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[16] Article I. Vrai
L'amour de pure concupiscence, ou entièrement mercenaire, par lequel on nedesireroit Dieu que pour le seul interest de son propre bonheur, et parce qu'on croiroit trouver en lui seul le moyen de nôtre félicité, seroit un
5. L'amour pour Dieu seul, considéré en lui même et sans aucun mélange de motif intéressé ni de crainte ni d'espérance, est le pur amour, ou la parfaite charité.
[16]... on ne desireroit que Dieu, mais Dieu pour...
... trouver en lui le seul instrument propre à nôtre..
amour indigne de Dieu. On l'aimeroit comme un avari aime son argent, ou comme un voluptueux aime ce que fait son plaisir ; en sorte qu'on rapporterait uniquement Dieu à soi, comme le moyen à la fin. Ce renversement de l'ordre seroit, (17| suivant saint François de Sales, un amour sacrilège, et une impiété non pareille. Mais cet amour de pure concupiscence, ou entièrement merce- Amour do naire, ne doit jamais être confondu avec l'amour que les c.' 17. Théologiens nomment de préférence, qui est un amour de Dieu, mélangé de nôtre interest propre, et dans lequel nôtre propre interest se trouve toujours subordonné à la fin principale, qui est la gloire de Dieu. L'amour de pure concupiscence, ou purement mercenaire, est plùtost un amour de soi-même, qu'un amour de Dieu. Il peut bien préparer indirectement à la justice, en ce qu'il fait une espèce de contrepoids de nos passions violentes, il nous rend même comme, dit saint Bernard en quelque manière prudents pour connoitre ce que nous pouvons attendre de Dieu et de nous, et pour nous éloigner d'offenser celui qui nous a conservez à nous-mêmes, es t tamen quxdam prudenlia scirequidex te quid e.c Dei adjutorio possis et ipsi le servare in/e/i- Dedil. Deo. <;?/?// qui te tibi servavit i^si/w, mais il est con[18]tre l'ordre essentiel de la créature, et il ne peut être ni un principe ni un commencement réel et positif de véritable justice intérieure. Au contraire, l'amour de préférence,
[17j... 11 peut bien préparer à la justice, en ce qu'il fait le contrepoids de nos passions, et nous rend prudens, pour connoitre où est le véritable bien : mais...
(18J... il ne peut être un commencement réel de...
quoique moins désintéressé, peut justifier une ame, pourvu que l'interest propre y soit rapporté, et subordonné à l'amour de Dieu dominant, et que sa gloire soit la fin principale ; en sorte que nous ne préferions pas moins sincèrement Dieu à nous-mêmes, qu'à tout le reste des créatures. Cette préférence ne doit pas néanmoins être toujours explicite, pourvu qu'elle soit réelle : car Dieu qui connoist la boue dont il nous a paitris, et qui a pitié de ses enfans, ne leur demande une préférence distincte et développée, que dans les cas où il leur don[l!>]ne par sa grâce le courage de porter les épreuves, où cette préférence a besoin d'être explicite.
Parler ainsi, c'est parler sans s'éloigner en rien de a doctrine du saint Concile de Trente, qui a déclaré contre les Protestans, que l'amour dans lequel le motif de la gloire de Oieu est le motif principal, auquel celui de nôtre interest propre est rapporté et subordonné, n'est point un péché. Il condamne ceux qui assurent que les Gbap. H. Justes pèchent dans toutes leurs œuvres, si outre le desir principal que Dieu soit glorifié, ils envisagent aussi la recompense éternelle, potir exciter leur paresse, et pour s'encourager à courir dans la carrière. C'est parler comme saint François de [20] Sales, et comme toute l'école suivie par les Mystiques,
... l'amour de {référence, quoiqu'interessé,...
Sess. 6.
Article I. Faux
Tout amour moins désintéressé, ou mélangé d'interest propre sur nôtre bonheur éternel, quoique rapporté et subordonné au motif principal de la gloire de Dieu, est un amour indigne de lui, dont lésâmes ont besoin de se purifier comme d'une véritable souillure ou péché. On ne peut pas même se servir indirectement de l'amour de pure concupiscence, ou purement mercenaire, pour préparer les aines pécheresses à leur conversion, en suspendant par là leurs passions et leurs habitudes, pour les mettre en état d'écouter tranquillement les paroles de la Foy.
[21 1 Parler ainsi, c'est contredire la décision formelle du saint Concile de Trente, qui déclare que l'amour mélangé, où le motif de la gloire de Dieu domine, n'est point un péché. De plus, c'est contredire l'expérience de tous les saints pasteurs, qui voient souvent des conversions solides préparées indirectement et de loin par l'amour de concupiscence et par la crainte servile.
Article II. Vrai
Il y a trois divers degré/, ou trois états habituels de Justes sur la terre. Les premiers ont un amour de pré-
[20]... Tout amour intéressé, ou...
... se servir de l'amour...
[21] . souvent le* conversions solides préparées par l'amour de concupiscence et par la crainte purement servile.
ference pour Dieu, puisqu'ils sont justes ; mais cet amour. [22] quoique principal et dominant, est eucore mélangé d'une crainte pour leur interest propre qui ne naît point d'un pur amour de charité pour eux-mêmes. Les seconds sont à plus forte raison dans un amour de préférence : mais cet amour, quoique principal et dominant, est encore mélangé d'un motif d'espérance pour leur interest, en tant que propre qui ne naît point d'un amour de charité pour eux-mêmes. C'est pourquoi saint Bernard nous parle d'une cupidité réglée par la charité qui se mesle toujours avec la charité même pendant cette vie. Ce n'est pas la charité qui en est le principe. La charité qui survient trouve cette cupidité et ne fait que la modérer, la soumettre, et la suhordonuer ainsi à la fin dernière. A supervenîente cari ta te ordinatur cupiditas tune recta. C'est pourquoi saint Fran- Amour de çois de Sales représente la sainte résignation comme ' ayant encore des désirs propres, mais soumis. Elle se fait, dit-il, par manière d'effort et de soumission. Ces deux amours sont renfermez dans le quatrième estât, que j'ai appelle estât d'amour moins désintéressé.
Les troisièmes, plus parfaits que les deux autres
[22]. . . est encore mélangé de craint^ pour leur interest propre. Les seconds...
... mélangé d'espérance pour leur interest, en tant que propre. C'est pourquoi saint François de Sales dit que la sninte résignation a encore des désirs propres mais soumis. Ces deux amours sont renfermez dans le quatrième, que j'ai appelle amour intéressé dans mes définition*
Les troisièmes, incomparablement plus parfaits..
sortes de justes, ont un amour pleinement désintéressé, qui a été nommé pur, pour faire entendre qu'il [23 J n'est d'ordinaire excité par aucun autre motif, que celui d'aimer uniquement en elle-même et pour elle-même, la souveraine beauté de Dieu. C'est ce que les Anciens ont exprimés en disant qu'il y a trois états : le premier est des justes qui craignent encore par un reste d'esprit d'esclavage. Le second est de ceux qui espèrent encore pour leur propre interest.par un reste d'esprit mercenaire. Le troisième est de ceux qui méritent d'être nommez les en fans, parce qu'ils aiment le Père sans aucun motif intéressé, ni d'espérance, ni de crainte. C'est ce que les auteurs des derniers siècles ont exprimé précisément de même sous d'autres noms équivalans. Ils en ont fait trois états. Le pre'24'mier est la Vie purgative, où l'on combat les vices par un amour mélangé d'un motif intéressé de crainte sur les peines éternelles. La second est la Vie illuminative, où l'on acquiert les vertus ferventes par un amour encore mélangé d'un motif intéressé pour la béatitude céleste. Enfin, le troisième est la Vie contemplative, ou unitive, dans laquelle on demeure d'ordinaire uni à Dieu par l'exercice paisible du pur amour. Dans ce dernier état on ne perd jamais ni la crainte filiale, ni l'espérance des enfans de Dieu, quoiqu'on perde d'ordinaire tout motif intéressé de crainte et d'espérance.
[23]... eDtcndre qu'il est sans ;nélange d'aucun autre... ... de Dieu. C'est ce que tous les Anciens ... [24]... on demeure uni .
.. perde tout motif...
La crainte se perfectionne en se purifiant, elle devient une délicatesse de l'amour, et une [25] révérence filiale qui est paisible. Alors c'est la crainte chaste cpii demeure au siècle des siècles. De même, l'espérance loin de se perdre, se perfectionne par la pureté de l'amour. Alors c'est un désir réel et une attente sincère de l'accomplissement des promesses, non seulement en gênerai et d'une manière absolue, mais encore de l'accomplissement des promesses en nous et pour nous, suivant le bon plaisir de Dieu ; mais par ce motif unique de son plaisir, qui renferme toujours le motif spécifique de nostre propre bien, sans y mêler celui de nôtre interest propre, qui viendroit d'un amour de cupidité soumise. Ce pur amour ne se contente pas de ne vouloir point de recompense qui ne soit Dieu même. Tout mercenaire purement mercenaire, animé par le seul motif de la concupiscence, qui auroit une foi distincte des veritez [26] révélées, pourroit ne vouloir point d'autre recompense que Dieu seul, parce qu'il le connaitroit clairement comme un bien infini, et comme étant lui seul sa véritable recompense ou l'unique moyen de sa félicité. Ce mercenaire ne voudrait dans la vie future que Dieu seul ; mais il voudroit Dieu comme béatitude objective ou objet de
[25]... de son bon plaisir, sans y mêler. .
... interest propre. Ce pur...
... purement mercenaire, qui auroit...
copie mss :
... De même l'espérance, que les Pères représentent toujours comme étant par elle-même d'un ordre supérieur à la crainte Loiu de se perde, l'espérance se perl'eciionne...
[26J .. ou l'unique instrument de sa félicité...
sa béatitude, pour le rapporter à sa béatitude formelle, que l'école nomme créée, c'est-à-dire à soi-même qu'il voudrait rendre bienheureux, et dont il seroit la dernière fin. Au contraire, celui qui aime du pur amour sans aucun mélange d'interest propre, n'est plus excité d'ordinaire par le motif de son interest. Il ne veut la béatitude pour soi, qu'à cause qu'il [*2~\ sçaitque Dieu la veut en tant qu'elle est la chose la plus excellente pour nous et la plus convenable a sa glorification en nous, et qu'il veut que chacun de nous la veuille de même pour sa gloire. Si par un cas qui est impossible à cause des promesses purement gratuites, Dieu vouloit anéantir les âmes des Justes au moment de leur mort corporelle, ou bien les priver de sa vûë, et les tenir éternellement dans [( - tentations et les misères de cette vie, comme saint
Augustin le suppose, ou bien leur l'aire souffrir loin de De civ. Dei
I )0 C \r) lui toutes les peines de l'enfer pendant toute 1 éternité,
comme saint <liegoire de Nazianze et saint Chrysostome
le supposent après saint Clément d'Alexandrie ; les aines qui sont dans ce troisième état de pur amour, ne l'aimeroient ni ne le serviroient pas avec moins de fidélité. Encore une fois, il est vray que [18] cette supposition est impossible à cause des promesses, ou Dieu s'est
. formelle, c'est-à-dire ..
... excité par le motif.
[27]... la veut, et qu'il veut...
... la veuille pour sa ...
riii'lication de la marge ne figure pas clans la lre édit.) ... l'éternité, comme saint Chrysostome le suppose après saint Clément ; les. .
[28]... promesses, parce que. .
donné à nous comme rémunérateur : nous ne pouvons plus séparer nôtre béatitude de Dieu aimé avec la persévérance finale ; mais les choses qui ne peuvent être séparées du côté de l'objet, peuvent l'être très réellement du côté des motifs. Dieu ne peut manquer d'être la béatitude de lame fidelle ; mais elle peut l'aimer avec un tel désintéressement, que cette veuë de Dieu béatifiant n'augmente en rien l'amour qu'elle a pour Jui sans penser à soi, et qu'elle l'aimeroit tout autant s'il ne devoir jamais faire sa béatitude. Dire que cette précision de motifs est une vaine subtilité, ce se[29jroit ignorer la jalousie de Dieu et celle des saints contre eux-mêmes : c'est traiter de vaine subtilité la délicatesse et la perfection du pur amour, que la tradition de tous les siècles a mis dans cette précision de motifs.
Parler ainsi, c'est parler conformément à la tradition, depuis les plus anciens Pères jusques à saint Bernard ; comme beaucoup de célèbres Docteurs de l'Ecole, depuis saint Thomas jusques à ceux de nôtre siècle ; enfin comme tous les Mystiques canonisez ou approuvez de toute l'Eglise malgré les contradictions qu'ils ont souffertes. Cette tradition est constante, et il [30]seroit téméraire de la combattre, ou de la vouloir éluder. Cette supposition du cas impossible dont nous venons de parler, loin d'être une supposition indiscrette et dange-
... jamais être sa béatitude...
[29]... Parler ainsi, c'est parler précisément comme toute la tradition générale du christianisme, depuis ..
... comme tous les plus célèbres...
[29-30]... ont souffert : 11 n'y a rien dans l'Eglise de plus évident que cette tradition, et rien ne seroit plus téméraire que de la...
reuse des derniers Mystiques, est au contraire formellement dans saint Clément d'Alexandrie, dans saint (iregoirede Xazianze. dans saint Augustin, dans saint Chrysostome, dans Cassien. dans Theodoret, dans Jean d'Antioche, dans saint Isidore de Peluse, dans Euloge patriarche d'Alexandrie rapporté par Photius. dans Theophylacte, dans saint Anselme, dans Hugues de saint Victor, dans saint Thomas, dans Estius et dans un grand nombre de théologiens célèbres sans parler des Mystiques canonisez qui ont souvent exprimé le désintéressement habituel de leur amour par cette même supposition : c'est pour nous conformer à cette tradition que nôtre 33' proposition a été faite, il ne sera pas inutile d'en repeter ici encore les paroles. On peut aussi inspirer, etc.