VI
viande par la volonté. Mais il ri est pas volontaire en ce que la volonté rien est pas troublée (1) ».
Espérance. — Nous avons vu, dans l'histoire des corrections, que Fénelon avait été conduit à des solutions diverses et successives de la question de l'Espérance par son désir de répondre aux critiques de l'évêque de Chartres. Aussi lisons-nous dans son édition préparée que l'Espérance est intéressée : dans l'amour d'espérance, l'amour-propre est encore dominant (2) ; dans le quatrième état, L'âme fait les actes de l'espérance et des autres vertus sans les soumettre à la charité, et ils comportent un reste de cupidité soumise (3), et l'auteur déclare formellement l' espérance excitée par un amour de nous-mêmes qui riest point de pure charité^). Ailleurs, au contraire, il admet pour l'espérance la possibilité d'être désintéressée : Je réponds qu'il y a dans l'espérance la plus parfaitte un motif d'amour de soi-même ; mais je nie qu'il soit nécessairement de cupidité... S'aimer par charité, comme son prochain, ce riest point être intéressé. Se vouloir du bien par cet amour de charité, c'est s'en vouloir avec autant de désintéressement qu'on en voudrait à son prochain (S)... Commandée et animée par la charité,
(1) P. 113 bis du livre de la B. N.
dont cependant elle reste distincte (1), l'Espérance est désintéressée (2). Et elle subsiste dans les épreuves extrêmes, où elle empêche le Sacrifice absolu (3). Remarquons, en passant, que la grande autorité de Fénelon en cette matière est saint Thomas (4). Saint Thomas, dit-il, dit que la Charité est la forme ou la fin de toutes les vertus... Ce même saint docteur veut que l'espérance /misse s'étendre sur le prochain comme sur nous-mêmes. Alors elle est sans doute pleineiyient désintéressée... Or. il affirmait, dans son « Explication des articles d'Issy, que saint Thomas, et après luy la pluspart des scholastiques... attachent l'espérance à l'amour i?itéressé... et ils l'excluent du parfait amour qui est le désiîitéresse (o). Dès lors, il voulait changer la définition de l'espérance que saint Thomas n'a peutestre fondée que sur les idées philosophiques d'Aristote, et supposer qu'il y a deux espérances comme deux amours (6). Cette première solution est sans doute celle à laquelle il revenait, et qu'il aurait nettement exposée dans son édition nouvelle, s'il avait pu lui donner sa définitive homogénéité.
Opération de la grâce. — Sur la grâce, on rencontre ici quelques précisions ou précautions nouvelles. Fé-
(1) Ibid.
(5) Explication inédite, p 2.
6 Ibid., p. 4.
nelon en proscrit avec insistance tout caractère extérieur et sensible ou miraculeux (I). Elle ne rend ni infaillibles, ni impeccables, ni assurez (2), ceux qui la reçoivent. Ne manquant jamais la première, distribuée à chaque moment suivant la nécessité, elle ne doit ni être attendue dans l'inaction, ni recherchée avec impatience (3).
Devoirs de l'homme. — L'homme s'attachera donc à coopérer simplement à la grâce (4). Il ne verra plus de difficulté à la concilier avec la loi écrite : car elles ne se contredisent jamais (5), et d'autant moins que la loi écrite n'est qu'une volonté de Dieu, semblable à ses autres volontés (6). Il voudra donc son salut, voulu de Dieu (7), et même, comme l'on doit désirer avec plus de désintéressement l'accomplissement des volontés signifiées, l'àme indifférente ne pourra pratiquer de suspension de volonté sur le salut (8). Et ce désir du salut ne disparaîtra que dans deux cas : s'il est omis parmi les motifs que nous réunissons pour nous porter au bien — ce sont les suppositions impossibles; — et
(2) Ibid.
<4) Ibid.
(5) Passitn
(6) Partout, dans la nouvelle édition, l'expreBsion Loi écrite est remplacée par celle de Volonté écrite.
(7) Avertissement, p. 21.
dans les épreuves, où le sacrifice, pour n'être plus conditionnel, n'en devient pas tout à fait absolu : c'est une illusion passagère (1).
Concupiscence. — La concupiscence ne meurt jamais en l'homme, même dans l'état de transformation (2).
5° L'édition nouvelle et Mme Guyon
On ne saurait, sans subtilité, découvrir ici des allu sions nouvelles à la personne de Mme Guyon. Tout au plus rencontre-t-on, dans l'avertissement, une phrase que Fénelon n'a pas dû écrire sans pensera elle : « Quelques mystiques, dit-il, faute d'être exactement instruits des dogmes théologiques se servent d'expressions impropres et exagérées qui exposent à l'illusion » (3). Or, c'est là une accusation en même temps qu'une excuse.
.Mais la doctrine de la seconde édition est-elle plus ou moins guyonienne que celle des premières « Maximes »> ?
Remarquons d'abord que Mme Guyon a conseillé l'emploi des autorités, si abondantes ici. Dans une lettre au duc de Chevreuse, de mars 161)7, nous lisons : « Je lui dis (au curé de Saint-Sulpice) que tous les passages estoient si formels qu'on n'y pouvoit donner un autre sens. Je souhailterois extrêmement qu'il en mist de
(1) P. 85 et 87.
(3) P. 29 de l'Avertissement.
formels dans cette seconde édition, cela est nécessaire ; priez-l'en, car assurément, cela est important » (1). En outre, jugeant les « Maximes », elle y trouvait peu de choses à redire, quoique le chapitre des épreuves lui parût inutile, et que, en quelques petits endroits, le faux, à son gré fût trop poussé. Elle reprochait enfin au livre d'être trop concis en bien des endroits qui auroient besoin de plus d'explication (2).
Dans l'édition nouvelle, Fénelon n'a pas supprimé le chapitre des épreuves, mais il l'a refondu ; il n'a guère atténué les articles faux. Peut-être l'avis de Mme Guyon, sur sa concision excessive, l'a-t-il encouragé à faire des «idditions.
Elle s'explique mieux, quelques lignes plus loin, sur a deux endroits qui lui font de la peine: il falloit, ditelle, obmeltre de parler des prières vocales d'obligation; mais le plus fuscheux, c'est V endroit de l'épreuve de pure foi ou il exclut possessions et obsessions. Cela fait croire mille choses fausses » (3). Fénelon, en effet, avait écrit que l'oraison vocale... lorsqu'elle est de précepte, peut bien gêner une âme... mais elle ?iest jamais contraire à la plus haute contemplation (4). Or, l'auteur des « Torrents » avait admis dans la voie
(1) Recueil Chevreuse, p. 188.
(2) Ibid., p. 192, 193 (cité entièrement par Masson, p. LVII).
(3) Ibid., p. 194.
(4) P. 157. L'art XIX sur l'Oraison vocale comprend les pages 155-159.
passive en Foi l'impossibilité des Prières vocales (1). Les possessions, obsessions, ou autres choses eactraordinaires, étaient exclues, comme choses dont il n'est pas nécessaire de parler, de la voie de pure foi (2), oit Von n'admet aucune chose contraire à l'ordre de la nature.
Fénelon a corrigé les deux passages qui peinaient Mme Guyon. Mais aurait-elle agréé le second texte plus qu'elle n'avait fait le premier? Non, sans doute; car il affirme l'excellence de l'Oraison vocale, et la nécessité de ne s'en jamais dispenser à la légère ; et, sur les obsessious et possessions, il développe et précise le sons de son premier texte, dont il modifie à peine le début : « Quelqu'un, dit-il, pourra aller plus loin, et me demander quelles bornes on peut donner à cette séparation... dans les possessions, dans les obsessio7is et dans les autres saisissements de l'âme qui sont surnaturels. Mais c'est me demander ce qui n'entre point dans le sujet que je trailte. »
11 peut donc sembler que Fénelon ait tenu peu de compte des critiques formulées par sou amie, pour établir sou édition nouvelle. Et cependant, tout en traitant les principes guyoniens en disciple indépendant, il leur est peut-être, ou croit leur être plus profondément fidèle, au moment même où il parait les renier. Il tient à laisser de côté les obsessions, parce qu'il y voit des phénomènes
(1/ Torrents, p. 164.
■■' !' 123 et 124.
extraordinaires, dont la vraie simplicité, telle qu'il l'imagine, telle qu'il sait ou croit l'avoir apprise de Mmc Guyon, n'a pas à s'inquiéter. Attaché à la fois à l'orthodoxie et au semi-quiétisme de la « prophétesse », il ne méprise pas les prières vocales, mais il n'admet pas non plus qu'elles soient excellentes en elles-mêmes, au point de n'entraîner aucun inconvénient Elles peuvent, d'après lui, gêner l'âme de scrupules, en donnant lieu à un conflit entre la volonté propriétaire et l'attrait de la grâce. Et non seulement il tâche de concilier guyonisme et catholicisme, mais encore, le « Pur Amour » tel qu'il l'entend devient pour lui la raison d'admettre les idées communément admises par l'Eglise dont il paraissait s'éloigner en 1697. Désormais, il laisse au coutemplatif le désir des vertus et du salut, — parce que Dieu veut ce désir, et que le vrai contemplatif doit s'abandonner à la volonté de Dieu. Il rejette en termes plus formels l'état permanent, il admet que l'état de pur amour n'est vraiment qu'habituel, et que la contemplation peut être ôtée par Dieu : c'est qu'il voit dans les variations du pur amour une condition de perfectionnement pour le pur amour même ; c'est que Dieu lui apparaît plus libre, et que l'homme lui semble pouvoir devenir plus souple, si la contemplation n'est pas définitive. Enfin, il écarte toute idée de conflit entre la grâce qui parle si expressément aux Mystiques, et la Loi écrite, — en réduisant la Loi écrite à une volonté écrite, h une i^ràce plus générale et plus
immobile, mais aussi digne que l'autre de docilité. Ainsi le Par Amour, la Sainte Indifférence, l'Abandon, aidèrent très naturellement Fénelon, dans la suite, à accepter la censure de Kome : autant que l'on peut pénétrer le secret d'une àme, ces mêmes principes, avant de l'engager à sa soumission, étaient devenus en quelque mesure les intimes appuis de sa foi.
Rome aurait-elle condamné cette seconde édition, comme elle a fait la première V On en peut douter, car un certain nombre de passages visés par le Bref se trouvent modifiés ici. Pour d'autres cependant, les corrections sont fort légères ; beaucoup enfin, sont laissés indemnes de tout changement. La doctrine des « Maximes » eût donc paru peut-être encore, sur certains points, erronée ou dangereuse (1).
[) Voici la liste des endroits vièéa par les Propositions du Rref, avec lindicalion de l'état où ils se trouvent dans la nouvelle édition :
lr» Prop., p. 10. — On peut propre. — Corrigé.
P. 11. — Ni la en l'aimant. — id.
2e Prop., p. 23. — Ils aiment crainte. — Laissé.
P. 24. — Dan» ce dernier .... espérance. — D'ordinaire est ajouté.
3e Prop., p. 35. — Ce qui est essentiel trouble. — Peu
modifié.
4« Prop., p. 50. — Mai» elle n'a grâce. — Corrigé.
5e Prop., p. 52. — On ne veut sa grâce. — Un peu modifié.
rie Prop , p. 52. — En cet état.. .. pour lui. — Précisé.
7*-' Prop., p. 72, 73. — Cet abandon.. .. même éternel. — Corrigé.
Dès lors on voit l'intérêt des « Maximes des Saints » ainsi rééditées. Les corrections n'apparaissent pas comme des détours artificieux (i) où l'auteur déploierait une in-
8e Prop., p. 87. — Tous les sacrifices absolu. — Corrigé.
9e Prop., p. 87. — Alors une âme de Dieu. *— Corrigé.
10e Prop., p. 90. — C'est alors que pour l'éternité. —
Laissé et expliqué.
11e Prop., p. 91. — En cet promesses. — Corrigé.
12e Prop. p. 91, 92. — Un directeur de Dieu. — Laissé et
expliqué.
13e Prop., p. 122. — La partie supérieure involontaire. —
Corrigé.
14e Prop., p. 121. — 77 se fait .... inférieure. — Corrigé.
P. 123. — Les actes et involontaire. — Corrigé.
15e Prop., p. 164. — La méditation des autres. — Laissé.
P. 165. — Cette composition intéressé. — Laissé.
16e Prop., p. 176. — Il y a méthodiques. — Laissé.
17e Prop., p. 194. — Les âmes... differens. — Laissé.
Premièrement contemplation . — Laissé.
P. 195. — Secondement épreuves. — Laissé.
18e Prop., p. 225. — Alo^s on l'être. — Expliqué.
19e Prop., p. 226. — On peut dire de nous. — Expliqué
20e Prop., p 241. — En le sa gloire. — Complété.
21e Prop., p. 253. — C'est dire de vertu. — Laissé.
22e Prop., p. 261. — Quoique cette leur grâce. — Laissé.
23e Prop , p. 272. — Ce pur amour méritoires. — Corrigé.
Pour la recherche des passages correspondant aux Propositions condamnées, la tâche m'a été facilitée par les indications écrites par un contemporain de Fénelon sur un exemplaire des Maximes des Saints (B. N1" D. 19042). (Voir, dans l'appendice III, le Bref de condamnation).
(1) Fénelon se plaint qu'on traite ainsi les correctifs de ses Défenses, IV, 467.
géniosité peu sincère. Elles semblent, au contraire, faire mieux connaître sa doctrine profonde ; elles éclairent l'histoire de la querelle. Enfin l'histoire littéraire ellemt'ine ne peut-elle pas tirer quelque avantage de cette publication, s'il est vrai, — commeje l'indiquerai, - que les tendances théologiques des « Maximes » se révèlent très précises, et transposées à peine, dans les écrits profanes de Fénelon "i
Dans la Querelle, d'abord, l'attitude défiante des Trois Prélats s'explique et se justifie par les variations de leur adversaire. Fénelon, peu à peu, a changé Vélat de la dispute, comme le lui reprochait Noailles (1) : les corrections successives en font foi. Cette théologie mouvante, recouvrant un fonds de principes inébranlables, a irrité Bossuet. Cette double attitude — on ne peut pas dire cette duplicité — de l'esprit de Fénelon n'a pas échappé non plus à Mme Guyon. Un moment elle a cru apercevoir en son ami quelque politique (2), mais elle ne tarda pas à admirer le langage fort, nef, décisif (3) des Défenses. Et, reconnaissant que son inspiration n'avait pas cessé d'animer son disciple, elle ajoutait : « Lorsque N.-S. me fit connoistre qu'il seroit ma bouche, il ne m'a pas trompée. »
1 V. 424. Réponse de M. de Paris aux 4 Lettres de M. de Cambrai.
i2) Recueil Chevreuse, p. 140 : Lettre de mars 1895. (Sur les Articles d'Issy ; p. 192-193 : Lettre de mars 1697. (Sur les Maximes).
i3 Ibid., p. 194, mars 1698.
Cette doctrine, ce guyonisme, précisé, atténué peutêtre, et à coup sur épuré dans le combat, se retrouve dans les Défenses. Sous cette forme, les principes des « Maximes des Saints » étaient-ils condamnables 1 Rome, en tout cas, n'a pas compris les Défenses dans sa condamnation. D'ailleurs, ils n'ont jamais dans les Défenses la forme concise et autoritaire qu'ils avaient dans l'Edition de lfi97, et qu'ils ont en grande partie conservée dans l'Edition nouvelle.
A l'état diffus encore, on les découvre dans le « Traité de l'Existence de Dieu » et les « Lettres sur divers sujets de Métaphysique et de Religion » (1), qui donnent, comme des « Maximes » une idée parement '.intellectuelle et abstraite de l'Etre infini, et où Fénelon, aimant la souveraine beauté de Dieu en elle-même et pour elle-même, développe en hymnes les articles de son premier livre concernant le Pur Amour.
Passons aux ouvrages les plus profanes de Fénelon. Nous verrons le « Télémaque », à la lumière des « Maximes des Saints», prendre des couleurs nouvelles. Certains mots rappellent le vocabulaire mystique (2). Mais surtout la « morale » de cette « suite de l'Odyssée d'Homère » est une condamnation de la « propriété », et une exaltation des vertus guyoniennes. Dans son chant
(1) Cf. les articles si précis de Rivière, dans les Annales de Philosophie chrétienne de 1909.
2; Par exemple : intéressés, empressés, 1. Il, p. 29 (tome XX des Œuvr. C.) mercenaires, 1. VII, p 155.
tout édifiant et religieux, Mentor a soin de placer le malheur du jeune Narcisse... follement amourexn- de sa propre beauté (1). Si Hercule se laissa entraîner à aimer Déjauire, après avoir maudit l'Amour, c'est que les hommes, se promettent tout d'eux-mêmes et par conséquent ne résistent à rien (2). Le grand défaut de Télémaque est de s'aimer exclusivement (3) ; il s'en corrigera, lorsqu'il verra blâmer par Minos aux Enfers un homme qui a rapporté toute sa vertu à soi-même, et non aux dieux.., qui a voulu jouir du fruit de sa propre vertu (4). C'est que la sagesse n'est que folie, et la vertu... un orgueil impie et aveugle (5), quand on est à soi-même son idole (6), quand on a quelque complaisance... à contempler ses propres mérites (7). Retranchons donc tout ce qui entretient cette propriété, tout ce qu'elle nourrit en nous : curiosité (8), empressement (9), crainte et espérance (10). L'homme véritablement libre, répond Télémaque aux vieillards crétois qui l'approuvent, est celui qui, dégagé de toute crainte et de tout désir, n'est soumis qu'aux dieux et à sa
1 L VII, p 166.
2 L. XII, p. 309.
: L. XIII, p. 330.
i L XIV. p. 381.
5 Ibid., p. 383.
Ibid.
: Ibid., p. 382.
8 L. VIII, p. 194 (9> L XVII, p. 472, et patsim.
HO* L XIV, p. 374 et 375.
raison (1). Les véritables vertus sont la tranquillité et la simplicité (2). Ce sont les qualités naturelles de Mentor, qui est une divinité ; ce seront celles de Téléinaque, quand les conseils, les exemples, les épreuves, les fautes, dont souvent on lire plus de fruit que de ses bonnes actions (3), l'auront « désapproprié ». Docile à la grâce qui l'éclairé (4), et qui, joie déraison, douce, pure et égale, le ravit sans le troubler (5), le fils d'Ulysse s'élèvera à la contemplation de cette première puissance... de cette lumière simple, infinie et immuable,... de celle vérité souveraine et universelle.., raison éternelle... océan de lumière... (Gj. — Pour le mieux convaincre de son devoir, Mentor le lui a appris par des expériences sensibles (7). — Enfin n'est-ce pas pour venger secrètement Mme Guyon du parti-pris de ses juges que Fénelon a placé dans son Tartare des hommes que le vulgaire ne croit guère coupables... ceux qui ont jugé témérairement des choses sans les connoître à fond, et qui par là ont nui à la réputation des innocents (8) ?
Il serait aussi aisé de démêler les éléments guyoniens
(2) L. V. p. 101, p. 120, 1. VI, p. 125, 1. VIII, p. 189, etc
(3) L. XVIII, p. 457.
(4) L. II, p. 32, 1. IV, p. 73.
(5) L. IV, p. 80.
(6) L IV, p. 84-85.
(7) L. XVIII, p. 516.
(8) L. XIV, p. 380.
des idées littéraires de Fénelon. Dans les « Dialogues sur l'Eloquence «comme dans la « Lettre sur les occupations de l'Académie française », il sacrifie Gicéron à Démosthène. l'orateur épris de soi-même et désireux de plaire, à l'orateur qui s'oublie. Veut-on savoir pourquoi il «'vite de prendre parti, dans la Querelle des Anciens et des Modernes, tout en marquant une certaine préférence pour les Anciens? Cette attitude ne s'explique ni par l'habileté, la diplomatie, la coquetterie que l'on attribue en général à Fénelon, ni par l'éclectisme tant vanté de son goût littéraire. Il faut en chercher les motifs plutôt dans sa théologie, que dans son caractère et dans son goût. Les modernes se défient des « autorités », et se confient en leurs expériences nouvelles. Fénelon, ennemi des docteurs, des règles qui dessèchent , des autorités qu'il n'a employées qu'à contre-cœur, sympathise avec ces adversaires de la théorie ; mais ils se tourmentent en ornements affectés: et Fénelon se détourne de ces beaux esprits. Au contraire, il peut aimer les Anciens sans restriction : ils sont simples, ils ne cherchent point à briller, à plaire, mais à convaincre ; dépourvus de tout amour-propre d'auteur, ils ne pensent qu'à leur sujet, qu'à leurs héros. Ils sont touchants, parce qu'ils sont « désintéressés ».
Ainsi l'Etude des « Maximes des Saints » n'est pas seulement utile, pour l'histoire des événements oùFénenelon a joué un si grand rôle ; elle est essentielle, pour la connaissance de sa pensée.
Par Afessire François de Salignac Fenelon, Archevêque, Duc de Cambray. Précepteur de Messpigneurs les Ducs de Bourgogne, d' Anjou et de Berry, Prince du Saint Empire, etc.
A Paris
Pierre Aubouin Quay des Auguatins,
\ Libraire de Messeigneurs j Près l'Hôtel de Chez < les Enfans de France. \ Luynes, à l'Ecu de / Pierre Emery ( France, et à la
Charles Clousier / Croix d'Or