‹ Explication des maximes des saints sur la vie intérieureChapitre 24 sur 59 · III. Faux · texte numérisé non relu

III. Faux

L'amour meslé du motif intéressé pour nous-mêmes qui ne vient point de la charité, est un amour bas, grossier, indigue [37] de Dieu, que les âmes généreuses don ont mépriser. Il faut se hâter de leur eu donner le dégoût, pour les faire aspirer dès les commencements à un amour pleinement désintéressé-

Il faut leur ôter les motifs de la crainte sur !a mort, sur les jugements de Dieu, et sur l'Enfer, qui ne conviennent qu'à des esclaves. Il faut leur ôter le désir de la céleste patrie, et retrancher tous les motifs de l'espérance. Après leur avoir fait goûter l'amour pleinement désintéressé, il faut supposer qu'elles en ont l'attrait H le grâce ; il faut les éloigner de toutes les pratiques qui ne sont pas dans toute la perfection de cet amour tout pur.

[38 1 Parler ainsi, c'est ignorer les voyes de Dieu et les opérations de sa grâce. C'est vouloir que l'esprit souffle où nous voulons, au lieu qu'il souffle où il lui plaît. C'est confondre les degrez de la vie intérieure. C'est inspirer aux aines par une recherche précipitée et iudiscrette de leur propre perfection l'ambition et l'avarice spirituelle, dont parle le Bienheureux Jean de la Croix. C'est les éloigner de la véritable simplicité du putamour, qui se borne à suivre la grâce sans entreprendre

[36] L'amour intéressé est un amour bas...

[37J .. retrancher tous les motifs intéressez île l'espérance.

[38|... inspirer aux aines l'ambition ..

jamais de la prévenir. C'est tourner en mépris les fondements de la justice chrétienne, je veux dire la crainte qui est le commencement de la sagesse et l 'espérance par laquelle nous sommes sauvez.

[39] Article IV. Vray

Dans l'état habituel du plus pur amour, L'espérance loin de se perdre, se perfectionne, et conserve sa distinction d'avec la charité : 1° L'habitude en demeure infuse dans lame, et elle y est conforme aux actes de cette vertu qui doivent être produits ; 2° L'exercice de cette vertu qui demeure toujours distinguée de celuy de la charité : car elle conserve toujours même dans les actes les plus purs et les plus commandez par la charité son motif spécifique sans déroger au désintéressement de cet état : voicy comment. Ce n'est pas la diversité de fin éloignée qui fait la diversité ou spécification des vertus. Toutes les vertus ne doivent avoir qu'une seule fin dernière, quoiqu'elles soient distinguées les [40] unes des autres par une véritable spécification. Saint Augustin assure que toute vertu qui nous conduit a la vie

[39]... de celuy de la charitA : voicy...

... diversité des fins qui fait...

... seule fin, quoiqu'elles...

[40j... assure, que la charité exerce elle seule toutes les vertus, et qu'elle prend divers noms suivant les divers objets auxquels elle s'applique. S. Thomas dit, que la charité est la forme de toutes les vertus, parce qu'elle les exerce, et les rapporte toutes à sa fin, qui est la gloire de Dieu. Saint François de Sales,

bienheureuse n'est que V amour suprême de Dieu « quod

si virtus ad beatam vitam nos durit nilril omnino esse

virlutem affirmaverim, ni si summum amoretn Dei ». L. IdeMo-

rib ceci .

Par l'amour suprême ii entend manifestement la charité Cath.C.25.

il ajoute que les vertus ne sont que ce même amour qui prend divers noms, suivant qu'il est appliqué a des affections diverses, yamque illud quod quadripartites dicitur virtus, ex ipsius amoris vario quodam a/fectu, quantum intelhgi dicitur. Saint Thomas dit que la charité est la forme ou la fin de toutes les vertus. C'est pourquoi sa doctrine est comme nous l'avons vu que les actes des vertus qui procèdent de la charité en tant que commandez par elle appartiennent tout ensemhle et a l'espèce de la vertu commandée, et à la vertu qui les commande pour les rapporter à sa fin. Ce même saint docteur veut que l'espérance puisse s'étendre sur le prochain comme sur nous-mêmes, alors elle est sans doute pleinement désintéressée, et elle ne laisse pas d'être une vraye espérance quoique sans intérest. Saint-François de Sales qui a exclus si formellement tout motif intéressé des vertus des âmes parfaittes a marché sur les vestiges

de saint Augustin et de saint Thomas, il n'oste point Am. de D.

L XI C 8 aux vertus inférieures ce qu'elles ont de propre et de

qui a exclus si fortement, et avec tant de répétitions, tout motif intéressé de toutes les vertus des âmes parfaites, a marché précisément sur les vestiges de S. Augustin et de :»aint Thomas qu'il a cité. Ils ont tous suivi la tradition universelle qui met un troisième degré de justes, lesquels excluent tout motif intéressé de la pureté de leur amour. Il est doue constant qu'il ne faut plus chercher dans cet état une espérance exercée par un motif intéressé : autrement...

spécifique. Mais il a voulu comme les pères que dans l'étal «les parfaits il n'y eut d'ordinaire aucun reste du motif qu'ils ont nommé mercenaire et qui vient de la cupidité soumise dont parle saint Bernard. 11 est donc constant que l'espérance de cet état habituel quoiqu'il ne soit ni fixe ni invariable doit néanmoins être exercée ordinairement par des actes conformes a l'habitude qui en est dans l'aine, et par conséquent que ces actes ordinaires sont purifiez de tout motif intéressé conformément a la nature de la charité même. Il est vrai que cette ame peut faire quelquefois des actes un peu intéressez qui ne seront pas précisément conformes a ce principe habituel d'amour pur. Mais ces actes ne feront point decheoir lame de son état habituel, car une habitude ne se détruit point par quelques actes qui n'ont point de suitte constante. Et un état variable n'est point détruit par quelques variations. Il est donc vrai que dans cet état habituel d'amour désintéressé il ne faut plus chercher pour l'ordinaire une espérance exercée par un motif d'interest propre : [il] autrement ce seroit défaire d'une main ce qu'on auroit fait de l'autre ; ce seroit se jouer d'une si sainte tradition ; ce seroit affirmer et nier la même chose en même temps ; ce seroit vouloir trouver le motif de l'interest propre dans l'amour pleinement désintéressé. Il faut donc se bien souvenir, que ce n'est pas la diversité de fins éloignées qui fait la distinction, ou spécification des vertus. Ce qui fait cette distinction, est la diversité des objets formels. Afin que

[41| .. diversité de fins, ou de motifs, qui fait...

l'espérance demeure véritablement distinguée de la charité, il n'est pas nécessaire [42] qu'elles ayent des fins éloignées qui soient différentes : au contraire, pour être bonnes et parfaites, elles doivent se rapporter à la même fin dernière. Il suffit que l'objet formel de l'espérance ne soit [tas l'objet formel de la charité. Or est-il, que dans l'état habituel de l'amour le plus désintéressé, les deux objets formels de ces deux vertus demeurent très différents ; donc ces deux vertus conservent en cet état une distinction et une spécification véritable dans toute la rigueur scolastique. L'objet formel de la charité est la bonté ou beauté de Dieu prise simplement et absolument en elle-même, sans aucune idée qui soit relative à nous. L'objet formel de l'espérance est la bonté de Dieu, en tant que [ i3] bonne pour nous et difficile à acquérir; Or est-il que ces deux objets, pris dans toute la précision la plus rigoureuse et suivant leur concept formel, sont très différents. Donc en cet estât la différence des objets conserve la distinction ou spécification de ces deux vertus. 11 est constant que Dieu en tant que parfait eu luy même et sans rapport à mon intérest ; et Dieu, en tant qu'il est mon bien que je veux tacher d'acquérir, sont deux objets formels très différents. Il n'y a aucune confusion du côté de l'objet qui spécifie les vertus ; il n'y en a que du côté de la fin éloignée et dernière, et

[42]... des fins différentes :...

... être bonnes elles...

... la mime fin. Il suffit...

(43)... Donc la différence...

... sans rapport à moi ; et Dieu...

... du côté de la fin. et cette. ..

cette confusion y doit être : elle n'altère en rien la spécification des vertus. L'unique difficulté qui reste, est d'expli[4i]quer comment une amo pleinement désintéressée peut vouloir Dieu, en tant quil est son bien. N'est-ce pas, dira-t-on, décheoir de la perfection de son désintéressement, reculer dans la voye de Dieu, et revenir à un motif d'interest propre, malgré cette tradition des Saints de tous les siècles qui excluent du troisième état des Justes tout motif intéressé ? Il est aisé de répondre, que le plus pur amour ne nous empêche jamais de vouloir, et nous fait même vouloir positivement tout ce que Dieu veut que nous voulions. Dieu veut que je veuille Dieu, en tant qu'il est mon bien, mon bonheur, et ma recompense. Je le veux formellement sous cette précision : c'est-à-dire que je le veux par cette raison précise car c'est ainsi que Dieu le veut, et le principe de conformité à la volonté de Dieu renferme autant cette raison précise de vouloir la chose que la chose même. Je veux l'objet a cause qu'il est bon en lui même convenable a mon unique fin, et choisi de Dieu par cette raison : mais en un autre sens je ne le veux point parce [45] qu'il est mon bien propre, c'est a dire un bien qui excite ma cupidité soumise. L'objet et le motif intéressé pour vouloir l'objet sont différents ; l'objet est mon interest, si on veut absolument se servir de ce terme indécent, mais le motif n'est point intéressé, puisqu'il ne regarde mon interest que par le commandement exprez de la

144-451... sons cette précision : mais je ne le veux point parce motif précis qu'il est mou bien L objet et le motii sont différents : l'objet est mon interest. mais le ..

... puisqu'il ne regarde que le bon plaisir...

pure charité, et pour le bon plaisir de Dieu. Je veux cet objet formel, et dans cette reduplication, comme parle l'Ecole : mais je le veux par pure conformité à la volonté de I>ieu qui me le fait vouloir. L'objet formel ou motif spécifique est celui de l'espérance commuue de tous les Justes, et c'est l'objet formel qui spécifie les vertus. La fin éloignée ou dernière est la même que celle de la charité ; mais nous avons vu que l'unité de fin dernière ne confond jamais les vertus. Je puis sans doute vouloir mon souverain bien en tant qu'il est mon avantage personnel, en tant qu'il est mon souverain bien, en tant qu'il est ma recompense et non celle [40] d'un autre, et le vouloir pour me conformer à Dieu qui veut que je le veuille. Alors je veux ce qui est réellement s'il est permis de parler si peu noblement de la béatitude et ce que je reeonnois en ce sens comme le plus grand de tous mes interests, sans qu'aucun motif intéressé m'y détermine. En cet état l'espérance demeure distinguée de la charité, sans altérer la pureté ou le desinteressement de son état. Que si on veut encore aller plus loin et demender qu'on veuille la béatitude par un motif

... L'olijel formel est. .

[45]... La fin est la ..

... l'unité de fin ne...

... souverain bien, en tant qu'il est ma récompense... . réellement et ce que je connois comme..

... du son état. C'est ce que saint François de Sales a expliqur- par ces paroles qui sont d'une précision theologiqur. chose bien diverse de dire, j'aime Dieu pour moi, el de dire, j'aime Dieu pour l'amour de moi.. L'une est une sainte affection de 1 épouse... L autre est une impiété non pareille etc.

Parler ainsi...

d'amour de cupidité soumise qui est par conséquent intéressé, je reponds qu'il y a dans l'espérance la plus parfaitte un motif d'amour de soi-même. Mais je nie qu'il soit nécessairement de cupidité, et par conséquent je nie aussy qu'il soit interressé suivant l'idée basse et mercenaire du terme d'intéressé qui est naturelle à tous les hommes, que les pères aussi bien que les Saints Mystiques ont suivies dans leur langage et qu'on ne peut jamais effacer des esprits, s'aimer par charité comme son prochain ce n'est point être intéressé. Se vouloir du bien par cet amour de charité c'est s'en vouloir avec autant de désintéressement qu'on en voudroit a son prochain. Cet amour de nous mesme est la charité, et le désir de nostre béatitude est aussi pur que la charité qui le commande et qui le rapporte en même temps a sa fin. cet amour est celui dont les anges et les saints s'aimeront eux-mêmes éternellement dans le ciel. L'homme qui est sur la terre peut donc et doit toujours désirer attendre en un mot espérer la recompense par le motif qui vient de cet amour de soi même et qui a toute la perfection tout le mérite et tout le désintéressement de la charité. Ce motif est sans doute spécifique et essentiel a l'espérance. Mais il n'a rien de commun avec cet autre motif qu'on nomme intéressé et qui vient de la cupidité soumise. Le motif spécifique de l'espérance n'en est pas moins un vrai motif propre a cette vertu quoiqu'il vienne d'un amour de charité pour nous mêmes. La charité ne commande point d'autre désir pour nous que celui qu'elle nous inspire. Alors on désire son propre bien et par amour pour soi. voudroit-

on dire qu'il faut encore nécessairement le vouloir par un amour de cupidité? L'espérance se conserve donc dans toute sa spécification, quoique ses actes soient expressément commandez et animez par la charité pour les rapporter en même tems a sa fin toute pure et toute désintéressée.

Parler ainsi, c'est conserver la distinction des vertus Theoj il |Iogales dans les états les plus parfaits de la vie intérieure, et par conséquent ne se départir en rien de la doctrine du saint Concile de Trente. En môme tems, c'est expliquer la tradition des pères, des Docteurs de l'école et des saints Mystiques, qui ont supposé un troisième degré de Justes, quisout dans un état habituel de pur amour sans aucun motif d'interest.

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