DU TROISIEME DIMANCHE DE CAREME
Jésus-Christ guérit un possédé muet y répond aux critiques des Pharisiens , et propose les paraboles du fort armé et du retour de l'esprit impur.
Jésus chassa un démon qui était muet ; et lorsqu'il eut chassé ce démon , le muet parla , et le peuple fut dans Tadmiration. Mais quelques-uns d'entre eux dirent: C'est par Béelzébut, prince des démons , qu'il chasse les démons. D'autres, pour le tenter, lui demandaient quelque prodige dans le ciel ; mais Jésus connaissant leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera détruit ,. et la maison s'écroulera sur elle-même. Si donc Satan est divisé contre lui-même, comment son règne subsistera-t- il? Cependant vous dites que c'est par Béelzébut que je chasse les démons. Or, si c'est par Béelzébut que je chasse les démons, par qui vos enfants
(3) Non enim doctas fabalas secnti notam feciinns Tobis Domini Dostri Jesa Cbristi virtntem , et prsesentiam , aed specaUtores facti illius roagnitadinis. Accipiens enim a Dec pâtre honoreni etgloriam, voce delapsa ad eam bajnscemodi a magnifica gloria : Hic est Filias métis dilectas, in qno mihi complacni; ipsnm andite. Kt banc vocem nos andivinms de coelo allatam, cnm essemus cam- ipso in monte wncto, Il Pttr, 1, i6, 17 et 18.
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les cliasseront^ik ? C'est pourquoi iU seront eax«inéDies vos juges* Mais si c'est pdr le doigt dâ Dieu qae péchasse les démous ^ il est certain que le royaume de Dieu est venu jusqu'à vous. Lorsqu'un homme fort et bien armé garde 'sa maison y tout ce qu'il possède est en sûreté. Mais s'il en survient un plus fort que lui » qui le surmonte, il emportera toutes ses armes, dans lesquelles il mettait sa confiance, et il partagera ses dépouilles. Celai qui n'est pas avec moi, est contre moi ; et celui quina masse pas avec moi, dissipe. Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va dans les lieux arides cherchant du repos ; et n'en trouvant point, il dit : Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti. Et à sou retour illa trouve nettoyée et parée. Aussitôt il va prendre arec lui sept autres esprits plus méchants que lui , et entrant dans la maison, ils y établissent leur demeure. Et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. Lorsqu'il parlait ainsi , une femme élevant la voix du milieu du peuple, dit : Heureuses les entrailles qui vous ont porté, et les mamelles qui vous ont allaité. Maisplatôt, repartit Jésus, heureux ceux qui écoutent la paro^^^ de Dieu, et qui l'observent. ( Luc. xi, 14—28.)
Jésuê chasêa un démon qui était muet. Et hnqu'il eui chassé ce démon, le muet parla, et U peuple fiit dam l'(^' miration. Les miracles que Jésus, dans le coors cle$^ carrière, ne cessait d'opérer, outre leur objet direct, qo' était, de confirmer sa mission et de manifester sa boote; avaient pi^sque toujours un but allégorique. En chassant le démon qui rendait cet homme muet, H^^ montre un des effets que le péché opère dans nos ânifs- Le péché non-seulement nous rend aveugles j eni^" mant nos yeux aux merveilles de la religion ; non-seû' lement nous rend sourds , en fermant nos oreilles a la parole divine ; mais il nous rend aussi muets, eû^**°" notre langue, et en l'empêchant de servir aut objetspoftf
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^quels Dieu nous l'a donnée. Le muet qiirituel n'a s pefdu rasage physique de la parole , mais il en a niu l'usage moral. Il est devant Dieu et que sont dent les hommes les muets ordinaires ; les paroles qu'il }fère ne sont que de vains sons qui, n'ayant point sigiiificatioD, se perdent dans l'air. Il nous importe iniment de connaître ce démon muet, pour nous gantir de ces embûches. Considérons , et les vues dans quelles Dieu nous a donné Tusage de la parole , et la àDÎère dont le déuion nous en détourne. L'usage principal que Dieu veut que nous fassions de ttrefacttUc de parler, est la prière. Ainsi, il a mis dans 3US l'iateiligence, afin de le connaître ; la liberté ^ afin t le servir; la sensibilité, afin de l'aimer : ainsi, il nous accordé par-dessus tous les autres êtres le don de la atole , afin, que nous puissions célébrer sa grandeur , eodre grâces à sa bonté, implorer sa miséricorde. Le »ondea été créé pour l'homme, et l'homme pour Dieu ; i la même loi qui nous donne le droit de faire servir à. m besoins tous les éires dont est composée la nature , ioos impose le devoir d'employer au culte de Dieu, et out ce que nous sommes, et tout ce que nous avons. ^observons que ce n'est pas seulement l'usage exclusif ^^ nos facultés que Dieu exige de nous, mais seulement «sage principal. Il nous permet, il nous ordonne même 1 aimer les autres hommes; il nous permet même de oûverser avec eux ; mais ce n'est là qu'un emploi scconàaire et subalterne. La parole nous est donnée pour iiïie fin bien plus noble. C'est avec Dieu même qu'elle ûous£8Litç<j,j,jjjy^jquey^ Elle établit entre Dieu et nous "/^e correspondance qui nous est aussi utile que glo- "eu$e. Nos prières pénétrant jusqu'au trône de la misé- «■'corde, font pleuvoir sur nous les grâces divines, comme ^^^ rosée abondante, formée des vapeurs qui se sont '^^^ées vers le ciel.
y*"» l'ennemi du salut, qui connait tous les biens ^u apporte la prière, travaille de tout son pouvoir à les ^'^^aoiir. Comme il est au-dessus de sa puissance d'en
détruire les salutaires effets, c^est contre nou^ quHl touiR ses efforts. Avec le goût du vice, il fait pénétrer da nos cœurs le dégoût de la prière. Il y a entre ces deui choses une connexion intime. £t vous le savez trop bien, vous qui avez eu le malheur de vous égarer dans les sentiers de l'iniquité. Une déplorable expérieDce vous a appris que plus vous vous engagiez dans ces funestes voies, plus vous vous éloigniez de la prière. Rappelezvous ce qui s'est passé dans votre âme à cette époque fatale. D'abord s'est afiaibii l'attrait qui vous attachaii à la prière, et bientôt vous l'avez absolument perdu. L'oraison vous est devenue successivement ennuyease, fatigante, importune, odieuse. Vous avez commencé par l'interrompre; vous avez fini. par l'abandonner, lo"s avez rejeté comme un joug onéreux ce qu'autrefois vous regardiez comme une douce consolation, et vous êtes enfin tombé dans l'état infortuné de l'homiue de cet évangile ; vous êtes devenu possédé du démon Mti
Un autre usage essentiel de la parole que Dieo ooas a donnée, est de confesser les péchés dont nousavoas eu le malheur de nous rendre coupables. Mais le déiuou qui n'ignore pas que cette confession est le moyen, non seulement le plus efficace , mais même le seul de briser ses honteuses chaînes, emploie toute son astuce à nous en détourner. A la salutaire confusion qui devrait nous eonduire au tribunal de la miséricorde , et nous did^ l'accusation de nos fautes , il substitue la fausse ho^t^ qui lie noUe langue , et nous fait garder au dedans df nous , et notre funeste secret , et les péchés qui en sont l'objet. Combien d'âmes il s'est asservies par ce déplora rable silence I Combien de malheureux maintenant en ^^ possession , au milieu des flammes qui les tourinent^J'^ répètent l'exclamation du Prophète : Malheur à n'°^ parce que je me suis tu (1) î
Un troisième devoir que Dieu nous imposa enj^^^ donnant la parole, est de rendre témoignage à la ven^^
(r) ViB mihi, qoia tacui ! Isa, vi, 5.
lous devons ce témoignage , non<-sealeiiieiit lorsqu'il u exigé par l'autorité légitime, mais encore dans beau- )up d'autres occasions. Nous le devons à Dieu quand 1 religion est attaquée , et au- prochain quand sa repulion est injustement déchirée. M'avons-nous pas à nous prêcher d'avoir souvent encouragé l'inapiété, ou accrété la calomnie par notre silence ? Tandis qu'un mot ! notre Jbouclie aurait sufii pour confondre les blaslèiuesque vomissait l'impie, ou pour repousser le veû que lançait le méchant , une lâche timidité , ou un spect humain honteux tenait notre langue captive. 5US paraissions approuver ce qu'au fond de l'âme nous 'ûdamnions, consentir à ce que nous rejetions , conni- -r à ce que nous détestions. Notre silence était un scaniie,etpour le pécheur qu'il enhardissait, et pour les distants qu'il séduisait. C'était encore le démon qui ous rendait muets , qui,, ne pouvant faire de nous les iteurs du crime , nous y faisait participer par notre milité , et nous en rendait complices , en nous empé- ^^Qt de nous y opposer.
Enfin, une dernière espèce de démon muet, est celui )Qt sont obsédées les personnes qui, chargées par devoir annoncer les vérités saintes , négligei;it ou refusent de ^n acquitter. Ce sont des conquêtes précieuses au dé- 'On ; car ces hommes , par leur criminel silence , se -rdent d'abord eux-mêmes et ensuite les âmes qui ur sont confiées.
Centrons en nous-mêmes ; et après avoir examiné par >ïnbieû de manières le démon muet prend possession ^ nous , considérons avec attention combien de fois il ous a dominés. Secouons son joug honteux; et nous •inant contre lui d'une sainte résolution, réparons dans suite par la ferveur de nos oraisons,. par la sincérité ' flos confessions , par le courage de nos animadver- ^^^ y par l'abondance de nos instructions , tous les '^nquements où ses perfides suggestions nous ont enaînés.
^^kis quelqms-^ns d'entre eux dirent : Cest far Béelzé'^
358 XIKPUCATION
buij prince des dénums, qu'il chasse les démons. L'admiration où le nouveau niiraele de Jésus-Christ avait jeté le peuple, est bien naturelle. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'elle n'ait pas été absolument générale : c'est qu'il se soit trouvé des personnes assez prévenues, ou assez dépravées, pour ne pas reconnaître dans ce prodige la main divine qui l'avait opéré. Les incrédules du temps de Jésus-Christ ont avec ceux de notre siècle beaucoup de choses communes ; mais ils en diflerent en un point, il leur était impossible de nier la vérité des miracles que le Sauveur opérait à la vue de tout un peuple, et sous leurs propres yeux. S'ils avaient osé l'entreprendre , un cri , ou d'indignation , ou de dérisioo , se serait élevé contre eux , et ils n'auraient fait que donner plus d'éclat au prodige qu'ils auraient voulu contester* Plus hardis qu'eux , les incrédules modernes entreprennent de combattre une vérité que dix^huit siècles consécutifs ont crue. Mais nous leur opposons avec avantage leurs propres devanciers , et nous confondons leurs dénégations par le témoignage de ceux même de Veur parti. S'il eût été possible d'élever quelque doute sur cette multitude de prodiges qui naissaient sous tous les pas de Jésus-Christ, ces Scribes, ces pharisiens, si acharnés contre lui , si occupés à le décrier , si ardents à le persécuter, auraient-ils eu recours , pour éluder.rautorité de ses miracles , aux pitoyables subterfuges qu'ils emploient? Le misérable reproche qu'ils lui font , prouve clairement l'impuissance où ils sont de nier la vérité de ses prodiges. Il devient un témoignage formel et non suspect de la vérité des faits miraculeux. Prétendrait-on le suspecter comme rappoi*té par les disciples de Jésus- Christ ? Mais ces disciples auraient-ils osé , auraient-ils pu, sans être démentis, prêter au bout de peu d'années, à des hommes encore existants , un discours déraisonnable qu'ils n'auraient pas tenu ? Si l'on veut d'autres témoignages que Ton ne puisse pas attribuer aux apôtKS , il n^y a qu'à passer aux siècles qui les ont immédiatement suivis. Les premiers ennemis du christianisme , les GeUe ,
les Porphyre , les Julien , si voisins des miracles de Jé-^ sus-Christ , dq les auraieat-'iis pas niés , s'iU avaient osé ? Au lieu de les contester , tantôt ils renouvellent la ridicule accusation de magie ; tantôt ils opposent à ses prophéties , celles de leurs Sibylles ; à ses miracles , ceux d'&sculape , de Yespasien, d'Apollonius. Ce n'est qu'au bout de di^-huit cents ans qu'on imagine de dis. puter la réalité : comme si l'intervalle des temps pouvait jeter un nuage sur des faits solidement établis ; comme si les preuves de la vérité, en vieillissant, se détruisaient; comme ai des faits reconnus vrais il y a dix-sept siècles, ne devaient pas l'être encore à présent. Les miracles de Jésu$**Christ , prouvés parle témoignage inatta*-* quable de ses Apôtres, le sont encbre par l'aveu for^ mel de ses ennemis.
D^ autres , pour U tenter, lui demandaient quelque prodû ge dans le eieU Les ennemis du Sauveur cherchaient à persuader que ces miracles sans nombre qu'ils opéraient , n'étaient que des œuvres terrestres , et que des miracles opérés dans l'air ^ des phénomènes célestes auraient bien plus d'autorité. Ge n'était pas pour croire en lui qu'ils lui faisaient cette demande ; c'était, comme porte le texte sacré , pour le tenter , pour voir s'il aurait cette complaisance ; ou pour imputer à faiblesse , si , comme ils le prévoyaient , il s'y refusait. Des hommes qui ré«sistaient à l'évidence résultante de tant de miracles, étaient'>ils bien disposés à croire sur d'autres miracles qui n'auraient pas eu la même utilité? Fallait'^il donc plus de puissance pour faire paraître dans le ciel quelque phénomène extratt:dinaire , que pour rendre la parole aux n^uets, l'ouïe aux sourds , la vue aux aveugles, la santé aux malades, la vie aux morts? Les incrédules de nos jours , marchant sur les transes de ceux d'alors , font avec mauvaise foi une dificulté du même genre. Peu sa<tisfaita des miracles qu'on leur présente , ils en deman-» dent de noitveaux , dont ils soient témonis* Bieu doit-il donc à chaque homme un miracle pardculier pour ocm-^ firmer sa foi? Est»il obligé de les prodiguer au gré de
chaque incrédule ? Ceux qui ne croient pas led miracles de Jésus*Ghrist , malgré les preuves victorieuses dont ils sont revêtus , ne croiraient pas davantage ceux qu'ils verraient. Ils appellent aujourd'hui de leur raison à leurs yeux , ils appelleraient alors de leurs yeux à leur raison ; ou tels que les Juifis de notre évangile , ils regarderaient comme insuffisant le miracle opéré en leur présence , et ils en demanderaient encore d'autres d'un genre différent. Jésus connaissant leurs pensées y leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera détruit, et la maison s'écroulera sur elle-même. Si donc Satan est divisé contre lui-même, comment son règne subsistera^t-il ? Cependant vous dites que c'est par Béelzébut que je chasse les démons. Or, si c'est par Béelzéhut que je chasse les démons , jtar qui vos enfants h^ chasseront ils ? C'est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. Il n'était pas difficile de réfuter la bizarre inculpation des Juifs. Jésus-Christ la pulvérise en montrant la contradiction qu'elle renferme. Quoi de plus ridicule , en effet, que d'opposer le démon à, lui -même , et de prétendre que c'est lui qui se chasse , et qui détruk son propre empire ? Tel est le sort de tous ceux qui refusent de croire en Jésus-Christ ; ils tombent nécessairement dans des contradictions. Toutes leurs sectes décèlent elles-mêmes la fausseté de leurs systèmes, par les inconséquences où elles sont entraînées. Le pyrrhonien est conduit par ses principes à douter de sa propre existence, et même de son doute. Le matérialiste place dans un être essentiellement composé, une opération aussi simple que la pensée. L'athée admet une suite d'êtres sans un premier être, des êtres contingents sans un -être nécessaire. Le déiste est forcé de reconnaître un créateur par la contemplation de l'ordre admirable du monde qui lui permet cependant de rejeter la Providence. L'indifférent se forge un Dieu infiniment saint , devant qui le bien et le mal sont égaux , et qui reçoit avec la même complaisance les hommages de l'erreur et de la vérité. Les incrédules de nos jours sont tout aussi inconséquents que ceux du temps de Jésus-Christ; et par une ^onfonnité
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plus triste encore , en vain leur démontre-t-on les con> tradictions palpables qui détruisent leurs systèmes par eux-mêmes , leurs cœurs endurcis repoussent Tévidence qui frappe leurs esprits.
Jésus-Christ fait aux Juifs un autre raisonnement tiré de leur propre pratique. lis avaient des exorcistes approuvés par la Synagogue , qui chassaient au nom de Dieu les démons. Jésus-Christ se compare à eux. Pourquoi , dit-il , adoptant ce qu'ils font, ne reconqaissez-vous pas ce que je fais? Je vous prêche le nféme Dieu ; pourquoi refusez^vous de croire que c'est au même nom que j'opère? Il y avait dans l'accusation des Juifs ^ outre la contradiction , une partialité révoltante ; ils attribuaient le même effet à deux causes opposées; et leur seul motif était qu'ils aimaient leurs exorcistes , et qu'ils détestaient Jésus. Trop souvent nos jugements sont dictés , non par notre raison, mais par nos affections. Mous louons dans l 'un ce que nous blâmons dans l'autre. Nous approuvons tout ce que font ceux que nous aimons ; nous condamnons tout ce qui vient de ceux qui nous sont opposés.
Mais ii c'est par le doigt de Dieu que je chasse lei démons , il est certain que le royaume de Dieu est venu jusqu'à vous» Le raisonnement de Jésus-Christ estdémonstratif ; et ses ennemis confondus n'eurent rien à y répondre. Ce ne peut être par la puissance du démon que je chasse les démons ; c'est donc évidemment par la vertu de Dieu. Je suis donc l'envoyé de Dieu. C'est ce même raisonnement par lequel nous convainquons l'incrédulité. Les miracles de Jésus-Christ ne peuvent venir que d'une vertu divine. Ils démontrent donc la divinité de sa mission. Il n'y a qu'un pouvoir au-dessus de la nature , c'est celui de son auteur. La main qui lui donna l'impulsion peut seule l'arrêter. Le cours constant des causes secondes ne peut être suspendu que par la cause première dont elles ont reçu leurs lois. Si des œuvres que Dieu seul peut faire attestaient jamais l'erreur , ce serait Dieu qui nous y induirait. Si un miracle pouvait nous tromper , Dieu ne serait plus Dieu.
362 ,Vifucktioif
Lorsqu'un homme fort et bien armé garde $a maiêon, iou' ce qu'il pouede e$t en sûreté. Mais sHl en survient un auire plus fort que lui, qui le surmonte j il emportera toute» ses armes dans lesquelles il mettait toute sa confiance, et il pariagera ses douilles. Le fort armé , dont parle Jésus- Christ, est le démon. Il avait subjugué la terre, et il en avait fait son domaine; il y régnait paisiblement, et, excepté le petit pays de la Judée , il se faisait rendre partout les honneurs divins. De tous côtés ^ sous divers noms, des temples magnifiques lui étaient élevés. Ses autels étaient sans cesse couverts des victimes les plus précieuses, et dans quelques pays même , des victimes humaines. Il avait étendu sa domination jusque sur une partie de la nation sainte, qui lui était asservie, par ses passions et par ses vices* Il jouissait avec tranquillité , et, à ce qu'il semblait, avec sûreté de son empire, où. il se maintenait par ses armes, qui sont ses ruses, ses suggestions , ses séductions. Mais il est survenu un plus fort que lui qui Ta surmonté : c'est Jésus-Christ, II est venu dans le monde pour détruire l'empire du démon , et pour y fonder le royaume de Dieu. Il a renversé tous ces temples, que les nations égarées avaient élevés à leur ennemi ; et sur leurs débris, il a élevé partout des temples au vrai Dieu. Il a aboli les abominables saorifices aussi avilissants pour l'humanité qu'injurieux à la divinité , et leur a substitué le sacrifice pur dont il est tout à la fois la victime , le prêtre et le Dieu ; et délivrant le genre humain du joug honteux sous lequel il lax^^wtsait asservi* il a rectifié ses dogmes, ^uré son culte, i^nné sa morale. C'est pour nous qu'il a vaincu. Son triomphe est notre délivrance. U nous y associe, et nous ramène à sa suite dans le ciel , dont sa victoire nous a ouvert Ifs portes.
Celui qui n\st pas avec moi, est contre moij et celui qui n^ amasse pas avec moi, dissipe. Jésus-Cfanst répète plu- | sieurs fois cette importante maxime. Entre lui et le monde il n'y a pas de milieu. Qui n'est pas son disciple, est , par cela même , son ennemi. Hérétiques et scbis*
DBS ÉTANGitÈS. 3*3
mktiques de taoa les temps , cet oracle est l'arrêt éternel de votre condamnation. Du moment où tous tous séparâtes de 1 ^llse, vous attirâtes sur vous ce redoutable anattème. Vous cessâtes d'être avec Jésus-Christ, et des-lors vous fûtes contre lui. Pécheurs de tout genre aussitôt que vous avez perdu U grâce , cette senLce à été aussi prononcée contre vous. Quelques vertus aue vous ayez conservées, quelques bonnes œuvres que vous ayez opérées, des que vous avez été infectés d'un seul péché mortel, vous n'avez plus amassé avec Jésus Christ • tout ce que vous possédiez a été dissipé. L'amitié où 1 immitie absolue de Dieu : alternative terrible, mZ inévitable. Comment prétendent-ils aUier ce prinX fondamenul de k religion avec leur conduite éqSv^e ces chrétiens tièdes et incertains qui, se faisant à e^ mêmes un système de christianisme, unissent ensemble le service de Dieu et le service du monde ; sulverie! maximes mondaines, et veulent cependant ne pas Vé «|rter des préceptes divins; croient faire tout ce «uë ft^ileur commande, en faisant en même temps tout ce que le monde exige d'eux; s'interdisent , pour plaire a Dieu, ce qu'ils ne peuvent se dissimuler être de bS fautes grossières qui causent la mort de l'âme et s^ Permettent , pour plaire au monde, tout ce qu"b julit être seulement dans l'ordre de. fautes vénielle .^Z? gnent uniquement de perdre le Saint-Esprit 'et ni • V"***"??*."*. P** *•* '* contrister; désirent 'ne Z
Z les «i iT'' ,? •"-'"'"'' ' P'"' ''^^^eaZ iVmc^rr nialheureusement tn,p commun dans le monde , et parmi les personnes qui , faisant professa ^«ne sorte de régularité, offrent des exem^leTpbs dangereux , et fournissent des prétextes plus av^e^
Lenque Vesprit impur est torti d'un homme, il vadant
Fit •^* «'««"•«•« Ams ma mai»m d'où je,uulmi Ei à son retour il U trouve nettoyée et parie. Ju^ntôt Tî^
prendre avec lui sept autres esprits plus méchants que lui ^ et entrant dans la maison ils y établissent leurs demeures. Et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. L'instruction que donne ici Jésus-Christ est de la plus haute importance. Il ne suffit pas d'être rentré dans la voie du salut; il faut y persévérer. Ce n'est pas asses^ d'avoir chassé de votre âme l'esprit impur ; il faut Tempêcher d'y revenir. Après votre victoire sur le démon , vous vous endormez; mais le démon veille : vous vous livrez au repos ; et il ne se repose jamais : vous ne pensez; plus à lui ; il ne cesse de s'occuper de vous : vous restez tranquille ; il agit sans cesse. Tandis que dans une entière sécurité vous négligez de vous tenir sur vos gardes, il prépare de nouvelles attaques. Il rode continuellement autour de la maison qui fut son domaine. Il observe le côté mal gardé, pour y rentrer par surprise ; le côté faible , pour s'en emparer par force. S'il aperçoit dans le cœur quelque passion mal. éteinte et encore fumante , il s'efforce de la rallumer par son souffle. S'il y découvre quelque reste d'inéiinatiou dangereuse, pas encore entièrement réprimée , il lui présente , pour la ranimer , de nouveaux attraits. Il offre de continuelles occasions à nos goûts pour les satisfaire, à nos habitudes pour les entretenir , à nos attachements pour les renouer. Trouve-t-il la maison sans parure , c'est-à-dire sans défense, il y rentre sans peine, et s'y établit sans résistance. Si au contraire il la trouve nettoyée de scis ordures , et ornée de^ dons de la grâce , il se retire ; mais ce n'est que pour prendre de nouvelles et de plus fortes mesures. Ame , qui avez eu le bonheur de vous réconcilier avec votre Dieu , ne vous abusez pas sur le calme où votre ennemi vous laisse ; il reviendra bientôt plus dangereux que jamais. Il reviendra au moment où il vous croira le moins en état de lui résister ; il reviendra non plus seul , mais renforcé du secours de sept autres esprits plus méchants que lui , qui uniront leurs ruses à ses ruses , leurs efforts à ses efforts. Ils vous attaqueront tous ensemble, et par tous les points à la fois. Ils met*
DES iVANGILES. 36Ô
Iront tout en usage pour reprendre sur vous leur ancien empire. Le plaisir et la douleur, la santé et la maladie, la richesse et la pauvreté , la grandeur et l'humiliation , la prospérité et l'adversité ,. l'amitié des hommes et leur faaiae, les faveurs et les persécutions, les illusions du monde et les ennuis de la solitude, tout, passant par leurs mains empestées , deviendra des moyens de corrup^ tion. Profitez de l'intervalle que leur méchanceté emploie en préparatifs , pour vous préparer de votre côté aux combats qu'ils viendront vous livrer. Fermez-leur avec soin toutes les entrées de votre cœur. Qu'une vigilance soutenue y fasse une exacte sentinelle. Tandis que le démon réunit contre vous ses auxiliaires , appelez aussi le secours tout-puissant qui vous a déjà fait triompher de lui. La vigilance et la prière , voilà , nous dit Jésus- Christ, les préparatifs efficaces contre les tentations (1). La prière obtient lesigrâces ; la vigilance y correspond. La prière attire les dons célestes ; la vigilance empêche de les perdre. Par la prière , vous mériterez que Dieu vienne combattre avec vous ; par la vigilance, vous combattrez avec lui. Que pourront contre vous toutes les ^ puissances de l'enfer , si vous êtes soutenu par un tel allié? Le Seigneur est mon aide, dit le Aoi-Prophète , et je braverai tous mes ennemis (2). Que l'armée infernale tout entière se réunisse contre moi; je ne craindrai point ses assauts (3). Mais si une indolente négligence , ou une aveugle présomption ralentit vos précautions, relâche votre attention , Jésus-Christ vous annonce le sort qui vous attend. L'esprit impur avec son abominable escorte reviendra prendre possession de votre âme , et son retour rendra votre nouvel état plus déplorable que celui d'où vous aviez eu le bonheur de vous retirer.
(x) Yigilate, et orate, at non iotretis ia tentationem. Matth. zzvi, 4i.
(a) Dominas mihi adjator,.et ^o despiciam inimicos meo?. Psalm, cxvn, 7.
(3) Si consistant adversam me castra , non timebit eor meomé- Psaim. xxTi,3.
366 EXPUCATION
Considérez ce convalescent échappé à une maladie ^t Tavait. conduit aux portes du tombeau; avec quelle satisfaction il jouit de sa santé qui se ranime par degrés 9 de ses forces «|ai s'augmentent de jour en jour! Mais qu'il commette une seule imprudence, il se replongera dans une nouvelle maladie plus violente et plus dangereuse que la précédente. Pécheur, retombé par votre faute dans votre maladie spirituelle , le mal que voua vous êtes rendu est bien plus fâcheux que celui dont vous^ aviez été délivré. Votre rechute est, et plus criminelle , et plus irrémédiable que votre premier péché. Elle est plus criminelle : vous ajoutez au vice de votre offense ceux de l'ingratitude et de la mauvaise foi ^ vous oubliez, et le bienfait de la réconciliation , et les promesses qui vous l'avaient mérité; vous manquez , et à la reconnaissance et à votre foi ', vous outragez de nouveau ce Dieu qui vous avait reçu avec tant de bonté, et vous violez les engagements sacrés qui avaient été le prix de votre pardon. Votre rechute est plus irrémédiable, et du côié de Dieu, et du vôtre. Ëspérez-vouH les mêmes grâces, après l'abus que vous en avait fait? Croyez-vous que le mépris dont vous les avez payées , vous ait disposé à en mieux profiter? Vous avez éloigné Dieu de vous, et vous vous êtes éloigné de lui. Vous avez affaibli dans vous les saiu* taires impressions de la grâce , et vous avez fortifié votre funeste attachement au péché. La prière, la parole sainte, les sacrements , tous les moyens de salut ont perdu visà-vis de vous de leur efficacité ; et vos vicieuseis inclinations 00 1 acquis plus d'empire. Ainsi , tout à la fois vous avez aggravé votre mal , et diminué la vertu des remèdes. O vous qui , depuis votre retour à Dieu , avez eu le bonheur de vous maintenir dans l'état de sa grâce, craignez de perdre cet inestimable bienfait. Ecoutez ce que vous dit l'Apôtre : Vous qui êtes debout , prenez garde de tomber (1). Qu'une sainte défiance de vousmêmes, qu'une juste confiance en Dieu vous soutiennent
(1) Qui se existimat stare, yldeat ne cadat. / Cor. z, x». .
BES ' ÉYANGILES • 3(itT
à ta hâtttear où vous a replacés votre pénitence. Et vous^ âme» malheureaseSy qui vous êtes ren^agées dans la voie de l'iDiquîté, vous avez rendu votre retour dans les> sentiers de la justice, plus difficile; mais il n'^est pas impossible. Puisqu'il n'est ])as impossible , il faut l'entreprendre. Puisqu'il est difficile, tl faut y a^^rter une résolution forte et courageuse. Plus vous différerez, plus vous augmenterez la difficulté, plus vous vous enfoncerez dans votre limon infect , plus vous éprouverez de peine à vous en retirer.
Lortqu'il parlait ainsi j une femme élevant la voix du milieu du. peuple, dit .• Heweuies leà entrailles qui vous ont porté j et les mamelles qui vous oni allaité, Mais plutôt, répartit Jésus , heureux ceux qui écoulent la paroh de Dieu et qui'Vohêerventf Déjà commence à s'accomplir la prophétie que Marie avait prononcée sur elle-même , que toutes les générations célébreraient son bonheur. Sa propre génération est la première à le proclamer; toutes les autres la suivront. Les paroles de cette femme, répétées d'âge en âge, feront à jamais partie des prières de l'Eglise. Dans tous les siècles les grandeurs de Marie , les glorieuses prérogatives dont elle fut décorée, seront l'objet de l'admiration et de la vénération des âdèles. La gloire de la mère, identifiée à celle du fils, sera de même immortelle dans la mémoire des hommes. Les temples retentiront de ses louanges , les chaires chrétiennes de ses panégyriques, les conciles de ses apologies. Un culte inférieur seulement à celui de Dieu , supérieur à celui de tous les autres saints, lui sera rendu par toute la terre. Les justes inrif>loreront son intercession , les pécheurs recourront à sa médiation , les royaumes entiers s'empresseront de se mettre sous sa protection. Mais toiis ces honneurs de la terre ne sont rien auprès de ceux dont elle est comblée dans le eiel. Reine des anges et des saints, de même que des mortels, elle est élevée au-dessus d'eux tous; elle ne voit que Dieu audessus d'elle, i II y a cependant quelque chose au-d^sus de la gloire
368^ txpLiCATroN
de Marie; et Jé^us-Christ nous le déclaire ici : ce sottt ses vertus qui la lui méritèrent, et qu'elle a couronnées par la plus profonde humilité , qui nous en a caché la plus grande partie. Si elle fut heureuse par son élévation , elle le fut bien plus encore par sa fidélité à y correspondre. Nous répétons quelquefois les paroles de la femme de cet évangile ; mais comme elle , nous n'en concevons pas toute l'étendue. Et la gloire de Marie , et les vertus par lesquelles elle y est parvenue , sont audessus de nos pensées. Prosternons^nous devant cette reine du ciel et de la terre ; invoquons-la avec une respectueuse confiance : eUe est aussi bonne qu'elle est puissante. Il n'est rien que son Fils n'accorde àjes prières» il n'est rien qu'elle veuille refuser aux nôtres; Jésus- Christ en fait le canal de ses grâces, faisons-en le canal de nos vœux* Ils seront assurés du succès, quand ite; seront présentés par elle.
m QUATRIEME DIMANCHE M CAREME
Jésas-Cbrist nourrit cinq mille personnes avec cinq paina
et. deux poissons.
Jésus alla au -delà de la mer de Galilée , qui est celle de Tibériade ; et une grande multitude de peuple le suivait, parce qu'ils voyaient les miracles qu'il opérait sur les nialades. C'est pourquoi Jésus se retira sur une montagne , où il s'assit avec sea disciples. Or , la pâque, qjui est la fête des Juifs, était proche. Jésus ayant donc levé les yeux , et vu venir à lui une grande foule de peuple, dit à Philippe : Où achèterons-noua du pain pour faire manger tout ce monde? Mais il disait cela
DBS EVAIÏGILÏS. '3i6d
pour réprouver ; car il savait bien ce qu'il devait faire. Philippe lui répondit : La valeur de deux cents deniers de pain ne suffirait pas pour que chacun en eut un petit morceau. Un de ses disciples, André , frère de Simon Pierre , lui dit : Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains d'orge , et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ? Jésus dit : Faites asseoir tous ces hommes. Il y avait en ce lieu-là beaucoup d'herbe. Ils s'assirent au nombre d'environ cinq mille. Jésus prit donc les pains , et après avoir rendu grâces , H les distribua à ceux qui étaient assis. Il leur donna de même des deux poissons autant qu'ils en voulurent. Quand ils furent rassasiés, il dit àses disciple» : Ramassez* les morceaux qui restent , afin qu'iU ne se perdent pas, ils les ramassèrent donc , et ils emplirent douze paniers des morceaux des cinq pains d'orge , qui étaient les restes de ceux qui en avaient été rassasiés. Ces gens-là ayant TU le miracle qu'avait fait Jésus, disaient : C'est véritablement là le Prophète qui doit venir dans le monde. Mais Jésus-Christ sachant qu'ils devaient venir l'enlever pour le faire roi , s'enfuit une seconde fois seul sur la montagne. {Jean, vi, 1 — 15.)
Jésus alla au-delà de la mer de Galilée-, qui est celle de Tibériade ; et une grande multitude de peuple le suivait , parée qu'ils voyaient les miracles qu'il opérait sur les ma^ Iodes. C'est pourquoi Jésus se retira sur une montagjM ,où il s'assit avec ses disciples^ C'était un spectacle bien in^ téressant que cette affluence de peuple qui,. de quelque coté que Jésus-Christ se rendit , accourait sur ses pas , s'empressait autour de lui , et dans l'ardeur de son désir, oubliait jusqu'au besoin de la. nourriture. Un desévangéiistes , racontant ce même fait , rapporte que la foule qui allait et revenait auprès du Sauveur, était telle qu'il trouvait à peine le temps de manger avec ses apôtres, et que y pour se repo^çi' quelques moment»^, il était obligé
370 ExpucATioir
de se retirer dans des lieux d^eiis (1). C'étaient les mi» racles qae Jésus-Christ ae cessait d'opérer , qui atlirai^it auprès de lui cette nombreuse multitude. £t il faut observer à cet égard , que les dispositions de tous ces^ bommes a'étaient probablement pas les mêmes, et qu'ils pouvaient avoir été conduits par des motifs diiférents.
V Quelques-uns d'enti^e eux étaient mus par une sitnple curiosité, pour voir un homme dont on disait des choses extraordinaires, pour être frappés delà vue de quelque prodige , pour se récréer par un spectacle .nouveau : désir frivole ^ indigne de Jésus- Chi-ist , qu'il se serait abstenu de satisfaire, s'il n'avait eu pour témoins que dfi tels hommes. Ainsi, nous voyons que dans sa patrie il ae fie aucun miracle, à cause de la disposition d'esprit des habitants (2). Ainsi, uraduit devant Hérode, il punit d'un dédaigneux silence là vaine curiosité de ce prince qui désirait depuis longtemps de le voir^ unique- -ment pour être amusé par la nouveauté de quelque prodige {3). Combien d'lK»nmes encore , au sein du christianisme, lisent les prodiges opérés par le Sauveur avec «me semblabe légèreté , sans en considérer Tobjet , sans en méditer l'esprit, sans en atteindre le but, et seulement comme une histoire un peu plus extraordinaire qu'une autre !
2<> A la curiosité de voir les miracles de Jésuç-Christ , plusiem*s des assistantsen joignaient une autre ; c'était de Toir par .eux- mêmes siies choses admii*ables qu'on disait
(t) ^ aitillls ; Tehîte seoTstiiD in dMertom locnm, et reqaies<Bt« pfisiKkiiii. Erant^oitB q^i veiriebftBt et peditMoitiniâni ;.«t «ec spatiuB BMOidacaBdi faab«bwit. Mare, ti, 3x.
^ft) Et yenienft^in patriam aaam, dacebateos in aynagogis eorun ita at mirarentnr, et dic^rent : Unde hoic sapientia ba;c,«t virtntes?.... lÊt scandalfEabantar in eo.... Et non feeit ibi virtntes mnlias propter îoiredaHtateBi eorâm. Matâi, xm, 54^ S^tt frS,
(3) Herodvs aatan, viso Jean, grftvisQS est «aide. Erat enûn enpiens ex mnlto tcmpoi€ yidere ecm , eo qaod andierat m«Ita de co, et sperabat signani aliqnod videre ab eo iieri. Interrogabat aolem cammaltis sermonibiia. At-ipse nibil iUi retpondebat. Luc.ixxa^Z.. «9. . .
DES évamgilvb. 371
de lui étaient réelles , et de s'assurer s'il était Téritabienient l'envoyé de Dieu. Cette disposition, loin d'être blâmable , estait raisonnable et digne d'éloges. L'incrédulité , toujours injuste , et qui ne peut attaquer la reli- ^on qu'en la calomniant , lui reproche , avec sa mau- ' vaise foi ordinaire , d'exiger une foi servile, et d'inter-' dire tout examen. Parce que la foi doit être soumise sur les objets révélés , elle l'accuse d'être aveugle sur les motiÊ de la révélation. Non , ce n'est ni l'intérêt , ni l'esprit de notre sainte religion , d^empêcber qu^on examine ses fondements. Voici quelle est notre profession. Il est raisonnable d'examiner si Dieu a parlé par Jésus- Christ. Ce serait le comble de la déraison d'examiner si Dieu, ayant parlé, doit être cru. Loin de défendre qu'on discutât sa mission , notre divin Maître y encourageait les Juifs. Si c'est moi , dit-il , qui rends témoignage à moi-même, mon témoignage est récusable(l). Et quels sont donc les témoignages qu'il invoque? €e sont ceux que de nos jours nous opposons encore à l'incrédulité. Car l'invariable vérité traverse les siècles sans éprouver d'altération ; tandis que les erreurs qui la combattent y continuellement cbangéantes , et reproduisant sans cesse de nouveaux systèmes, tombent à ses pieds les unes après les autres. Les témoignages que Jésus-Christ réclame , ce sont d'abord ses miracles. Les œuvres que j*opère au nom de mon Père , voilà ce qui rend témoignage que' mon Père m'a envoyé (2). Ce sont ensuite les prophéties. Examinez les Ecritures , vous Juifs , qui reconnaissez qu'elles contiennent les paroles de vie : ce sont encore elles qui rendent témoignage de moi (3). Ce que notre divin Maître disait au tentps qu'il instruisait , siècle dix-
(x) Si ego uttiouMÛaB perliibflo de me ipso, tesilmoniiHD meom Aon eat vcram. /mm. v « 5x.
(a) Opéra enim qoae dédit mihi Pater «t perficïam «a \ ipsa opéra,' ^lue ego f acio , teatimonimn perhibent de eie , qoia Aiter misit me* >/oaa. ¥ , 36.
(S) Sorntamtm soriptoras , qaia Toa pittatii in ipaia vitam haberfe; ec iiJK juuit , qM» tcstHiKmiara pcrhibeDt de me. IM, %^\ - ' '
372 EXFLICATIOir-
huitième ,. nous vous le répétons de sa part. Considérez ses miracles, et voyez comment ils sont attestés. Parcourez les prophéties, et examinez, leur accom plissement. Le langage de l'Eglise n'est pas changé depuis le temps où ses fondateurs exhortaient les fidèles à ne pas croire à tout esprit , mais à considérer ceux qui viennent de Diea (i); à tout examiner , et à ne retenir que ce qui est bon (2). L'Esprit saint loue les premiers fidèles de Bérée , de leur assiduité à méditer les Ecritures , pour voir si ce qu'on leur annonçait était véritable (3). Yous blâmerait-il de les imiter? C'est pan l'examen de ses preuves que le christianisme s'est établi. Cet examen le détruirait-il aujourd'hui ? Nous répétons à nos adver-* saires ce que disait Tertulien :, La loi ne doit point interdire la discussion de ses préceptes ; elle doit le compte de ses motifs à ceux dont elle exige l'obéissance. Suspecte quand elle se refuse à. l'examen. , elle prétend domi-< ner (4),
Mais cet examen que la' religion permet et même i%— commande , a ses règles et ses bornes.
Il est soumis à des règles : il doit être fait dans un esprit de sincérité , dans la vue de connaître la vérité , et avec la disposition de la suivre. Si vous portez dans l'étude de nos preuves un esprit critique , le projet de trouver des difficultés , le désir d'autoriser vos passions , d'alimenter votre incrédulité , vous aurezil'affireux malheur d!y trouver ce que vous cherchez. Tandis que l'esprit simple et dnoit est récompensé par la conviction de ' ■* ' '"i-ii I ■ I ii ■
(i) C^riftiimi, nolitc omni spiritni credere, sed probate spiritos si ex Deo sint. / Joan. iv, x,
(a) Omnia aptem.prohate : qaodboDum.est tenete. / Thessal. y, ai.
(3) Hi antem erant^noblliores eoran^ qai tant Theasalooicae , qai aosceperont yerbam cam omni aviditate y qaotidie acratantes scrip* toras, ai haec ita se baberent. ^cf. stii, ii,
(4) NoUa lex yetai discati qnod prohibât admiui Nnlla lex
sibi soli conacientiam jastitiae saie débet , sed eis a qoibas obseqilinm pxpectat. Gvterain lospecta lex est, qoae probari se non volt, im-
«roba amena, si^ nçn probata dominctar. Tgrt* ^^/.cap. 5..
DBS iVANGlLES. 373
la véritë qu'il chérit , vous serez punis par Tobstination dans l'erreur que vous poursuivez. La nuée brillante qui éclaire Israël, et le dirige avec sûreté à travers les déserts et au milieu des flots , ne présente à l'infidèle Egyptien qu'un nuage épais et une sombre obscurité qui le conduit à l'abîme où il va s'engloutir.
Une autre règle essentielle de cet examen , c'est qu'il soit renfermé dans de justes bornes. Son objet est de me faire connaître si Dieu a parlé ; il ne doit pas aller audelà. Assuré d'avoir entendu la voix divine, il ne me reste plus rien à discuter ; [e n'ai plus qu'à croire. La raison elle-même pose la limite : elle sent , et l'impuissance de l'outre-passer , et le devoir de la respecter. £lie me- conduit au point où finit son domaine , et où commence celui de la révélation. Arrivée devant ces portes^ sacrées , qu'une loi éternelle lui défend de passer , elle se prosterne et me remet entve les mains de la foi qui sera désormais mon guide. Je me trouve transporté dans un monde tout différent. De nouveaux cieux, une nou*' velle terre s'ôffirent à mes regards (1). le vois du haut du ciel descendre une cité resplendissante d'éclat (2).Toutes^ les lumières qui m'ont éclairé jusque-là , sont effacées et rendues inutiles. C'est la clarté du Dieu même qui illumine ce séjour (3). Je contemple avec transport ce qu'il m'est accordé-d'eo voir. J'adore avec respect ce que mes yeux, trop faibles ne peuvent en d^ouvrir. Elles me seront montrées un jour , ces merveilles maintenant cachées à ma foi. Je les verrai à découvert dans une région ultérieure , dont celle-ci n'est encore que la route ; dans, la région où la foi conduit , mais où elle ne pénètre pas; dans la région où. Dieu m'attend pour se manifester à moi tout entier, et pour récompenser par l'éternelle
(i) Ft vidi cœ'am novam, et terram novaai. Primam enim ccelom et prima terra dhiit, jfpoc. xxi, i.
(%) Ostendit mibi civitatem sanctam Jerasalem descendentem de co)lo a DeOy habentem claritatem Dei. làîd. lo , ii.
(3) Et cÎTitas non eget sole, neqnelina, at laceant in ea^. Nan^ cjarjtas Dei iUtuninavIt cam. /^/(/. .33,.
y pense le premier. Sa sollicitude l'alarme , tandis que ceux qui en sontTobjet nesont pas inquiets. Il a pourvu à leurs besoins avant qu'ils l'aient senti. Quelle différence entre la résignation de ce peuple et notre défiance l Au moment de manquer du nécessaire , il ne se plaint pas; et si quelqu'une de nos superfluités vient à nous manquer, nous éclatons en murmures. Si quelque malheur nous menace, quelles frayeurs! et s'il nous atteint, qu€ de plaintes ! Au lieu de nous soumettre à la main qui nous éprouve ou qui nous châtie , nous nous sou— levons contre elle. Ignorons-nous que notre Père qui est dans lescieux , sait mieux que nous ce qui nous est bon r que ce qui nous est le< plus avantageux , est Taccomphssement de sa volonté sur nous. N'imaginons pas cependant que cet abandon à la Providence qui. nous est recommandé , nous dispense du soin de nos besoins. Elle nous procurera sans doute toutes nos nécessités , mais c'est par les moyens qu'elle a établis. EUe a posé des lois universelles , et attaché la subsistance de chaque homme à son travail. Ce n'est pas en enfreignant ses lois que nous obtiendrons ses bienfaits. Dieu ne doit pas à chacun de nous un miracle. Il nous ordonne d'avoir confiance en lui , mais il nous défend de le tenter. Il nous apprend à lui demander notre pain quotidien , maia il veut que nous le gagnions ; c'est en bénissant nos efforts qu'il nous le procure ; et ce que nous obtenons par notre travail fait partie de ses dons , parce que c'est sa bienfaisance qui fait fructifier notre travail.
Jésus-Christ voulant donner dans la multiplication de» pains une image de la sainte Eucharistie , commence par éprouver la foi de ses Apôtres. Nous voyons deux d'entre eux successivement embarrassés comment il sera possible de nourrir une si grande multitude. Il ne parait pas cependant que leur foi a été ébranlée. Ce n'est que lorsque par sa question même Jésus-Christ semble vouloir employer des moyens naturels , qu'ils trouvant de la difficultés Mais lorsqu'il se met en devoir de déployeit 3a puissance suprême, lorsqu'il leur commande de faire
DBS ÉTAHGILES. 377
asseoir le peuple , lorsqu'il les charge de rincroyable distribution des cinq pains entre cinq milles hommes , toutes leurs objections sont évanouies; ils ne réfléchissent plus ; ils obéissent. Telle doit être notre disposition .à l'aspect du grand mystère qui se renouvelle tous les jours sur nos autels. Dieu nous l'a révélé ; il n'est plus temps de discuter , il faut croire.
Jésus dit : Faites asseoir tous ces hommes* Il y avait en ce lieu^là beaucoup d'herbe, Iîss*<usirent aunombre d'environ cinq mille. Jésus prit donc les pains, et après avoir rendu grâces, il fit la distribution à ceux qui étaient assis. Il leur donna de même des deux poissons autant qu^ils en voulurent^ Quand ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Ramassez les morceaux qui restent, afin qu'ils ne se perdent pas. Il fut sans doute bien éclatant , le miracle que Jésus-Christ opéra dans cette circonstance ; mais cet acte de sa puissance n'a rien de plus admirable que celui qu'il opère continuellement dans la nourriture qu'il donne à tout le genre humain. Qu'il multiplie par un acte particulier de sa volonté quelques pains , au point d'en rassasier cinq mille hommes, ou qu'en vertu des lois générales qu'il a posées, il multiplie constamment les grains répandus dans la terre , de manière à alimenter l'universalité des hommes; ces deui merveilles sont certainement au moins égales. £t cependant nous sommes vivement frappés de l'une , et insensibles à Tautre. Les œuvres extraordinaires qu'il plait à Dieu d'opérer quelquefois , émeuvent vivement notre esprit , parce qae nous y reconnaissons sa puissance imm'édiate; son œuvre habituelle et constante ne fait sur nous aucune impression , parce que nous la rapportons aux causes secondes, sans daigner remonter plus haut , et sans penser à la cause première qui leur donna l'existence et qui les maintient continuellement. Nous considérons sans étonnement ce concours régulier d'une multitude de causes physiques, qu'une providence bienfaisante dirige constamment vers un même effet, cette coopération de tous les éléments asservis à nos besoins par une loi supérieure. Nous vivons
au milieu de ce prodige continuel , et nous ne le voyons pas; nous en jouissons, et nous ne le sentons pas. La raison et la foi doivent s'accorder pour réformer cette erreur de notre esprit. Dieu est également grand , également digne de nos adorations, soit que pom* notre subsistance il donne des lois à la nature , soit que poir notre instruction il les suspende. Il n'est pas moins boa et moins digne de notre reconnaissance ^ lorsqu'il nm donne notre nourriture par les voies ordinaires de a sagesse, que s'il nous l'accordait par les moyens eiiraordinaires de sa toute-puissance ; la manne da désert n^étaitpas un plus grand bienfait que la fertilité de la terre sainte.
En donnant à ce peuple accouru près de Inilepaû matériel^ Jésus-€hrist lui avait aussi distribué le pain de la parole sainte. C'est une leçon qu'il adresse à cm qui sont chargés d'instruire les pauvres. Leur miidsière est tout spirituel sans doute, et n'a pour objet queac purifier les âmes; mais les moyens temporels étant ioâniment utiles pour en assurer le succès , le zèle évange* lique ne doit pas les négliger. Ces malheureux que la Providence tient éloignés des prospérités de la ter^^i mais qui sont le plus cher objet de sa sollicitude, et la portion la plus précieuse de son héritage , simples pour l'ordinaire et même grossiers y sont beaucoup plus occupés des biens temporels dont ils sentent vivement u privation, que des biens spirituels auxquels leur espnt charnel peut difficilement s'élever, Conduisons*leSt F la communication des uns, à la contemplation desautres; ils sentiront combien la religion est admirable, qo^^" ils verront leur misère soulagée par elle ; ils la chériront, quand ils lui devront leur bien-être. La charité q^^ nous exercerons envers eux , la fera naître dan» IcûJ* cœurs. La confiance dans leur ministre préparera ^ soumission au ministère; et leurs âmes, en s'ouvran^* la reconnaissance, donneront entrée à la piété. II»!* que les pasteurs charitables qui puissent conaattre ton âa force que donne l'aumône à la prédication , ^o^^^
DES EVANOILXS. 379
^s bénédictions qu'elle attire sur leurs fonctions , et les rttîtë abondants que fait éclore la rosée du ciel , quand Ile totnbe sur une terre engraissée des bienfaits de la b a. rite.
Jés«is- Christ, prêt à opérer son miracle , le commence SLV l'action de grâces , c'est-à-dire par la prière. Ainsi oiJis lisons qu'au moment d'instituer l'Ëucharistiey dont 1 tviuhipUcaiion des pains était la figure , il rendit grâces Dieu ; ainsi il commençait toutes ses actions. Etait-ce our loi- même qu'il invoquait son Père? Non sans [otite; il n'avait rien à demander, celui qui possédait out. Un secours extérieur était inutile à la toute-puissance; mais c'est encore pour nous instruire qu'il agit tînsi. Il nous apprend que toutes nos actions doivent >Xxe précédées de l'invocation de celui dont l'appui est nécessaire au succès. Le sentiment de notre faiblesse doit nous ramener sans cesse vers la puissance suprême , qui peut seule l'aider. C'est surtout à l'approcbe du sacrement auguste où l'amour de Jésus-Christ le multiplie, que doivent se ranimer et nos sentiments et nos oraisons. Considérons l'exemple que nous présente le peuple nourri parle bienfait de Jésus-Christ.
Ces gent~là ayant vu le miracle qu'avait fait Jésus, diraient .* C'eêt véritablement le Prophète qui doit venir dans U monde. Quels durent être les sentiments de ces hommes, lorsqu'ils virent la faim qui les pressait miraculeusement apaisée ; lorsqu'ils sentirent les morceaux si petitsd'abord qu'on leur avait donnés , s'étendre dans leurs mains , se renouveler à mesure qu'ils les mangeaient, et se mettre d'eux-mêmes dans la proportion de leurs besoins? lis ne pouvaient douter de la réalité d'un fait dont ils étaient actueilement témoins , d'un miracle dont eux-mêmes étaient l'objet. Ce n'est pas ici un seul homme à qui ou prétendrait peut-être qu'on aurait pu faire illusion , en i^nbslituant avec subtilité une portion considérable à une petite ; c'est une multitude entière , ce sont cinq mille hommes qui sont nourris par ce prodige , qui cmt vu les cinq pains et les deux poissons dans leui* état
naturel , qui ont vu et senti leur miraculeuse reprodue^ tion, qui ont vu enfin ramasser et remporter les restes. II est physiquement impossible qu'ils aient été abusés. Lorsque , deux ou trois années après , les Apôti'es publiaient ce fait dans toute la Judée, et peu auprès l'écrivaient et le répandaient dans toute la terre , presque tous ces hommes témoins et objets du miracle, existaieat encore. Les prédicateurs évangéliques auraient-ils espéré faire croire à tout ce peuple , qu'il avait vu et éprouvé un miracle dont il n'aurait eu aucune connaissance? Auraient-ils osé s'exposer au démenti formel que tous les environs de Bethsaïde auraient pu si facilement leur donner? £t s'ils avaient été assez extravagants pour en courir le risque, n'auraient-ils pas été sur-leH:hamp confondus par le cri unanime de tout un pays? Peut-oa imaginer que les chefs de la Synagogue qui , après avoir crucifié le msutre, persécutaient avec fureur les disciples, n'eussent pas saisi avec empressement l'avantage que leur eût donné uae imposture aussi grossière et aussi aisée à constater? Les Apôtres n'ont pu, sur un miracle aussi public , être ni trompés , ni trompeurs. Il serait absurde de supposer en eux , ou illusion , ou fraude ; et le silence de tous ceux qui avaient intérêt à les contredire, devient un aveu qui achève de confirmer leur témoignage. Ne craignons pas de l'avancer : ce miracle ^ forme à lui seul une démonstration de la mission divine de Jésus-Christ.
Le premier effet qu'il produisit sur ceux qui en avaient éprouvé le bienfait , fut de les faire croire en lui. Au pouvoir qu'il déployait et à l'usage qu'il en faisait , ils reconnurent le prophète promis et attendu depuis si longtemps. Mais cette impression, si vive dans le premier moment, ne fut pas de longue durée. Dès le second jour, ces mêmes hommes, si certains que Jésus est le Messie envoyé de Dieu, retournés auprès de lui, lui demandent, comme s'ils n'avaient vu aucun prodige, quels sont les miracles qu'il opère pour que l'on croie
en lui (1). Lorsqu'il leur annonce l'admirable sacrement dont le seul emblème avait excité leur ardeur , ils murmurent contre lui (2). Ils trouvent ses discours trop durs, et disent qu'on ne peut les entendre (3). Ib s'éloignent de lui , et finissent par l'abandonner entièrement (4). Cette prodigieuse légèreté nous étonne : mais si nous voulons rentrer dans nous-mêmes et étudier ce qui s'y est trop souvent passé , nous y trouverons de quoi diminuer notre surprise. Combien de fors n'avons-nous pas éprouvé ces déplorables alternatives de sensibilité et d'éloignement ! Combien de mouvements afiectueux ont été suivis procbainement de murmures , de plaintes , de doutes sur la foi! Quel intervalle y a-t-il eu souvent entre nos résolutions que nous croyons les plus animées et nos chutes les plus honteuses! S. Pierre lui-même , le chef des Apôtres, S. Pierre appelé par Jésus-Christ à être la pierre fondamentale de son Eglise , S. Pierre promet à son divin Maître , avec une ardeur de zèle qui semble assurer l'efiPet de sa parole, que, dût-il mourir avec lui , il ne le reniera jamais; et peu d'heures après, à la voix d'une simple servante, il le renie avec imprécation. Ne comptons pas avec trop de confiance sur ces mouvements de sensibilité , sur ces élans d'afiection , sur ces tendresses de cœur qu'il nous arrive quelquefois d'éprouver : ils ne sont certainement pas mauvais , mais ils ne sont pas durables ; ils peuvent être utiles pour ranimer notre volonté , mais ils ne peuvent pas la suppléer* C'est quelquefois la charité qui les excite; mais gardons- nous de les prendre pour la charité. La charité consiste dans la fermeté , dans la constance de notre
(i) Dixemnt ergo ci : Qaod ergo ta facis signam, nt videamas, et credamos tibi ; qoid operaria? Joein, ti, 3o.
(a) Murmarabant ergo Jodci de îllo, quia dixisaet :Ego sam panis Tivas, qai decœlo descendi. Ibid. 41 •
(3) Malti ergo aodientes ex diacipalia ejoa , dixerant r Oaras est kic sermo, et qois potesteom andire? Joan. ti, 61.
(4) Ex hoc molli diacipalorain ejoa abieront rétro; «tjam non cnm illo ambnlabaot. ibid, 67*
ftttacheinent à Dieu , et non dan$ une sensibilké qnî paase et se dissipe. Recevons avec reconnaissaiice ces mouvements affectueux que Dieu nous envoie par intervalles , pour nous servir de consolation et d'encouragement. Mais si nous en faisons l'appui de notre ferveur , notre ferveur tombera avec eux ; semblable à celle de ce peuple volage, aujourd'hui plein de fol en Jésus* Christ et de zèle pour lui , et qui demain va le méconnaître et l'abandonner.
Mais Jésus, sachant qu'ils devaient venir l'enlever pour le faire roi, s'enfuit une seconde fois sur lamontagneM Bans la première ardeur qui les transporte , ces hommes reconnaissants passent tout de suite de la conviction que Jésus-Christ est le Messie , à la conséquence que leur esprit tire de cette vérité. Ils atta:idaient un Messie qui serait un roi puissant sur la terre , qui triompherait de tous leurs ennemis , qui les délivrerait du ]oug odieux des Romains, et qui les ferait régner avec lui sur de vastes régions. C'était l'idée universellement répandue dans tout le peuple juif. Les Apôtres eux-mêmes étaient imbus de cette prévention ; et dans toute la nation il n'y avait personne qui n'entendît dans ce sens tout ce que les Prophètes avaient annoncé sur le royaume de Dieu , sur les victoires de son envoyé , sur l'étendue de sa do— mination. Il a fallu toute l'autorité de l'Evangile , pour donner aux hommes l'idée d'un royaume spiritueL II n'est donc pas étonnant que ces Juifs égarés par kur opinion , et animés par leur zèle , voulussent proclamer roi celui qui , à ses prodiges , se faisait reconnaître pour le Messie.
Mais Jésus-Christ ne se prête pas4 leur erreur* Pour leur épargner une révolte criminelle , il se dérobe à leur empressement. Autant ce divin Sauveur était jaloux de faire rendi'e à Dieu ce qui lui appartient , autant il était exact à faire rendre aux souverains de la terre ce qui leur est dû. Il en donnait non-seulement le précepte , mais l'exemple. S'il ordonne de payer le tribut à César, il le paie lui-même ; et sa pauvrelé ne lui en laôssanC pa»
BVS EVANGILES. 383
ie moyen , il fait un miracle pour l'acquitter. Il déclare que son royaiime n'est pas de ce inonde , et en censé* quence il refase de se rendre juge d'une contestation temporelle. Sa loi donne au pouvoir suprême le plus solide fondement ; elle le pose sur ia conscience : loi admirable , qui , soumettant le chrétien à la puissance qu'il trouve établie , protège tous les gouvernements, et n'eu prescrit aucun ; loi merveilleusement adaptée à l'oniversalité de TEglise, qui en fait ia religion commune de tous les gouvernements , et qui intéresse à sa conservation toutes les sociétés , sous quelque forme qu'elles soient constituées.
En se refusant aux vceux indiscrets de ce peuple qui veut le déclarer son roi , non-seulement Jésus-Christ nous montre ia fidélité que nous devons à nos souverains ; il BOUS apprend encore à réprimer une passion d'autant plus dangereuse , que les préjugés du monde l'ennoblissent; d'autant plus commune, que, loin d'en raugir , on la regarde à peine comme un défaut ; d'autant plus funeste , qu'après avoir été la première cause de nos malheurs , elle l'est encore d'une grande partie des désordres qui désolent la terre. Le germe de l'ambition est dans tous les cœurs ; il n'attend que les plus légères occasions pour se développer et se féconder , pour étendre ses malheureuses racines , et pour produire des fi^its'bien amers à la société et à nous-mêmes. L'ambition est de tous les états ; ses objets varient selon les diverses positions ; sa sphère s'étend ou se rétrécit , selon la différence des conditions ? mais c'est constamment la même passion, toujours vicieuse devant Dieu et funeste auK hommes. Pour nous en guérir , jetons les yeux sur toute ia vie de THomme-Dieu. Quand il chobit un état , il se place dans le plus bas ; quand il se donne des apô* tr^, il va les chercher dans la condilioa la plus humble ; quand il voit naître dans eux la prétention de s'élever les uns au-dessus des autres , il la réprime avec sévérité. Sa maxime favorite, qu'il répète fréquemment pour l'inculquer avec force y est que j pour se voir exalté dans le
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ciel, il faut s'abaisser sur la terre. Tout son Evangile l'expression de ce grand principe. Si nous Toulons être ses disciples , soyons donc les «observateurs de ses pré<» ceptes , les imitateurs de ses exemples. Si'nous concevons l'ambition la seule raisonnable , la seule utile , la seule noble , la seule digne d'un chrétien , défaisons-nous de ces frivoles , dangereuses et basses ambitions qui , nous tenant attachés à la terre , arrêtent notre essor. Contents de l'état où la Providence nous a mis , n'aspirons qu'à celui qu'elle nous destine. Qu'est-ce qu'une plus grande élévation ? de plus grands devoirs et de plus grands dangers. N'avons-nous donc pas déjà assez , et d'obliga* tions à remplir, et de risques à courir ? Pourquoi volontairement aggraver notre fardeau , et multiplier nos pé«rils ? Aurions-nous la ridicule prétention d'épuiser notre ambition en la satisfaisant? Ne devons-nous pas savoir , et par l'exemple de tout ce qui nous environne , et peutêtre par notre propre expérience , que cette malheureuse passion ne connaît ni mesure ni terme ? Ses revers , au lieu delà corriger, la désespèrent ; ses succès, au lieu de la rassasier , ne font que l'irriter. Au milieu de la jouissance de ce qu'elle a obtenu, elle se tourmente de ce qu'elle n'a pas encore ; et de nouvelles prétentions reviennent sans cesse être pour elle la source de nouvelles agitations* Il ne peut y avoir de tranquillité que dans le cœur vide d'ambition. L'homme qui est en paix avec ses désirs , goûte le calme intérieur , le premier des biens de ce monde , l'avant-goût de ceux de l'autre. Quelle différence de bonheur ! et il ne s'agit même ici que du bonheur temporel , entre celui qui a tout ce qu'il veut, et celui qui veut tout ce qu'il n'a pas. Une saine philosophie suffirait pour dégoûter l'homme de l'ambition : la religion doit l'en corriger entièrement. Elles se réunissent pour lui inspirer la modération dans ses désirs , en lui menti ant qu'elle est tout à la fois le principe de son bonheur le plus solide dans le temps , et la route de son éternelle félicité.
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ÈVANGIIE