II. Faux
Il y a un amour si pur, qu'il ne veut plus la recompense, qui est Dieu même. Il ne la veut plus en soi ni par aucun amour de soi, quoique la foi nous en[31 Jseigne que Dieu la veut en nous et pour nous, et qu'il nous commande de la vouloir comme lui pour sa gloire.
Cet amour porte son désintéressement jusqu'à con-
[30J... Clément d'Alexandrie, dans Cassien, dans saint Chrysostome, dans saint Cr^goire de .\"azi;inze, dans saint Anselme, et dans saint Augustin, qu'un très grand nombre de Saints ont suivy.
II Faux ..
. . en soi et pour soi...
sentir de haïr Dieu éternellement, ou de cesser de l'aimer ; ou bien il va jusques ;i perdre la crainte filiale, qui n'est que la délicatesse de l'amour jaloux ; ou bien il va jusqu'à éteindre en nous toute espérance, entant que l'espérance la plus pure est un désir paisible de recevoir en nous et pour nous l'effet des promesses selon le bon plaisir de Dieu et pour sa pure gloire sans aucun mélange d'interest propre ; ou bien il va jusques à nous haïr nous inesmes d'une haine réelle, en sorte que nous ces[32]sons d'aimer en nous pour Dieu son œuvre et son image, comme nous l'aimons par charité en notre prochain.
Parler ainsi, c'est donner par un terrible blasphème, le nom de pur amour à un desespoir brutal et impie, et à la haine de l'ouvrage du Créateur. C'est par une extravagance monstrueuse, vouloir que le principe de conformité à Dieu nous fasse consentir a devenir contraires à lui. C'est vouloir, par un amour chimérique, détruire non seulement l'espérance, mais encore l'amour même. C'est éteindre le Christianisme dans les cœurs, c'est être du nombre de ces insense.z qui, selon Hugues de
L.2desacr. saint Victor ne s' entend oient lias eux-mêmes quand ils Amenda C. 8. disoient, de peur d'être mercenaires nous ne cherchons
point là recompense . Nous ne cherchons pas même le
Seigneur. Nous secouons tellement de nos mains toute
récompense que nousne cherchons pas même le bien aimé.
|32"... à Dieu nous rende contraires à lui. C'est vouloir par un amour chimérique détruire l'amour même. C'est éteindre le christianisme dans les coeurs.
Article III. Vrai.
Articlk III. Vrai
[33 1 II faut laisser les aines dans l'exercice de l'amour 4. Amour qui est encore mélangé du motif de leur interest propre, v".vr/'i' { '• tout autant de temps que l'attrait de la grâce les y laisse. 11 faut même révérer ces motifs qui sont répandus dans tous les Livres de l'Ecriture Sainte ; dans tous les monumens les plus précieux de la tradition : enfin dans tontes les prières de l'Eglise. Il faut se servir de ces motifs pour reprimer les passions, pour affermir toutes les vertus, et pour détacher les âmes de tout ce qui est renfermé dans la vie présente. [34]
Cet amour, quoique moins parfait que celui qui est pleinement désintéressé, a fait néanmoins dans tous les siècles un grand nombre de Saints, et la plupart dea saintes aines ne parviennent jamais en cette vie jusqu'au parfait désintéressement de l'amour ; c'est les troubler et les jetter dans la tentation que de leur ôter les motifs d'interest propre, qui étant subordonnez a la fin dernière les soutiennent et les animent dans les occasions dangereuses. Il est inutile et indiscret de leur proposer un amour plus élevé auquel elles ne peuvent atteindre, parce qu'elles n'en ont ni la lumière intérieure ni l'attrait particulier de grâce. Celles mêmes qui com[35|mencent à en avoir ou la lumière ou l'attrait, sont encore infiniment éloignées d'en avoir la réalité. Enfin celles qui en
[33] Article III...
[34] ... subordonnez à l'amour les...
... lattrait de la grâce...
ont la réalité imparfaite, sont encore bien loin d'en avoir l'exercice uniforme et tourné en état habituel.
Ce qui est essentiel dans la direction, est de ne faire que suivre pas à pas la grâce avec une patience, une précaution et une délicatesse infinie. Le directeur doit se borner à laisser faire Dieu, et ne parler jamais du pur amour pour en demander l'exercice que quand Dieu par l'onction intérieure commence à ouvrir le cœur à cette parole, qui est si dure aux âmes encore attachées à elles-mêmes, et si capable ou de les scandaliser ou de les jetter dans le trouble. Encore [30 j même ne faut-il jamais ôter à une aine le soutien des motifs intéressez, quand on commence suivant l'attrait de sa grâce à lui montrer le pur amour. Il suffit de lui faire voir en certaines occasions combien Dieu est aimable en lui-même, sans la détourner jamais de recourir au soutien de l'amour mélangé. Autrement on ne se proportionneroit pas au besoin des âmes qu'il faut attendre patiemment dans les voyes de Dieu et à qui il ne faut demander la perfection, que quand elles sont capables de porter cette doctrine.
Parler ainsi, c'est parler comme l'esprit de grâce et l'expérience des voyes intérieures feront toujours parler ; c'est prévenir les âmes contre l'illusion.
... infinie. Il faut se...
... pur amour que quand Dieu...
136) ... de l'amour mélangé.
Parler ainsi...