EXPOSITION DE CINQ DIVERS ÉTATS D'AMOUR DE DIEU
On peut aimer Dieu, non pour lui, mais pour les biens distinguez de lui, qui dépendent de sa puissance, et qu'on espère en obtenir, en sorte qu'on ne l'aimeroit point sans ce motif. Tel étoit l'amour de ceux d'entre les Juifs qui etoient charnels, et qui observoient la Loy, pour être récompensez par la rosée du Ciel, et par la fertilité de la terre. Cet amour [2] n'est ni chaste, ni filial, mais purement servile. A parler exactement, ce n'est pas aimer Dieu, c'est s'aimer soi-même, et rechercher uniquement pour soi, non Dieu, mais ce qui vient de lui.
2° On peut, quand on a la foi, n'avoir aucun degré de charité. On sçait que Dieu est nôtre unique béatitude ; c'est-à-dire le seul objet dont la vûë peut nous rendre bienheureux. Si eu cet état on aimoit Dieu, comme le
[ I Exposition des divers amours dont on peut aimer Dieu ... en obtenir. Tel etoit l'amour des Juifs charnels, qui observoient ..
seul moyen propre à nôtre bonheur, et par l'impuissance de trouver nôtre bonheur en aucun autre objet : si on regardoit Dieu comme uu moyen de félicité, qu'on rapporteront uniquement à soi comme fin dernière, en sorte que lame fut déterminée a ne le point aimer si ce n'étoit pour elle-même et pour son bonheur, cet amour seroit plû[3]tqat un amour de soi qu'un amour de Dieu : du moins, il seroil contraire à Tordre; car il rapporteroit Dieu en le regardant comme objet, ou moyen de nôtre félicité, à nous et à nôtre félicité propre.
Quoique cet amour ne nous fit point chercher d'autre recompense que Dieu seul, il seroit néanmoins purement mercenaire, et de pure concupiscence. Saint Bernard suppose cet amour, et il en fait le second des quatre qu'il représente dans son traitté de l'amour de Dieu. L'homme, dit-il, aime déjà Dieu, mais néanmoins encore pour soi et xnon pour Dieu même. « Amat ergo jam Deum, sed propler se intérim adhuc, non propice ipsum ». Saint François de Sales suppose aussi cet état
d'amour, et voici comment il en parle : Lame, dit ce Amour de . . ... -, r> ■ /• /■ // Dieu, L. 2,
saint, qui n aimer oit Dieu que pour I amour (telle- rj 17
même, établissant ta fin de V amour qu'elle porte à
Dieu en sa propre commodité, kelas! elle commettrait
un ecclréme sacrilège... Lame qui n'aime Dieu que
pour l'amour d' elle-même, elle s'uime comme elle [4] de-
[2|. . Dieu, comme le seul instrument propre .. . fin dernière, eei amour ..
[8]... comme objet, ou instrument de nôtre... .. fie pure concupiscence L'âme, comme dit saint François de ."Sales, qui...
vroit aimer Dieu ; et elle aime Dieu, comme elle devroit s'aimer elle-même. C'est comme qui diroil : L'amour que je vie porte, est la fin pour laquelle S aime Dieu : en sorte que l'amour de Dieu soit dépendant, subalterne et inférieur à Vatnour propre
Ce qui est une impiété non pareille.
3° Ou peut aimer Dieu d'un amour qu'on nomme d'espérance et qui peut précéder la justification du pécheur, alors l'homme qui a cet amour ne rapporte point Dieu comme moyen a soi, comme fin, de même que dans l'amour de pure concupiscence. Il peut même préférer Dieu a tous les objets qui sont hors de lui. Mais il ne préfère pourtant pas encore Dieu a soi-même. S'il le le fait, ce n'est que par un amour effectif, comme dit saint François de Sales, et non par un amour vffeclif, qui est le seul de préférence réelle. C'est pourquoi cet amour ne justifie pas quand il est tout seul. Ce saint Amour de parle ainsi de cet amour. Je ne dis pas toutefois qu'il C. 17. revienne tellement à nous, qu'il nous fasse aimer Dieu seulement pour l'amour de nous... Il y a bien de la différence entre cette [5] parole : J'aime Dieu pour le bien que j'en attens ; et celle-ci : Je naime Dieu que pour le bien que j'en attens. Cet amour d'espérance, quand il précède la justification, n'empesche point que
[4]... Qu'on nomme d'espérance. Il n'est pas entièrement intéressé, car il est mélangé d'nn commencement d'amour de Dieu pour lui-même. Mais le motif de nôtre propre intérest est son motif principal et dominant. Saint François de Sales parle ainsi de cet amour ...
[5]... Cet amour d'espérance est nommé tel, parce que le mo-
l'amour de nous-même ne soit encore le plus fort en nous. C'est un commencement de conversion, car c'est un commencement d'amour véritable pour Dieu, mais cet amour n'est pas encore dominant, et de préférence de Dieu a nous mesmc. Ainsi, ce n'est pas encore la véritable justice. C'est de cet amour d'espérance dout saint François de Sales a parlé ainsi : Le souverain
amour n'est ou en la charité; mais en l'espérance, Amour de 1 Dieu. L 2,
V amour est imparfait, parce qu'il ne tend pas en la c. 17.
bonté infinie, entant qu'elle est telle en elle-même ; ains entant qu'elle nous est telle... Quoiquen vérité, 7iul par ce seul amour ne puisse ni observer les Com- ?nandetnens de Dieu, ni avoir la vie éternelle. [6]
4° Il y a un état d'amour véritablement justifiant ou l'ame ne fait pas encore fréquemment des actes de cbarité. Mais ceux qu'elle fait sont purs et de la même espèce que ceux du 5* état que nous verrons ensuitte. Ces actes regardent Dieu en lui-même et dans sa perfection, sans rapport a nous, mais il y a encore alors dans l'aine un reste d'amour intéressé parce que lame qui est dans cet état fait le plus souvent les actes d'espérance et des autres vertus sans qu'ils soient prévenus, animez et commandez par la charité. Alors ces actes ont presque
tif de l'interest propre y est encore dominant : c'est un commencement de conversion à Dieu : mais ce n'est pas encore...
[6| 4 11 y a un amour de charité, qui est encore mélangé de quelque reste d'interest propre, mais qui est le véritable amour justifiant; parce que le motif intéressé y domine ("est celui de saint François de Sales parle dans l'endroit ci-dessns rapporté : Le souverain amour rie?t qu'en In charité. Cet amour cherche Dieu pour lui-même, et le préfère à tout sans aucune exception.
toujours un reste d'amour de nous mesrae qui est la cupidité soumise et qui n'est pas l'amour de charité. Cet état est néanmoins justifiant parce qu'il renferme, non seulement la charité infuse et habituelle, mais encore des actes de vraye charité, et que les actes des autres vertus y sont rapportez tantost habituellement, tantost virtuellement quelquefois même formellement à la fin dernière. C'est cet amour dont saint François de Sales parle dans l'endroit ci-dessus : Le souverain amour n'est qu'en la charité. L'amour de cet état est souverain en ce qu'il préfère Dieu a toutes les choses créées et a soi-même.
Ce n'est que par cette préférence qu'il est capable de nous justifier. Il ne préfère pas moins Dieu et sa gloire, à nous et à nos interests, qu'a toutes les créatures qui sont hors de nous. En voici la raison : C'est que nous ne sommes pas moins des créatures viles, et indignes d'entrer en comparaison avec [7] Dieu, que le reste des êlres créez. Dieu qui ne nous a faits pour les autres créatures, ne nous a point faits non plus pour nous-mêmes, mais pour lui seul.
Il n'est pas moins jaloux de nous, que des autres objets extérieurs que nous pouvons aimer. A proprement parler, l'unique chose dont il est jaloux en nous, c'est nous-mêmes ; car il voit clairement que c'est nousmêmes que nous sommes tentez d'aimer dans la jouissance de tous les objets extérieurs. Il est incapable de se tromper dans sa jalousie. C'est l'amour de nousmêmes, auquel se réduisent toutes nos affections. Tout
(Je n'est que...
ce qui ne vient pas du principe de la charité, c'est a dire de l'amour de Dieu ou de son ordre en gênerai, comme saint Augustin le dit si [8i souvent, vient de la cupidité, c'est a dire de l'amour de nous mesme. Ainsi c'est cet amour, unique racine de tous les vices, quand il n'est point subordonné à Dieu, que la jalousie de Dieu attaque précisément en nous. Tandis que nous n'avons encore qu'un amour d'espérance, où l'interest de la gloire de Dieu ne domine point sur l'amour de nous-mêmes, une ame n'est point encore juste. Mais quand l'amour desintéressé ou de charité commence à prévaloir sur le motif de l'interest propre, alors l'ame qui aime Dieu, est véritablement aimée de lui. Cette charité véritable n'est pourtant pas encore toute pure, c'est-à-dire que l'état de cette ame n'est pas encore sans aucun mélange : quoique les actes de charité soient toujours purs en eux-mêmes : mais l'amour de charité prévalant sur le motif inléressé, on nomme cet état un état de charité. L'ame aime alors Dieu pour [9) lui et pour soi ; mais en sorte qu'elle aime principalement la gloire de Dieu, et qu'elle y cherche sou bonheur propre par le mélange d'un motif d'amour de soi qui
|7]... de la charité, comme S. Augustin...
[8|... de la cupidité. Ainsi. .
.. vices, que la...
... d'espérance, où l'interest propre domine par l'inlereat de la gloire de Dieu, une ame...
... toute pure, c'est-à dire sans aucun mélange : mais l'amour de charité prévalant sur le motif intéressé 'le IVsperance, on nomme...
[9] .. gloire de Dieu, et qu'elle n'y cherche son bonheur propre.
n'est point l'amour de charité, quoiqu'elle rapporte et subordonne son bonheur même à la fin dernière, que est la gloire de son Créateur. Il n'est pas nécessaire qui cette préférence de Dieu et de sa gloire, n nous et à nos interests, soit toujours explicite dans l'aine juste. La foi nous assure que la gloire de Dieu et nôtre félicité sont inséparables. Il suffit que cette préférence si juste et si nécessaire soit réelle, mais implicite, pour les occasions communes de la vie. Il n'est nécessaire qu'elle devienne explicite, que dans les occasions extraordinaires, où Dieu voudroit nous éprouver pour nous [10] purifier. Alors, il nous donneroit, à proportion de l'épreuve, la lumière et le courage pour la porter, et pour développer dans nos cœurs cette préférence. Hors de là, il seroit dangereux de la chercher scrupuleusement dans le fonds de nos cœurs.
5° On peut aimer Dieu d'un amour que les saints ont appelle pur. Ce n'est pas que dans cet état on fasse des actes de charité d'une autre espèce que ceux du 4e état précèdent, les actes de charité sont toujours spécifiquement les mêmes, ils sont seulement plus fréquents et plus intenses dans ce 5e état. Il ne faut pas s'imaginer non plus que lame n'y fasse que des actes de charité. Elle y en fait très fréquemment de toutes les autres
que comme un moyen qu'elle rapporte, et qu'elle subordonne à la fin...
[10J 5 On peut aimer Dieu d'un amour qui est une charité pure, et sans aucun mélange du motif de l'interest propre Alors on aime Dieu au milieu des peines, de manière qu'on ne l'aimeroit pas davantage, quand même il combleroit l'âme de consolation. Ni la crainte des chàtimens, ni le désir des recompenses,
vertus distinctes, et entr'autres de l'espérance avec leurs motifs spécifiques. Mais voici la différence précise qui est entre le 4e et le 5e état. C'est que dans le 4e l'espérance excitée par un amour de nous mesine qui n'est point de pure charité prévient d'ordinaire a son tour, excite, et soutient la charité dans ses refroidissements, au lieu que dans le 5e état c'est presque toujours la charité forte et prévenante qui anime l'espérance et qni en commande expressément les actes pour les rapporter a sa propre fin. Elle fait de même a
n'ont plus de part à cet amour. On n'aLme plus Dieu, ni pour le mérite, ni pour la perfection, ni pour le bonheur qu'on doit trouver en l'aimant On l'aimeroit autant, quand même par supposition impossible, il devroit ignorer qu'on l'aime, ou qu'il tou droit rendre éternellement malheureux ceux qui l'auroient aimé On l'aime néanmoins comme souveraine et infaillible béatitude de ceux qui lui sont fidèles : on l'aime comme nôtre bien personnel, comme notre recompense promise, comme notre tout Muis on ne l'aime plus par ce motif précis de nMre bonheur, et de nôtre recompense propre. C'est ce que S. François de Sales a exprimé avec la plus exacte précision, par ces paroles : Amour de C'est chose bien diverse de dire : J'aime l'ieu pour moi/ : et de \-, '
dire : J'aime Dieu pour l'amour de moi/... L'une est une suinte affection :le l'épouse. . L'autre est une impiété, etc. Il parle encore ainsi ailleurs : La pureté de l'amour consiste à ne vouloir rien pour soi/, à n'envisager que le bon plaisir de l'ieu, pour lequel on serait prest à préférer les peines éternelles à la gloire L'Ame désintéressée dans la pure charité, attend, désire, espère Dieu, comme son bien, comme sa recompense, comme ce qui lui est promis, et qui est tout pour elle. Elle le veut pour soi, mais non pour l'amour de soi Elle le veut pour soi, afin de se conformer au bon plaisir de Dieu, qui le veut pour elle Mais elle ne le veut point pour l'amour de soi, parce que ce n'est plus le motif de son propre interest qui l'excite. [13] Tel est
l'égard des autres vertus en sorte que presque tous les actes méritoires de cet état sont ou des actes de pure charité ou des actes de vertus distinguées par leurs motifs spécifiques, mais animez et commandez expressément par la charité qui les rapporte en même teins a sa propre fin. Ainsi d'un costé la charité est alors si forte qu'elle n'a plus d'ordinaire besoin d'être prévenue et préparée par l'espérance. Voila le cas ou les saints disent qu'ils n'aiment plus pour la recompense, et qu'ils aimeraient autant, quand même il n'y aurait point de béatitude a espérer. D'un autre costé les actes d'espérance et des autres vertus étant commandez avec leurs motifs spécifiques par la charité, ils sont élevez et épurez par elle puisqu'elle ne les commande que pour les rapporter en môme tems a sa propre fin. Selon saint Thomas, ils conservent leur propre spécification, quoiqu'ils soient commandez par une vertu supérieure, et ils entrent néanmoins dans l'espèce de cette vertu supérieure qui les commande et qui les rapporte a sa fin.
Berm 83 gn cej e[a(- mie ,,me ajmo j)jen au milieu des peines de in cant. l
manière qu'elle ne l'aimeroit pas davantage quand
même il la comblerait de consolation. Ni la crainte des
peines ni le désir ou l'attente des recompenses n'ont
plus d'ordinaire de part aux actes de cet amour, parus
amor de spe vires non sumit, dit saint Bernard. On
n'aime plus Dieu ni pour l'interest du mérite, ni pour celui
de la perfection, ni pour celui du bonheur qu'on trouve
en l'aimant. Ce n'est pas qu'on ne veuille et le mérite
et la perfection et le bonheur par conformité a l'ordre
de Dieu, on veut même ces choses pour soi. On les veut
par leur raison précise, ou comme parle l'école, par leur motif spécifique, c'est a dire qu'on les veut parce qu'elles nous sont bonnes, qu'elles sont aimables dans l'ordre de Dieu, et qu'elles nous sont convenables par leur degré de bien pour notre fin dernière qui est Dieu même. On les veut par amour pour soi, mais l'amour pour soi qu'on a d'ordinaire en cet état de baute perfection est un amour de charité, et l'idée peu noble qui est attachée dans nôtre langue au terme d'interest ne cm vient point a un amour de nous même si pur et si désintéressé. Par intcrest et par motif intéressé, il est naturel d'entendre un amour de soi qui est autre que cet amour de nous si pur et si parfait, suivant lequel on ne s'aime plus que comme le reste des créatures, dans l'ordre de Dieu et du même amour dont on aime sa beauté souveraine. Alors on aimeroit autant Dieu quand même par supposition impossible, il devroit ignorer qu'on l'aime ou qu'il voudroit faire souffrir des peines éternelles a ceux qui l'auroient aimé. En cet état, on l'aime néanmoins toujours comme souveraine et infaillible béatitude de tous ceux qui lui sont fidelles. On l'aime comme nôtre bien personnel, comme nôtre récompense, comme nôtre tout : mais on ne l'aime plus par le motif intéressé de la récompense et du bon heu r, c'est a dire par le motif qui vient d'un autre amour de nous mesmes que celui de la charité, car pour le motif spécifique (de vertu] de l'espérance qui est inséparable de l'amour de charité pour nous mêmes, il est toujours essentiel, et il ne peut jamais diminuer le désintéressement des actes.
[13] Tel est l'amour pur et parfait autant qu'il peut l'être dans les fragilités et les variations du pèlerinage de cette vie. Cet amour, quoique pur d'ordinaire, fait néanmoins exercer les actes de toutes les mêmes vertus que l'amour moins parfait : avec cette unique différence, qu'il chasse la crainte aussi bien que toutes les inquiétudes, et qu'il est même exempt des empressemens de l'amour moins désintéressé.
Au reste, je déclare que pour éviter toute équivoque, dans une matière où il est si dangereux d'en faire, et si difficile de n'en faire aucune ; j'observerai toujours exactement les noms que je vais donner à ces cinq sortes d'amour pour les mieux distinguer.
1. L'état d'amour de ceux d'entre les Juifs qui etoient charnels et qui cherchoient Dieu pour les dons distinguez de lui, et non pour lui-même, peut être nommé [14] l'amour purement servile. Mais comme nous n'aurons aucun besoin d'en parler, je n'en dirai rien dans cet ouvrage.
2. L'état d'amour par lequel on aimeroit Dieu que comme un simple moyen de félicité, que l'on rapporteroit absolument à soi, comme à la fin dernière, peut être nommé l'amour de pure concupiscence.
[13] Tel est le pur et parfait amour, qui fait les mêmes actes de toutes les mêmes vertus que l'amour mélangé ; avec...
... empressemens de l'amour intéressé.
... 1. L'amour des Juifs charnels, pour les dons de Dieu distinguez. .
f 14] 2 L'amour, par lequel l'on n'aime Dieu, que comme le
moyen ou l'instrument unique de félicité, que l'on rapporte absolument à soi, comme fin...
3. L'état d'amour où l'on aime Dieu véritablement et ou l'on ne rapporte point Dieu comme moyen a soi, comme fin de même que dans celui de pure concupiscence, mais ou l'amour n'est pas encore de préférence effective de Dieu a soi est celui que je nomme d'espérance.
i. L'état d'amour, de préférence pour Dieu ou l'espérance et les autres vertus préviennent souvent la charité, et sont meslées d'un motif d'amour de nousmêmes qui est de cupidité soumise à la charité est un état moins parfait que l'état suivant, l'amour de charité y domine néantmoina : 1° par la charité infuse et habituelle, 2° par les actes de charité qui s'y exercent, 3° par l'exercice même des vertus qui y sont rapportées virtuellement ou habituellement à la fin principale et dernière qui est la gloire de Dieu. On devroit, par ces raisons, nommer cet état un état <le charité, [la] Mais comme nous aurons besoin à tout moment d'opposer cet amour à celui qu'on appelle pur ou entièrement désintéressé, je serai obligé de donner à ce quatrième amour les noms d'amour moins désintéressé ou d'amour meslangé d'interest propre ; parce qu'en effet, il a encore
... 3. L'amour, dans lequel le motif de nôtre propre bonheur prévaut encore sur celui de la gloire de Dieu, est nommé l'amour d'espérance.
[14]... 4. L'amour, ou la charité est encore mélangée d'un motif d'interest propre, rapporté et subordonné au motif principal, et à la fin dernière, qui
. . est la pure gloire de Dieu, devroit être nommé, l'amour de charité mélangée Mais ..
115]... de donner à cet amour mélangé, le nom d'amnnr iule ressé; parce qu'en effet il est encore mélangé d'un reste d'interest propre, quoiqu'il soit un amour de préférence de Dieu à soi.
un reste d'interest propre, quoiqu'il soit un état d'amour de préférence de Dieu à soi.
5. L'état d'amour pour Dieu seul, considéré en luimême et qui n'est d'ordinaire prévenu ni soutenu par aucun mélange de motif intéressé, ni de crainte, ni d'espérance, est le pur amour, réservé à la parfaite charité. Dans l'état le plus parfait de cet amour, la charité prévient, commande et anime d'ordinaire toutes les autres vertus distinctes, et rapporte en même tems leur exercice à sa propre fin, de sorte que ce n'est plus d'ordinaire l'espérance qui prévient et qui prépare les actes delà charité, comme dans les justes moins parfaits, mais c'est la charité qui prévient, anime et dirige les actes d'espérance pour les perfectionner et pour les épurer en les élevant a sa fin.