouvait, et cette observation est de saint Augustin, aussi bien, et même à plus juste titre que les pères d'adoption , être appelé le père du Sauveur.
Les deux vertueux époux étaient dans l'admiration de tout ce qu'ils entendaient au sujet de l'enfant divin qiie la Providence leur avait confié. Ils réunissaient dans leur esprit tout ce que leur avaient dit les anges , les pasteurs , les mages , Elisabeth , Zacharie , Siniéon. Depuis le moment de sa conception, ils avaient passé de merveilles en merveilles. La supputation des temps , le rapprochement des lieux, la contemplation de cette multitude de prodijges qui naissaient coup sur coup, ne devaient leur laisser aucun doute que l'enfant qu'ils
(i) Et erat sabditus illi*. Luc, ii, 5i.
possédaient ne fut celui que la terre attendait depuis si iongteinps , et qui devait fixer ses destinées. Mais ce n'était pas dans eux une admiration passagère et stérile ; c'était un sentiment profond que renouvelait sans cesse dans leurs cœurs tout ce dont ils étaient témoins. Comme ils voyaient tous les événements^ qui se succédaient si rapidement, se rapporter à ce précieux enfant , ils y rapportaient aussi toutes leurs pensées et toutes leurs affections. Nous sommes quelquefois frappés des grandes vérités de la religion ; mais combien est Superficielle et peu durable l'impression qu'elles font sur nous ! Le plus gros boulet qui a traversé l'air , le vaisseau le plus considérable qui a sillonné l'eau , n'ont laissé aucune trace db leur passage : il en est de même de notre âme, à tra-^ vers laquelle les vérités les plus frappantes passent sans s^arrêter, et sans qu'on puisse en découvrir le plus léger vestige. Au sortird'une prédication dont ou a été ébranlé,, on court dans le commerce du monde se remettre de la commotion qu'on^ a éprouvée , on redoute l'effet salutaire qu'>elle pourrait prodiiire , et. on se hâte d'aller dissiper, dans les frivolltés^et les plaisirs, les idées religieuses qu''on avait momentanément conçues.
Siméon les hénit, et dit à Marie sa mère : Cet enfant est établi pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs dans Israël j et pour être l'objet de la contradiction ; et votre âme même sera traversée d'un glaive, afin- que les pensées des cœurs de plusieurs soient manifestées* Quand le saint vieillard Siméon prédit que Tenfant qu'il tient entre ses bras sera la ruine de plusieurs , veut-il dire que Jésus-Christ sera l'autei» de cette ruine , et que ce sera lui qui y entraînera les hommes? Ce serait une impiété de le penser, et uh blasphème de le dire. Les saints Livres qu'il a inspirés sont pleins des témoignages de son amour pour tous les hommes, de son désir de l|^ voir tous mériter et obtenir le salut. Ce qu'entend S. Siméon , c'est que Jésus^Christ va devenir, non la cause , mais l'occasion de la perte d'un grand nombre d'hommes ; il sera ce qu'Isaïe avait annoncé qu'il devait être , ce que S. Paul dé-
106 xxtLiCAtioir
clare qu'il a été, la {rierre contre laquefle vietkdrcmt se heurter et se préciinter beaucoup d'enfants dlsraël (1). Vous troute2 insensé celui qu! accuse de sa chute la pierre que son pied est allé frapper j n'est-ce pas à luimême , dites-vous , et à son imprudente inadvertance qu'il doit l'attribuer? Bien loin que Jésns^Ghrist soit la cause de nos péchés, c'est parce que nous avons refusé de l'écouter, de lui obâr, de le suivre, que nous avons péché* Quelle est celle de nos fautes dont sa loi ne nous avertit pas de nous garantir , que sa grâce ne nous aidât pas à prévenfr?
Mais c'est dans un sens contraire que le saint vieillard dit à Marie que Jésus sera la résurrection de plusieurs. Il n'est pas seulement l'occasion de notre salut , comme il l'est <k notre perte ; il en est là véritable cause. Il est la cause générale du salut de tous les hommes par le bienfait de la rédemption : il est la cause particulière du salut àea justes ; parce que c'est lui qui, par sa grâce , opère leur justification. Il nous a ouvert la porte du ciel par sa ps^sion et par sa mort ; il nous en montre le chemin par sa loi ;. il nous y guide par ses exemples ; il notis y soutient par ses secours. Notre salut vient de lui, no~ tre perte vient de nous. Pécheurs , nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous-^ mêmes de nos fautes ; justes r nous devons être roconnaissants envers lui de notre innocence. Ainsi, parmi les enfants df sraël, Jésus-^brist a été la résurrection d'une partie , la ruine de l'autre i il a sauvé les uns , les autres se sont perdus à son sujet. Gé qu'il a été dans le sîède oà il a vécu , et pour la nation qui l'a possédé , il n'a pas cessé de l'être dans tout le cours des siècles , et datis runiversàllté du genre hu-
(t) £t erit voInb in ^iKtificatioacm. In lapide» «oten ^fttmiom»^ et in petram ntandali Ooatms dodùBos Ura«l; io laqneani et in roinam habitantibas Jérusalem. Et oiffendeot ex eis plorimi, et cadent , et conterentùr, et irtetlettUir , et'bapientiit. Isa, viii, 14, x5.
OfTenderont enim in lapidem offenaionis , »\eax «criptom est : Ecce ptDAo m Sionlftpideinofremionift, MpArtuft scMidali. Itom, it , 3i, 33.
BËS éTAKCILES. 107
Main. Il est la résurrection de tons ceux qui écoutent sa yxAXy qui croient à sa parole, qui se conforment à sa loi , qui s'attachent à sa personne ; il est la ruine de ceux qui dédaignent de l'entendre, qui refusent de le croire , qui résistent à ses instructions , qui désobéissent à ses préceptes.
La manière dont s'est accompli , dont s'accomplit encore l'oracie du saint vieillard , nous présente une réflexion bien douloureuse. En considérant le nombre des Juifs dont Jésus-Christ fut la ruine , et de ceux dont il fut la résurrection , quelle immense différence nous apercevons I D'un coté une poignée de disciples , de l'antre une multitude d'ennemis. Tandis que l'universalité presque entière de ses concitoyens , animée par ses chefs , demandait à grands cris qu'on le crucifiât , quel petit )«nnbre de fidèles , retirés à l'écart , tremblants pour eux-mêmes , et pleurant sur lui , conservaient encore de Rattachement à sa personne I Ce qui a été vrsd de son temps , l'est dans tous les temps. Cette malheureuse proportioUi entre ceux, dont Jésus*Christ est la résurrection, et ceux, dont il est la ruine , s'est continuée de généra* tioa en génération jusqu'à, nous. Elle a été l'objet de la profonde douleur des âmes pieuses qui se sont succédé dans l'Elise ; et malheur à nous si nous y sommes in* sensibles ! Cette lâche indifférence doit nous effrayer sur notre sort, et nous faire craindre que nous ne soyons de cette partie infortunée du genre humain, qui , pouvant faire de Jésus-Christ la cause de son salut , en fait le sujet de sa réprobation.
S. Silméon ajoute que l'enfant qu'il tient dans ses bras sera un objet de contradiction. Et ne voyons-nous pias aussi cette prophétie accomplie dans tout le cours de la carrière évangélique'du Sauveur ? Quel genre de contradictiou n'à-t-il pas éprouvé ? de qui n'en a-t-il pas reçu ? contradictions à sa personne , qui n'a pas où reposer sa tête ; contradictions à ses miracles , que l'on taxe d'être les oeuvres de Béelzébut; contradictions à sesparole$, que l'on épie avec un soin perfide pour y
trouver un prétexte de censure ; contradictions par le» Pharisiens , qui le décrient ; contradictions par les docteurs, qui le calomnient ; contradictions par les prêtres, qui le persécutent , contradictions par le peuple , qui tantôt veut le faire roi , tantôt prend des pierres pour le lapider; contradictions par ses propres apôtres, dont il est obligé de supporter Tignorance, la grossièreté, les vaines prétentions. Il a cessé de vivre parmi nous, ce divin Rédempteur; mais les contradictions auxquelles il était en butte, n'ont pas fini, eUes l'ont poursuivi jusque dans le ciel. Sur le trône de sa gloire, il les éprouve encore ; il y est perpétuellement contredit par l'incrédulité qui le renie, par Tinfidélité qui le méconnaît, par l'hérésie qui le défigure, par le schisme qui le divise , par la multitude de mauvais chrétiens qui ne cessent de l'offenser, et quelquefois par les âmes religieuses elles-mêmes , dont les faiblesses et les imperfections lui sont désagréables. Impassible au sein de la gloire, il n'est pas affecté de ces contradictions ; mais il en est mécontent : il n'en souffre pas , mais il les condamne. Etant la sainteté essentielle, il est nécessairement offensé par ce qui la blesse : il répugnerait à sa sagjesse suprême de n'être pas choqué de ce qui trouble l'ordre qu'il a établi ; il est impossible à sa justice de ne pas réprouver et punir ce qui est mal.
N'est-ce pas une ingratitude infinie aux hommes , de contredire ainsi par leur conduite , un Dieu qui a fait pour eux de si grandes choses ? Après tant de bienfaits , devait-il s'attendre à en éprouver une telle reconnaissance? £n nous examinant nous-mêmes sur ce point, n'avons-nous pas à nous reprocher d'être les objets de la prophétie du saint Vieillard, d'être du nombre de ceux pour qui Jésus^Ghrist est un sujet de contradiction ! Et dès-lors combien nous devons-nous trouver coupables I combien , rapprochant des grâces dont il n'a cessé de nous combler les actions par lesquelles nous ne cessons de l'outrager, nous devons les juger criminelles ! Si Koffense est d'autant plus grave qu'elle s'a-
dresse, à celui qui avait plus de droits à notre amour et à notre soumission , quelles offenses peuvent , ne disons pas égaler, mais avoir quelque proportion avec celles qui s'adressent à Dieu ? Nous nous plaignons souvent de la terrible rigueuf des peines dont il punit le péché ; c'est que nous ne connaissons pas , c'est que nous ne pouvons pas connaître quel mal affreux est le péché. Essayer de le faire sentir serait une témérité : il ne nous €st pas plus donné de le comprendre, que de l'exprimer. Il faut , pour en accorder le pardon , une miséricorde infinie : toute autre clémence que celle d'un Dieu , serait disproportionnée et impuissante.
Ce sont les contradictions auxquelles Jésus-Christ sera* en butte y qui doivent, selon S. Siméon, manifester les pensées des cœurs. Ce furent elles, en effets qui découvrirent les secrètes dispositions des Israélites de son temps; qui discernèrent le vrai peuple de Dieu, de celui qui en usurpait le titre ; qui firent reconnaître la piété mensongère des Pharisiens , la fastueuse vanité des docteurs y l'envieuse méchanceté des prêtres, et qui, d'un autre côté , manifestèrent la sincérité de ceux qui cherchaient franchement la vérité, leur docilité à la recevoir, leui* fidélité à s'y conformer, leur fermeté à la soutenir. Ce sont encore ces contradictions , dont Jésus- Christ a été de tout temps l'objet , qui ont continué de manifester les pensées opposées de ses disciples et de ses adversaires. Si la religion n'eut jamais été contredite, on n'eût jamais pu distinguer ceux qui lui étaient sin«cèrement et solidement attachés , de ceux qui n'avaient pour elle qu'un attachement ou faux et simulé, ou faible et languissant. Quand l'autorité est parfaitement établie et universellement reconnue, nous voyons chacun se faire un devoir de s'y soumettre , une glojre de la défendre : c'est lorsqu'elle est attaquée , et surtout lorsqu'elle l'est avec force , que nous discernons avec certitude ses fidèles et zélés partisans qui ne l'abandonnent jamais , de ces vib flatteurs qui s'empressent dé se tourner du côté qu'ils croient devenu le plus fort. Ce sont
tlO xxPLiCÀTioir
ks persécutions qui font distinguer les martyrs des apostat»: ce sont les attaques de l'hérésie et du schisme, qui séparent eu deux classes les enfants de l'Eglise et ses ennemis; ce sont lès séductions du démon jet les illusions du monde , qui causent à VËglise la douleur amère de Toir une multitude de chrétiens se perdre dans les voies du péché , et qui lui donnent en même temps la consolation d'en yoir d'autres redoubler de précautions et d'efforts pour s'en garantir. L'attrait de la volupté fait les libertins , le dé»r de s'en préserver fait les vierges ; et tandis que les cercles et les assemblées se remplissent de mondains qui courent après le plaisir, les cloîtres se peuplent de solitaires qui le fuient. Ainsi Jésus-Christ consent à être un objet de contradiction pour éprouver ceux qui le servent , pour faire connaître leurs vrais sentimeats, pour séparer dans son aire la paille du bon grain y et les vrais justes de ceux qui n'en ont que l'apparence.
Aux prophéties que Siméon adresse k Marie sur son fils , il en ajoute une relative à elle-même ; ^c'est que son âme sera percée d'un glaive, et livrée à la douleur. C'est au moment où. il vient d'annoncer la gloire future de Jésus , et où il a rempli de joie , par ses prédictions , le cœur de sa mère , qu'il lui porte ce coup si douloureux. Lorsqu'elle contemple avec transport la suite des grandes choses auxquelles son Fils est appelé , elle en détourne ses regards pour les porter sur la carrière d'affectton qu'eUe-^même doit parcourir. Telle est k conduite ordinaire de la Providence envers les justes : aux félicités qu'elle leur envoie , eUe joint presque tou* foursdes revers^ et c'est un e&tde sa bonté àleur égard. Le monde les croit heureux quand iLles voit au faite de la postérité, et il les plaiiit quand il les voit en descendre ; mais eux , qui oonnaissent bien mieux que le monde ce qui leur est utile, en jugent tout autieraent. Us rendent grâce à la main bienfaisante qui , par les tri bnlations qu'elle leur fait subir, les instruit , leur fait sentir le néant des{>rospériti& terrestres ^ les éprouve, et
leur donne occasion de déployer toutes leurs vertus; les^ ^pttre» et achève de les délivrer de tout les attachements nK»idains. Ce qui est pour le pécheur un sujet de mur-mares , devient pour le fidèle un motif de gratitude ; et ne connaissant de vrai bonheur que celui de la vie future, il se réjpuit des malheurs paSssagers qui l'y conduisent.
Eile s'est accomplie dans Marie d'une manière bien douloureuse, cette prophétie du saint vieillard. ILest donc écrit dans les irrévocables décrets qui règlent les destinées de tous les mortels, qu'aucun d'eux ne pourra se soustraire à la loi qui les condamne tous à souffrir. Celle même qu'une prérogative unique avait exemptée du péché d'Adam , a été soumise d'une manière bien ' plus orueile à en subir la peine. Tandis que les femmes de son siècle la déclaraient heureuse , et qu'elle-^même voyait dans l'avenir le plus reculé toute» les générations célébrer son bonheur, son cœur était livré à Tàffliction la plus amère, son caractère auguste de mère de IHeu^ qui la faisait proclamer la plus heureuse des femmes, la rendait k plus affligée des mères. Non , ce ne fut pas^ sur le Calvaire que commencèrent ses douleurs; ce fut dans le temple, lorsqu'elle vint y présenter son fils, li'oracle de Siméon , qui lui annonçait qu'un glaive de douleur percerait son âme, fut lui-même un glaive aigu qu'elle porta toûtasa vie enfoncé dan» son cœur. C'est pour les autres mères une vive aUégresse d'avoir donné au mondé on fils ; c'était pour Marie un sujet continuel de tristesse, quand elle considérait pour quelles affreuses, destinées elle l'avait enfanté. S, Jean, dans l'Apocalypse, rapporte qu'il vit Jésus^Çhrist sous la figure d'un, agneau qui était comme immolé (1). La malheureuse mère de Jésus eut pendant toute sa vie ce lamentable qiectacle devant les yeux^ La douceur de ses caresses , la tendresse de ses soins étaient empoisonnées par cette
^Ê^km^bt^^a^t
(i) YUi.... Agnvm staatcm tanqo&ai ocqiioAi. ^pcc, v, 6.
. horrible image. Toutes les fois qu'elle levait les yeux sur lui, elle le voyait dans cet état; les circonstances même les plus propres à exciter sa joie , lui rappelaient les douleurs qui raltendaient. Lorsqu'elle se réjouit de le trouver dans le temple après trois jours à'absence, la pensée qu'elle doit le perdre un jour d'une manière bien plus douloureuse vient aussitôt se représenter à son esprit. Si elle se félicite de l'avoir soustrait aux fureurs . d'Hérode , elle pense au même instant que c'est pour une mort bien autrement cruelle qu'elle l'a conservé. S'applaudit-elle de le voir parcourant les villes et les bourgades delà Judée, prodiguant les miracles, répandant de tous côtés ses bienfaits, environné d'une multitude émerveillée , reconnaissante et docile ; elle voit cette même multitude se tourner peu après contre lui avec fureur, demander à grands cris sa mort ignominieuse ; presser son supplice , et joindre encore à sa cruauté Tinsulte et la raillerie.
Quand l'Esprit saint veut peindre une douleur amère, excessive , il représente une mère désolée de la perte de son fîls unique (1). Et que sont toutes les autres mères auprès de Marie? Elle aimait dans Jésus son fils et son Dieu. Son amour pour lui était composé de la tendresse la plus vive et de la charité la plus parfaite. Les sentiments de la nature , les mouvements de sa grâce se réunissant dans son âme, la plus sensible et la plus religieuse qui fût jamais , s'animaient et s'exaltaient réciproquement. Quand nous éprouvons des pertes douloureuses, nous pouvons dans la religion trouver un soulagement : l'amour de Dieu s'augmente en nous du détachement des créatures , et nous dédommage de leur privation; mais dans Marie, l'amour divin, loin d'adoucir sa peine, l'aggravait encore, et la rendait plus amère : ce qui console tous les autres , faisait l'excès de
(i) Lactani nnigeniti fac tibi, planctam amarnm. Jerem, vi, 26. Poiiara eam quasi lactam anigeniti. AmoSj tiu, 10. Hàngent eom plaacta qaasi «aper unigeaitam. Z^ach* xri ,10.
son tourment. Pour nous former une idée de l'extrême affliction dont son coeur était inondé , il faudrait connaître, comme elle son divin Fils; il faudrait sentir, comme elle les sentait , toutes ses in G nies perfections ; car c'est l'enseignement commun des Pères et des tiiéologiens, que, comme cette Vierge incomparable n'eut jamais de pareille en mérite, elle n'eut de même aucun égal dans la connaissance de Dieu. iVous ne comprenons que très-imparfaitement ce que c'est qu'un Dieu trahi , qu'un Dreu insulté , qu'un Dieu frappé de coups, qu'un Dieu livré au supplice , qu'un Dieu expirant sur une croix : Marie le tomprenait bien plus clairement que nous , et elle était sa mère ! Toutes ses qualités , tous ses mérites concouraient à augmenter son malheur : et, comme le disent plusieurs saints Pères, du jour où la fatale destinée de son Fils lui fut révélée, sa vie ne fut plus qu'un long -et continuel supplice.
Si son cœur fut si violemment agité des souffrances de son Fils, lorsqu'elle ne faisait que les prévoir, de. quel cruel supplice ne fut-il pas tourmenté quand elle les vit de ses propres yeux ? car aucun eMiouleur n'a été épargnée à cette âme qui les ressentait toutes si vivement. Qu'errante dans le désert de Bersabée et accablée d'ailliction de l'état où elle voit son Ismaël , la désolée Agar s'éloigne de lui pour n'avoir pas le désespoir d'être témoin de son dernier soupir, c'est l'effet ordinaire de la douleur, c'est le mouvement naturel de. l'amour d'une mère : mais dans la Mère de Dieu, tout est surnaturel. Un amour, aussi excellent que le sien, exige d'elle un plus grand sacriûce. Elle n'a jamais quitté ce Fils si cher, elle ne l'abandonnera point dans ces moments affreux. Elle se soumet à tout ce qu'a de,douloureux ce lamentable spectacle , plutôt que de perdre un seul des instants où il lui est encore permis de contempler l'objet de toute sa tendresse. Elle s'avance , la Vierge de Nazav reth , vers la montagne où va être immolé son Fils ; elle s'avance , suivie des autres filles de Sion , pleurant avec elle leur Bien<-Ainié ; et tandis que Jésus va y consom*
114 SXFLIGATION
Hier rholocauste de $a vie , elle vient y consommer l'hoiocanste de son ccear. Là ^ de tont ce qai peut porter au comble sa profonde affliction, rien n'est perdu pour elle : elle entend tout , elle voit tout : tout ce que la cruauté des bourreaux réunit de tourments sur son fils , elle le ressent dans son cœur. Quel spectacle pitoyable offre le Calvaire ! sur la croix, Jésus expirant ; au pied de la croix , sa Mère éplorée. Si nous-mêmes sentons nos cœurs ,tout durs qu'ils sont, touches du seul récit des tourments que la rage dés Juifs, animée parcelle de Tenfer, fit souffrira notre Sauveur, jugeons qu'elle était la désolatian de la plus tendre des mères , qui en était témoin ? Entreprendre de la représenter, serait une témérité.- Il seinnle que l'Esprit saint luimême ait désespéré de la peindre, il se contente de l'indiquer. La Mère de Jésus se tenait debout devant sa croix (1); voilà tout ce qu'il nous en dit, voilà toute l'histoire des douleurs de Marie : mais ce que ne nous dit pas ce peu de mots , il nous le fait entendre. Au pied de la croix de son Fils , Marie pouvait-elle ne pas être abîmée dans li^ouleur> mais elle ïi'en est pas abattue, elle se tient debout. Tandis que les éléments paraissent prêts à se confondre , et qu'il semble que la nature aille se bouleverser à la mort de son auteur, sa Mère seule resté ferme ; son cœur, profondément déchiré , n'est pas ébranlé. Quel douloureux combat se livrait dans cette âme sensible et vertueuse? La nature et la grâce se le disputent. Fille d'Abraham , elle s'entend demander aussi le sacrifice de son Fils uni que ^ mais d'un Fils bien autrement cher et précieux. D^un côté elle voit ce Fils si tendrement aimé, en proie aux plus cruels tourments ; de Tautre, elle sait que le salut du genre humain est attaché à ses souffrances et à sa mort. L'amour de Jésus lui fait désirer sa conservation ; les décrets divins lui ordonnent de consentir à sa pertes Enfin la grâce l'em-
(i) Stabat JQita cracem Jean mater «jos. J^on. six, a5.
DKS ÉVAZI6ILCS. 115
porte , elle triompha toujours dans le cœur de Marie. Mais combien cette victoire est sanglante ! Plus sa soumission aux ordres diviift est entière , plus eUe lui esc pénible ; plus elle se montre courageuse , plus elle est désolée. Sa sensibilité rehausse son courage , et son courage augmente encore sa sensibilité.
O mon ûls, mon cher fils I qui m'accordera de mourir pour toi{l)? disait Dayid. £t c'était d'un fils rétolté, d'un fils dénaturé , qui , déjà teint du sang de son frère, avait aspiré à tremper encore ses mains dans celui de son père , qu'il parlait ainsi. Avec combien plus d'ardeur et de raison le coeur de Marie formait le même vœu I Avec quelle vivacité elle aurait désiré de pouvoir racheter de sa propre vie une vie aussi précieuse ! Quel était son regret que la Justice divine exigeât pour S'apaiser une Victime divine I elle souffre plus douloureusement de voir expirer son Fils , que si elle-même était morte à sa place. Aussi, quoique la fureur des bourreaux ait épargné sa vie, les Pères ne font pas di£Bculté de lui attribuer la gloire du martyre; et ce martyre, pour n'être pas sanglant , n'en est pas moins héroïque. Les autres martyrs souffraient pour Jésus-Christ régnant dans les cieux ; Marie souffrait avec Jésus-Christ souffrant : la vue de la gloire de Jésus soutenait leur constance , celle de ses humiliations attaquait vivement la sienne : l'amour de Dieu était pour eux un soulagement, et pour elle un accroissement de douleurs. £t combien dut être touchée cette âme profondément sensible, quand elle vit son Fils , déjà dans les angoisses de la mort , oublier ses propres souffrances pour ne s'occuper que d'elle , la recommander à son disciple favori , et le lui donner pour fils en sa place ! Ce dernier sentiment , cette dernière marque de tendresse achevait de pénétrer son cœur. Qu'un autre pût remplacer auprès d'elle Jésus, qu'on autre que lui pût devenir le fils de Marie ,
(i) Fili mi Absalom, Absaloin fili mi ! qais mihi tr.baat nt ego moriar pro te ? // Reg. xviii ,33.
était-elle capable de soutenir une telle pensée? Loin ^ d'être une consolation , ce soin qu'il prenait d'elle devenait un nouveau déchirement. Le dédommagement lui faisait sentir plus vivement toute l'étendue de la perte, et son affliction la plus vive, la plus profonde qu'on puisse imaginer, s'augmentait encore de tout ce qu'on pouvait faire pour la modérer.
// y avait aussi une prophétesse nommée u4nne y fille de Phanuelj de la tribu d^Aser; elle était fort avancée en dge, et après avoir vécu sept ans avec son mari ^ qu'elle avait épousé étant vierge, elle était restée veuve jusqu'à quatrevingt-quatre ans. Elle ne sortait point du temple, servant Dieu nuit et jour dans les jeûnes et dans les prières. Cette femme étant survenue à la même heure, se mit à glorifier le Seigneur, et parlait de cet enfant â tous ceux qui attendaient la rédemption d'hraèi. Le temple de Jérusalem était fréquenté par un grand nombre de personnes. Les Pharisiens y venaient souvent faire étalage de leur prétendue piété; les docteurs de la loi y tenaient habituellement des conférences pour l'instruction publique ; les prêtres y étaient continuellement appelés par feurs fonctions; le grand pontife s'y rendait tous les jours pour offrir le sacrifice. Ce n'est à aucun de ces hommes distingués que Jésus-Christ , paraissant pour la première fois dans dans son temple , daigne se manifester. Il choisit , pour leur révéler le secret de ses grandeurs , un vieillard , une vieille femme , peu connus» peu considérés dans la nation ; ce sont là , de tous ceux qu'il voit dans son temple^ les seules personnes qu'il juge dignes de sa confidence. Ce choix de sa providence nous présente une importante considération. Les talents que le monde admire, les qualités qu'il estime, les dignités qu'il révère , ne sont rien devant Dieu ; c'est leur emploi seul qui peut leur donner quelque prix à ses yeux. Et comme l'abus est beaucoup plus commun que le bon usage , comme les dons de la nature et de la fortune corrompent bien plus de cœurs qu'il n'en perfectionnent 5 deviennent beaucoup plus ordinaire-
ment des occasioas d'orgueil que des motifs de reconnaissance, et sont plus fréquemment des instigations au mai que des encouragements.au bien; au lieu d'être, comme ils le devraient, des moyens de salut, ils sont presque toujours des principes de réprobation. Il n'y a que la vertu qui soit quelque chose devant Dieu ; elle seule , en quelque lieu qu'elle se trouve , attire ses regards dé complaisance, Le pauvre le plus obscur, le plus méprisé, est à ses yeux infiniment supérieur au grand le plus décoré , le plus respecté , le dIus courtisé , s'il est plus vertueux. Quelle dififérence entre les jugements de Dieu et les nôtres ! Ce qui attire nos égards, nos déférences , nos respects , c'est principalement l'élévation du rang; ou si quelques qualités personnelles obtiennent de nous de la considération, ce sont celles qui jettent de l'éclat, comme la perspicacité de l'esprit, la vivacité de l'imagination, la multiplicité des connaissances, la grandeur 4u cpurage. L'homme dépourvu de ces avantages , et doué seulement de vertus , est nul pour nous ; nous ne daignons pas faire aCtention à lui ; ou si quelquefois nous nous en occupons , c'est pour en faire Iç but de nos railleries , et le jouet de notre malignité. Tous êtes juste, Seigneur^ et vos jugements sont pleins de droiture (1), disait le roi -prophète ; ce sont les nôtres qui sont altérés par nos illusions, égarés par nos préjugés, pervertis par nos habitudes, dépravés par nos inchnations, corrompus par nos passions. Un jour viendra, où ces faux^ jugements , que nous osons nous permettre contre le prochain, seront confondus, et redressés par le jugement de Dieu.
Quelles étaient donc les vertus étninentes, les qualités supérieures, les œuvres admirables qui faisaient préférer par le Juge suprême cette vieille femme, à tout ce qui •affluait à chaque moment dans son temple ? Le texte
(i) Jiutos es^ Domine., et rectum jadiciam tan m. Psal, oztiii ,
lis S&PUCATIOlf
sacré la lotte de pasteurs choses qu'il est in^portant de coofiidérer.
D'abord, rEvangéliste nous apprend qu'étant devenue veuve dans un âge encore jeune , elle était restée daas cet état sans penser à se remarier. Ce n'est pas sansd<Hite un précepte aux épouses dont le lien conjugal est dissous par la mort de leurs époux , de passer le reste de levrs jours dans le veuvage, mais c'est un conseil; ce n'est pas une obligation , mais un mérite ; ce n'est pas une nécessité , mais une perfection. Le grand Ap6ire , qui trace les devoirs des différents états , le déclare expressément : il dit aux personnes veuves que c'est un bien pour elles de se tenir dans cet état ; mais que si la continence leur est trop pénible , elles feront bien de se marier (1); il répète à la femme dont le mari Ta laissée libre par la mort , qu'elle peut se remarier à qui elle veut, pourvu que ce soit dans le Seigneur; mais que ce sera un bonheur pour elle si elle demeure telle, selon son conseil , et qu'il croit en cela avoir l'esprit de Dieu (2) : il développe le motif de son conseil;, c'est que ceux qui sont unis par le lien conjugal , obligés de se plaire mutuellement , s'occupent nécessairement des choses du monde , et partagent leurs affections; au lieu que ceux qui sont dégagés de ce lien , uniquement occupés de plaire à Dieu , ne pensent qu'aux choses de Dieu , pour sanctifier leurs corps et leurs esprits (3). En
(i) Dico aatem.... Tobii : Bonom est illis si sic perinanetot sicot tt «go. Qaod ti non continfaot, nnbant : meliaa est enim nnberef qaaiD ori. / Cor. vu, 8, 9.
(9) Qnod ai dormierit YÎr ejoa , U^erata «at , cni fpU nnknt, tantam in Domino. Beatior aateiii erit ai sic pemuinaerit, aecimdiuii meam cooailiam. Pato aatem quod et ego Spiritam Dei habeaoï. lii*l. 39 , 40.
(3) QUI aine nsore est, aoUicitas est qnaB Domini aoot, qiMBo4« placeat Deo. Qai antem cnni nxore est , sollicitas est qnae sont mondi, qooDodo placeat nrori , et divisos est. Et nnli«r iBMipta , et w\^o | «ogitat qnae Domini annt, at sit sancta corpore et spiriin. Qoae aatem nopta est, cogitât qnae sont wniMii, qaomodo placeat viro. / Çor. irii, 3a , 33, 34.
DES £VàIiGll««8. 119
conséquence , le même «pôUre, écrivant au dUeiple qu'il avait établi é?êque à Ëpbèse » met au nombre de aes devotra d'honorer spécialement les Teu?es (1); e'est--à<^ dire, selon ses principes , celles qui» n'ayant plus d'affectkoQS qui les conduisent à des pensées et à des oc* cupations du monde, ne pensent qu'à Dieu, et ne s'occupent que de lui ; et comme il l'explique un peu plus bas , qui paasent les jours et les nuits dans les prières et les supplications (2).
Telle était la veuve de notre évangile ; car il est dit qu'elle servait Dieu jour et nuit, dans les jeûnes et dans les prières, c'est-à-dire, qu'elle sanctifiait chacun de ses jours par la pratique de quelques mortifications , et qu'elle consacrait diverses heures du jour et de la nuit aux exercices de sa piété. Elle ne pouvait pas à chaque moment produire ces actes ; mais c'était sou état habi* tuel, elle avait l'esprit d'oraison et l'esprit de pénitence , et c'est à parvenir à ce point où elle était arrivée , que nous devons tendre. Chacun de nous a un caractère particulier, une tournure d'esprit , une inclination principale qui influent sur ses sentiments, dirigent f es affections , règlent la généralité de ses démarches, et forment dans lui une manière d'être, une habitude d'idées, d'opÎAions , de désirs et d'actions , que l'on a appelée avec raison , une seconde nature. L'homme asservi à une passion dominante , y rapporte , même sans le vou^ loir , même sans y réfléchir , et comme par une impulsion uaUureÛe et machinale , tout le cours de ses pensées et de sa conduite. Bentrez en vous-même , vous qui éprouvez le malheur d'être dominé par l'avarice , par la vanité , par l'ambition , par la volupté ; interrogez de bonne foi votre conscience ; elle vous répondra que c'est cette passion , maîtresse de votre âme, qui en commande touilles opératipns, qui en excite tous les mouvements.
(i) Yidaas honora qas vere Tidoae sont. / Timotk. v, 3. (%) Qmmavâitm vcr^ vidna est, et desoUta, «perel in Devin : et imtet obsecratioaibns et orationibas nocle ac die. iSùi, 5.
Toutes vos facultés sont à ses ordres ; les souvenirs de votre mémoire, les projets de votre imagination, les vceux de votre cœur^ les actes de votre volonté , tout en vous répond à cet objet unique, dont vous êtes rempli , et qui ne laisse pas de place aux autres affections. Et vous , chrétiens fidèles , dans qui l'amour de Dieu a étouffé toutes les passions terrestres , vous savez que , devenu le principe de vos pensées , le mobile de vos actions , et , si Ton peut parler ainVi , Vânie de votre âme , il vous fait rapporter à Dieu , de vous-même et par une habitude naturelle , la totalité de votre vie. Dieu , que vous avez mis en possession de votre cœur , en est l'objet unique ; éa. gloire est votre but ; sa volonté , votre règle ; sa grâce, votre désir; sa récompense, votre ambition. Vous accomplissez à la lettre ce que recommande l'Apôtre, de faire pour sa gloire jusqu'aux moindres actions (1). Celles qui sont les plus indifférentes en elles-mêmes , cessent de l'être en vous , parce que vous les faites en vue de lui plaire. Vous voulez toujours agir pour Dieu, quoique votre volonté ne puisse pas toujours formellement eu produire l'acte : mais c'est sa disposition babi— tuelle , constante , entretenue et renouvelée par des actes fréquents. A l'exemple de la sainte veuve de notre évangile , nous pouvons de cette manière servir Dieu nuit et jour dans les jeûnes et dans les prières. Mous acquer* rons l'esprit de mortification , en mortifiant souvent nos sens par les privations, et notre esprit par la pénitence : nous acquerrons l'esprit de prière, en élevant fréquemment notre cœur vers Dieu ; car c'est par la répétition des actes , que se forme l'habiiude. Ce sont nos péchés multipliés qui ont formé celles sous lesquelles nous gémissons ; ce sera à l'abondance des bonnes œuvres , que nous devrons celles qui feront notre éternelle félicité*
Ces éloges , que donne le. texte sacré à la prophétesse Anne, d'une pratique soutenue de la mortification, de
(i) Sive ergo ronndacatii, uve aliad faiitis, omnia in glori;im De» facile. / Cor. i., 3i.
DES ÉVAKGILËS. 1^1
rexercicc habituel de la prière , d'une longue et perpé* tuelle chasteté , s'unissent parfaitement. Ces trois choses ont entre elles un rapport intime. L'oiaison fait supporter les rigueurs de la mortification ; la mortification fait trouver des "délices dans Foraison, et toutes les deux réunies soutiennent la chasteté. Privez la mortification des grâces que lui attire Foraison , elle sera insupportable; retranchez à Foraison le secours de la mortification elle deviendra insipide i ôtez à la chasteté Funou l'autre appui de Foraison et de la mortification , elle sera fragile et tombeira immanquablement. Tous donc , qu^une vocation distinguée appelle à cet état de continence, que Jésus-Christ chérit spécialement , et qu'il a voulu honorer par son propre exemple , vous êtes , plus particulièrement que les autres , astreints aux pratiques saintes de la prière et du jeûne. Ce sont elles , et elles seules , qui pourront vous faire remplir ce grand et difficile devoir. Pour vous en acquitter , deux choses sont nécessaires : votre propre travail et le secours divin. Vous ne pouvez rien sans que Dieu vous aide ; et Dieu ne veut pas vous aider sans que vous coopériez. Or, la mortification fera l'un ; la prière vous procurera l'autre. Par la mortification vous travaillerez à vaincre vos sens ; par la prière , vous en obtiendrez la force : la mortification donnera du prix à vos prières , et la prière , du succès à Tos mortifications.
Li^auteur sacré loue aussi là sainte veuve de ce qu'elle ne sortait point du temple ; et c'est encore à cet égard un modèle qu'il nous propose. La fréquentation du lieu saint est une des pratiques les plus recommandées dans la religion. Nous pouvons sans doute honorer Dieu , le louer, l'invoquer partout où nous nou^ trouvons : de quelque lieu que s'élèvent vers lui nos vœux , il daigne les recevoir ; mais ceux qui lui sont adressés dans la maison qu'il a consacrée spécialement pour cet objet y lui sont plus agréables. Il est partout , et partqut il nous entend ; mais il réside corporellement dans son sanctuaire. C'est du temple que part cette prière commune ,
122 EXPLICATIOW
ce concert de supplications qu'il s'e»gage à exaucer , c'est au milieu de ceux qui sont assembLés en son nom , qu'il aime , ainsir qu'il le déclare , à se trouver (1). Tout dans le lieu saint contribue à rendre nos prières plus fer- Tentes y et par là plus efficaces : tout ce qui nous y environne noiis rappelle les bienfaits de Dieu et nos devoirs. Le juste n'entre point dans le temple du Seigneur , sans se dire intérieurement comme Jacob : combien est re^ doutable ce lieu ! c*est véritablement la maison du Sei* gneur et la porte du ciel (2). Le pécbeur ne devrait ja— ii^is y paraître sans se ra[fpeler le précepte divine Tremblez en présence de mon sanctuaire ; je suis le Seigneur (3).
Ce fut à son assiduité dans le temple que lapropbélesse de notre évangile dut le bonheur insigne auquel elle aspirait depuis &on en&nce ^ et qui n'avait pas été accordé aux générations précédentes , de voir ce Messie , l'objet des oracles des Prophètes , des soupirs de tous les justes , des vœux de tous le» enfants d'Israël depuis un grand nombre de siècles. Elle arriva auprès de cet auguste enfant au moment où Siméoa, l.e tenant entre ses bras, prédisait ses destinées et celles de sa Mère. Si cette sainte femme eût négligé de se rendre selon sa coutume dans. le temple, elle eût été privée de cet incomparable bienfait. Hélas! que > de regrets cette idée, ea la retournant sur nous-mêmes, doit nous causer ! Combien de faveurs ixotre négligence à nous rendre dans le temple du Seigneur, nous a fait perdre I combien d'in^tructions qui nous auraient préservés de nos fautes , combien d'exhortations qui auraient excité notre piété languissante , combien de bons exemples qui auraient
(i) It«rum â(co -vobu, qmià si duo ex vohis eonscDscrint saper terrain de oo^ni le , qafMVkconiqQe petiorint^ fiet illis a Patrc iiMo,^i in cœlis est. Ubi eoiin sont doo vel très cong^regati m. namine meo, ibi sam in medîo eorom. Matth. x\iii, 19, 20.
{1) Qaam teriibilis est.... locas iste ! non est hicallad-nisi doma« Det, et povta oœli. <?«nftf. -ssxvtii , 17.
(3) Pav«to ad laactfiftriEun meai»; ego Dobu'imis. Levit, xsvi, a .
DES ÉVAHGiliU. 123
soutenu notre faiblesse » combien àe prières qui au* raient aUirë sur nous les secours célestes, combien de grâces de tout genre qui nous attendaient dans le lieu saint y nous sont échappées , parce que nous ne sommes pas allés les y chercher! Tel exercice de piété, tel office public y tel sermon , auxquels notre indiiTérence^ si ce n'était pas même un sentinsienl plosconpable, nous a fait refuser d'assister , étaient peutr^tre les circonstan* ces que Bieih arait choisies ^ et qu'il destinait ^ dans sa miséricorde , à devenir les principes de ses dons tes plus précieux et les plus abondants.
La prophétesse Anne , à la vue de eet eaiant divin , se met à louer k Seigneur ^ qui, accomplissant enfîn ses oracles, exauçant les voeux de tant de siècles , accorde à toutes les nations de la terre <»lui qui sera leur lu* mière , leur salut et leur bonbeuv. Elle ne se contente pas de chanter le btenlait du Seigneur ; elle le publie hautement : elle annonce ce merveilleux enlant ; elfe déclare quel il est à tofts eenx qui l'attendaiemt:, c'est-à^ dire, d'abord en général à tout le peuple juif,, mais en-* soi te, et plus spécialement, aux vrais Israélites qui le désiraient avec ardeur , et qui fusaient de sa venue l'objet continuel de leurs prières : ceux-là seuls étaient di^^nes de le connaître. Parmi ceux qui entendirent les discours du saint ^iUacd et de la pieuse prophétesse , il y en eut beaucoup qui n'f firent aucune attention , et qui les regardèrent comme des rêves d'iiue crédulité abusée , ou comme les délires d'une Vieillesse ailaiblie. Il faut croire cependant qu'il s'en trouva aussi quel^ ques-uns qui y ajoutèrent foi, et dans qui Tavénement du Messie, objet de leurs espérances y fît une vive sensation. Mais il ne paraît pas que cette impression du premier moment ait laissé de profondes traces ; on n'en voit dans le cours de l'histoire sainte aucune suite , et nous sonimos fondés à penser qu'elle s'edaça presque aussitôt qu'elle s'était formée. Tel est l'effet beaucoup trop comuiun de l'annonce des grandes vérités de la reli-« gion. La plupart des hommes les a^Ugent, ou même
124 EXPUCATIOW
ferment leurâ oreilles pour ne pas les entendre : quel* ques autres les reçoivent dans leurs esprits , mais les en laissent sortir presque aussitôt ; et les pieux sentiipents qu'elles ont fait naître , sont oubliés presque au même Hioment où ils ont été conçus.
Et après qu'ils eurent terminé toutes choses, conformément à la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée dans leur ville de Nazareth, Cependant V enfant croissait et se f^i fiait , étant plein de sagesse ; et la grâce de Dieu était en lui (1). Si Jésus-Christ lui-même a voulu paraître se fortifier , et croître en sagesse et en grâce, n'est-ce pas une leçon , non-sauiement pour le premier âge par lequel il passait alors , mais aussi pour tous les âges de la vie , des progrès qu'ils doivent s'efforcer de faire dans les voies du salut ? Croissez toujours ^ nous dit le Prince des Apôtres, dans la grâce et dans la connaissance 'de N. S. Jésus-Christ (2). Telle est la violence du torrent des passions et des inclinations vicieuses que nous tra«versons , que si nous ne faisons pas des efforts continuels pour le surmonter , nous en serons immanquablement emportés. Ne pas avancer , c'est reculer ; ne pas aug^ menter, c'est décroître : on perd de ses forces aussitôt qu'on cesse de les employer. Travaillons donc sans telâche à nous rendre meilleurs ; c'est le seul moyen de ne pas devenir plus mauvais ; et pour ne pas tomber dans Texcès du vice , tendons continuellement à la per-* fection de \ft vertu.
(i) Voyez l'explication de ces paroles dans celle de l'évangile du premier dimanche après TEpiphanie, ci-après.
(a) Crescite vero in gratia et in cogniiione Pomioi nostri.... Jesa Christi. // Petr. m, i8.
J\n nArj\/W\ ."XTi /\J AAA>\AA/\/>/\/VA/\/VAA,AAA/\A/\.y\AA/VAA/\A
DU JOUR D£ LA ClRCONCISiON .
Circoncision de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ.
Quand les hurt jour» après lesquels Tenfant devait être circoncis , furent accomplis , on lui donna le nom de Jésus , qui était celui que l'ange lui avait donné avani qu'il fût conçu. ( Luc. ii, 21. )
Une année vient d'expirer ; une autre vient de naître. Que sont devenues toutes celles que nous avons vues s'écouler ? elles ont fini et jamais eHes ne revivront ; elles ont fini ; elles ne sont plus. rien. Un jour, une année, un siècle , tout le cours des siècles, dès qu'ils sont passés, sont la; même chose. Il en sera de même de Tatinée qui commence , de toutes celles qui nous restent à vivre, de toutes celles qui sont fixées dans les décrets éternels pour la durée de l'univers : eUes passeront et s'anéantiront les unes après les autres. Le temps lui-même finira par être anéanti ; mais une chose n-e s'anéantira jamais; c'est l'emploi que nous en aurons fait. L'usage, soit bon, soit mauvais, du temps qui nou» avait été accordé , nous suivra dans la r^ion de réternité, et y fixera notre sort. Le temps , cet être qui a si peu de consistance ,'que nous pouvons à peine le regarder comme- un être, est le don le plus utile et le plus funeste qui ait été fait. Il dépend de nous qu'il soit le principe d'une éternité de bonheur, ou d'une éternité de malheur. Quel vaste sujet à nos méditations! soit que nous reportions nos regards sur les aur
126 EXPUCATION
nées que nous avODS laissées écouler inutilement, si même elles n'ont été qu'inutiles , soit que nous les fixions sur celles qui nous restent à parcourir.
Combien , dans le cours de la seule année qui vient de se terminer, n'avoDs-nous pas tu périr de personnes à qui une jeunesse brillante , une forte complexion » promettaient de plus longs jours qu'à nous? Combien peutêtre de ceux à qui nous étions le plus attachés , ont été arrachés de nos bras ! Qu'avions-nous fait pour être tirés du nombre de ceux qui ont vuxommencer Tannée, et qui ne l'ont pas vue finir ? Pourcftooi, lorsque la mort frap pait autour de nous tant de victimes, ses coups ne nous ont'ils pas aussi atteints ? Quel titre avions-nous à cette* préférence? C'est la bonté infiniment miséricordieuse qui a daigné nous accorder le moyen de revenir à elle. Le temps , dont nous jouissons encore , est un de ses bienfaits d'autant plus insigne, que nous l'avions moins mérité; mais hâtons-nous d'en profiter; pensons à la multitude de personnes pour qui l'année qui s'ouvre aujourd'hui sera la dernière. Si le Seigneur envoyait un nouvel Isaïe vous dire «ornme à Ëséchias : mettez ordre à votre maison ; vous allez mourir , et vous ne vivres plus (1), quelle impression ne produirait pas sur vous cet arrêt de mort ! quels sentiments de componction , quelles résolutions d'une meilleure vie n'exciterait-il pas dans votre cœur! quelle réforme n'opérerait- il pas dans vos mœurs! Ce n'est pas là ce que vous annonce le Seigneur ; mais ce qu'il vous dit est aussi terrible. Il ne fixe pas le moment de votre mort, il le tient au contraire caché dans l'impénétrable nuage de l'avenir , afin que vous vous teniez toujours prêt à le voir arriver. Vous faites consister votre prudence uniquement à prévoir les événements de la vie , et à vous y préparer : l'événement de la mort, bien autrement important , est le seul
(i) Dispone domai taae, qnia raorieris ta, et non vives. Isa,
JXJLVUUf I.
OTS ÉVANOILtS. 12t
sar lequel VOUS ne preniez aucunes précautions. Vous êtes pour votre intérêt essentiel, ce que vous jugeriez insensé d'être pour des intérêts frivoles et passagers.
Cette année dont vous venez "de sortir , comment Tavez-vous passée? Est-ce à servir Dieu, est-ce à i'ofieiKer que vous Tavez enployée? avez- vous fait des progrès dans ia vertu , ou vous êtes- vous enfoncé dans le vice? /{appelez- vous ce que vous étiez lorsqu'elle commençait, et voyez ce que vous êtes quand elle finit. Cousidérez le point oii elle vous a trouvé, et celui où elle vous laisse. Combien d'utiles regrets cet examen vous doooera ; que d'occasions vous avez perdues ! que d autres où vous avez succombé ! que de bonnes œuvres vous auriez pu faire ! que de fautes vous auriez pu éviter, que de vertus- il n'eût tenu qu'à vous d'exercer! que de défauts il vous eût été facile de réformer ! HuiTiiWei-TOtis devant Ihen de tant de pertes si graves ; ïmplorez-en le pardon , et surtout formez la résolution smcère et vigoureuse de les réparer dans le cours de 1 année où vous entrez. Dieu vous Taccorc^pour cet ofcj'et. n vous l'accorde. Hélas ! s'il daignait l'accorder a quelqu'une des âmes qu> déplorent dans les flammes ^teraelles l'usage criminel qu'elles ont fait de celles qui leur avaient été données, avec quelle ardeur elle l'emplwi'aità réparer , par une viv€ pénitence, l'abus qu'elle cfl a fait! Il vous l'accorde. Peut-être ne vous en accor- «era-t-il plus d'autre. Que cette pensée salutaire ne vous quitte pas pendapt tout son cours ; elle sera l'encouragement le plus actif à tout bien , le préservatif le P^^4 puissant de tout mal. A l'ouverture de chaque i^jwnee, rappelez- vous que peut-être vous n'en verrez pius d'autre. A l'entrée de chaque nuit, figurez-vous ÇQ file va peut-être devenir pour vous une nuit étcr- ^^Ik. Que chaque heure soit pour vous comme si elle ^svait être la dernière , et vous les emploierez toutes ^tilement. A chaque action qui se présentera , deman- ^w-vou8 si au moment de votre mort , qui est peut- ^ue très-iûstant , vous voudriez l'avoir faite, et vous
n'ea omettrez aucune vertueuse , et vous n'en commettrez aucune coupable.
Quand les huit jours après lesquels Venfanl devait être circoncis furent accomplis, on lui donna le nom de Jésus , qui était celui que Vange lui avait donné avant qu'il fût conçu. Nous voyons en ce jour Jésus-Christ se soumettre à la loi donnée à Abraham et à toute sa postérité. Il pouvait sihs doute légitimement s'y soustraire. L'auteur de la loi n'était pas assujetti au précepte que lui-même avait porté. Pourquoi, libre de s'en exemp-* ter , a-l-il voulu y être compris?
D'abord , il a voulu ^ par son obéissance, nous donner L'exemple de celle que nous devons aux lois religieuses et civiles. La circoncision était de l'un et l'autre genre. Elle appartenait à la religion i Dieu l'avait donnée pour être le signe de son alliance avec son peuple (1), pour que chaque Israélite portât sur sa chair une empreinte , et comme le sceau de ce traité , qui lui en rappelât l'observation» Elle tenait aussi à l'ordre civil : ellje était la marque qui distinguait la nation sainte , qui l'empêchm de se mêler et de se confondre avec les autres peuples. Descendant d'Abraham , Jésus-Christ, malgré tous les titres qui l'en auraient dispensé , observe le précepte donné à toute la postérité de ce patriarche. A peine né , il donne à la terre l'éton^lnt spectacle d'un Dieu dépendant des hommes. La circoncision est le premier acte de l'obéissance , dont il ne se départira jamais envers toutes les autorités. A ce moment commence la longue suite d'exemples de soumis* sion , qui ne doit Unir que par le plus grand de tous, par sa soumission à la mort de la croix (2). Combien , en nous rapprochant de ce divin modèle , ne devonsnous pas rougir de nous en trouver si différents! Corn-
(i) Gircamcidetis carnem praepntii vestii , at sit in signom Cœderis inier me et vos. Gènes, xvit , i.
(a) Hamiliavit semetipsam , factas obediens osqae ad mortem , oaortem aatem crucia. ^d Philipp, ii, 8,
bien d'infractions formelles n'avons-nous pas à nous reprocher , soit à la loi de Dieu , soit aux commandements de ceux à qui il a donné pouvoir sur nous ! Nous sommes beaucoup moins occupés à les observer fidèlement , qu'à trouver des titres qui nous en dispensent. Les prétextes les plus légers justifient à nos yeux les violations les plus graves. Quand la frayeur du châtia ment y le respect humain , le désir des éloges , la crainte du blàtne nous poussent enfin à l'observation., avec quelle lenteur nous nous y portons ! li semble que nous prenions à tâche de perdre le mérite de notre obéissance , par la manière lâche dont nous la pratiquons* Insensés! nous ne pouvons nous soustraire à l'autorité, et nous nous faisons un malheur d'y être assujettis* Que gagnons- nous donc à^ ces oppositions? nous ne faisons qu'aggraver le joug , par le- dégoût avec lequel nous le portons. Si l'observation du précepte est onéreuse, nous la rendons bien- plus onéreuse encore , par la repu-* gnance que nous y apportons. D'une part, nous en augmentons la peine ;- de l'autre, nous en. perdons 'le prix. D'une action qui eût été un titre aux> récompenses , nous parvenons à faire un sujet de punition.
Un autre exemple que nous donne Jésus-Christ dans le mystère de ce jour , est celui de l'humilité. Etablie, comme disent les saints Pères , pour être un remède au péché orJgindL, la circoncision imprimait, sur celui qui la recevait , Te caractère apparent du péché. Dans son incarnation, Dieu s'était abaissé jusqu'à se faire homme : huit jours après , dans sa circoncision, il s'humilie bien plus encore ; il se ravale jusqu'à paraître pécheur. Dans le sein de Marie , il avait pris chair ; sous le couteau de la loi, il imprime à sa chair la ressemblance du péché (1)« Là il avait anéanti sa grandeur; ici il fait disparaître jusqu'à sa sainteté. Il avait accompli dans le mystère de sa naissance les prophéties qui annonçai^t qu'il serait
(x) D<>as Filiam saoïa miitens tit'^ similitadinem carnis peccati. jid /'o/n-viii, 3..
VU parmi les bomni'es ; dans le myatère de hk cireonci* siOB, il commence à vërifier l'oracle d*Isaîe y qu'il sera conlbiMltt parmi les criminels (1). Dès ce jour il autorise son Apôtre à dire ( ce que nous n'oserious répéter^ si ce n'était pas l'Esprit saint qui l'eut inspiré ) : que celui qui n'avait point connu le péciié, est devenu pour non» le péché même (2). Yoiià jusqu'à quel point Tamour de Dieu pour les hommes , Ta porté à se rabais* ser. Il semble qu'il ait voulu , par ses prc^es humilia-*^ titms y se donner le droit de nous prêcher un évangile d'humilité. A cet excès d'humiliations, où iious voyons notre divin Modèle , comparons la coanièrc dont nous l'imitons. Contemplons ce qu'il est , lui qui s'abaisse si profondément , et ce que nous sommes^ nous qui nous élevons aussi déraisonnablement. Si aous voulons y faire réflexion , nous verrons que rien u'est plus propre à nous Inspirer l'humilité y que la considération mênae de notre orgueil si mal fondé dans son principe , ai minutieux dans ses dE>jets ^ si ridicule dans ses effiets. Vous^ TOUS enorgueillisscE de votre naissance , de voire raog , de vos dignités , de vos empois, de vos richesses, de vos connaissances y de vos talents; et c'est là au con^ traire ce qui devait spécialement vous humilier. Plus tu es grand , dit l'Esprit saint , plus tu dois t'humiiier en toutes choses (3). La raison en est simple ; c'est qu'une plus grande élévation impose de p|u& grands de-voirs. C'est l'usage des avantages temporels qui en fait le mérite ^ leur possession n'est ri«n I ah ! je ««trompe; elle est un grand danger pour qui la reçoit ^ «ift f rand maliieur pour qui en abuse ; elle est bien plus naturel^ lement, bien plus fréquemment un obstacle au salut, qu'un mioy^n de salut. Aux yeux d« la foi » c'estnàdire, selon les lumières do IfiofaUJ^Ie vérité ^ l'acquisition
(i Et cam sceleratit repntatns est. Isa, nizi, ia>, (a) Eam , qai non noverat peccatnm,.pro nobis peecatom fecit. // md Corintk. v^ ai. y
(3) Qaanto magnas ea, hamilia te in ovniJbua. Seçli* jn, 9^.
DES ÉYANOILES. 131
jdes bienft terrestres est un motif de frayeur et d^fauini** liation , et non de joie et de vanité.
Dans la cérémonie de ce jour , Jésus-Christ nous apprend à combattre un autre de nos vices ,• auquel bous sommes fortement attachés , et qui est le principe d'un grand nombre de nos fautes, la sensualité ; passion aussi commune qu'elle est funeste, qui souille la terre ,. et qui peuple l'enfer. Il n'est presque personne qui n'en soit, ou plus ou moins entaché. L'amour des vo-^ Juptés les plus criminelles est tellement répandu dans la classe supérieure > qu'on peut le regarder comme vnîverseL Peu en rougissent ; beaucoup en font gloire : et le péché honteux , que la simple pudeur naturelle ilevrait engager à cacher, presque partout se montre effrontément. Parmi ceux que des passions moins vives 9 qu'un naturel plus heureux , que des réflexions plus sensées , et surtout que des grâces divines plus abondantes ou mieux employées , préservent de ce détestable vice , combien en voit-on qui ne sont occupés ^u'à se procuver les aisances et les commodités de la société 1 C'est un des défauts que le monde reproche le plu» communient , et , il faut l'avouer , avec le plus de fondement , aux dévots. Il semblerait, à voir la vie naolle et sensuelle de beaucoup de personnes qui prétendent à ce titre , et qu'on ne fait pas de difficulté d'en lionorer , que le secret de la dévotion consiste à allier les douceurs- de la vie avec la sévérité évangélique ; à ^prendre des préceptes chrétiens tout ce qui ne gêne pas, et des usan^ mondains tout ce qui plaît ; à adoucir ce que la loi divine a de rude , et à sanctifier ce que la vie mondaine a de doux , à s'abstenir des vices grossiers , mais à ne pas se cbarger des vertjjs pénibles ; à être tout à la fois à Bi^u par des pr-atiques peu onéreuses, et au monde par les jouissances agréables..
Ce n'est pas la religion que Jésus -Christ est venu apporter à la terre. Plus âgé, il portera la loi de la mortification; naissant, il commen^ie à robserver. Ce qu'il prescrira un jour par ses paroles y il le prêche aujour-
d'hui par soq exemple. A peine est*iL dans son huitième jour , et déjà le voilà, livré à. une opération douloûreufte^ K entre dans la carrière des peines et des souffrances, qu'il doit si laborieusement parcourir. Il verse a^joui^ d'huiles premières gouttes de ce sang qu'il répandra tout entier. C'est ici le commencement de sa passion. Ce n'étaitpasà la circoncision de sonFils queDieuavait attaché le salut du genre humain. Le peu de sang que Jésus*Christ répand aujourd'hui ne suffisait pas dans les décrets éternels pour la rédemption du monde. Mais le terrible sacrifice qui ne devait se consommer que sur le Calvaire , commence dans la circoncision. Quelle que soit la distance qui sépare ces deux jours, ils se réunissent dans le même but^ La circoncision et la: croix ne for* ment qu'un seul mystère» Et en quoi donc consiste cette intime connexion entre les deux actions, dont Tune commence , et l'autre termine la vie mortelle de noire Rédempteur? Ce ne sont point ici des idées particulière», de vaines spéculations : c'est la doctrine qu'enseigne l'apôtre S. Paul, éclairé par le Saint-Esprit. Je déclare, disait-il à ses disciples de Galatie , que tout homme qui se fait circoncire se rend débiteur dé l'observation entière de la loi (]). L'expression est générale ; Jésus- Christ n'en est pas excepté. En se soumettant à la circoncision, il prenait l'engagement d'observer littéralement tout ce que la loi lui prescrivait. Mais les- obligations de l'Homme-Dieu , par rapport à la loi , n'étaient pas les mêmes que celles des «autres Juifs! il venait comme eux accomplir la loi, mai» dans un sens différent d'eux ; il venait l'accomplir en la terminant. Il était , comme le dit encore S^ Paul, la fin de la loi (2). Il en était la fin pour la consommation de son sacrifice. La loi devait expirer avec lui sur la croix. Ainsi l'accompUssement de la loi était par. rapport à lui , sa mort sanglante.
(i) Testificor aotem rarsns oiuni homini circnmcideoti se , qnoniam debitor est oniversae Ugh faciendae. GalaC, v, 3. (2) Finis enim-legis, Ghristus. h'om, x, 4*
DES iVÀNGlLlS. 133
£a s'engageant , sous le couteau de la circoncision , à remplir tout ce que la loi lui imposait, il s'engageait aux afPreux^ tourments de sa passion. Sa circoncision est une acceptation authentique et solennelle de la mort de la croix. Il vient se présenter à cette cérémonie ayant devant les yeux les suites terribles auxquelles^ elle le dévoue : et comme elle est le prélude de la passion , elle en est aussi l'engagement. Jésus-Christ y devient une victime dévouée au sacrifice, déjà frappée, déjà sanglante, et sur quMe dernier coup est suspendu. Le grand mystère de la rédemption du monde , ce chef^ d'œuvre de la justice et de l'amour d'uu Dieu, est commencé , et est aussi avancé que. le permet l'enfance du Rédempteur.
C'est en mettant fin à la loi, que Jésus-Ghnst l'accom» plit; mais en la terminant, il en établit une nouvelle. En renversant la Synagogue , h élève l'Eglise. Elle devait tomber, cette loi toute figurative, lorsque les figures qu'elte contenait seraient réalisées. Une loi adoptée 'à un seul pays devenait insuffisante, lorsque le descendant de Jessé , élevé pour être un signe à tous les peuples , serait obéi et invoqué par eux (1). Une loi, dont le$. principales dispositions tendaient à séparer la race d'Abraham, et à l'empêcher de se confondre avec les nations , n'avait plus d'objet , quand toutes les nations bénies dans la: race d'Abraham seraient réunies en une seule, devenue tout entière le peuple de Dieu (2). Dès le temps où il publiait au nom de Dieu cette loi » Moïse en annonçait le terme aux Israélites. Il leur déclarait dès-lors, qu'un jour le Seigneur susciterait dans leur nation, et du milieu de leurs frères, un. autre prOf phète; et il leur ordonnait de l'écouter (3). Une suite
(i) la die iUa radix.Jèsae, qai stat in signom populoram, ipsam gentes deprecabàntur. /îa. xi, lo.
(3) Et benedicentor in semine tao omnes gentes terras. Gènes. xzin, 18. '
(3) Proplietam de gente taa, et de fratribns tais.... sascitabit tibi Dominas Dens taos : ipsom andies. JDeut, xviii, x5.
134 BXPLICàtlOlf
d'oracles préparait l«s Juifs à voir cette abrogation àe leur loi. Jérémie avait annoncé aux maisons d'kraël et de Juda qu'il vieadrait des jours où Dieu ferait avec elles un pacte nouveau, différent de l'ancien; un pacte qui serait une loi donnée à leur inténeur, et gravée dans leurs cœurs (1). David avait prédit la fondation d'un sacerdoce, qui serait selon l'ordre de Melc^sédech (2). Maiachie avait prophétisé, avec la fin des sacrifices actuels , l'immolation et l'oblation universelle «a tout lieu , et dans toute nation , d'une victiiue pure (3). Daniel avait fixé Tépoque où le Christ ayant été mis à mort, son peuple qui l'aurait méconnu ne serait plus, et où la ville sainte serait détruite, ainsi que son sanctuaire, par un peuple qui devait venir avec son chef (4). Lei docteurs de la Synagogue étaient les dépo»taires de cette loi, mais ils ne la connaissaieat pas; ils l'enseignaient, mais ils ne la comprenaient pas« C'est le grand Apôtre, inspiré par l'Esprit saint, qui nous en donne l'intelligence. Il développe tout le plaa de l'Anciea-Testament, en disant que tout ce qui arri^ Tait aux Israélites était figuratif (5); que leur loi ne présentait que l'ombre des biens futurs , et n'en don*-
(i) Ecce dies renient, dicit Domimts; et feriam domai Israël et domaî Jfoda fœdus novom : non secondam pactam, qnod pepigi «a« pairibos^CHram*... sed faoc erit pactam, qood feriam tam domo Israël. Foat dies Rio» dicit Dominus : Dabolegeu in Tisoeribns eoriu»,. et iit oorde eornm scribsBi eam. Jerem, xuu, 3x , 3a «/ 33;
(2) Jaratit Dominas, et non pœnitebit eom^ ta es sacerdos in asternam secandom ordioem Melchisedecb. Bsalm, cix, 4.
(3) Non est mibi volontas in vobis, dicit Dominas exercitnam : et aialitts son snsoipiam de marna vestra. Ab ortn enim solis asqpae mai ocoasnm , nuigniim.estBOmea mcnm in geotiènas, dt in omoi looo sacrificatar, et offertor numini meo oblatîo manda. MtUach* i, 10 et II, ,
(4) Post bebdomades sexagînta daas ocçidetor Cliiistos : et non erit ejos popalns, qai eam negataras est. Et civitatem, et aanotoarium dissîpabit popalas eam dace ventaro. DunieL vl, a6.
(5) Haec aatem- omma îir figura coDtingiel>ant ilUs. I ad Cor,, z,.
DE» iVAHOIXiE». 135
naît pa» la réalité (1). Avec cette maxime tout a'expUque, toat devient clair dans rancieime alliance. Le peuple hébreu n'avait été choisi « foi^né, conservé, que pour donner au monde le Messie. Tout , dans son gouvernement y dans ses nneurs , dans sa religion , était relatif au Messie. Non-seulement on voit l'ensemble de l'économie Mosaïque dirigé vers ce seul objet; mais en considérant toutes ses parties, on est frappé de leur rapport intime. La loi était la^ figure de la loi que devait donner le Messie; le sacerdoce , de son sacerdoce ;. les sacrifices, de son sacrifice; les cérémonies, de ses sacrements» Tous les grands hommes d'Israël sont ses précurseurs. Dans les principaux traits de leur vie^ sont tracées d'avance et annoncées les actions du Messie. Parcourez, les^ livres de l'Ancien Testament à la main, toute la suite de l'histoire judaïque , vous ne trouverez pas un seul tnÂt qui n'ait pour but le Messie, q,ui ne serve^ ou à prépajrer sa venue, ou à le prédire, ou à le figurer. 11 en était fânsi de la circoncision : comme tout le liesfaede la loi cérémonielle et civile, elle devait être abrogée ; et pour le sentir,, il suffit de remonter à son institution. Dieu l'avait prescrite à Abraham et à sa postérité , pour être un signe , renouvelé de génération en génération, de la promesse faite à ce patriarche. Cette promesse était que de lui descendrait le libérateur du genre humain. Le libérateur arrivé, la promesse accomplie^ le signe devient inutile. Quand ce qui avait été promis est exécuté, que sert d^en oonserver la marque et le garant? Mais en étant abolie, comme le reste de la loi , la cirooocisîon devait être remplacée. Gonsidéroofl donc le divin Rédempteur comme le consommateur d'une loi , et le fondateur d'une autre : nous le verrons, sous le premier rapport, abrogeant la drccoieision légale qu'il reçoit; sous le second, établissant une circoncision bien plus parfaite dont il donne l'exemple.
(x) Umbram enim babeos les fataroram booorom , xicm ipsan HB^inom centra. Jd Uei* ^ i.
La fête de ce jour réunit deux mystères : celui de la circoncision à laquelle J'ésus-Ghrist se soumet, et celui de la circoncision à laquelle il nous assujettit. Dans la première il a commencé à nous sauver ; par la seconde il nous donne le moyen de nous sauver.
Pour connaUre cette circoncision nouvelle , enjointe par Jésus-Christ , il n'y a qu'à considérer la nature de la loi qu'il a apportée au monde. Tout l'ordre , tout le but , tout le système de sa religion , est de purifier l'intérieur. Ceux même de ses commandements qui prescrivent des œuvres corporelles , ont pour objet la sanctification de l'âme. C'est du sentiment qui les produit que nos actions tirent tout leur prix ; et les sacrifices les plus héroïques ne sont rien à ses yeux , quand «e n'est pas le cœur qui les fait. Il ne veut que notre cœur; mais: il veut tout notre cœur. Que nous lui donnions notre cœur , il nous abandonne tout Je reste. Il nous ordonne, non de nous rendre pauvres, mais d'avoir l'esprit de pauvreté; non de vivre dans un état humble, mais d'être pénétrés de l'humilité ; non de renoncer à tous divertissements, maisde n'y être pas attachés. Il nous permet l'usage de tous les biens de la terre; il nous en défend l'affection. Servez-vous de ce monde , nous dit-il par son Apôtre , comme ne vous en servant point (1). Tout ce qui y est vous appartient ; mais vous appartenez à Jésus- Christ (2).
La loi qu'il nous a donnée étant dans son entier une loi spirituelle, la circoncision qu'il nous commande est donc une circoncision spirituelle. S. Paul enseigne dans plusieurs de ses Epitres, cette importante doctrine de la circoncision nouvelle, qui n'est point, comme l'ancienne faite de la main des hommes ; qui ne consiste plus dans le déJ>ouillement de la chair : mais qui est la circoncis
(i) Et qui otuntar boc mondô, taD<{naiii non nUator. / ad Cà* rinth. vu, 3i.
(a)Oiiiiiiaeniiii?estra.saut.... VosaatemChristî. Ihid, iii,Mt fca3:
OTS ÉVANGILES. 137
sion en Jésus-Glirist (1); qui n'est point extérieure et apparente sur la chair , mais qui est la circoncision du cœuF; faite non selon la lettre, mais selon l'esprit (2). C'est nousi, dit cet apôtre, qui soinmes les véritables circoncis ; nous qui servons Dieu en esprit , et qui , ne mettant pas notre confiance dans notre chair , tirons toute notre gloire de Jésus-Christ (3).
Cette circoncision intérieure et spirituelle, par laquelle notre divin Législateur a remplacé 1^ circoncision extérieure et légale, n'est autre chose que le retranchement de tout ce qui déplaît à Dieu dans notre âme. C'est la réforme entière de nos affections vicieuses, de nos incllnations dangereuses. Circoncire son cœur, c'est assujettir sa raison , dompter son humeur , amortir ses désirs , contraindre ses penchants, plier ses habitudes, réformer ses passions. Circoncire son cœur , c'est humilier l'orgueil , comprimer la colère , étou£Per la vengeance , déraciner les aversions , éteindre jusqu'à la dernière étincelle de la volupté. Circoncire son cœur, c'est eh arracher toutes les semences de péché qui y germent , sans cessé > s'éloigner des objets qui charment, et qui égarent ; sacrifier les intérêts qui séduisent , et qui aveuglent ; rompre les liaisons qui attachent, et qui corrompent ; fuir les occasions qui plaisent, et qui pervertissent. Circoncire son cœur , c'est renoncer à soi-même par l'abnégation ; se vaincre soi-même par la mortification ; mourir à soi-même par le détachement de tout ce qui q^t cher et dangereux. Voyez tous les sacrifices que fait Jésus-Christ dans la circoncision : ils sont l'emblème de ce qu'il exige de vous dans la vôtre. Il soumet
(x) Neqae qoae in raanife&to, in caroe, est circamcisio : sed qai est in abscondito, Jodaeas eat, et ciicaïuciAio cordiâ inspiritu, non littera. Ad Hom. u. aS ei ag,
(a) Nos enim samas circamcisio, qai spiritn servimas Deo, et gloTsamûr in Cbristo Jesa ^ et non in carne fidaciam habentes. Ad Phil, III, 3.
(3) Circamcisi estis circomcisione non manu factâ in expoliatione corporis carnis, sed in circamcisio ne Cbmlj. Ad Coioss, ii, tu.
140 EXPUCilTION
ronne vous invite au péché : le monde par ses pompe» ^ ses illusions, ses plaisirs ; les hommes par leurs suggestions, leurs conseils, leurs exhortations, leur» exemples. De quelque côté que vous tourniez vos regards , ils tombent sur des péchés tout préparés. Chaque chose qui vous arrive , en devient une occasion : l'élévation éblouit, riiumiliation révolte, le plaisir enivre, le chagrin irrite, la richesse exalte les passions, la pauvreté excite des murmures. Entre tant de dangers , comment pourrez-vous échapper à tous ? Attaqué par tant d'ennemis , ne serez-vous vaincu par aucun ? Mais de tous ces dangers le plus funeste , de tous ces ennemis le plus terrible, c'est votre propre cœur; d'autant plus qu'en s'unissant à tous les autres, il les rend infiniment plus redoutables. En vous faisant chérir ce que vous devriez combattre , il vous ôte le courage nécessaire pour résister ; il vous en ôte même la volonté : il vous ôte souvent jusqu'à la connaissance du «danger où il vous met. Kien de plus commun que les illusions faites à l'esprit pat le cœur. Il lui présente avec vivacité le côté sédui— sant , et lui cache avec adresse k côté dangereux. Combien ne^ommes-nou» pas enclins à excuser ce qui lious plaît, disposés à ne point voir de mal où nous- trouvons du plaisir, ingénieux à justifier ce qui nous est agréable ? On se livre sans crainte à un- penchant que l'on croit innocent. Peut-être dans les commencements n'était-il pas fort coupable ; mais il était toujours dangereux. Vous laissez croître dans votre champ une plante étrangère et inutile : à sa naissance elle est effeetivement peu nuisible ; mais quand elle aura jeté ses racines et étendu ses branches , elle étouffera votre froment sous son ombre, et le fera périr dans son germe. Comme le ver qui ronge peu à peul'étoife dans laquelle il est né , toute inclination qui n'est pas réglée par la religion , consume par degrés le cœur dans lequel on l'a laissé engendrer. Et par une conformité encore plus dangereuse, c'est sans bruit et sans qu'on l'aperçoive, que le ver fait ses ravages ; on ne voit le dommage que
DBS EVANGILIS* Hi
quand il est complet : c'est pareillement sans qu'on s'en doute , que l'inclination terrestre entame et dévore successivement tout ce qu'il y a de bon dans le cœur. On ne sent ses progrès , on ne découvre les maux qu'elle a faits, que quand il n'est plus temps de les prévenir. Interrogez ceux que vous voyez abandonnés aux plus détestables excès des passions : demandez-leur quelle en fut Torigine. S'ils sont de bonne foi , ils vous répondront que la première cause de leur perversion fut un penchant d'abord assez faible, auquel ils se livrèrent inconsidérément. Cet homme détesté pour toutes les noirceurs de l'ambition , vous dira qu'il a commencé par quelques légères intrigues, auxquelles il croyait pouvoir se livrer sans péché : cet autre , accusé de toutes les bassesses , de toutes les rapines , de toutes les extorsions d^ ravarice, vous dira qu'un désir de fortune qu'il croyait légitime l'a conduit par degrés aux moyens les plus criminels de s'enrichir : ce troisième , souillé des plus honteuses ordures de la dcDauche , vous dira qne quelques complaisances, qu'il jugeait innocentes, ont été le prélude et le germe des infamies qui depuis ont rempli sa vie. Pour surmonter les affections mondaines, il faut les attaquer dans leur principe. Il ne faut pas différer à arrêter le torrent dans son cours ; il faut le tarir dans sa source. La circoncision du cœur , voilà le seul remède. Tant qu'on y laissera subsister une racine dépêché, elle pullulera, et ne tardera pas à l'infecter. Si on y laisse fermenter un seul désir , il sera bientôt devenu une inclination, ensuite un attachement, et bientôt après une passion. Ce sont donc principalement les désirs contraires à l'esprit de Dieu , qu'il faut bannir entièrement du cœur. Désirs criminels, désirs mondains, désirs immodérés , désirs inutiles , tous ees désirs pernicieux qui font .la force principale de votre ennemi , doivent être retranchés. Les tentations extérieures au-r ront bien moins de prise sur votre âme , quand ellesla trouveront nettoyée de ce qui leur donnait des charmes. Quand vous ne les aiuierez plus, vous sentirez la néces*
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site de les repousser ; vous en coucevrez^la volonté ; vous en acquerrez le pouvoir. La grâce , qu'imploreront vos vœux, que vos sacrifices vous auront mérité , soutiendra vos efforts , et suppléera à ce qui letir manque.
Ne dites pas que cette circoncision de votre cœur, que cette séparation absolue de tous les objets, ou crimioeU, ou dangereux, auxquels vous êtes attaché, voua est trop pénible. Celui qui vous en donne le précepte, sf engage à vous en donner les moyens. Sans doute le détachement de tout ce dont vous étiez épris , a ses difficultés , saus doute il a ses peines ; mais le secours céleste , qui vous est promis , vous facilitera les unes » vous adoucira les j autres. Le sang que Jésus-Christ commence à verser aujourd'hui ,'a cette vertu puissante. Il porte aTec lui uoe double grâce : grâce de force pour surmonter les obstacles , et en faire des moyens de salut ; grâce de consolation pour tempérer l'amertume des sacrifices , et les changer en douceurs. Yeuillez fermement,, et vous pourrez ; entreprenez réellement , et vous réussices.
Une condition essentielle de la circoncision du cceur , c'est qu'elle soit totale , sans réserve , et saas aucune exception. Si elle n'est pas entière , eUe est inutile. Il n'est pas véritaldement circoncis , le cœur qui conserve une seule afBection vicieuse» La raison en est simple i il n y a point d'inclination déréglée, qui ne s'oppose à la sanctification; point de passion^ qui ne soit un germe de corruption ; point de vice , qui ne fasse perdre le salut. Ce qui nous éloigne de Dieu, ce qui engendre toutes nos fautes , c'est commun ément un seul penchant vicieux* La passion qui nous domine , est le principe général de nos actions. Cest elle qui les produit , lors mente qus nous ne pensons point à elle. Son empire est d'a«itaat plus absolu, qu'il est souvent cotaine involontaire et machinai ; d'autant plus tyrannique, qu'il est plus cher. On consent assez aisément à la réforme des défautlâ aux* quels on est nvoins attaché* L'avare sacrifiera sans peine la volupté ; Le voluptueux , l'ambition ; l'ambiiiettx , la paresse ; le paresseux , la colère -, le colérique, l'intem'
péniDce. Mat$ le sacrifice àe ce qu'on aime attc passion est trop douloureux. On se sent trop ëpiis pour le tou-- Jotr; on e«t trop faible pour ^effectuer. Et c'est cependant ià ce qu'à faut principalement retrancher. C'est par là que \a circoncision doit commencer. Que yoos servÂTOut toutes les autres réformes , si celte-là vous manque : au coatraire , sa vous parvenez à réprimer la p]u9 dangereuse de vos passions , vous surtnonterez aisément les astres. Qui est venu à bout de réduire le plus redoutable de ses eaneovis, triomphe sans peine de ceux qui restent* Ëiaminez donc avec soin vos sentiments. Cherchez quel est celui qui vous plaît davantage , non pour TOQs y livrer, mais pour le combattre. Plus il Vous est agréable , plus il vous est nécessaire de l'extirper. Plus vous y tenez, plus il i^ut faire d'efforts pour vous eu détacher. Si vous voulez régner sur votre cœur , défaites«Youg de ce favori qui vous maîtrise , et qui abuse du faiUeque vous avea pour lui.
Me craignez done pas de porter trop loin la circoncision iotérieure. La seule chose que vous ayez à craindre à cet égard, c'est de n'en pas faire assez , c'est de laisser dans votre cœar.un reste d'attachement aux objets corrupteurs. T««cs les atitres vertus ont leurs limites , qu'il est dangereux de passer : le retranchement des passions n'en a point. Combien de vices ne déplorons-nous pas dans des Sommes d'ailleurs estimables, qui ne sont que Texcès <le ieurs vertus ! Bans la circoncision chrétienne, il ne peut pas y avoir d'excès. Elle est opposée aux vices ; elle ^t opposée à toiis les vices; elle n'est opposée qu'aux ^ices. Ainsi, en laissant subsister dans leur entier les vertus, elle eu retranclie les excès nuisibles. Voyez le ciseau du cultivateur, en émondant les branches qui s'emportent au préjudice de l'arbi-e, conserver toute leur force et leur fécondité aux rameaux fructueux ; de même le couteau sacré de la circoncision évangéliqoe, loin de faire tort à aucune vertu , taille et abat tout ce qui leur auit d^une manière quekonqne, soit par l'excès, soit par
144 EXPUCATION
le défaut , soit en s'opposant à leur développement , soi t ea leur donnant une étendue dangereuse.
Une des erreurs les plus communes et les plus dan^ gereuses en cette matière , est de ranger la circoncision du cœur dans la classe des simples conseils; de prétendre la reléguer dans les cloîtres et en faire une Vertu pro* pre uniquement aux solitaires qui s'y sont retirés. Faire de la circoncision évangélique un conseil, c'est bien mal connaître le christianisme. Non-seulement c'est une loi de la religion , mais c'est tout l'esprit de la religion. Ce qui est un conseil , c'est le renoncement total aux biens de la terre , et non le détachement de ces biens ; ce qui est un conseil, c'est la spoliation entière, et non l'abnégation ; ce qui est un conseil , c'est la continence absolue, et non la chasteté ; ce qui est un conseil, c'est Tobéissance passive, et non l'esprit de soumission; ce qui est un conseil , ce sont les macérations , et non la mortification des passions. Hommes du mondç, qui, pour vous soulager du joug de la circoncision spirituelle, voulez en faire une vertu purement monastique , elle vous est bien plus nécessaire encore qu'aux religieux, parce que vous avez , plus que les religieux , de liaisons à rompre , d'inclinations à rectifier , d'occasions à fuir , d'habitudes à réformer , de tentations à surmonter , de passions à réprimer. Tout ce que le religieux a sacrifié vous reste encore. Plus exposés que lui , vous avez plus de vigilance à apporter pour vous préserver , plus d'efforts à faire pour vous soutenir.
Dans sa circoncision, l'Enfant divin reçoit le nom de Jésus , c'est-à-dire, de Sauveur; ou, pour parler plus exactement, ce nom qu'il avait reçu depuis bien des siècles, ce nom que l'ange Gabriel avait apporté du ciel, ce nom mystique lui est appliqué dans sa circoncision. Cette cérémonie déclare à la terre, que dans l'enfant qui lui est accordé , elle ait à reconnaître son sauveur. Plusieurs personnages considérables dans Israël , des conducteurs dyi peuple , des grands pontifes , avaient avant lui porté le nom de Jésus ; mais avec quelle diffé-
rcnce I Ils étaient tout au plus les figures du yéritable Jésus. Peut-être avalent^'ils eu de leur temps le bonheur de sauver quelques enfants d'Israël ; mais celui-ci est le Jésus de tous les pays et de tous les siècles. Il est le Sauveur de rhumanité entière. C'est dans sa circoncision qu IL commeuce à en avoir le nom , parce que c'est dès lors qu'il commence à l'être. Il prend la qualité avec l'exercice ; et en se donnant le titre , il annonce qu'il entre en fonctions.
Pour sentir combien est auguste ce nom de Jésus , il faudrait comprendre toute la sublimité de l'obligation qu'il imposait; il faudrait concevoir pleinement combien Âevait être saint celui qui entreprenait l'important ouvrage de la réconciliation du genre humain ; combien devait être grand celui qui, se plaçant entre Dieu et l'homme , présentait à la justice bupréme une victime digue d'elle; combien devait être puissant celui qui imprimait à ses mérites une vertu et une force capables d'éteindre, dans la main de l'Eternel , les carreaux de sa colère. Voilà ce qu'a été notre Jésus , et ce que son nom seul annonçait qu'il serait. Toutes les merveilles qu'il opérera, tous les bienfaits qu*il répandra , toutes les vertus dont il donnera l'exemple et le précepte , tout cela est prédit par le nom qu'il prend aujourd'hui. Dans le nom de Jésus est renfermée en substance toute l'économie de notre religion. Aussi le grand Apôtre nous apprend que ce nom sacré, donné par le Seigneur à son Fils , est au-dessus de tout autre nom ; et qu'au nom de Jésus tout genou fléchit dans le ciel, sur la terre et dans les enfers (1). A ce nom tout fléchit dans le ciel, parce que c'est à ce nom que les portes célestes , fermées depuis quatre mille ans , se sont ouvertes. Les saints de l'ancienne alliance attendaient Jésus, pour y entrer avec lui ; les saints de la nouvelle l'y suivent. A ce nom tout
(r) DtVLS «xalravit iliam,et donavit iili noni«n , qaod e^t snptv oinne nomen : at in noruine Jesa orane gêna flectatar cœ'estiaui ^ teireitriom «t infernorutn. Jd Philip, n, 9 et 10.
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flécbit sur la terre , parce que , comme le déclare Tapôtre S. Pierre , il n*a pas écé donné sous le ciel aux hommes un autre nom, par lequel ils puissent se sauver (1). Ce nom divin fait l'efficacité de nos prières (2) , la vertu de nos sacrements (3). A ce nom tout flécbit dans Les enfers , parce que c'est ce nom q^iL a dompté l'enfer^ et renversé sa puissance. C'est ce nom porté anx natioliiset à leurs rois, par les vaaes d'élection (4), quia fait tomber les idoles. C'est par la vertu de ce nom que les Apôtres cJaas&alent les démons (5) , et qu'à leur exemple nous les banairons de notre cœur (6) ; car la force attachée à ce nom puissant, à ce nom saint, à ee nom terrible (7), passe à ceux qui l'Invoquent. C'est en naus armant de ce nom victoirieux que nous aurons, comme les disciples de Jésus -Chnst, la force de fouler aux pieds la puissance de notre ennemi (8), et de nous assujettir les esprits infernaux. Voyez l'Ëglise n'adresser aucune prière qu^au aom de Jésusr-Cbrist , et en faire, par une formule générale , la conclusion de toutes ses oraisons. A son exemple, invoquez dans toutes vos prières ce nom si efficace. Invoquez- le au commencement de vos actions; invoquez-le daas les tentations ; invoquez-le dans toute votre vie j, invoquez-le à votre mort. Dans cet instant si importait , dites comme S. Etienne : Seigneur Jésus , recevez mon esprit (9), et soyez assuré d'être ex-
(i) Nec enim aliad nomen est sub cœlo datani hominibas, in qno oporteàt nos sa I vos iîeri. y/cr. iv, 13.
(a) QuodeDinqiie petieritis Patrem in nomine nieo, hoc factuin. Joan. xir, x3.
(3) U's aaditis, baptizati sont in nomine Pomini Jesn. jéct. xix , S.
(4) Yas electioois e.st mihi iste, ot porte t nocoen nieani coiaui gentibns etregibns. yict. ix, i5.
(5) In nomine mei»* daraionia ejfclent. Marc, xvi, 17. (6t) Oosnipoiteiis nom en ejci». Exod. xv, 3.
(7) SanctniD et tenibile nomen ejns. PsaL ex, 9.
(8) Ecce dedi vobis poiestatem calcandi super cmrem ylna-
tem iniixucû...i.. quia spiritoa vobis sabjiiiantar. Atfc, x, 19 ef %o.
(9) Lapidflbant Siephatiun invocantcm^ et diceotem : Domino JesQ, aoecipe spiritan meoiD. Aet* vii, 58,
ancé comme lui, si vous l'implorez de même. Après avoir été votre soutien dans tous les momeats de votre vie , le nom de Jésus sera encore votre ressource dans le dernier.
DU JOUR DE L EPIPH/iNlE.
Adoration des Mages.
Jésos étant né à Bethléem , ville de Juda , au temps du roi Hérode, il arriva de FOrient à Jérusalem des inages qui demandèrent : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? car nous avons vu son étoile dans l'Orient, et nous sommes venus pour l'adorer. Le roi Hérode entendant cela, fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. £t ayant assemblé les princes des prêtres et les docteurs du peuple , il leur demanda où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : A Bethléem de Juda ; car c'est ainsi qu'il est écrit : Et toi Bethléem , terre de Juda , tu n'es pas la moindre entre les principales villes de Juda ; car de toi sortira le chef qui doit régir Israël, mon peuple. Alors Hérode ayant appelé les mages en particulier, s'informa d'eux exactement du temps où l'étoile leur avait apparu ; et les envoyant à Bethléem , il leur dit : Allez, informez- vous exactement de cet enfant, et quand vous l'aurez trouvé, faites-le moi savoir, afin que j'aille auâsi l'adorer. Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voila que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient, les pré-^ cédait , jusqu'à ce qu'arrivant sur le lieu où étak l'en-^ fant , elle s'arrêta. Lorsqu'ils virent l'étoile , ils furent transportés d'une grande joie, et étant entrés dans la maison ., ils trouvèrent l'enlant avec Marie sa mère ; et se prosternant, ils l'adorèrent. Puis ouvrant leurs trésors.
ils lui offrirent des présents, de l'or, de l'encens et de ta myrrhe. Et ayant été avertis en songe de ne pas aller retrouver Hérode , ils retournèrent dans leur pays par un autre cbemin. {Matlh, ii , 1 — 4.)
Jésu» étant né à Bethléem, ville de Juda , au temps du roi Hérode, il arriva de V Orient à Jérusalem des mages qui demandèrent : Oit est le roi des Juifs , qui vient de naître? car nous avo7is vu son étoile dans V Orient , et nous sommes venus l'adorer, La solennité de ce jour a constamment été considérée comme une des plus importantes et des plus augustes delà religion. L'Eglise regarde la venue des magfcs auprès de Jésus-Christ, comme les prémices et le commencement de la vocation des gentils. Les mages sont les premiers d'entre nous qui aient connu et adoré le Dieu Sauveur. Leur fête est donc proprement la nôtre, et nous devons la célébrer avec une ferveur particulière. Nous devons surtout méditer les grands exemples qu'ils nous ont laissés ; car de tous les moyens d'honorer les saints, le plus agréable», soit à eux , soit à Dieu , est Ti— mitation de leurs vertus.
Ces mages étaient des personnages très-considérés dans les pays orientaux , et par leur qualité , et par leur science. Une tradition ancienne, mais nullement certaine , en a fait des rois. Mais ce que nous avons à considérer en eux, ce sont les vertus , et spécialement la foi dont ils sont un excelkut modèle. Une étoile nouvelle brille dans les cieux. Les hommes, ou ne la voient pas , ou n'y font aucune attention , ou la regardent comme un phénomène naturel. I^ans tout le genre humain , il ne se trouve que trois personnes qui reconnaissent le mystère qu'elle annonce. Instruits par les traditions qu'avaient apportées dans l'Orient les Israélites au temps de leur captivité , connaissant les prophéties relatives au Messie, les comparant entre elles, calculant les temps, mais surtout sans doute éclairés plus vivement encore par la lumière intérieure iç la grâce , les mages connaissent
que. rétoile qu'ils ont aperçue est TéioUe de Jacob , Tétoile intraculeuse prédite par Balaam, l'étoile qui apporte à la terre l'aurore d'un nouveau jour, et qui l'avertit de la levée du soleil de vérité.
Celte étoile , que Dieu place dans le firmament pour annoncer sa naissance, est, selon les SS. Pères, l'image de la lumière que Dieu fait de même briller sur nous du haut du ciel , qui nous annonce de même les vérités saintes, et qui, par une autre bien triste conformité, est de même méconnue par la plupart des hommes. Les uns, entraînés par leur dissipation, la dédaignent; les autres, emportés par leurs passions, la craignent, et ferment volontairement les yeux pour ne pas la voir. Nous voyons se renouveler continuellement parmi nous l'étonnant aveuglement que nous présente cet évangile. Les Juifs, dépositaires des prophéties, qui les étudiaient sans cesse, qui y trouvaient positivement marqués le temps et le lieu de l'avènement du Messie, qui attendaient avec une vive impatience ce libérateur si désiré, méconnaissent le signe de son avènement : et nous, dont le plus grand , dont l'unique intérêt est de connaître la loi sainte qui nous conduit au bonheur ; nous , placés au centre des instructions religieuses de tout genre, et qu'in-^ vestit de toutes parts la lumière de l'Evangile, nous la négligeons^ nous refusons même de la recevoir, et, selon l'expression de l'Ecriture, nous nous révoltons contre cette lumière céleste. (1)
Pour apprendre ce que nous lui devons , étudions les saints modèles que l'Fglise nous offre aujourd'hui. Ils n'avaient pas , pour soutenir et animer leur foi, tous les motifs dont Jésus-Christ alors naissant a depuis fortifié la nôtre, et la sainteté de sa vie, et la sublimité de sa morale , et l'éclat de ses miracles , et le prodige de sa résurrection, et la conversion de l'univers, et la croyance de dix -huit siècles. Mais quoique dénuée de tous ces appuis, combien leur foi est pure et vive ! En l'étudiant
(i) Tp^ii rebelles faerunt lamiiii. Job^ xxiv, i3.
nUttAtiTeincttl, dous y remarquerons quatre principaux earactèreSy sur lesquels nous devons rq^ler la nôtre ; elle se montre soumise, généreuse, inébranlable et intrépide.
Foi des mages , foi soumise : elle se manifeste dans la promptitude de leur obéissance. A peine ont-ils connu la volonté de Dieu , ils s'y conforment aussitôt : ils ne s'arrêtent point à discuter , à délibérer. Ces hommes accoutumés à soumettre tout au jugement de leur raison , soumettent sans hésiter leur raison à Tordre divin. Où Dieu a parlé , il n'y a plus à raisonner ; c'est ainsi qu'ils raisonnent* Nous avons vu, et nous sommes venus; voilà tout leur récit. Est-ce là notre obéissance ? Depuis que nous avons entendu la voix de Dieu qui nous appelle, que de délais n'avotts-nous pas apportés à la suivre ! que de prétestes n'avons nous pas cherchés pour nous en dispenser ! que de raisonnements , dont nous sentons nous-mêmes la frivolité, n'avons-nous pas multipliés pour éluder ses ordres !. Nous voyons comme le voyaient les mages , ce que Dieu veut de nous ; nous le voyons même plus clairement qu'eux : car ib n'avaient pour signe de sa volonté qu'une étoile ; et nous avons tant de prédications qui nous instruisent , tant d'exhortations qui nous pressent , tant d'exemples qui nous excitent , tant de raisons qui BOUS convainquent. Nous le voyons , et au lieu de partir^ comme les mages, nous nous arrêtons, nous hésitons , nous délibérons. Marchons , c'est le précepte que nous donne le Sauveur ; marchons , tandis que la lu* mière céleste luit encore sur nous. Craignons qu'elle ne se retire , et qu'elle ne nous laisse dans ces funestes ténèbres, où on ne connaît plus ni son terme, ni sa route (1 ), et qui confinent aux ténèbres éternelles.
Foi des mages , foi généreuse : elle éclate dans leurs sacrifices. Pour obéir à la volonté de Dieu, pour aller le
(i) Adhac modicam lamen in vobiâ- est. AmbaUte dum lucem habetit , at non vas tenebrse comprehendant : qui ambaiat in tenebris , neacit qno vadat. Joau. xir, 35.
bBS ÉVAH^ILES. 151
troovcr, non««eQlement ils sacrifient leur i-epos en se* livrant auz fatigues d'un voyage long et pénible , dans une saison rigoureuse ; mais ils quittent sans diffieuicé ce qu'ils ont de plus cher. Leur patrie , leurs femilles, leurs amis, tout est abandonné aussitôt que Dieu a parlé. Aucun lien, aucon plaisir, aucun intérêt , aucutt senliineol n'est capable de les arrêter. C'est un médiocre inérjcc de suivre les mouvements de la grâce , quand ils ne contrarient pas ceux de la nature, et d'obéir à la loi qui se trouve conrortne à nos goûts. L'épreuye de' la foi est dans les sacrifices ; sou mérite dans le renoncement aux commodités, aux agréments, aux habitudes, aux indinaùofls, aux liaisons , aux attachements. C'est quand la «oi commande ou conseille ces abandons , que la chair se soalève contre l'esprit; c'est quand l'intérêt du plaisir est eu opposition avec l'intérêt du salut, que la prudence charnelle du siècle emploie tous ses artifices pour nous détourner de la voie où Dieu nous appelle. Rentrons au dedans de nous-mêmes. Qu'est-ce qui nous empêche ^cpms si longtemps de nous rendre aux inspirations que Dieu nous envoie , et de retourner à lui ? C'est cette liai- ^° qn'il faudrait rompre ; c'est cet attachement dont il laadrait nous séparer ; c'est en un mot l'obligation oà 'i<Hii met le précepte de Jésus-Christ , de rejeter loin de 'wostontce qui nous engage au péché, quelque cher 9^ il nous soit , fût-ce même un de nos membres. (1) li "y a pas de milieu; il faut absolument sacrifier, ou, comme les mages , nos inclinations à Dieu , ou , comme ^^ niasse des pécheurs , Dieu à nos inclinations:
Poi des mages , foi inébranlable : elle se montre telle dans Icar fermeté à surmonter tous les obstacles. Une
(i) Qaod si ocalos tUQs srandalizat te, erae eam, et projtce abs> ^ ' expedit enini ut pereat nnam rnenabiomm tnoram , rjoam totnni ^orpas lanm roittatar in gebennam. Et ^i dexira luanus tna Mîanda- 'Uatte, abscide eam, et projice abs te : expedit eniin tibi at pereat onom menibroram taorom , qaam totom corpas tnum eat in gefaennaiB. Matth, T, 29 e/ 3o.
' des plas grandes difficultés qu'ils eurent à vaincre , fut sans doute l'opinion universelle de leur nation. Que, de contradictions ne dut pas éprouver le projet de leur voyage , lorsqu'il fut connu ? A combien de propos et de dérisions ne durent-ils pas être en bulle ? Reproche de singularité : ils sont les seuls au milieu de tant de sages et de savants , qui entreprennent la démarche extraordinaire que la grâce leur suggère. Impu talion d'inconséquence , une étoile nouvelle se montre dans le ciel; quel rapport a-.t-elle avec la naissance d'un roi des Juifs? Taxation de déraison : quand il serait né aux Juifs un roi, qu'importe cet événement aux habilanls de l'Orient, quel besoin ont-ils d'aller l'adorer? Mais ces sages assurés de la volonté de Dieu, ne font aucune attention aux vains discours des hommes. Ils ont vu la lumière céleste, ils ont entendu dans leurs cœurs la voix divine ; ils ne voient , ils n'entendent plus autre chose ; et se raidissant dans leur sainte résolution à mesure qu'on leur oppose plus d'obstacles , ils suivent avec fermeté leur route au milieu du torrent des opinions qui s'efforce de les entraîner.
Le christianisme étant devenu la doctrine de l'univers, il semblerait que cette tentation , si courageusement surmontée par les mages, ne devrait pas être dangereuse pour nous ; mais c'est au contraire une des plus fatales , et une de celles auxquelles nous succombons le plus fréquemment. Une faiblesse , tout à la fois bien déplorable et bien commune, nous fait juger des choses beaucoup moins par notre propre raison , que par celle des autres ; et c'est là un des grands obstacles que la grâce trouve dans nos cœurs. Effrayés des règles exactes que nous dicte l'Ëvangile , nous nous rassurons par les maximes relâchées que débite le monde ; nous nous formons des devoirs , non d'après les principes , mais d'après les exemples : nous sacrifions la vérité que nous connaissons , à l'erreur publiquement reçue. Ainsi, nous respectons plus les idées des hommes que celles de Dieu^ nous redoutons leurs jugements plus que les siens ; et
DKS ÉVANGILES. 153
nous apaisons les remords que suscite notre conscience, en disant que nous pensons , que nous agissons comme tout le monde. £t c'est là au contraire ce qui devrait être le sujet de notre terreur. Vivre comme tout le monde , c'est se perdre ; marcher avec la multitude , c'est s'égarer. La voie commune est la voie de l'enfer. L'Esprit saint nous dit que la sagesse mondaine est ennemie de Dieu (i) ; qu'il réprouve la prétendue sagesse, la soidisant prudence du siècle , et que ce qui est sagesse aux yeux du monde , est devant lui une pure folie (2). Le moyen, le seul moyen d'opérer son salut, c'est de se distinguer du reste des hommes, de vivre au milieu d'eux, autremenfqu'eux ; de professer les maximes opposées aux leurs ; de suivre la conduite contraire à la leur ; et au lieu d'opposer , comme nous le faisons trop souvent , les idées du monde aux préceptes de la religion, de combattre constamment , et de confondre , comme firent les mages , les vains discours du monde par les saintes vé* rites <jue Dieu nous révèle.
Foi des mages , foi intrépide : elle se déploie avec le plus grand éclat dans le courage avec lequel ils vont au pied même du trône d'Hérode , annoncer la naissance du roi des Juifs, et leur dessein de l'adorer. Ils ne peuvent douter qu'une telle nouvelle n'affecte sensiblement cet usurpateur; ils ne peuvent méconnaître sa politique ombrageuse, perfide éternelle; ils ne peuvent ignorer les dangers qu'attire sur leurs têtes une déclamation aussi hardie : mais, étrangers à toute erreur, ils proclament hautement la vérité que Dieu leur a fait connaître. Ils ne cherchent pas à l'adoucir par des expressions mesurées, à l'envelopper sous des égards, sous des ménagements indignes d'elle ; ils demandent fran-
(i) Sapieniia carnis inimica est Deo. Rom, viit, 7.
(a) Scriptam est enim : Pérdam sapientiam aapifnriam, et pra- ^entiam pradentinm reprobabo... Nunne stuliam fecit Deas rapientiamhujiu mandi?.... Qaod stuliam est Dei , sapicotina est homiDibas. Cor. X , 19, 30 et 2 5
ehement et fermement où eit né le nouveau roi de lar Judée , et déclarent courageusement que l'objet de leur voyage est de lui apporter leurs hommages. Encore quelqiies années^ et c'est ainsi que se présenteront les Apôtres devant les* princes, publiant sans crainte la mort et la résurrection de ce Jésus, dont les mages an^noncent aujourd'hui la naissance , bravant comme eux ^ les persécutions , et signifiant à ceux qui gouvernent la terre, que Ton doit obéir à Dieu plutôt qu'à eux (1). £t que ne pouvons-nous ajouter : c'est encore ainsi que se ~ montrent les chrétiens , professant hautement les maximes de leur sainte religion, sans les dissimuler dans leurs discours, ni les affaiblir par leurs actions. Mais où sont-ils ces chrétiens qui soutiennent leur foi avec le courage qu'elle commande , et dont les mages leur donnent un si bel exemple ? Ge n'est que de nos jours que l'impiété est audacieuse. La foi est pusillanime. La religion , attaquée avec violence , est défendue avec mollesse. On entend dans toutes les sociétés , l'incrédulité élever orgueilleusement sa voix , et on n'entend pas une voix s'élever pour la confondre. Tandis que l'irré— ligion se déchaîne avec fureur, ceux qui ont encore le bonheur de conserver la foi, la tiennent enchaînée dans leurs cœurs ; ils prétendent même décorer leur lâcheté du nom de prudence , et ils imaginent la justifier par la pi^étendue crainte de compromettre la vérité en la livrant à des disputes. Mais croient-ils donc la compro^ mettre moins , en la livrant sans défense aux outrages ? En l'abandonnant , ils font plus que la compromettre ; ils la sacrifient. On encourage l'impiété , quand on la laisse triompher : on parait lui conniver , en ne lui résistant pas. Lorsque la religion est attaquée , alors la prudence elle-même interdit les timides ménagements ; alors c'est trahir sa foi , que de la dissimuler.
Le roi Hérode entendant cela, fut troublé; et tout Jérusalem avec lui. Et quel est donc l'objet de ce grand
(i) Obedire oportet Deo tnagit qoam homÎDibas. jlct. ▼-, 99.
DES KVAMaiLlES. 155
trouble? Ua enfaQt qui ne peut encore s^exprîfAer que par ses cris , qui vient de naître dans une pauvreté pro<^ fonde, dans un état abject, et à qui aucun des riches qui se trouvaient à Bethléem n'a daigné faire attention ! voilà ce qui agite, ce qui effraie un souverain renommé par son habileté. Mais cet enfant lui est annoncé comme le roi des Juifs ; et sa criminelle ambition , à laquelle il a tout sacrifié, se soulève à cette seule idée. Elle lui montre un rival qui, quelque jour, armé des droits de sa naissance , soutenu de l'amour des peuples pour le. sang de David , et surtout fort du secours du Ciel , qui déjà se déclare pour lût et le manifeste par des prodiges^ viendra le chasser de son trône Usurpé. Celte pensée suffit pour le déconcerter , et pour remplir son esprit de soupçons et de terreurs*
Ainsi , Jésus-Christ est un sujet de trouble pour ceux qui se sont livrés en proie à leurs passions. Un reste de foi qui subsiste encore au milieu de leur coupable atta-chement, leur présente tout à la fois leur crime et leur danger. Ils ne peuvent ni s'aveugler entièrement sur le vice de leur conduite , ni s'étourdir absolument sur le terme fatal où elle les mène. Quoi qu'ils fassent pour se dissiper, cette terrible alternative revient sans cesse à ietir esprit: qu'il leur est paiement impossible, et de se satisfaire sans offenser un Dieu vengeur , et de plaire à Dieu sans lui sacrifier leur criminel penchant. Le plaisir et le remords se livreicit, au dedans d'eux, des combats continuels. Agités successivement , et souvent en même temps par la passion qui les entraine et par la conscience qai les relire ; partagés entre la jouissance do présent et la (erreur de Tavenir , ils passent , comme Hérode , leur vie dans un trouble continuellement entretenu par la pensée d'un Dieu vengeur qui les observe et qui les attend. H n'y a pas de paix pour les impies, a Au le Seigneur (1).
(i) Non est pax impiis , dicit Dominas. Isa. XLvnr, la.
£t ayant assemblé les princes des prêtres et les docteurs du peuple, il leur demanda où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : A Bethléem de Juda , car c'est ainsi quUl a été écrit par le Prophète : Et toi , Bethléem , terre de Juda, tu n'es pas la moindre entre les principales villes de Juda; car de toi sortira le chef qui doit régir Israël, mon peuple. Les mages , éclairés par une lumière toute céleste, avaient-ils donc encore besoin d'être éclairés par Tavis des princes des prêtres et des docteurs ? Oui sans doute, répondent les saints Pères. Malgré Tautorité suprême à laquelle les mages obéissaient , ils devaie&t encore soumettre leur marche à l'autorité de la Synagogue ; et ils nous donnent en cela une grande instruction. Quelques lumières particulières que Dieu nous communique, quelques mouvements extraordinaires qu'il excite au dedans de nous , de quelques révélations qu'il daigne nous honorer, nous devons tout soumettre à l'autorité ordinaire qu'il a établie sur la terre, et qu'en remontant dans les cieux il s'est substituée pour nous instruire et^nous diriger. C'est à l'Eglise qu'il appartient de juger si ces opérations extraordinaires , si ces inspirations qui sortent de Tordre commun , sont des grâces divines ou des opérations diaboHques. Et que serait une religion dans laquelle , sous prétexte d'illuminations célestes , de révélations particulières, chaque individu aurait droit d'introduire les égarements de sa raison et les rêves de son imagination ? JN 'est-ce pas à des inspirations personnelles , que les auteurs des hérésies ont eu recouTS , pour réparer le vice de leur mission , et accréditer leurs erreurs ? N'est-ce pas sur des illuminations supérieures que les moralistes enthousiastes ont fondé leurs systèmes de perfection outrée, qui détruisent la morale en prétendant l'épurer, et qui dégradent la piété en paraissant l'exalter ?. L'Eglise , cette autorité infaillible de Dieu même, a anathématisé les erreurs des uns et confondu les superstitions des autres. En marchant d'après ses décisions , nous ne craindrons point de nous ^j[i;arer , et nous suivrons avec sûreté la route que Dieu
DBS ÉVANGILES. 157
nous a tracée. En prétendant nous régler seulement d'après les lumières célestes , nous caurons le risque de nous méprendre, et de suivre des fausses lueurs, des vapeurs enflammées qui ne brillent un instant à nos yeux, que pour nous laisser dans une obscurité plus profonde , et qui ne conduisent qu'à des abîmes. Les nuages sont guidés jusqu'à Jérusalem par l'étoile de Jacob : mais là elle les abandonne. Elle les a amenés à l'autorité visible qui doit assurer leurs pas : c'est désormais à ceux qui , étant assis sur la chaire de Moïse, sont préposés par Dieu au dépôt et à l'explication des Écritures, à leur apprendre où ils trouveront le Messie qu'ils viennent chercher.
Tandis que les mages nous offrent le modèle d'une foi tout à la fois éclairée et soumise , les prêtres et les docteurs de la Loi nous présentent un singulier contraste de lumières et d'aveuglement. Ils apprennent aux mages, d'après les prophéties, le lieu où ils trouverorit le roi des Juifs nouvellement né, et aucun d'eux ne se met en devoir d'aller le trouver. Ils montrent aux autres Jésus- Christ, et ils ne le voient pas eux-mêmes. Leurs yeux ternis et offusqués reçoivent encore l'impression de la clarté ; mais elle ne leur sert plus à distinguer les objets>. A ce moment où la lumière céleste commence à éclairer la gentilité , commence aussi à se former ce long aveuglement, sujet de notre étonnement, dont Dieu continue depuis tant de siècles à punir la nation déicide. Le soleil de la vérité, qui n'avait lui jusque-là que sur la terre d'Israël, commence à s'en retirer, pour la laisser dans l'obscurité , et répandre ses rayons sur les autres plages. Aujourd'hui les Juifs et les plus instruits d'entre eux méconnaissent Jésus-Christ naissant; plus âgé, ils le persécuteront jusqu'à la mort; rentré dans sa gloire, ils le poursuivront de leurs outrages jusque sur les autels. Mais si la conduite des prêtres et des docteurs de la Loi est le présage et comme les prémices de la réprobation du peuple juif, n'y trouverons-nous pas aussi, à la honte du christianisme^ un exemple déplorable de ce
1d8 EXPLICATION
que nous voyons tous les jours ? Combien de chrétiens , et même de pasteurs, indiquent la voie du salut , et ne la suivent pas ; disent ce qu'il faut Caire, et ne le pratiquent pas ; publient les saintes règles , et ne les observent pa»? Malheureux ! qui , en travaillant à sauver leurs frères, se perdent eux-mêmes; et qui , en annonçant les grandes vérités de la religion , prononcent de leur propre bouche leur condamnation. Ce sont des flambeaux qui se détruisent en éclairant les autres.
N'imaginons pas cependant que le ministère des mauvais pasteurs soit absolument inutile , et que leurs vices nous dispensent de recevoir leurs instructions ; les mages nous donnent l'exemple du contraire. Les saints Pères observent que, quoiqu'ils trouvent des prêtres corrompus , ils s'adressent à eux, et en reçoivent d'utiles renseignements. Jésus-Christ nous trace notre conduite envers les ministi*es prévaricateurs ; il nous apprend à distinguer leurs leçons et leurs exemples; à profiter des unes , et à ne pas suivre les autres. En recommandant à ses disciples de ne pas faire ce que font les Scribes et les Pharisiens, il leur ordonne positivement d'observer tout ce qu'ils enseignent ; et la raison qu'il en donne , est qu'ils siègent dans la chaire de Moïse (1). C'est dans le légitime ministère de l'Eglise catholique que réside le pouvoir d'enseigner; et par conséquent c'est là qu'est imposé aux fidèles le devoir de chercher l'enseii^emént. L'autorité de ce ministère sacré qui émane de DieunVst pas détruite par l'indignité da ministre ; tant que la mission en vertu de laquelle il prêche la parole divine,, n'est pas révoquée , tant que la doctrine qu'il publie n'est pas réprouvée par l'Eglise, on doit la recevoir de lui , non comme la sienne , mais comme celle de Dieu au nom duquel il l'annonce.
(i) Saper catliedram Moysi sederant Sctibse et Pharissi. Omnia qasecmuqae diierint vobis servate, et factte; serandum opéra vero eoram noitte Caceïo : dicttiit enim et xwn faciasC, Matth, sxxir, a et Sr
SES ÉTàNG ILES. 1 59
u4lors Hérodé ayant appelé lés mages en parlieulier , s'informa d'eux exactement du temps où Vétoile leur avait apparu : et les envoyant à Bethléem, il leur dit : Allez , informez^vous exactement de cet enfant; et lorsque vous l'entrez trouvé , failes^le^moi savoir , afin que j'aille aussi Vadorer. Le premier sentiment d'Hérode , à la noavelie de la naissance d'un roi des Juifs , avait été le trouble ; le second est la cruauté. Ce prince barbare , à qui le sang le plus cher et le plus précieux ne coûtait rien pour assouvir son ambition et satisfaire ses passions, déjà meurtrier de ses amis les plus familUers , de ses parents les plus proches, de sa femme même et de ses enfants , inédite un crime plus abominable encore ; il prépare le meurtre de son Dieu. Il fait même pis ; à l'atrocité , il joint l'hypocrisie. Pour perdre plus sûrement Jésus- Ohrist , il feint de vouloir l'adorer ; et pour accomplir son dessein impie , il imagine de se servir de la piété des mages. Tel est l'effet des violentes passions; il n'y a pas de crimes où elles ne conduisent. Et combien d'autres exemples nous prouvent la même vérité I David , le plus saint des rois, entraîné par l'impureté dans l'adultère et dans l'homicide; Jéroboam élevé par le Seigneur sur le trône, dont la jalouse politique livre Israël à ridolâtrie; Aman, voulant immoler tout un peuple à son orgueil blessé. Et sans remonter à tous les faits que les livres saints nous ont transmis, qui de nous, dans l'intérieur de la société, n'a pas vu de funestes exemples , et peut-être ne l'a pas été lui-même , des excès auxquels on arrive par degrés , lorsqu'on s'abandonne à^es passions ? '
Elles produisent encore un autre effet ; c'est l'aveu* glement ; et Hérode nous en présente aussi un exemple frappaat^ Considérons l'inconséquence où l'ambition jette ce prince , qui, au milieu de tous ses vices, ne manquait certainement pas de lumières ; ou il croit que Pétoile dont ilVinforme est celle qu'a prédite Balaam , qu'elle annonce véritablement le roi des Juifs , et que l'enfant à qui les mages vont porter leurs ado-
ratioDS, est le Messie attendu depuis tant de siècles, et prédit par tantd*oracles; et dans ce cas, quelle absurdité n'est-ce pas à lui de prétendre étouffer, dans son berceau, celui que Dieu envoie pour être le Sauveur de l'univers! quelle extravagance de vouloir lutter contre Dieu, et d'imaginer qu'il pourra empêcher l'exécution de ses desseins éternels! ou il croit que les mages se sont mépris , que l'étoile qu'ils ont vue est un phénomène naturel, et qu'il n'est point né d'enfant de l'ordre surnaturel; et alors n'est-ce pas une déraison qui va jusqu'à la démence, de se souiller sans motif d'un crime inutile , et de se charger , aux yeux de son siècle et de la postérité , de l'infamie d'un massacre aussi stupide qu'atroce? Mais les passions absorbent à la fois toutes les facultés ; elles altèrent la raison comme la vertu; elles offusquent l'entendement, comme elles dérègientla volonté; elles seplacentdevantl'inteliigence, comme ces cristaux obscurcis , qui , en interceptant les objets, ne les laissent voir que sous les fausses couleurs qu'ils leurs prêtent. L'homme, livré comme Héiode à une grande passion , n'a plus ni raisonnement qui le dirige, ni réflexion qui le retienne; il n'a plus que des emportements qui l'entraînent.
Aussi , voyez quel est l'effet de son abominable politique. Il égorgera tous les enfants de Bethléem , pour en massacrer un, et celui-là sera le seul qui échappera à sa rage. Presque toujours la première peine des crimes que la passion fait; commettre , est leur inutilité. On y cherche le calme et la paix de l'âme ; on n'y trouve que le trouble et l'agitation. Par un juste jugement de Dieu, chaque passion trouve dès ce monde sa punition dans elle-même. L'ambition a ses anxiétés; l'avarice, ses inquiétudes; l'orgueil, ses humiliations; la vengeance, ses transports; l'impureté, ses jalousies; l'envie, ses désespoirs; sans parler du remords qui est commun à toutes : elles coûtent plus à satisfaire qu'à réprimer; et si elles obtiennent quelquefois des moments de jouissance, elles atteignent avec certitude de longs châtiments
Après avoir mtendu le roi, iU partirent. Et voilà que Vétoile qu'ils avaient vue en Orient les précédait , jusqu'à ce qu'arrivant sur le lieu où était Venfant, elle s'arrêta. Lorsqu'ils virent l'étoile, ils furent transportés d''une grande joie. Assurés, par l'autorité delà Synagogue, du lieu où ils trouveront l'objet de leurs désirs, n'ayant plus rien qui les retienne, les mages poursuivent leur voyage avec la même diligence qu'ils l'ont commencé, et ils reçoivent aussitôt le prix de leur zèle, par l'apparition nouvelle de l'étoile miraculeuse. Ils ne s'étaient pas découragés en la voyant disparaître, leur foi n'en avait pas été altérée, leur ardeur n'en avait point été ralentie; mais en la voyant briller de nouveau , ils sont saisis d'une sainte joie , et leur courage en reprend une nouvelle vigueur. Ames fidèles , qui marchez avec fermeté dans les sentiers de la justice , ainsi , pour éprouver votre vertu, le Seigneur retire de vous quelquefois ces grâces sensibles dont il vous avait prévenues ; il permet que TOUS ne ressentiez plus ces mouvements affectueux , ces eCFusions de cœur qui faisaient votre consolation , soutenaient votre piété, réchauffaient votre zèle; et paraissaut vous abandonner à vous-même, il vous laisse tomber dans l'obscurité , le dégoût et la sécheresse. Que cet état, tout affligeant qu'il est, ne vous alarme et ne vous désespère pas, continuez d« bénir la main qui fait couler vos larmes, comme vous la bénissiez lorsqu'elle les essuyait; suppléez par les efforts de votre volonté à ces pieux élans; à cette tendresse de sentiment dont vous ressentez si vivement la privation; redemandez -les à Dieu , ces dons si précieux , dont il vous avait fait connaître toute la douceur. Ils reviendront, ces moments heureux de sensibilité et d'ardeur; ils seront la récompense de la fidélité que vous aurez conservée dans leur absence; ils pénétreront votre âme, comme celle des mages, d'une joie nouvelle; ils l'embraseront d'une semblable ferveur , et ils vous conduiront comme eux , au terme fortuné de vos travaux , de vos désirs et de vos espérances.
Elant entrés dans la tnaison, ils irsutèrent V enfant avec Marie sa mère ; et se prosternant , ils Vadorèrent^ Ici brille d'un nouvel éclat , la foi généreuse des mages ; iU sont venus chercher un roi dont tout l'univers doit reconnaître l'empire , le roi de gloire. Et que trouvent-ils ? un enfant faible, souffrant, dans la condition Ja plus abjecte, au plus bas degré du dénûment , de la pauvreté , et de la misère. Mais leur foi , qui a déjà surmonté tant d'obstacles, ne sera pas déconcertée par celui-là ; elle pénètre le mystère de cette profonde humiliation. A travers ces voiles épais, dont il enveloppe sa majesté, ils reconnaissent le monarque qui les a appelés du fond de l'Orient ; et tombant à ses pieds , ils lui présentent leurs profondes adorations.
Arrêtons-nous à contempler ce spectacle frappant des hommes les plus considérés de l'Orient par leur sagesse et leur naissance , pi'osternés devant un enfant à peine né, couvert d'indigence et d'humiliation. Quelle idée il nous donne de cet enfant! Que Jésus^Christ est grand dans ce mystère ! combien , de cette bassesse , de cette faiblesse dont il parait revêtu, il fait ressortir de force et de majesté ! Dans le ciel , il fait briller des astres nouveaux pour manifester sa naissance. Sur la terre , il attire à lui les sages du fond de l'Orient^ et s'en fait adorer ; il trouble l'impie jusque sur son trône, et confond les vains projets de sa politique : il frappe d'aveuglement les Juifs, et répand la lumière parmi les nations; appelle les étrangers , et rejette les enfants ; réprouve les uns, prédestine les autres , et commence dès ce moment à prononcer les redoutables et incompréhensibles arrêts de sa justice. Prosternons-nous donc avec les mages , devant cette immensité de gloire et de splendeur : confondons-nous à la vue de cet abîme sans fond de grandeur et de perfections. Elevés par leur foi au-dessus des vaines pensées humaines, les mages conçoivent aux pieds de Jésus-Christ , que plus il se montre dans un état abject, plus il lui a fallu de puissance pour s'y réduire. Tous les jours il s'offre à nous sur son autel , dans un
état aussi humble : c*est le même Dieu qui se présente à nos regards sous les espèces les plus communes. Que notre foi perce de même les voiles dont il se couvre ; en s*abaissant devant ce mystère d*amour , elle s'exaltera ; et de l'anéantissement où eUe se confondra , elle tirera de nouvelles forces.
Puis ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent des présents , de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Selon les SS. Pères, ces trois offrandes renferment des mystères ; elles sont les emblèmes des diverses qualités que les mages révèrent spécialement dans Jésus-Christ , elles expriment toute l'idée de ce divin Sauveur. Ils honorent, avec la myrrhe qui sert à embaumer les corps, son humanité; avec l'or qu'on porte en tribut aux rois, sa souveraineté ; avçc l'encens qu'on brûle dans les temples , sa divinité. Les Pères y voient aussi les modèles de ce qu'à l'exemple des mages nous devons offrir à Jésus-Christ naissant pour nous. La myrrhe est la morûfication dont nous captivons nos sens; l'or, les aumônes que la charité verse dans le sein des pauvres; l'encens, la prière fervente qui monte vers le trône céleste. Déposons avec les mages » aux pieds de Jésus, ces présents qui lui sont agréables; offrons- les- lui avec le même zèle. Il nous recevra comme eux , si nous allons à lui avec un cœur semblable ; et nous obtiendrons la même récompense , si nous lui portons les mêmes sentiments.
Et ayant été avertis en songe de ne point aller retrouver Hèrode ,. ils retoumk'enl dans leur pays par un autre ehemin. Jésus-Christ était destiné à périr sous les coups de l'impie ; mais l'heure marquée par la Providence n'était pas encore arrivée. En conséquence, elle le conserve par une révélation miraculeuse , et confond les desseins criminels du tyran, par un moyen que toute sa prévoyance n'avait pas pu imaginer. Du même coup, elle dissipe les perfides conseik de la politique d'Hérode, et récompense, par une faveur distinguée , la vertueuse simplicité des mages.
Dans le pèlerinage que font ces saints per&onnages à
Bethléem , nous avons pu remarquer beaucoup de con* formilé avec celui que nous faisoas sur la (erre. JNous avons avec eux un but commun; c'est vers Dieu que nous tendons, c'est lui que nous allons chercher. Il nous appelle de même qu'eux ; il nous guide pareillement , et par les lumières célestes qu'il fait briller au-dedans de nous, et par les instructions de l'autorité à laquelle il a confié son enseignement. Nous éprouvons ainsi qu'eux dans notre voyage, des traverses, des contradictions et des dangers , et nous avons besoin d'une foi telle que la leur pour les surmonter. Enfin , une récompense semblable nous attend ; nous trouverons comme eux le Dieu que nous cherchons, si nous le cherchons avec la même pureté d'intention, et avec la même ardeur de sentim'ent qu'ils le cherchèrent. Ainsi soit-il.
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nu PREMIER DIMANCHE APRES l'ÉPIPHANIE.
Jésus- Christ dans le Temple au milieu des Docteurs.
L'Enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était en lui. Ses parents allaient tous les ans à Jérusalem , à la fête de Pâques. Lorsqu'il fut âgé de douze ans, ils y allèrent selon la coutume qu'ils observaient à cette fête. Comme ils s'en retournaient, les jours de la solennité étant passés, l'enfant Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s'en aperçussent j mais pensant qu'il était avec quelqu'un de leur compagnie, ils marchèrent une journée entière. L'ayant cherché parmi leurs parents et ceux de leur connaissance, et ne l'ayant pas trouvé , ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher. Enfin, après trois jours, ils le trouvèrent dans le temple^ assis au milieu des docteurs, les
écoutant et les interrogeant. Tous ceux qui l'entendaient, étaient étonnés de sa prudence et de ses réponses. Ils furent, en le voyant, remplis d'admiration ; et sa mère lui dit : Mon fils, pourquoi en avez-vous agi ainsi avec nous? Voilà que votre père et moi, nous vous cherchions fort affligés. 11 leur répondit : Pourquoi me cherchiezvous? Nesaviez-vous pas qu'il faut que je sois occupé à ce qui concerne mon Père? Mais ils ne comprirentpas ce qu^il leur disait. Il s'en retourna ensuite avec eux, et vint à Nazareth, et il leur était soumis. Or, sa mère conservait toutes ses choses dans son cœur. Et Jésus croissait en sagesse, en âge et en grâce^ devant Dieu et devant les hommes. ( Luc. ii, 40 — 42.)
L* Enfant croissait et se fortifiait^ étant rempli de sagesse ; et la grâce de Dieu était en lui. En se faisant homme, Jésus-Christ s'est soumis à toutes les infirmités auxquelles les autres hommes sont sujets. De tous les maux de l'humanité^ il n'y a que le péché qu'il n'ait pas éprouvé , parce qu'il répugnait essentiellement à la nature de l'flomme-Dieu d'en être souillé. Ainsi, il a voulu naître, grandir, se fortiûer,s'élever par degrés comme les autres hommes. Il a passé par les différents âges de la vie, et par là il les a tous sanctifiés : il entrait aussi dans ses intentions d'instruire de leurs obligations ceux qui devaient y passer après lui. Examinons le peu que le texte sacré nous apprend de l'enfance du Sauveur : cherchonsy les règles de conduite de cet âge précieux où. commencent à se former les impressions qui doivent durer toute la vie, qu'une heureuse ignorance du mal rend plus susceptible du bien; et que sa docilité , compagne de l'innocence, prépare à recevoir les instructions de la religion.
A mesure que Jésus-Christ croissait, il développait sa sagesse. Il en était rempli , lui qui est la sagesse éternelle ; mais il n'en manifestait que ce qui était proportionné à son âge , afin de se montrer le modèle de tous
les âges. Est-ce sur ce modèle que la plupart des parents cherchent à former leurs enfants ? Nous les voyons oc« cupés principalement à leur procurer les agréments du corps, les grâces de la figure, A les façonner aux usages , aux manières de la société. Les pères qui pensent un peu plus solidement, travaillent à orner l'esprit de leurs enfants de connaissances agréables et utiles. Tout est pour l'éducation du corps, ou tout au plus pour celle de l'esprit ; mais la première , Tessentielle éducation, Téducation du cœur est presque partout négligée ; et comme le plus grand nombre des parents ont peu de principes moraux et religieux, ils ne pensent pas à en donnera leurs enfants.
C'est surtout cette grâce de Dieu qui était ep Jésus-- Christ, que des parents clirétiens doivent s'attachera faire acquérir à leurs enfants, et c'est principalement ce qu'ils omettent. Nous avons vu même le scandale de rindifférence poussé dans ce siècle, jusqu'à prétendre retrancher de l'éducation tout ce qui a rapport à Dieu. Pour détruire la religion, on l'étouffé dans son germe t pour s'épargner la peine de la combattre dans les cœurs, on Tempéche de s'y établir. Ils savent bien, ceux qui proposent ce détestable système, que la religion aura plus de peine à soumettre des âmes dans lesquelles la concupiscence aura déjÙL établi son empire ; ils 'savent , et c'est là leur espérance, que cette voix sacrée qui appelle l'homme vers Dieu, se fait entendre pour la première fois au milieu du tumulte du monde et de la dissipation des plaisirs, ne sera pas écoutée. Leur objet est de livrer la jeunesse, sans préparation^ sans préservatif, vide de principes qui la prémunissent , à toute l'effer* vescence des passions. Ah ! si cet âge est si dangereux pour ceux mêmes qui y arrivent instruits de leur religion, convaincus de sa vérité, pénétrés de sa sainteté ; si toute la force des maximes , des exhortations, des lois chrétiennes reçues et goûtées dans le premier âge , a tant de peine à retenir Thomme dans le passage glissant de l'enfance à la maturité ; comment peut-on se flatter
BBS ÉVAKGILIS. ]67
que, déuué d'instructions^ privé de secours, abandonné à ses penchants pervers, à des sociétés souvent plus perverses encore, il saura se garantir des pièges tendus à son innocence ? Parents, aimez vos enfants non pas seulement pour vous, mais surtout pour eux. Désirez, non qu'ils flattent votre vanité par de frivoles succès dansie monde , mais qu^ils satisfassent votre tendresse , en s'y faisant honorer par leur mérite. Travaillez à en faire des hommes, non pas aimables, non passavants, mais honnêtes et vertueux; et pour les rendre tels, hâtez- vous de les rendre chrétiens. Jetez de bonne heure dans ces âmes encore neuves, des semences de piété , qui aient le temps de croître avant la mauvaise saison , et qui aient pris assez de force pour résister aux orages qui viendront les assaillir : elles fructifieront un jour, et vous recueillerez avec satisfaction dans leur maturité ces fruits de vos travaux. Mais négliger de former vos enfants à la religion et à la vertu, c'est ce que reproche à Israël le Prophète, c'est les immoler au démon (1). Vous préparez leurs malheurs du temps et de l'éternité, et en même temps le vôtre ; vous sentirez trop tard votre faute , quand vous les verrez se livrer avec immodération à leurs passions , n'ayant ni règles qui les retiennent , ni principes qui les ramènent^ Les vices qu'ils auront con-^ tractés, seront votre premier châtiment. Vos propres enfants deviendront contre vous les ministres delà justice divine : en ne les instruisant pas de ce qu'ils doivent au Père qu'ils ont dans les cieux, vous les avez encouragés à manquer à ce qu'ils vous doivent. Ingrats envers Dieu, seront-ils reconnaissants envers vous ?
StifQsrtnii allaient tous les ans à Jérusalem^ à la fête de Pâques. Lorsqu'il fut âgé de douze ans, ils y allèrent selon la coutume qu'ûs observaient à celle fêle. Remarquons l'assiduité avec laquelle, malgré la distance de leur demeure^ Marie et Joseph, se rendaient au temple de Jérusa-r
(i) Immolaverant filiot snot et filias snas^^moniif . Ptalm, cv, 3;.
lein , pour obéir à la loi et satisfaire leur pie lé. Une loi semblable nous appelle régulièrement dans les temples; et comment l'observons- nous? Aimons-nous à nous rendre aux saintes assemblées de TEglise? Sommes-nous animés du désir de recueillir les grâces précieuses que Jésus promet à ceux qui sont assemblés en son nom (1) ? Et quand une obligation si stricte, la décence publique, la crainte d'être remarqués, ou le désir d'être aperçus nous y conduisent, comment nous y présentons-nous? Y sommes-nous dans ce tremblement respectueux que doit imprimer la présence de Jésus-Cbrist sur son autel , et que les anges éprouvent au pied de son trône?
En conduisant assidûment au temple Tenfant Jésus, parents chrétiens, Marie et Joseph vous donnent encore une leçon. Ils vous apprennent que c'est pour vous un devoir essentiel , et qui commence avec les premières lueurs de la raison de vos enfants, d'aller fréquemment les présenter à Dieu dans son temple; et en Timplorant pour eux , de leur apprendre à l'implorer eux-mêmes. JésUs-Christ enfant va consulter les docteurs. Qu'à son exemple vos enfants se rendent assidus aux instructions que l'Eglise leur fait donner. Veillez à ce qu'ils en profitent : suivez avec attention leurs progrès : hâtez-en le développement par vos propres soins , et formez-les , dès leurs premières années, aux devoirs et aux vertus qu'ils auront à pratiquer toute leur vie.
Comme ils s'en retournaient j les jours de la solennité étant passés, V enfant Jésus resta à Jérusalem, sans que ses parents s^en aperçussent. Mais pensant qu'il était avec quelqu'un de leur compagnie , ils marchèrent une journée en— libre. Valant cherché parmi leurs parents et ceux de leur connaissance, et ne V ayant pas trouvé, ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher» Enfin, après trois jours, ils le retrouvèrent dans le temple, assis au milieu êtes docteurs , les écoutant et les interrogeant» En quittant Jérusalem pour
(i) Ubi enim snnt dao vel très coDgregHti in nomine inro, ibi aum in i»edio eorum. Matth, zviii, ao.
ïetonrner à leurs travaux ordinaires, la sainte Vierge et son vertueux époux ne s'étaient pas aperçus que l'enfant précieux confié à leurs soins leur manquait. Gardons-nous de penser que ce fût de leur part une négligence répréhensible. C'était l'enfant Jésus qui, dans les vues de sa providence, avait disposé cet oubli nécessaire à ses desseins. Ames justes, ne vous affligez pas des inattentions, des oublis involontaires qui vous arrivent dans le cours de la vie. C'est la condition humaine, dont toute votre sainteté ne peut vous garantir. Dieu l'a voulu ainsi ; et souvent 11 fait servk les inadvertances des saints, à l'exécution de ses décrets. Elles ont même dans ses vues un but général ; c'est de retenir les âmes , que ridée de leur constante perfection pourrait enorgueillir, dans le sentiment de l'^humiiité par l'expérience de leur faiblesse. Ainsi 4e juste est'ramené à Dieu par ses légers écarts même. Ils lui font sentir le besoin du secours divin, et ils le préservent d'en éprouver de plus grands.
Nous voyons Jésus- Christ se cacher aux deux personnes qui lui sont le plus chères. Il ne craint point d'affliger 'leur tendresse; il ne paraît point ému des vives inquiétudes qu'il va leur causer : pendant trois jours entiers , il les laisse en proie à leurs alarmes. Ainsi en use-t-il quelquefois envers lésâmes qu'il aime le mieux. Il s'éloigne d'elles pour un temps; il paraît les avoir abandonnées ; son absence les livre à des sécheresses , à des ennuie, à des dégoûts , qui les désolent. O vous, dont Jésus-Christ s'est ainsi éloigné, affligez-vous, ce sentiment est naturel; mais ne désespérez pas. Il est absent, mais non perdu. Il ne vous abandonne pas ; il vous éprouve: son éloignement même est un bienfait. Il veut ranimer vos désirs, réchauffer votre piété , donner une nouvelle ardeur à votre zèle. Voyez avec quelle vivacité Marie et Joseph vont chercher de tous côtés Jésus qu'ils ont perdu. Allez sur leurs traces le chercher aussi. Appelez-le par vos vœux ; demandez-le à tous ceux qui pourront vous l'indiquer, à de sages directeurs , à des personnes éclairées de l'Esprit divin. Ce ne sera point
parmi vos amis et vos connaissances du siècle que vous relrouverez Jésus. Il ne se tient point dans les sociétés du monde^ dans ces assemblées profanes, où il est presque toujours oublié, souvent offensé y quelquefois blas-* phémé. C'est dans son temple que Marie et Joseph le retrouvèrent. C'est là , c'est dans les saintes assemblées des fidèles , où son nom est invoqué, qu'il se plaît > et que vous le trouverez.
Le temps n'était pas encore arrivé, où Jésus-Christ devait déployer à la vue de toutes les nations son caractère d'Envoyé céleste. Ses parents le trouvent au milieu des docteurs de la Loi ; mais ce n'est pas pour les instruire , c'est au contraire pour être instruit par eux. Il ne pai'le pas, il écoute ; il ne répond pas, il interroge ; il ne décide pas , il consulte. Il est venu humblement à ceux qui ont le dépôt de la science , les prier de lui en communiquer une portion. Toutes les démarches de ce divin Modèle renferment des leçans précieuses. Celle-ci nous présente deux instructions importantes.
D'abord elle nous montre que rien ne peut nous dis-» penser 4'as9ister aux instructions chrétiennes. Un des prétextes les plus communs pour s'en absenter, est qu'on se croit suffisamment instruit. Je sais, dit-on, tout ce que l'on doit prêcher ; je l'ai souvent entendu : est-il nécessaire que j'aille encore l'entendre ? Vous prétendez savoir toute votre religion ! Mais Jésus-Cbrist ne la savait-il pas mieux que vous ? Celui à qui rieil n'est caché, qui est la science infinie, vient s»* soumettre à l'enseignement public ; c'est Dieu qui daigne se faire instruire par des hommes , et il y <i des hommes qui se croient trop savants pour être instruits par les envoyés de Dieu I Vous prétendez savoir toute votre religion ! et par là même vous montrez que vous ne la savez pas. Dans la science du salut , le premier principe est que l'on ne peut jamais tout savoir, et que, quoi qu'on ait appris 9 il reate toujours bien plus à apprendre. Vous prétendez savoir toute voti*e religiop ! Prétei¥lez«-vous aussi n'avoir besoin , ni d'exhortations qui vous sou*
tiennent , ni de promesses qui vous excitent , ni de menaces qui vous retiennent y ni d'exemples qui vous en* couragent? Le besoin que votts avez de la prédication évangélique , est d'autant plus grand que vous le sentez moins.
Considérez ensuite quels sont ceux à qui le divin Sau* veur s'adresse pour leur demander des instructions. Ce sont les docteurs de la Loi , les chefs de la Synagogue, La Loi touchait à son dernier moment; la Synagogue allait expirer ; et Jésus-Christ ne l'ignorait pas , lui qui était le terme de l'une , et qui venait renverser l'autre» Mais la Synagogue était encore debout , et son autorité jusque là restait entière. Le Fils de Dieu venant se soumettre à elle , nous apprend la soumission profonde que nous devons à l'autorité légitime. Enfant^ il en donne l'exemple ; devenu homme , il en donnera le précepte» Lors même que , tonnant contre les vices des chefs de la Synagogue, il défendra de les imiter^ il ordonnera encore de leur obéir, par la seule raison qu'assis sur la chaire de Moïse , ils ont succédé à son autorité (1). Nous^ possédons dans l'Eglise catholique une autorité bien supériei(p:e à celle de la Synagogue , puique la parole divine lui assure une perpétuité que la Synagogue ne devait pas avoir , et une infaillibilité qui n'avait pas été promise à la Synagogue. C'est ainsi qu'en nous ordonnant la foi , la sagesse suprême lui donne un appui inébranlable. Le catholique , et le catholique seul , peut avoir la foi qiie Dieu exige., une foi ferme, imperturbable, exempte de tout doute, parce qu'il reçoit tous les articles de sa croyance d'une autorité qu'il sait être infaillible. Les sectaires ne peuvent avoir qu^une foi mêlée d'incertitude, parce que leur croyance est fondée, ou sur leur jugement propre, qui ne peut pas avoir de prétention
(i) Saper cathedram Moysi sederant Scribse et Pharîsaei. Omnia ergo qDacamqoe dizerint yobis, servate et facile; aecmidoin opem vero eomm nolite facere : dicant enim , et non f«ciiint. Mattk* xzni, a er 3.
à rinfaiiiibilité, ou sur renseignement de leurs docteurs qui se reconnaissent eux-mêmes sujets à l'erreur. Attachons-nous à cette autorité tutëlaire, recevons avec soumission les vérités qu'elle nous enseigne ; pratiquons avec fidélité la morale qu'elle nous prescrit ; mais gardons-nous de ces chaires de pestilence (1) , comme les appelle le Prophète , que le schisme à élevées, que Tincrédulité protège , et où elle a établi , pour détruire la religion , des pasteurs intrus , que l'Eglise ne reconnaît pas pour ses ministres, que les Apôtres désavouent pour leurs successeurs.
Tous ceux qui l' entendaient^ étaient étonnés de sa prudence et de ses réponses, Jésus-Christ avait destiné à la retraite et au silence les trente premières années de sa vie. Il eût pu sans doute , dès son âge le plus tendre , se manifester au monde, prodiguer dès lors ses miracles, et répandre sur la terre sa sublime morale. L'Eternel n'a pas d'âge ; mais il était dans ses vues de ne se pro^ duire qu'au bout de ce temps i et s'il nous est permis de sonder ses motifs, nous en découvrirons deux principaux , l'un relatif à lui, et l'autre à nous. D'abord il a voulu dans cette occasion, comme dans toutes les ai|jres^ donner l'exemple de son entière soumission à la loi. Celle des Juifs défendait d'instruire dans les synagogues avant l!âge de trente ans; Jésus-Christ a attendu, pour commencer son ministère, qu'il eût atteint cet âge ; et il a observé la loi judaïque , même en l'abolissant.
Il a voulu aussi par ce long éloignement des regards publics, nous montrer l'utilité de la vie retirée, et nous en inspirer le goût. Vous surtout, que sa providence appelle à lui succéder dans le ministère qu'il a exercé, il vous apprend avec quelle maturité vous devez, dans les exercices de la solitude , vous disposer aux importantes fonctions qu'il vous confiera. Le Fils de Dieu se consume trente années dans la retraite , se préparant aux tra-
(i) Et in cathedra pe&tilentiae non sedit. Psal» i, i
vaux évangéliques. Vous, qui devez le suivre dans cette carrière, imitez-le dans sa préparation ; acquérez dans le silence la multitude de connaissances dont vous avez besoin ; formez-vous dans le recueillement de vos méditations, aux vertus éniincntes qui vous seront nécessai* res; rendez-vous, et capables , et dignes d'être les ministres de Dieu, et les successeurs de Jésus-Christ.
De cette obscurité, dans laquelle il s'est tenu pendant si longtemps^ le divin Sauveur ressort aujourd'hui avec éclat. Cette sagesse, qu'il cachait soigneusement aux regards publics, il en laisse aujourd'hui échapper un rayon. C'est, si on peut s'exprimer ainsi , un fanal qu'il élève pour se faire discerner, et qu'il place entre les merveilles de sa naissance, et celles de son ministère. Ces docteurs , qui l'entendent maintenant avec admiration , peuvent se rappeler que précisément à l'époque de son âge , il naquit à Betléem un Fils de David qui fit descendre sur la terre les anges , briller dans le ciel un nouvel astre, arriver des mages de l'Orient, s'agitef dans Jérusalem toute la Synagogue, trembler sur son trône le tyran de la Judée, massacrer une multitude d'innocents. Ceux qui dans la suite seront témoins de ses nombreux prodiges, auditeurs de ses incomparables instructions, pourront facilement reconnaître celui qui dix-huit ans auparavant, encore dans l'enfance, les charmait par sa modestie, les étonnait de ses profondes connaissances , les ravissait d'admiration par la sagesse de tous sesdis^ cours.
]U furent, en le voyant, remplis d'admiration; et sa mère lai dit : Mon Fils, pourquoi en avez vous agi ainsi avec nous ? F'oilà que votre père et moi, nous vous cherchions fort affligés. Il leur répondit : Pourquoi me cherchiez vous? ne saviez 'VOUS ^pas qu'il faut que je sois occupé à ce qui concerne mon Père ? Mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait, La sainte Vierge se plaint à son Fils du chagrin qu'a causé son absence ; mais cette plainte est bien éloignée du ton de reproche et de sévérité. A travers l'efFusion de la tendresse maternelle,, on voit percer le respect
dont Marie était pénétrée pour Jésus-Christ. Ainsi , dans les peines que Dieu nous envoie , nous devons nous adresser à lui , mais sans murmure. Il nous est permis sans doute de lui en demander la îin ; mais il nous est ordonné de nous soumettre respectueusement à sa volonté. David demande au Seigneur pourquoi il s'est retiré de lui (1) , Marie se plaint à Jésus de ce qu'il l'a privée de sa présence : mais l'un et l'autre , entièrement soumis à la volonté divine , se résignent à ses ordres suprêmes.
On peut s'étonner d'entendre la sainte Vierge qualifier Joseph, père de Jésus-Christ , quoiqu'elle sût parfaitement qu'il ne l'était pas ; mais il passait universellement pour l'être. Il fallait que l'erreur commune fût entretenue jusqu'au temps où il plairait à Dieu de la dissiper par la manifestation du mystère de l'Incarnation. Marie ^ et Joseph, dépositaires du grand secret de la Providence, ne devaient faire entrer personne dans cette confidence auguste, où eux seuls avaient mérité d'être admis.
Mais Jésus- Christ lui-même réforme aussitôt cette er* reur. Ce sont ici les premières parales que l'Evangile rapporte du divin Sauveur ; et elles renferment , avec l'expression d'un dogme un fonds de morale très-impor « tant.
Nous avons tous , quoique ce ne soit pas absolument dans le même sens, le même Père que Jésus-Christ. Nous devons , à son exemple , être occupés à- ce qui eon-^ cerne noire Père» Nous ne sommes pas tous appelés aux mêmes fonctions que lui ; nous ne sommes pas tous chargés de répandre sa doctrine , d'instruire ses peuples , d'administrer ses sacrements ; mais tous , dans l'état où la Providence nous a placés, nous sommes tenus de mettre au premier rang de nos obligations , celles que nous avons envers Dieu. Le Père que nous avons dans les cieux , est notre premier père , notre premier maître ,
(i) Utqaid, Domine , recessisti longe? Psal. ix , «a,
notre premier souverain. Ainsi , tonte autre autorité s'éclipse devant la sienne. Il y a plus : toute autre auto^ rite est une émanation de la sienne. C'est lui qui nous ordonne de révérer nos parents, d'obéir à nos maîtres , d'être soumis à nos souverains. Tous nos supérieurs de quelqu'ordre qu'ils soient, ne sont que ses mandataires et ses lieutenants. Toutes les puissances nous viennent de Dieu , nous dit S. Paul (1) ; et de là résulte la conséquence que tirait cet Apôtre, que nous devons leur être soumis, non-seulement par crainte, mais par conscience (2). Mais de là découle aussi cette autre conséquence également nécessaire , que dans le conflit entre leurs ordres et sa loi c'est à sa loi qu*il faut obtempérer. Quelque sacré que soit envers elles le devoir de notre obéissauce , la désobéissance devient un devoir encore plus sacré, quand elles prescrivent ce que Dieu défend. Ce n'est plus l'autorité de Dieu qu'elles exercent, quand elles exercent leur autorité contre Dieu. Voyez les Apôtres humblement soumis , comme leur divin Maître , aux princes de la terre , jusqu'à mourir par leurs ordres , leur déclarer fièrement qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. (3).
Dès sa plus tendre enfance, Jésus-Christ anno&Ce qu'il est déjà occupé de ce qui concerne son Père. C'est dans la jeunesse , dans cet âge précieux où les im^^res** sions se reçoivent plus facilement, où se contractent les habitudes qui doivent durer toute la vie, où se forment les principes qui doivent en régler toute la suite, que l'on doit s'occuper de ce qui concerne le Père céleste. Ce que vous n'aurez pas amassé dans votre jeunesse , dit l'Ecclésiastique, espérez-vous le retrouver dans votre vieillesse (4)? C'est, pour l'ordinaire , des premiers pas
(i) Non est enim potestas niai a Deo. Ad Rom. x.'ii, i.
(2) Id«o neceasitate feubditi estote non bolam propter irain, sed etiam propter conscientiaiu. Ibid, 6.
(3) Obedire oportet Deo roagis qoam hominibns. j4ct. v, 29.
(4) Quap in javentate toa non congregasù, qaomodo in sc^nectate taa inveriies? JEcc/i, XXV , 5.
176 KXPLÎCATlOIf
que l'on fait en entrant dans le inoncle , que dépend la route que Ton y suit. Et TEsprit-Saint a consacré le proverbe qui était usité parmi les Juifs : Le jeune homme qui s'est tracé une voie, même lorsqu'il aura vieilli, ne s'en écartera pas (1). Ce que le monde, dans ses jugements légers, traite d'écart de jeunesse, est presque toujours l'égarement de toute la vie. Jeunes gens , que le monde attire, que les plaisirs séduisent , que les exemples entraînent, que les passions emportent, arrêtezvous à l'entrée de cette descente rapide et glissante , où. vous courez imprudemment vous précipiter. Contemplez le terme affreux où elle vous conduit. Considérez qu'en vous y jetant, vous décidez le sort, non pas seulement de votre vie , mais de votre éternité. Regardez de l'autre côté ce sentier escarpé qui vous est présenté : si les difficultés qui se montrent vous effraient , levez les yeux vers la demeure brillante où il vous mènera. C'est le séjour du bonheur^ du bonheur pur et sans mélange , du bonheur suprême et sans mesure , du bonheur éternel et sans fin. Dans l'un de ces chemins ouverts devant vous, le vice vous appelle en étalant tous ses charmes; dans l'autre , la vertu vous invite en vous présentant tous ses avantages. Placés dans ce moment entre l'un et l'autre, vous en avez le choix. Si vous êtes assez malheureux pour préférer la route agréable , mais funeste , du vice, il sera bien difficile de vous en retirer. Quand vous serez engagés dans cette pente rapide , quand chaque pas que vous y aurez fait aura accéléré la vivacité de votre course , pensez-vous qu'il vous sera facile d'en retenir l'impétuosité , et de remonter en arrière ? Si peu maîtres de vous-mêmes aujourd'hui , espérez-vous l'être davantage lorsque vos goûts seront devenus des passions , et vos penchants des habitudes ?
C'est à ses parents qiîe Jésus-Christ adresse son discours 5 et ce n'est pas seulement aux siens , c'est à ceux
(i) Proverbiam est : Adolescens joxta Tiam saam, etiam cam fienaeric, non recedet ab ea. Prov. xxii, 6.
DBS EVANGiLES* 177
qui , dans la suite des siècles , doivent le devenir. Il leur apprend qu'en leur accordant des enfants , et en leur donnant des droits sur eux , Dieu s'est réservé les premiers et les principaux droits. En portant leur enfant aux fonts sacrés pour recevoir le sacrement de la régénération , les parents chrétiens doivent se pénétrer de cette vérité , qu'ils vont l'offrir, le consacrer, le donner à Dieu. En le recevant au nombre de ses enfants, Dieu va devenir son premier père. Il le leur remettra ensuite ; il le confiera à leur tendresse et à leurs soins. Ils devront se considérer comme des dépositaires chargés par la Providence de ce dépôt sacré , et obligés de lui en rendre compte. Us seront désormais les anges visibles , députés à la garde de leur enfant , exerçant près- de lui extérîeurement le ministère que remplit in visiblement l'Esprit céleste envoyé pour le protéger, veillant de même sur lui en écartant le même mal , lui suggérant de même le bien, le dirigeant de même constamment selon les vues du Père qui est dans- les cieux.
Ce n'est pas seulement, dans l'objet et dans les soins de l'éducation , que les par-ents doivent se conformer aux desseins de Dieu^ Ils ont un autre devoir aussi essentiel, et plus souvent encore violé. C'est relativement au choix de l'état que doivent embrasser leurs enfants. Rien de plus commun , et malheureusement même parmi les pères qui vivent d'ailleurs religieusement , que de les voir» lorsque leurs enfants, déjà formés par leurssoins , ont atteint l'âge d'entrer dans une profession , disposer arbitrairement de leur vocation : placer les uns dans un état, les autres dans un autre ; appeler dé leur autorité privée, celui-ci au mariage, les autres au célibat ; pousser le premier dans le monde , engager le second dans l'Eglise, et presque toujours sans autre règle que des affections aveugles , que des intérêts mondains , que des considérations frivoles. La primogéniture d'un fils, l'agrément et la beauté d'une fille, voilà pour l'ordinaire ce <{Ui décide leur état dans cette vie , c'est-àdire leur, sort éternel dans l'autre. Car puisque l'état
que nous embrassons doit être notre moyen de sanctifiacation, c'est en grande partie du choix de cet état que dépend le salut. C'est sans doute un droit de nos pères , parlons plus exactement , c'est un de leurs devoirs essentiels de diriger leurs enfants dans ce choix si important. C'est une partie principale de l'éducation , de les éclairer de bonne heure sur les divers états qu'ils pour-* ront embrasser relativement à leur condition ; de leur en faire apercevoir les avantages et les* inconvénients, les dangers et les ressources; de s'opposer même, et jusqu'à employer l'autorité, aux partis qui pourraient être dangereux à leur conscience , funestes à leur salut. Mais là s'arrête la puissance paternelle. Prétendre décider arbitrairement de la vocation de ses enfants, les entraîner par force ou par séduction dans des états auxquels on n'a pas lieu de croire que Dieu les destine , les détourner de ceux où ils paraissent appelés par la voix divine , c'est se rendre à la fois usurpateur eàvers Dieu , injuste envers ses enfants , cruel envers soi-même. Usurpateur envers Dieu , qui seul a droit de juger l'état dans lequel il veut être servi , et pour lequel il lui plaît d'accorder ses grâces. Injuste envers ses enfants : n'est-il pas de droit naturel , que celui-là choisisse lui-même son état., qui doit en supporter les charges , en remplir les devoirs ? Cruel envers soi-même : le père qui abuse ainsi de son autorité , se rend responsable de toutes les fautes que ses enfants commettront, parce qu'il les aura engagés dans un état qui ne doit pas être le leur. S'ils s'y perdent , ils deviendront ses accusateurs auprès du trdne céleste , et il aura attiré sur lui-même tons les maux qu'il aura fait tomber sur eux.
Le texte sacré rapporte que Joseph et Marie ne comprirent pas ce que Jésus-Christ leur disait. Instruits comme ils l'étaient du mystère de l'Incarnation , ils entendaient certainement bien de quel père parlait Jésus* Christ. Ce qu'ils ne concevaient pas encore entièrement, c'était quelles étaient les choses conceruantle Père éternel, dont il devait s'occuper; quel temps il destinait à
DES £VANGIi<tS. 179
cette occupation ; de quelle niatiière H s*y eni|ifloierait. Ces gi'andes choses ne leur avaient pas -eitcore été révélées; mais quoiqu'ils ne <;om prissent pas<:tairetRent tout le sens des paroles du Sauveur, ils se gardent bien de lui en demander l'explication : ils respectent ee qu'il. y a d'obscur pour eux dans sa réponse ; ils net:herchent point à le pénétrer; ils ne se permettent point d'interrogation. Ainsi devons-nous être devant ce qu'il plaît à Jésus-Cbrist de nous révéler. Contents des lumières qu'il nous donne , ne cherchons pas celles qu'il nous cache. Jouissons de ce qu'il nous -est accédé de comprendre ; révérons ce qui est an-dessus de notre faible intelligence, exécutons sans balancer ce que Dieu nous cosn mande , sans essayer de pénétrer dans un avenir que sa providence ne juge pas à propos de nous faire connaître ; soyons soumis à ses oi*dres actuels par une prompte obéissance ; à ses volontés futures , par une entière résignation.
Nous voyons dans cette circonstance et dans tjuelques autres, Jésùs-Christ traiter sa mère avec une sévérité apparente qui a droit de nous étonner. Il lui parle comme à une mère ordinaire , qui ne ressentirait pour son fils qu'une tendresse purement humaine, et qui n'aurait sur lui que des vues mondaines. Mais Marie , éclairée d'une lumière supérieure , ne se méprenait pas à ce langage de son Fils ; elle savait que ses paroles avaient un sens profond , et qu'en paraissant s'adresser à elle , elles aTaient pour but véritable l'instruction de toutes celles qui devaient dans la suite devenir mères. Aussi ne la voyons-nous jamais , ni dans cette occasion , ni dans les autres , répliquer un seul mot. La mère re-^ çoit avec respect les leçons de son Fils, et nous montre par là comment , à plus forte raison , nous devons les recevoir nous-mêmes.
n s'en retourna ensuite avec eux, et vint à Nazareth; et il leur était soumis. Or, su mère cimservaii toutes ces choses dans son cœur. Et Jésus croissait en sagesse , en âge et en gràee devata Dieu el devant les hùnmesx Nous avons dans
cet évangile toute Thistoire de la yie de Jésus^Christ , [usqu'au commenGement de sa carrière évangélique : il n'a pas jugé à propos de nous en apprendre davantage : et sa sainte mère, qui avait si précieusement conservé dans sou cœur toutes les merveilles de ses^ premières annéeSf respectant le secret dont il a voulu les couvrir, n'a rien appris de plus à l'écrivain sacré qui a eu le bonheur de recueillir ces renseignements. Mais ce peu de mots sur la vie privée du Sauveur, renferme des instructions importantes.
C'est à Nazareth, petite bourgade de la Galilée , que Jésus -Christ veut vivre et être élevé. C'était un lieu obscur et méprisé ; et le séjour qu'il y fit produisit dans la suite contre lui des préjugés désavantageux. Peut-il rien venir de bon de Nazareth? (1) disait-on de lui , lorsqu'il commença son ministère. Les lieux et les emplois les plus obscurs sont ceux qui ont le plus d'attraits pour le vrai chrétien : il peut plus facilement s'y soustraire aux regards du monde , à ses illusions , à ses séductions , à ses tentations. L'humilité qui Tavilit aux yeux des hommes, rélève et le glorifie aux yeux de Dieu.
Que faisait dans cette retraite ignorée , dans Thumble demeure d'un artisan le maître ignoré du ciel et de la terre ? Il était soumis à Marie et à Joseph. L'auteUr de toute justice donnait ainsi l'exemple d'un des principaux devoirs de justice , 4^^ ^^^ ^^ soumission à ceux dont on a reçu le jour. Il commençait dès-lors par cette obéissance à expier le vice de la désobéissance d'Adam , qu'il était venu effacer. Ce seul, mot ,' que nous dit l'évangéliste de la vie de Jésus^Christ , renferme tout l'abrégé de la vie chrétienne. L'esprit de la religion est un esprit de soumission ;. la pratique de la religion est celle de l'obéissance. Obéissons à Dieu, et tous nos devoirs seront remplis ; obéissons aux supérieurs qu'il nous donne sur la terre , et nous nous serons acquittés de tous nos devoirs civils. Ceux à. qui la Providence a donné le droit, ou pour
(i) A. Nazareth potest aliqoid boni-esse? Joan. i, 4I3..
parler plus €xactement , a impolé la charge de commander aux autres , doivent plus spécialement encore se pénétrer du principe delà subordination ; et , pour éloigner d'eux l'orgueil de la puissance, se rappeler sans cesse qu'il y a au-dessus d'eux d'autres puissances auxquelles ils doivent être assujettis. Gelui-même qui, revêtu de l'autorité suprême, n'en reconnaît aucune au-dessus de la sienne , est par cela même plus strictement obligé à contempler le maître qu'il a dans les cieux^ qui la lui a confiée , et qui lui en demandera compte. Il doit penser à tout moment que le Dieu du ciel viendra s'asseoir au milieu des dieux de la terre pour les juger (1).
Enfin r£sprit saint nous dit que Jésus-Christ, à mesure qu'il croissait en âge , croissait en sagesse et en grâce. Et voilà quel doit être le cours de notre vie. Nous devons tendre continuellement à croître en vertus et en mérites* Si nous ne nous efforçons pas d'avancer dans la voie du salut , nous reculerons infailliblement. Il ne nous est pas donné d'atteindre au fsdte de la perfection , mais il nous est ordonné d'y aspirer. Sûrs de ne point y parvenir , travaillons sans relâche à nous en approcher. Ce que nous en aurons acquis dans ce monde, sera dans l'autre la. mesure de notre récompense.
DU DEUXIÈME DIMiNCHE APRES l' EPIPHANIE.
Noces de Cana.
Il se fit des noces à Cana en Galilée , et la mère de Jésus s'y trouva. Jésus fut aussi invité aux noces avec
(x) Dens stetit in syoagoga deoram ; m medio aotem deos dijadical. Btaim, lxxzi, x<
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ses disciples. Le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n'ont plus de vin. Jésus lui répondit : Femme, que vous importe à vous et à moi ? mon heure n'est pas encore venue. Sa mère dit à ceux qui servaient : Faites tout ce qu'il vous dira. Il y avait là six grands vases de pierre pour servir aux purifications des Juifs : chacun contenait deux ou trois mesures. Jésus leur dit : Emplissez les vases d'eau : et ils les emplirent jusqu'au haut. Jésus ajouta : Puisez maintenant , et portez-en au maître d'hôtel, et ils lui en portèrent. Quand le maître eut goûté de cette eau qui venait d'être changée en vin, ne sachant d'où venait ce vin , quoique les serviteurs qui avaient puisé Teau le sussent bien , il appela l'époux , et lui dit : Tout le monde sert d'abord le bon vin , et lorsqu'on a beaucoup bu , on donne du moindre ; mais vous, vous avez réservé le bon vin , jusqu'à cette heure. Ce fut là le premier des miracles de Jésus. Il le fit à Gana en Galilée ; et il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. (Joan. ii , 1 — 11.)
Jésus-Christ entrait dans sa carrière évangélique. Peu de temps s'était écoulé depuis qu'il avait reçu le baptême de S. Jean. Le témoignage que lui avait rendu le saint précurseur, lui avait déjà donné quelques disciples ; mais il n'avait encore confirmé sa mission divine par aucune des merveilles qui l'attestèrent depuis si magnifiquement. Il les commence aujourd'hui ; et de ce moment jusqu'à son retour dans les cieux , sa vie ne sera plus qu'une suite de prodiges et d'instructions non moins admirables. Dans la circonstance actuelle , il réunit l'un et l'autre ; et cet évangile présente à nos méditations tout à la fois un miracle qui confirme notre foi , et des leçons qui dirigent notre vie.
Il se- fit des noces à Cana en Galilée , et la mhre de Jésus s'y trouva, Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples. Dieu , auteur du salut , l'est aussi de la société humaine » U nous appelle à l'un, en nous faisant passer par l'autre.
Il veut en conséquence que tons les états qni composent la société , deviennent pour nous des moyens de sanctification. Il a sanctifié la virginité en Tembrassant ; il a sanctifié le mariage , en l'élevant à la dignité de sacrement. L'état de virginité , que Jésus^Gbrist a choisi pour lui-même , est plus parfait sans doute que celui du mariage , qu'il a seulement honoré de sa présence et doué de ses grâces, et il nous en fait connaître la supériorité par l'organe de son Apôtre (1). Mais il n'exige pas que nous embrassions l'état le plus parfait : son intention -est que nous soyons parfaits dans notre état. Ainsi , en nous plaçant dans des conditions différentes, il nous met tous sur la route de la perfection. La vocation à la virginité est une grâce particulière que la bonté divine fait à peu de personnes ; et loin d'être utile, cet état devient funeste à celui qui a la témérité de s'y jeter sans y être appelé. La vocation la plus commune est celle de l'état qui renouvelle le genre humain, et perpétue TËglise de Jésus-Christ. Il était ^ donc digne de la sagesse su«* prême de le sanctifier , et d'y attacher des grâces d'un ordre supérieur qui en fissent pratiquer les devoirs, supporter les charges , éviter les dangers. Dans les premiers siècles de l'Eglise , divers hérétiques osèrent blâmer le mariage. Moins effrénés , mais aussi téméraires , les sectaires du seizième siècle ont prétendu le rayer du nombre des sacrements, et le réduire à un acte purement civil. De combien d'avantages cette malheureuse erreur prive la société chrétienne ! Combien le mariage devient et plus auguste et plus saint , quand il est incorporé à la religion ! combien son engagement devient plus sacré , quand Dieu y préside, s'en rend le garant et le vengeur î combien ses devoirs deviennent plus graves et plus imposants, quand ils ont des relations avec la Divinité I
(z) Tolo enimomnes vos esse sicnt meipsam : sed DDDsqaisque propriam donnm habet ex Deo : alios qaidem sic, alias vero sic. Bico atitem non nnptis et vidais : botram est iHis si sic permaneant, sicatel ego. / Cor, Yti, %et9, Jbid, %5, a6, 3a^, 53 et 34-
combien cett€ chaîne , souvent si pesante , est ren4ue fa« cile à porter , quand c'est la piété qui la soulève I combien elle unit plus intimement les époux , quand la religion la resserre I combien de contradictions , de traverses , de chagrins , de malheurs sont adoucis par la grâce du sacrement, qui aide à les supporter I C'est à son Église que Jésus-Christ a accordé tbus ces biens ; et c*est encore une perte à ajouter à tant d'autres qu'ont faites les sectes malheureuses qui se sont séparées d'elle.
En honorant les noces de sa présence, Jésus-Christ donne déjà au mariage une approbation solennelle , et prélude à Tinstitution qu'il fera un jour de ce sacrement. Il apprend aussi à tous ceux qui , dans le cours des siècles , contracteront ce respectable engagement , qu'ils doivent, à l'exemple des époux de cet évangile, l'y inviter. Il y viendra, si vous l'y appelez : à la bénédiction extérieure que vous recevrez dans le temple , il joindra ses bénédictions intérieures , dont celle de son ministre est la figure, et l'instrument. Il est essentiel de connaître et de pratiquer tout ce que comprend cette invitation de Jésus-Christ aux noces chrétiennes.
Appeler Jésus-Christ à ses noces , c'est s'y déterminer dans les mêmes vues et pour les mêmes fins pour lesquelles il les a instituées : pour donner à soi-même un secours dans les besoins, un aide dans les travaux, une consolation dans les peines de la vie (1) ; à l'Eglise , des enfants élevés dans la crainte du Seigneur (2) ; à ses passions suites funestes du premier péché , un frein qui les réprime (3). Ils n'appellent point Jésus-Christ aux noces de leurs enfants, les parents qui les y traînent
(i) Dixitqne Dominns Dens : Non est bonam csae hominem solaiD; faciamas ei adjotorium similè sibi. Gènes, n, x8.
(a) Benedixitque illis Deos, et ait : Crescite, et maltip^€aminx ^ et replète terrant. Ibid. i , a8.
(3) Propier foroieatiooemantem nniuqiiisqne saam oxorem habeatj et anaqaaeqae sanm vimm babeat.... Hocantem dico secundoiBL indolr geotiam , noji, secondQm imperimou / Cor. vu , a et. 6.
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contre iear gré. lis ne rappellent pas à leurs propres noces, ceux qui y sont conduits par un attrait mensonger de liberté ; bien moins encore ceux dont parlait au jeune Tobie l'ange Raphaël , qoi , en entrant dans le mariage , éloignent de leur esprit la pensée de Dieu , et ne s'occupent que de satisfaire leurs passions brutales. Semblables aux animaux dépourvus d'intelligence , ils se mettent par ces vues impures sous la puissances du démon (1).
Appeler Jésus-Christ à ses noces, c'est le consulter sur le choix de la personne à qui on doit être uni. Les parents, dit le Sage, peuvent bien vous donner les richesses; mais une femme vertueuse, c'est Dieu qui la donne (2). Adressez-vous à lui avec confiance , et il vous adressera vous-même, comme Isaac et Tobie, à l'épouse qu'il vous destine et qui vous convient. Aidé de ses lumières , recherchez dans votre aUiance bien plus les qualités personnelles, que les avantages extérieurs; in* formez-vous, avec un soin assidu, de l'esprit, du caractère , des mœurs, des principes, et surtout de la religion de Ja personne que vous avez en vue. Dans toutes les autres affaires de la vie on prend de grandes précautions pour se garantir des méprises : dans celle-là même on se donne beaucoup de soins pour s'assurer de la naissance, de la fortune , de tous les autres avantages temporels ; et ce qui est le plus essentiel pour le bonheur du temps et de l'éternité, est absolument négligé. On observe dans le contrat toutes les règles de la prudence , et on les viole toutes dans ce qui est bien autrement important. Le mariage parmi nous semble avoir cessé d'être un sacrement ; il est devenu une sorte de trafic où l'on se vend soi-même , et où on calcule ce qu'on se croit en
(i) Ui namqne qai conjnginm ita scscipiant, ttt Deam a se et a saa mente ezcladaot, et snae libidini itavacant, sicut eqaos et innlas qaibns non est inlellectas , liabet poteâtatem daemoDiaœ saper COS. Tob, VI, 17.
(a^ Bivitiae dantar a parentibus, a Dommo acte m proprie axer, prndens. Prov. xix, 14,
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droit d'exiger en richesses ou en honneurs. Il ne faut pas cependant penser que les considérations temporelles doivent être entièrement négligées. Ce n'est pas une chose indifférente à l'union conjugale , qu'il y ait une proportion d'état et de fortune. Dieu ne défend pas non plus de rechercher dans cette alliance un établissement avantageux ; mais aux yeux du chrétien , ce sont des considérations secondaires, subordonnées à l'intérêt essentiel du salut. Considérez quelle force ont sur deux époux leurs principes et leurs exemples mutuels pour se porter réciproquement à la vertu , pour s'éloigner du vice, et pour se procurer l'un à l'autre leur bonheur ou leur malheur éternel. Jetez les yeux sur les patriarches et sur tant de saints de l'ancienne et de la nouvelle loi ; voyez-les , fortement occupés de l'établissement de leurs enfants , s'attacher principalement à leur procurer des épouses vertueuses et élevées dans la crainte de Dieu , et si vous avez le malheur que les motifs de l'ordre supérieur ne vous persuadent pas , et que les modèles de perfection ne vous touchent pas , au moins ne soyez pas indifférent au bonheur ou au malheur de toute votre vie ; songez que ce hœud , que vous allez inc(Hisidérément serrer, ne sera rompu que par votre mort, et qu'il va faire le sort de tous vos jours. Cont^npiez tant de malheureux qui expient cette imprudence , que vous allez commettre, dans des contradictions, dans des traverses , dans des chagrins continuels , et qui déplorent , avec des larmes de sang , la funeste cupidité à laquelle ils ont sacrifié tout leur bonheur.
Ce n'est pas seulement à ceux qui doivent s'unir par le mariage que sont imposées des obligations relatives au choix ; leurs parents ont aussi sur ce point important des devoirs très-essentiels à connaître et à remplir; ils doivent diriger le choix de leurs enfants, et non pas le gêner ; leur laisser l'usage de leur liberté , et en arrêter l'abus ; employer leur autorité seulement à empêcher de mauvais choix , leur prudence à en faire un bon. Les lois ont, avec une profonde sagesse , mis un terme
à la puissance des pères , et un frein à la licence des enfants, en fixant l'âge où le consentement du père cesse d'être nécessaire au mariage de son fils ; mais le vœu de toutes les lois est que la condescendance de l'un , la déférence de l'autre tempèrent l'exercice de leurs droits; que le père indulgent ne s'oppose pa$ à des désirs raisonnables de son fils jeune encore; que le fils , parce qu'il est affranclii du joug de ses parents , ne se croie pas dispensé du respect et de l'attachement , et ne constriste pas leurs vieux jours, comme Ësaù , en introduisant dans leur maison une femme qui leur soit désagréable. •
Appeler Jésus^hrist à ses noces , c'est s'y présenter avec les dispositions qu'il commande, c'est-à-dire, avec une âme pure et exempte de péché. Le mariage est un sacrement des vivants et non des morts; il ne confère pas la grâce de justification, il la' suppose. Â peine cette vérité si essentielle est-elle connue ^ ^ll<e parait au moins presque universellement négligée. On se prépare avec quelque soin aux autres sacrements ; on n'oserait se présenter au sacrement de la table sainte ou à celui qui confère le Saint-Esprit, sans s'être purifié dans les eaux de la pénitence ; mais il semble que le sacrement de mariage ne soit pas saint comme les autres, n'ait pas été institué par Jésus-Christ comme les autres , n'ait pas la vertu de donner la grâce coknme les autres. Peut-on espérer de recevoir ces grâces du sacrement , quand on s'en est rendu indigne? C'est, n'en doutons pas, la malédiction qu'on attire sur son union par le péché, dans lequel on la contracte, qui cause tant d'unions désastreuses. Doiton s'étonner qu^un mariage continue dans le crime , quand il a commencé par la profanation ?
Appeler Jésus-Christ à ses noces, c'est les célébrer avec la décence et la pureté qu'exige sa présence. Dans le temple , et sous la main du prêtre qui les bénit , les époux doivent, bannissant toutes les idées profanes , se pénétrer du recueillement et de la ferveur que demandent la dignité et l'importance du sacrement qu'ils re-
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çoivent. Et ceux qui assistent à cette auguste céréiiio-' nie ont aussi leurs obligations. Elles sont d'abord de s^y tenir dans la gravité, le respect et la dévotion dus, et au lieu où ils sont, et au sacrement qui s'y confère ; et ensuite d'implorer avec ardeur la bonté céleste pour les nouveaux époux ; de seconder par leurs prières celles qu'adresse pour eux le ministre sacré, et s'attirer par leurs vœux l'abondance des grâces que fait descendre la bénédiction sacerdotale. Hors de l'Église , dans le cours de cette journée , il n'est pas défendu sans doute de se livrer aux doux épanchements d'une joie innocente , à laquelle invite le rapprochement de deux familles auparavant étrangères l'une à l'autre. Jésus-Christ par sa présence, consacre aujourd'hui les fêtes et les repas que l'usage de toutes les nations autorise dans le jour du mariage ; mais sa présence invisible doit bannir des noces chrétiennes tout ce qui serait capable d'en souiller la sainteté, et les paroles grossières et équivoques, et les chansons impures, et les danses déshonnétes , et les excès de l'intempérance. La joie que Jésus -Christ permet , est celle qui naît de l'innocence de l'âme , et non celle qui la corrompt. Il daigne, comme aux noces de Gana, prendre part à l'une, il punit sévèrement l'autre.
Il ne suffît pas d'avoir appelé Jésus-Christ à ses noces : des époux chrétiens doivent s'occuper de le retenir continuellement avec eux ; sa présence leur sera nécessaire tant que durera l'engagement qu'ils contractent. Le mariage n'est pas seulement une action de la vie , il en est un état : et cet état , que les époux embrassent pour toute la suite de leurs jours, ouvre devant eux une nouvelle carrière de devoirs à parcourir. Jusque là, isolés au sein de leur famille , ils n'ont eu à s'occuper que de leur propre conduite , la docilité envers leurs parents était le premier de leurs devoirs, les instruisait de tous les autres , et leur en facilitait la pratique. Le sacrement qu'ils viennent de recevoir les élève à un nouveau rang 4 ils ne sont plus les enfants de leurs familles; ils vont à leur tour en devenir des chefs; ils
ont quitté leur existence solitaire; ils vivront désormais dans la société qu'ils se sont donnée , avec laquelle ils ne font plus qu'une même chair : ils revivront dans les fruits de leur union. De là ressortent deux relations essentielles qu'ils ont acquises, deux sortes d'obligations qu'ils se sont imposées; les unes entre eux , les autres envers leurs enfants.
Les devoirs des époux , dans le cours de leur mariage, sont les conséquences naturelles des motifs qui ont dû les y engager. Le premier dut être de se donner une ■société qui les soulageât continuellement dans leurs peines, dans leurs travaux, dans leurs chagrins. Ils doivent donc d'abord éviter avec un soin extrême tout ce qui pourrait altérer leur précieuse union , et ensuite s'occuper , avec une tendre sollicitude , de tout ce qui peut contribuer à la maintenir. Que l'Apôtre nous donne une grande et noble idée de cette union , quand il la compare à celle qui est entre Jésus-Christ et son Eglise! (1) Qu^il rend les devoirs qu'elle impose vénérarables , en les faisant découler de cette auguste comparaison ! Gomme l'Eglise est soumise à son divin Epoux , ainsi doivent l'être les épouses à leurs maris (2). Femmes chrétiennes , ne murmurez pas de ce précepte. L'autorité à laquelle il vous soumet est bien douce : c'est l'amour conjugal qui seul a droit de l'exercer. Epoux, ajoute aussitôt l'Apôtre , chérissez vos femmes. Et quelle est la règle, quelle est la mesure de cet amour? c'est celui que Jésus-Ghrist porte à son Eglise , et qu'il a poussé jusqu'à se sacrifier lui-même pour elle (3). Admirable aci:ord de pouvoirs et de devoirs , qui balance les uns par les autres , qui compense les droits de la forcé par les avantages de la beauté, qui réprime l'abus de l'autorité
(i) Sacramentam hoc raagnam ei»t , ego aatem dico in Christo «t in Ecclesia. Epkes. v , 3a .
(2) Sed siciit Eccledia sabjecta est Christo, /ta et malieres yirîs suis in omnibas. Jbid. 24.
(3) Tiri, diligite axores vestras, sicQt et Ghristasdilezit Eccle* sîaiD, et seipsam tradidit pro ea. tbid. 25.
^ar Tamour, qui préserve du danger de la séductioa par la subordination ! Une autorité qui décide est nécessaire à toute société -, si elle se trouvait ajoutée à l'empire si puissant de la douceur et de la grâce , dont l'Auteur de la nature avait déjà doué la femme , quelle immense supériorité ne lui aurait-elle pas attribuée ? et quel contre-poids aurait pu lui être donné? Placée dans l'homme, elle en trouve un tout formé; le suprême Législateur tempère la puissance qu'il lui confère , par la condescendance qu'il lui inspire.
En donnant pour exemple de la tendresse conjugale , celle que Jésus-Christ ressent pour son Eglise , l'Apôtre nous montre l'ardeur qui doit la sanctifier. Epoux chrétiens, vous ne pouvez pas sans doute atteindre à la perfection de ce divin Modèle ; la faiblesse de votre nature, la triste influence de vos sens , vous retiendront toujours bien loin de Ini : mais vous devez constamment vous le proposer , pour en approcher autant que vous le pourrez ; et c'est toujours la suite du raisonnement et des préceptes du grand Apôtre. Voyez comment Jésus-Christ protège , défend , nourrit , soutient , anime continuellement son Eglise : c'est ce que vous devez à la personne que vous êtes tenus d'aimer comme votre propre corps. En la chérissant , c'est vous-mêmes que vous chérissez , puisque vous ne faites plus avec elle qu'une seule chair, et que vous êtes devenus une partie d'elle-même (1). Considérez aussi comme Jésus-Christ a sanctifié l'Eglise , et l'a fait paraître brillante de gloire , n'ayant ni tache Hi défaut , mais sainte et exempte de toutes imperfections (2) : c'est encore là un de vos devoirs communs, votre sanctification réciproque. Plus est vive votre tendresse , plus elle doit vous faire désirer
(i) Ita et viri dlligere debent oxores aoas ut corpora aoa. Qaia saam azorem diligit, seipsoin diligît. Nemo enim anqnam carnem «oam odio habnit ; sed natritet foyet eam sicatetChristas Ecclesiam : quia membra semas corporis ejas , de carne ejas et de ossibas ejos. jéd Ephes. V, aS, ag, 3o.
(2) Seipsam tradidit pro ea, nt Uiain saoctiiicareti loondans lavacro
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Tua à l'autre votre bien suprême , vous porter conjointement vers Dieu , vous exciter mutuellement par vos vœux , par vos conseils , par vos soins ^ à la pratique constante de toutes les vertus. Ainsi , l'amour conjugal est d'autant plus religieux qu'il est plus tendre ; et réciproquement en devenant religieux , il en est plus tendre encore ; en le consacrant , la religion l'épuré ; en l'ani* niant , elle l'éclairé. La femme vertueuse, dit le même Apôtre , est la sanctification de son époux ; et le mari chrétien, le salut de son épouse (1). Combien de fois n'a-t-on pas vu les prières ferventes , les douces exhortations , les exemples engageants d'une femme pieuse , ramener un mari de ses égarements » et rendre à Dieu cette âme chérie? £t quelle heureuse consolation n'est-ce pas pour son cœur, de voir cet effet si précieux de sa tendresse ^ et de recueillir ce prix si élevé de ses vertus I 11 ne faut pas croire que cet état , institué pour faire le bonheur de l'homme sur la terre , le préserve de toutes les peines, de tous les chagrins : il a lui-même ses traverses , ses contradictions , ses douleurs. La grâce sacramentale n'en dispense pas , mais elle les modère ; elle entretient l'union par le double effet de réprimer ce qui Taltère , et de ne pas s'en offenser \ elle est à la fois une grâce de force pour se corriger de ses défauts qui aliènent les .cœurs, et une grâce de résignation pour $iupporter ceux d'autrui. Epoux , qui vous lamentez des humeurs , des aigreurs , des caprices , des jalousies , des violences de l'objet dont vous espériez votre bonheur ; qui détestez le joug auquel vous êtes inséparablement attaché avec lui ; considérez qu'il n'y a point d'être sans défauts ; que vous avez les vôtres, qu'il faut bien aussi que Ton supporte; que toute autre union vous en aurait peut-être fait rencontrer de plus fâcheux encore : con-*
aquat ia ▼«rbo vitœ , ot exUberet ipsi sibi gloriosam Ecclesiara , non habentem macalam, neqoe ragain, aat aliqoid hojas modi, sed Qt sit sancta et îmmacolata. Ibîd. 25, &6 et 27.
(t) Sanctificatns est eoim vir infidelis per mnlierem fiâelem, et sanctifieata est malier iafidelis per mam fidelem. / Cor, vn, 14.
sidërez qu'au lieu de remédier à vos maux , votre impatienee et votre colère ne font que les irriter ; que la douceur et la patience sont les moyens ks plus propres, et avec le temps , les moyens presque infaillibles de corriger les humeurs rebelles, d'adoucir les caractères durs, de calmer les passions emportées. Et si ces considérations de votre bonheur ne suffisent pas, élevez-vous à des contemplations plus hautes : considérez qu'entre les œuvres méritoires , il n'en est pas qui soit plus agréable à Dieu , que la résignation aux chagrins domestiques ; et que de toutes les croix de cette vie , il n'y eu a point de plus avantageuses pour nous , que celles qu'il nous a choisies. Allez 'au pied de la sienne apprendre à les porter, et lui demander la grâce de n'en être pas abattu. Le devoir le plus essentiel des époux , l'objet direct de leur engagement , est la fidélité conjugale. Tel est le mérite éminent de cette précieuse vertu , que les libertins mêmes qui la violent sont forcés malgré eux de la respecter. Etranges contradictions dans les jugements du monde corrompu I II rit de la vertu, mais il estime ceux qui la pratiquent ; il caresse le vice et méprise ceux qui s'en souillent. La vertu conjugale est sur cette terre , comme une souveraine détrônée , à qui il reste peu de sujets fidèles , mais qui a conservé tous ses honneurs : sa puissance est abattue^ sa majesté se soutient encore ; elle n'est plus obéie , mais elle est toujours révérée , même des rebelles. Ah ! que les épouses égarées , qui auraient le malheur de n'être pas arrêtées par le remords du parjure , et par la terreur d'un Dieu vengeur de l'engagement pris avec lui, considèrent, au moins sur le bord du crime , et au moment de s'y précipiter, les suites déplorables auxquelles elles vont se dévouer; qu'elles entendent d'avance retentir à leurs oreilles les sarcasmes et les railleries du public, qu'elles envisagent dans l'avenir les reproches et les mépris de leurs enfants, honteux de devoir le jour à leurs faiblesses ; qu'elles contemplent tous les maux qu'a suscités Tadultère dans le monde , toutes les querelles des
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teèûages, toutes les divisions des familles , tous les troubles de la société , dont ce crime si commun et si odieux a été dans tous les temps la funeste cause.
Lorsque Dieu, bénissant votre union, vous «n aura fait recueillir les fruits dans les enfants auxquels vous aurez donné le jour , alors s'ouvriront de nouvelles relations , et commenceront de nouveaux devoirs. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans le détail des obligations qu'impose Tétat paternel ; mais des parents instruits de leur religion doivent se pénétrer du principe , que leur première , leur princtpale , leur essentielle obligation envers leurs enfants, est de les instruire et de les former à la piété ; et cependant c'est la plus méconnue et la plus négligée. On s'occupe avec attentiçn diï physique de ses enfants , de leur constitjition , de leur santé ; c'est la nature qui y porte : on les forme avec soin aux usages , aux manières , aux grâces du monde ; c'est la vanité qui y engage : on les pousse avec ardeur aux emplois , aux honneurs , aux dignités ; c'est l'ambition qui y excite : mais ce que la religion commande , est presque entière-ment oublié. Et cependant, parents aveugles, qui négligez ce premier de vos devoirs , que sert à vos enfants la vie que vous leur avez donnée , si elle ne les conduit pas à cette autre vie où la félicité les attend ? M 'est-ce pas le présent le plus perfide , le plus cruel , s'il doit être le principe de leur malheur éternel ? Et vous-mêmes, vous n'échapperez pas à la punition de cette prévarication ; peut-être même commencerez-vous à la recevoir dès ce monde, par leur ingratitude que vous éprouverez, par leurs vices dont v«us serez témoins. Combien de mères désolées se sont écriées comme Bébecca, mais avec bien plus de justice encore , puisqu'elles étaient les causes de leur malheur : Si ce devait être là le but de mes désirs et l'effet de mes soins , pourquoi fallait-il que je devinsse mère (1) ?
(i) Si sic mihi futaramerat, qoid nere»se fait concipere ? (?fn.
zxv , aa .
Ze vin venant à manquer , la mire de Jéeut lui dit : lU n^ont plue de vin. Ce n'est pas tout d'inviter Jé^us-Christ à ses noces, ii faUt encore y appeler sa mère : c'est mêmç principalement par son intercession que nous pouvons espérer qu'il s'y rendra. Et dans toutes les actions de la yie, son assistance nous étant nécessaire , c'est une pratique singulièrement utile de l'implorer par l'entremise de sa mère. Pécheurs , qui gémissez sous le poids de vos iniquités , et qui soupirez après votre délivrance , adi*essez->vous à Marie ; elle est votre refuge : affligés » qui cherchez du soulagement aux madix qui vous accablent, recourez à Marie ; elle est votre consolation : malades , qui désirez la guérison de vos douloureuses infirmités | invoquez Marie ; elle est votre salut : justes, qui poursuivez par vos vœux le don de la persévérance, deman*dez-le à Marie ; elle est la reine de tous les saints. La foi, qui nous apprend à invoquer les saints, ne nous en- Seigne-t^elle pas à plus forte raison à adresser nos vœux à cellç qui , élevée au-dessus de tous les saints , est la plus puissante et la plus bienfaisante de tous? Que lui manque-t-il , c'est le raisonnement que font les saints Pères , de tout ce qui peut affermir notre confiance ? Au faite de la gloire , aurait-<elle perdu son pouvoir? Le prix de ses incomparables vertus serait-il d'avoir moins de crédit auprès de Dieu? M 'est -elle pas toujours la mère du Yerbe éternel ? toujours l'objet de sa tendresse et de ses complaisances? Celui qui sur la terre fut soumis à ses ordres , rcjettera-t-il dans le ciel ses prières ? Craindrions-nous qu'au sein de la félicité , elle nous eût oubliés , et que le sentiment de sa gloire l'eût rendue insensible à nos intérêts ? Non, la tendre charité de Marie, en se couronnant , ne s'est point affaiblie. Mère de Jésus- Christ, elle est aussi la nôtre ; elle l'est devenue par l'adoption que Jésus-Christ a faite de nous pour ses frères : elle est la mère de la grâce; la mère de la miséricorde; ce sont les titres que lui donne l'Eglise. Nous la voyons dans rEyangile de ce jour, non-seulement se rendre aux désirs des époux qui l'avaient invitée, mais les prévenir:
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elle Q^attend pasqu'on Taverti^se dubesoin, elle est la première à s'en apercevoir ; il n'est pas nécessaire de la prier» c'est elle qai s'occupe d'apporter le remède ; elle sollicite auprà de sou Tils un miracle , et dans une circonstance qui semblait ne pas exiger qu'il déployât sa toute-puis--sance : \1 ne s'agit pas de rendre un fils à sa mère , d'ar<> vacher une Wctfme à la mort, de chasser du sein d'un infirme le mat opiniâtre qui le tourmente ; mais c'est il/aWf qui demande ce prodige , et il est opéré; elle le demande avec respect , mais avec confiance ; elle ne témoigne ni empressement ni inquiétude ; elle se contente dexposér le fait , sûre de la complaisance de son Fils. Ainsi du iiaut du ciel , cette mère de bonté a les yeux continuellement ouverts sur nos besoins. Combien de malheurs elle écarte de nous, que nous n'avons pas prévus 1 Be combien de dangers elle nous préserve, que nous n'avons pas craints I Combien de grâces elle fait descendre sur nous , que nous n'avons pas demandées ! Si elle prévient nos sollicitations, combien plus doit-elle les exaucer ! Si nous la voyons pourvoir avec une bonté si compatissante à un besoin qui n'était pas essentiel , à plus forte raison devons-nous espérer qu'elle daignera s'occuper de nos nécessités. Elle recevra nos vœux , les portera à son divin Fils , et y joindra son intercession si efficace ; ils deviendront les siens en passant par elle , et en se mêlant à ses prières. Et quel poids n'auront pas auprès du Fils des supplications qui seront celles de sa mère I Ce sont ces considérations et les épreuves réitérées de la protection de Marie , qui ont engagé l'Eglise à lui rendre dans tous les temps un culte particulier, non pas semblable à celui de Dieu , comme l'hérésie l'en accuse : ce serait une impiété y et Marie s'offenserait de pareils hommages : mais un culte distingué et supérieur à celui de tous les saints. Voyez combien de fêtes instituées en son honneur, combien de temples dédiés sous son invocation; et vous n'en trouverez pas un où il n'y ait un autel spécialement consacré à l'honorer : combien de pratiques instituées pour rappeler les fidèles à la dt^vO'
tion envers cette Reine du cfel et de la terre. Et quafid nous voyons la piétë se banmrdu n^dhdé> la foi même s'éteindre /et 1^'^eu qui eu resfte languit; quand4'incrédulité audacieuse à'érige en prkicipe , et se fbM« une domiîîàtion , n'est-cef pas le temps de ranimer ce culte si salutaire, de tècoUrir à cette protec^n si ^efficace, et de conjui'ër cdié à qui tatit d'infortunés ont dû le soulagement de leurs peines ^'' «"la déliyrancede leurs périls , de faiit cesset^les lÀaux affreux 'dmit l'£— glise est affligée , et -de la retirer dëfs épouvantables dan-gers qui la menacent^. * '
Jésus lui répondit : Femme , qtié^^ons importée V0ns i$ à moi ? mon heure n'est pas encore venuel^Sa Mère dit à ceux qui servaient : Faites tout ce qu^il vous dira. La réponse de ce Fils si soumis à sa mère , si tendre pour elle, a de quoi nous surprendre. Il prend avec elle un ton de sévérité qui semble contraster avec ses sentiments. Les interprètes ont expliqué ces paroles de diverses manières : plusieurs même les entendent dans un sens différent du nôtre. Il nous parait que Jésus-Christ nous donne ici, dans la personne de sa Mère, l'instruction de ne solliciter sa bonté toute -puissante que pour des objets qui en soient dignes. Combien de fois nous est-il arrivé d'importuner la miséricorde suprême par des sollicitations indécentes, pour des objets inutiles ou mêtne dangereux. Nous trouv'erons peut-être en nous examinant avec attention , que les seules prières faites avec ferveur sont celles qui sollicitent les faveurs temporelles ; et que les biens spirituels , les seuls véritables , les seuls exempts de danger , nous les demandons- avec tiédeur, et presque sans dé^r de les obtenir. Nous nous affligeons, nous nous étonnons même quelquefois de ne pas recevoir l'objet de nos vœux indiscrets ; nous n'entendons pas la réponse qu'y fait Jésus-Christ t Que vous importe à vous et à moi? En devlendreî-vous meilleurs? en serai-je mieux servi?
Cette réponse de Jésus-Christ n'était f)as un refus, puisque immédiatement après, quoique l'heure de se ma-
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tttfester par des miracles ne fût pas encore arrivée , il l'avance à la considération de sa.mère , et opère le prodige qu'elle désirait. Marie ne s'y méprit pas ; sans s'étonner , sans se décourager , sûre de son crédit , certaine que sa demande était exaucée , elle appelle les serviteurs j letir ordonne de fajre tout ce que leur dira son Fils. Ce qu'elle dit ici aux serviteurs du festin , elle le répète à tous les siens : Faites ce qu'ilvouji dira,; exécutez ses commandements ; observez. sa loi,, et vçnez alors m'offrir vos vœux , sûrs que je les ferai agréer , et qu'ils obtiendront leur effet. C'est un aveuglement funeste, et cependant il n'est que trop commun, d'imaginer que le service de Marie nous dispense de devoi^^ auxquels il devrait au contraire nous engager. On espère, au moyen de quelques pratiques d'une dévotion peu éclairée envers la mère, devenir quitte dçs. obligations essentielles envers le fils. On croit que sous la main tutéiaire de Marie on n'a plus à craindre aucun danger , plus à éviter aucune occasion , plus à réformer aucune habitude, plus à expier aucun péché. On se flatte que, revêtu de ses livrées, on est à couvert des arrêts de la justice divine et des foudres du CieL le serviteur de Marie ne périra point ; S. Bernard l'a dit , et nous le répétons après lui avec une entière confiance : mais le serviteur de Marie n'est pas celui qui se contente de hii adresser quelques vaines prières ; c'est celui qui la sert comme elle doit, comme elle veut être servie. C'est une idée bien injurieuse à cette mère de sainteté , de prétendre autoriser de son appui la tiédeur , le relâchement , la prévarication , le désordre ; c'est vouloir en faire la protectrice , et en quelque sorte la complice de ses fautes. Observons cependant que le pécheur lui-* même peut avec succès , jusque dans l'abîme de ses désordres, implorer sa puissante médiation; mais c'est pour s'en retirer , et non pour y rester plongé. Elle écoutera ses vœux inspirés par le désir de rompre ses liens, elle repoussera ceux que formerait un criminel attachement ; elle le soutiendra dans la pénitence , elle le livrera à lui-même dans celle du crime.
// jf avait là six grande vasêi de fient , pour $ên>ir aùœ fnrifUaUon$ di$ Juift » domt chacun conl<ti4il devai ou îfoiê metum.Jéius Uur du : Emplisnz lê$ vota d'êau; &t iU les emplirent juiqu'au haut. Ji$ut aJQUta : Puieez main'tenant, etportêz^en au maître d'hôtel ; ei iU lui en poitfèrent. Quand le maître d'hôtel eut goûté de cette ^u qui était changée en vin, ne eaehant d'où venait ce vin, quoique les eerviteun qui avaient puisé Veau le tuêsent bien, Al appela Vépoux et lui dit : Tout le monde eert d*ahori le bon vin, et hnqu'on a heauccmp bu, on donne du moindres mais voui^ vous avez rétervé le bon vin juequ^à cette heure. En opérant ce premier miracle , Jésus^Christ le constate , et le rend incontestable. C'est par les serviteurs du festin qu'il fait verser l'eau dans les urnes ; ils savent à n'en pas douter ) quelle est la chose qu'ils vont chercher , et dont ils emplissent les vases. Une assemblée nombreuse a les yeux ouverts sur ce qui va se passer ; tous les as*sistants sont physiquement convaincus que c'est de l'eau qu'où verse ; tous ensuite voient le vin et en goûtent, £t Ce changement prodigieux n'a pas coûté un ef-* fort à Jésus : il n'a pas fait une prière , pas un Seul mouvement; il n'a pas même ordonné à l'eau de se changer : elle a entendu l'acte de sa volonté , et a obéi. Il est impossible de dissimuler le fait, et d'en méconnaître l'auteur* De ce moment commence celte suite non interrompue de prodiges qui ont fondé la religion > et converti l'univers.
Considérons l'admirable rapport de ce premier mi* racle , par lequel Jéau8-*Christ ouvre sa carrière ^ avec celui par lequel il la terminera , lorsqu'au moment de consommer son ministère , et do couronner par sa. mort les merveilles de sa vie, il instituera l'auguste Sacrement^ monument perpétuel de son amour, et changera le paiik en son corps, et le vin en son sang* Pour rappeler à la vraie foi les hérétiques qui osent contester sa présence dans TEucharistie , nous leur disons ce que disait Un Père de l'Eglise aux fidèles de son siècle pour les y confirmer : Vous ne pouvez vous reftiser à l'évidence da
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miracle de Gftnâ ; TOtis croyez avec noas que pat le seul acte de' sa volonté^ Jésus^ChritC y a opéré Ia traaanxii'^ tatim de l'eavea^Tîn ; ec tous refuserm de croire à sa parole y quand il tous dit que k Tin est devenu son
san^ (,\V« Etait-il moins puissant dans un temp» que d^LUft un aAttre?ou eêt'-il moins croyable quand il nous révèle le second de ses prodiges , que quand il nous fait connaide Je premier ? Quelle difficulté peut éprouver la foi potof se 'soumettre- à l'un, quand elle a reconnu Tautre l Si lésus-Qinsta fait tant de miracles sensibles et palpables, n'est-ce pas pour que nous crussions sans hésttet les vérités qui ^échappent à nos sens , et qui surp assenl notre raison ?
Quelques interprètes ont* vu dans le discours du maître d'hôtel à Fépoux, une allégorie de ce qui se passe au banquet spirituel de Jésus-Christ ; c'est*-à-dire , dans le cours de la conduite chrétienne. Le vin le plus fort et le meilleur que l'on sert pour l'ordinaire au commencement du repas, est l'image de la ferveur plus grande dont sont communément animés ceux qui commencent à se donner à Dieu. Alors on est plein d'ardeur, on multiplie les saintes pratiques , on s'en acquitte avec 2èle« Mais il n'est que trop commun que le vin moins bon vienne ensuite ; et c'est ce qui arrive au festin où on n'a pas soin de conserver la présence continuelle de Jésus'^Christ. On croit, à raison même du temps que l'on a employé à son service , avoir droit à des précautions moins sévères ; on se pennet moins de Vi^ûnce sur ses pensées , moins de circonspection dans ses paroles , moins de réserve dans ses démarches ; insen^b&ment la dissipation trouble le recueillement;
(t) Aqaam olim in vteam, ^aod satigûini affine est, In Canft &>lil«« transmntavit : et emn, parum dignum existimabinms coi
^'^BiQayCiuB ▼tnam in fanguinem tr^namatavit P Qoare coin
omni persuasiooe tanqaam corpnset sangninem Christ! (illa) soma- ">as. Nam in fïgnra panis dator tibi corpns , et in figura vini datar tibiungnU. C/rilL Hierosol Calèches, aa.
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la tiédeur refroidit la piétés on pAcd le goût du bieiix spirituel 8aii8v()u'oa}&'en soit même: jtperçu, et onue sent plus la diffémaice dus viaau^eLon leouvait tint de saveur , ut que. Ljoo ^ouiaitii^y^ délices » et du^ jin faible et éwenU qtte..roa trouve. jutoie maîateuant peut-éti^e meilleur. Mais au banquet où Jésu^-Christ préside, noa-^seulement le vin b£ s'affaiblit pas» m^ il se fortifie et s'amiliore^ L'âme qui, pénétrée de Dieu,, ne s'en écarte jamais , en s'avançant dans les exercices* de la piété, 8,'y aff^srmit davantage. Plus elle^se perfec-* tionne , plus elle daviftntbumble « plus elle acquiert de forces, plus elle s'enxléâe; plus elle remporte de victoires sur ,elle-mêmei,.plus elle se redoute : à mesure qu'elle reçoit des grâces , elle en sent plus vivement la nécessité , les sollicite plus ardemment , les mérite plus fortement, les recueille plus abondamment, jusqu'à ce qu'à force d'en recevoir, et d'y correspondre , elle parvienne à la dernière , à la plus précieuse , qui couronne toutes les autres.
Ce fui là le premier miracle de Jésus» Il le fil- à Cana en Galilée ; et il manifesta sa gloire , et ses disciples crurent, en lui. Il est aisé de juger quels Curent Tétonnement et, l'admiration des assistants , à la vue d'un prodige aussi éclatant ; c'était la première fois que Jésus^Christ daignait manifester sa toute*puissance , et ils n'étaient pas encore accoutumés à ces merveilles qui sortirent depuis de tous ses pas, et dont il remplit le cours de sa carrière* L'évangéliste remarque que ses disciples crurent en lui. Ils avaient déjà commencé à y croire, puisqu'ik s'étaient attachés à sa personne ; mais leur foi était encore faible», peut-être même incertaine ; ce n^iracle la fortifia , la rendit plus vive et plus assurée. Nous connaissons nonseulement ce premier miracle, mais un grand nombre ae ceux qu a opérés la puissance çlu divin Sauveur,, et notre foi n'est-elle pas encore Wen lâche et bien chan-^ celante ? Nous les lisons , mais nous n'en sommes pa» frappés ; nous ne manquons pas de foi , mais nous n'en, çommes pas pénétrés ; il semblie cpic ces graudes véâté%
DES ÉVANGXLBS. 301;
-ae ftssent qu'^sffieurer notre âne y et qu'éprouvant une résisUnce qiti ^ur eii^ Derme l'entrée, elles restent à la sucùtcer^ Nous sommes ^ après la connaissance des pro« diges du Sauveur, ee qu'étaient ses disciples avant de le0^ avoir xum Nous attestons notre fol par nos paroles^/et nous la détnflBtons par nos œuvres : funeste, inais^bien commune inconséquence de croire en Dieu, et dene pas Icservir: d!être persuadé de la vérité de ses récompenses -sans les désirer, et de ses châtiments sans^les craindre! Si nous ne savons pas être chrétiens, soyons au moins raisonnables ;^accordons notre pratique à nos maximes, et que notre conduite étant la consécfuence de notre croyance, devienne le principe de notre bonheur étemel.
/VV AA AA AA /VAAAAA AAAAAAAAAAAA AAAAAAAAAAA AAAA
DD TROISIÈME DIMANCHE APRES l'ePIPHANIE.
Jésus-Christ guérit un lépreux et le domestique d'uncentenier.
Jésus étant descendu de la montagne , une troupe nombreuse de peuple le suivit. Et en même temps un l^reux vint à lui, et l'adora;, en lui disant ; Seigneur, M vow le voulez , vous pouvez me guérir. Jésus étendant la main , lé toucha , et lui dit : Je le veux ; soyez guéru Et à l'instant sa lèpre fat guérie. Alors Jésus lui <ht : Gardez-vous de par ter dfe ceci à pertonne ; mais allez vous présenter au prêtre, et offrez le don prescrit par Moïse , pour que cela leur serve de témoignage. Lorsqu'il fut entre dans- Gapharnaùm , un centenier s^approcha de lui , et lut fit cette prière : Seigneur , 3 ai chez moi un serviteur malade d'une paralysie , dont il est fort tourmenté. Jésus lui dit: J'irai, et je
202 mpuckitoif
le guérirai. Le centenier lui répondit r Scigneitr, jV ne suis pas digne que vous tnirkt dans ma maison ; mais dites seulement une parole ^ et mon serviteur sera guéri. Car moi, qui né suis qu'un bomme soumis à d'autres, je dis à Tun des soldats qui sont sous moi.: Allez , et il va ; yene« , et il vient ; et à mon serviteur : Faites cela, et il le fait. Jésus l'entendant, resta dans Vadmiration^ et il dit à ceux qui le suivaient : En vérité , je vous le dis , je n'ai point trouvé une aussi grande foi dans Israël. Aussi je vous déclaré que beaucoup viendront de l'Orient et de l'Oécident , et siégeront dans le royaume des eieux avec Abraliam , Isaac et Jacob ; mais les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. Jésus dit ensuite au centenier: Allez, et qu'il vous soit fait selon ce que vous avez cru. Elt à l'heure même le serviteur fut guéri» {Matth. VIII, 1— l:^.)
EXPLlGATIOir*
Jésui étant descendu de la montagne, une troupe nom-^ hreuse dépeuple le suivit. Et en même temps un lépreux vinP à lui, Jésus-^GhrisC, en parcourant sa carrière, imprimait sur tous ses pas les traces de sa puissance et de sa bonté. Presque toutes ses actions étaient des miracles, et ses miracles des bienfaits. Cétatt principalement sur les infirmités humaines qu'il exerçait ce pouvoir souverain, auquel toute la nature obéissait , et les historiens sacrés de sa vie remarquent que de toutes parts les malades accouraient eu foule , et s'empressaient de le toucher ,assurés d'être guéris par la vertu qui sortait de lui (1).^
(l) Zt dixH discipûlis sois nt navkala sibi deseryiret propter tùi- Laffi g be comprimèrent eom. Mttltos enim san*bat , îta nt irmereat in ea»,atillnm langèrent qnotqitot habebant plaças. Marc, iii^^tt lO.
£t mnltitado copiosa plebis ab omni Jadaea, et Jérusalem, et maritima, etXyri, etSidoois, qui venerunt ot aadirent eom, et «ànarentar a laB|;tioribas sois. Et qui ▼es.abautar a spiritibus imr
BIS xyàngilis. 203
Otttre le principe f^e bonté et de miséricorde qui caractéduit toutes ses actions, il avait encore un motif particulier pçur opérer ces admirables guérisons. Elles étapient VemUcm^ des guérisons non moins miraculeuses qu'iV élaitTenu opérer dans les âmes, et qui étaient VoVyet jffiacipal de sa mission. Toutes les maladies çqtporelies %iireat > dans leurs effets , quelques-uns des tSéts de la maladie spirituelle qui est le péché ; mais aucune ne le représente d'une manière plus formelle que la lèpre , dont Jésus-Christ fait ici Tobjet de sa charité. La lèpre est une^^orruption de la masse du sang; k péché est de mémo une corruption du cceur : la tèpre couvre le corps d*une humeur sale et infecte , le rend hideux et difforme 9 le péché défîguie l'âme en la courrant de souillures , et effaçant en elle Timage de Dieu , en fait un objet d'horreur ; la lèpre est un mil qui se gagne parla communication ; le péché n'estil pas aussi contagieux , et ne se propage-t-41 pas par le commerce de ceux qui en sont infectés? £n conséquence, la lèpre faisait exdure de la société des hommes sains , ceux qui en étaient attaqués ; le péché éloigne les )ustes, et les engage à se séparer des vicieux pour n'en être pas gâtés. La contagion du péché est même plus funeste que celle de la lèpre » parce qu'elle se communique à ceux qui sontdéjA pécheurs, et que sa communication augmente encore le mal , et le rend plus grave. Ck)nsidérons^dans la guérison du lépreux de cet évangile ,, la guérison de la lèpre spirituelle dont nous sommes chargés. Etudions dans l'action de cet homme, eomment elle s*9btient, et dans celle de lésus- Christ, comment il l'accorde.
le lépreux venant à Jésus pour être guéii de son liu- AiHaate infirmité^ est un modèle de l'empressement si'Hec lequel nous deii^ons aller à lui pour être i^uéris et délivrés de la notre. Mais plus nous aurions besoin de
Bondis, oorabantur. Et oiunif torba qaaerebat eam tangere; quia ▼irtoiâe jUoexibat,-et eaaabat •âmes. Luc, vi^ 17, iB er 19.
recourir à loi, plus nous nous en éloignons. Les temples^ désertés, les tribunaux sacrés abandonnés^ les sacrements négligés, les prières omises, voilà les effets constants du péché. Chargés denotre hideuse lèpre, loin de désirer, nous craignons d'en être délivré^ ; loin de faire des démarches pour en être guéris^ nous l'augmentons sans cesse par nos rechutes. Pécheurs* non^seulement vous n'allez pas vers le médecin de vos âmes, mais lui-même vient souvent à vous, et vous le rejetez* Ces remords salutaires qu'il vous inspire, ces pieux mouvements qu'il vous suggère, ces bons exemples qu'il {net sous vos yeux, ces exhortations, et publiques et privées, qu'il vous Cait adresser ; ee» ma^ ladites, ces afflictions qu'il vqu.9 envoie;, ces morts sou-, daines dont ii vous environne; ce spnt autant de visitesque Jésus -Christ daigne vous faire ; et vous^ ne le recevez pas, et vous fermez les yeux pour ne point le voir^ et vous repoussez, loin de vqus , comme un censeur incommode , ce bienfaiteur indulgent ^ui vient vous ap*^ porter le sa][ut.
Il V adora, en disant : Seigneur, sivow h vmlez , vow^ fouvez me guérir. Le lépreux commence par se pros^ terner devant Jésus ; et c'est dans cette posture , témoignage de la profonde humiliation de soa cœur, qu'il se présente à ses yeux. Combien de pécheurs, s'ils viennent quelquefois par coutume, par convenance, par tout autre motif, se montrer dans le temple du Seigneur^ ds^gnent à peine fléchir le genou ;. et dans la fierté de leur attitude, dans l'effronterie de leurs cegards., dansla hauteur de leur ton , dans la familiarité de leurs dis«> cours, étalent dans le sanctuaire, en présence du Dieu qui y réside, une arrogance qu'ils rougiraient de faire paraître parmi leurs sociétés^et dansleurs maisons!. Pour quelques publicains pénitents qui frappent leur poitrine en implorant la miséricorde , combien d'audacieux pha^ risiens, le front levé, insultent encore la justice ,.après« ravoir offensée ! M'as<-tu pas vu y dit le Seigneur à son* prophète, Achab humilié devant moi? Puisqu'il 6^ est luunilié pour moi , je détournerai de sa personne les»
BIS ÉVAIYGILES; 305
fléaux qtfil avait mérités (1). Il est prêt à dire pour nous la même diose. Son bras , suspendu sur nos têtes ^ peut encore être désarmépar notre humiliation, mais par une humiUadon sincère. Antiochus> frappé par la main divine , s%umilie en vaiBi parce qu'il ne s'humilie qu'enuapparence, et que ses discours , arrachés par la crainte de la mort présente, ne sont pas l'expression d'un sentiment religieux. En vain vous prosternerez-vous de même devant le Sdgneur ^ en vain lui adresserezvous les. prières les plus- soumises , si vous conservez dans le cœur la: même arrogance. L'humiliation exté>rieur^ n'est42]aele signe de celle de l'âme, dont elle tire son prix. Si on l!en sépare, ce n'est plus qu'une hypocrisie, qu'un simulacre de pénitence, plus propre à irijter Dieu qjii'à l'apaiser..
Ce n'était pas là l'humiliation du lépreux de notre Evangile ; et la prière qu'il adresse à Jésus-Christ le montre bien clairement* Elle est courte ; mais combien de sentiments elle renferme ! Et la foi la plus absolue dans la souveraine puissance , et la confiance la plus entière dans la bonté infinie , et l'aveu que la guérison ne lui est pas due , et la certitude de n'en être pas digne. Cet homme espère tout de Jésus-Christ, et craint tout de lui-même* Et voilà les sentiments dans lesquels nous devons approcher du tribunal sacré ; en contemplant la puissance et la miséricorde infinie de notre Juge , pour ne pas tomber dan»le désespoir ; en considérant l'énormité de nos ofiCenses et là disproportion de notre repentir, pour ne pas nous hisser emporter par la présomption. L'un nous éloignerût de la pénitence ;. l'autre la rendrait vaine* et infructueuse.^ L'un ou l'autre, en nous laissant tout le poids de nos péchés, nous chargerait d'un péché de plus. Entre ces deux écueilsr l'espérance et l'humilité nous dirigent,, et nous empêchent d'aller nous y
(i) Nonae vidisti Homiliatnni Achab coram me? Quia igitar ha- ■HUatas est mei causa, non iodacam malnm in didi>Q8 ejos. lIlReg,
206 fixpucâtioif
briser. Coihme dans l'ordre physique deux impulsions différentes donnent aux corps une direction mitoyenne; de même dans la carrière de la pénitence, ces deux précieuses vertus , combinant leurs> effets / conduisent l*âme I la poussent vers son but par une ligne qui leur est commune, et l'empêchent de s'écarter, soit de l'un, soit de l'autre côté. L'espérance nous y soutient ; l'hu^ milité nous y guide : l'espérance nous présente le terme ; l'humilité nous le fait atteindre.
Jémi étendant la main , le toucha et lui dit : Je le veux; soyez guéri, Et à Vinstant sa lèpre fui guérie. Le lépreux avait imploré la bonté et la puissance de Jésus : Jésus aussitôt manifeste l'une et l'autre. Il satisfait son désir sur-le-champ, et avec une tendre compassion. Il ne dédaigne pas de. toucher cette chair sale et infecte , dont lài vue seule inspirait l'horreur. Quel est donc ce maître absolu qui opère les plus grandes merveilles , en disant : Je le veux f C'est encore de la même manière qu'il opère dans l'ordre de la grâce. C'est la même autorité souveraine communiquée à ses ministres , qui dissipe la lèpre spirituelle. Le 'prêtre , dans le saint tribunal, n'est pas , quoiqu'en dise l'hérésie , un simple organe de la volonté céleste. Il opère , à l'exemple de Jésus-Christ , par la puissance dont il est revêtu. Sa fonction ne consiste pas à déclarer que les péchés sont remis ; il les remet véritablement , comme le Sauveur guérissait la lèpre. De m^me que Jésus-Christ disait : /« h veux , sois guéri ; de même son délégué dit : Je t'absous. C'est le même pouvoir suprême qui fait disparaître l'une et l'autre lèpre. Cest la même parole à laquelle obéissent les maladies du corps et celles de Tâme^
Alors Jésus lui dît : Gurdes^vous de parler de teci à personne ; mais allez -^vonns présenter au prêtre', et offrez le don prescrit par Moïse , pour -e^e <^la leur serve 4e Umoignage, Quel peut être le motif du divin Sauveur pour imposer silence au lépreux sur le bienfait qu'il vient de lui accorder ? N'étaii-il pas utile que ces miracles fussent con-
J9VS ÈykveiLi». 9fft
miS) a manifestissent la divinité de sà million ? Ponrait* il esfétet que cdui qu'il venait d'opérer à la rue d'nne mnltitade seriK ignoré? C'était pour nous, pour notre instruction , qa*il montrait cette modestie. Il nous ap« prenait ente moment, par son exemple, ce dont ailleurs îV nous instruit par sea leçons, Téloignement de Tostentalion^ et Je sam que nous devons avoir de fuir les lou* angles. 1/ ne craignait pas pour lui-même la séduction des éloges; mais il la craignait pour nous, et il nous inootrait à la prévenir. Il noua apprenait k munir la piété , ^pressée de faire le bien , de l'humilité soigneuse de le cacher ; et à rendre noa bonnes actions plus précieuses deirant IMeu, et moins dangereuses pour notre amour-propre par le secret où nous les renfermons. Mais S. Mare observe que k lépreux ne se crut pas obUgé au secret que lui atait recommandé son Bienfaiteur ; que sa reconnaissance , plus forte que son obéis-* sance, publia partout le miracle dont il avait été Theu-» reux objet; et que l'éclat fut si grand, que Jésus se vit obligé de se tenir pendant quelque temps hors de la ville, et dans des lieux écartéi^, pour éviter le trop grand concours des admirateurs qui cependant, jusque dan» sa retraite , accouraient vers lui de toutes parts (1).
Eu ordonnant au lépreux le secret sur sa guérîson , Jésus-Christ lui commande d'aller se présenter devant le prêtre pour la constater. Et nous avons sur cela deux observations importantes à faire.
En premier lieu , Jésus-Christ donne ici un exemple ^« \a soumission que Ton doit à la loi. Les lépreux , exclus de tout commerce avec le public , tant que durait leur ccmtagion, ne pouvaient être rendus à la société qu'après leur guérison ; et c'étaient les prêtres que la loi chargeait de rérificr s'ils étaient véritablement guéris. Jésus commande en maître aux lois de la nature , et res-
(0 At ille egressas cœpit prsedicare, et di/famare sermonem, ita ^^jamnon posMt manifeste introire in civitatem, sed foris in de- ><'tiiiom esset, et conTcniebaut ad eam nndiqae. âîarc. i, 45.
208i EXPLICATION
pecte çn sujet soumis celles de^ TÉtalr H rend par un mi-^ racle la santé au lépi^w ; mais pourM rendre les droits de citoyen , il le renyoiip i JÛMitorité légitime, ilne perd pas une occasim d&distingi^er les drcits de DieUide ceux du souverain , i«tîd!ordoniiecde rendre à l'un et à l'autre ce qui lui est dû. Il établit l'ordre admirable des deux puissances, l'ukie qiiiitueUe > eti'autre temporelle : toii^ tes deux SQUFçrain^awinais jamais rivales ; absolument indépendantes yfans étrQi>pposées; difiecentes dans leurs^ depos^aim^r^idaiis leurs objets, dans leurs moyens; et ce pendant s'aidajat mutuellement, .et se donant we force réciproque* La^religion fait de la soumission aux lois du souverain une obligation de csonscience, sans acquérir aucune autoritéy.nl.directe , ni indirecte sur ses lois ; le souverain munit de la force extérieure les lois de la religion, et les fait exécuter, sans partager le pouvoir de les dicter : admirable concert qui n'existe que dans l'Eglise de Jésus-Christ , qui est essentiel à sa catholicité, et qui en fait la religion de tous les gouvernements, comme elle l'est de tous les pays !
En second lieu Jésus-Christ a donné aux prêtres de la nouvelle loi le pouvoir de connaître la lèpre*spiritueUe, comme la loi de Mo'ise attribuait aux prêtres juifs la connaissance de la lèpre corporelle. La puissance des prêtres catholiques est même plus étendue y puisqu'ils sont non-seulement les témoins , mais les ministres jde la guérison. Jésus-Christ dit donc à tous les pécheurs, com<* me au lépreux de cet Evangile : Allez-vous présenterau prêtre. Mais la lèpre de l'âme n'étant pas visible comme celle du corps , c'est à celui qui en est atteint à la fsûre connaître. Il lui est ordonné de se. découvrir tout entier 9 sans déguisement , sans réserve au médecin de son âme. Malheur à celui qui, dans cette manifestation, userait de dissimulation ou de réticence ! Non^seulement sa honteuse maladie ne sera pas guérie, mais il l'aggravera encore ; et aux souillures dont il est couvert , il en ajoutera une plus hideuse et plus infecte.
Le don prescrit par la loi aux lépreux qui avaient été
guéris, et que Jësu^Chritt ordonne à telui de notre Évangile d'aller offrir, est l'emblème de la satisfaction , partie essentielle de la pénitence chrétienne. Daiis|e pardon qu'il accorde au pécheur, Dieu concilie les bienfaits de sa miséricorde et les droits de sa justice* La» miséri* corde remet à l'homme sa faute ; la justice lui en £iit subir une expiation : la ^niséricorde ledélivre des supplices éternels ; la justice y substitue une peine temporeUe : ia miséricorde le fait cesser d^étre pécheur ^ la ju»tlce exige qu'il reste- pénitent : dogmei^sacrér qu'ont professé tous les siècles de TËglise; dogue précieux , qui détourne du péché, prévient les rechutes , réforme les habitudes ^ exerce aux bonnes œuvres^ excite à la vi-* gilance. lis sont perdus ^ ces salutaires eifets , pour l'hérésie, qui en contestant la nécessité de la satisfaction , s'est privée de tous les biens qu'elle produit. Ainsi , à chaque article de foi que l'on abandonne , on sacrifie une multitude de principes moraux que la sagesse infinie y a inséparablement unis. Nos prières, nos jeûnes ^^ nos aumônes, sont les œuvres par lesquelles nous satisfaisons à la justice divine. Ce sont les dons que Jésus-Christ ordonne de présenter pour la guérison de notre lèpre.
Lorsqu'il fut entré dans Caphamaum, un centenier $^ approcha de lui, et lui fit cette prière : Seigneur, f ai chez moi un serviteur malade d'une paralysie , dont il est fort tourmenté» Le centenier, que cet Evangile nous présente à la suite du lépreux, fait éclater plusieurs vertus dignes de toute notre admiration, et qui lui méritent les ébges. de Jésus-Christ.
Il témoigne d'abord une charité tendre pour son serviteur . Il vient implorer le Sauveur avec toute l'ardeur qu'il aurait pu mettre pour lui-même : qualité bien rare parmi les maîtres mondains qui , pour la plupart ^ considérsmt leurs domestiques comme une classe trop inférieure pour qu'il leur soit rien dû, s'imaginent être quittes de tout devoir envers eux quand ils leur ont payé leurs gages. Bien de plus commun dans le monde que les plaintes. des maîtres eavers leurs domestiques , et souvent rien.
2l0 leiPLiCATioH
de plus injuste. Les reproches que vous leur faites, c'est souvent à vous*»tnêmes que vous devriez les adresser» Vous vous plaignez de leurs défauts : avet-vous fait ce que vous deviez pourles prévenir, pour les corriger? Le» aret-vous fait aller aux instructions de TEglisc ? Avezvous eu soin Qu'ils assistassent aux offices divins ; qu'ils remplissent les devoirs de la religion , principe universsel et fondement solide de la morale ? Vous vous plaignez de leurs moeurs; c'est peut-être auprès de vous Qu'ils les Ont perdues. Ost en attendant la fin de vos spet«tacles, de vos jeux, de vos dissoltftions, pendant des heures, quelquefois pendant de^ nuits entières , au milieu de sociétés corronip|i>es , qu'ils '^e soM familiarisés avec le vice; c'est peut-être même seulement en vous regardant. Et vous leur imputcfz ce qui n'est que la suite de vos scandales. Vous vous plaignez de leur peu d'affection : en avez-vous pour eux ? Et de quel droit prétendez-vous être aimés de ceux que vous n'aimez pas? Ils doivent au salaire que vous leur donnez leurs sei-vices , et rien de plus ; mais l'attachement ne peut être que le prix de l'attachement. Les serviteurs sont pour l'ordinaire ce que leurs maîtres les font être. Et voyez leur difïérence dans les maisons édifiantes , et dans les maisons déréglées. lis ne sont , et ils ne peuvent être pour leurs maîtres , que ce que leurs maîtres sont pour eux. Ayez pour eux le sentiment qui anime le bon centenier. Aimez-les , mais aimez-les chrétiennement. Ayez soin d'eux, et de leur âme autant que de leur corps. Faitesleur chérir, par votre douceur, les vertus que vous leur montrerez ; c'est le moyen de les leur inspirer. Vous les rendrez ce qu'ils doivent être, en étant vous-mêmes tels que vous le devez.
Le centurion témoigne encore une confiance bien touchante dans la puissance et dans la bonté du Sauveur : il semble qu^il ne lui demande rien. Il se contente de lui exposer le triste état où languit son serviteur. Il connaît cette bienfaisance infinie à qui il suffit de pr^enter des maux , pour qu'elle s^empresse de les soulager. Et
DES £YA9GlLEt. 21 1
q'est là le sentiment qui doit nous conduire aux pieds^ de Jésus, et avec lequel nous deirons lui exposer les infirmités, les langueurs, les plaÂç^ de notre ânie. Croyons avec un^ foi ferme qu'il peut nous guérir. Soyons égi-^ lement assurés qu'il le veut, âtks de ses dispositions, ne craignons que les nôtres ^^ c'^t le seul obstacle qui puisse arrêter sa^ l^onté. ^ ^.^
Jésus leur dit :, J'irai, el je le gu,4riraû L$, cêjnUi^tr lui répondit «* Seigneur ^-je ne,$^ù p«s (iign^ f t^ vmu entriex dans ma matson; mou dites seulefl^ent une parole et mon sert^tt^ur sera 4)ruért«^Yoici un admirable combat entre la bonté du Sauvei^r et l'humilité du centenier» C^est Jésus qui veut aller dans la maison du. qfsnturion , et c'est le centurion qui s'oppose à cet excès d'honneur, qu'il ne croit pas mériter* Mais, comme le disent les SS« Pères, plus il s'en déclare indigne , plus par là niême il s'en rend digne ; et son humilité ^ qui le porte à refuser de recevoir son Dieu dans sa maison ^ lui mérite le bienfait de le recevoir dans son cœur» L'£glise admirant, d'après JésuS'^Christ lui**niéme, ces belles paroles, nous les rap«* pelle dans l'action la plus sainte de notre vie , au mo— ment où nous allons recevoir au dedans de nous notre Dieu réellement présent sous les espèces eucharistiques* Kous devons les répéter avec le prêtre, ces paroles consacrées par l'éloge de Jésus-Christ, et par Tusage de l'E* gUsCt.Mais les répétons-^nous avec le sentiment profond de la grandeur de Dieu et de notre néant ; de sa sainteté et de notre corruption ; de sa bonté et de notre ingratitude? Sentons>nous aussi vivement, non pas qu'il serait )uste en soi, car cela est au-dessus de notre na*-» tare, mais qu'il nous est possible, combien nous sommes indignes de l'honneur immense que va nous faire notre Dieu, nous, viles créatures, et ce qui est bien {hs encore, nous , malheureux pécheurs , qui ne méritons que sa colère. En levant les yeux sur ce Dominateur suprême qui, descendu du trône de sa gloire , vient, par un incompréhensible miracle de sa puissance et de sa bonté 9^ se renfermer dans de viles espèces pour s'unir et a'in-
212 EXPuCAiroN
corporer à nous, coutemplons en esprit la multitude d'esprita célestes répandus autour de lui, qui ^ dans un saint respect, prosternés, se couvrent de leurs lûles. Que sommes-nous, ^upr^s de ce^^spiits si parfaits et si purs ? Et cependant nous allons recevoir un honneur qu'ils ne sont pas admis à partager.
Si nous étions pénétrés, comme nous devons Tétre , de notre indignité, les paroles du centurion trouveraient leur ap|>lication à un grand nombre de circonstances de notre vie. Combien d'occasions où nous devrions dire avec autant de sincérité , et avec plus de fondement encore que lui : Je ne suis pas digne, et où nous tenons effrontément le langage contraire ! Qui voit- on dans le monde refuser une place , une dignité , parce qu'ils ne sont pas capables de les remplir ? Disons la vérité tout entière : qui. ne voit->on pas courir après les emplois et les honneurs, sans s'embarrasser s'il en est ou s'il n'en est pas digne , sans craindre de s'avilir ensuite devant les hommes, et de se perdre devant Dieu? Sur la multitude des concurrents qui se disputent une place vacante, combien peu sont en état d'en exercer les fonctions! Et ce sont presque toujours les plus incapables qui se inontrent les pliR ardents. Le sanctuaire même n'a pas de barrière assez forte pour arrêter cette déplorable et funeste ambition. Les dignités sacrées sont poursuivies avec la même avidité , envahies avec la même audace que les autres ^ par des. hommes qui ont la conscience de n'être ni doués de talents, ni pourvus des connaissances, ni ornés des vertus qu'elles exigent. Chacun se rend hardiment le juge de ce qui lui est dû , prenant pour mesure de son mérite ses prétentions, et pour règle de son jugement ses désirs.
Car moi, qui ne suis qu'un homme soumis à d'autres , je dis à l'un des soldats qui sont sous moi : Allez , et il va ; venez^ et il vient ; et à mon serviteur : Faites cela , et il le fait. Le centenier exprime ici, d'une manière bien énergique, la haute idée qu'il a de Jésus-Christ et de sa puissance. Si lui-même^ qui n'est qu'un officier subalterne^
DBS ÉVANGILIS. 213
exerce sur ses soldats et suf* son ëervit^r^Une telle autoritéf quel empire plus ab^lu Jésus ne dolt-itpas arvoîr? Et sur qui? sur la tHMte eùtiète. Il reconnaît que ce maître tout-pùissanf 'ii'a î|u'un mot à^Hré, et que la ^nal^die obéissante disparaîtra â *& voîx. -^*'
Jésus Ventendanij resta dans ^Vetâàiratii^f^'H "if^dit à céùai qui le suivaient ."^i^n vérité , je vous le dis , je n'ai poinilrouvé une aussi grande foi ^m Israil^:Eitt loué par Jésus i' voilâ^la pretiiiète ré(îom^ensé'des'|tistes. Il viendrai le Jour ^ le dèmiër des jours -sourie temps terÉhînant sa carrière ; se pl^écîpitera dates l'éternité. Alors , assis sur le trône de^sa gloire^ et revêtu dé toute sa majesté, Jésus-Ctlrist àssefihblera derant lui toutes -les nations et tous les siècles ; et décrétant avec éclat Fêternelle destinée des hommes, iMeur distribuera la louange et le blâme. Insensés y nous courons avec ardeur après les éloges des hommes, nous recherchons avec empressement leurs applaudissements : vaine fumée, qui presque toujours nous échappe, et qui, si nous parvenons à la saisir, ne fait que nous salir par la vanité qu'elle nous inspire. Cherchez la trace de ces hommes, qui à force de travaux, de fatigues, de peines , étaient parvenus à se faire une réputation parmi leurs contemporains : ils ont péri, et après eux^ comme dit l'Ësprit-Saint , leur mémoire a péri aussi avec plus ou moins de bruit (t). La seule ^oire digne de nous est celle que distribue Jésus- Christ. Elle est impérissable comme toutes les paroles sorties de sa bouche (2). Les noms qu'il célèbre sont écrits , non dans un prétendu temple de mémoire , mais dans les cieux (3).
Le centurion de TEvangile était un gentil. Il n'était pas du nombre des héritiers de la promesse. Il n'était
(i) Periit memoria eoram cam sonita. Psal. is^ 7* {%) Gœlam et terra transibuot , verba aatem mea oon praeteribant. Mattk, zxiv, 35.
(3) Gandete autem, qnod noinina vestra scripta sant in cœlis. Luc^
214 SXPUCATIOlf
pas y comme eux, dépositaire des oracles y qui promettaient le Messie , il n'avait pas, comme eux , l'obligation de connaître cette suite de prophéties et de figures qui fondaient l'attente d'Israël» et qui ^ se trou*^ vant par un admirable concert, réunies dans Jésus, devaient fixer sur lui tous les regards. Et cependant, tandis qu'Israël méconnaît le libérateur si sotivent promis , si longtemps désiré, si impatiemment attendu , cet étranger, éclairé par la foi , le reconnaît , révère sa puissance, implore sa bonté , adore sa majesté suprêmel L'éloge que Jésus-Cbrist fait de sa foi , renferme un blâme indi^ rect de celle des Juifs , à qui il la compare. £t parmi les chrétiens , combien en est'^il à qui il pourrait adresser des reproches du même genre I Vous , hommes éclairés^ sur tant d'autres ob^ts , et à qui furent si soigneusement enseignées les saintes maximes de la religion, ne devriezvous pas rougir de voir des hommes simples , sans éducation, sans culture, les posséder mieux , les pratiquer plus fidèlement que vous? Vous , ministres des autels , pouvez^vous soutenir le parallèle d'une multitude de laïques qui donnent le spectacle d'une vie plus édifiante que la vôtre; d'une piété plus vive, d'une circonspection plus exacte, et de mœurs plus pures? Vous qui , dans les solitudes consacrées à la vertu , êtes allés chercher la perfection , et qui vous y êtes voués à la pratique de toutes les vertus évangéliques , n'est-ce pas pour vous une honte de voir an milieu des dissipations du monde , de simples chrétiens vous donner l'exemple de la ferveur qui devrait vous animer , de la régularité qui devrait Vous diriger, du recueillement qui devrait vous distinguer? Quand celui qui vous disttibua à tous, vos talents, et qui vous jugera sur l'usage que vous en aurez fait, viendra vous en demander compte , qù'aurez-vous à lui répondre ? Ne serez- vous pas confondus par le rapprochement de ces justes dont vous auriez dû être les modèles, et que vous n'avez même pas pris pour les vôtres. Au$si je vous déclare que beaucoup viendront de Varient et de Voccidentj et siégeront dans le royaume des^ deux avgc
Abraham, haac et Jacob; mais les mfanu du royaume se* ront jetés dans les lér/^bres extérieures : c'est là qu'il y aura des pleurs e^ des grincev^ts de dents. Ces paroles du, Sauveur renferment deua;.pf opl^eties dont nou^ voyons Taccomplissement i Vune de consolations et de promesses, l'autre de terreurs et de menaces.
D'abord Jésus-Christ prend occasion de 1^ foi vive que fait éclater un gentil , pour annoncer le triomphe de la foi dans la gentilité entière. Il prédit ce que nous voyons , ce que nous admirons , la conversion miraculeuse du monde à sa religion , l'orient et l'occident venant se réunir sous sa loi , tous les peuples de la terre bénis dans les descendants d'Abraham , devenus les héritiers de la foi , des promesses , des récompenses de ce patriarche ; le genre humain tout entier qui s'empresse d'y entrer. Quel autre hommç a jamais osé faire une semblable prophétie ? Quel autre qu'un Dieu pouvait déclarer d'avance à Tunivers entier qu'il viendrait se soumettre à sa loi ? Et quand nous voyons la prédiction suivie de l'événement, pouvons-nous douter quel en est l'auteur? Quand nous voyons le monde obéissant changer à la voix qui le lui commande , pouvons-nous méconnaître la voix qui, autrefois lui ordonnant d*exister, le fit sortir du néant.
A la vocation des Gentils , Jésus-Christ joint la réprobation des Juifs. Nous les voyons, ces ténèbres épaisses dans lesquelles languit depuis tant de siècles ce peuple , autrefois le seul qui connût la lumière ; ces ténèbres que rien ne peut dissiper, ni l'accomplissement si clair de ses prophéties, ni l'exemple du monde entier, ni son propre malheur ; ces ténèbres qui ne sont que le commencement et la roule des ténèbres bien plus hor-. rîbles où il va se précipiter aveuglément. Peuple mal-. heureux , qui ferme les yeux à la lumière dont tout l'univers est éclairé;* plus malheureux encore, quand ^ du séjour des pleurs et des grincements de dents , contemplant de loin le i:oyaume qui lui était destiné, il y verra siéger avec ses patriarches les étrangers substitués
à ses espérances ^ et qu'au sentiment douloureux dt ses tourments, il joindra le regret désespérant de ses pertes.
Cette prophétie du Sauveur a un sens plus étendu encore ; et nous pouvons avec fondement nous appliquer à nous-mêmes sa menace. Nous avons été mis par notre baptême à la place des Juifs. C'est nous qui sommes maintenant 9 au lieu d'eux les enfants du royaume. Devenus ce qu'ils étaient , craignons de devenir à notre tour ce qu'ils sont. Craignons de laisser comme eux passer eu d'autres mains cet héritage , que leur faute a fait sortir des leurs. Nous les suivrons dans leurs ténèbres extérieures , si nous les suivons dans leur infidélité. Nous partagerons leurs grincements de dents , si nous partageons leur aveuglement. Substitués à leurs récompenses, nous serons associés à. leur châtiment , si, après le terrible exemple de la vengeance exercée sur eux , nous sommes assez insensés pour les imiter.
Jésus dit ensuite au centenier : A liez , et quUl vous soit fait selon que vous avez cru. Et à l'heure même le serviteur fut guéri, £n^accordant au centenier sa demande, Jésus- Christ nous apprend que la foi qui anime nos prières est la mesure de leur efficacité. Ses paroles sont la réponse qu'il fera à toutes nos demandes.
Si nçus le supplions avec la confiance ferme et ardente du centenier, il nous est accordé selon ce que nous avons cru. Si nos prières émanent d'une foi faible et chancelante , il ne nous est encore fait que selon que nous avons cru. Nous nous plaignons souvent que nos vœux ne sont pas exaucés. L'apôtre S. Jacques nous en donne la raison. Vous demandez, dit-il, et vous n'obtenez pas , parce que vous demandez mal (1). L'un des principaux vices de nos prières est qu'elles ne reçoivent pas de notre foi l'impulsion qui le^ fait monter jusqu'au trône de l'Éternel. Demandez, nous dit le même Apôtre,
(i) Petiti8y et non accipilis,eo qaod malepetatis. Jac it^ 3.
avec foi , sans défiance , sans hésitation. La prière qui procède d'une foi hésitante, ressemble au flot incertain qui, après avoir été poussé de côté et d'autre, vain jouet des vents, retombe sur lui-même , et se brise sans effet (1). Lors donc que nous voyons nos prières ne pas atteindre leur effet, cherchons le remède dans nous-mêmes ; ranimons notre foi; eticomptant sur la parole sacrée qui ne peut jamais tromper, soyons assurés de recevoir tout ce que nous demanderons dans l'oraison, en croyant (2).
/VA/VAAA/vAA/x/v/ A/VA^/\/v/\/^/^/^J^A/\r^yv/^A./^/^J^Ay\/v/v/vAA
DU QUATRIÈME DIMANCHE APRES l' EPIPHANIE.
Jésus-Clurist apaise une tempête élevée pendant son sommeil.
Jéscs-Christ monta dans une barque, et ses disciples le suivirent. Et voilà qu'une violente tempête s'éleva sur la mer, en sorte que le navire était couvert par les vagues. Cependant Jésus dormait. Alors ses disciples s'approchèrent de lui, et l'éveillèrent en lui disant : Seigneur, sauvez-nous, nous périssons. Jésus leur dit : Pourquoi êtes-vous effrayés, hommes de peu de foi ? Et se levant aussitôt il commanda aux vents et à la mer; et il se fit un grand calme. Alors tous furent saisis d'étonnement", et ils disaient : Quel est cet homme à qui les vents et la mer obéissent? ( Matih. viii, 23*27. )
£]^PLICATI0ir*
Dans le miracle que le Sauveur opère ici, les SS. Pè-
(i) Postolçt aatem in fide nibil haesitans : qui enim hvsitat, similis est flactai maris, qai a rento movetor et circnmfertnr. Jae. i, 6.
(a) Et omnia qaaecamqae petieritis in oratione credentes, aGcipie» fis. iJ^af/A. X3(t, 29t
jH$ EXPLIGATIOlf
res découTrent deux alié^ries relathrcs^ Tvate à Fâiwe £dèle, l'antre à l'Dglise d« Jéne-ChmU Noos y TOyoû« lôs dangers auxquels nous sommes exposés âur cette mer du monde ^ où nous navigaont^ et auxquek ttoufs tte pouvons échapper sons le secours de la grâce divines Mous y Yoyons aussi les orales dont l'Eglise n'a cessé et ne cessera d'être agitée^ et parmi lesquels l^assîstaûce de Jésus-Christ toujours présent, la conserve et k ^Âduic. Entrons dans ce àmibl& sens moral, et cherchons Us instructions que notre divin Maître a voulu nous y donner.
Jésus monta dans une barfuef et sei disciples le suivirenU Et voilà qu'une violente tempête s*éleva sur la mer , en sorte que le navire était couvert par les vagues *hes apôtres avaient suivi leur divin Maître. Ils étaient avec lui ; ils exécu— entaient ses ordres ; et c'est alors qu'ils «ont assaillis d'une violente tempête. Si leur obéissance à Jésus- Christ, si sa présence, ne purent ie6 garantir de ce grand danger ; à quels affreux orages s'exposent donc ceux qui font le voyage de la vie sans lui ? Les tempêtes doivent être, et bien plus fréquentes , quand on n'est pas sous sa direction pour les éviter^ et bien pins funestes ^ quand on ne l'a pas avec soi pour les calmer. Il sera Ve jouet éternel de toutes ses passions , celui qui n'eiAploîe pas» pour le» contenir ,, le moyen puissant f et le seul efficace, de la religion. Il ne pourra pas, il ne moudra pas même résister à leur impulsion* Il sera comme le navire battu de tous les vents, n'ayant ni un terme fixe, ni une route certaine, continuellement ballotté, jeté successivement de tous côtés, heurtant tantôt contre un écueil, tantôt contre un autre, jusqu'à ce qu'enfin arrivé à son dernier choc, il se brise, et s'enfonce dans l'abîme. Dans cette comparaison si juste entre le vaisseau litre à la violence des jBots, et l'âme qui s^abandonne à la fougue de ses penchants, il y a une différence essentielle. Celui qui sur mer éprouve une tempête , connaît toute l'étendue de son danger : il désire avec ardeur de s'en retirer i il fait tous ses efforts pour ne pas y succomber^
BES ÊViNGILËS. 219
BiiAx plu« màlfaenreui cpieltri» niomme que ses passions etapùrtent, ne sent pas le piéril affrefix où elles le met-* tent. B'atttant plas à plaindre ^'il ne se plaint pas luimême, il se complaît dans l^étatoù il se trouve. L'agitation qu'il éprouve lui est agréable. Il ne désire point de rendre le calme à son âme. Les écueils qu'il voit devant lui, où il est tcfuicfurê près de se briser, lui semblent un port ouvert pour le recevoir; et dans sa déplorable illusion, loin de s'efforcer de sortir de ^a périlleuse situation , il travaille lui-même à assturer et à accélérer son naufrage.
Ce ne sont pas seulement ceux qui s'éloignent de Jésus-Christ qui essuient les tempêtes de l'âme. Ils les éprouvent aussi , comme les apôtres , eeux qui traversent avec lui la mer du monde, et qui, attachés à lui, ne quittent pas sa compagnie. Ames fidèles, qui avez le bonheur de le posséder, ne vous étonner pas si , malgré sa présence, Yous ressentez des orages intérieurs ; si vous êtes assaillies de tentations violentes, n'a-t-il pas voulu lui-même être tenté? Croyez- vous être plus privilégiées que Iai?La«ainteté la plus éminente ne détruit point les passions^, mais les réprime; n'empêche point les tentations, mais les surmonte. Votre piété même vous ex- .ftose à de plus vives attaques de rennemi du salut. Il ne combat pas ceux qui sont â lui. Il n'a pas besoin d'attirer dans ses filets les infot*tunés qu'il y tient déjà. C'est contre ceux qui sont à Jésus-Christ , qu'il multiplie ses efforts. Ne vous effrayez pas non plus , tant que vous possédez JésuS;, devoir les orages s'élever. Leur véritable danger serait de s'en laisser décourager. C'est lui qui les permet , non pour vous perdre , vous lui feriez injure d'en concevoir la pensée , mais pour vous éprouver. Il TOUS place dans le danger pour vous donner le mérite d'en triompher. 11 vous y assistera pour vous en fournir les moyens. Dansées moments critiques, redoublez d'ardeur, comme des mariniers actifs et courageux. Pliez toutes vos voiles. Recueillez-vous intérieurement, afin de donner moins de prise aux vents imjiétueux des passions.
Jetez, sans hésitation, sans regret, dans la mer dumon* de , toutes les superfluitéâ mondaines dont tous êtes chargées, et qui ne jfont que vous appesantir et retarder votre marche. Ne conservez que les provisions précieuses, nécessaires pour atteindre votre terme. Que les flots écumants et impurs couvrent la surface du vaisseau ; ils ne le submergeront point , si vous leur fermez exactement toutes les entrées de l'intérieur. Et sûres que vos efforts seront secondés par la grâce , ayez la ferme confiance de voir bientôt la sérénité succéder à l'orage , et le calme à la tempête.
Cependant Jésus dormait. Le sommeil du Sauveur dans rame fidèle peut être de deux espèces , et provenir de deux causes différentes. Quelquefois le juste n'y a aucune part : c'est Jésus-Christ lui-même qui veut s'eadormir. Il reste sans mouvement, sans action; il ne fait plus sentir à l'âme ses douces influences; il l'abandonne pour un temps à elle-même , il la laisse livrée aux privations, aux sécheresses, aux ennuis, aux langueurs que ferait éprouver sou absence. Ce n'étaient point les Apôtres qui avaient endormi Jésus-Christ sur leur navire. Mais il y a un autre sommeil de Jésus , que l'âme ellemême s'attire. Ce sont des négligences qu'elle se permet, des distractions auxquelles elles se laisse entraîner, des attachements étrangers qui prennent sur elle trop d'empire. Toutes les fautes ne font pas perdre la présence de Jésus-Christ, mais elles en diminuent l'effet : toutes ne détruisent passa grâce, mais toutes Tatténuent. Les péchés graves le crucifient dans nous : les offenses légères Ty mettent dans un état de sommeil. O vous, qui éprouvez en vous cet état de Jésus-Christ, quelle qu'en soit la cause, hâtez-vous de le faire cesser. Tout sommeil de Jésus n'est pas un tort, mais est un malheur. C'est pendant son sommeil que les orages s'élèvent, que les passions se réveillent, que l'ennemi, qui ne dort jamais, renouvellie avec plus d'activité ses dangereuses attaques. Trop faible pour nous vaincre quand nous sommes assistes du secours divin , il attend poui* nous combattre
DES EVANGILES. l^âl
que nous en soyons privés. Réveillons Jésus-Christ en nous, aussitôt que nous nous apercevons qu'il s*y endort. Opposons-le aux premières tentatives de notre ennemi , et que sa vigilance continuelle, excitée par la nôtre , prévienne toutes les surprises.
Dans ce sommeil de Jésus-Christ au milieu de ses fidèles Apôtres agités par une violente tempête, plusieurs interprètes ont vu encore un autre emblème. C'est ainsi que sur cette mer orageuse du monde , il laisse ses plus chers serviteurs assaillis et battus par l^s orages, en proie aux afflictions, à toutes les misères de la vie. Sa Providence semble les avoir abandonnés , elle paraît ensevelie à leur égard dans un profond sommeil. Et cependant l'impie nageant dans la prospérité , possède l'a^ bondance, occupe les premiers rangs, goûte tous les plaisirs et jouit sans altération et sans trouble de tout le bonheur de la terre. Cette conduite mystérieuse de la Providence est devenue trop souvent un scandale , et a donné occasion aux impies de la blasphémer, quelquefois même aux justes de murmurer contre elle. J'ai vu, dit le roi prophète , les impies abonder en richesse , et en tous les biens du siècle ; et je me suis écrié : C'est donc en vain que j'ai travaillé sans relâche à sanctifier mon .cœur ; que loin des fêtes criminelles j'ai passé ma vie avec les justes; que je me suis livré à tous les exercices d'une sévère mortification (1). Mais c'est pour montrer l'injustice de ce sentiment qu'il le présente. Je croyais comprendre , ajoute-t-il ; je m'abusais : la douleur et la peine sont mon partage dans cette vie ; mais une autre m'est réservée. Le sanctuaire du Seigneur m'attend : là , dans le sein d'une éternelle félicité , je verrai le terme affreux où les impies ont été conduits par leur prétendue prospérité (2). Précipités au moment où ils s'élevaient avec
(i) Ecce ipsi peccatores, et abandafftes in saeculo, obtinoernnt iâiYÎtates. Et dixi : Ergo eine causa jastificavi cor meam , et layavi inter innocentes manns meas. Et foi flagellatas in tota die , et castigatio mea in matotinis. Psal, lxxii, xa , i3 et 14.
(a) Existimabam ut cogooscerem hoc ; labor est ante me ; donec
222 ExpLiCAiioff'
le plus d'orgueil 9 dans quelle affireuse désolation sont-itssubitement tombés ! Les crimes qui faisaient leur bonheur sur la terre y maintenant entassés^ sur leurs têtes , font leur supplice et leur désespoir éternel (1). Âmes vertueuses et affligées , ces peines que tous éprouvez à la vue de la félicité dont jouissent les pécheurs , loin d'ébranler votre foi et d'abattre votre courage , doivej^t soutenir votre espérance et ranimer votre ardeur. Ge que vous voyez aujourd'hui j ce qui vous trouble , ce qui vous scandalise peut-être « n'est-ce pas ce qui vous a été prédit ? Mais la même voix vous a promis les traverses et leur dédommagement ; les peines de cette vie et les récompenses de Tautre ; le malheur dans le temps et le bonheur dans l'éternité. Vous voyez déjà effectué lecom* mencement de sa prophétie ; son accomplissement doit vous être un garant de la certitude du reste. Fidèle dans une partie de ses promesses, y maoquera-t'^elle dans les autres? Banimez«>V4)Us donc à l'aspect des tribulations que la Providence vous^ envoie ; et au lieu de les déplorer comme des maux, recevez-les avec joie ^ comme des expiations de vos faiblesses , des épreuves pour vos> vertus , des matières à vos triomphes.
jéhrs ses disciples s- approchèrent de lui^ ei rèveiîVerent' en lui disant : Seigneur,, sauvez^naus ,, nous périssons» Jésus leur dit : Pourquoi êtes-^vous effrayés,, hommes depe» de foi? C'est à leur divin Maître que les Apôtres s'adressent pour être retirés du péril y. c'est à lui pareillement que nous devons nous aidresser dans les dangers qui menacent notre âme. Lorsque nous sentons les pas^ sionsnous agiter plus vivement, les tentations nous attaquer plus fortement y ayons recours à la prière ; que nos vœux redoublent avec nos besoin9. La prière a été
m^^^mtr'^^
intrem in sanctnariain Dei, et intelligam in novissiinis eoram. Ibid, i€tff 17. •
(i) Dejecisti eos dmn aUevarentor. Qaomodo facti sont in deso« Utionem, sabito defecpiant : perieront propter iniqaitatein saam.. Jbi^, x8 er 19.
Faruue qu'ont employée tout les saints coutte Tenneini jdu salut; et dans l'admirable prière qu'il uous a dictée, Jjésus-Cbyrist pous instruit à demander l'assistance divine «outre les tentations»
Pourquoi donc 9 si c'est uo devoir de l'invoquer daos ^s moments critiques , Jésus-Cbrist m Caitwl un repro- •chc à $es Apàires ? Ceac qu'il ne suffit pas de prier : il est uâr^ssaire de bien prier, de prier quand i( faut ,• de prier eommfi A faut. Le tort des Apôtres n'était paB d'avoir l'ecouru à leur divin Maître ,^t de l'avoir retiré du sommeil; en j^ela Us n'étaient que louables , et iU doivent nous servir de modèles * mais dans > cette bonne action , ÎI3 avaient commis deu;^ fautes , qu'il est important de connaître pour les éviter^
En premier lieu^ ils avaient attendu pour s'adresser k Jésus-Gbristf que la tempête fût devenue extrêmement violente , et qu'ils se vissent au moment d'être submer-" gés* Jusque* là^ se fiant sur leurs propres forces, ils avaient imaginé que d'eux-mémefretc sans son assistance, ils seraient suffisants pour se retirer du danger. C'est au premier instant où nous sentons la^ tempête s'élever au dedans de nous, que nous devons recourir à celui qui seul peut la calmer. L'approche seule de l'ennemi doit être un avertissement d'appeler le secours sans lequel nous ne pouvons le ipepousser^ Crcire que par nous-mêmes nous serons asse^ forts pour résister à des tentations, est une tentation très-dangereuse , et qui donne aux autres une grande force» Si dans W premiers moments où la séduction est moins pressante , la délectation moins vive, uous bésitcHis à implorer l'assistance qui peut nous en délivrer, espérons-nous le vouloir plus effieao0ment , quand les cbarmes de la passion seront devenus plus puissants , quand nou^ en sentirons plus vi'vement l'attrait? Si' nous attendons, pour implorer les secours divins , le moment du naufrage , pouvons-nous élre assurés de le prévenir? osons -nous répondre de n'être pas submergés avant de les avoir demandés et obtenus ?
224 txpucktioti
En second lieu , en recourant à Idur divin Maître, \é9 Apôtres n'avaient pas la confiance qu'auraient dû leur inspirer sa bonté et sa puissance , qu'ils avaient si souvent éprouvées : même en l'invoquant , ils ti'emblaient encore. Ils semblaient se méfier de lui et craindre qu'il n'eût pas , ou la volonté , ou le pouvoir de les retirer du péril. C'est ce que Jésus-Christ leur fait sentir, en leur reprochant leur peu de foi et leur effroi. Il paraît même^ par le récit d'un des évangélistes , que leur prière péchait encore par le défaut de respect , était accompagnée de reproche. Maître , lui disent-ils , vous ne vous mettez pas en peine de ce que nous périssons (1)? Quand nous invoquons notre Dieu , nous devons avoir une ferme espérance dans sa miséricorde. Il est aussi jaloux de notre confiance que de nos hommages : il promet d'accorder tout ce que nous demanderons , mais à condition que nous espérerons fermement le recevoir (2). Notre prière doit aussi être respectueuse. Et devrions-nous avoir besoin d'être excités au respect , quand nous nous adressons à ce Maître suprême , que les anges adorent dans un profond abaissement ? Ces deux qualités de la prière , le respect et la confiance , se balançant l'une par Tautre, font son mérite , et la rendent agréable à Dieu. La confiance anime le respect , le respect modère la confiance : la confiance empêche le respect de tomber dans la pusillanimité , le respect préserve la confiance de dégénérer en présomption.
Et se levant aussitôt, il commanda aux vents et à la mer, et il se fit un grand calme. Quoique la prière des Apôtres ne fût pas telle qu'elle eût dû être , cependant Jésus- Christ l'exauce. Sa bonté infinie daigne souvent ne pas faire attention aux imperfections qui accompagnent les oraisons des justes. Il se ressouvient, dit le Prophète^
(i) Et dicant illi : Magister, non ad te pertinet, qaia périmas, Marc. IV, 38.
(a) Propterea dico vobis, qnxcumqae oraotes petitis ^ crédite qnîa accipietis. Marc, zi, 24.
i>ES EVANÔILCS. 225
qu'ils sont une chair fragile , et un esprit léger, qui se dissipe promptement , et qui revient difficilement (1). Il excuse la faiblesse de leur piété sur celle de leur nature , et il a plus d'égard à l'intention de le bien servir, qu'à la qualité des services. Ce serait abuser de l'indulgence céleste , que de s'en. prévaloir pour autoriser le relâchement; mais c'est Ja méconnaître , que de se livrer à de vains scrupules. Implorons Dieu de tout notre cœur ; et quand nous aurons fait de notre côté ce que nous aurons pu , soyons assurés qu'il fera du sien ce qu'il nous a promis.
C'est par un miracle éclatant que Jésus-Christ sauve ses Apôtres du naufrage qui allait les engloutir. Il en fait de moins se^isibles , mais d'aussi réels , quand il délivre des âmes pfès d'être englouties dans l'abîme infernal. II faut une aussi grande puissance pour imposer silence aux tentations qu'aux vents , et pour apaiser les passions humaines que les flots de la mer. Il n'y a que Dieu qui puisse faire l'un et l'autre. Nous sommes bien plus frappés des miracles de Tordre moral ; parce qu'esclaves de Bos sens , nous sommes accoutumés à juger d'après eux* C'est à notre foi à rectifier ces jugements. Si jamais ; nous trouvant exposés à un danger, nous nous sommes adressés à Dieu , et nous en avons été délivrés , n'en avons-nous pas conçu une vive reconnaissance ? Combien de fois sa miséricorde nous a-t-elle préservés du danger où allaient nous jeter nos passions , et retirés de celui que nous avaient fait courir nos péchés ! Quelle recon— naissance en avons-nous ressentie? comment la lui avons-nous témoignée?
Alors tous furent saisis d'^étonnement , et ils disaient f Quel est donc cet homme à qui les vents et la mer obéissent? Nous voyons à tous les miracles de Jésus-Christ , l'admiration des assistants réveiller en eux la foi. Chaque fois qu'il en opère , ris reconnaissent en lui l'envoyé ce—
(i) Et recofdatas est qaia carb snnt : spiritus vadeûs, et non rediens. Pja/m. lxxvu, 39.
leste^ Et cependant parmi ce peuple , Céoioin de tant de ' merveilles.} objet de tant de bienfaits » combien , après la première îjBapressLoA passée, retombent dans leur iadifiéceixce l combien sont restés les ennemis du Sauveur I Il ne cesse d'être en butte aux contradictions , aux calomnies, aux outrages I aux persécutions, jusqu'à ce qu'enfin ce peuple entier se réunisse pour demander et obtenir sa mort» N'est-^ce pas U Vimage de ce qui se passe en nous? Lorsque , dans le bain sacré de la péuitence , sa bonté infinie noios eut lavés de nos péchés y quelle était la vivacité de notre foi , l'ardeur de notre cbarité , la ferveur de nos oraisons ! Depuis ce premier mom^t , qu'est devenu tout cela ? JUst tiédeur a pris la place de la piété , la dissipation du recueillemejat. £t ne l'avon^fious pas eucore crucifié en nous par de nouveaux péchés? L'ingratitude et la perfidie des Juifs envers le Messie qui leur avait été envoyé , nous révoltent. Ah I ne les imitons pas; subrogés à leur place qu'ils ont mérité de perdre» soyons plus fidèles à notre précieuse vocation* Comblés au moins d'autasit de bienfaits , mon« trons-nous plus reconnaissants « et rendons-nous dignes de tant de gracies par notre fidélité à y correspondre*
Outre cette première comparaison de la tempête essuyée par les Apôtres , avec celles qu'éprouve l'àme chrétienne» les saints Pères en font une seconde avec les orages contre lesquels lutte continuellement l'flglise. de Jésus^hrist, qui est sur la terre, et qui par cette raison est appelée l'Eglise militante»
Cette mer, sur laqioelle Jésus-Christ s'embarque avec ses apôtres, représente dans toutes les allégories le monde profane , aussi agité que la mer, aussi inconstant que la mer , aussi perfide que la mer , aussi semé d'écueils et de dangers que la mer , aussi sujet aux naufrages que la mer. Comme c'est de la mer et de ses périls que le vaisseau qu'elle porte doit surtout se défier ; de même le monde ; dans lequel se trouve l'Eglise , est son plus dangereux ennemi, et elle est continuellement occupée à s'en défendre.
lue navire dans lequel Jé$us*Gbrist traverisait les flots, était, selon le rapport de la Tradition , la barque d^ S. Pierre. Ce n'est que dans celle4à qu'il navigue, Pans toute autre ou ne peut pas espérer de le trouver, l^a véritable Eglise de Jésus-^Christ e^t celle que régit Pierre. Eu donnant au premier de ses apôtres le nom mysté'^ rieux de Pierre, Jésus^Ciirist lui déclara qu'il le faisait la pierre fondamentale sur laquelle il bâtirait son Eglise, que les portes de reofei* n'ébranleraient jamais (1). Tout ce qui n'est pas établi sur cette pierre immobile comme la parole divine, n'a que des fondements ruineux. Elles se sont écroulées , la plupart de ces prétendue;; églises qui notaient pas bâties sur la pierre. Elles se renverseront à leur tour, celles qui subsistent encore, et après elles toutes les ciutres qui pourraient s'élever parla suite* Mais TEglise de Jésus^Ghrist voit, sans éprouver aucune altération 9 s'écouler devant elle le torrent des siècles , emportant dans son cours rapide les débris amoncelés de ces édifices abattus , qui viennent se heurter inutilement , et se réduire en poudre contre son inébranlable fondement.
Pierre fut établi par Jésus^Christ le chef de son Eglise. Pierre l'est encore dans le successeur auguste qui, dii haut de sa \:haire , continue de rendre les mêmes oracles avec la même autorité* Nous pouvona comme les Irénée, les Tertullien, les Augustin , opposer aux hérétiques de nos jours, comme ils présentaient à ceux de leurs siècles, cette succession continue qui nous transmet, et qui fera passer â nos derniers neveux 9 la pure doctrine reçue par Sr Pierre de la bouche de Jésus-Christ. Jamais elle n'a défailli: elle ne dé&udra jamais, c^te précieuse succession, gage perpétuel de l'apostolicité de notre foi. Chacun des pontife^ qui la composent est un anneau de la chaîne sacrée qui, embrassant tous les âges et tous les lieux, les réunit tous ; qui lie le siècle présent au temps de Jésus—
(1) Ta es Petras , et sqper banc petram aedificabp Ecclesiain meam, et po£t»i]|£eri |iqd pj'aeT^lçbuflt advcrsof eaoa. i/a^lA, xvi, 18.
228 EXPLicAtioir
Christ, et retient Funiversalité des fidèles dans Funite
catholique.
Ce fut pour consolider l'unité dans une Eglise répandue sur toute la terre , et pour former de tant de membres épars un seul tout, que Jésus-Christ lui donna un chef. Il le revêtit d'une primauté dlionneur, pour qu'élevé au-dessus de toute l'Eglise, il fût en tout temps, aux fidèles dispersés un point frappant d'observation , et un centre fixe de communion. Il lui conféra une primauté de juridiction, afin qu'une même autorité , comprimant toutes les parties de ce vaste tout, les tînt toujours unies, et iortement attachées les unes aux autres. Tout , disait le célèbre pontife qui au dix-septième siècle était la lumière et l'organe de l'Eglise gallicane, touiesi soumis aux clefs de Pierre ; tout, rois et peuples^ pasteurs et troupeaux. Nous le publions avec joie ; car nous aimons l'unité, et nous tenons à gloire notre obéissance (1).
Nous devons à ce chef visible de l'Eglise , vicaire et représentant du chef suprême qui la régit invisiblement du haut des cieux, un respect profond , un attachement sincère, une soumission religieuse, une fidélité inaltérable. Je suis assuré d'être dans la véritable Eglise de Jésus-Christ, tant que je reste appuyé sur la pierre qui en est le fondement. Il a prié, ce divin Sauveur, et la foi de Pierre ne manquera jamais. Un moment d'égarement a été suivi d'une conversion qui a servi à confirmer tous ses frères (2).
Le catholique le plus simple, le moins instruit, a dans son union avec le successeur de S. Pierre , un garant assuré de la pureté de la foi. Le pasteur particulier qui rinstruit reçoit la doctrine qu'il lui enseigne , de son pasteur supérieur, qui lui-même est en communion de foi avec le chef de tous les pasteurs. Ainsi de ce flambeau
(f) Bossnet» sermon sac ranité de l'Eglise, prêché à rouTertnre èe l'assemblée da clergé, en 1682.
(1) Ego aotem logayi pro te ut non deficiat fidès tna; et ta ftli(][Qando conversas confirma fcatres tao««- £ac. ^cxii , 3».
éclatant qu^alluma la main de Jésus-CIirist, pour briller constamment au-dessus de l'Eglise , se répand la pure lumière dans toute la cathoKcrté. C'est le feu sacré, que le Dieu d'Israël avait confié au grand-Prêtre Âaron , et qui ne devait ni s'éteindre, ni être profané par Talliage d'un feu étranger. Yoye2rce que sont devenues les nations qui ont abandonné le bercail de Pierre. En perdant l'u* nité, elles ont bientôt perdu la fol. Une fois égarées de leur pasteur, elles ont été d'égarement en égarement* L'abime a appelé Tabîme ; le schisme a provoqué l'hérésie ; leurs erreurs se sont amoncelées ; leurs variations se sont multipliées ; et dans leurs perpétuelles contradictions , soit entre elles, soit avec elles-mêmes , elles sont parvenues au point déplorable de ne plus tenir à rien de certain , qu'à leur «désastreuse scission.
Dans le navire mystérieux dont la barque de notre évangile est la figure il y a, comme dans tous les autres, un chef suprême qui est Jésus-Christ ; son lieutenant, le successeur de S. Pierre; des officiers de divers grades , subordonnés les uns aux autres. Toute cette hiérarchie sacrée est continuellement occupée à faire arriver le navire précieux dont elle a la conduite, au rivage de Téternité. Elle mène l'Eglise militante à l'Eglise triomphante, pour l'y réunir, et ne faire de tous les élusqu^un seul corps. C'est là le grand ouvrage qui a fait descendre Jésus-Christ sur la terre , et qui le ramènera pour y mettre le dernier sceau , lorsqu'il reviendra clore les siècles , juge suprême des vivants et des morts.
Ils doivent comprendre combien sont grandes et importantes leurs fonctions , ceux que , dans des grades divers, Jésus-Christ appelle à la conduite de son navire , et qu'il s'associe à lui-même dans ce ministère. Ih doivent sentir quelles longues et assidues préparations sont Bécessaires pour s'y disposer. On ne voit point s'ingérer dans la conduite d'^un vaisseau, ceux qui n'en ont ni l'étude , ni l'expérience; qui ne connaissent ni les dangers de la mer , ni les règles de la manœuvre. La direction des âmes y, cet art des arts, selon l'expression de S. Gré-
â30 ïtXPtlCJltïON
goire, e:r)çe au moîoa des connaissances aussi étendocsy une vigilance et nnç attention aussi soutenues, une prudence aussi consomtiiée , que la direction d'im navire. Elle exige même davantage* Le; vertus sont h ce winis* tère plus nécessaires encore que les^lumières, et c'est par ses exemples plus<{ue par ses leçons, qu'il doit conduire les âmes. Ce n'est pas même' tout. De quelques talents que soit orné, de quelques vertus que soit doué celui que Jésus^Cbrist appelle à la conduite de sa barque, il doit sentir sa faiblesse , et llmpuissance de ses efforts pour la faire arriver au port. Paul lui-même ^ Paul ap* pelé miraculeusement à l'apostolat^ Paul ^ comblé de tous les dons de la grâce , Paul transporté au troisième ciel, P^ul reconnaît ;que de lui«^roême, qu'aidé du fidèle et savant ApoUo, Une peut se flatter d'aucun succès. J'ai bien pu planter ^ dit-il; ApoUo a pu arroser^ mais c'est Dieu seul qui a donné l'accroissement (!)• A leurs travaux, à leurs exemples les ministres de la parole s^nte doivent joindra de ferventes et perpétuelles prières, pour en obtenir le fruit. Ce n'est qu'en s'adpe»'sant à Jéj»us-Cbrist, que les Apôtres obtiennent de mener leur barque au rivage vera lequel ils tendetkt^
Et ceux qui naviguent dans cette barque sacrée , et qu'elle porte à leur terme comme de simples passagers, s'ils n'ont pas de fonctions à y exercer, n'en ont pas moins des devoirs à y remplir^ Ils doivent , comme S. Paul le leur recommande , être soumis aux cheb du navire, qui veillent continuellement à leur conservation^ et qui doivent rendre compte de leurs âmes (2)t Quelle confusion, quel désordre ne règne pas dans un vaisseau où chacun prétend commander ; où les plus ignorants , les plus inexpérimeiités s'arrogent le droit d'ordonner
(i) Ego plaotavij ApoUo rii^Tit : sed Deiu încrementam dédit. / ad Corintk, in, 6.
(9} Obedite prœpositis vestris, et sobjaeete eis. Ipsi eniai perWgiUint qaasi rattonem pro animabiit yettris rcdditori. Md Helh.
xtii, 17. "
DEj9 ÉVAWGJIjES;. 231^
les manoeuvres ? C'est cette fuoeste iosiudiordjmtipii qui a peuplé toutes les hérésies^ Quaod les cbefs de ces sectes révpltées^ brisant le joujg^.de Ja subordinatiQu ^ eurent livré la doctriue ssânte à la vam^ou des opinjous particulières » les esprits indociles r juges de leur croyaoce » citèrent à leur tribunal les-oraçles de rjElgUse, élevèrent la prétention téinéraire de les réformer^ et osèrent met^ tre leurs vaines idées au-deyssus^des^ principes, quelafoi de tous le$ siècles et^ de toutes les JSglises chrétiennes avait confirmés» Ainsi) abandonnant la barque heureuse de Pierre , la seule qui conduise au port , ils se jetèrent inconsidérément dans une muJLtitude de frêles naçeUes , où les appelaient des ypix mensongères^ et qui les menèrent à un prompt naufragjÇr
O voua, que l'avantage de votre naissance a placés dans le vaiss^u où réside Jésus-Ghrist , et qui avez eu le bonheur de commencer avec lui votre uavigation^ tremblez de perdra le plus inestimable des biens. Attachez-vous fortement, soumettezp-vous e;ntièrement à l'autorité infaillible à laquelle il a confié le gouvernement de son navire. Elle seule connaît imperturbablement, et le port où elle vous mène, et la route qui y conduit, et les écueils dont elle est semée , et les moyens de les éviter. £t ne doit- il pas vous être bien doui: d'être assurés de parvC'nir au terme de vos vœux, sans être chargés de chercher la route où vous pourrie^ vous égarer? Ne devez- vous pas regarder comme un hieufait de Pieu , de ce qu'en vous ordonnaut la foi , il vous la préseute toute formée et ahscdument çertaiue , en vous épargnant des discus^ sions épineuses t dont souvent vous ne seriez pas capables?
N'espère;; p^ cependant faire cet important voyage sans essuyer des orages. Varrivée est assurée ; mais la traversée est pénible* JLorsque Jésus-Christ lança sur la mer du monde le navire chargé des destinées de son Egli«e et des trésors de sa grâce, il l'envoya braver tous les ouragans déchaînés» Il prévit que des tempêtes de tout genre viendraient l'assaillir , qu';l sçrait continuel-
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lement ballotté par les vents , sans en être renversé ; inondé par les flots sans en être submergé ; heurté sur des écueils sans en être entr'ouvert. Jésus-Christ est toujours dans ce vaisseau; mais quelquefois il y dort : il paraît en avoir abandonné la conduite. L'Eglise existait à peine , et déjà les persécutions s'acharnaient à la détruire : bientôt les hérésies travaillèrent à la corrompre, ensuite les schismes s'efforcèrent de la diviser. Eprouva-t-elle quelques moments de repos , les vices , les scandales de ses enfants vinrent porter dans son sein de nouvelles douleurs.
Nous rappelons tous lés maux que dans le cours des siècles l'Eglise a successivement soufferts. Et nous étions donc destinés au siècle le plus malheureux qui devait les réunir tous. L'incrédulité , ce monstre de nos jours , inconnu à nos pères, a appelé à son secours l'hérésie et le schisme. Elle s'en est servie pour porter à l'Eglise les premiers coups. Elle les a employés à l'ébranler, espérant pouvoir ensuite plus facilement la renverser. Alors se sont élevées des persécutions plus atroces que celles des Néron et des Domitien. Les fureurs de l'impiété ont surpassé celles du paganisme. Les ministres de la religion, objet direct de sa rage, ont été impitoyablement , les uns dépouillés, bannis, forcés d'aller mendier l'asile et la subsistance dans des terres étrangères , où elle les poursuivait encore pour leur arracher les secours de l'a charité hospitalière ; les autres massacrés en tas dans les prisons où sa prévoyante barbarie les avait ramassés. D'autres encore ^ par un raffinement de cruauté , réservés à une mort plus lente, ont été entassés au fond de navires malsains , où l'infection , la misère , le défaut d'aliments ont été leurs bourreaux. Au milieu de ces horreurs, l'incrédulité, toute dégoûtante du sang de ces victimes, donnait aux peuplés épouvantés, pour détourner leurs yeux du spectacle de ces crimes , le signal de la plus infâme corruption. Sur les autels où Jésus- Christ avait été si longtemps adoré, elle plaçait des prostituées.
Dieu dort donc en ce moment ^ et les inimaginables
Succès qu'il a laissé prendre à rim|)iété, sont l'effet du sommeil où il est plongé. Il eu ressortita , n*en doutons pas ; et Tinstant de son réveil sera celui où. le calme renaîtra. Son premier regard fêta taire les vents , et rentrer les flots dans le niveau des mers. Son Eglise réparaitra, au sortir des tempêtes, brillante et épurée. Nous en avons pour garant sa parole sacrée ; mais nous n'en de- Toos pas moins trembler pour nous. Ce que Dieu a garanti à r£glise universelle, il ne Ta point promis aux Eglises particulières. Jetons des regards de douleur sur cette Eglise jadis si brillante de l'Orient, qui la première reçut la foi , qui la répandit sur toute la terre , qui la conserva si longtemps pure et entière. Qu'en a-t-elle fait maintenant? à quel point l'a-t-eile laissé dégénérer et dégrader ? Cette Eglise d'Afrique, si célèbre dans les premiers temps du christianisme^ à la fin du cinquième siècle n'existait déjà plus. Et n'en avons-nous pas sous les yeux un exemple plus récent et plus voisin encore ? Cette île fameuse, appelée si longtemps la terre des saints, quel triste naufrage n'a-t-elle pas fait dans la foi? Combien son malheur, en tout temps si déplorable, doit dans ces derniers temps nous être plus sensible ! Tandis que la France, jusque-là catholique , et prétendant l'être encore , persécutait avec fureur les pasteurs catholiques , l'Angleterre, livrée depuis deux siècles au schisme et à lliérésie^ les accueillait avec humanité , et se faisait le modèle du monde par sa générosité , comme elle en est le soutien par sa puissance. Quel spectacle touchant , quel admirable exemple a donné aux autres nations cette nation hospitalière, quand on l'a vue tout entière, clergé et laïques , roi et sujets , grands et petits , accourir au devant de^ confesseurs d'une religion qui n'était pas la sienne ; s'empresser de les accueillir, de soulager leurs douleurs , de subvenir à leurs besoins , d'adoucir leurs maux ! Daigne celui qui seul a dans sa main le digne prix de tant de bienfaits , lui en accorder les récompenses les plus abondantes, et surtout celle qui est la plus précieuse et la plus désirable. Puissent les aumônes àt
cç peuple bien&ûjBant jQiiontier) comme eeUe^ de Cbmeillè; ju3qu'4U trône céleste > en £aire deseeii4re de même »ur lui le don inje&tiioable de la foi l
Edinvoquaat pour zips bienfaiteurs b' miséricorde di^ Vme , implorons-la aussi pour nous^iuémesA Disojas-^lui avec ks Apôtres, et ^vec nœ crainte ranimée par la coivfiaiKe ; Sej^^eur, sauvez^nous^ nous périssons, liiez un regard de bonté sur .ce royaume où vous fûtes si relii;ieusement adoré 9 :sur ce trône où jsi^ea S. Louis; sm ce peuple pu votre ml discerne encore toM de fidèles serviteurs; et surtout sur cette Eglise, pendant taut de siècles ai pure dans sa foi. Rendes l'Ëglise gallicane â FSglise universelle , rendez à l'Eglise gallicane elle-même tout ce que lui a fait perdre la ragede vos ennemis : ses prêtres bannis , ses autels abattus, vos^ temples ren«versés , son culte aboli ,. sa splendeur éclipsée. Et tous les peuples de la terre , maintenait étonnés, et peut-être scandalisés de Taffreux progrès des persécufelirs de votre loi , s'écrieront dans leur admiiation : Quelle est cette puissance suprême, à qui les vents et la m^r obéissent ?
DU CINQUIEME DIMANCHE APRES l'ÉPIPHANIE.
Paratiole de la semence dfi bsn grain et de Tivraie^
En ce temps-là Jésus proposa au peuple «ne autre parabole, en disant ; Le royaume des cieux estsern^ blable à nm bomrae qni av^t semé du bon grain dans son champ ; mais pendant c[nt les hommes dormaient, sop ennemi vint , sema l'ivraie parmi le froment, et se retira. Or quand l'berbe fut poussée et montée en épis, Fivraie parut aussi. Alors les serviteuiv du père de ia-<milie vinrent lui dire ; Seigpeur^ n'aTez^vous pas semé
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du bon grain dans votriC champ ? d'où vieiU donc qu'il y a de Fi vraie ? U leur répondit : C'e9t l'ennemi qui a fait cela* Ses serviteurs lui répartirent : Vouie^-vonis que nous allions la cueillir? Non* dit-^U^ de peur qu'en cueillant l'ivraie^ vous ne déraciniez avec elle le froment. Laissez crcntre Tua et l'autre jusqu'à la moisson , et a.u teaipt'de la moisson je dirai aux moissonneurs i Recueillez d'abord l'ivraie 9 liez-la en gerbes pour la brûler , et amassez le froment dans mon grenier. (S. Matth» ebap. xni, v«rs* 24-30.)
Jésus-Christ, à la prière de ses apôtres, a daigné donner l'explication de cette parabole. Unissons-nous aux Apôtres, pour le supplier de nous faire parfaitement comprendre les importantes vérités qu'elle renferme , et surtout de pénétrer nos cœurs des instructions salutaires et abondantes qu*dle contient.
Le royaume' des cieuos^st semblable à un homvM qui avai^ semé du bon grain dans son champ. Jésus^Christ nous apprend dans la suite de TEvangile, que cet homme est Iui-même>. son champ le monde,. le bon grain les justes. Dieu ne sème dans .son champ que du bon grain , c'està-dire, qu'il n'a rien créé qui ne fut juste et droit. Les désordres qui existent ne sont pas son ouvrage : ils y ont été surajoutés et apportés par des mains .étrangères. Il ripugnerait à^sa sagesse, à.sa sainteté, à sa miséricorde, à sa justice même, de créer le maL Parmi les œuvres de ses mains, il en est que nous appelons des maux ; majs c'est la faiblesse de notre foi, jointe à notre présomption, qui nous en fait juger ainsi. Ignorant le but pour lequel Dieu les a^ faites, nous prétendons cependant les juger d'après les lumières de ^otre jraison. Disons même plus : c'est presque toujours notre faute qui en fait des maux. Elles ne çont telles que parce que nous n^en faisons pas l'usage auquel la Providence les a destinées* Si nous savions supporter avec patience, avec résignation, les privation^; le9 pertes ^ les souffrances , les douleurs, les
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maladies que Dieu nous envoie , loin d'être des itiaibc pour nous|, ce seraient des sources abondantes de bien. Il n'y a qu'un mal réel, c'est le péché : c'est le seul mal essentiel qui existe , le seul dont nous ne puissions pas faire un bien ; et Dieu lui-même , avec sa toute-puissance, ne peut pas faire qu'il cesse d'être un mal. Aussi le péché est-il la seule chose dans le monde que Dieu n'ait pas faite. Comment donc existe-t-il ? qutl en est l'auteur ?
Mais pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint, sema de l'ivraie parmi le froment, et se retira. Voilà le véritable auteur du péché ; c'est Tennemi de Dieu , et en même temps le nôtre. Ce fut par ses séductions envers nos premiers parents, que le péché pénétra pour la première fois dans le monde, et gâta le magaifique ouvrage qui venait de sortir pur et accompli de la main de Dieu. C'est encore par les séductions qu'il emploie continuellement auprès de nous, qu'il reproduit le péché , et qu'il ne cesse d'en infecter la terre. Mais il ne doit pas nous suffire de connaître la main qui nous apporte le péché. Jésus-Christ nous donne encore, dans ce peu de paroles, deux instructions très-importantes , l'une sur le temps que son ennemi prend pour semer l'ivraie, l'autre sur la manière qu'il emploie.
£n premier lieu^ c'est pendant que l'on est endormi que l'ennemi vient répandre son ivraie : leçon importante pour les pasteurs des âmes , et généralement pour tous ceux qui sont chargés de la conduite des autres. Le sommeil de leur sollicitude est le moment que saisit le démon pour séduire les âmes qui leur sont confiées. Ils doivent donc , considérant les suites de leur négligence, ne se relâcher jamais de leurs soins , ils sont responsables de ces âmes ; Dieu les leur redemandera un jour. Il leur dira comme à Caïn : Où est ton frère ? qu'en as-tu fait ? Le cri de son sang est monté jusqu'à moi (1).
(x) Et ait Dominas ad Caïa : nbi est Abel frater tous ? qaid
fecisti ? Yox saDgainis fratris toi clamât ad me de terra. Gcn. iv, 9 e/ 1 o«
Que ce soit votre crime qui l'ait immolé ou votre insouciance qui l'ait laissé perdre , c'est toujours entre vos mains qu'il s'est perdu ; votre âme répondra de la sienne (1). £t ce n'est pas seulement à ceux qui sont chargés du soin des âmes qu'est faite cette leçon , elle s'adresse à tous les hommes. Elle nous avertit tous de la vigilance dans laquelle la crainte de notre ennemi doit nous tenir sans relâche. Notre vie sur la terre est une guerre con* tinuelie (2). Tel qu'un lion rugissant, le démon tourne sans cesse autour, épiant le moment de nous dévorer (3). Nous dormons, mais le démon veille* Si nous cessons un moment d'être sur nos gardes , c'est alors qu'il vient à Timproviste fondre sur nous. Aussi , entre les diverses vertus , une des plus spécialement recommandées est la vigilance chrétienne. Veillez , nous dit Jésus-Christ , parce que vous ne savez pas le jour et l'heure (4). VeiÛ lez, pour ne pas donner prise à la tentation (5). Veillez en tout temps (6).
En second heu > considérons le moyen qu'emploie le démon pour nous surprendre. Après avoir semé l'ivraie pendant le sommeil^ et sans être aperçu, il se retire pour ne pas être découvert.
Il sait que s'il se montrait tel qu'il est , bien loin de séduire , il inspirerait l'horreur. Son piège n'est dangereux que parce qu'il n'est pas aperçu. Il cache avec un art extrême la fosse où il voudrait nous entraîner. Il la recouvre des appâts les plus propres à nous attirer ; et variant ses amorces selon nos inclinations, nos goûts, nos passions , il offre à chacun l'objet le plus flatteur.
(x) Sangainem aatem ejas de mana toa reqairam. Ezech, m, i8. (s) Militia est vita hominis saper terram. Job. yn, a.
(3) Advet»9t'ms vester diabolas tanqaam leo rogiens circoit, qiiaerens qaem devoret. / Fet, v , 8.
(4) Vigilate itaqae, qaia nescitb diem, neqae boram. Matth^
XXV, i3.
(5) Vigilate, et orate, ot noa intretis în tentatioDeni. Matth^