‹ Explication des maximes des saints sur la vie intérieureChapitre 14 sur 59 · B. L'ÉDITION PRÉPARÉS · texte numérisé non relu

B. L'ÉDITION PRÉPARÉS

Telle est donc l'Edition primitive. Comment, dans quelle mesure en diffère l'Edition préparée, c'est ce qu'il

(1) Ame Amante, XIV.

(3) Mn Cl. passim.

i \/B C*. p. 72, et passim dans l'Œuvre de M"10 Guyon. 5 P. 253.

(6) P. 158 {Torrents).

7) Réponse de M. de Paris aux 4 lettres. Œuv. C. de Fénelon V. 422.

i examiner. En l'absence de documents assez abondants, nous ne distinguerons pas la part de Fénelon de celle de ses collaborateurs; observons seulement que le duc de Gbevreuse est un appui décidé de M"" Guyon, son correspondant et son intermédiaire auprès de Fénelon ; et que l'abbé de Langeron, d'après l'Archevêque de Cambrai lai-même, '/ lu et relu vingt fois avec le Moyen Court et facile (l ). Nous suivrons dans cette analyse le même ordre que pour l'Edition de 1697.

1° Plan, intention, et ton.

Le plan général tt'est pas changé, et les articles. Vrais et Faux, se -accèdent de la même manière. Seulement, les Articles d'Issy prennent place après l'Avertissement, ajoutant ainsi. îles le début, leur autorité à celle du livre.

Eu revanche, le ton devient moins tranchant (2). Les affirmations, si absolues, s'atténuent; Les d'ordinaire, dont l'adjonction importe aussi à la doctrine proprement dite, contribuent à donner au texte nouveau une allure plus calme el mcsurée(3). Enfin l'auteur change ou varie quelques formules, tient, par exemple, un lanmoins méprisant à l'égard de l'amour de ;

1 Lettre publiée par Masson, F* "elon et Afm" Guyon, p. 161.

2) 'in rencontre ces atténuations dans L'Avertissement, p. 11,

29, 30 dans le corps du livre, p 10. 21, 23, 29, 30, 57,

VvprtUseiuent. p. 20; - p. 1 ;, 122, 209, 224

rence, qu'il appelle désormais, non plus intéressé, tout sèchement, mais mes lé d'intérest (1), ?neslé de motif'intéressé pour nous-mêmes (2), ou moins désintéressé (3). Ce qui abonde aussi, ce sont les formules ou les tours de phrase introduisant des précisions nouvelles (4). Au reste il ne faudrait pas croire que toute vivacité ait été bannie des pages ajoutées : pour peu que l'addition soit importante, le ton s'anime, l'accent devient plus mordant, la verve entraîne la démonstration au-delà de la preuve indispensable (5).

2° Doctrine proprement dite.

Pur Amour. — Le Pur Amour, qui n'est plus considéré comme sentiment, mais comme état (6), perd son aspect exceptionnel et unique. Désormais, il est établi en principe que les actes de Charité dans l'état de Pur Amour sont spécifiquement les mêmes que dans le quatrième état. La seule différence, c'est qu'alors la Charité anime l'Espérance, au lieu d'être animée par elle. En outre, il est affirmé que le Pur Amour comporte des actes distincts de toutes les vertus (7) ; qu'il est loin

(4) Passim En particulier, p 1, 2, 10, 36, 45.

(5) Par exemple, p. 56 et 58.

(6) P. 1 et sq.

(7) P. 10. Toute la définition du P. A. a été refondue.

d'être invariable, se trouvant exposé aux fragilités et variations du pèlerinage de cette vie (1). Il est seulement habituel (2), et ce caractère est même utile à son perfectionnement dans les âmes (3). Attaché à la volonté écrite de Dieu, comme à toutes les volontés divines (4), il n'exclut que les désirs intéressés du salut (5), ou du moins n'aboutit jamais à un sacrifice tout à fait absolu de la béatitude (6).

Epreuves. — Il s'épure dans les Epreuves. Mais on doit se garder d'interpréter en mal la séparation entre la partie supérieure et la partie inférieure qui s'opère alors. Les pécheurs peuvent la considérer comme une source de liberté coupable : mais, pour les bons mystiques, ces actes involontaires, qu'ils croient volontaires, sont une source de scrupules, de désespoirs. D'ailleurs la séparation n'est jamais entière ; la direction de l'ame subsiste ; autrement ce serait une séparation de l'àme et du corps, un fait inouï, miraculeux ; or, on sait bien l'opinion de Fénelon sur les voies extraordinaires : ce sont ses adversaires qui ont coutume de les admettre, et non pas lui. Et l'explication et la défense se terminent par une sorte de défi (7).

(4) Avertissement, p. 19.

Propriété. — L'accusera-t-on désormais d'éteindre les vertus dans les aines contemplatives, lui qui vient en réconcilier le désir même avec le Pur Amour ? nous devons vouloir les vertus, puisque Dieu les a voulues pour nous : c'est se soumettre à son bon plaisir que de les souhaiter (1). Dans la désappropriation, qu'il soit donc entendu que Dieu note pas le fonds des vertus, mais Xaffection sensible que nous leur portons, la facilité, à les pratiquer, et X exercice aperçu que nous en pourrions faire (2).

Oraison, contemplation. — La prière des Mystiques ne sera pas non plus différente de celle des chrétiens ordinaires : elle comportera l'Oraison vocale, qui n'en pourra être éliminée sans de très graves motifs (3). Car l'Oraison vocale d'obligation n'admet en elle-même aucune imperfection ; si elle paraît gêner l'ame contemplative, c'est que celle-ci n'est pas assez avancée, ou a ressenti quelque souffrance en faisant une prière qui n'était pas d'obligation, alors que la grâce l'appelait au simple recueillement (4). Quant à la contemplation, bien loin d'être continue, elle est quelquefois ôtée par Dieu, pour nous mieux faire sentir notre bassesse (5).

(3) P. lf>7.

4 Ibid.

Ft l'énelon condamne ici plus formellement que dans les '< Maximes » de 1607 le fameux <t acte permanent » (1).

3° Méthode et principes.

Des deux tendances que nous avions relevées dans la l édition, l'une théologique, l'autre psychologique, la

première prend incontestablement ici le pas sur la seconde. La psychologie n'est guère utilisée ici que pour fournir une analyse plus minutieuse, plus exacte, plus orthodoxe du sacrifice de la béatitude (2), et pour expliquer, par l'analugie du scrupule, la persuasion apparente où l'on peut se trouver de la condamnation éternelle <}\ . La théologie, au contraire, est représentée par ses termes techniques, qui se multiplient, au point île rendre cette seconde édition moins intelligible aux profanes que la première, malgré ses dimensions plus amples : puis par le noinhre considérable d'autorités ajoutées de tontes parts, dans le texte, en marge. Les articles d'Issy figurent en première Ligne (4) ; et Fénelon rappelle avec insistance la part qu'il a prise naguère à leur rédaction (5) ; il les cite à diverses reprises (6),

(3 P. 8" copie mas.) 4 Vprès l'Avertissement.

(5 I'. 16 de l'Avertissement.

(6) P. 16 de l'Avertissement, p. 30, 58, '.'2, 104, 148.

choisissant de préférence, parmi leurs propositions, la 12e et la 33e (1), auxquelles sa collaboration avait été plus active. Il amoncelle les Pères de l'Eglise en faveur de sa doctrine (2). Il les associe aux Mystiques (3). Ses auteurs préférés sont Clément d'Alexandrie (4), le Bienheureux Jean de la Croix (o), saint Grégoire pape, saint Ambroise, saint Grégoire de Nazianze (6), mais surtout saint François de Sales : celui-ci est cité en toute occasion, et fort longuement (7) ; et il avait déjà fourni, pour la première édition, les citations les plus abondantes. Enfin voici quelques intrus : Saint Thomas (8), que Fénelon, dans 1' « Explication des Articles d'Issy », combattait pourtant, sur le chapitre de l'espérance (9) ; saint Augustin (10), qu'il enlève ainsi à ses adversaires jansénistes, comme il le fera plus tard dans son « Instruction en Dialogues ; » — Nicole (11) ; — et Bossuet (12), qui a autorisé le livre du P. Surin.

'2) Avertissement, p. 9 (La copie mss. en ajoute encore) ; p. 27, p. 30, 40, 68, 73, 85, 230, etc.

(4. Qu'il appelle, comme on faisait souvent alors, S. Clément d'Al.. p. 27,85, 259. etc.

(5) P. 73, 122, 254, etc.

(6; Pasxim.

(7) P. 40, 49, 52, 54, 56, 85, 122, 138, 139, 148, 226, 231, etc.

(9) Exp. inéd. des Articles d'Issy, p. 2 et sq.

(10) P. 18 de l'Av., p. 27, 40, 85, 259, etc.

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