‹ Explication des maximes des saints sur la vie intérieureChapitre 20 sur 59 · XXVIII. On ne doit point attacher le don de prophétie · texte numérisé non relu

XXVIII. On ne doit point attacher le don de prophétie

et encore moins l'est at apostolique à un certain estât de perfection et d'oraison, et les y attacher c'est induire à illusion, témérité et erreur.

XXVIII. Les voyes extraordinaires avec les marques qu'en ont données les spirituels approuvez, selon euxin. -ânes, sont très rares, et sont sujettes à l'examen des Evesques, supérieurs ecclésiastiques et docteurs, quiluy doivent en juger, non tant selon les expériences que selon les règles immuahles de l'Ecriture et de la tradition ; enseigner et pratiquer le contraire, est secouer le joug de l'obéissance qu'on doit à l'Eglise.

XXIX. S'il y a, ou s'il y a eu, en quelque endroit de la terre, un très petit nombre dames d'élite, que Dieu par des préventions extraordinaires et particulières qui lu y sontconnuës. meuve à chaque instant de telle manière à tous actes essentiels au christianisme et aux autres bonnes œuvres, qu'il ne soit pas nécessaire de leur rien prescrire pour s'y exciter, nous le laissons au jugement de Dieu; et sans avouer de pareils estât, nous disons

seulement dans la pratique, qu'il n'y a rien de si dangereux ni de si sujet à illusion, que de conduire les âmes comme si elles y estoient arrivées, et qu'en tout cas ce n'est point dans ces préventions qui consiste la perfection du christianisme.

XXX. Dans tous les articles susdits, en ce qui regarde la concupiscence, les imperfections, et principalement lo péché : pour l'honneur de nostre Seigneur nous n'entendons pas comprendre la Très Sainte-Vierge sa Mère.

XXXI. Pour les âmes que Dieu tient dans les épreuves, Job qui en est le modelle leur apprend à profiter du rayon qui revient par intervalles, pour produire les actes les plus excellens de foy, d'espérance et d'amour. Les spirituels leur enseignent à les trouver dans la cime et plus haute partie de l'esprit. Il ne faut donc pas leur permettre d'acquiescer à leur désespoir et damnation apparente, mais avec saint François de Salesles asseurer que Dieu ne les abandonnera pas.

XXXII. Il faut bien en tout estât, principalement en ceux-ci, adorer la justice vengeresse de Dieu, mais non soubaitter jamais qu'elle s'exerce sur nous en toute rigueur, puisque mesme l'un des effets de cette rigueur est de nous priver de l'amour. L'abandon du chrétien est de rejetter en Dieu toute son inquiétude, mettre en sa bonté l'espérance de son salut, et comme l'enseigne saint Augustin après saint Cyprien, luy donner tout : ut totum detiir Deo.

XXXIII. On peut aussi inspirer aux âmes peinées et vraiment humbles une soumission et consentement à la volonté de Dieu, quand mesme, par une très fausse supposition, au lieu des biens éternels qu'il a promis aux âmes justes, il les tiendroit par son bon plaisir dans des

tourmens éternels, sans néanmoins qu'elles soient privées de sa grâce et de son amour : qui est un acte d'abandon parfait et d'un amour pur pratiqué par des Saints, a qui le peut estre utilement avec une grâce très particulière de Dieu par les âmes vraiment parfaites : sans déroger à l 'obligation des autres actes cy-dessus marquez qui sont essentiels au Christianisme.

XXXIV. Au surplus il est certain que les commençons et les parfaits doivent estre conduits chacun selon sa voye par des règles différentes, et que les derniers en tendent plus hautement et plus a fond les veritez chrcstiennes.

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