DU DIMANCHE D£ LA $£XAG£SIM
Parabole de la semence tombée sur différents terrains.
Comme le peuple s'assemblait en foule , et qu'on accourait des villes vers Jésus, il leur dit en parabole : U& semeur sortit pour semer son grain ; et comme il semait , une partie tomba le long du chemin , où elle fut foulée aux pieds , et les oiseaux du ciel la mangèrent : une autre partie tomba sur un terrain pierreux ; et après avoir levé , elle sécha , parce quelle n'avait pas d'ikumi^ dite ; une autre tomba parmi les épines, lesquelles veziant à croître en même temps , l'étoufierent : une avAxe partie tomba sur la bonne lerre .; et ayant levé , porta du fruit au centuple. En disant cela , il s'écriait : Que celui-là entende , qui a des oreilles pour entendre. Ses disciples lui demandèrent ce que signifiait cette parabole* Il leur dit ; Il vous a été accordé de connaître les mys*
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tères du royaume des cieux, mais aux autres, il est parl^ en paraboles^ afin qu'en voyant, ils ne voient point, et qu'en entendant , ils ne comprennent point. Yoici donc le sens de cette parabole. La semence est la parole de Dieu. Ce qui tombe le long du chemin marque ceux qui écoutent : mais le diable vient ensuite , et enlève la parole de leur cœur , afin qu'ils ne soient pas sauvés en croyant. Ce qui tombe sur un terrain pierreux indique ceux qui, ayant écouté la parole, la reçoivent avec joie , mais ils n^ont point de racines ; ils ne croient que pendant un temps , et au moment de la tentation , ils se retirent. Ce qui est tombé parmi les épines a rapport à ceux qui ont écouté la parole , mais en qui elle est ensuite étouffée par les sollicitudes , par. les richesses , et par les plaisirs de la vie , et qui ne rapportent point de fruits. Enfin, ce qui tombe en bonne terre, ce sont ceux qui, ayant écouté la parole avec un cœur bon et excellent, la retiennent , et rendent du fruit par la patience. {Luc, vin, 4—15.)
Comme le peuple s'assemblait enfouie, et qu'on accourait des villes vers Jésus, û leur dit celte parabole. Cette multitude qui s'empresse autour de Jésus-Christ, qui accourt auprès de lui, et des villes, et des campagnes , est bien propre à nous édifier. Nous lisons même dans 'S. Matthieu et dans S. Marc , que la foule était telle , que pour pouvoir lui donner plus facilement ses instructionSj se trouvant sur le bord de la mer, il fut obligé de monter sur une barque , d'où il proposa sa parabole au peuple qui était sur le rivage (1). Et c'est ce même peuple, aujourd'hui si empressé , et en apparence si docile, qui dans peu de temps demandera à haute voix sa mort , et criera qu'on le crucifie. Image sensible , et en
(i) Et coDgregatae sont ad enm torbae maltae, ita nt in navicalara ascendens sederet , et omnis turba stabat in littore. Matth. xiiz, 2. Marc. IV, I.
in€iiie temps bien douloureuse , de ce qui se passe tous les jours au sein du christianisme. Nous voyons souvent Jes chaires chrétiennes entourées d'un concours d'auditeurs , dont l'attention et le recueillement présentent à nos regards le spectacle le pi u.s édifiant ; mais, hélas I au sortir de ces saintes assemblées , un grand nombre de ces mêmes hommes nous offre un spectacle tout différent. Combien d'entre eux passent avec indifférence du temple aux lieux de leurs dissolutions ; tout pleins des vérités saintes , courent en perdre le souvenir dans des plaisirs criminels, et, selon l'expression de l'Apôtre, crucifier de nouveau dans eux-mêmes le Dieu dont peu auparavant ils écoutaient avec une apparente docilité les instructions (1). Chrétiens, qui êtes coupables de cette déplorable contradiction , cherchez-en dans vousmêmes le principe. Ce sont les dispositions que vous apportez à la parole sainte, les sentiments dans lesquels vous l'écoutez, qui vous la rendent inutile. Elle est encore aussi forte , aussi puissante que lorsque , dans la bouche de Jonas, elle convertit Ninive. C'est vous, qui n'êtes pas ce qu'étaient les Ninivites : aussi pécheur qu'eux , vous êtes plus endurcis ; vous écoutez comme eux la voix de Dieu, mais vous ne l'écoutez pas avec le même esprit ; vous ouvrez comme eux vos oreilles à la vérité pour l'entendre ; mais au contraire d'eux , vous fermez vos cœurs, pour ne pas la recevoir. Jésus -Christ , dans la parabole qu'il propose aux Juifs et dans l'explication qu'il daigne en donner à ses apôtres, nous montre quels sont les obstacles que nous mettons à l'effet de la prédication évangélique.
' Un semeur sortit pour semer son grain,,, La semence est la parole de Dieu, Considérons quelle est la parole de Dieu et où nous devons la trouver. La parole de Dieu est celle qui a été prêchée d'abord par Jésus -Christ, que son Père en avait chargé ; ensuite par ses apôtres , qu'il
(i) Ktirsom cracifigentes sibimetipeis FiUom Cei. Jd Heb. vi> 6.
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a envoyés, comme il avait été envoyé lui-même (1) » leur ordonnaat d'euseigqer toutes les nations , et leur promettant son assistance tous les jours, jusqu'à la consommation du siècle (2) ; enfin par les successeur^ qu'en vertu de ce précepte et de celte promesse , les Apôtres se sont donnés , et qui , de génération en génération', ont continué leur ministère^ Tel est donc le si-> gne auquel ou doit reconnaître la parole de Dieu , et la distinguer de la parole des hommes : la perpétuité du. ministère. Ainsi , le catholique est assuré d'entendre la vraie parole de Dieu , parce que le pasteur, le prédica— teur qui la lui annoncent sont envoyés, pour l'instruire , par son évêque , qui lui-même tient sa mission par une succession non interrompue des Apôtres, de Jésus^hrist, de Dieu le Père. C'est constamment la même mission étendue dans toutes les parties de la catholicité , et pro-« longée dans toute l'étendue des siècles : mais cette parole divine n'existe que dans l'Eglise catholique. Les évêques, légitimes successeurs des Apôtres , ont seuls le droit de dire comme eux : Nous sommes les, amhassa-^ deurs de Jésus-Christ i c'est Dieu lui-même qui exhorte par notre bouche (3). Seuls, ils doivent être considérés comme les ministres de Jésus-Christ,, et comme les dispensateurs des mystères de Dieu (4). Hors de l'Eghse il n'y a point de parole de Dieu, parce que ce n'est pas de * sa part, avec son autorité, en vertu de sa mission, qu'elle est annoncée. C'est la parole de Luther et de Calvin,
(i) Sicat misit me Pater, et ego mitto vos. Joan. xx, ai.
(ï) Et accedens Jésus loratas est eis, dicens : Data est nûhi ornais potestas in cœlo, et la terra. Enntes ergo docete omnes gentes : baptizantes eos ia noinioe Patris, et Filii, et Spiritai Sancli : doeentes eos serrare omnia qaaecomqae mandavi vobis. Et eoce ego Tobiscam sani oninibas diebos, asqae ad conswnmatioBem sscnli. Matth. iLxvin ^ xg, jgetno,
(3) Pro Ghristo ergo legatione fQngimar , tanqaaia Deo exhortante p**r nos. // Cor. v, ao.
(4) Sic nos exisiimet homo at mioistros Ghriati , et dispensatores ^lysleriornin. Dei. / Cor, ir , i.
que prêchent les ministres de leurs sectes. C'est la parole des auteurs de leur scission, que prêchent les ministres schisniatiques , depuis le schisme de Novatien jusqu'à celui qui désole l'Eglise gallicane ; et les uns et les autres tiennent leur mission des hommes , et non de Dieu ; ils répandent une parole humaine ; ils ne prêchent point la parole divine.
De ces vérités claires et certaines, tirons quelques conséquences morales. D'abord , que d'actions de grâces ji'avons-nous pas à rendre à Dieu , de nous avoir placés au milieu de sa parole sainte , de l'entendre journellement retentir à nos oreilles , de pouvoir sans cesse nous pénétrer de ses salutaires instructions, et nous ranimer par ses vives exhortations! Il n*a point accordé le même bienfait à tant d'autres nations, à qui il n'«i pas daigné manifester ses justices (1). Combien de malheureux , au sein même du christianisme, accourent au pied des chaires où leurs ancêtres entendaient la parole de Dieu, et ne trouvent plus que la parole de l'hommi I Ils y cherchent le soutien de la vie, et ne reçoivent que des poisons mortels ; ils interrogent la vérité , et c'est l'erreur qui leur répond. Ainsi la terre de Gessen, qu'habitait le peuple de Dieu, jouissait seule des rayons du soleil tandis que le reste de l'Egypte était plongé dans d'épaisses ténèbres.
Mais en reconhaissant ce bienfait signalé de la Providence, gardons-nous soigneusement de le perdre. Attachons-nous fortement au corps des pasteurs légitimes , seuls dépositaires de la parole divine , seuls capables de l'annoncer (2). Fuyons ces chaires empestées, où siègent des imposteurs prophétisant faussement au nom de Dieu qui ne les a pas envoyés et qui ne leur a pas confié ses commandements (3). Hélas! dans ces derniers temps,
(i) Nonfecit taliter omni nationi : et jadicia sua non manifesta vît eis. Fsalm. cxlvii, %q,
(a) Qai babet sermonem meam, loquatar sermonem menm vere. Jerem. xxm, a 8.
(3) Et dixit Dominos ad me : Faho prophetn; vaticinantàr în
ce nouveau mal est encore venu se joindre à tous les autres, pour attaquer notre foi. Ce n'était pas assez que l'hérésie s'armât contre ses dogmes, que l'incrédulité s'efforçât de miner et d'ébranler ses fondements ; il a fallu encore que le schisme vînt séduire ses défenseurs , et en faire de nouveaux ennemis , d'autant plus dangereux , qu'ils ont l'insidieuse prétention de la défendre , et que c'est en arbora^nt ses étendards qu'ils tournent contre elle leurs armes. Repoussons avec fermeté leurs perfides insinuations , confondons-les , en leur faisant lire leur réprobation dans le titre même de leur mission ; montrons-leur qu'envoyés par des hommes , ils ne peuvent pas être les porteurs de la parole de Dieu.
Comme il semait^ une partie tomba le long du chemin, où elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux du eiel la mangèrent,,.. Ce qui tombe M long du chemin, marque ceux qui écoutent : mais le diable vient ensuite, et enlève la parole de leur cœur, afin qu'ils ne soient pas sauvés en croyant. Sous l'emblème d'une semence qui, tombant dans différents terrains, produit différents effets, Jésus-Christ nous présente les divers auditeurs de la parole sainte, et les effets variés qu'elle produit en eux. Il les rapporte à quatre classes différentes. La première est composée de ceux dans qui la parole divine ne pénètre point , et qu'elle ne frappe qu'à l'extérieur. Comme la semence tombée surlegrand chemin n'entre pas dans la terre, mais reste à la surface, elle y est foulée aux pieds : image du mépris que font ces hommes de la parole sainte. Elle est enlevée par les oiseaux , qui représentent le démon occupé sans cesse à nous enlever la parole divine, et ^ empêcher qu'elle ne pénètre et ne fructifie dans nous. Cette première classe d'auditeurs est la plus vicieuse de toutes parce qu'elle pèche par sa volonté même. Ce sont eux qui ferment l'entrée de leur cœur, par les dispositions qu'ils apportent à la prédication , et par l'esprit qui les y conduit. Entrons à ce sujet dans quelques détails.
nonoine ireo. Non mUï eos, et non praecepi eis. Jerem. xiv, 14.
Esprit de dissipatioû. Comme on est venu au sermon par coutume, par respect humain, par oisiveté, peutêtre par des motifs plus répréhensibles encore , pour y voir des objets dangereux , ou pour se donner soi-même en spectacle , on y assiste sans aucune attention. On y assiste; c'est-à-dire, le corps est présent, mais l'esprit est éloigné. Etant rempli d'idées étrangère^ toujours profanes, quelquefois criminelles , le discours sacré est l'objet <lont il s'occupe le moins. La parole sainte n^'est qu'un son qui se perd dans les airs , qui frappe à peine l'oreille. Tel auditeur, au sortir de la prédication, aurait peine à dire quel en a été le sujet.
Esprit de curiosité. On veut connaître par soi-même un prédicateur dont on a entendu parler ; on espère entendre des choses nouvelles. On se rend à l'assemblée des fidèles , comme immédiatement après on courra à quelque assemblée profane, ou à quelque action théâtrale, pour être recréé quelques instants par la variété de ces passe-temps. Ainsi Hérode désira de voir Jésus- Christ uniquement pour être amusé par quelque prodige ; mais le Sauveur punit l'indiscrétion de son désir par un dédaigneux silence , et refusa de se manifester à lui. De même la vérité ne daigne pas se faire connaître à ceux qu'une vai'ne curiosité conduit à ses leçons.
Esprit de délicatesse mondaine. On vient à la parole divine, comme à un discours académique ; non pour recevoir les instructions qu'elle enseigne, mais pour admirer l'éloquence dont elle est revêtue. On néglige les vérités qu'elle renferme, on ne s'occupe que des ornements qui la parent. On recherche le prédicateur , non le plus solide, non le plus instructif, non le plus persuasif, mais le plus disert, le plus fleuri , le plus agréable. Ils se disent les uns aux autres, dit le Seigneur à Ezécbiel : Venez ; allons entendre quelle est cette parole du Seigneur* Un peuple nombreux vient se ranger auprès de toi , ils écoutent ce que tu leur dis, ils ne le font pas, puisqu'ils le regardent comme un objet d'amusement. Tu n'es pour eux que comme une douce musique , qui flatte
agréablement leuris oreilles (1). Les habitants de Lystre veulent adorer Paul comme le dieu de l'innocence ; mais ils refusent de reconnaître le Dieu qu'il leur annonce.
l^prit de critique. On va écouter un prédicateur, comme ces émissaires perfides que les Pharisiens en- ' voyaient auprès de Jésus-Christ pour le surprendre dans ses discours (2). On s'érige en tribunal, où on ose juger cette parole redoutable , qui au dernier jour deviendra elle-même notre juge (3). Ou observe avec attention, on relève avec amertume les parties faibles d'un discours : on se fait gloire d'être difficile : et tout ce que l'on conserve dans l'esprit d'un sermon que l'on a écouté, ce sont les défauts que Ton y a remarqués. Quelquefois même on pousse l'indécence de ses censures jusqu'à la raillerie. Non content de repousser loin de soi les effets salutaires du ministère évangélique , on étoufiPe encore dans les autres les fruits qu'il y aurait produits. On fait l'office du démon , qui enlève la semence pour l'empê-^ cher de germer.
Esprit de contention. On prétend prescrire aux envoyés de Jésus-Christ, et les sujets qu'ils traiteront. Nous leur permettons, nous ïeur savons même gré de tonner contre les vices des autres;, mais nous voulons qu'ils respectent les nôtres : et nous applaudissons à leur zèle, pourvu que nous n'en soyons pas l'objet. Nous écoutons avec plaisir les vérités consolantes qui rassurent les consciences inquiètes; nous nous révoltons contre les vérités
(i) Dicant anos ad alteram, vir ad proximom suam loqneotes : Tenite , et aodiamiis qois sit sermo egrediens a Domioo. Et Teninnl ad te qtiast si ingrediatnr populos, et sedent coram te popnlos mens : et andinnt iermones taos, et non eoa; quia in canticam oris sni vertant illos.... et est eis quasi carnem masioam, qaod suavi dnlciqne sono canitor : et aodiant verba toa,. et non faciont ea. Ezcck. xxxxK, 3o, 8i et 3i.
(a) Et observantes niserunt insidiatores , qnise jostos simalarent, ut caperent enm in sermone. Luc, xx, ao.
(3) Qai.... non accipit verba mea : habet qai jodicet enm. Semo qiaem locutns sam, ille xadxcabit enm in^nOTÛsimo die. /oa/i. xii^. 48.
terribles qui ébranlent les consciences égarées. Nous répétons, non pas hautement peut-être , mais dans le fond de nos cœurs, ce que disaient les Juifs à Isaïe : Nous vous demandons, non pas ce qui est juste et droit, mais ce qui nous plaît; donnez-nous des erreurs flatteuses plutôt que des vérités désagréables (1). Nos passions, soulevées contre ce qui les contrarie , traitent les mouvements du zèle, de vaines déclamations; les peintures frappantes de mœurs , de personnalités odieuses ; les règles les plus exactes de la morale chrétienne , d'exagérations, dont on doit rabattre ce qui est de trop, c'est-à-dire, tout ce qui déplaît.
Esprit d'aveuglement. On ne veut point s'appliquer personnellement les vérités que l'on entend; on les croit inutiles pour soi , étrangères à soi. On n'est que trop clairvoyant pour tout ce qui concerne les autres r on saisit avec avidité tout ce qui peut avoir rapport au prochain ; on en jouit avec une joie maligne, ou en fait des allusions , des rapprochements , des applications contraires, toujours à la charité, souvent à la justice et à la vérité. Il n'y a que soi*mème à qui on ne pense point. Tout le monde vous reconnaît au tableau de la passion qui vous domine ; dans lea traits dont elle est peinte , chacun reconnaît vos traits. Cette peinture générale semble être votre portrait particulier ; vous êtes le seul qui n'imaginiez pas de vous y reconnaître. Com<* bien d'auditeurs auraient besoin d'avoir à leurs c6tés un Nathan pour leur ouvrir les yeux , et leur dire : C'est y6u^ qui êtes cet honune.
Pouvonsi-nous nous dissimuler que c'est dans quel-> qu'une de ces coupables dispositions, que la plupart des hommes viennent se présentera la parole divine? Dan$ Tauditoire le plus nombreux , combien peu d'auditeurs chrétiens l £t retournant nos pensées sur nous-mêmes , n'avcas-onous^ pas de bien graves reproches à nous faire
(i) Nuiite aspicere nobis ea qaae^ recta sont : lo^oimiai nobis pi»eefitia , yidete nobis errores. Isa, xxx, lo.
à cet égard? Apportons- nous aux instructions de l'Eglise l'attention, la docilité, la pureté d'intention, le dësir d'en profiter, qui peuvent seuls nous en procurer le fruit? Et comment voulons-nous que la semence précieuse de la parole fasse germer la grâce dans nos cœurs, si elle-même n'y pénètre pas? Ne nous faisons point illusion : cette parole sainte , si elle ne nous rend pas meilleurs, nous fait devenir plus mauvais. Nous en sortons nécessairement, ou avec un mérite, ou avec un tort de plus.
Une autre par lie tomba sur un terrain pierreux; et après
avoir levé, elle sécha^ parce qu'elle n^ avait pas d'humidité
Ce qui tombe sur un terrain pierreux , indique ceux quij ayant écouté là parole j la reçoivent avec joie : mais ils n'ont point de racines; ils ne croient que pendant un temps ^ et an moment de la tentation ils se retirent. Cette seconde classe d'auditeurs apporte à la parole divine des dispositions moins coupables que la précédente. La précieuse semence ne reste pas chez eux à la surface : elle pénètre au dedans; elle y germe même. Pourquoi donc n'y fructifie-t-elle pas? La parole divine les éclaire; elle les touche. Pourquoi donc ne les convertit-elle pas ? C'est qu'ils ne lui présentent pas assez de profondeur , pour qu'elle puisse jeter et étendre ses racines. Elle rencontre dans eux des âmes droites, mais faibles; sensibles, mais légères; aimant le bien , mais entraînées au mal. Elle y est reçue d'abord avec joie; mais l'instant d'après elle y est contrariée et combattue. Elle entre dans le cœur au milieu des passions dont il est rempli, qui la compriment, et opposent de tous cotés de durs obstacles à son accroissement. Elle y trouve un fonds d'aridité funeste à son développement ; et privée de l'onction qui lui serait nécessaire, elle se dessèche, et péritbientôt faute d'aliment.
Combien en est-il parmi nous qui doivent se reconnaître à cette parabole du Sauveur ! Rappelons-nous avec douleur et confusion toutes les impressions que le Seigneur avait daigné faire sur nous, par le ministère de sa parole , et qui ont été, hélas! si passagères; tous les
sentiments pieux qui ont expiré avec les discours qui les avaient fait naître ; tous les mouvements de ferveur et de componction, qui se sont évanouis au sortir du lieu saint, comme des vapeurs qui se dissipent au grand air ; toutes les résolutions que nous avions crues si fortes , et qui sont venues se briser contre la première occasion du péclié. JN'avons-nous pas même à nous reprocher d'avoir cherché volontairement à étouffer ces salutaires inspirations, pour qu'elles ne troublassent pas nos criminels plaisirs I Félix est frappé , il est même épouvanté des grandes vérités que S. Paul lui annonce ; et le seul eifet qui en résulte est d'éloigner S. Paul de sa présence.
Celte disposition de légèreté et d'inconstance, que tant d'auditeurs apportent à la parole sainte, est d'autant plus funeste , qu'elle les tranquillise sur l'état présent de leur âme , et les rassure sur son état futur. Ils prennent leurs velléités transitoires pour un fonds de justice et de vertu, que Dieu récompensera; et ils espèrent que quelque inspiration plus forte encore, quelque grâce plus puissante, les retirera un jour du péché où ils languissent. Illusion déplorable ; dangereuse suggestion de Tennemi du salut! C'est une erreur bien grossière de se flatter que l'abus des grâces divines ne sera pas puni par la soustraction de grâces plus abondantes. Il leur arrivera le contraire de ce qu'ils attendent. Us ont négligé les pieux mouvements qu'excitait en eux la parole divine ; Dieu, pour première punition, permettra qu'elle n'en excite plus aucun. A force de repousser ses salutaires impressions , ils y deviendront insensibles; ils tomberont dans l'état de ces membres déjà morts, qui ont perdu tout mouvement, et jusqu'à toute espèce de sentiment.
Une autre pariie tomba parmi les épines, lesquelles venant
à croître en même temps, V étouffèrent Ce qui tombe
parmi les épines a rapport à ceux qui ont écoulé la parole, mais en qui elle est ensuite étouffée par les sollicitudes , par les richesses et par les plaisirs de la vie, et qui ne rapportlent point de fruits. Voici une troisième espèce d'auditeurs,
qui apporte à la parole divine des dispositions encore plus favorables que la précédente, et dans lesquels cependant elle ne fructifie pas davantage. La semence sainte tombe dans un sol fertile , dans une âme profondément touchée des vérités qui y sont déposées; elle ne rencontre pas de pierres , cVst-à-dire de passions violentes, qui s'opposent à sa croissance ; elle trouve l'onction qui la développe : en conséquence elle y germe , elle y étend librement ses racines, elle s'élève même; et ce n'est qu'au moment de porter du fruit, qu'elle avorte. Des épines funestes, des attachements dangereux , qui étaient faibles dans les commencements , dont on avait eu l'imprudence de ne pas prévoir l'accroissement , se sont élevés avec elle ; et gagnant successivement et par degrés le dessus, ils l'ont absolument dominée, et ont fini par l'étouffer entièrement. Examinons, et ce que sont ces épines qui désolent la moisson du Seigneur , et quels en sont les déplorables effets. Les sollicitudes, les richesses, les plaisirs de la vie, que Jésus-^Christ nous représente sous l'emblème des épines , ne sont pas des choses criminelles en elles-mêmes; c'est l'abus que nous en faisons , c'est l'affection que nous y portons qui les rendent telles. Le divin Sauveur compare ces divers attachements aux épines, parce qu'ils produisent le même eftet. S'ils commencent à présenter sur notre route quelques fleurs agréables, bientôt ils l'embrassent : ils nous font ensuite sentir leurs pointes aiguës , et ils finissent par nous en déchirer.
y oyez cet homme, qui a reçu avec docilité et avec joie la parole divine , qui en a profité , qui cultive avec soin les vertus qu'elle a fait germer dans son cœur, mais qui nourrit en même temps l'amour des choses du siècle, des richesses, des plaisirs. Gomme cet amour, modéré dans ses commencements , ne l'entraîne pas à des fautes graves , il imagine que l'amour sincère qu'il a pour ses devoirs n'en sera pas contrarié ; il se persuade qu'il sera toujours en son pouvoir de le tenir dans la même mesure, de concilier ses principes avec ses penchants^
DES EVANGILES. 30à'
d'allier ses inclinations et ses devoirs , de conserver ses vertus en satisfaisant ses goûts ; il croit, contre la parole formelle de Jésus-Christ , qu'il pourra servir à la fois deux maîtres, ,et continuer d'aimer le monde, sans cesser d'aimer Dieu (1); et il espère acquérir le bonheur de la vie présente. Cependant ces attachements profanes s'accroissent et se fortiâent , et dans la même proportion diminuent et affaiblissent les inclinations religieuses.. Ce qui est le plus malheureux , c'est qu'on ne s'aperçoit pas soi-même de l'agrandissemeat d.es uns , et de Taltération des autres, qui se font par des gradations insensibles; parce que Ton continue les mêmes pratiques, on se croit les mêmes vertus : on prend la routine que Ton suit toujours, pour de saintes habitudes que l'on croit avoir acquises. Les actes extérieurs sont encore les mêmes ; le cœur est déjà tout différent. Mais après avoir perdu le goût des pieux exercices , on ne tarde pas à en perdre aussi l'usage. On se lasse facilement.de ce que ron fait sans inclination , et avec contrainte. On trouve des occasions de se dispenser de- quelques pratiques, on se fait des prétextes, pour en omettre quelques autres.. On se justifie facilement à soi-même ces relâchements, que Ton juge légers ,. parce qu'ils ne sont pas accompagnés de désordres;, et on croit encore tendre à la perfection, qu'on est déjà tombé dans la tiédeur : de cet état au péché, l'intervalle est petit. £t voilà où conduisent, de degrés en. degrés , les attachements profanes , quand on neies déracine pas de bonne heure. Yoyez avec quel soin, quelle persévérance,, le cultivateur intelligent arrache les herbes vicieuses qui infectent son champ. Il faut, ou qu'elles étouffent le froment,, ou qu'elles soient étouffées : il faut que l'amour du monde soit détruit par l'amour de Dieu , ou le détruise» Plaise à Dieu que nous n'ayons pas, été comme tant d'autres, ou que nous
(i) Nemo potest daobas dominis servire : aot enim nnam odio habebit, et altéram diliget: ant unam sastinebir, et alterum contemnet. Non potettis Deo servire et oiammon». ^latth, vi, 24.
ne soyons pas prêts à devenir de tristes exemples de ces funestes décadences! Il n'est qu'un moyen de prévenir ce malheur ; c'est d'arracher de notre cœur toutes ces vaines affections mondaines. Usons des clioses de ce monde. Dieu nous le permet, puisqu'il les a créées pour nous; mais usons-en, selon le précepte du grand Apôtre, comme n^ea usant pas (1). Usons-en, sans nous y livrer; jouissons-en, sans nous y fixer. Que les amusements du siècle soient le délassement de nos occupations; qu'ils n'en deviennent jamais l'objet. Permettons-leur de reposer notre esprit , ne souffrons jamais qu'ils captivent notre cœur.
Une autre partie tomba sur la bonne terre ^ et ayant levé,
porta du fruit au centuple Ce qui tombe en bonne terre,
ce sont ceux qui ^ ayant écouté la parole avec un cceur bon et excellent , la retiennent , et rendent du fruit par la patience» D'après ce que nous avons exposé , il est aisé de juger quels sont les heureux auditeurs dans lesquels la parole divine produit des fruits abondants : ce sont ceux qui , en premier lieu , lui donnent entrée dans leur cœur , et l'écoutent avec les sentiments qu'elle demande; qui, en second lieu, après l'avoir reçue, en retiennnent précieusement les impressions; qui , en troisième lieu , la cultivent soigneusement en écartant les obstacles à son accroissement. Voilà cette terre fertile, cetlc terre de bénédiction , qui, selon les textes de S. Matthieu et de S. Marc sur la même parabole, rapporte du fruit et donne , l'un cent , l'autre soixante , l'autre trente pour un (2). Car les dispositions pieuses ne le sont pas toutes également ; et la semence de la parole sainte fructifie
(t)Qiii a antar hoc miindo, tanqaam non ntantar. / Cor, vu, 3i.
(a) Qui vcro in terram bonam seminatus est , hic ent qui andit verbum, et intelligit, et fructàm affert, et facit aliud qnidem «entesimnçi, aliad aatem sexagesimain , aliod vero trigesimom. Matth, XIII , a 3.
Et hi sant, qui soper terram bonam seminali sont, qni audiunt ▼erham, et sascipiont, et fractificant, nnam tiiginta, naom sexA* ginta, et anam centom. Marc» iv, ao.
plus OU moins , selon qu'elle trouve une terre plus ou moins bien préparée à la recevoir , plus ou moins bien cultivée quand elle y est reçue. Méritons d'en retirer les fruits les plus abondants , d'abord en perfectionnant nos dispositions à l'entendre , et ensuite en ne nous relâchant jamais de notre attention à conserver, à fomenter , à accroître ses saintes impressions.
Cette parabole nous présente une considération bien douloureuse; c'est la quantité de semence qui se perd, ou sur le chemin , ou parmi les pierres, ou entre les épines, et la petite portion qui est reçue dans la bonne terre. £n jetant les yeux sur un nombreux auditoire, on se demande avec effroi : Combien y aurart-il de personnes â qui la parole qu'elles vont entendre sera solidement utile? Humilions-nous à cette affligeante idée, et tremblant pour nous-mêmes, travaillons de tout notre pouvoir à être du petit nombre de ceux qui sauront recueillir et conserver les fruits de la parole divine.
£n disant cela, Jésus s'écriait : Que celui-là entende j qui a des oreilles pour entendre. Ses disciples lui demande^ rent ce que signifiait celte parabole : Il leur dit : Il vous a été accordé de connaître les mystères du royaume des deux ; mais aux autres, il est parlé en paraboles, afin qu'en voyant ils ne votent point, et qu'en entendant ils ne comprennent point. Cette réponse du divin Sauveur à ses disciples, est rapportée avec plus de détail par S. Matthieu, Ils lui demandent pourquoi il parle en parabole (1). Il leur répond en rappelant la prophétie d'Isaïe sur l'aveuglement du peuple juif: L'esprit de ce peuple s'est appesanti ; ils ont prêté l'oreille avec peine ; ils ont fermé les yeux pour ne point voir, leurs oreilles pour ne pas entendre, de peur que leurs esprits ne comprennent, qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse (2) .
(i) Et accedeDies discipnli dizemut ei : Qaare in parabolis loqueiis eiâ? Matth, xxn, lo.
(3) £t adimiiletor in ei& prophetia I^aiae dicentis : Âoditu audielis, et non intelligetis; et videntes videbitis, et non videbiiis. Incrassa-
Ainsi commençait dès-lors le châtiment de cette nation prévaricatrice. Souvent Jésus -Christ lui avait exposé sa doctrine avec une simplicité, une clarté qui la mettaient à la portée des auditeurs les moins instruits. Mais les Juifs avaient refusé généralement de l'entendre. Ils ne pouvaient s'empêcher d'être frappés des miracles qu'il ne cessait d'opérer ; mais ils se raidissaient pour ne pas être émus des vérités importantes qu'il leur annonçait. Ils redoutaient de connaître la vérité, et la vérité les punissait en se présentant à eux sous des emblèmes qui la voilaient. Mais s'ils eussent voulu prêter quelque attention, ils eussent facilement pénétré le sens de ces figures. D'ailleurs, Jésus-Christ expliquait volontiers ses paraboles à ceux qui désiraient sincèrement d'être instruits. Ainsi ce peuple était absolument inexcusab/e de ne pas. les comprendre. Nous devons craindre de tomber comme lui dans l'aveuglement volontaire, qui serait puni de même en nous par un aveuglement pénal. Unissons-nous au contraire aux disciples fidèles, qui demandent au Sauveur d'éclairer leurs esprits , de leur faire parfaitement comprendre s^ sainte doctrine; et | pénétrons-nous de plus en plus de ces divins préceptes, par notre constante fidélité à les observer.
tom est enim cor popnli hujas, ei anribos graviter aadierant, et ocnlos sQos claoserant : ne qnando yideant oculis, et aoribas aadiant, et corde intelligant, el convertantar , et sanem eos. Mattk, xiii, 14 et i5.
DU DIMAINCHË DE LA QUINQUÂGESIME.
Jésus-Christ prédit sa passion et sa résurrection , et guérit un
aveugle auprès de Jéricho.
JÉSUS prit les douze apôtres avec lui, et il leur dit : "Voilà que nous allons à Jérusalem ; et tout ce qui a été écrit par les Prophètes au sujet du Fils de rhomme^ sera accompli ; car îi sera livré aux gentils, traité avec dérision, fouetté et couvert de crachats ; et après qu'on l'aura fouetté, on le fera mourir, et il ressuscitera le troisième jour. Mais ils né comprirent rien à tout cela, et ce discours était pour eux une chose cachée, et ils n'entendaient pas ce qu'il leur disait. Comme il appro-^ chait de Jéricho, il se trouva un aveugle assis sur le bord du chemin où il demandait l'aumône. Entendant passer une troupe de gens, il demanda ce que c'était. On lui dit que c'était Jésus de Nazareth qui passait. Il se mit aussitôt à crier : Jésus, fils de David, ayez pitié de moi. Ceux qui .allaient devant, le grondaient pour le faire taire ; mais il criait encore plus fort : Fils de David, ayez pitié de moi. Alors Jésus, s'arrêtant, copamanda qu'on le lui amenât. Et lorsqu'il se fut approché, il lui demanda : Que voulez-vous que je fasse ? Seigneur, repartit l'aveugle, que je voie. Jésus lui dit : Voyez, votre foi vous a sauvé. Et à l'instant il vit, et il le suivait en glorifiant Dieu. Et tout le peuple qui le vit, loua Dieu. {Lue, xviii, 31-43),
Jésus prit les douze apôtres avec lui, et leur dit : Voilà que nous allons à Jérusalem; et tout ce qui a été écrit par Us
Prophètes au sujet du Fils de l'homme sera accompli ,- car sera livré aux gentils j traité avec dérision, fouetté et couve de crachats; et après qu^on Vaura fouetté j on le fera tnourit et il ressuscitera le troisième jour. Le moment où Jésus Christ avait à consommer son douloureux sacrifice, étaj tout près d'arriver. Dans peu de jours devait être céle'brée la pâque, que les Juifs fêtaient religieusement depuis quinze cents ans ; et à cette époque devait com mencer la pâque nouvelle, que solenni seraient avei pompe toutes les nations et tous les siècles. Le véritabh Agneau pascal , l'Agneau de Dieu, l'Agneau sans tache, allait être immolé au milieu de tous ces agneaux qui u'étaientque sa figure. Ilallait racheter, non plus un seul peuple, mais tous les peuples de la terre, de la servitude où ils languissaient. Déjà plusieurs fois le divin Sauveur avait annoncé à ses apôtres les cruelles souffrances et h mort ignominieuse qui l'attendaient au bout de sa carrière. Cet événement était sans cesse présent à ses yeux. Il n'était descendu sur la terre, que pour y expirer dans les supplices, et il ne s'était chargé d'un corps, que pour le porter sur la croix. L'ordre de son Père l'y appelait; le salut des hommes y était attaché. Sans cesse occupé de ce but de sa mission, il y rapportait toutes ses pensées, toutes ses démarches. Chaque moment de sa vie était un pas qu'il faisait en esprit vers le Calvaire. Coonaissant clairement, et l'époque précise, et toutes les circonstances particulières de sa passion, il la contemplait avec tranquillité, et s'avançait vers elle avec une imperturbable fermeté. Partant pour Jérusalem, où devait se passer cette lamentable scène, il en renouvelle la prédiction à ses apôtres. Il leur annonce les opprobres dont il sera abreuvé, les supplices dont il sera tourmente, et la mort affreuse qu'on lui fera subir. Il leur déclare que c'est là le motif, l'objet, le terme de son voyage. Tandis qu'ils marchent à sa suite en tremblant, couinie ledit un des évangélistes (1), lui seul s'avance calme et
((} Erant aatem in via ascendeotes Jerosolymam : et precedebat
rem, et parle du sort épouvantable qui l'attend, comme un événement simple, et qui lui serait étranger. Quel t donc cet homme extraordinaire, qui a le don de prére ainsi, et sa mort prochaine, et toutes les circonstan* s qui V accompagneront? Quel est cet homme qui emuient et voloDtairement, assuré de sa destinée, et i^ant rien qui le contraigne, va se livrer aux outrages, ix tourmenls et à la mort? Que l'incrédulité, qui lui >iite5te sa divinité, nous explique comment, ayant le ojet de donner au monde une religion nouvelle. Jes-Christ cbobit pour moyen, de subir la mort la plus uelle et la plus ignominieuse ; et comment, afin de se ire adorer comme un Dieu, il imagine de se faire supicier comme un criminel ?
Yoici encore une prophétie d'un genre plus extraornaire : à l'annonce de sa mort, il joint celle desaré-^ rrection. Quel autre que celui qui se déclarait le Fib
Dieu, pouvait dire : Je ressusciterai le troisième jour ? lie l'on nous cite un mortel qui ait jamais osé hasarder le prédiction de cette espèce ! Il était bien certain de
toute-puissance, cet Homme divin qui avait la connce d'assurer qu'il la conserverait même après sa ort, et qu'après qu'on lui aurait ôté la vie, il aurait core la force de se la rendre. Il a promis sa résurrec- >n, et cela seul montre ce qu'il avait la certitude être : il l'a exécuté, et .par là il nous a donné la certide de ce qu'il est.
Ce c^uke Jésus-Christ disait à ses disciples, en marchant rs son supplice, l'Eglise nous le répète de sa part, le veut que nous commencions dès ce jour à méditer i mystères de la passion, qu'elle nous fera célébrer ns quelques semaines, et auxquels elle va nous prérer parla sainte quarantaine. Elle rappelle spéciale-
>s Jesas^ et stnpebant, et seqnfntes timebant. Et asqnmens iteram odecim, cœpît illia dicere qaac! essent ei eventora. Qoia ecce «ndimas Jerosolymam , et Filias hominis tradetar priacipibas. rerdotOED , et scribis, et senioribnSt et damnabant eum morte, et deat eom gentibas. Marc, x, 32 ef 33.
ment aujourd'hui à ses enfants les souffrances et la mort de leur Sauveur, pour les détourner par cette pensée profonde et salutaire, des joies immodérées, des débauches, des dissolutions dans lesquelles le vulgaire consume ces derniers jours de carnaval. Ces scandaleuses orgies qui, .à la honte de la religion, retracent, surpaspassent même souvent ce que les fêtes impur» du paganisme avaient de plus licencieux, sont les préparations que Ton apporte au carême. On se dispose à la piété par le scandale, au jeûne par la crapule, à la mortification par le libertinage, à la pénitence par le péché. Dans ces jours, où des exemples trop nombreux nous invitent à des excès que la religion abhorre, qui révoltent la raison, qui quelquefois même l'altèrent, jetons les yeux sur notre Dieu, prêt â se livrer pour nous aux opprobres, aux tourments et à la mort de la croix. Bisonsnous z C'est donc par des plaisirs que je vais partager ses souffrances ; c'est par des offenses que je vais payer ses sacrifices ; c'est par des outrages que je vais reconnaître ses bienfaits. Entrons dans l'esprit de l'Eglise, et nous rappelant pendant combien d'années nous avons eu le malheur de participer à ces désordres publics, allons, pour les expier, nous unir aux prières qui se font à cette intention. Prosternés devant notre divin Sauveur, présent dans son adorable sacrement, demandons- lui humblement, et pour nous-mêmes, le pardon de toutes les prévarications dont nous nous sommes rendus si longtemps coupables ; et pour tant de malheureux tfm, dans ces jours de débauches, se plaisent à l 'offenser, la grâce de reconnaître leur égarement, et d'en faire une sincère pénitence.
Mais les jépôires ne comprirent rien à tout cela, et ce discours était pour eux une chose cachée, et ils n'entendaient pas ce qu'il leur disait* Le discours du Sauveur était parfaitement clair. Il ciroonstanciait tellement les détails des maux qu'il allait souffrîr, qu'il paraissait impossible de ne pas le comprendre. Il rappelait même les prophéties anciennes qui avaient annoncé ses souffrances. Gom-
DES ÉVAKaiLES. 311
ment dozic se fait-il qu'il ne soit pas enteadu par ses apôtres, surtout leur ayant plusieurs fois répété les mêmes choses ? Ces hommes, qui peu de temps après se trouvèrent si éclairés lorsqu'ils eurent reçu les lumières du Saint-Esprit» étaient encore charnels et grossiers. Ils étalent bien persuadés que leur Maître était le Messie promis à Israël ; mais l'idée qu'ils avaient du Messie, était absolument opposée à ce que leur disait Jésus- Christ, lis s'imaginaient, comme toute leur nation, qu'il deviendrait un monarque puissant, qu'il délivrerait Israël du joug des Romains, et qu'il étendrait au loin leur empire et sa domination. Préoccupés de ces vaines idées, dont ils pouvaient d'autant moins se départir, qu'elles flattaient leur ambition, et leur faisaient espérer des places distinguées dans le futur royaume, ils s'efforçaient de concilier cette splendeur mondaine, cette vaste puissance temporelle, dont ils s'attendaient chaque jour à voir leur Maître couronné, avec les humiliations et les souffrances qu'il leur annonçait, et ne pouvant accorder dans leur esprit des choses aussi contraires, ils finissaient par ne rien comprendre à ce qu'il leur disait de plus clair.
On nous entretient souvent de ces tourments , de ces opprobres, que Jésus -Christ annonçait à ses apôtres ; et ils ne font pas sur nous plus d'impression que sur eux* Ce n'est pas que nous ayons la même prévention ; et à cet égard ils étaient bien plus excusables que nous. Ce qu'ils n'avaient pas encore vu, nous le savons. Ils avaient, sur la grandeur de leur Maître, de fausses idées que nous ne pouvons plus avoir. Ils ne croyaient pas à des souffrances qui contrariaient toutes leurs notions ; et nous ne pouvons pas en douter. La cause de leur insensibilité était l'ignorance ; la cause de la nôtre est la mauvaise volonté. Nous ne sommes pas touchés de la passion de notre Sauveur, parce que nous ne voulons pas l'être. Nous nous affectons vivement au récit d'histoires fabuleuses^ à la représentation de scènes théâtrales, qui toutes nous sont étrangères ; et la mort
312 EXPLICATIOlSr
si douloureuse de notre Dieu, qui a voulu souffrir pour nous, pour nous qui l'avions offensé, ne nous frappe pas, ne nous intéresse pas, ne nous émeut pas I Etrange contradiction de notre cœur , dont le principe est sa malheureuse corruption I Ces objets profanes ne nous émeuvent si puissamment, qu'en flattant nos passions ; la mort sanglante de Jésus-Christ les contrarie. Ce sont nos funestes passions qui tantôt excitent^ tantôt repoussent notre sensibilité. Nous sentons les conséquences qu'entraînent relativement à notre conduite les souffrances du Kédenipteur, et nous les craignons ; notre cupidité se révolte contre l'abnégation , notre orgueil contre l'humilité, notre sensualité contre la mortification qu'exige de nous un Dieu dépouillé , souffrant , outragé ; nous nous refusons à contempler ce spectacle lamentable que Pilate présenta aux Juifs, lorsque, pour les émouvoir , il leur dit : Voilà l'Homme. Nous redoutons l'effet que produirait sur nous cette image touchante ; nous l'éloignons de notre esprit , comme un censeur importun de notre vie ; et lorsqu'elle nous est présentée, nous nous raidissons contre elle; nous opposons à l'impression qu'elle pourarit nous faire, l'idée des sacrifices qu'elle nous impose. Nous nous armons pour la combattre , de nos goûts, de nos inclinations, de nos plaisirs, qu'il faudrait lui immoler ; et nous nous applaudissons de la funeste victoire que nous remportons sur notre sensibilité. Yoilà , et si nous sommes de bonne foi , nous en conviendrons , la véritable cause du peu de sensation que produit en nous la passion de notre Sauveur. C'est notre intérêt, c'est-à-dire un intérêt mal entendu, le faux intérêt de notre concupiscence, qui étouffe dans nos cœurs le plus naturel, le plus tendre , le plus juste, le plus utile des sentiments.
Il peut sembler étonnant que Jésus -Christ révélât à ses apôtres les douleurs et les humiliations de sa passion, quoiqu'il connût très-clairement que ces hommes simples et attachés à leurs fausses idées ne comprendraient rien à son discours. Mais le divin Sauveur avait des pen-
DES "éVANGlLES. 313
sées plus étendues. Il voyait que ce qui ne faisait dans ce moment aucune impression , en ferait dans la suite une très-profonde. Il prévoyait que ses apôtres, un jour désabusés de leur prévention , se rappelleraient ses paroles ; que, rendus témoins de sa mort et de sa résurrection, ils rapprocheraient sa prophétie de l'accomplissement; et qu^alors le discours ^qu'il leur tenait , serai à leurs yeux une manifestation de plus de sa divinité Ce n'est pas pour établir actuellement leur foi , qu'i* leur parle ainsi ; c'est pour la con6rmer et la fortifier un jour. Il portait ses vues encore plus loin : il pensait à corroborer la nâtrc. Sans doute l'incomparable miracle de la résurrection de Jésus-Christ est, indépendamment de toute prédiction, 'Une démonstration positive de la divinité de sa religion. Mais les vérités les plus certaines acquièrent un nouveau poids de la multiplicité de leurs preuves. Si la certitude du christianisme n'avait d'autre appui que l'accomplissement des prophéties , ou si elle n'était iondéC' que sur les miracles, le doute serait encore déraisonnable. Quelle conviction ne doit donc pas opérer le concert de ces incontestables motifs ? N'est-ce pas le comble de l'absurdité d'hésiter encore, quand on voit toutes les circonstances de la passion de Jésus-Christ , prédites d'abord par les Prophètes, ensuite par lui-même se réaliser à la lettre, et être suivies de sa résurrection qui avait ^té pareillement prophétisée ? Incrédules, qui après dix-sept cents ans, imaginez de révoquer en doute ces faits divins, c'est à tous les siècles qu'il vous faut les contester. Les siècles antérieurs les ont annoncés ; le siècle où ils se sont passés les a attestés ; les siècles postérieurs les ont crus. Yoilà les autorités auxquelles vous osez opposer la vôtre.
La simplicité des Apôtres, qui ne comprenaient pas ce que lésus-Garist leur expliquaitsi clairement, nous présente encore une réflexion. Ce sont eux-mêmes qui en font l'aveu ;'«tsans la candeur avec laquelle ils le déclarent, nous l'ignorerions. Et ce sont là les hommes que l'incrédulité accuse d'avoir cherché à tromper le genre
humain ! Est-il une inculpation plus injuste ? Comment peut-on soupçonner d'imposture, des hommes assez sincères pour faire connaître eux-mêmes leur grossièreté et leur peu d'intelligence? Une telle alliance de franchise et de fourberie est-elle concevable? C'eût été d'ailleurs un moyen bien extraordinaire pour se donner du crédit, que de commencer par avouer son ineptie et son ignorance. Qui jamais imagina , dans la vue d'inspirer la confiance , de se donner pour un homme sans esprit y sans lumières, sans connaissances?
Comme il a'pprochait de Jéricho , il se trouva un aveugle assis sur le bord du chemin j où il demandait Vaumône. Les Pères de l'Eglise ont vu dans cet aveugle le symbole de l'aveuglement spirituel où le péché plonge les hommes : état déplorable où les vives lumières de la religion ne frappentplus l'intelligence ; oùles vérités terribles qu'elle enseigne , une mort certain^ , un jugement rigoureux , un supplice sans fin , ne font aucune impression ; où les dogmes les plus consolants , le bienfait de la rédemption^ la contemplation de la miséricorde divine, l'espoir d'une récompense éternelle , n'excitent plus aucune émotion , aucun sentiment. Ces hommes rebelles à la lumière , comme Job les appelle (1) , sont au milieu de la religion, comme l'aveugle au milieu de la nature. Environnés de ses merveilles , ils n'en jouissent pas. Leur âme, fermée comme ses yeux, est devenue de même insensible, ne reçoit plus aucune impression, ni de confiance, ni d'espoir, ni de crainte, ni d'amour. Tels que ce malheureux forcé de rester assis , et de demander l'aumône sur le bord du chemin, ils sont dans l'impuissance de rien faire d^utile ; et réduits à l'inaction , ib le sont aussi à la pauvreté , sans vertus , sans bonnes œuvres , sans, aucun mérite. La charité de l'EgUse qui leur accorde le secours de ses exhortations et de ses prières, est tout ce qui leur reste.
Mais parmi tant de malheureux traits de conformité
(t) Ip5i faeront rebelles Inmini. Job, zxiy , i3.
DES EVAITGILES. 315
eiktre rayeugleinent de l'âme et celui du corps, il y a une dijOTërence bien plus lamentable encore. Celui qui n'est privé que de la vue du corps, sent au moins ce qui lui manque. Avec la connaissance de son état , il a le désir ardent de le voir fînir ; et s'il croit que quelque remède puisse l'en délivrer, il le rechercbeavec empresment. Au^^ontraire', l'infortuné livré à l'aveuglement spirituel, ne connaît pas son état; il a perdu tout sentiment, jusqu'à celui de son mal. Il appelle, comme dit Isaïe, mal ce qui est bien , et bien ce qui est mal. Il prend les ténèbres, où il s'égare, pour la lumière ; et la lumière , où on veut le rappeler , pour les ténèbres (1). Use croit heureux de ce qui £ait l'excès de son malheur* Loin de désirer la fin de son aveuglement , tout ce qu'il redoute , c^est d'en êu-e retiré. Il repousse 4es pensées salutaires qui pourraient l'éclairer ; et si quelque rayon de la clarté céleste vient luire auprès de lui , il le fuit avec précipitation, et court s'enfoncer dans sa ténébreuse olMcuri* té« Quelle ressource peut'-il rester à un malade qui se jette avec avidité sur tout ce qui irrite l'ardeur de sa fièvre, et qui rejette avec dégoût tout ce qui pourrait la calmer? Ames nialbeureuses, qui languissez dans ce triste état> qui cependant n'avee pas perdu tout souvenir de cette lumière dont vous jouissiez autrefois, qui sous la vile et 4^bse cendré dont vous l'avez recouverte et éiouiEéef conservez encore quelques étincelles du beau feu qui vous embrasait ; qui sentez par intervalle quel«ques faibles déân, derniers reste» d'une foi expirante, lueurs incertaines qu'elle jette avant de s'éteindt^ entièrement , et qui indiquent qu'elle peut être ranimée ; «ontemplez cet aveugle, queFËspjit saint vous présente iei pour modèle. Que son exemple vous serve à la i^is^ et d'enoounigement^ et d'iostruction ; qu'il vous excite à sortir de voti^ aveuglement, et qu'il vous enapprenne les moyens.
(i) T« qai diâtîs in«)iiiB bonom, «t boomn siakiiD : ponentes tenÂns lacem, et Iocod ttJodbrM. Isa^ r, so.
Entendant passer une troupe de gens, il demanda ce que c'était. On lui dit que c'était Jésus de Nazareth qui passait • Il se mit aussitôt à trier : Jésus, fils de David, ayez piliéde moi. Depuis trois années que Jésus-Christ exerçait son. ministère , parcourait toutes les parties de la Ju(iée , en répandant ses bienfaits , calmait les tempêtes , guérissait les malades, délivrait les possédés, ressuscitait les morts, et joignait à toutes ces merveilles la prédication d'itne doctrine plus merveilleuse encore, sa réputation s'était étendue, et remplissait tout le pays* Elle avait excité la jalousie de la Synagogue^ la haine des Pharisiens, la curiosité d'Hérode, et en même temps l'admiration du peuple , le respect et la confiance de tout ce qu'il y avait d'hommes vertueux. Il ne marchait plus qu'environné d'une multitude qui se précipitait sur ses pas, empressée de -contempler ses miracles , et de recevoir ses instructions.'Le pauvre aveugle de Jéricho avait certainement entendu parler de cet homme extraordinaire. Il n'ignorait ni le pouvoir que Jésus exerçait sur toute la nature, ni l'usage que sa bonté inépuisable ne cessait d'en faire. Il savait que cet homme divin avait rendu la vue à plusieurs autres aveugles. Retenu par son infirmité et par sa pauvreté, il n'avait pu aller le trouver; mais dès qu'il apprend que ce bienfaiteur universel passe auprès de lui, aussitôt se raniment dans son cœur, et le désir de sa guérison, et la foi dans la puissance de Jésus, et l'espérance qu'il daignera faire pour lui ce qu'il a déjà fait pour tant d'autres. Il se hâte de profiter d'une occasion aussi favorable. Avant même que Jésus soit arrivé au lieu où il est , il crie vers lui pour implorer sa pitié ; il ne cesse de crier pour l'obtenir.
^ Malheureux ! qui gémissez sous le joug funeste du péché, combien de fois Jésus- Christ est-il passé auprès de vous, sans que vous ayez daigné y faire attention 1 II y passe encore tous les jours, et vous négligez, vous refu« sez même positivement d'en profiter. Cette multitude qui se rend dans les temples , vous invite par son exemple à l'y suivre. Ce temps favorable de l'A vent ou du Ca*
rême y vous appelle à des prédications salutaires. Cette retraite, cette mission, ce jubilé qui vont s'ouvrir, vous présentent de saints exercices. C'est Jésus-Christ qui s'of» fre à- vous sous toutes les formes, qui cherche par divers moyens à vous attirer à sa suite. Il passe même dans vous. Ces remords , ces inspirations , ces pieux mouvements que vous éprouvez, toutes les grâces , en un mot, que vous recevez, sont autant de passages de Jésus-Christ. Mais hâtez-vous de mettre à profit ces précieuses occasions. Jésus ne fait que passer. Peut-être est-ce aujourd'hui la dernière épreuve de. sa bonté. Peut-être, rebuté de vos refus, se prépare-t-il à vous abandonner. Peutêtre serez- vous passé vous-même , avant qu'il ne revienne à vous ; car notre vie , de même que sa visite , n'est qu'un passage rapide* A l'empressement de l'aveugle, joignez sa persévérance : demandez avec continuité comme avec ferveur, demandez la grâce de sortir de votre déplorable état ; car le premier pas vers la- conversion est de la demander. Elle est l'ouvrage de Dieu , de même que le nôtre. Elle est un don de la miséricorde ', -autant et plus encore qu'un acte de notre volonté ; car la volonté même de nous convertir , nous ne pouvons la tenir que de son indulgence. Dites-lui donc , comme l'aveugle : « Fils de David, ayez pitié de moi ; ayez pitié « du triste état où vous me voyez. Faites-moi connaître « tout mon malheur, que je ne sens pas assez vivement ; « donnez-moi le désir ardent de m'en retirer , dont je « n'ai encore qu'une impuissante velléité ; mettez dans M mon cœur cette douleur vive et profonde de mes pé- « chés qui devrait y être, et que je n'y trouve pas; ins- « pirez-moi ces résolutions fortes, courageuses, efficaces, <c que j'essaie en vain de former ; brisez ces attache- •( ments criminels , ces habitudes vicieuses que je n'ai « pas la force de rompre ; réformez ces penchants , ces « inclinations funestes qui m'entraînent , sans que mes u efforts trop faibles puissent me retenir. Ayez pitié de « moi. Seigneur, ayez pitié de moi. » Que cette invocation soit continuellement dans votre bouche. Ne cessez ,
318 EXPUCATiOPf
oomme Faveugle , de la répéter jusqu'à ce qu'elle soit exaucée ; elle le sera infailliblement de même , si vous la faites avec autant de ferveur et de persévérance : yoos en avez pour garants, et la parole, et la promesse de Jésus-Christ, qui ne peuvent être vaines (1), et sa bonté qui ne peut être épuisée.
Ceux qui allaient devant le grondaient pour h faire tot— re / maiê il criait eneoreplus fort : Fils de David ,.ayez pitié de moi. Ceux qui précédaient le Sauveur, étaient fatigués des cris de cet aveugle , qui , ne sachant pas le moment où Jésus passerait, et voulant continuellement en être entendu, répétait continuellement, et le plus haut qu'il lui était possible, son invocation. Insensibles au sort de ce malheureux, ils ne sentaient aue l'importunité de ses lamentations. Ils n'avaient ni l'ardeur de l'aveugle pour sa guérison, ni l'abondante charité de Notre-Seigneur. Ainsi, couvrant la contrariété qu'ils éprouvaient, du prétexte que ses cris importuneraient Jésus-Christ, ils s'ef— forçaient de le faire taire, ils le grondaient : un'des évangélistes dit même qu'ils le menaçaient. Mais la foi de l'aveugle , et sa confiance dans le Libérateur de tous les malheureux , étaient supérieures à leur contradiction. Plus ils étouffaient sa voix, plus il l'élevait ; et opposant à leurs reproches une courageuse résistance , il criait plus fortement encore.
Pécheurs , qui entreprenez l'important ouvrage de votre conversion , attendez-vous aux mêmes obstacles. Dès que le monde s'apercevra qu'abandonnant les voies où vous vous égariez , vous rentrez dans la route du salut, il s'efforcera de vous en détourner. Les compagnons
(i) Petite, et dabitar vobis; qnaerite, et inTenietis; polsate, et aperietar vobis. Omnis eoini qai petit, accipit; et qai quaerit, invenit; et pu Isanti aperietar. Match, vu, 7 et 8.
Et omnia quaecamqae petieritis in oratione credentes, accipietis. Matth. xzi, 22.
Et quodcamqae petieritis Patrem in noniine meo hoc facism, ut glorificetar Pater in Filio. Si quid petieritis me in Domine meo, hoc faciam. Joa/i. xiv, i3 et 14.
BBS £VÂN6tLES; * 319'
lie yX)s péchés, sentant que votre nouvellevic va devenir une censure secrète de la leur, ne voulant pas que vous changiez, parce qu'ils ne veulent pas changer eux-mê* mes, multiplieront leurs efibrts pour affaiblir vos désirs, «branler vos résolutions, ralentir votre inarche. Insinuations , exhortations , exemples , railleries , séductions , rien ne sera épargné pour vous ramener sur vos pas. Combien de conversions , hélas I heureusement commen-» cées , et qui donnaient les plus belles espérances , ont avorié par Teffet de ces détestables suggestions ! Combien d'âmes prêtes à se donner à Dieu , en ayant la volonté réelle , ont été rendues au démon , par les conseils séducteurs , par les mauvais exemples , par les occasions dangereuses , par le respect humain ! Ce n'est pas tout encore ; vous serez à vous-même votre plus dangereux ennemi. Yos passions , vos liaisons, vos attachements, vos inclinations , vos habitudes soulevées contre une réforme qui va les anéantir, exciteront dans votre âme une guerre intestine : ils opposeront à vos pieux mouvements , des mouvements de concupiscence ; à vos saints désirs, des souvenirs flatteurs; à vos résolutions, des occasions séduisantes ; à votre pénitence, des plaisirs tout préparés : hors de vous , en dedans de vous, l'ennemi du salut suscitera à votre conversion des obstacles de tout genre. Seriez- vous assez malheureux pour qu'ils pussent vous ralentir, vous arrêter? Si l'aveugle de notre évangile avait cédé à ces voix ennemies qui lui imposaient silence , il serait resté toute sa vie dans son triste état. Vous ne sortirez du vôtre , plus déplorable encore, qu'en résistant avec la même fermeté, en redoublant comme lui vos efforts à proportion des oppositions que v«us trouverez. Votre constance surmontera , ainsi que la sienne, tous les obstacles ; vous forcerez le monde luimême à vous approuver ; vous imposerez silence à ceux qui avaient osé vous censurer. Ils raillent les commencements de votre piété ; ils en respecteront les progrès : et après s'être opposés à votre guérison , quand elle n^était qu'ébauchée, ils l'admireront quand elle sera par--
faite. Aussi ceux quiavalent voulu faire taire l'aveugle ne purent a'empêcher , dès qu'ils virent sa vue rétablie , d'applaudir à sa constance , et de le louei^ de leur aveir résisté.
j4hrt Jésus s'ariêUmtj commanda qu*on le lui amenai'» J^^, lorsqu'il se fut approché: il lui demanda: Que voulez-vous que. je vous fasse ? Seigneur, répondit l'aveugUy que je voie. Jésus lui dit :. Ployez ; votre foi vous a sauvé. Et à V instant il vit. La prière réitérée et continuelle de l'aveugle, ar» ré te Jésus à son passage , et c'est aussi ce que produiront les nôtres. Il ne fait que passer auprès de ceux qui le négligent; ils s'arrête auprès de ceux qui l'invoquent: il reste avec eux., il s'établit dans eux et y fait sa demeure (1) ; il converse avec eux ; il les encourage , comme l'aveugle , à lui exposer leurs besoins , à. lui demander ses bienfaits ; il les écoute avec indulgence, et leur répond avec bonté.
Amené auprès du Sauveur , l'aveugle répond à l'affabilité de son accueil par la confiance la plus entière. Il lui demande la guérison, de son infirmité. Cette prière seule est un hommage éclatant rendu à la divinité de Jésus-Christ. Il n'y a qu'à celui qui a donné des lois à la nature, qu'on puisse demander de les interrompre. Mais la foi , qui , selon la parole divine , est capable de produire des miracles , est aussi digne de les obtenir. Celle de l'aveugle était grande et animée ; elle avait surmonté des obstacles ; elle fut, et Jésus le déclare, le principe de sa guérison.
La première grâce de conversion que nous avons- à demander à Jésus-Christ , est de nous faire connaître notre malheureuse situation, et de nous inspirer le vif désir d'en être retirés. Disons-lui avec l'aveugle : Seigneur , que je voie ; que je voie la folie , le néant de tous ces> vains plaisirs dont j'ai été jusqu'à présent si engoué ; que je voie toute la profondeur de Tabime où
(k) Ad eum yeaiemus, et nunsionem apad eam faclemus. Jean,
DES EVAICGILES. SiV
je me suis volonlairement précipité ; que je voie l'épou* vautable dauger où ni'out conduit mes crimes; que je voie les douceurs attachées à votre service ; que je voie la félicité que vous me destinez , si je reviens à vous avec sincérité; que je voie, en un mot, tout ce que jusqu'ici j'ai obstinément refusé de voir, tout ce que mes funestes passions, comme d'épaisses vapeurs, déro-^ bent à ma vue. Dissipez ce brouillard infect étendu devant mes yeux ; faites briller votre lumière céleste devant ce malheureux assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort ; que son rayon salutaire dirige mespas, et me conduise au centre d'où il part, pour me réunir à vous (1). Mais demandons la fin de notre aveuglement , avec cette foi ardente qui mérite des miracles. La conversion du pécheur en est un. Pour changer un •ooeur perverti, il faut autant de puissance que pour changer l'ordre de la nature. La guérison des maux de l'âme est un prodige de la grâce , de même que la guérison soudaine des inârmités du corps en est un de la toute-puissance. Méritons que le Seigneur nous dise, comme à cet aveugle : Yotre foi vous a sauvé.
El il le suivait en glorifiant Dieu, Et tout le peuple qui le vit loua Dieu, Pécheurs, sortis des liens du péché, ^ gardez-vous d'imaginer que, parce que vous avez obtenu Ja grâce de la réconciliation , il ne vous reste plus rien à' faire. L'aveugle guéri par Jésus-Christ s^attache à sa^ suite, et vous montre par là ce que vous avez à faire«^ Âttachez'Vous, comme lui, .à votre divin bienfaiteur; marchez de même dans la route qu'il vous a- tracée. Ce n'est que sur ses pas qu'on peut parvenir où il est monté : il n'y a pa» d'autre route que celle qu'il a suivie. Il ne s'est pas contenté de nous< l'indiquer , il y a marché à notre tête, pour que, l'y suivant, et l'ayant toujours devant les* yeux , nous ne nous garassions paSé £t la reconnaissance du nouveau bien qu'ilnous a fait en nous*
(i) Illtuninare his qai in' tenebris' et in imbr» mortis sedenf^ td
dirigendoi pedet nostros m yiampacis. Lue, i , 79r
324 EXFI.lCAtiOl9
il déteste le mal, et it y est entraîné (1 ) ; et il n'espère la fin de ces rudes combats , que lorsqu'il sera délivré du poids importun de son corps mortel (2)»
Cette dure nécessité de subir la tentation nous paraît sans doute bien déplorable. Elle entre cependant dans tes vues bienfaisantes de la Providence pour notre salut ; et si elle nous présente de grands dangers, elle les compense par de grands avantages. L'homme qui n'a jamais été tenté, que sait-il, dit l'Esprit saint ? C'est l'expérience qui agrandit les pensées (3). La tentation nous donne la connaissance de nous-mêmes, et nous force d^acquérir celle de nos moyens de défense ; elle entretient rhumilité par le sentiment de notre faiblesse, nous rappelle à Dieu par le besoin de son secours , ranime notre vigilance par la crainte du danger , fortifie toutes nos vertus par l'exercice continuer où elle les tient.
Ainsi la perspective de la tentation , loin d'abattre notre courage, doit le relever ; loin de ralentir notre espérance, doit fa ranimer. Ne nous: croyons pas vaincus parce que nous sommes violemment attaqués. La même foi qui nous montre l'ennemi sans cesse occupé à nous combattre, nous découvre le secours puissant toujours prêt à nous assister. Elle nous révèle deux dogmes bien propres à nous rassurer, la certitude de la grâce , et la puissance de la grâce. Certitude de la grâce. Dieu nous l'a promise : il est fidèle, . il ne souffrira jamais que nous soyons tenlés au-delà de nos forces ; mais au milieu de la tentation, il nous apportera un secours qui nous donnera la force de résister (4). Puissance de la grâce. Puis-
(i) Non enim qaod toIo bonmn , hoc ag;o; sed'qnod odi malam, illnd fAcio. lèid. t , i S.
(a) lofelix ego homo, qais me liberabik de corpore mortîs hnjlis? jéd Rom. y, a4.
(3) Qai non est tentatns-, qoid scit? Yir in maltîs ezpertas, iK^itabit mnlta. £ccli. xxxiv , 9.
(4) Fidelis antem Dens est, qoi non paiietnr vos tentari snpra id qood potestis ; sediaeiet etfam ctun tentatione pcovenrom, nt possitis «istinerc. / Cor, x, i3..
je douter de la victoire, quand celui qui est au dedans de moi pour me défendre, est plus fort que celui qui est dans le monde pour m'attaquer (1) ? Faible par moi* même, je ne puis rien sans doute ; mais je puis tout avec celui qui me fortifie (2) , et qui daigne combattre pour mpi, avec moi et dans moi. C'est insulter à la véracité de Dieu, que de ne pas compter sur son assistance; c'est faire injure à sa toute^puissance, que de douter qu'elle nous fasse triompher. Le grand Apôtre nous apprend que nous avons une guerre continuelle à souffrir contre les puissances de ce monde ténébreux, contre les esprits de malice répandus dans les airs. La conséquence qu'il en tire, et que nous devons en tirer après lui , est que pour leur résister, nous devons prendre l'armure de Dieu;. et continuant la même métaphore, il nous présente la vérité comme le baudrier qui ceint nos reins ; la justice, .comme la cuirasse qui couvre notre coi^ps ; la foi, comme le bouclier qui repousse les traits de l'ennemi ; l'e^érance,. comme le casque qui défend notre tête ; et la parole de Dieu , comme le glaive qui arme nos mains (d)*
Quel usage devons-nous faire de ces armes saintes? C'est du divin Modèle que nous présente cet évangile , que nous l'apprendrons. Pour nous pénétrer des instructions qu'il nous y donne, distinguons deux choses : les précautions à prendre contre la tentation , de loin , et avant d'en être attaqués, et la défense à opposer à la
(i) Tidstis eam, qnoniam migor «st qai in vobis est, qaam qnî in'niaodo. Jean, iv, /(«
(a) Omnia possnni in eo qai me confortât. Phiîipp. iv, i3.
(3) Non est nobis collnctatio adversas carnem et sangoinem , sed adversoi principes et potestates, adversas mundi rectores, tenebrarom hamm , contra spiritoalia neqoitiae in cœlestibns. Propterea aocipite arnatoram Dei , nt possitis resistere in die malo , et in omnibus perfecti stare. State ergo saccincli Inrabos vestros in veritate , et indott loricam jnstitiae.... In omnibus snmentes scnium fidei, in (\jsio possistis omnia tels neqoiBsimi ignea extinguere, et galeam salntis assnmite; etgladinra Spiritns, qaod est?ei;bnm Dej. Ephes, vi, 12 —
tentation lorsqu'elle est présente , et qu'elle est venue fondre sur nous. Jésus-Christ nous donne de Tune et de Fautre, des exemples que nous ne saurions trop méditer, et surtout trop imiter.
Mon fils, nous dit la Sagesse éternelle , en te consicrant au service de Dieu , prépare ton âme à la tentation (1). Il serait bien imprudent celui qui , prévoyant un grand combat à soutenir, ne s'y préparerait pas d'à* vance. Plus notre ennemi est adroit et habile, plus nous devons être sur nos gardes ; plus il emploie de rases pour nous surprendre „ plus nous devons employer de vigilance pour nous en préserver (2). Considérons la conduite que tient vis-à-vis de lui Jésus-^Christ.
L'évangile nous fait observer qu'il ne va pas delflimême au lieu où il doit être tenté ; il y est conduitpai une inspiration de l'Esprit saint : première leçon qa'il nous donne de ne pas nous présenter de nous-mêmes à la tentation. C'est bien assez de celles que nous ne pouvons pas éviter , sans que nous allions encore volontairement en chercher. S'il est de foi que Dieu nous assistera dans la tentation, il est également de foi que celui qui aime le péril, y périra (3). Ces deux vérités ne peuvent se contredire. Pour en sentir l'union, il faut considérer que Dieu nous accorde contre les tentations deux sortes de grâces ; une grâce de fuite , et une grâce de combat. La première nous en préserve , la seconde nous en délivre. Les tentations prévues sont l'objet de la première, et nous devons d'abord y correspondre, et len^' ployer autant qu'il nous est possible ; la seconde ne nou:» est donnée que contre les tentations dont la preinuîf^ ne nous a pas garantis ; ce sont celles qui viennent noas
(x) Fili, acoedens ad serTimtem Dei prépara aaiioain
ad teotationem. Eccli. u, i.
(a) Sobrii estote , «t vigilale, qaia adversarias rester ^****?'°î !!" qaatn leo rugiens circuit, qocrens qaeni dcvoret : cni resistire \o*^ in fidc. / Fetr. v, 8 et 9.
(3) Qai nmat pericalam, m illo perîbit. EccU, m , a?*
attâqaer à l'improviste, ou dans lesquelles des circons* tauces impérieuses nous entraînent, ou même que nous rencontrons trop souvent dans la pratique de nos de-* voirs. Mais Dieu ne nous doit pas l'une quand nous avotis négligé l'autre. C'est à notre fidélité et non à notre imprudence, qu'il a promis son secours; et celui qui s'est exposé au danger malgré son précepte , ne mérite pas qu'il Ty assiste.
Observons encore à cet égard que le démon emploie pour nous prendre deux sortes de pièges différents. Tan* tôt il nous <^re des objets qui nous effraient et qui nous dégoûtent ; tantôt il nous présente des objets flatteurs et agréables* Il se sert du premier moyen pour nous éloigner de la vertu, et du second pour nous attirer dans- le vice. Mous devons opposer à chacune de ces deux tenta-' tions» une des deux grâces que la bonté divine nous accorde : la grâce de fuite aux séductions , la grâce de combat aux terreurs. En faisant toujours le contraire de ce que l'ennemi tâche d'obtenir de nous , quand il cherche à nous attirer, fuyons avec prudence ; quand il s'efforce de nous intimider, combattons avec courage. Mais la force est impuissante contre les tentations qui plaisent» Israël, triomphateur de Moab^ tombe aux pieds des filles moabites ; Samson, la terreur des Philistins, est subjugué par une jeune Philistine ; le vainqueur de Goliath est précipité dans l'adultère et dans l'homicide , pour n'avoir pas fui les dangereux attraits de Bethsabée.
L'Ecriture sainte nous fait remarquer le lieu où Jésus- Cbnst va se préparer à la tentation. Cest loin, du monde, où il doit passer le reste de sa vie pour l'éclairer et le convertir ; c'est dans le désert qu'il va attendre le moment où le tentateur viendra s'attaquer à lui. Et nous, à son exemple, préparons-nous aussi, par notre éloignement du monde , aux tentations que nous devons éprouver. Nous ne pouvons pas tous nous vouer à une Solitude perpétuelle, et mettre entre nous et le monde une barrière éternelle. C'est une grâce spéciale que Dieu n'accorde qu'à x[uelques individus f c'^st un état de perfec-
tion qui exige une vocation particulière. Le monde doit être le champ de nos combats; mais c'est hors du monde que nous nous disposerons utilement à les soutenir. Considérez ce soldat nouvellement engagé dans la milice terrestre ; c'est pendant qu'il est encore éloigné de l'ennemi qu'il s'instruit à le combattre, qu'il apprend l'usage de ses armes, qu'il essaie ses forces , et qu'il les exerce pour les déployer au jour de la bataille. Ëloign^ns-nous pour un temps de notre ennemi ; mettons entre nous et lui un intervalle pour nous rendre plus capables de lui résister. Les saints exercices de la retraite nous formeront à la guerre que nous aurons à lui faire. La retraite éclaire l'esprit, et, le dégageant des illusions dont le spectacle du monde le fascine, lui montre à découvert ses intérêts et ses devoirs , ses dangers et ses ressources. C'est aux pieds de Dieu que l'on reçoit sa science (1). La retraite excite et échauffe le cœur. La méditation des grands motifs de la religion l'élève et le maintient à une hauteur où les petits intérêts et les vifS' attachements de la terre ne peuvent l'atteindre. La retraite ranime et soutient les forces : là se prennent et se consolident les résolutions courageuses contre lesquelles viennent se briser les efforts de l'ennemi ; là sont demandées, méritées, obtenues les grâces triomphantes qui repoussent tous les assauts de l'enfer. Dans la retraite, l'âmé se vide de toutes les idées mondaines, et elle en sort remplie , pénétrée des pensées célestes qai en défendent l'entrée, et qui n'y- laissent aucune place aux tentations.
Mais ce n'est pas assez de ces retraites transitoires aux« quelles on consacre quelques jours dans rannée ou une journée dans chaque mois. Nous devons craindre d'en perdre le fruit dans les oëcupations, dans les agitations « •dans les dissipations du siècle. Pour éviter ce malheur, faisons-nous une sorte de désert habituel au milieu
(i) Qai appropinqoant pedibas eja», accipient de doctrina iUia*.- Deut, xxjaii, 3->
iii^me du monde, et ea étant environnés, sachons nous en isoler ; séparons-nous entièrement de ses maximes , de ses pompes, de ses spectacles, de ses plaisirs. Forcés de vivre dans le monde, vivons-y peu avec le monde, et beaucoup avec nous-mêmes. Du tumulte des sociétés , des affaires, des embarras du monde, où les devoirs d'état nous rappellent , rentrons souvent dans la solitude de notre intérieur; et nous y faisant un rempart de nos méditations, de nos résolutions, de nos prières , de nos bonnes œuvres, attendons-y avec une confiance respectueuse dans le secours de la grâce, les assauts que l'ennemi nous prépare.
L'évangile poursuivant le récit des moyens par lesquels Jésus -Christ se dispose à la tentation , nous dit qu'il jeana quarante jours et quarante nuits. Il nous apprend ainsi que le jeûne et la mortification sont les préservatifs les plus efficaces contre les tentations. C'est par nousmêmes que le démon nous combat ; il suscite contre nous des ennemis d'autant plus dangereux , qu'ils nous sont plus Intimes ; d'autant plus redoutables , que nous les chérissons ; d'autant plus invincibles , qu'ils nous flattent en même temps qu'ils nous font la guerre , et qu'en nous attaquant ils nous oient le désir de leur résister. Ils soulèvent notre chair contre notre esprit, nos passions contre notre raison, nos sens contre notre foi (1). Commençons par affaiblir ces ennemis intérieurs , pour les combattre ensuite avec plus d'avantage; Tout ce que nous leur accordons leur donne de la force , qu'ils tournent bientôt contre nous ; au contraire , plus nous leur refusons, plus nous acquérons sur eux d'empire. Nous accoutumons à la fois , nous à les dominer , eux à nous obéir. La chair, les passions et les sens sont des sujets indociles, toujours prêts à se révolter , et que la force seule peut contenir; violents et emportés sous un régime ^~~'^— ■^■■^— ^^— — ^— ^■^■^— ~^— p^— I ^-^—1 ^^,,^^„„„,,.^,,.^ ^
(x) Garo eDÎm. concupiscit adversaa spiritnm; ftpiritns aatem adversus carnem. Haec enim .sibi invicem adverspntur; at uod qoaecamqae ?aitis, illa faciatis. Ad Galat. ¥,17,
faible et mou , ti-anquilles et soumis sons un sceptre ferme et sévère. Or , c'est à refuser ce qu'ils nous demandent, ce qu'ils osent même exiger avec une insolente imporlunité , que consiste la mortification. £ile n'est autre chose que les privations que nous leur itn— posons. Ainsi, la mortification produit le double effet , et d'affaiblir les tentations, et de nous fortifier contre elles. Elle tient fortemeuf comprimés ces terribles rcs^ sorts intérieurs qui, lorsqu'on les laisse se lâcher, em^ portent avec violence noire volonté , et font dans notre âme les plus alFreux ravages. La mortification a été le secret de tous les saints pour surmonter les tentations qui les tourmentaient. Quand David sent ses pensées devenir trop importunes, et ses désirs l'agiter trop vivement, il se couvre d'un cilice (1) ; et l'apôtre S. Paul , pour faire cesser les combats intérieurs qui le déclarent, châtie sa chair, et la réduit en servitude (2).
Après nous avoir montré par son exemple la manière de nous préparer à la tentation, Jésus-Christ nous ins~ truit à la combattre lorsqu'elle est présente, et que nous en sommes actuellement attaqués. Pour cet effet, H se soumet lui-même à trois tentations différentes, qui sont celles de la sensualité, de l'orgueil et de la cupidité. £t remarquons qu'il choisit pour notre instruction les tentations auxquelles nous sommes le plus exposés. Tout ce qui existe dans le monde, dit l'apôtre S. Jean, est, ou concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux , ou orgueil de la vie (3). Tous nos vices tiennent à quelqu'une de ces passions ; tous nos péchés découlent de l'un de ces principes. Notre divin Modèle étant tenté aujourd'hui sur ces trois points, nous fait voir la résistance que nous devons opposer à toutes les diverses sorties de tentations.
(r) Ego autera caui mihi moîesti essent , indaebar cilicio. Psalm. XXXIV, i3.
(a) Castigo corpns meam, et in servitutem redigo. / Cor. iz, a 7.
(3) Orane quod in mando, concupiiicentia carnis est, et concapis- ' <centia ocnloram, et soperbia vitae. / Joan, k , 16.
lîeul faim, Ei le tentateur s'approehant, lui dit : Si vous éte$ le Fils de Dieu, dites que ces pierres deviennent des pains, Jésus lui répondit : Il est écrit : Lliomme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, Première tentation, qui est celle de la sensualité et des plaisirs. Nous avons ici deux choses à observer : l'astuce du démon , et la sagesse avec laquelle Jésus- Christ la confond.
C'est lorsque Jésus-Christ, pressé delà faim, ne trouve rien dans le désert qui puisse la satisfaire, que le démon se présente à lui. Ainsi , pour nous tenter , il épie sans cesse notre siluation, nos besoins, nos désirs , nos inclinations, notre humeur , notre tempérament , nos passions; et profitant de tout ce qu'il découvre en nous de faible, c'est par là qu'il nous attaque. Ce qu'il propose à Jésus-Christ, ne présente en soi rien de criminel. Apaiser la faim qu'un jeûne de quarante jours a excitée , ne peut pas être un péché; mais ce serait manquera la mortification que Jésus-Christ s'est imposée, ce serait se détourner de l'œuvre salutaire qu'il a entreprise. Et voilà comment le tentateur s'insinue auprès de nous : il se garde bien de nous proposer d'abord des péchés , dont l'idée serait plus propre à nous révolter qu'à nous séduire ; il commence par nous détourner de nos exercices de piété, sachant bien que de l'omission des œuvres religieuses, il ne lui sera pas difficile de nous conduire aux plus graves prévarications. Et vous pouvez vous le rappeler, vous tous qui des sentiers de la justice avez été entraînés dans les larges voies de l'iniquité. Le premier pas de votre égarement n'a-t-il pas été Tabandon des pratiques saintes que vous vous étiez imposées ? Un sentiment secret, (c'est le tentateur qui l'inspire)^ détourne tantôt d'un exercice , tantôt d'un autre. Un jour on se prive de la prière ordinaire; un autre on interrompt la lecture quotidienne ; un troisième on s'abstient d'une mortification accoutumée ; un autre encore on néglige ses œuvres de miséricorde : on regarde comme indifïé- ^*ent chaque manquement particulier dans les choses
33Î EXFLlCATlOn
non prescrites, et on juge peu utile ce qui n'est pas 'nécessaire. Plus on cède aux premiers obstacles , plus les obstacles se multiplient ; et des prétextes nouveaux viennent sans cesse justifier la déférence qu'on a eue pour les prétextes précédents. On a commencé par trouver le relâchement excusable; bientôton le trouve agréable : on s'y accoutume, parce qu'on s'y plaît. Les omissions moins importantes en amènent journellement de plus graves, jusqu'à ce que de degrés en degrés on tombe dans la cessation absolue de tout pieux exercice. De là à la cessation des devoirs il n'y a qu'un pas. Pour celui à qui les saintes pratiques sont devenues importunes , les devoirs eux-mêmes sont onéreux. Parvenu à nous les rendre fâcheux, l'esprit de ténèbres fait alors briller à nos yeux les charmes de la volupté. Et nous voilà placés entre un joug qui nous pèse et une liberté qui nous plaît ; entre des obligations qui nous dégoûtent et des plaisirs qui nous flattent. Notice choix sera-t-ilsuspendu ; le sera-t-il longtemps? Si la première tentation a eu sur nous tant de pouvoir, lorsque nous étions encore fortifiés par nos exercices spirituels, que ne fera-t-elle pas quand elle nous en trouvera abandonnés ? Si nous avons élé vaincus avec toutes nos armes, quelle résistance ferons-nous après nous en être laissé dépouiller?
C'est au premier pas qu'il faut arrêter un ennemi aussi dangereux. Si nous laissons les eaux du torrent s'insinuer dans la digue élevée pour le contenir, il la fera crouler et l'entraînera dans sa course. Si nous cédons aux pnemières suggestions , nous résisterons plus diffîcicilement aux suivantes. Maintenons avec fermeté toutes nos pieuses résolutions. A l'exemple de Jésus-Christ, ue nous laissons détourner d'aucun de nos pieux exercices. Ils ne sont pas strictement des devoirs ; ils sont la sauvegarde de nos devoirs : ils sont le rempart extérieur qui les défend contre toutes les attaques. Ou s'il arrive qu'un office de charité , ou une obligation d'état nous force d'interrompre quelqu'une de nos pratiques religieuses , que ce soit pour satisfaire à un devoir et non à une in—
elination ; que l'teuvre pieuse soit , non pas négligée , mais commuée en une autre plus méritoire ; qu'elle soit suspendue et non cessée ; et reprenons->la avec une nouvelle ferveur aussitôt que la liberté nous en sera rendue.
Considérons la réponse par laquelle Jésus* Cbrist confond la séduction du tentateur. Cet ange de ténèbres lui présentait, pour le tenter , le besoin de conserver sa vie et le désir d'apaiser la faim qui le tourmentait. Le divin Sauveur l«i parle d'une autre vie bien autrement précieuse que cette misérable vie actuelle. Le pain qu'il serait le maître de faire sortir des pierres , ne servirait qu'à la vie du corps ; le jeûne est utile à la vie de l'âme. Ainsi le démon nous tente en mettant sous nos yeux les besoins et les plaisirs de cette vie. Pour ne pas succom-> ber, élevons notre esprit aux grandes pensées, à la glorieuse destination et à l'impérissable félicité de la vie future : opposons au temps, l'éternité ; à la terre, le ciel; au monde, Dieu.
Alors le diable le transporta dans la ville sainte et leplaç.a sur le sommet du temple, et lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez^vous en bas, car il est écrit : Il a commandé à ses anges d'avoir soin de vous, et ils vous porteront dans leurs mains, de peur que vous ne heurtiez votre pied contre quelque pierre, Jésus lui dit : Il est aussi écrit : f^ous ne tenterez point le Seigneur votre Dieu, La tentation de l'orgueil est la seconde que Jésus-Gbrist a voulu éprouver dans sa personne. L'orgueil peut avoir plusieurs objets , et le démon choisit pour nous tenter , celui qui est le plus analogue à notre nature. Il nous présente , selon nos dispositions, l'orgueil de la naissance, l'orgueil des dignités , l'orgueil du pouvoir , l'orgueil de la considération , l'orgueil des richesses , l'orgueil de la force, l'orgueil de la beauté , l'orgueil des connaissances , l'orgueil des talents , et jusqu'à l'orgueil de la vertu et de la .piété , qui n'est ni le moins commun ni le moins dangereux. C'est par ce genre d'orgueil qu'il attaque le Sauveur. N'étant pas assuré peut-être que Jésus fût le
Messie, destiné à détruire son empire, il voyaitau mfM que c'était un personnage d'une éminente sainteté, ( c'est de sa sainteté même qu'il lui fait un piège. Il h dit qu'étant chéri de Dieu au point où il Test, Dieu a permettra pas qu'il se fasse du mal; qu'il peut sans dio ger se précipiter du faîte du temple ; que les aups. selon la promesse de l'Ecriture, viendront le soutfoii dans leurs bras , plutôt que de souffrir qu'il se ble Mais Jésus-Christ le confond par une réponse qui ferme pour nous une profonde instruction : il lui rappe la défense de tenter Dieu ; et ce serait le tenter d'exiger de lui un miracle pour se consenrer laTie.Cl n'est point par des miracles que Dieu yeut nous c» duire au salut ; il a établi un ordre de choses géoénl, et son intention est que nous le suivions. Regante comme des tentations du démon , ces idées qui wxoi quelquefois nous assaillir, de nous jeter dans des roMi extraordinaires. C'est nous éloigner du faut que deoM écarter de la route où Dieu nous a placés. Nous sotoB» assurés des secours divins , tant que nous la saivroB avec simplicité; mais Dieu ne nous doit plus riendj que nous en sortons et que nous nous faisons à nod mêmes des routes particulières qui, en nous distingua flattent notre orgueil. La voie commune de rhiuniii de l'obéissance aux supérieurs, de la fuite des occasi voilà celle qui nous est tracée et que nous ne pou^ quitter sans danger. Ce démon présente souvent à ce , qui ont fait quelques progrès dans la piété, la ^^^ tentation qu'à Jésus-Christ. Il leur dit : Jetez-vous ce précipice; ne craignez rien, votre vertu est assez ai mie; les anges eux-mêmes viendront, s'il le 1^^< votre secours; entretenez hardiment cette liaison ferait pédicr un autre; voyez librement cette peisoi ^llez sans inquiétude dans telles et telles sociéiei) périraient des âmes moins profondément enrac dans la vertu ; la vôtre ne fera que s'épurer :«Dicu, < vous servez si fidèlement , vous y assistera de se$ëj^% Répondons hautement à ces, séductions. H «s^ ^'
fa oetenteras pas Je Seigneur ton Dieu. C'est le tenter ]uedese jeter Tolontai renient dans un péril , sousl'esmr qu'il nous en retirera : c'est le tenter que de nous nettre dans l'alternative ou de notre perte ou d'un liracle qui nous en préserve. Il nous a promis des grâces l non des miracles ; il nous a promis des grâces quand ous les mériterons , et non quand nous les exigei'ons ; uand nom nous conformerons à sa volonté , et non aaûdnomlui désobéirons.
Le diabU le transporta encore sur une montagne fort ^€€j et lui montrant tous les royaumes du monde avec leur kire, il lui dit : Je vou$ donnerai toutes ces choses, si, ^ms prosternant, vous m'adorez, jilors Jésus lui dit : Mire-loi, Satan; car il est écrit .• F^ous adorerez le Sei" \nm votre Dieu, et vous le servirez lui seul» Voici la troisième tentation à laquelle Notre-Seigneur se soumet : c'est celle de la cupidité ; et il y en a de beaucoup d'espèces. Le démon le tente par celle qui flatte le plus lensiblement l'amour-propre et qu'ennoblissent les préugés da siècle, par l'ambition d'une vaste domination : i^âis iltient le même langage à tous ceux qu'il tente par ^Ppât des faux biens de la terre. Je te donnerai, dit-il ^ ^'ua , ces richesses après lesquelles tu soupires , si , en ^prosternant, tu m'adores. Je te donnerai, dit-il à OD autre, cette dignité qui est l'objet de tes vceux, si. 'fi te prosternant , tu m'adores. Je te donnerai , dit-il à in troisième , cette puissance dont tu fais ton idole , si, ^ te prosternant , tu m'adores. Et c'est nous prosterner devant le démon, c'est l'adorer au préjudice de l'adoraiioo due à Dieu seul , que de soupirer après les pompes qu'il étale , que de courir après les faveurs qu'il distri- °% que de briguer les biens de la terre par des moyens 'fiminels qu'il nous suj^ère. Repoussons ses perfides Dsinuations avec la force et l'indignation dont Jésusl'iirist nous donne l'exemple; disons-lui de même : letire-toi , Satan ; et ne perdons jamais de vue qu'à ^eu seul appartiennent nos adorations; qu'il est le seul >>aître que nous devions servir , et que nous nous re-
336 EXPLlCàTION
tirons de son service, quand nous nous mettons au servi oe de son ennemi.
Les trois réponses de Jésus- Christ aux trois tentations du séducteur, font naître une réflexion importante. Elles sont toutes tirées de la sainte Ecriture. Et nous apprenons de là combien la parole de Dieu est utile pour résister aux tentations. Elle est tout à la fois notre instruction, notre encouragement, notre soutien et notre force. Etudions donc constamment la divine Ecriture ; pénétrons-nous de ses saintes maximes ; rendons-nousles familières par la lecture et parla méditation. Et armés de ce glaive spirituel ( nous venons d'entendre S. Paul l'appeler ainsi), nous triompherons sûrement de notre ennemi et nous repousserons ses attaques.
Ahrs le diable le laissa, et aussitôt Us anges s'approchèrefit de lui, et le servirent. Dieu ne permet pas que la tentation soit continuelle ; après la victoire , il accorde le repos : le démon vaincu s'enfuit, et nous laisse jouir de notre triomphe. Gardons-nous de croire cependant que notre tranquillité doive être constante. S. Luc nous apprend que Jésus- Christ ne fut abandonné par le démon que pour un temps (1). Comme notre cruel ennemi ne se retire que pour méditer de nouvelles attaques , nous devons de notre côté profiter du calme où il nous laisse , pour nous préparer à de nouvelles résistances. Mais dans l'intervalle de ces combats , combien est douce la consolation de l'âme qui a pleinement triomphé ! C'est à ce moment que les anges s'approchent de Jésus-Christ , et viennent lui servir à manger. C'est alors que l'âme fidèle se nourrit avec une religieuse confiance du pain des anges, vient y chercher tout à la fois, et le prix de sa victoire, et la force pour en remporter de .nouvelles. Tous les vains plaisirs, tous les frivoles avantages que lui promettait souvent bien illusoirement la tentation , peuvent- ils entrer en comparaison avecles
(i) Et consDmniiti oinoi tentaiipne, diabolos recessit »b illo asqoe •d tempos. Imc.- iv , x.3.
DES ETANeiLES. 337
délices que lui procure ce pain sacré, et surtout avec celles que lui assure sa fidélité ?
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DU MUXI£M£ DIMAINCHE DE CAREME.
transfiguration de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
JÉSUS prit avec lui Pierre , Jacques et Jean son frère , el les mena à Técart sur une haute montagne , et il fut transfiguré devant eux. Son visage devint resplendissant comme le soleil , et ses habits blancs comme la neige. £a même temps ils virent paraître Moïse et Elle s'entretenant avec lut. Pierre prenant la parole , dit à Jésus': Seigneur , nous sommes bien ici; dressons-y , s'il vous plaît , trois tentes : une pour vous , une pour Moïse , et une pour Elle. Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit , et en même temps sortit de la nuée une voix , disant : C'est là mon Fils bien-aimé , en qui i^ai mis toute mon affection ; écoutez-le. A ces paroles les disciples tombèrent le visage contre terre et furent saisis d'une grande frayeur. Mais Jésus s'approchant , les toucha, et leur dit.: Levez-vous, et ne craignez point. Alors levant les yeux , ils ne virent plus que Jésus seul. Comme ils descendaient de la montagne^ Jésus leur fit cette défense : Ne parlez à personne de ce que vous venez de voir, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soU ressuscité d'entre les morts. ( Matth, xvii , 1 , 9. )
Jésii5 prit avec lui Pierre , Jacques et Jean son frère , et les mena à l'écart sur une haute montagne , oU il fut trans^ figuré devant eux. Son visage devint respkndis^nt comme
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le ioUil 9 f I te% Aabtto (2anc< cofmn^ la nei*^. Oa regarde communément la transfiguration de iNotre-Seigneur comme un miracle et comme un des plus éclatants qu'il ait opérés ; mais en y réfléchissant avec attention , cette opinion ne paraîtra pas fondée. Plus le divin Sauveur se montre avec splendeur et majesté, plus il se rapproche de son naturel. Il ne suspend pas les lois de la nature ; il leur rend au contraire un libre cours , quand il laisse échapper des rayons de sa gloire. C'est pour lui eu quelque sorte un plus grand effort de puissance de cacher sa grandeur que de la manifester. Le véritable miracle était l'état habituel auquel il se réduisait. Il ne faut que des yeux pour le reconnaître sur le Thabor , il faut de la foi pour le reconnaître dans le reste de sa vie. Sa transfiguration satisfait la raison ; son état ordinaire la, confond. Où cesse son éclat , là commence le prodige et le mystère.
Si dans le cours de sa vie, Jésus-Christ a privé son corps de la gloire qui lui eût été naturelle , c'est son amour pour nous qui l'a engagé à ce sacrifice ; c'est afin de souffrir et de mourir pour notre salut , qu'il s'y est déterminé. Si les princes du siècle, dit S. Paul, l'avaient connu, jamais ils n'auraient crucifié le roi de gloire (IJ. Si, sortant une seule fois de cet état d'humiliation auquel i il s'était condamné , il a apparu quelques moments aux { yeux de ses plus cbers disciples dans la splendeur qui lui appartient , c'est encore pour nous qu'il a suspendu ses décrets. Il voulait, en fortifiant la foi de ses Apdtres, établir plus fortement la nôtre, qui est fondée sur la leur. Il voulait les prémunir contre le scandale de sa passion et de sa mort. Il voulait qu'après sa résurrection, le souvenir de l'état brillant où ilsTavaient vu, les rendit plus disposés à le croire. Il voulait qu'après avoir reçu le Saint-Esprit , ce rayon de la splendeur céleste qu'il leur faisait entrevoir , soutînt leur travaux , échauffât
(i) Qaam nemopriincipWimhsjiiseaeevlicogaoTit. Si eoin cogno- TÎMent, onp^UMi PoivInWD gloriii cracifisiateiit. / Cor. ii, 8.
BBS EVANGILES. 339
leur tèle , Animât 'leurs pFédications. Il voulait leur présenter une image sensible de l'état glorieux auquel leurs corps étaient destinés. Il voulait qu'ils pussent donner , et aux peuples auxquels ils porteraient J'Ëvangile et à tous les [»ècles auxquels ils le transmettraient , une idée de la gloire suprême à laquelle ils sont appelés.
'Jésus-Cbrist n'admet pas tous les Apôtres au spectacle de sa transfiguration. Il choisit les trois qui lui étaient le plus familiers, et qu'il parait dans diverses occasions avoir spécialement distingués. Il nous apprend par là que les révélations particulières , et généralement toutes les |;râces qui sortent de l'ordre commun, ne sont pas le partage de tous les saints. Ce n'est qu'à un petit nombre d'âmes privilégiées que Dieu les accorde. Et nous avens à cet égard à nous garantir de deux écueils opposés; d'une crédulité excessive, et d^une incrédulité vicieuse ; d'une crédulité qui admet sans examen les rêveries des imaginations exaltées,. les rapports des piétés abusées , quelquefois même , il faut Ta vouer , les inventions des passions intéressées; d'une incrédulité qui, rejetant tout récit , par cela qu'il est extraordinaire, semble contester à Dieu le pouvoir de se manifester comme il lui plait. La première conduit à la superstition ; la la seconde mène à l'irréligion. Ce sont deux excès con^ ti^aires à l'esprit de TEglise catholique. L'un altère sa pureté ; l'autre conlredit sa véracité : celui-là fournit un prétexte aux railleries des libertins ; celui-ci donne un principe à leur impiété. Marchons entre les deux dans un juste milieu. Sachons, sur les faits n^iraculeux qui nous sont rapportés , croire , nier et douter. Que notre foi reçoive avec respect ce que l'Eglise reçoit. Que notre raison adopte avec confiance ce que les autorités graves attestent. Rejetons absolument , et les minuties qui déparent la religion , et les inutilités qui la surchargent , et les contes apocryphes qui la dégradent , et les indécences qui la souillent* Arrêtons -nous devant ce qui «ans porter l'empreinte de la certitude, présente des caractères de probabilité, et respectant la main maîtresse
de Tordre et naturel et surnaturel , suspendons notre jugement sur l'usage que, dans certaines occasions , ellea pu faire de sa puissance suprême.
En même temps ils virent paraître Moïse et Elie s*entre^ tenant avec lui, S. Luc rapportant la transBguration du Sauveur , ajoute au récit de S. Matthieu quelques circonstances qu'il n'est pas inutile de rapprocher. Arrivé sur la montagne , Jésus se mit en prières , et les trois apôtres qui raccompagnaient s'endormirent. Ce fut pendant leur sommeil et la prière de Jésus , que se fit la transfiguration, et que Moïse et Elie vinrent, revêtus de majesté, s'unir à Jésus-Christ, et s'entretenir avec lui de la mort qu'il devait subir ; et à leur réveil les Apôtres furent frappés de ce magnifique spectacle (1),
' Nous voyons presque toutes les actions importantes
du divin Sauveur, commencer par la prière. Ce n'était
pas qu'il eût besoin de rien obtenir , lui qui pouvait
tout. donner; mais en priant ainsi, il avait un autre
mptif , celui qui ne le quittait jamais et qui dirigeait
toute ses démarches , notre instruction. Il se faisait notre
modèle en même temps que notre intercesseur; et en
priant pour nous , il nous apprenait à prier. II parait
dans cette circonstance avoir un but particulier. L'évan-
géliste remarque que c'est au milieu de sa prière, qu'il
est investi de la lumière céleste. Il nous fait sentir par
là que c'est dans Jes oraisons que Dieu se communique
à nous , et répand sur nous ces grâces précieuses qui
éclairent l'entendement , dirigent la volonté , animent
le courage, soutiennent. la persévérance. Prions donc
comme Jésus-Christ, pour être un jour revêtus de la
gloire dans laquelle il se montre aujourd'hui.
Deux personnages s'approchent , et viennent converser
(i) Et facta est, daro oraret, species valtnsejasalteia; et ves«titos ejas albos et refalgens. Et ecce doo viri loqnebantar cdid i1)o. Eraiit antem Moyses et Elias, vi&i in majestate, et dictbant t-xcessnm ejns,. qnem conipletBrtis erat in Jerasalem. Petrus vero, et qui com illo . erant , gravati erabt somno. Et evigUantes videront majestateni ejos, rt duos viros qui stabant com illo. Luc. iz, ag-Sa.
srvec lui : ce sont Moïse et Elie. Ils lui apportent les hoiiiinages de la loi et de la prophétie. Jésus-Christ était le terme de l'une et de l'autre : c'était pour préparer sa venue que la loi avait été donnée , c'était pour l'annoncer que les Prophètes avaient parlé. Tout, dans l'économie judaïque , était figuratif ; tout avait rapport à Jésus-Christ : préceptes, promesses, menaces, cérémonies, sacrifices , sacerdoce, personnages même, patriarches, justes , prophètes; tout avait pour objet de le figurer , et de le promettre. Jésus-Christ expirant sur la croix, toutes les figures sont réalisées , tous les oracles accomplis : la loi ancienne tombe et expire avec lui , et c'est une loi nouvelle qui ressort avec lui de son tombeau. Les prophéties effectuées sont désormais sans objet. C'est là ce que signifie l'apparition du Père de la loi et du Chef des prophètes. Ils viennent jouir de la présence de celui à qui ils n'avaient pu présenter leurs respects dans un avenir lointain. Ils annoncent qu'enfin va être terminé l'ordre de choses qu'ils ont vu, et que va s'ouvrir celui qu'ils ont prédit. Ils s'entretiennent avec Jésus de l'événement qui doit finir l'un et commencer l'autre; de la mort que Jésus doit subir, qui sera la mort de la Synagogue et la naissance de l'Eglise; de ce moment le plus important qu'ait vu l'univers depuis sa création ; de ce moment, le dernier des siècles figuratifs, le premier des siècles promis, qui changera les destinées de l'homme régénéré et le cœur de Dieu apaisé; qui réunira le temps à l'éternité , la terre au ciel , la miséricorde à la justice.
C'est de sa mort que le Sauveur s'entretient avec Moïse et Elie. Comme elle était le terme de sa mission , elle était le but de toutes ses pensées. Sa mort si douloureuse , si humiliante , est encore ce qui l'occupe au sein même de la gloire dont il est revêtu. Quelle différence cependant entre Jésus sur le Thabor , et Jésus sur le Calvaire ! Ici il apparaît environné de majesté , et rayonnant d*une gloire qui se répand jusque sur ses habits ; là on le verra dépouillé , défiguré , méconnais»-
sable. Sur le Thabor reteniit la voix du Pèfe éternel qui le proclame son Fils bien-^aimé ; sur le Calvaire , le Fils s*écriera avec douleur qu'il est abandçnné par son Père. Aujourd'hui , élevé entre les deux plus grands personnages de la Loi , il reçoit leurs adorations; alors il sera exposé , entre deux larrons , aux risées et aux outrages de la multitude. En ce jour les Apôtres sont si frappés de l'éclat où ils le voient, qu'ils veulent ne jamais se séparer de lui ; dans ce jour-là ils l'abaudouneront honteusement, et celui qui montre le plus de lèle le reniera. Et pourquoi donc rapproche-t-il deux choses aussi disparates? C'est pour nous rappeler une des vérités fondamentales de sa religion : que l'ignominie et la gloire , les souffrances et la joie sont inséparablement unies ; et que dans les dispositions de la Providence, les unes mènent nécessairement aux autres. .
Pierre prenant la parole dil : Seigneur, nous sommes bien ici; dressons-y , s't7 vous plail > (rois tentes: une pour vous, une pour Moïse , et une pour Elie, Les trois Cotres qui avaient suivi le Sauveur s'étaient livrés au sommeil, lorsqu'il s'était mis en prières. Ils n'avaient pas vu le commencement de la transfiguration , et ils avaient été privés d'une partie de ce beau spectacle. Combien de grâces le sommeil de notre âme nous fait perdre ! Mais il faut observer que ce sommeil spirituel peut provenir de deux causes , et qu'il y en a de deux espèces : il y a un sommeil de faiblesse et de lassitude; il y en a un autre de négligence et de tiédeur. Jésus excuse le premier; il connaît notre fragilité. Auteur de notre nature, il sait quels sont ses besoins ; il sait qu'incapable de se soutenir longtemps dans la contemplation des choses célestes, notre esprit est obligé, de même que notrecorps, de se livrer par intervalles au repos, et de puiser dans un sommeil passager, des forces pour reprendre ses travaux. Nous ne voyons pas qu'il reproche à ses Apôtres celui auquil ils se sont abandonnés. Il ne permet pas inême qu'il les prive de la vue de sa gloire. Mais le sommeil de paresse , de dégoût » d'oubli de Dieu, est
DES KVAK^tLES. 343
absolument coupable et maibeureasetiient bien plus commun* Et ce qui est encore plus funeste , c'est qu'il est facile de s'y méprendre et de confondre l'un avec Tautre. Il nous arrive trop souvent de nous abuser à cet ^gard, de prendre notre négligence pour de la faiblesse; d'ériger notre mauvaise volonté en impuissance, et de justifier à nos yeux notre continuel repos , par le besoin de prendre quelquefois du repos. Pour distinguer de quelle nature est le sommeil auquel notre âme se livre si souvent , examinons trois points qui nous le feront connaître. !• D'où procède^-t-il? Est-ce d'un fond d'iudolencQ qui nous rend nos devoirs pénibles, ou d'une louable ardeur de nous en acquitter avec plus de zèle et d'utilité? 2^ Quel est'ii? y consumons^ nous un temps considérable? l'employons-nous à des objets qui nous éloignent de Dieu ? ou portons^nous , dans nos distrac-^ lions nécessaires, l'attachement à nos obligations et le désir de les reprendre? 3<* Quelle en est la suite? En sortons^nous plus fervents ou plus lâches ? revenons^nous avec un nouveau zèle aux devoirs de notre état et à nos saints exercices? ou en rapportons-^nous un esprit de dissipation, un goût de fainéantise , qui noUs rend les uns et les autres désagréables ?
Une pratique salutaire pour rendre ces sommeils de l'âme moins nécessaires et moins longs , est de varier nos occupations* Le changement est déjà une sorte de repos. Les travaux entremêlés fatiguent moins. On passe des uns aux autres avec une nouvelle vigueur. Elle était le fruit d'une profonde sagesse, la règle que le Père de la vie monastique dans l'Occident avait dictée, et qui avait conservé , dans les maisons où elle est en vigueur, une pureté de régularité , une hauteur de perfection qui fait rétonnement du monde et l'édification de l'Eglise. Les travaux du corps et les offices sacrés se succédant continuellement , le corps se délasse de ses fatigues dans le chant des saints cantiques , et l'esprit se repose de ses contemplations dans les ouvrages corporels. Diversifions ainsi nos exercices , et ils nous seront moins pénibles»*
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Faisons succéder aux devoirs d'état , la prière ; aux méditations , les lectures pieuses. Chacune de nos actions BOUS reposera de la précédente , et nous éprouverons moins le triste besoin de l'inaction .
Combien, au sortir de leur sommeil, les Apôtres durent être frappés de l'admirable spectacle qui s'offrait à leurs yeux I Leur premier sentiment est celui de leur bonheur. S. Pierre l'exprime avec sa vivacité accoutumée« Oui , c'est là , c'est au sein de la gloire que l'on est bien. Ce n'est même que là que peut se goûter le vrai bonheur. Tous ces faux biens de la terre, auxquels notre imagination exaltée donne le nom de bonheur, ne sont que des plaisirs toujours mêlés de peines, quelquefois accompagnés de soucis, souvent suivis de regrets. Le bonheur n'appartient point à ce monde. Dieu l'a placé au delà des limites de la vie. Il nous est promis; il ne nous est pas encore accordé. Nous pouvons le mériter ; Une nous est pas donné d'en jouir. Nous le poursuivons par nos vœux ; nous ne l'atteindrons qu'en arrivant dans l'éternité. Au moment fatal où la mort, nous retirant du sommeil de cette vie , dissipera comme les vapeur; d'un long rêve toutes les pensées qui nous y auront occupés, notre âme dégagée du poids du corps se trouvera soudainement dans la présence de Jésus-Christ rayonnant de gloire , environné de tous les saints de l'ancienne et de la nouvelle lol^ et prononçant sur elle son irrévocable arrêt. De quel sentiment serons-nous agités? Quand il viendra , ce jour pour lequel tous les autres jours nous ont été donnés , nous surprendra-t-il par sa venue? nous y trouvera-t-ll préparés? C'est ce que nous sommes encore, ce que nous ne serons plus alors les maîtres de décider. Assurons donc notre sort tandis qu'il est entre nos mains ; et mettons-nous dans l'état où nous désirons éti^e trouvés.
Les autres évangélistes remarquent que saint Pierre , en demandant à Jésus-Christ de rester toujours sur le Thabor , ne savait pjas ce qu'il disait à raison de la
frayeur dont il était saisi (1), N'est-ce donc pas un sentiment bien naturel de vouloir rester continuellement avec Jésus dans sa gloire? Oui , sans doute. Mais ce qu€ S. Pierre ne savait pas, ou ce que le saisissement dans lequel il était lui faisait oublier , c'est que le temps de cette jouissance n'était pas encore arrivé. Il faut avoir souffert avec Jésus -Christ sur la terre, pour partager son bonheur dans le ciel. Il parviendra un jour, cet apôtre si zélé , au terme de ses vœux. Mais quelle immense carrière de travaux et de peines n'a-t-il pas auparavant à parcourir ! que de royaumes il aura à traverser ! que de terres à arroser de ses sueurs I que de peuples auxquels il portera la foil que de tribunaux où il la confessera! que de contradictions , d'humiliations, de tourments il subira, jusqu'à ce qu'enfin , parvenu dans la capitale du monde, il fasse de ce réceptacle de toutes l€s idolâtries le centre de la religion ; qu'auprès du trône des Césars , il pose sur des fondements plus solides la chaire pontificale, et qu'arborant sur le Capitole le signe sacré de la croix , il y soit lui-même attaché , et y ter'mine dans les supplices une vie consumée dans les fatigues !
Comme iljparlait encore, une nuée lumineuse les eouvrii, JSt en même temps sortit de la nuée une voix , disant : C'est là mon Fils hien-aimé , en qui f ai mi^ toute mon affection; écoutez-le. Nous trouvons ici deux choses^ un témoignage éclatant rendu à Jésus-Christ par son Père en présence de la Loi et des Prophètes , que représentent Moïse et Elie, et un précepte de l'écouter* Dieu rappelle ce qu'il avait fait entendre autrefois sur les eaux du Jourdain; il reconnaît hautement Jésus-Christ pour son fils. Il confirme ainsi le dogme sacré, rejeté avec dédain par l'incrédulité, combattu avec fureur par diverses hérésies , que Jésus^ Christ est la seconde personne de la Trinité , engendrée
(i) Non enim sciebat qnid diceret : eraot enim timoré exterriti. Jfiarc, IX, 5.
Nesciens quid diceset. Ane. ■u,-33.
346 EXPLICATIOH
dans réleruité , née dans le temps ; Dieu comme son Père, homme comme nous ; réunissant dans sa personne, par un assemblage incompréhensible , toutes les perfections divines et toutes les misères humaines, excepté le péché, incompatible avec sa divinité» Ainsi Dieu qui avaùt abandonné son Fils à toutes les humiliations que rhouime peut éprouver, se plaisait de temps en temps à lui rendre une portion de sa gloire , épanchant par là sa tendresse pour lui , et prévenant le scandale de son prodigieux abaissement.
Le commandement que Dieu fait aux trois Âp6tres, du fond de sa nuée lumineuse , d'écouter* Jésus— Christ , doit retentir dans toutes les régions et dans tous les siè^ clés. Jésus-Christ est l'abrégé de la loi chrétienne , et il en renferme tous les précités. Ecoutons Jésus-^Qirist comme nous le devons , et tous nos deyoirs seront remphs. Toutes nos vertus viennent d'avoir écouté sa voix ; tous nos vices, d'avoir refusé de l'entendre. Soyons donc attentifs à cette voix salutaire , et considérons par combien de moyens elle se fait entendre.
Jésus-Christ nous parle d'abord par les décisions de son Eglise , à laquelJb il a confié , avec le dépôt de son enseignement , la prérogative de son infaillibilité. Celui qui vous écoute , dit-il à ses apôtres (1) , et dans eux à tous leurs successeurs, m'écoute ; celui qui vous méprise, me méprise , et dans moi méprise celui dont je suis l'envoyé. Nous devons donc principalen^nt écouter l'Eglise, croire avec fermeté les vérités qu'elle enseigne , rejeter avec indignation les erreurs qu'elle condamne , recevoir avec docilité les instructions qu'elle publie , pratiquer avec exactitude les préceptes qu'elle dicte. Cette soumission que^nous devons à la vraie Eglise de Jésus-Christ, nous impose l'obligation de repousser loin de nous tout enseignement qui n'en émane pas ; de rejeter coeune des poisons mortels toutes les doctrines qui ne nous
(x) Qai Tos aodit, roe aadit; et qui vos spernit, me.ijpecilit. Qp^ «nlcm me speroit, spernit cnni qçî miat mt» Luc, s fiê.
DES éVAN6tLBS. 347
sont pas présentées par elle ; de fuir toutes les sectes «metnies, soit hérétiques, soit schismatiques, qttiont l'audacieuse prétention de partager son autorité ; et de nous éloigner soigneusement de ces chaires empestées, où se distribuent insidieusement, sous le nom de Jénia*- Christ , le mensonge et l'erreur.
Jésus'-Christ nous parle aussi , et c'est là son organe le plus direct, par les exhortations du ministère évangéiique. Maisl'écoutons-'nôus selon le précepte que nous en fait Dieu le Père ? Nous rendons^nous assidus à ces salutaires prédications? Et lorsque nous y assistons, quel est l'esprit que nous y portons? Quel compte n'aurons-nous pas à rendre un jour de tant de moyens • de salut , ou absolument abandonnés par notre négli** gence , ou rendus inutiles par nos vicieuses dispositioni? l<a parole divine ou nous pèse et nous ennuie , et nous n'y allons pas ; ou est pour nous un vain et frivole amu^ Bernent, et nous n'en retirons aucun fruit. Ou nous ne redoutons pas , ou nous l'écoutons mai ; et soit par notre refus de la recevoir , soit par Tabus que nous en faisons, nous tournons contre nous ce bienfait si précieux de notre Dieu. Ce qu'il avait institué pour être un principe' de salut , nous en faisons un moyen de damnation..
Jésus-Christ nof^is parle encore par les pensées saintes» qa'il met au dedans de nous. Cette horreur naturelle- <[ue vous ressentes pour le mal, . c'est sa voir qui vous engagea le fuir ; ce remords qui trouble votre conscience, c'est sa voix qui vous appelle à la pénitence ^ce désir que vous éprouvez de faire une bonne œuvre , c'est sa voix qui vous y encourage; ces mouvements pieux qui attendrissent votre âme , c'est sa voix qui voua presse de l'Aimer» J'écouterai , dit le saint Pr^hète, ce que te Seigneur daign^a dire au dedans de txm (1). Nom devons de mênse prêter une oi^ille oontinueUement attentiveà4:ettevoix,iiQMlfait pénétrer dans nos co^n»
(2) ▲adl>i»qaîd lo<jo»l«r în om Dovîmis Dem. lUalm» aixiit, ^
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Elle est douce, et pour être entendue, elle a besoin d'être écoutée avec un recueillement particulier. Combien le défaut d'attention nous a fait perdre de salutaires inspirations! Combien* de fois Dieu nous a-t-il parlé , tantôt en nous suggérant une bonne action, tantôt en nous détournant d'une mauvaise; ici nous rappelant les préceptes* de sa loi^ là nous en. présentant les promesses ou les menaces ! Et nous , emportés par notre dissipation , nous ne l'avons pas seulement entendu. Nous avons ignoré ses dons-, méconnu ses grâces ; et sourds à ses instances, nous en avons été punis par la perte des biens qu'il voulait nous faire.
Jésus-Christ emploie un autre langage plus sensible que les autres, mais encore moins écouté : c'est celui des événements. Tous ceux qu'il fait passer sous nos yeux, sont des instructions qu'il nous donne. Quand il lance son. tonnerre sur les empires, et qu'il les bouleverse par des révolutions, il nous révèle l'instabilité de toutes les choses humaines ; quand il précipite du faite de leur puissance ceux qu'il y avait élevés, il nous apprend le néant des grandeurs de la terre ; quand il frappe au milieu de leur carrière,, et enlève soudainement à la terre des victimes de sa justice^ il nous avertit de la certitude de notre mort, et de l'incertitude de son heure. Les exemples de vertu nous apprennent ce que nous devons faire ; ceux du vice, ce que nous devons éviter. Par les prospérités, il nous excite à lui rendre grâces^ par les adversités, il nous engage à recourir à lui. La rencontre. d'un^ pauvre est une exhortation à. l'aumône ; l'aspect d'un temple est une invitation à la prière ; la vue d'une croix^ est un. souvenir de la passion. .Dans l'intérieur de nos maisons,. et au miliea des places publiques, dans le silence de la solitude,, comme dans la. dissipation des sociétés, partout Jésus-^Chiist nous parle. Ecoutez-le , nous dit dans cet évangile le . Père céleste ;. écoutez-le. continuellement , et vous l'entendrez sans cesse. Mais , înisensés que nous sommes I nous vivons environnés de ses. instructions; sans y prendre garde; nous- marchons.
BBS ÉVAJÏ61LES. 349
à travers ses avertissements, ses invitations, ses exhortations, ses instances, sans y réfléchir ^ sans les apercevoir. Les événements nous frappent , et ils ne nous instruisent pas. Nous en parlons, nous en raisonnons, nous en recherchons les causes , nous en calculons les effets ; la seule chose que nous n'y voyons pas, c'est ce qu'il nous serait le plus utile d'y voir, ce que Dieu y a mis pour nous instruire, nous exhorter et nous toucher.
Tandis que Jésus-Christ nous parie de tant de maniè^ r^s, un autre prédicateur nous tient le langage opposé , et, pour nous persuader, emploie à peu près les mêmes moyens. Le ^émon a aussi des chaires, que le Prophète appelle des chaires de pestilence (1). Il a des chaires pu^ biiques où l'hérésie et le schisme répandent leurs erreurs ; il a de tous côtés des chaires particulières où ses suppôts exercent effrontément leur détestable ministère, les uns semant le poison de l'incrédulité, les autres propageant la contagion du libertinage* Au dedans de nous, au dehors de nous, il nous parle. Il nous parle par les suggestions qu'il jette dans nos cœurs, par les désirs qu'il y excite, par les pensées qu'il y fait naitre ; il nous parle par les appâts qu'iloious présente , par les occasions qu'il nous procure, par les facilités qu'il nous fournit, par les moyens de corruption de tout genre dont il ne cesse de nous environner. £t ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que ses criminelles leçons, sont bien plus goûtées, bien plus suivies que celles de Jésus-Christ. O funeste interversion dé principes ! Le père du mensonge est cru, et la vérité éternelle n'est pas même écoutée.
Nous devousécouter Jésus-Christ, de quelque manière qu'il nous parle; c'est notre premier devoir, c'est notre plus grand intérêt. Nous devons à ses instructions non pas une attention légère qui se dissipe aussitôt, non pas une attention stérile qui reste sans effet ; mais une attention profonde qui nous en pénètre, et surtout une attention efficace qui se manifeste dans nos œuvres. Le
(x)^Et.in cathedra pestilentias/ non sedit. Psalm.if t. .
35â EXPLICATION
celle défenifi : Ne parlez à personne de ce que vou$ venez de voir, jwquà ce qufi le FiU de VhwMne soil ressuscité d'entre les morls. Le motif de cette défense n'est pas difficile à saisir. Jésus-Christ ne voulait pas exposer la merveille de sa transfiguration à la critique et à l'incrédulité. Les Pharisiens, qui le détestaient, empoisonnaient toutes ses actions ; les miracles même qu'il opérait en public , et sous leurs yeux , étaient la matière de leurs censures. Dans l'impuissance de les nier , ils en calomniaient le principe, et les attribuaient au démon. Que n'auraientils pas dit d'un événement aussi extraordinaire, qui n'avait eu pour témoins que trois disciples? C'eût été exposer personnellement ces apôtres à de violentes persécutions, et le temps n'était pas encore venu où ils devaient les souffrir. L'un des évangelistes observe que^ fidèles à l'ordre de leur Maître , les trois apôtres gardèrent le secret tout le temps qu'il leur avait prescrit (1). Mais lorsque, vainqueur de la mort , Jésus-Christ eut rendu croyables, par sa résurrection , toutes ses grandeurs, le silence n'eut plus d'objet, et le zèle des Apôtres pour la gloire de leur maître n'étant plus enchaîne par l'obéissance, ils divulguèrent avec éclat la splendeur dont ils avaient été témoins. Nous avoiis vu, dit l'Apôtre S. Jean , sa gloire telle que celle du Fils unique du Père (2). Ce n'est point, dit S. Pierre , en suivant des fables ingénieuses , que nous vous avons fait connaître la puissance et l'avénem^nt de Notre-Seigneur Jésus- Christ ; mais c'est après être devenus nous-mêmes les spectateurs de sa majesté; Car il reçut de Dieu le Père honneur et gloiife, lorsque d^une splendeur céleste descendit une voix qui se fît entendi^e : . C^est ici mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances ; écoutez-le. £t nous entendîmes cette voix .qui venait da
(i) Et ip&i lacaeront, et nemini dizeranlin illis diebas qoidqnam ex his qoae viderant. Luc. iz , 36.
(2) Et vidimns gloriam. ejas, gloriam qqasi Unîgçoiti a- Pâtre* Joan. I, 14..
BBS EVANGILES. 353
eiel, lorsque nous étions avec lui sur la montagne sainte (1). Nous connaissons ce merveilleux événement aussi bien que les Apôtres, par la manifestation qu'ils nous en ont faite. 11 doit produire sur nous le même effet que sur eux, et nous pénétrer de la même admiration et du inêine respect.
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